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Réflexions

  • Robert Brasillach-"Bardache" ? Léon Degrelle-"Amidon" ?

     

    La différence entre une insulte crapuleuse

    et un sobriquet moqueur

     

     

    La publication sans autre intérêt que nuisible de la traduction des délires d'un évangéliste américain nous a récemment fait réagir dans un bref commentaire. Le doctrinaire pseudo-biblique prétendait en effet établir sa théorie sur les origines sexuelles du nazisme grâce, entre autres, à ce que nous pourrions appeler la Preuve par Degrelle et Brasillach (ce blog au 4 mai 2026 ; merci encore à Xavier pour le renseignement).

     

     

     

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    Même s'il se virent souvent au cours des années 1936-1937, nous ne connaissons pas de photographies montrant ensemble Léon Degrelle et Robert Brasillach. Ce document fictif les réunissant a été réalisé par intelligence artificielle à partir de clichés du Chef de Rex d'octobre 1936 et du rédacteur en chef de Je suis partout de novembre 1941.

     

     

    Dans un message sur son réseau social, le traducteur assurait ainsi avoir découvert « que l'homosexualité et la pédérastie formaient le fil rouge qui permet d'expliquer bien des engagements en faveur du nazisme, y compris de collaborateurs célèbres comme Léon Degrelle ou Robert Brasillach ».

     

    Et d'illustrer son propos par des citations anodines de La Campagne de Russie qu'il voudrait lubriques, Léon Degrelle osant, par exemple, se décrire, lui et ses Légionnaires, « Vigoureux et nus, [...] nageant sans fins [sic] dans la mer chantante »... En ce qui concerne l'auteur de Léon Degrelle et l'avenir de Rex”, il affirme tout aussi gratuitement que « Brassilach [sic] était surnommé Bardache », engageant son lecteur à découvrir (inutilement !) l'étymologie du mot pour bien le comprendre (précisons aussi que, tout à sa foldinguerie, Stanislas Berton ne lit pas correctement ses sources : c'est Maurice Bardèche qui y est surnommé bardache et non Robert Brasillach, voir ci-après).

     

    Nous avons dit notre ahurissement devant pareilles insanités. Le prétendu surnom –dont nous n'avons jamais trouvé la moindre occurrence dans les nombreuses biographies de Brasillach– n'aurait pas manqué de nous interpeler, vu la proximité avec Bardèche, le nom du beau-frère et ami intime du poète fusillé.

     

     

     

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    Suzanne Brasillach et Maurice Bardèche, mariés depuis un an, partagent leurs vacances d'été 1935 dans les Pyrénées Orientales avec Robert, leur frère et beau-frère. Les deux amis, auteurs du premier ouvrage historique consacré au Septième Art, en profiteront pour peaufiner leur Histoire du Cinéma (photo extraite de Bernard George, Robert Brasillach écrivain, Production littéraire, 1992).

     

     

    C'était sans compter sur la vigilance de notre fidèle lectrice Léonie ! Intriguée, elle eut l'heureuse idée de se renseigner sur Internet. Ce qui nous a valu son intéressant commentaire que nous reproduisons ici :

    « En associant les deux mots "bardache" et "Brasillach" sur Google, l'Intelligence Artificielle (!) m'a répondu que c'est l'écrivain René Étiemble qui a donné ce surnom à Brasillach (en même temps d'ailleurs que "Brasillèche", pour Maurice Bardèche).

    Si j'ai bien compris (car l'info était en anglais!), il s'agit d'un jeu de mots sur leurs deux noms pour souligner l'amitié qui les apparentait à un "little couple" (sans rapport donc avec le sens donné par Littré : "Terme obscène signifiant mignon, giton" puisque l'autre surnom ne veut rien dire).

    Etiemble était leur condisciple au Lycée Louis le Grand : je suppose donc qu'il s'agissait d'une blague de potache, comme le surnom "amidon" donné à Léon Degrelle par ses condisciples chez les jésuites de Namur (sans autre connotation non plus!). »

     

    La supposition bienveillante de Léonie rend bien évidemment justice à sa noblesse d'âme. Une recherche complémentaire nous a cependant appris que la blague qu'elle pensait avoir été innocemment imaginée par le potache Étiemble ne date pas des années où il fréquenta Robert Brasillach et Maurice Bardèche au Lycée Louis le Grand. Ces surnoms ont été décernés avec une méchanceté délibérée en 1955 –quelque dix ans après le meurtre légal du jeune écrivain– par cet admirateur forcené de Mao Tsé-Toung. Et il s'agissait bien de salir la réputation de ses cibles impuissantes car on peut être assuré que « Brasil-lèche » veut effectivement faire le pendant explicite de l'obscène « Bardache » !

     

     

    La haine d'Étiemble, dix ans plus tard

     

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    Le « nous », qui ne se veut pas majestatif, constitue de toute évidence une usurpation de pluriel : il est bien clair que jamais personne n'a traité Robert Brasillach de bardache ou brasillèche, à part Étiemble-la-haine, un des plus infâmes individus des Lettres françaises, s'en prenant rageusement, 10 ans après son martyre et par écrit dépité, au poète bouleversant de Mon pays me fait mal et Les noms sur les murs, supplicié le 6 février 1945 au Fort de Monrouge.

     

    Seule, une Alice Kaplan, enseignant la littérature française dans une université américaine, a ramassé ce crachat pour le faire mousser dans son The Collaborator : the trial and execution of Robert Brasillach (Chicago, 2000), alimentant aujourd'hui les délires du maboul évangéliste et de ses disciples.

     

    Kaplan Brasillach.pngEn lui accordant inopinément crédit et visibilité, Kaplan commit surtout, à notre sens, une grave faute académique puisque, faisant semblant de croire que la saleté proférée par Étiemble relevait d'un ragot connu de tout un chacun, elle se donne la peine de décortiquer pour son lecteur anglophone le jeu de mots inusité du calomniateur : « In a postwar essay, schoolmate Etiemble famously dubbed Brasillach and Bardèche brasillèche et bardache (lèche in French means "lick" and bardache means a boy lover or young prostitute) ». Déplorant ensuite qu'on ait pu ignorer ce « témoignage » : « Because of the homophobia and sarcasm of these references, it is tempting to ignore the entire issue. » (p. 7). En fait, le but de la manœuvre de Kaplan était d'apporter des éléments justificatifs au réquisitoire du procureur Reboul qui, en évoquant Oscar Wilde au procès de l'écrivain, avança que l'amour de Brasillach pour l'Allemagne équivalait à une trahison perverse de la France !...

     

    Pour éviter tout risque d'équivoque sexuelle à propos du surnom « Amidon » donné d'emblée à l'encore timide Léon Degrelle par ses condisciples narquois lorsqu'il entra chez les jésuites du Collège Notre-Dame de la Paix à Namur, donnons la parole au principal concerné : « De mon univers de gamin des bois, on me plongeait brusquement dans une lourde casemate, parmi deux cents aristos, à peu près tous garçons des villes, moitié noblesse, moitié grosse bourgeoisie. Je ne connaissais personne. Brusquement, ces hautes murailles grises, ces visages inconnus ! Je me cachais pendant la récréation, pour rester seul.

     

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    À table, je me tenais muet, raide comme un piquet. On m'avait baptisé “amidon”. Surtout je me demandais si je serais capable de suivre les Cours. J'étais entré en Troisième Latine. Les programmes ne correspondaient pas avec ceux de mon Institut. J'étais un an en retard en mathématiques et en grec. Mais les Jésuites sont des maîtres-hommes. Au bout de huit jours, mon professeur m'avait pris en main. Le premier concours était le concours de français, heureusement. Je sortis premier sur trente. Le soir même, le sobriquet amidon disparaissait. » (Degrelle m'a dit, pp. 37-38).

     

     

    La haine d'Étiemble, vingt-cinq ans plus tard

     

    S'il fallait encore se convaincre de la mauvaiseté rancuneuse du crapuleux personnage qu'était Étiemble, voici quelques extraits de sa lettre haineuse publiée dans Le Monde du 14 février 1970. Elle se voulait une réponse vertueuse à la double page que le quotidien avait consacrée au vingt-cinquième anniversaire de l'exécution du malheureux écrivain : « [...] tout ce [que Robert Brasillach] écrivit pour demander la mort des gaullistes, des résistants de toute obédience, des juifs et d'autres criminels, dont six millions au moins, par ses soins diligents, furent très bien massacrés dans les camps hitlériens. [...] Car, enfin, ne biaisons point : Brasillach n'est pas un poète assassiné. Il fut condamné à mort pour avoir obstinément, haineusement, demandé, obtenu la mort de plusieurs millions de ses frères humains. [...] je sais gré au général de Gaulle d'avoir gardé la force d'âme suffisante pour ne pas céder à toutes les illustres signatures qui lui demandaient la vie sauve pour ce pourvoyeur de charniers. [...] »

     

     

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    La double page d'hommage à Robert Brasillach publiée par Le Monde, le 7 février 1970, telle que reproduite par les Cahiers des Amis de Robert Brasillach (n° 16, intercalaire entre les pages 6 et 7).

     

     

    Cette détestation fanatique trouvait en réalité sa source –le comptable inflationniste des prétendues victimes du poète tient d'ailleurs à le raconter dans cette même lettre– dans une ancienne humiliation que lui auraient infligée des Camelots du Roi à l'occasion d'une conférence où il manifesta sa cuistrerie précoce : « Dès 1929, je lui interdis [à Brasillach] de passer à moins de six pas de moi dans Paris, sous peine de recevoir une paire de gifles, et voici pourquoi : j'avais assisté à une réunion d'Action française, pour m'informer [...]. Comme je refusais de me lever à un moment où la réunion publique tournait à la cérémonie religieuse, le service d'ordre des camelots du roi m'entraîna hors de Bullier et, au nom de l'Action française, quelques coups de poing américains m'écrasèrent le visage et me brisèrent plusieurs dents. Le lendemain matin, mon excellent camarade de khâgne et de Normale, Robert Brasillach, cet homme, nous le savons tous, qui avait le génie de l'amitié, vint me donner le coup de pied de l'âne à un moment où mon état physique ne me permettait pas de lui répliquer comme il le méritait. »

     

    Il est important de noter ici qu'en racontant ce souvenir, le sénile atrabilaire ne faisait que radoter en amplifiant singulièrement (et donc mensongèrement) tous les détails la frustration qu'il évoquait déjà, quinze ans auparavant, dans Littérature dégagée : « Quels salauds, pourtant, dès 1929 ou 1930 ! [...] Un jour que j'avais eu l'occasion d'apprécier de façon moins tolérable encore que d'habitude un trait du caractère de Brasillach [...] je lui interdis de jamais passer dans Paris à moins de trois mètres (était-ce trois pas ?) de moi ! Assez veule pour subir cette injonction, comment plus tard n'eût-il pas collaboré ? » (p. 168). Imprécisions dans les dates et les distances (qui n'existeront plus quinze ans plus tard), mais pas question ici de réunion d'Action française, de camelots du roi, de gifles, de dents cassées, de coups-de-poing américains ou de coups de pied de l'âne. Par contre, en 1970, il ne sera curieusement plus question de surnoms à connotation sexuelle. De même qu'Étiemble se présente alors en malheureuse victime d'un coup bas de Brasillach, tandis qu'en 1955, c'est lui qui aurait humilié le veule froussard dans l'antichambre de la collaboration !...

     

    Monde 1970.06.14.jpeg

     

    Une bassesse aussi turpide n'a évidemment pu susciter qu'un torrent de réactions indignées dont le souvenir a été conservé dans les Cahiers des Amis de Robert Brasillach (n° 16, Été 1971).

     

    Nous y épinglerons le « déculottage » cuisant infligé par Lucien Rebatet dans le Rivarol du 26 février 1970 : « Je dis que c'est une basse et stupide vilenie de la part d'Étiemble que de mettre en doute, en alléguant un obscur incident à Normale, le courage d'un homme qui a reçu la mort aussi héroïquement que Robert. Quand on trépigne de joie sur la tombe d'un adversaire, vingt-cinq ans après sa mort, cela témoigne d'une constance dans la haine que je ne commenterai pas, mais qui disqualifie certainement Étiemble pour le personnage du grand humanitaire qu'il prétend être. » (p. 31).

     

     

    Étiemble, un haineux convulsif !

     

    Et tant qu'à évoquer des incidents personnels, Rebatet a rappelé la méchanceté viscérale du pharisaïque donneur de leçons de morale : « en visite à la N.R.F., je me trouvai dans le bureau de Dominique Aury en même temps qu'Étiemble. Nous nous connaissions de vue, sans nous être jamais adressé la parole. Au bout d'un moment, Dominique Aury, qui me manifestait beaucoup d'amitié, nous dit : Allons, cessez de vous regarder en chiens de faïence. Vous avez l'air idiot. Ayez un geste ! Je n'étais pas chaud pour le geste. Étiemble s'avança. Je fis le reste du chemin. Bref, nous nous serrâmes la main et nous bavardâmes très naturellement de littérature pendant près d'une demi-heure. Comment qualifier le monsieur qui, après avoir accepté de serrer la main d'un adversaire lequel a pratiqué lui-même l'oubli des injures, déplore, dix-huit ans plus tard, que la IVe République l'ait laissé en vie, et s'alarme de lui voir relever son mufle sanglant ? » (p. 31).

     

     

     

    Rebatet Figaro 1946.11.19.png   robert brasillach,maurice bardèce,bardache,amidon,brrasillèche,stanislas berton,association des amis de robert brasillach,arb,suzanne bardèche,rené étiemble,alice kaplan,lucien rebatet,dominique aury,pierre-antoine cousteau,louis védrines,franglouille,sorbonagre,robert faurisson

    Pendant le procès des journalistes de Je suis partout où il sera condamné à mort en compagnie de Pierre-Antoine Cousteau, Lucien Rebatet est scruté par les journalistes : à gauche, photographie publiée dans le quotidien gaulliste Le Figaro du 19 novembre 1946 ; à droite, caricature parue dans Le Franc-tireur, ancienne publication clandestine de la Résistance, du 23 novembre suivant.

     

     

    Il faut dire qu'à la fin de sa diatribe hystérique, Étiemble associa le chroniqueur implacable des Décombres à son aversion pour Brasillach : « Menacée aujourd’hui de toutes parts, la liberté (sur quoi se fondent toute justice, tout amour et toute vérité) ne peut subsister que si non seulement nous savons mourir pour elle sans broncher, mais que si nous acceptons que des lois iniques nous menacent d'être assassinés par ceux des Brasillach qu'on eut tort de gracier (Le Monde du même jour en célèbre un autre, Lucien Rebatet, dont j'ai célébré le chef-d’œuvre : Les Deux Étendards) et qui déjà, relevant leurs mufles sanglants, réclament à nouveau la peau des juifs, des nègres, des Arabes, des libéraux. » (p. 24).

     

    Si vous avez relu ce paragraphe plusieurs fois pour essayer de le comprendre, ce n'est pas parce que nous en avons mal recopié le texte. L'auteur de Souvenirs parisiens, 1940-1944, Louis Védrines, avait également relevé le galimatias dans sa réaction au Monde : « M. Étiemble, dont on n'aurait pas attendu tant d'ingénuité fournit lui-même une réponse [à « sa haine pour la mémoire de Brasillach »], d'abord lorsqu'il parle (imprudemment) de talent et de facilité, c'est-à-dire de ce qui lui est le plus étranger, ensuite lorsqu'il s'abandonne, in fine, à une étonnante démonstration de charabia, particulièrement savoureuse de la part d'un pourfendeur du franglais. » (p. 29).

     

    Raison pour laquelle sans doute, l'Association des Amis de Robert Brasillach lui avait également décerné le sobriquet (gentiment plaisant, celui-là) : Franglouille.

     

    Plus incisif et pointilleux, le Professeur Robert Faurisson avait, quant à lui, emprunté « Sorbonagre » à la verve de François Rabelais pour désigner cette prétentieuse et malfaisante jacasse.

     

     

  • « Éléments », magazine de la Nouvelle Droite... et des idées à l'envers ?

     

    L'histoire revisitée par les clowns du wokisme triomphant

     

     

    Eléments Intro Schang2.jpeg

     

    Le magazine Éléments dirigé par Alain de Benoist (La Nouvelle Droite au XXIe siècle : Orientations face aux années décisives, La Nouvelle Librairie, 2023) vient de publier une interview complaisante de Frédéric Saenen, promouvant sans réserve sa perfide satire de Léon Degrelle que son chroniqueur complice, Laurent Schang, toute vergogne avalée, ose nous vendre –en rubrique Histoire s'il vous plaît, et non Humour ou même Polémique– comme « le portrait sans fard ni trémolos d'un ambitieux qui, pour s'être rêvé en Führer des Wallons, finit sa vie avec le titre peu enviable de personnalité la plus détestée du royaume de Belgique » (ce blog au 1er décembre 2025).

     

    En 1992, la présence du nom de Léon Degrelle dans la liste proposée pour le classement des Cent Wallons du siècle suscita « des réactions indignées de la part de plusieurs résistants. » À l'époque, –Léon Degrelle vivait encore !–, les responsables de l'initiative convainquirent les indisposés « qu'une démarche historique qui se voulait scientifique ne pouvait occulter des aspects du passé quels qu'ils soient. » (Paul Delforge, in Les Cahiers nouveaux, septembre 2012, p. 62). On mesure la régression des démarches historiques quand on lit aujourd'hui Clown auguste Schang ou d'autres « spécialistes », par exemple du Cegesoma, plus officiels, mais tout aussi bouffons (sur ce blog, cliquer sur « Cegesoma » dans les Archives par tags)...

     

     

     

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    Nous avons vu (ce blog au 1er décembre 2025) comment, dans son sketch sur « Léon Degrelle et la cause flamande », Clown blanc Saenen estimait impossible pour le Chef de Rex d' « entrer en réel dialogue avec le nord du pays ». En effet, « L'obstacle majeur au rapprochement de Degrelle avec la Flandre est avant tout... sa méconnaissance totale du néerlandais. »

     

    Quelques coupures de journaux illustrant les succès colossaux des meetings de Léon Degrelle expliquant son programme en français en région flamande établissent aisément l'absurdité de pareille thèse. Alors, que dire du délire qui s'empare des foules lorsqu'il s'essaie à le présenter en néerlandais, comme au Congrès de Rex à Lombeek, le 10 juillet 1938 ! (Léon Degrelle spreekt Vlaamsch – « Léon Degrelle parle flamand » –, Supplément au Pays réel non daté, 60.000, REX Congrès national Lombeek, 10-7-38, p. 39, en cinq langues –français, néerlandais, espagnol, italien, anglais–, mais pas en allemand).

     

    Dans son bouquin, tout à son entreprise de dénigrement de Léon Degrelle, Frédéric Saenen n'hésite jamais, on le sait, à truquer ses sources. Aussi va-t-il établir la « méconnaissance totale du néerlandais » de Léon Degrelle sur des détournements de références : « "Degrelle ne connaissait pas le néerlandais" (U. Legros, Un homme... un chef..., op. cit., p. 166) [relevons l'imparfait utilisé par Usmard Legros, réservant son observation à la campagne électorale menée en Flandre en mars 1936]. Même la méthode Linguaphone, dont il vante en personne les mérites dans les pages du Pays réel, n'y fera rien (J.-M. Étienne, Le Mouvement rexiste jusqu'en 1940, op. cit., p. 57). » Sauf que Jean-Michel Étienne dit exactement le contraire : « en 1936, il parlait assez mal le flamand (des placards publicitaires nous apprendront même plus tard qu'il l'a appris grâce à la méthode Linguaphone). »

     

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    Le Pays réel, 28 février 1937

     

    Renvoyons aussi surtout à notre série Léon Degrelle et le nationalisme flamand, sur notre blog Le Dernier Carré « Weltanschauung », à partir du 8 juillet 2016...

     

    À propos du Congrès de Lombeek, épinglons une nouvelle petite canaillerie de Clown blanc l'artificieux (son bouquin en regorge, évidemment invisibles au godiche Clown auguste) : à la fin de sa présentation, Frédéric Saenen ironise : « Debout à bord d'une voiture découverte qui, après être passée sous d'impressionnantes arcades, remonte lentement l'allée centrale, le Chef arrive à la tribune. Le Nuremberg du pauvre consacre Degrelle en Führerke (petit Führer en néerlandais) des rexistes. » Et de préciser en note de bas de page que ce n'est pas lui qui déconsidère de la sorte le congrès de Lombeek en l'appelant « Nuremberg du pauvre », mais le premier historien de Rex de l'après-guerre : « J.-M. Étienne, Le Mouvement rexiste jusqu'en 1940, op. cit., p. 156. ». Sauf que Jean-Michel Étienne ne prend pas la médisance à son compte, mais fait mine au contraire d'en dénoncer la méchanceté, sans toutefois en préciser l'origine : « on a appelé méchamment ce congrès le Nuremberg du pauvre”... ». Autrement subtil.

     

     

    Que dire aussi de la saynète que Clown auguste Schang consacre à Hergé ? Sa fausse question vaut pourtant tellement son pesant de chafouinerie ! « Degrelle [...] s'est souvent vanté d'avoir inspiré le personnage de Tintin. Quelle est la part de vérité dans cette affirmation ? Si tant est qu'il y en ait une. » Mais qu'ajouter à ce que nous avons déjà démontré et redémontré ? Nous renvoyons donc simplement le lecteur à notre série Degrelle-Hergé, même combat ! (ce blog à partir du 21 septembre 2020 ou, mieux encore, cliquez sur « Hergé » dans les Archives par tags).

     

     

    Léon Degrelle, l' « hitlérolâtre »

     

     

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    Nous avons souvent montré à travers notre iconographie (ce blog, pour cette seule année, aux 28 février, 15 mars et 11 août) comment Léon Degrelle était une cible privilégiée des caricaturistes et dessinateurs de presse, parfois vulgairement, parfois aussi avec humour et talent.

     

    On a ici un exemple du supérieurement clownesque René Magritte, qui se fit membre du Parti communiste en 1932 et réalisa, pour un Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes, cette affiche en 1936 en réaction au triomphe électoral de Rex. Si, à l'époque, le dessin se voulait expressément calomniateur, il anticipait néanmoins avec justesse les sentiments qui allaient unir les deux hommes au cours de la guerre. Encore qu'en formulant son « hypothèse paternelle », ce serait plutôt Hitler qui se fût vu continué par Léon Degrelle (voir encore ci-après, à propos des sentiments d'Adolf Hitler pour celui qu'il considéra comme le « fils idéal » ) !

     

    Si Magritte était donc un fier communiste « résistant » à la menace fasciste, il ne fallait pas lui en demander beaucoup plus : ce n'est pas lui qui, à l'exemple de Léon Degrelle, eût mis sa peau en jeu pour défendre ses idées. En effet, la maison de ventes Arenberg Auctions qui a mis aux enchères à Bruxelles, le 16 octobre dernier, un exemplaire de l'affiche a expliqué son caractère « absolument rarissime [...] par le fait qu’elle a été détruite, par prudence, lors de l’arrivée des Allemands au début de la Seconde Guerre mondiale [...]. Durant l’Occupation, si Magritte a peur d’être arrêté, c’est notamment à cause de cette image »... Estimée entre 2000 et 2500 euros, l'affiche (anti)degrellienne a été adjugée 38.400 euros (frais de vente de 28 % compris). Elle est désormais exposée au Musée Magritte des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, place Royale à Bruxelles (situé en face de la statue de Godefroid de Bouillon, ce blog au 15 juin 2024).

     

     

    Clown auguste Schang : « À quel moment de son parcours situez-vous son basculement, du réactionnaire catholique au Germain hitlérolâtre ? »

    Clown blanc Saenen : « [...] Une fois revenu de ses prisons [...], Degrelle [...] comprend qu'il ne peut plus vraiment avoir de destinée strictement belge. Il s'offre alors littéralement à Hitler, dans une lettre stupéfiante d'avril 1941, donc deux mois avant le déclenchement de l'opération Barbarossa, qui signe son basculement complet. »

     

    Tout à son rôle d'asticoteur de Clown blanc Saenen, Clown auguste Schang ne veut présenter Léon Degrelle que de manière négative à ses lecteurs néo-droitistes : l'auteur de Révolution des Âmes n'était donc, à l'origine, qu'un « réactionnaire catholique », somme toute assez méprisable intellectuellement. Et voilà qu'à un moment donné de sa vie, il « bascule » et devient un Germain entre guillemets, c'est-à-dire, pour Clown auguste qui ne connaît rien des liens qui unirent les Wallons au Saint Empire Romain Germanique, un faux Germain ! Qui plus est, de l'espèce la plus ignominieuse, puisque, en outre, il « bascule » dans l'adoration stupide de l'homme le plus monstrueux de l'Histoire : il devient hitlérolâtre... (à propos de la germanité des Wallons et de l'intérêt tactique de sa proclamation par Léon Degrelle –que Frédéric Saenen réduit absurdement à une manœuvre destinée à rejoindre la Waffen-SS !–, voir ce blog aux 12 mai 2016 et 10 décembre 2017 ainsi que Persiste et signe, p. 304).

     

     

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    Emmené dans l'avion personnel du Führer –pour la seconde fois sur son ordre exprès !– du champ de bataille au Grand Quartier Général des Armées sur le Front de l'Est, le 27 août 1944, l'hitlérolâtre Léon Degrelle salue protocolairement en attendant que le chef suprême des armées, Adolf Hitler, rayonnant de joie, lui remette les plus prestigieuses décorations militaires du Reich, les Feuilles de Chêne à sa cravate de Chevalier de la Croix de Fer, l'Insigne en or des combats rapprochés, la Médaille en or des Blessés et la Croix allemande en or (ce blog, notamment, au 23 juillet 2021).

     

     

    On sait que Léon Degrelle –il n'en a jamais fait mystère– nourrissait une admiration fervente pour Adolf Hitler, multipliant d'ailleurs explications, précisions, déclarations, proclamant, par exemple, qu'il « était le génie universel qui entendait bien créer un monde nouveau et un type d'homme nouveau » (Persiste et signe, p. 179). Il savait aussi, –après l'écrasement du Reich national-socialiste, la destruction de ses réalisations, la prohibition de sa vision du monde et le récit officiel qui en est proposé depuis–, ce que sa proximité avec le Führer pouvait susciter comme réactions ; il semble même répondre à l'avance à nos deux clowns : « Tant qu'il a été entendu qu'Hitler n'était qu'un fou abominable, le fait que je l'aie fréquenté était collé sévèrement dans mon dossier à charge ! [...] Quel monstre n'étais-je donc pas moi-même ! [...] On me jetait à la figure la phrase que m'adressa Hitler en 1944, en me remettant le Collier de la Ritterkreuz avec Feuilles de Chêne : Si j'avais un fils, je voudrais qu'il soit comme vous ! [...] Mais voilà que les temps ont changé, Hitler est devenu un objet de fascination mondiale ! [...] Alors, du coup [...], on nie nos rapports et surtout leur qualité, je ne peux plus l'avoir connu, ou alors, au maximum, un jour ou l'autre, entre deux portes, à toute vitesse ! » (Persiste et signe, pp. 181-182).

     

    Mais nos deux complices ne s'embarrassent pas de ce distinguo : Clown blanc Saenen prétend avoir trouvé la preuve de l'hitlérolâtrie coupable de Léon Degrelle et Clown auguste Schang reprend le texte accusateur, en capitales grasses en milieu de page : « [Degrelle] s'offre alors littéralement à Hitler, dans une lettre stupéfiante d'avril 1941, donc deux mois avant le déclenchement de l'opération Barbarossa, qui signe son basculement complet. À partir de là, il devient un croisé de l'hitlérisme et n'a de cesse de proclamer la germanité des Wallons afin de rejoindre les rangs de l'élite suprême à ses yeux, la Waffen SS. »

     

     

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    Clown blanc ne nous permettra pas de lire un traître mot de cette lettre, mais nous sommes priés de croire qu'elle est « stupéfiante » et qu'elle constitue une scandaleuse oblation sacrificielle à Hitler : Pétain avait fait don de sa personne à la France, mais ici, c'est « Degrelle [qui] s'offre littéralement à Hitler » ! La manœuvre falsificatrice est trop scandaleuse pour n'y pas répondre. Nous avons d'ailleurs déjà présenté très clairement cette lettre courageuse du jeune chef idéaliste sur ce blog, le 7 mai 2016. Nous n'avons donc rien d'autre à faire que nous répéter...

     

    Aîné d’une famille de plus de six enfants, Léon Degrelle avait été exempté d’office de son obligation de service militaire par la loi de 1928. Ce qui ne l’a pas empêché de demander son incorporation sous les drapeaux (armée de l’air) en 1939, requête refusée au motif qu’il était député de Bruxelles.

     

    Par ailleurs, après la défaite de la Belgique et les épreuves subies au cours de sa captivité en France, et dans l’inactivité totale où il est réduit depuis son retour au pays, Léon Degrelle, toujours habité par son idéal dont la réalisation se concrétise ailleurs et sans lui, se rappelle au bon souvenir d’Adolf Hitler lui-même. Il lui écrit le 10 avril 1941 (c’est-à-dire bien avant le déclenchement de l’opération Barbarossa, le 22 juin) : « […] C’est pour sortir de cette inaction que je vous écris, Führer, afin d’obtenir de vous l’honneur insigne de pouvoir lutter, fraternellement, à côté de vos soldats. Pendant la durée de la guerre, je ne puis, politiquement, être d’aucune utilité. Laissez-moi donc alors, Führer, mettre à votre disposition, sur les champs de bataille, ma force et ma jeunesse ! […] Führer, je suis certain que vous ne me refuserez pas cette joie. Vous vous souviendrez du jeune homme qui, dès 1936, venait à Berlin vous apporter le salut de Rex. […] Vous me permettrez, j’en suis convaincu, de mêler mon effort à l’effort de la jeunesse du IIIe Reich et de m’engager volontairement parmi vos troupes. Je serai infiniment heureux, malgré mon attachement à mon foyer et à mes quatre petits enfants, de connaître le destin militaire de votre jeunesse héroïque. Que Dieu, Führer, conduise vos drapeaux à la victoire et à la paix. » Il reçut la réponse de Hitler par un courrier du Chef des Oberkommando der Wehrmacht en personne, le Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel, le 4 ou le 5 juillet : sa requête est refusée « pour des raisons de principe » : « Le Führer ne peut pas vous laisser partir pour le front parce que vous êtes indispensable pour votre activité politique » (Cahiers d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale, 1978, pp. 168-170).

     

     

     

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    Lorsqu'enfin, l'offensive Barbarossa permit de contrer la menace communiste sur l'Europe, Léon Degrelle vit là l'occasion unique de rendre à une Belgique rétablie dans son Histoire sa place dans l'Europe nouvelle. Ayant mis sur pied la Légion Wallonie, il lui confie le drapeau bourguignon bordé des trois couleurs nationales et fait jouer, pour la première fois depuis le 28 mai 1940, la Brabançonne par la fanfare de l'Occupant allemand. Léon Degrelle, le « faux Belge » selon Clown blanc Saenen (ce blog au 1er décembre 2025), partit comme simple soldat après avoir magnifié le patriotisme de ses camarades : « Rien ne sera trop dur, la mort nous sera légère et même chère, si notre glorieuse patrie peut, forte et libre, redevenir un des centres vitaux d'une Europe dont elle fut la jetée fameuse vers la richesse occidentale et le Mare Germanicum. » (ce blog au 8 août 2017).

     

     

    Et nous ajoutions, à l'intention probablement d'éventuelles interprétations clownesques : « Il est important de préciser dans quelle perspective Léon Degrelle avait entrepris cette démarche : non pas pour s’aligner aveuglement sur l’Allemagne et s’intégrer inconsidérément dans sa politique, mais pour donner une chance à la Belgique de retrouver un rôle dans l’Europe nouvelle. »

     

    C’est ce qu’expliqua encore le Commandeur des Bourguignons sur le Front de l'Est dans une interview à Défense de l’Occident (novembre 1972, voir ce blog au 4 juin 2016) : « Dès le début, je m’étais dit qu’il n’y avait de solution que militaire. Les Allemands étaient des soldats qui avaient triomphé, nous étions des vaincus et des civils. Tout était contre nous. Il fallait donc revenir à égalité avec eux et cette égalité, nous ne l’obtiendrions que par l’égalité du sacrifice. Je vais vous révéler un fait peu connu. En avril 1941, quand j’ai vu que l’affaire tournait très mal pour la Belgique et que les Allemands s’affirmaient comme les maîtres de l’Europe, qu’ils avaient balayé les Balkans, la Grèce, la Crète, j’ai écrit à Hitler pour m’engager. À ce moment, je ne pensais pas lever des volontaires. La guerre contre la Russie n’avait pas encore commencé. Je ne cherche donc même pas les circonstances atténuantes de la lutte contre le communisme. Mais comme je ne voulais pas lancer mon pays dans une aventure militaire absurde, je m’y suis lancé tout seul. Ceci dit, j’ai été ravi que l’Allemagne attaque l’Union soviétique deux mois plus tard, car cela nous a permis de nous lancer en masse dans la bagarre. ».

     

     

    Le Roi et ses ministres, hitlérolâtres... et Hitler degrellolâtre !

     

     

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    Non, jamais Adolf Hitler n'eût voulu de Léopold III comme fils, malgré la verve parodique d'Alidor (Pan, 28 mars 1973). Seul Léon Degrelle put susciter pareil élan de la part du Führer.

     

     

    Cela dit, nous connaissons plus « stupéfiant » que la lettre de Léon Degrelle. Par exemple, outre l'incroyable défilé chez Léon Degrelle des grosses légumes politiques belges essayant de se positionner avantageusement dans la Collaboration après la capitulation du 28 mai 1940 (voir La Cohue de 1940), il faut citer le courrier que le Premier ministre belge Hubert Pierlot, qui s'était enfui en France avec son gouvernement, envoie le 18 juillet 1940 au vice-président du Sénat affirmant que « Le plus favorable serait que la Belgique [soit] englobée dans un Zollverein ayant à sa tête un Gauleiter » (ce blog au 18 mai 2017). Et encore plus « stupéfiant », à tomber le cul par terre : le roi Léopold III qui envisage, pendant l'été 1940, de « prêter à Hitler un serment comportant une certaine allégeance, comme dans le Reich d'antan les monarques à l'Empereur » (témoignage d'Henri De Man, voir ce blog au 3 décembre 2024).

     

    Voilà qui, sans aucun doute, est encore plus Germain que « Germain » !!!

     

    Tout aussi essentiel à garder à l'esprit : si Léon Degrelle fut « hitlérolâtre », Adolf Hitler fut tout autant degrellolâtre ! Nous avons passé maintes fois en revue les multiples événements documentant les liens unissant les deux hommes depuis leur première rencontre, fabuleuse, de 1936 (ce blog, dans les Archives, cliquer sur le tag « si j'avais un fils »).

     

    Rappelons-en quelques exemples, dont sa colère lorsqu’il crut Léon Degrelle assassiné à Abbeville, le 20 mai 1940, sa décision de le rencontrer avant Léopold III, le 26 octobre 1940, son ordre donné à Ribbentrop de le soutenir –et lui seul– en Belgique, le 31 janvier 1943, sa résolution de le nommer chancelier du nouvel État bourguignon, en mars 1943, sa reconnaissance de Léon Degrelle comme Volksführer, le 23 novembre 1944, la délégation des pleins pouvoirs civils, politiques et militaires en Belgique reconquise qu’il lui fit le 1er janvier 1945... Nous avons également documenté son inquiétude constante et répétée sur le sort du désormais Commandeur de la Division Wallonien au Front de l'Est (ce blog au 21 juin 2018).

     

    Et tant que nous y sommes, rajoutons ce dernier élément établissant le caractère insigne des relations entre le Führer abandonné de tous (sauf d'Eva Braun, son épouse, et de Josef Goebbels, le fidélissime, et sa famille) et son indéfectible paladin étranger. En avril 1945, dans le bunker des ruines de sa Chancellerie, Adolf Hitler vient de vivre son cinquante-sixième anniversaire parmi les trahisons de ses plus proches collaborateurs, les revers militaires catastrophiques, les bombardements incessants des soviétiques encerclant Berlin anéantie... Il confie à Martin Bormann d'ultimes et amères réflexions que rapporte un témoin accidentel et sans le moindre lien avec Léon Degrelle.

     

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    « engagé dans la L.V.F. (Légion des Volontaires français contre le bolchevisme) puis sous-officier dans la division SS Charlemagne, Louis Chastang – c'est le nom qu'il se donne – s'est décidé à parler. [...] Isolé de mon groupe, je me trouvais avec un autre Français dans un détachement de la division Nordland (composée de volontaires des pays scandinaves). Il y avait avec nous un SS allemand, le capitaine Eckermann. [...] De 1938 à 1945, il avait été membre de la Leibenstandarte [sic] Adolf Hitler, la garde personnelle du führer. [...] le 30 avril 1945 [...] nous savions que la guerre était finie, perdue. Avec le capitaine Erckmann [sic] et mon camarade français nous tentions de sortir de Berlin. Soudain, [...] nous avons vu deux hommes qui avançaient dans notre direction. Eckermann nous a dit : Attention ! Ce sont des huiles. Cachons-nous... [...] les deux hommes se sont arrêtés à quelques mètres de nous. L'un d'eux était grand et portait un uniforme vert sans distinction de grade : c'était le médecin SS Ludwig Stumpfegger [1910-1945, chirurgien personnel d'Adolf Hitler ; c'est lui qui aurait fourni les capsules de cyanure aux couples Hitler et Goebbels]. L'autre, plus petit, râblé, avait la tenue beige des membres du parti : Martin Bormann. Les deux hommes ont commencé à parler. À travers le fracas des explosions qui secouaient la ville, j'ai pu saisir quelques bribes du dialogue. Bormann s'étonnait que Hitler ait choisi l'amiral Doenitz comme son successeur. Il a dit aussi à Stumpfegger que le führer avait parlé avec amertume de la trahison de la plupart des dignitaires de l'armée et du parti et que le führer avait exprimé son regret de ne pas avoir confié le commandement de ses troupes à Léon Degrelle, le chef nazi belge. » Suit le récit du suicide par capsule de poison (France-Soir, 11-12 février 1973, p. 5 ; Léon Degrelle évoque l'histoire dans Tintin mon copain, p. 134, mais il ne donne pas la bonne référence, datant le quotidien français de janvier au lieu de février).

     

    Alors, après toutes ces évidences, qu'en avons-nous encore à faire de la vaine question agacée de Clown auguste Schang : « Oui ou non, Degrelle fut-il le fils qu'Hitler aurait voulu avoir, selon la petite phrase tant et tant de fois répétée ? » Et de la réponse pontifiante de Clown blanc Saenen tout empreinte d'insolente mauvaise foi : « [Cette phrase] fait partie de ces éléments fantasmatiques et des effets de rhétorique dont usera Degrelle tout au long de sa vie pour forger son mythe. Elle découle de la fusion fluidique qu'il veut à tout crin voir dans sa relation avec Hitler. » Et de nier, contre toute évidence, l'existence de « sentiments amicaux, encore moins filiaux »... (mais le Führer n'a jamais dit : « Si j'avais un père... »)...

     

     

    Qui alors pour remettre les « idées à l'endroit » ?

    Réfléchir&Agir !

     

     

    RHE 25 Saenen.jpgOù donc la Revue d'Histoire Européenne a-t-elle bien pu aller chercher –en même temps que la revue Éléments !– que Léon Degrelle était « qualifié, de son vivant, de personnalité la plus détestée du Royaume de Belgique » ?... (N° 25, août-septembre 2025).

     

     

    Nous croyions être à peu près seuls, avec le Cercle des Amis de Léon Degrelle, à nous être retrouvés interloqués par cet article d'Éléments. Même la Revue d'Histoire européenne –dont nous avons fait l'éloge trop prématurément et donc imprudemment (ce blog au 20 avril 2025)–, s'est jointe au chœur démocratique de dithyrambes insensés.

     

    Mais non ! Seuls à sauver l'honneur du journalisme indépendant, à l'esprit critique et à l'engagement nationaliste cohérent, nos amis de Réfléchir&Agir ont vivement réagi par un billet d'humeur concis, mais incisif et bien renseigné, d'Eugène Krampon, Je défends la mémoire de Léon Degrelle (n° 88 [!], Hiver 2025, p. 6). C'est surtout à Frédéric Saenen qu'il s'en prend et pas nécessairement à Laurent Schang qui est pourtant tout autant blâmable dans la mesure où nous attendions de sa recension connaissance du sujet, capacité de doute, sens critique, souci élémentaire de vérification des assertions...

     

    Frédéric Saenen, au fond, ne fait que son boulot : noircir la vie de son personnage pour convaincre son lecteur, –inculte au cerveau lavé par quatre-vingts ans de mensonges officiels–, de l'horreur de ses convictions nationales-socialistes qui sont autant d'inconduites, voire de délits (« affabulateur compulsif », « hypocrite, cauteleux », « panier percé, mauvais payeur »), de ses intentions politiques coupables (« mauvais Belge », « réintégration [...] au Reich allemand »), de sa proximité avec le régime nazi abhorré (« croisé de l'hitlérisme »), de son absence totale de repentance (« quelqu'un qui passe son temps à nier l'existence des chambres à gaz ou à chanter les louanges posthumes d'Hitler »), de la profondeur honteuse de ses sentiments pour le repoussoir absolu de l'humanité que fut Adolf Hitler (« il s'offre littéralement à Hitler »)...

     

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    Encore eût-il fallu que Laurent Schang maîtrise son sujet, connaisse quelque chose à Léon Degrelle, voire même ait véritablement lu le monument de sornettes publié par son éditeur Perrin. Car enfin, il faut ne pas avoir ouvert le pensum pour prétendre gratuitement (et de quelle autorité ?) que « la biographie de Frédéric Saenen est incontestablement la plus complète, la plus documentée et la plus approfondie » ! Nous avons montré comment, dès les toutes premières pages, Saenen trafique ses sources pour laisser entendre, par exemple, que Léon Degrelle était un criminel de guerre (ce blog au 25 mars 2025). Schang eût pu le vérifier lui-même, lui qui, spécialiste maison de la Seconde Guerre mondiale, a certainement accès à la quarantaine de volumes des minutes du procès de Nuremberg où Saenen prétend avoir trouvé son information !...

     

    Et s'il avait vérifié un tant soit peu les allégations de son auteur, par exemple sur les origines de l'antisémitisme inexistant de Léon Degrelle qui lui donne des haut-le-cœur (voir ci-après), il aurait pu constater les mêmes procédés manipulateurs.

     

    Frédéric Saenen prétend ainsi que le chef de Rex « se plaît à raconter que, enfant, à la liturgie du Vendredi saint, il chantait en chœur : Oremus et pro perfidis Judaeis » (p. 123), avec un appel de note où se trouve effectivement une référence livresque mais sans fournir la citation du récit degrellien annonciateur d'antisémitisme que l'on s'attendait à trouver. Et si vous avez la curiosité de vous reporter au livre évoqué (Jean-Marie Frérotte, Léon Degrelle, le dernier fasciste), vous lirez la simple information suivante : « La liturgie du Vendredi-Saint chantait : Oremus et pro perfidis Judaeis... », sans la moindre mention du plaisir éventuel de Léon Degrelle à chanter cette prière. Dans La Chanson Ardennaise où il raconte sa vie à Bouillon au rythme du calendrier liturgique, comme dans les récits de son enfance pieuse rapportés dans Mon Combat, il n'est jamais question de la prière du Vendredi Saint pour la conversion des Juifs. Ce terme n'apparaît d'ailleurs nulle part dans ces écrits, preuve sans doute que cette prière n'impressionna pas particulièrement le petit Léon et qu'il ne put à l'évidence y prendre jamais la moindre joie perverse.

     

     

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    Le petit Léon « se levait tôt, allait sonner les cloches à l'église [Saints Pierre et Paul de Bouillon] et servait la première Messe » (Mon Combat, p. 27). Il pouvait admirer ainsi tous les jours l'impressionnant maître-autel qui s'orne des statues des deux saints patrons, Saint Paul tenant le glaive de la Parole de Dieu et Saint Pierre avec les clefs du Royaume des Cieux.

     

    À leurs côtés, seraient-ce les statues de deux Juifs ayant bénéficié de la prière pour les « perfidis Judaeis » ? La paroisse de Bouillon n'a malheureusement pas même été capable de nous les identifier... Quel est encore ce clergé post-conciliaire coupé de ses racines historiques, bibliques, ecclésiales ? À gauche, se trouve donc Aaron avec son pectoral aux douze gemmes symbolisant les tribus d'Israël et tenant l'encensoir purifiant les offrandes à Dieu ; à droite, voilà l'autre grand-prêtre d'Israël, Melchisedech, représenté avec du pain et une aiguière de vin. Leurs attributs font le lien entre l'Ancien et le Nouveau Testament.

     

    Quand Léon Degrelle évoque la Pâques campagnarde et le Vendredi Saint, il écrit « Les offices divins étaient magnifiques dans leur dépouillement, les prières de ce jour-là sont les plus beaux poèmes qui soient au monde. [...] Il fallait d'abord prier près [des cruches d'eau bénite], lancer les chants sublimes pour tous ceux qui connaissaient les égarements de l'ombre et les morsures de la douleur. » (Mon Combat. p. 34). Et ce serait là l'origine d'un antisémitisme chez Léon Degrelle ? qui ne reprend jamais aucun terme de la prière pour les Juifs, mais en généralise la portée ?...

     

     

    Saenen poursuit alors sur sa lancée l'explication abracadabrante de l'origine du prétendu antisémitisme degrellien : « En Belgique, dans les années 1900-1910, les réseaux du catholicisme intégral marqués par le traditionalisme et l'antijudaïsme étaient en outre très actifs dans les milieux néothomistes, et ont notamment inspiré l'ACJB. » (p. 123).

     

    L'ACJB est l'Action catholique de la jeunesse belge, mouvement créé en 1921 où s'engagèrent la plupart des jeunes catholiques belges, dont Léon Degrelle (et Hergé). A la fin de la phrase évoquant l'ACJB, se trouve à nouveau un appel de note censé expliquer en quoi ce mouvement fut inspiré par l'antijudaïsme. Et nous lisons : « Au sujet de réseaux tels que La Sapinière de Mgr Benigni et de leurs relations avec la Revue internationale des société secrètes de Mgr Jouin, introducteur des Protocoles des Sages de Sion en France, voir N. Valboousquet [sic], Catholique et antisémite. Le réseau de Mgr Benigni [...] » (p. 315). Mais ce livre ne cite jamais ni l'ACJB, ni aucun de ses dirigeants (qui furent proches de Léon Degrelle), Mgr Picard ou Giovanni Hoyois ! Quant au correspondant belge de cette fameuse Sapinière n'ayant eu aucun lien ni avec l'ACJB, ni avec Léon Degrelle, il en fut exclu pour collaboration avec l'occupant allemand pendant la Première Guerre mondiale ! (Nina Valbousquet, Catholique et antisémite, p. 57). Le seul intérêt de cette note est donc bien de citer les mots « Protocoles des Sages de Sion » et « antisémite ».

     

    Nous retrouvons exactement le même procédé que pour les « crimes de guerre » de Léon Degrelle : l'important était alors d'associer son nom aux mots « Procès des grands criminels de guerre devant le tribunal militaire international : Nuremberg ». Jamais rien de pertinent, mais, toujours, des amalgames, des approximations, des suggestions, de la malveillance...

     

     

    Des procédés uniment malhonnêtes

     

    Et c'est ainsi tout au long de la prétendue biographie où tout les faits, anecdotes, témoignages sont présentés négativement. C'est bien sûr le droit de Frédéric Saenen –comme de son comparse Laurent Schang– de ne pas apprécier Léon Degrelle, mais il faut rester honnête et loyal, et le prétendu critique d'Éléments, spécialiste de la Deuxième Guerre mondiale, eût pu aisément vérifier le tripatouillage des sources.

     

    Il semble bien, cependant, qu'il n'en ait rien à faire puisque ses questions ne sont qu'oratoires, reflétant purement et simplement l'avis de l'interrogé ou, comme chez les clowns du cirque, amplifiant encore les postulats du clown blanc qui occultent la supercherie et font prendre ses propositions pour des vérités d'Évangile (voir encore ci-dessus, à propos de Hergé).

     

    Ainsi, –revenons-y–, de l'antisémitisme degrellien. Schang ne pose pas de question, il adopte d'emblée le discours dominant pour proférer une nouvelle considération axiomatique : « Beaucoup moins drôle [sic] que ses affabulations sont ses prises de position négationnistes [terme remplaçant désormais « révisionniste »] à partir des années 1970... » Ce qui permet au sophiste Saenen de nier tout caractère « scientifique » aux études réclamées par Léon Degrelle puisque « Cela confirme à mon sens l'ancrage du projet négationniste, non pas dans une quelconque tradition de pensée critique, mais bien dans l'idéologie nazie. » En effet, qu'est Léon Degrelle, sinon un « acteur de la guerre, engagé sous uniforme nazi » ! Il n'y aurait donc vraiment plus aucune raison d'encore exercer quelque « pensée critique » sur pareil sujet (ce que les lois interdisent d'ailleurs de toute façon).

     

    Frédéric Saenen a achevé correctement sa mission. Il a rempli son contrat efficacement : son bouquin est publié et diffusé par une grande maison d'édition ; il reçoit en retour l'hommage publicitaire de la presse conventionnelle unanime. Aussi unanime que le fut, en 1937 contre Léon Degrelle, tout l'éventail de la société, des catholiques aux communistes, de l'Église aux Loges. Mais constater qu'aujourd'hui, la presse de la « Nouvelle Droite » entend s'y associer, la presse qui prétend mettre les « idées à l'endroit » afin de fournir des « éléments pour la civilisation européenne », cela donne une idée de l'état effarant dans lequel se retrouve désormais la transmission de l'histoire contemporaine...

     

     

     

    PR 1943.09.08 Télégramme AH LD.pngEt une dernière pour la route !

     

    Voici encore une manifestation de la sollicitude qu'Adolf Hitler prodigua avec constance à Léon Degrelle, celui qu'il eût aimé avoir pour fils.

    (Le Pays réel, 8 septembre 1943)

     

     

     

    Mais brisons-là et laissons à Léon Degrelle le dernier mot (qu'on dirait d'ailleurs prononcé pour remettre à leur place tous les clowns d'aujourd'hui et de demain) :

     

    « Je n'impose mon jugement à personne, mais je n'ai pas non plus à l'étouffer quand se déchaînent les pense-petit, ou à avoir honte de la puissante camaraderie qui m'a uni à celui qui fut l'homme le plus sensationnel de notre siècle.

     

    Ces scribouillards antihitlériens, à l'encre rancie, que sont-ils, eux, à côté d'un génie comme Hitler ? Dans dix ans, nul ne saura plus qu'ils ont existé. Mais on connaîtra encore le nom d'Hitler dans cent siècles. » (Persiste et signe, pp. 182-183).

     

     

     

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    Grand portrait d'Adolf Hitler en médaillon, sculpté de profil par Arno Breker (fonte, environ 50 cm de diamètre, 1939).

     

     

     

     

  • Quand « Éléments », la revue d'Alain de Benoist, fait dans le « wokisme »...

     

    Éléments l'affirme : Léon Degrelle ne serait qu'un « mythomane », un « escroc », un « hitlérolâtre » et bien pire encore... Mais ses lecteurs vont-ils le croire ?

     

     

     

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    Le florilège d'antidegrelleries promouvant le Léon Degrelle de Frédéric Saenen, telles que collationnées par le Cercle des Amis de Léon Degrelle  (XLIVe Correspondance privée, septembre 2025, p. 11).

     

     

    C'est dans la dernière et quarante-quatrième Correspondance privée du Cercle des Amis de Léon Degrelle –c'est-à-dire dans la collation quasi exhaustive de tout ce qui concerne Léon Degrelle opérée régulièrement par cet indispensable Degreller Beobachter– que nous avons lu l'information à propos de la nouvelle biographie « améliorée » de Léon Degrelle par Frédéric Saenen (ce blog au 25 mars 2025) : « De nombreux articles et entretiens ont été réalisés dans la presse au sujet de la sortie de cette biographie de Léon Degrelle. La plupart de ces articles et des entretiens se recoupent forcément et ont tous un dénominateur commun : l' ”anti-degrellisme ! Dans le florilège, non exhaustif et dans le désordre : Marianne, Le Figaro, Breizh-info, Le Monde, L'Avenir, La Dernière Heure, La Libre Belgique, Le Soir, Conflits, Éléments, etc. » Était même épinglée une interview à Regards, le mensuel du Centre Communautaire Laïc Juif.

     

    Et le Cercle de conclure philosophiquement : « Beaucoup de bruit pour un livre bien médiocre. Mais l'important n'est-il pas d'avoir remis à l'honneur le Chef de Rex ? »

     

    Elements 215.jpegQuoique la « remise à l'honneur » équivaille en fait surtout à propager les bobards saeneniens, voire à en augmenter la nuisance dans des interviews où, –comme nous allons le voir–, le pseudo-biographe plastronne ses calomnies...

     

    Dans le « florilège non exhaustif » des laudateurs requis ou bénévoles présenté par le Cercle des Amis de Léon Degrelle, un titre a en effet particulièrement attiré notre attention, le dernier, Éléments, le trimestriel d'Alain de Benoist, fondateur du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne), qui prétend fournir matériau et substance pour une meilleure connaissance et célébration de la civilisation européenne. Comme nous n'y sommes pas abonné et qu'il ne figure pas parmi les innombrables revues proposées par notre petit libraire, nous avons dû lui demander de le commander : il nous est arrivé voici peu.

     

     

    Éléments, parangon de l'historiquement correct !

     

    Et la stupéfaction est totale : la lecture de ce panégyrique aveugle est profondément choquante et attristante. Attristante car nous croyions qu'Éléments était censé fournir des articles critiques stimulant la réflexion (« Le magazine des idées à l'endroit » !) et non balancer des coups d'encensoir irrationnels ; choquante car un tel exercice de reptation wokiste semble inscrire la revue dans le mouvement de réécriture négative de l'histoire européenne.

     

    Nous ignorons qui est ce Laurent Schang, à part qu'il a écrit récemment une biographie (une dénonciation, plutôt) du maréchal Gerd Von Rundstedt aux éditions Perrin. Tiens ? Le même éditeur que Frédéric Saenen ! Entre confrères co-édités, il faut sans doute contribuer à une coprospérité... Par ailleurs, Schang semble le spécialiste-maison d'Éléments pour l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il signe en effet dans le même numéro un autre article abscons au titre néo-français –Au bonheur du fana mili– où il dénie aux plages du débarquement de Normandie de compter parmi les « champs de bataille qui continuent de vous saisir », tels Azincourt (où il n'y a rien à voir), Valmy (et son moulin au milieu d'un « concept touristique ») ou Woerth (quelques monuments, surtout allemands)... Il annonce tout de même trois feuilletons sur les décors normands du « jour le plus long ».

     

     

    Schang Rundstedt.jpg   Schang Rundstedt Breizh 2020.03.07.png

    Rundstedt Tombe.jpeg

     

    Pour Laurent Schang, le maréchal von Rundstedt est bien coupable de ne s'être pas opposé au chef suprême des armées allemandes. Pire même, il accepta de figurer parmi les juges des officiers félons qui tentèrent d'assassiner, en pleine guerre, Adolf Hitler, leur commandant en chef, le 20 juillet 1944. Mais, s'étonne-t-il, personne ne s'en est encore pris à sa tombe. Et d'ajouter (en guise d'avertissement ?) : « Jusqu'à présent, en tous les cas » (interview publiée par Breizh Info, le 7 mars 2020 ; en bas, la tombe de Gerd von Rundstedt et son épouse, sur le site Find a Grave...

     

     

    Mais revenons à sa charge anti-degrellienne, dont l'introduction, par sa flagornerie béate, mérite d'être citée : « On croyait avoir tout lu sur le Beau Léon (le parti Rex, la Waffen SS, Tintin), des écrivains aussi différents que Saint-Loup, Pol Vandromme, Jonathan Littell ou Arnaud de la Croix ayant noirci des centaines de pages à son sujet – sans compter ses propres mémoires. On se trompait. Signée Frédéric Saenen, Léon Degrelle (Perrin), sa nouvelle biographie, en vérité la première (par sa qualité d'écriture, par les recherches qu'elle a demandées), nous livre le portrait sans fard ni trémolos d'un ambitieux qui, pour s'être rêvé en Führer des Wallons, finit sa vie avec le titre peu enviable de personnalité la plus détestée du royaume de Belgique. »

     

    On croyait avoir tout lu en matière de dénigrement de Léon Degrelle, mais, en effet, on se trompait : Éléments, soi-disant « laboratoires d'idées » de la Nouvelle Droite, en donnant carte blanche à ce prétendu spécialiste de l'histoire militaire, réécrit celle de la Seconde Guerre mondiale à l'aune de la morale des vainqueurs, normalisant son récit par un lâche et inattendu conformisme politique.

     

    N'en doutons pas : Schang ne connaît rien de Léon Degrelle. Ce qui ridiculise sa célébration du bouquin de Saenen, salué comme « en vérité la première » biographie du « Führer des Wallons » ! Les seules lectures qui, si elles ont existé, lui permirent de (mal) connaître le nom du héros de Tcherkassy sont le roman épique de Saint-Loup, Les SS de la Toison d'Or (ce blog au 22 janvier 2016), le pamphlet haineux Le loup au cou de chien de l'indigne Vandromme (ce blog au 14 avril 2016), les considérations scato-psychanalytiques Le sec et l'humide du pervers Littell (ce blog aux 8 février 2018 et 12 octobre 2025) et les carabistouilles éculées du prétentieux De la Croix qui prétendait aussi fournir « la première biographie complète [...] du dernier grand chef nazi » (ce blog aux 13 décembre 2016 et 10 avril 2024).

     

    À part Saint-Loup, lui-même ancien du Front de l'Est et ami personnel de Léon Degrelle, tous les noircisseurs de centaines de pages évoqués par Schang sont des dénigreurs compulsifs obsessionnels de l'auteur de Révolution des Âmes, ce jeune chef charismatique qui séduisit à ce point Adolf Hitler lors de leur première rencontre fortuite de 1936 que, sa vie durant, le Führer s'inquiéta de son sort, lui manifestant confiance, gratitude et affection (ce blog, notamment, au 12 mai 2016).

     

     

     

    1944 08 27 Hitler+Steiner+LD.png

    Un mois à peine après avoir échappé miraculeusement à l'inimaginable attentat ourdi par une kyrielle d'officiers parjures et traîtres à leur patrie, le chef suprême des armées du Reich reçut avec une joie et une émotion manifestes Léon Degrelle, le jeune officier étranger, qui ne cessa d'en remontrer à la caste réactionnaire de la Wehrmacht sur le courage, l'honneur et la fidélité. À l'issue de cette rencontre où il décerna les Feuilles de Chêne à sa croix de Chevalier de la Croix de Fer, Adolf Hitler confiera à son plus loyal épigone : « Si j'avais un fils, je voudrais qu'il soit comme vous ! »

     

     

    Et donc, après avoir décrété le plus gratuitement du monde que Léon Degrelle « finit sa vie avec le titre peu enviable de personnalité la plus détestée du royaume de Belgique » (probablement une citation du prière d'insérer de l'éditeur car reprise dans nombre de soi-disant comptes rendus !), Laurent Schang va poursuivre dans le même registre de la calembredaine péremptoire...

     

    Comme il s'agit d'une interview, tout va fonctionner comme dans un gag de clowns de cirque : Saelen, le clown blanc, est le bonimenteur pontifiant. Il est interrogé par Schang, le clown auguste au gros nez rouge, gaffeur qui ne comprend jamais rien et qui en rajoute dans le délire du clown blanc pour marquer sa bonne volonté ou asticoter la verve de son comparse.

     

     

    Révolution des Âmes

     

    Quelques exemples des outrances et amorces de Clown auguste Schang corrigées, voire amplifiées, par Clown blanc Saenen, que nous ferons tout de même suivre par des mises au point degrelliennes...

     

    Clown auguste Schang : « Quelle était cette ”révolution des âmes dont Degrelle se réclamait ? »

    Clown blanc Saenen : « [...] il prône en effet une vague révolution des âmes selon le titre d'un essai que Degrelle publie en 1938. [...] Mais cela semble déconnecté de toute realpolitik, et le corpus idéologique du rexisme, voulant trop embrasser toutes les couches de la société [...], mal les étreindra. »

     

    Révol Ames 1 1.jpeg  Révol Ames 2.jpeg

     

    Publié deux ans après le succès électoral de 1936 et un an après la coalition de tous les affidés du système (catholiques, libéraux, socialistes, communistes) contre la révolution rexiste portée par Léon Degrelle à l'élection partielle bruxelloise de 1937, Révolution des Âmes, –recueil de réflexions à la fois politiques et lyriques rappelant la base de l'engagement rexiste–, est sans doute « vague » pour Clown blanc Saenen en ce sens qu'il ne définit aucun programme politique, économique ou social. Il est cependant décisif dans la démarche rexiste selon laquelle il n'est pas de véritable révolution qui ne s'alimente d'un authentique renouveau spirituel. Réveiller ce ressourcement personnel, c'est ce qui inspira toujours l'apostolat de Léon Degrelle : « Dès cette époque-là, je m'étais dit, en voyant l'espèce de rébellion parfaitement normale du peuple, qu'il s'agirait de dégager celui-ci de l'égoïsme et du matérialisme [...], en essayant de repeindre de neuf chaque cœur délaissé, lassé, souillé, de recomposer une véritable communauté humaine, juste, fraternelle, de ranimer en elle les plus hautes vibrations d'âmes. » (Persiste et signe, p. 54).

     

    1 Denis Rex Bases doctrinales.jpg   2 Streel Positions rexistes.jpg   3 Rex Volonté d'action.jpg

     

    Pour les clowns, tout ça, c'est du charabia « déconnecté de toute realpolitik ». Pourtant, cette mystique rexiste a permis l'élaboration d'un vaste « corpus idéologique », d'une doctrine et de principes d'action pour tous les secteurs de la société, afin que la révolution des âmes permette la révolution nationale. Mais pour nos clowns qui tournent en rond sur leur piste de cirque, c'est alors trop de realpolitik : « Qui trop embrasse mal étreint », CQFD !... (sur les bases doctrinales du rexisme, on lira avec davantage d'intérêt et de bénéfice Rex dans l'entre-deux-guerres : discours et communication politique par Clément Ferrier, in Courrier hebdomadaire du CRISP, n° 6, 2023, pp. 33 sv.)

     

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    Mes Aventures au Mexique et les Cristeros

     

    Clown auguste Schang : « Degrelle était déjà un mythomane dans les années 1920 ! Son reportage au Mexique a tout d'une blague... belge. N'était-il pas aussi un peu escroc ? »

    Clown blanc Saenen : « À mythomane, je préférerais l'expression affabulateur compulsif [...] il n'a pas été un témoin direct de la révolution des Cristeros. [...] À escroc, je préférerais celui de “roublard” […] on le découvre aussi hypocrite, cauteleux, fuyant à d'autres moments. […] c'était un panier percé et un mauvais payeur. »

     

    Mexique Rex illustré 18 03 36.jpg

     

    La mise en doute du voyage au Mexique est le monstre du Loch Ness qui prétend établir la mythomanie de Léon Degrelle. C'est Frédéric Denis qui s'en fit le champion imbécile (ce blog au 29 septembre 2020 et 11 août 2025) et il a manifestement encore toujours de fidèles émules aujourd'hui.

     

    Il est évident que l'envoyé spécial du Vingtième Siècle n'alla pas au Mexique (décembre 1929-janvier 1930) pour faire le coup de feu : si les accords (Arreglos) négociés entre l'Église de Pie XI et le gouvernement mexicain avaient mis fin, dès le 27 juin 1929, à la rébellion, les Cristeros, qui avaient déposé les armes, continuèrent cependant à être poursuivis et massacrés par leur gouvernement : on estime à environ 5000 les victimes de cette « épuration », tandis qu'au moins 5% de la population mexicaine préférèrent s'enfuir aux États-Unis. En 1936, Rex illustré publia quelques photos décontractées de Léon Degrelle en guise de preuve de son voyage au Mexique.

     

    Evêque José de Jesus Huejutla.pngMais son expédition ne releva pas nécessairement du farniente touristique, comme l’attesta l'ambassadeur de Belgique au Mexique, Charles de Romrée de Vichenet (1884-1957) qui le reçut sur place (J.-M. Étienne, Le mouvement rexiste jusqu'en 1940, p. 13). La lettre que lui envoie, le 2 mai 1930, Mgr José de Jésús Manríquez y Zárate (1884-1951), évêque du diocèse de Huejutla, dont l'engagement fervent en faveur des Cristeros provoqua son exil en Californie, établit également l'importance des contacts établis sur place, le sérieux de son enquête et du suivi politique et éditorial qui devait en découler :

     

    lt Huejutla à LD 02.05.1930.jpeg« Bien cher ami, [...] Je suis très touché que vous ayez autant travaillé à votre retour du Mexique, et certainement avec beaucoup de succès, en faveur de notre cause, qui est la cause de la vérité et de la justice. Le voyage que vous avez effectué avec Mgr Picard à Paris et les entretiens que vous avez eus avec les écrivains catholiques et les directeurs de grands journaux et magazines, les incitant à s'intéresser au Mexique, commentant largement vos enquêtes, produiront sans aucun doute de grands biens pour un avenir proche. [...] Certes, tous ces travaux, ainsi que vos conférences et celles du digne Mgr Picard, seront une excellente préparation pour organiser la collecte internationale en faveur du Mexique, que je vous ai tant recommandée. [...] Avec mes salutations très affectueuses à Mgr Picard, M. Hoyois et aux autres jeunes de la méritante ACJB, et en vous souhaitant de vous rétablir rapidement de vos fatigues, je suis heureux de me répéter une fois de plus votre ami très affectueux et votre humble serviteur qui vous bénit avec effusion.

    + José de Jesús, Évêque de Huejutla »

    (Sur les persécutions qui persistèrent cruellement malgré les Arreglos, voir Léon Degrelle, Cristeros, pp. 203-223 ; sur la spécificité de Mes Aventures au Mexique, ce blog au 1er mai 2016).

     

     

    Léon Degrelle, Flamand, Français, Bourguignon, Espagnol, faux Belge !

     

    Clown auguste Schang : « Degrelle le Wallon avait aussi des partisans en Flandre. Une alliance électorale avec Joris Van Severen et son parti, le Verdinaso, aurait très pu se concevoir [sic] en 1936. Ces deux figures étaient-elles trop différentes pour oser un rapprochement ? »

    Clown blanc Saenen : « L'obstacle majeur au rapprochement de Degrelle avec la Flandre est avant tout... sa méconnaissance totale du néerlandais. Il était certes un défenseur idéaliste de la cause flamande, mais en rien un pragmatique qui pouvait entrer en réel dialogue avec le nord du pays. [...] Pendant la guerre, la Flamenpolitik d'Hitler va encore creuser l'écart [entre Degrelle et les Flamands]. Ses vues à long terme sur la Belgique le portent hors du cadre national tel qu'il avait été défini lors de l'indépendance en 1830. Degrelle n'a jamais fantasmé qu'une dimension impériale, par la réintégration des territoires belgiques dans la Grande Bourgogne, voire au Reich allemand [...]. Dans les années 1930, il confiera qu'il regrette de n'être pas né en France, et après-guerre il se fera adopter pour obtenir la nationalité espagnole. C'était en définitive un faux Belge [...]. »

     

     

     

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    Le Leo Belgicus de la splendeur bourguignonne accueillant le visiteur de Léon Degrelle dans la finca sévillane de son exil espagnol, tel qu'il fut dessiné en 1617 par le cartographe Kaerius (Pieter van den Keere) dans son chef-d’œuvre Germania Inferior, id est XVII provinciarum ejus novae et exactae tabulae geographicae (ce blog au 17 octobre 2018).

     

     

    Le 24 juin dernier, Bart De Wever, Premier ministre de Belgique, déclarait à la radio nationale publique néerlandaise : « en tant qu’homme politique et à titre personnel, je pense toujours que la scission des Pays-Bas au XVIe siècle est la plus grande catastrophe qui nous soit arrivée ». Il évoquait la partition des XVII Provinces bourguignonnes à l'issue de la révolte des Gueux (ce blog au 31 mars 2025).

     

    Voilà qui rejoint exactement la pensée de Léon Degrelle qui a toujours dénoncé « l'État-croupion de 1830 » et a voulu rendre leur extension géographique d'origine aux territoires belgiques évoqués par Frédéric Saenen et regrettés par Bart De Wever, et à leur peuple la puissance économique et la gloire culturelle qui firent leur prospérité historique (ce blog au 28 juin 2017) : « Je suis donc intégralement un homme de ces fameuses Dix-Sept Provinces qui, de l'embouchure du Rhin à la Somme, constituèrent, pendant des siècles, une remarquable unité géographique, politique, économique. Je me sentais né pour leur résurrection, opérée d'ailleurs partiellement, depuis lors, sur le plan médiocre des affaires, au sein du Benelux. » (Degrelle m'a dit, pp. 436 et 28). Ce Benelux économique, qui s'est dissout dans une opaque Union Européenne, est malgré tout porté aujourd'hui au crédit visionnaire de Joris Van Severen proposant un Dietschland idéalisé, alors que la résurrection de la Bourgogne indépendante voulue par Léon Degrelle et avalisée par le Reich (ce blog, notamment, au 28 juin 2017) est décrite comme un fantasme criminel (sur la relation Degrelle-Van Severen, ce blog au 7 mai 2019).

     

     

     

    Verdinaso Landdag 1935.jpeg

    Affiche annonçant le Quatrième Congrès du Verdinaso en 1935 : l'emblème du mouvement –un glaive dressé devant une charrue– protège la carte du Dietschland réunissant, outre la Flandre française, la Belgique, les Pays-Bas (la erlande) et le Luxembourg : le futur Benelux (sans la Flandre française).

     

     

    Mais l'idée de la nouvelle Bourgogne était tellement peu fantasmagorique ou criminelle que Roosevelt l'avalisa également en voulant s'attacher les services de Léon Degrelle. « Fin décembre 1942, la marquise de L... avait transmis à Degrelle, en congé pour blessure à Bruxelles, une invitation du consul des États-Unis à Barcelone à venir discuter avec lui d'un ralliement aux Alliés. Deux passeports étaient mis à sa disposition à cette fin. [...] Lorsqu'il entendit parler des projets grand-belges de Hitler, Roosevelt les accueillit avec faveur. MM. [Edvard] Benès [président du gouvernement tchécoslovaque en exil] et [Antony] Eden [secrétaire d'État au Foreign Office] en ont témoigné auprès de M. [René] Massigli [ambassadeur de Vichy à Ankara avant de passer à Londres pour devenir commissaire aux Affaires étrangères de De Gaulle] et lord [William] Strang [sous-secrétaire d'État adjoint pour l'Europe dans le gouvernement britannique]. Le 13 mars 1943, le président [Roosevelt] envisageait de grouper les départements français du Nord, l'Alsace, la Lorraine, le Luxembourg avec la Belgique méridionale pour former une grande Wallonie » (Jacques de Launay, Histoires secrètes de la Belgique 1935-1945, p. 246).

     

    Dans ses mémoires, Sir Antony Eden confirme en effet le projet caressé par le président américain : « Roosevelt m'exprima ensuite ses inquiétudes au sujet de l'avenir de la Belgique, et m'exposa un projet qu'il avait déjà mentionné à Oliver Lyttelton [ministre de la Production dans le gouvernement britannique] ; il s'agissait de créer un État nouveau, la Wallonie, constituée par les zones wallones [sic] de Belgique, le Luxembourg, l'Alsace-Lorraine, et une partie du nord de la France. » (L'Épreuve de force, p. 376).

     

    Léon Degrelle écrira plaisamment dans l'ouvrage signé par la Duchesse de Valence : « Il est assez étonnant de constater qu'après la guerre Degrelle a été condamné à mort comme mauvais belge. On ne peut, à mon avis, lui reprocher, notamment chez ses amis français, que d'avoir été trop grand belge ! Au lieu de diminuer sa patrie il la voulait plus vaste ! » (p. 380).

     

    Il n'est pas vrai non plus de prétendre que « Dans les années 1930, [Léon Degrelle] confiera qu'il regrette de n'être pas né en France ». Ce qu'il confie à Robert Brasillach en 1936, c'est la simple acceptation de son destin : « Trois kilomètres de plus ou de moins... Maintenant, mon sort est fixé. Né en France, j'aurais joué un rôle de Français, avec la même ardeur. Je suis Belge, je fais mon devoir de Belge. » (Léon Degrelle et l'avenir de Rex, p. 8). Son pays de prédilection n'est donc certes pas la France du fourbe Louis XI ou du prédateur Louis XIV, mais fut et sera toujours les Dix-Sept Provinces des ducs de Bourgogne et de leurs successeurs belgo-espagnols qui rassemblèrent longtemps les Pays-Bas du Nord et les Pays-Bas du Sud : « Belge de la petite Belgique atrophiée des temps modernes, née des traités de 1831 et de 1839 ? Non ! Je suis un Belge provenant des territoires occidentaux, trois fois plus vastes, réunis au XIVe et au XVe siècles par les ducs de Bourgogne. Par la famille de mon père, né à Solre-le-Château, près de Maubeuge, j'appartiens aux Marches du Sud, enlevées à mon pays par les tenaces rois de France. Par la famille de ma mère, les Boever, originaires de la Moselle, j'appartiens aux Marches Germaniques de l'Est, détachées de ma patrie par le traité de 1839. Je suis donc intégralement un homme de ces fameuses Dix-Sept Provinces, qui, de l'embouchure du Rhin à la Somme, constituèrent, pendant des siècles, une remarquable unité géographique, politique, économique. Je me sentais né pour leur résurrection » (Duchesse de Valence, p. 28).

     

    CI Leon Jose de Ramirez Reina.jpg

     

    Mais ce qui importe à Clown blanc Saenen en inventant le regret de Léon Degrelle de n'être pas Français, c'est de pouvoir prétendre qu'il était « en définitive un faux Belge », une preuve supplémentaire étant qu' « il se fera adopter pour obtenir la nationalité espagnole ». Une espèce de collectionneur de cartes d'identité, quoi !...

     

    En acquérant la nationalité espagnole, il est évident qu'il s'agissait pour Léon Degrelle –n'ayant pas même le statut de réfugié politique– d'avoir enfin une existence légale lui permettant de vivre et travailler en Espagne à visage (plus ou moins) découvert. Mais Clown Saenen a plus d'une carabistouille dans son sac à malices : c'est ainsi qu'à propos de cette carte d'identité espagnole, il prétendra dans le magazine du Centre Communautaire Laïc Juif : « L’astuce qu’il a trouvée, au début des années 1950, est de se faire naturaliser espagnol en se faisant adopter. À partir de ce moment, son extradition conduit à une impasse juridique, de sorte que malgré les reports d’échéance de prescription, il mènera une vie plutôt confortable en Espagne jusqu’à sa mort. » (Regards, 1er avril 2025). Comme si Léon Degrelle n'avait pas proclamé cent fois son désir de revenir en Belgique pour se justifier au cours d'un procès honnêtement contradictoire (ce blog, entre autres, au 15 août 2022) ! Comme si le gouvernement belge n'avait pas torpillé toutes les tentatives de le ramener en Belgique (ce blog notamment au 26 décembre 2024) ! Quant à la « vie plutôt confortable en Espagne », nous renverrons nos lecteurs aux incalculables tentatives d'assassinat et d'enlèvement auxquelles l' « astucieux » exilé dut faire face (ce blog au 3 janvier 2023 ; et au 2 septembre 2025 pour le complot révélé par Bert Govaerts).

     

    Rex et Flandre.jpgEnfin les considérations sur l'incapacité de Léon Degrelle de dialoguer même avec les Flamands sont tellement absurdes que nous ne nous y arrêterons pas, nous contentant de renvoyer à notre blog, par exemple, au 10 juin 2016 ; l'accord signé entre Rex et le Vlaamsch Nationaal Verbond (VNV, Alliance Nationale Flamande) de Staf De Clercq préfigure d'ailleurs particulièrement bien le confédéralisme préconisé aujourd'hui par le parti du Premier ministre belge, la N-VA, Nouvelle Alliance Flamande). Que dire aussi de la prétendue « Flamenpolitik » d'Adolf Hitler finissant au contraire par avaliser la résurrection de la Bourgogne indépendante sous l'autorité de son premier Chancelier Léon Degrelle (ce blog au 27 juin 2017) ?...

     

    Rex flamand PR 1936.08.21.png  Rex flamand PR 1936.05.19.png  Rex flamand PR 1936.08.22.png

     

    À suivre

     

     

  • Georges Suarez et Léon Degrelle

     

    Une amitié qui a tourné au vinaigre...

     

    Le portrait sympathique que Georges Suarez (1890-1944) offrit à Léon Degrelle dans son reportage sur La Belgique vivante (ce blog au 15 juin 2025) ne constitua en réalité qu'une louange tout à fait ponctuelle et opportuniste.

     

     

     

    Georges Suarez à LD Echos 1933.01.08.png

    « À Léon Degrelle en hommage affectueux à sa jeunesse chaude et irrésistible, Georges Suarez ». Lorsqu'ils nouèrent des liens dont la vive amitié s'exprima dans La Belgique vivante, le célèbre journaliste parisien offrit au jeune chef de Rex, de quinze ans son cadet, sa photo à la dédicace cordiale : elle sera publiée par l'hebdomadaire Échos, le 8 janvier 1933.

     

     

    En écrivant son article consacré à l'Association catholique de la jeunesse belge et à son aumônier général, Mgr Picard (L'Écho de Paris, 3 novembre 1931), Suarez ne pouvait pas ne pas rencontrer Léon Degrelle à Louvain puisqu'en 1930, le prélat se l'était adjoint comme directeur des Editions Rex (établies au domicile de Mgr Picard, 52 rue Vital Decoster, où habitait également le jeune homme jusqu'à son mariage en mars 1932).

     

    Manifestement, le courant était magnifiquement passé puisque l'auteur mania tout de go l'hyperbole chaleureusement enthousiaste pour décrire en «  mon ami Léon Degrelle, [...] le plus prodigieux mélange de mysticisme, d'ingénuité, de malice, de calcul, de spontanéité et de goût à la vie ». Saluant ses multiples talents : « Il écrit des livres pleins de verve ; il rime avec bonheur. Il a le génie de l'épigramme gaie » et célébrant particulièrement aussi son « beau courage d'apôtre » : « Pendant les persécutions contre les catholiques au Mexique, il partit un beau jour, un petit sac à la main, fit le voyage dans la cale d'un paquebot, et débarqua à Mexico, sous un nom d'emprunt, malgré la police qui le recherchait ; traqué par les agents du gouvernement, il fit cependant une enquête complète qui a paru récemment aux Éditions Rex ».

     

    Six ans plus tard, il ne reste plus rien de cette admiration amicale. Le portrait de Léon Degrelle que dresse, en 1937, Georges Suarez prend l'exact contre-pied de son article tout empreint de sympathie de 1931.

     

    C'est dans la perspective de la fameuse élection partielle bruxelloise de 1937, biaisée par le ralliement paniqué de tous les partis à la candidature unique du Premier ministre Paul Van Zeeland, que, brûlant ce qu'il a adoré, Georges Suarez claironnera son soutien fervent au bankster-champion de la particratie. Et ce, non pas dans l'une des grandes publications parisiennes habituées à recevoir sa signature, tels L'Écho de Paris, Le Temps ou Gringoire, mais dans l'éphémère revue Demain présentée par Le Pays réel comme « un petit hebdomadaire de droite », probablement la publication de Jacques La Brède (1900- ?, président d'une Confédération générale des classes moyennes), se présentant pompeusement comme « le grand hebdomadaire des énergies françaises et des actualités mondiales » et qui vivotera dix mois, jusqu'à la première semaine d'octobre 1937.

     

    Soir 1937.03.31 Suarez Blog.pngIl faut croire qu'un service de presse diligent fut assuré aux journaux belges, mais seuls trois quotidiens s'en firent l'écho, de concert, le 31 mars 1937 (Le Vingtième Siècle, La Wallonie, Le Soir). En voici le texte reconstitué à partir de la version publiée par Le Soir (voir ci-contre, le début), complétée (en gras) par une partie censurée car trop évidemment erronée, mais reproduite par Le Pays réel pour en souligner la vaine méchanceté.

     

    « Je ne sais pas quel destin est réservé à M. Léon Degrelle. Dans une période troublée comme celle que nous traversons, tout est possible, même ce qui ne l'est pas.

     

    Nous avons vu, dans un département de France, un demi-fou, M. Archer, succéder dans l'exercice du mandat législatif à un autre demi-fou, Philibert Besson.

     

    Il ne faut donc pas s'étonner de l'importance démesurée qu'a pu prendre soudainement dans la politique belge, dans un pays de réalistes et d'hommes d'affaires, le truculent et clownesque Léon Degrelle. J'ai connu personnellement Degrelle quand il était encore à tirer les cordons de sonnette de ses ennemis personnels dans la bonne et studieuse ville de Louvain. Ce joyeux luron, qui était le principal auxiliaire de Mgr Picard... avait imaginé tout d'abord de régénérer l'humanité et de la réconcilier dans l'amour du Christ-Roi. Ce sentiment, quoique pas très nouveau, n'eût naturellement pas manqué de noblesse s'il ne s'était pas associé assez vilainement à des entreprises commerciales d'un but moins élevé et à un bluff effronté. C'est ainsi qu'une certaine histoire de voyage au Mexique au moment des persécutions des catholiques dans ce pays fut l'objet de certaines contestations où Léon Degrelle ne semble pas avoir eu le dernier mot. La maison d'éditions “Rex”, qu'il avait fondée à Louvain, avec l'argent des dévots, ce qui le dispensait d'attendre vainement l'impression de ses livres chez un éditeur, publia sous sa signature un récit effarant des atrocités dont il affirmait avoir été le témoin à Mexico. Mis en demeure de prouver s'il avait été réellement au Mexique, il ne le put pas, et aujourd'hui, pour quantité de Belges qui aiment encore la “zwanze”, Léon Degrelle est devenu le roi des farceurs.

     

    Degrelle est, en même temps, poète et père de famille. Ses vers ne se distinguent guère de ses divers genres d'activités que par l'incognito qui les couvre, tandis que nul n'ignore sur cette planète que Léon Degrelle porte avec un désespoir sans discrétion le poids d'un veuvage prématuré, et avec un bonheur qui ne connaît point de silence, la fierté d'être père. Toutes ces choses respectables, vénérables, que chacun garde pour soi, dans une intimité pudique, M. Léon Degrelle les a hurlées entre quelques grasses injures à ses adversaires dans toutes les réunions publiques de la Wallonie et des Flandres. Il attendrissait les foules sur son propre cas, les faisait gémir avec lui sur ses malheurs, ou partager ses joies familiales. C'est avec des trucs aussi gros que Léon Degrelle a pu se tailler une place dans ce petit pays de Belgique où, pourtant, les gens serrent les coudes et ne cèdent pas volontiers leur place à un autre.

     

    PR 1937.04.01 Suarez Blog.png

     

    Étant sans scrupules, est-il aussi sans idées ? La médiocrité de son programme convient merveilleusement au camelot en plein vent qui fait le fond de son personnage. Sans culture, sans doctrines, mais pourvu d'un inimitable bagout, il est un signe des temps, le témoignage de ce que peut produire une démocratie quand l'affaissement du niveau moral et intellectuel le livre aux entreprises du plus audacieux.

     

    Au moins, l'Italie s'est donnée à un homme qui avait derrière lui la féconde expérience de l'école révolutionnaire et marxiste. L'Allemagne en a choisi un autre qui, pour être moins brillant que le Duce, a pendant vingt ans fait ses preuves comme conspirateur et chef de bandes. Rien de tout cela chez Degrelle. Les cordons de sonnette de Louvain, les voyages postiches à Mexico, l'amour du Christ, richement nourri de bonne bière et de gueuletons, c'est tout le passé de Degrelle. On est un peu effaré de penser que la vaillante Belgique peut avoir demain pour chef cet obscur galopin.

     

    Que ce garçon sans envergure puisse être comparé, ne fût-ce qu'un instant, à un homme tel que M. van Zeeland, c'est vraiment une chose incroyable ! Il est vrai que, sur un plan plus réduit, nous voyons cela journellement dans les congrès des partis. Un obscur militant devient soudainement célèbre pour avoir donné la réplique à un Léon Blum ou à un Édouard Herriot. Il y a quelques années, M. Herriot ne pouvait affronter les congrès de son parti sans essuyer les lourdes et véhémentes attaques d'un de nos bons confrères, de qui le cerveau n'était pas à la hauteur de sa facilité verbale. À force de combattre son président, il était devenu presque aussi célèbre que lui ; mais il commit la faute, un jour, de quitter le parti radical. Ainsi il se priva de la publicité que M. Herriot ne manquait pas de lui faire partager en lui répondant. Depuis, nul ne sait ce qu'est devenu notre critique. Le duel van Zeeland-Degrelle ressemble un peu à celui de M. Herriot. Si Degrelle n'avait pas devant lui un van Zeeland, personne ne connaîtrait son nom. C'est la rançon des démocraties. »

     

    Commentaire malicieux publié dès le lendemain par Le Pays réel (portant en titre la manchette de l'hebdomadaire, « Informer sans déformer » !) : « Les petits Belges apprendront avec curiosité que Léon Degrelle est veuf ; et la plus étonnée sera sans doute Madame Degrelle, dont la santé est heureusement excellente en tout point. Par ailleurs, les rexistes tiendront à faire connaître à ce gratte-papier, plein de suffisance très parisienne que s'ils sont venus à Rex en grandes masses, ce n'est pas à cause des affaires familiales du chef de Rex mais pour de bonnes et solides raisons.

    L'article en question est reproduit pieusement par la presse domestiquée. Le Soir notamment le transcrit intégralement à l'exception du passage vraiment trop ridicule que nous reproduisons.

    Les lecteurs de ce petit pays qu'est la Belgique ne sont pas tout a fait aussi jobards que ceux du grand pays sur lequel règne Léon Blum et qu'endoctrinent des journalistes du type de Suarez. »

     

     

    Peuple 1937.04.01.png   DH 1937.04.07 p.1.png

     

    L'élection législative du 11 avril 1937 à Bruxelles permit aux caricaturistes de s'en donner à cœur joie contre Léon Degrelle, poison hitlérien (à gauche, Le Peuple, 1er avril 1937 ; à droite, La Dernière Heure, 7 avril 1937).

     

     

    Il ne fait guère de doute que cet article répond à une commande : il a manifestement été demandé à Georges Suarez de rédiger rapidement un persiflage brocardant Léon Degrelle à l'occasion de l'élection du 11 avril 1937 à Bruxelles. Mais comme, depuis son reportage de 1931, il n'a plus mis les pieds en Belgique et ne s'est plus intéressé à l'histoire de Rex et de son chef, Suarez en est réduit à retravailler dans un sens on ne peut plus négatif la seule chose qu'il connaisse de Léon Degrelle : le portrait élogieux qu'il en avait lui-même tracé dans La Belgique vivante ! Le tout saupoudré d'infos reçues pour la circonstance.

     

    Il reprendra donc les éléments de son article originel, les déformant et les resituant dans un contexte négatif, transformant ainsi « le plus prodigieux mélange de mysticisme, d'ingénuité, de malice, de calcul, de spontanéité et de goût à la vie » de 1931 en un « truculent et clownesque Léon Degrelle ».

     

    Et donc, terminées les farces qui faisaient « à Louvain la joie des veillées trop longues, dans les brumes de l'hiver » ; dénigrée « cette collaboration sentimentale et intellectuelle » avec Mgr Picard, et même nié le « beau courage d'apôtre » de Léon Degrelle partant au Mexique « pendant les persécutions contre les catholiques, [...] traqué par les agents du gouvernement »...

     

    C'est tout le portrait de La Belgique vivante qui est réécrit à l'envers !... Mais d'où peut bien venir l'initiative de cette refonte saugrenue ?

     

    La baliverne du faux voyage au Mexique reprise par Suarez pourrait bien nous indiquer l'origine, sinon de son commanditaire, du moins de son informateur.

     

     

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    Anti-degrellien professionnel, c'est-à-dire lamentable concierge fouille-poubelles, Frédéric Denis bénéficia d'un service de presse privilégié lui offrant la primeur, pour Le Peuple du 30 mars 1937 (à gauche), de la mauvaise action de Georges Suarez. Il compléta son article en même temps que les autres quotidiens le lendemain, dans l'autre journal socialiste La Wallonie (à droite).

     

    Léon Degrelle lui régla son compte dans le chapitre consacré à la presse collaborationniste de son premier livre publié après-guerre, le présentant comme « un énergumène, toujours aviné, de la presse socialiste, le nommé Denis Frédéric, rédacteur du Peuple d'avant la guerre et... d'après la guerre [« Une allusion laisse penser que F. Denis est décédé suite à des problèmes d'alcoolisme », Daphné de Marneffe, Entre modernisme et avant-garde, thèse de doctorat, Université de Liège, 2007, p. 157].

    Jusqu'au 10 mai 1940, cet éboueur avait déversé chaque jour des tombereaux d'ordures sur Hitler et sur le national-socialisme. D'une bêtise asine, l'ostrogoth courut se jeter aux pieds des Allemands vainqueurs, les bassinant, leur rompant la cervelle, espérant obtenir d'eux de pouvoir rééditer un Peuple cuisiné à la sauce nationale-socialiste. La Propaganda Staffel l'envoya faire lanlaire.

    C'est le même collaborationniste rembarré –à son grand désespoir alors– qui écrivit d'une plume vengeresse, en 1945, un livre intitulé La Presse au Service de l'Hitlérisme ! Il ne manque à ce livre qu'un chapitre autobiographique. » (La Cohue de 1940, p. 251-252 ; si nous n'avons pas trouvé trace de ce livre, Denis ne mâchait pas ses mots dans sa gazette pour dénoncer les « collaboches », « le traître Poulet » ou justifier l'emprisonnement dans les « camps d'internement des inciviques », de « tout jeunes gens dont on se demande s'ils avaient bien quatorze ou quinze ans lorsque les Allemands occupèrent le pays » car « après tout, ces jeunes gens-là ne sont peut-être pas les moins contaminés par l'idéologie nazie, prêts à recommencer si l'occasion s'en présentait » ! ).

     

    Si les efforts collaborationnistes de Frédéric Denis en 1940 furent vains, ce ne fut pas le cas de la fille de celle qui fut un temps sa compagne, la poétesse Marie de Vivier (voir l'hommage du quotidien Le Soir, le 23 janvier 1980 à l'occasion de la mort de sa chroniqueuse, le 17 janvier précédent). Marguerite Mathieu fut en effet « employée au service de la censure de la Gestapo à Bruxelles » (Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, p. 426). Son fils (le petit-fils de Marie de Vivier), éternel candidat pour rire de l'Académie française, Olivier Mathieu, accueillera, quant à lui, pour le meilleur de ses livres, Abel Bonnard, une aventure inachevée, une belle Postface de Léon Degrelle !

     

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    Le jeune Olivier Mathieu eut l'occasion de partir, en compagnie du photographe Jacques de Schutter, sur les traces de Léon Degrelle au Mexique, en février 1989, grâce aux relations que le défenseur des Cristeros y avait gardées. Ils y découvrirent une édition mexicaine fantaisiste de l'hebdomadaire ¡Hola! y présentant une interview de Léon Degrelle à un journaliste anglais à qui il aurait annoncé son retour à Bruxelles pour le mois de juin : une nouvelle plaisante mystification...

     

     

    Ne pourrait-il pas s'agir de Frédéric Denis (1892-1952), le plus haineux chroniqueur anti-degrellien de la presse socialiste, quotidiennement dans Le Peuple, régulièrement dans La Wallonie ? Pour documenter ses dénigrements, Frédéric Denis n'hésitait jamais à ramasser n'importe quel ragot de caniveau, ou à reprendre même des accusations condamnées par les tribunaux. Ainsi de la fable de la collaboration avec les Allemands lors de la Première Guerre mondiale, du père de Léon, Édouard Degrelle, pourtant décoré de la Légion d'Honneur pour, entre autres, avoir aidé à la victoire de Verdun par ses renseignements sur les mouvements de troupes allemandes (ce blog aux 30 avril 2016 et 26 mars 2017 ; précisons que, le 1er juin 1926, le tribunal de Neufchâteau condamna à ce propos l'injurieux Fernand Hubert [1889-1947], avocat franc-maçon qui inventa ce bobard) !

     

    Au cours de l'année 1936, Denis écrivit donc pour son journal un véritable feuilleton quotidien, chef-d’œuvre de diffamation de Léon Degrelle, reprenant cette fable de la collaboration de son père avec les Allemands, mais aussi brocardant ses études universitaires inachevées, sa prétendue hypocrisie religieuse, ses supposées magouilles financières, et surtout son voyage au Mexique proclamé fictif (dans une dizaine d'articles à partir du 24 février 1936). Tous thèmes, amplifiés dans le méprisable pamphlet Rex est mort (juillet 1937) et dont on peut retrouver un écho dans l'article de Suarez de mars 1937.

     

     

     

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    Pour répondre à l'imbécile campagne de Frédéric Denis sur le faux voyage de Léon Degrelle au Mexique, l'hebdomadaire Rex illustré (18 mars 1936) se contenta de publier quelques clichés du défenseur des Cristeros photographié sur place.

     

    Ci-dessous, début d'une lettre de quatre pages envoyée de Mexico par Léon Degrelle à ses parents, le 17 décembre 1929.

     

    LD lt Mexique.17.12.1929 a Blog.jpeg

     

     

     

    Ce qui pourrait également nous orienter vers Frédéric Denis, c'est qu'à l'inverse de tous les journaux qui n'ont pu rendre compte de l'article de Suarez que le 31 mars, Le Peuple semble avoir reçu une priorité lui permettant, seul, d'en parler dès le 30. Mais la complicité de Denis n'est certes pas évidente dans la mesure où l'un de ses chevaux de bataille –la collaboration d'Édouard Degrelle– n'est pas reprise par Suarez qui fait par contre ses choux gras du prétendu veuvage de Léon, dont il n'est évidemment jamais question chez Frédéric Denis.

     

    Une telle bourde –qui ruinerait la réputation de tout journaliste d'investigation, mais est opportunément passée sous silence par les journaux belges afin de présenter de manière crédible la diatribe d'un journaliste français connu– devrait sans doute nous orienter vers une source orale plutôt qu'écrite (n'excluant donc pas non plus Frédéric Denis), et sans doute suffisamment sommaire pour que l'ancien ami de Léon Degrelle s'emmêle les pinceaux dans sa précipitation à vouloir régler ses comptes.

     

    Wallonie Chantal 1936.10.28 Blog.pngPeut-être lui a-t-il été signalé que Léon Degrelle suscita l'émotion des rexistes face au tragique accident qui mit en péril la vie de sa fille Chantal (ce blog au 2 septembre 2023) ? Mais Frédéric Denis était encore plus ignoble, dans son reportage (La Wallonie, 28 octobre 1936) sur la manifestation interdite des « 250,000 », reprochant à Léon Degrelle et à son épouse de « quitter le chevet de [leur] fille Chantal », qui pour le meeting, qui pour du shopping).

     

    S'agissant d'un drame familial, Suarez aurait-il compris qu'il s'agissait de la mort de l'épouse du chef de Rex ? Et que cette catastrophe eût pu être mise à profit par la propagande rexiste ?

     

    Toujours est-il que se pose toujours la question de la raison de l'animosité inattendue de Georges Suarez vis-à-vis de celui qu'il appelait « mon ami Léon Degrelle ». Pourquoi injurie-t-il celui en qui il voyait se rejoindre « des soucis égaux de plaire à Dieu en se plaisant à la vie », en brocardant maintenant son « amour du Christ, richement nourri de bonne bière et de gueuletons » ?...

     

    Peut-être pouvons-nous trouver certain élément de réponse dans Le Vingtième Siècle, rendant compte de la philippique écrite par l'auteur de La Belgique vivante publié cinq ans auparavant par les éditions Rex.

     

    Dans l'introduction de son article, l'ancien quotidien de l'abbé Wallez qui y engagea quasi simultanément Léon Degrelle et Hergé, écrit en effet : « M. Georges Suarez est le premier écrivain français dont M. Degrelle ait publié les œuvres. On se souvient du battage effréné fait par Rex autour du bouquin de son poulain. Aujourd'hui, M. Suarez publie dans la revue Demain un portrait terrible du candidat rexiste. Venant d'un homme qui a vu à l’œuvre le chef rexiste, ces lignes sont doublement instructives. »

     

    Rex Suarez Pub 1932.jpg

     

    Or nous n'avons absolument rien retrouvé du « battage effréné fait par Rex autour du bouquin » de Georges Suarez ! C'est tout juste si un bas de page a signalé la publication de La Belgique vivante en 1932...

     

    Rex Tardieu 1.jpg

     

    Mieux même, lorsque le livre sortit de presse, c'est la préface d'André Tardieu qui fut mise en avant, reprise d'ailleurs intégralement en première page de l'hebdomadaire, célébrant cet « Article inédit » de l'ancien Premier ministre français.

     

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    La seule présentation importante, illustrée qui plus est par la belle photo de l'auteur dédicacée au chef de Rex, ne fut même pas publiée dans la presse rexiste, mais... dans Échos, la gazette confidentielle des Chanoines Prémontrés de l'abbaye d'Averbode ! Il s'agissait certainement d'un échange de bons procédés car les Pères Norbertins allaient, trois mois plus tard, se charger de la publication des revues rexistes (Soirées va d'ailleurs absorber Échos en juillet 1933)...

     

    Cette absence de tout « battage effréné » causa-t-elle la déception, voire un sentiment de trahison, chez Georges Suarez ? Fut-elle à l'origine du « contre-article » de 1937, qui aurait alors fonctionné comme une froide vengeance ?

     

    Nous ne savons donc rien avec certitude concernant le pourquoi de ce malheureux renversement des relations entre Georges Suarez et Léon Degrelle. Mais cette attaque personnelle gratuite blessera profondément et durablement ce dernier. C'est d'ailleurs tout ce qu'il retiendra de l'auteur de La Belgique vivante : « On publia sur Degrelle des attaques inouïes. [...] Un chroniqueur important comme Georges Suarez le décrivit comme portant avec ostentation le poids d'un veuvage prématuré alors que sa jeune femme était dans un état de santé florissant et allait lui donner encore un fils et trois filles ! » (Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit..., 1961, p. 312).

     

    Le journaliste parisien évoluera néanmoins dans un sens résolument national-socialiste, célébrant par exemple dans son quotidien pétainiste Aujourd'hui, le discours prophétique qu'Adolf Hitler prononça au Sportpalast de Berlin le 30 septembre 1942. Le Pays réel, qui a alors tourné la page de l'acrimonie, rapporte : « Le Fuehrer, écrit Georges Suarez dans Aujourd'hui”, a procédé à une rigoureuse revision, non seulement des événements militaires et politiques mais aussi des positions idéologiques réciproques. Et il a constaté que les ennemis promettent au monde, pour l'avenir, à peu près ce que nous avons déjà donné au peuple allemand et pour quoi ils nous ont fait la guerre”. Et le journaliste de remarquer : Si l'on se résigne aujourd'hui, en Angleterre et aux États-Unis, à faire la part du peuple qui, lui, n'a pas voulu cette guerre, mais sera seul à la payer, c'est qu'on a besoin de lui pour durer et pour tenir. Sans cette guerre, le mineur gallois serait demeuré un paria et le manœuvre d'Amérique un ilote. Les armées allemandes sont sur la Volga et sur l'Atlantique. Mais le national-socialisme a déjà franchi l'Atlantique et conquis le Nouveau Monde. Il émancipe les travailleurs comme il libère les peuples. » (Le Pays réel, 7 octobre 1942).

     

    Des paroles que ne pardonna pas l'épuration démocratique : Georges Suarez sera le tout premier écrivain à être passé par les armes, victime de la haine institutionnalisée, le 9 novembre 1944. Et ce, malgré l'intervention de son ami Joseph Kessel, juif, résistant, gaulliste, coauteur du Chant des Partisans. Suarez ne sera pas le dernier écrivain sacrifié : cet « honneur » sera réservé à Robert Brasillach, le 6 février 1945, malgré aussi tous les efforts de François Mauriac pour obtenir sa grâce. 

     

     

    georges suarez,averbode,mgr picard,cristeros,paul van zeeland,frédéric denis,marie de vivier,marguerite mathieu,olivier mathieu,fernand hubert,légion d'honneur,andré tardieu   georges suarez,averbode,mgr picard,cristeros,paul van zeeland,frédéric denis,marie de vivier,marguerite mathieu,olivier mathieu,fernand hubert,légion d'honneur,andré tardieu

    La presse vengeresse des nouveaux maîtres de la France célèbre la condamnation à mort de Georges Suarez. À gauche, Ce soir, le quotidien communiste de Louis Aragon (qui cessera de paraître en 1953), le 25 octobre 1944 ; à droite, France libre (originellement sous-titré « Organe de Ceux de la Libération-Vengeance », publié entre 1944 et 1948), le 24 octobre 1944.

     

     

     

  • Léon Degrelle, le « dictateur des cours de récréation » ?

     

    Bertrand de Jouvenel, revu par Robert Brasillach

     

     

    Récemment, nous démasquions une nouvelle fois la malhonnêteté du SoirMag qui republiait des fragments du Degrelle m'a dit de la Duchesse de Valence traficotés par feu Pierre Stéphany (ce blog au 4 février 2025).

     

    Nous dénoncions la malveillante citation « un dictateur pour cour de récréation”, comme devait dire Bertrand de Jouvenel, qui l'interviewa en 1936 », contrefaisant le texte original de la Duchesse rouge : « un article de Bertrand de Jouvenel, dépeignant Degrelle en 1936 avec une grande sympathie, écrivant qu'il avait dû, au collège, être un dictateur des cours de récréation. » Car, en effet, le dictateur pour cour de récréation (un pauvre chefaillon cherchant à terroriser ses condisciples), n'est pas celui des cours de récréation (exerçant son ascendant tout de séduction sur ses camarades).

     

    Nous insistions sur le fait que cette citation n'était connue que par la brochure de Robert Brasillach, Léon Degrelle et l'avenir de “Rex”, rappelant que Bertrand de Jouvenel « déclarait trouver en Léon Degrelle comme un souvenir du dictateur des cours de récréation qu'il avait dû être » et expliquant qu'il ne fallait pas prendre l'expression de manière négative car elle « met bien l'accent sur la jeunesse extraordinaire de [Rex] et sur la vertu de cette jeunesse. » Nous ajoutions enfin que, malgré toutes nos recherches, nous n'étions pas parvenu à retrouver « le journal parisien où a paru l'article de Bertrand de Jouvenel ».

     

    1 LD L'Assaut 20.10.1936 a.pngVoilà une quête désormais achevée, grâce à l'amitié de notre fidèle lecteur T.V., passionné d'Histoire, aux riches collections minutieusement cataloguées (ce blog au 23 janvier 2021), et qui a eu l'extrême gentillesse de nous envoyer cet article de Bertrand de Jouvenel, si important pour tous ceux qui évoquent –en bien comme en mal– la jeunesse de Léon Degrelle, mais jusqu'ici parfaitement introuvable !

     

    Cet article s'intitule L'expérience Van Zeeland et le coup de foudre Degrelle et a paru dans l'hebdomadaire français L'Assaut, le 20 octobre 1936, en septième page (mais l'article était annoncé en « une »).

     

    Ce L'Assaut n'est bien sûr pas à confondre avec son homonyme belge, Hebdomadaire de Combat de la Jeunesse, également intitulé L'Assaut donc –les runes de la SS figurant les deux « S » du titre–, et édité par le Prévôt et futur Hauptscharführer Pierre Mezetta, pour sa Jeunesse Légionnaire, à partir de mai 1944.

    3 L'Assaut n°2.jpeg

     

    Quelque huit ans auparavant, L'Assaut parisien, sous-titré Hebdomadaire de Combat politique et littéraire, se voulait « un journal libre », « inféodé à aucun chef politique, à aucun parti, à aucun groupement d'intérêts » (éditorial du n° 1, 13 octobre 1936).

     

    Imprimé par Robert Denoël, l'éditeur belgo-parisien de Céline, et domicilié à son siège social, L'Assaut était dirigé par l'écrivain Alfred Fabre-Luce, alors sympathisant du Parti Populaire Français de Jacques Doriot. Il connaîtra trente-quatre numéros, du 13 octobre 1936 au 8 juin 1937, avant d'être absorbé par le quotidien La Liberté, appartenant à Jacques Doriot (où continueront d'écrire Fabre-Luce et Jouvenel, mais aussi Georges Suarez, Georges Blond, Pierre Drieu La Rochelle,...).

     

    4 L'Assaut 13.10.1936'.png

     

    Bertrand de Jouvenel dresse donc ce portrait de Léon Degrelle dans le second numéro de L'Assaut  : « Il faut se représenter Degrelle comme un étudiant. Un étudiant qui grimpe sur les épaules d'une statue et harangue ses camarades. Eux l'applaudissent en riant. Parce qu'il a de l'ardeur, parce qu'il a du cran, parce qu'il a de la gaîté, parce qu'il est ce que tous voudraient être.

    Il est comme tout le monde”. Dans un groupe de ses partisans, on ne le distingue pas. Mais il est comme personne, parce que le groupe où il se trouve est soudain animé et joyeux.

    C'est un don. Au lycée, à l'Université, nous avons connu les meneurs : on se disputait les places proches de la sienne. [...]

    D'ordinaire, ce pouvoir mystérieux, qui fait les dictateurs de la cour du lycée, s'évapore. Le garçon qu'on a jadis idolâtré, on le retrouve éteint, terni, endormi dans une position subalterne. Degrelle, lui, a compris la valeur de ce pouvoir. Il en a recherché les causes. Il a étudié les moyens de le développer et de le maintenir.

    Degrelle, m'a-t-on dit, ne sait rien. Il est possible qu'il ne soit pas fort en économie politique. [...]

    Mais Degrelle, en tout cas, sait ce que les autres ne savent pas. Que la vie publique ne comporte pas seulement des rapports d'affaires entre le gérant et les administrés. Mais aussi des rapports d'amour.

    C'est un séducteur naturel, capable d'analyser le mécanisme de la séduction. Jusqu'où va l'amour qu'il inspire, un détail vraiment cocasse le montrera. Lorsqu'il a fait un de ses grands discours, Degrelle est en nage, et il change de chemise. La chemise quittée, il arrive qu'elle soit coupée en morceaux par ses partisans, qui veulent chacun son souvenir ! »

     

     

     

    5 LD L'Assaut 20.10.1936 b.png

    Portrait de Léon Degrelle par Sid, le caricaturiste maison, illustrant l'article de Bertrand de Jouvenel. Ci-dessous, un autre dessin pour le même article, montre deux messieurs au bar du Rendez-vous des Belges : ils se sont détournés de la République française (appelée la Gueuse par les monarchistes) pour consommer une « gueuse lambic » (encore que la bière bruxelloise s'écrive avec un « z » !) ...

    6 LD L'Assaut 20.10.1936 c.png

     

     

     

    La première chose que nous constaterons, c'est qu'il n'est nulle part fait mention de « cour de récréation », mais, en l'occurrence, des « dictateurs de la cour du lycée ».

     

    Ce qui veut dire que malgré ses allures d'enquêteur sur sources de première main, la référence du SoirMag, feu Pierre Stéphany, n'est en aucun cas « Bertrand de Jouvenel, qui l'interviewa [Léon Degrelle] en 1936 » ! Comme tous les contempteurs de Léon Degrelle –à l'instar du méchant folliculaire Pol Vandromme (ce blog aux 4 février 2025 et 14 avril 2016)–, il n'a que traficoté le texte rapporté par Robert Brasillach dans son ouvrage Léon Degrelle et l'avenir de “Rex”.

     

    Comme nous l'avons montré dans notre article précédent, c'est effectivement le journaliste de Je suis partout qui a rapporté les impressions de Bertrand de Jouvenel sur le jeune Léon Degrelle. Impressions toutes positives («  Au lycée, à l'Université, nous avons connu les meneurs : on se disputait les places proches de la sienne ») que Brasillach développera ainsi : « Bertrand de Jouvenel évoquait un jour ces garçons autour de qui, dans les lycées et les collèges, on se range naturellement, qui font la loi dans la classe, que l'on aime et que l'on admire. » (p. 14).

     

    C'est la phrase suivante de Jouvenel (« D'ordinaire, ce pouvoir mystérieux, qui fait les dictateurs de la cour du lycée, s'évapore ») que l'auteur de L'avenir de Rex va paraphraser en utilisant une formule qui permettra malheureusement le contresens médisant : « Et, bien que la plupart du temps, ces admirations ne survivent pas à l'âge d'homme, il déclarait trouver en Léon Degrelle comme un souvenir du “dictateur des cours de récréation” qu'il avait dû être. » (p. 14).

     

    On le voit, les guillemets utilisés ici ne concernent pas une citation, mais ressortissent plus exactement à la mise en relief de quelques mots. Et comme nul n'a jamais eu accès à l'original de L'Assaut, chacun a cru pouvoir mettre l'expression sous la plume de Jouvenel, tout en se permettant, bien sûr, de l'adapter à ses intentions malhonnêtes. Personne ne pouvant imaginer, bien sûr, que si Robert Brasillach n'utilisait pas les termes précis de son confrère, c'est qu'il le citait de mémoire (en se trompant ?)... ou qu'il voulait plutôt souligner l'originalité de sa propre expression.

     

    Mais où Bertrand de Jouvenel alla-t-il chercher que Léon Degrelle disposait de « ce pouvoir mystérieux, qui fait les dictateurs de la cour du lycée », pouvoir qui, contrairement à l'habitude, ne s'évapora point ? De ses conversations avec le chef de Rex ? Nous ne le croyons pas, à lire la réaction de celui-ci sur ce qu'on a raconté de sa scolarité (voir ci-après). Nous pensons que ces renseignements lui ont plutôt été fournis par des familiers, tel le nouveau député rexiste Usmard Legros, lui-même en train de préparer sa biographie Un homme... un chef.

     

     

     

    7 Usmard Legros PR 01.07.1936.jpgLe nouveau député de Rex, Usmard Legros sur les marches du Parlement belge (Le Pays réel, 1er juillet 1936). Il publiera en 1938 Un homme... un chef. Léon Degrelle, la première biographie du chef de Rex éditée en Belgique.

     

     

    Nous y lirons en effet ce portrait : « La pension, si elle lui est supportable, le change pourtant beaucoup. [...] Sa volonté décidée toujours tendue, son initiative continuelle étonnent ses professeurs et ses condisciples [...], car ils sont déconcertés par son caractère si entier. Élève espiègle, vif, spirituel, il agace parfois et fascine toujours par sa facilité et son abondance littéraires. [...] Voici la Poésie et la Rhétorique qui sont bien faites pour l'épanouissement des jeunes talents ! L'élève qui ne s'y révèle pas reste souvent toute sa vie un médiocre. Léon Degrelle s'impose de plus en plus dans la littérature qui l'attire. » (pp. 42-43).

     

    Bertrand de Jouvenel n'a bien sûr alors pas encore pu lire cette biographie, mais il a pu apprendre que dès ses études secondaires, Léon Degrelle, « ce gaillard débordant de santé et d'optimisme », a fasciné et séduit. Usmard Legros rapportera également cette querelle marquant l'autorité de l'adolescent s'imposant dans la cour de récréation : « un incident de récréation assez grave, marqua son entrée chez les Jésuites. Trop bouillant ou trop provincial on ne sait, il se prit de querelle avec un jeune pédant qui, au réfectoire, se servait d'un couvert frappé d'armoiries. Le jeune nobilion, au cours d'une discussion, lui lança son mépris, en criant “roture”. D'un bond, l'attrapant par la tête, Léon Degrelle le conduisit sous le robinet et l'aspergea d'abondance en lui disant : Roture te nettoie, défends toi Chevalier !”. Un préfet perspicace fit comme au tribunal, il punit les deux querelleurs pour coups réciproques... » (p. 42).

     

     

     

    8 LD L'Assaut E. d'Astier 06.04.1937 a.png

    L'Assaut, malgré l'article de Bertrand de Jouvenel salué par Le Pays réel pour avoir écrit avec « sympathie sur le mouvement rexiste, totalement incompréhensible pour la majorité des Français » (ce blog au 4 février 2025), n'est pas un journal favorable à Rex et à son chef Léon Degrelle. Il soutiendra d'ailleurs ouvertement Paul Van Zeeland lors de l'élection législative partielle bruxelloise du 11 avril 1937, notamment dans l'article ci-dessus signé, le 6 avril, par Emmanuel d'Astier. Le Soir s'en fera généreusement l'écho au matin même des élections : « Un hebdomadaire français, L'Assaut, créé par M. Fabre-Luce pour combattre dans son pays le Front populaire, vient de rendre au Premier ministre belge un hommage qu'il n'est pas superflu de reproduire ici. [...] Les Belges seront assurément sensibles à un hommage qui leur est ainsi indirectement rendu. Les électeurs de l'arrondissement de Bruxelles s'en souviendront dimanche. » (Le Soir, 11 avril 1937, p. 2).

     

    L'Assaut enfoncera encore son clou pro-Van Zeeland au lendemain de l'élection, le 13 avril, dans un article signé cette fois par son rédacteur en chef.

     

    9 LD L'Assaut Fabre 13.04.1937 a.png

     

     

     

    Léon Degrelle n'était sans doute pas vraiment d'accord avec l'image de son adolescence donnée par Jouvenel, car Robert Brasillach le reprend en insistant sur le bien-fondé de ce trait de caractère qu'il a lui-même traduit en « dictateur des cours de récréation » : « Je ne pense pas qu'on doive se fâcher de ce mot, et Léon Degrelle moins que quiconque. ». Et pourquoi ? Parce qu'il exalte par excellence la puissance triomphale de la jeunesse : « Il met bien l'accent sur la jeunesse extraordinaire de ce mouvement, et sur la vertu de cette jeunesse ». Et d'insister : « Il est aisé de voir que c'est à Louvain que s'est formé le dictateur des cours de récréation. Non que des préoccupations plus sérieuses n'aient pas, à cet instant, déjà conquis Léon Degrelle et ses amis. Mais on s'en voudrait d'oublier cette chaude atmosphère de gaieté, de brasseries, de chahuts d'étudiants, de passion joueuse, qui donne aux abstractions (la jeunesse aime toujours les abstractions) une telle couleur vivante. Il s'amusa beaucoup. En un siècle où ne sait plus rire, avoue-t-il franchement, nous avons ri. Et d'ajouter avec gravité : La farce est un apostolat. La farce est une école. On y apprend à être inventif, décidé. Qui sait si la farce, après tout, n'est pas une excellente préparation politique ? Au moins enseigne-t-elle le mépris des conformismes, sans lequel je ne crois pas qu'on puisse jamais rien faire de bon. » (pp. 14-15).

     

    En prétendant répondre à Bertrand de Jouvenel, c'est pourtant la formule précise de Robert Brasillach que la Duchesse de Valence reprend, preuve assez flagrante que Léon Degrelle avait encore moins apprécié l'expression « dictateur des cours de récréation » que « dictateur de la cour du lycée ».

     

     

    Lt 03.04.1937 Brasillach Almeras Rex.jpg

    Robert Brasillach s'est passionné pour Rex et Léon Degrelle. En voyage en Italie, il se presse de rentrer pour vivre à Bruxelles l'élection législative partielle du 11 avril 1937 qui opposa Léon Degrelle au Premier ministre Van Zeeland, candidat unique du Système. Ci-dessus, le mot adressé par l'écrivain-poète à son ami le journaliste Roger d'Almeras, annonçant son départ pour la Belgique. Son compte rendu sera bien entendu publié dans l'hebdomadaire Je suis partout du 17 avril 1937. L'article prend le parfait contre-pied d'Alfred Fabre-Luce, comme on le voit à travers cette présentation du talent oratoire du tribun de Rex.

    « Je crois être assez insensible à l'art de l'éloquence. [...] L'éloquence de Léon Degrelle m'a toujours plu parce qu'elle est simple, directe, jamais ennuyeuse, jamais fausse. Mais je n'ai jamais rien entendu qui approche le discours de Léon Degrelle à la veille de l'élection du 11 avril.

    Je plaindrais ceux qui n'y ont pas été sensibles. Dans cette foule debout, qui aurait dû être fatiguée par l'attente interminable, la chaleur, je n'ai vu que des visages tendus, émerveillés, et parfois de longs cris interrompaient Léon Degrelle. Lentement, l'orateur extraordinaire construisait son poème devant nous. Je ne puis employer d'autres mots. Déjà, un jour où il avait tenu neuf réunions, je le savais, à la dernière, il n'avait parlé que... du printemps. Les orateurs communistes venus pour manifester n'avaient pas bougé : manifeste-t-on contre le printemps ? Cette fois, c'est de son pays que parle Léon Degrelle. Il écarte la haine, la division. Parmi les soutiens de son adversaire, il trouve les assassins de prêtres, les brûleurs d'églises. [...] Mais lui, ce soir, puisque le mot d'ordre de M. Van Zeeland est : "Votez belge", il veut chercher à savoir ce que c'est que la Belgique.

    Et il fait le portrait de son peuple. Je pense à Péguy, avec ses mots charnels, sa patiente construction d'un univers. [...] De ses mains, il semble modeler un visage invisible. Et pendant une heure et demie, la Belgique, avec ses arts, ses paysages, ses saints, ses génies, son histoire, son Empire, devant nous s'anime et vit. Il parle de la mer par où s'en allèrent les conquérants et les saints, ces soixante-dix kilomètres de mer qui suffisent à la Belgique pour son rêve. A un moment il invoque ses rois morts, et je ne suis pas sûr que la foule, emportée par la ferveur, ne les ait pas vus, réellement, se lever dans la lumière. Je le répète, je n'ai jamais rien entendu de pareil. » (Je suis partout, 17 avril 1937, p. 5)

     

    Je suis partout 17.04.1937.png

     

     

     

    Rien n'assombrit jamais l'amitié que nouèrent les deux jeunes idéalistes : à la veille de son exécution inique, Robert Brasillach donnera encore à d'ultimes vers, le titre degrellien qui l'avait vivement impressionné quelque dix ans auparavant, Mon pays me fait mal (ce blog au 12 novembre 2020), et Léon Degrelle ne manqua jamais, de son exil espagnol, de rendre hommage au poète qui le marqua indéfectiblement (ce blog au 25 octobre 2019).

     

     

    10 Mon Pays me fait mal.jpg     11 Brasillach Pays mal.png

    À gauche, la plaquette Mon Pays me fait mal, de Léon Degrelle, tirée en 1927 à 240 exemplaires ; à droite, le treizième des Poèmes de Fresnes, écrit par Robert Brasillach, à la veille d'être fusillé le 6 février 1945.

     

     

     

    Il n'empêche que Léon Degrelle ne se vit jamais en dictateur de quoi que ce soit, même pas des cours de récréation ! C'est ce qu'il tint à rappeler dans sa première biographie « autorisée », publiée sous la signature de Louise Narvaez, Duchesse de Valence. Nous avons vu (ce blog au 4 février 2025) comment, immédiatement, les points avaient été mis sur les « i ». La Duchesse affirmait n'avoir pas cru Bertrand de Jouvenel « dépeignant Degrelle en 1936 avec une grande sympathie, écrivant qu'il avait dû, au collège, être un dictateur des cours de récréation », et rapportait les propos mêmes de Léon Degrelle décrivant son entrée difficile au pensionnat :

    «  Jamais je n'avais quitté la maison, écrivit-il un jour. [...] De mon univers de gamin des bois, on me plongeait brusquement dans une lourde casemate, parmi deux cents “aristos”, à peu près tous garçons des villes, moitié noblesse, moitié grosse bourgeoisie. Je ne connaissais personne. Brusquement, ces hautes murailles grises, ces visages inconnus ! Je me cachais pendant la récréation, pour rester seul. À table, je me tenais muet, raide comme un piquet. On m'avait baptisé “amidon”. »

     

    L'anecdote de ce brocart, attesté par le principal intéressé, est tout de même assez incompatible avec l'histoire du « dictateur des cours de récréation ». Même Arnaud de la Croix, auteur d'une biographie faisant de Léon Degrelle –à l'instar, prétend-il, de son modèle Godefroid de Bouillon– un antisémite compulsif, a relevé cette invraisemblance : « De son côté, le journaliste français Bertrand de Jouvenel, qui interviewa Hitler en 1936, voit en Degrelle un dictateur des cours de récréation”. [...] Pourtant, dans son collège namurois, ses condisciples surnomment le jeune campagnard Amidon : un détail qui ne cadre guère avec le portrait supposé de meneur extraverti qui aurait, dès les années de collège, imposé aux autres son autorité. » (p. 22).

     

    Néanmoins l'expression, facile à détourner, est intéressante à conserver. Et donc, pour concilier les deux anecdotes, Stéphany, comme nous l'avons vu, va inventer une nouvelle origine au surnom : il proviendrait de l'insupportable arrogance de Léon à la chevelure gominée au Bakerfix (ce blog au 4 février 2025) !

     

     

     

     

    12 LD + Raty.pngLe collégien Léon Degrelle, à l'époque de ses deux dernières années d'humanités (Poésie et Rhétorique) : il a seize ou dix-sept ans, aux côtés de Charles Raty qui épousera Jeanne, sa sœur aînée (ce blog au 13 mars 2023).

     

     

    Pour connaître le vrai collégien Léon Degrelle, outre l'ouvrage –fidèle expression de Léon Degrelle lui-même– de la Duchesse de Valence, nous nous reporterons aussi sûrement vers l'autobiographie que l'exilé en Espagne écrivit pour ses enfants dont il était séparé depuis la fin de la guerre : elle fut publiée, dans les années 2000, sous le titre Mon Combat.

     

    « Collégien, il sera un élève à l'esprit vif, toujours en éveil, à la répartie vive ; les premières semaines lui paraîtront dures : il est dépaysé, il ne connaît personne, il se sent étranger dans ce grand collège où il croit qu'il ne s'habituera jamais... Il pense avec une nostalgie poignante à sa chère vieille maison si paisible, si accueillante, à ses parents, à sa mère surtout, et sa tendresse est grandie par l'absence... Très timide, un peu farouche même, il faudra tout un temps pour qu'il se lie à d'autres élèves ; il a l'impression qu'on rit de lui, car un garçon a imité, pour se moquer, son accent de Bouillon qui est plus dur que le parler chantant de la vallée de la Meuse. Et puis il est paralysé par la crainte de l'échec en classe : au Collège Saint Pierre, il était second ; bon ; mais on n'était que deux, et quand les oncles et tantes s'informaient de ses études, les sœurs criaient en s'esclaffant "il est dernier, dernier"... Ce qui était tout de même un peu vrai ; si cela devenait tout à fait vrai dans cette classe de trente élèves, quelle honte... Voilà les premiers concours. Qu'est-ce que cela va donner ? Le cœur battant, Léon attend les résultats. Quelle joie ! Il est parmi les premiers ! Du coup, il reprend confiance et voit le collège sous des couleurs plus riantes. Il quitte la classe en sifflotant dans le rang, ce qui lui vaut un bref rappel à l'ordre... Allons, ce n'est plus la vie quiète de Bouillon, ici, mais enfin, on peut y connaître aussi des bons jours ; et il écrira fièrement ses premiers succès à ses parents. » (p. 68).

     

     

  • Sculpteur de la famille royale et de Léon Degrelle

    Eugène De Bremaecker signe le médaillon des 31 ans de Léon Degrelle

     

    Dans notre article sur le premier buste de Léon Degrelle par Ferruccio Vecchi, cofondateur des premiers Faisceaux italiens de combat (ce blog au 3 mai 2024), nous regrettions de n'avoir pas inclus le sculpteur Eugène De Bremaecker parmi les médailleurs du Chef de Rex (ce blog au 11 novembre 2023), faute d'avoir trouvé quelque représentation de son œuvre.

     

    Eugène De Bremaecker.png

    Eugène De Bremaecker (1879-1963)

     

     

    Un lecteur fidèle et critique de nos explorations degrelliennes, par ailleurs collectionneur averti de belles pièces de cette époque passionnante et chercheur expérimenté de son histoire, nous a fait le plaisir de nous envoyer un cliché de son exemplaire de la médaille réalisée par Eugène De Bremaecker.

     

    La mauvaise photographie que nous avions reprise du Pays réel du 14 juin 1937 ne lui rendait pas justice, ne permettant pas de reconnaître vraiment les traits de Léon Degrelle et, à peine, sa silhouette !

     

    LD Bremaecker 1.JPG     LD Bremaecker 2.JPG

     

     

    Nous pouvons maintenant constater que l'artiste a parfaitement rendu la physionomie de son modèle, saisie dans sa juvénile mais ferme confiance. Il se dégage de son expression à la fois de l'innocence, du sang-froid et de la force d'âme.

     

    Nous remercions donc avec beaucoup de gratitude notre correspondant attentif de nous avoir fourni ce précieux document. Il nous illustre en effet qu'Eugène De Bremaecker est un portraitiste des plus fins, ce que confirment ses nombreux bustes et médaillons ciselés à l'image des plus hautes personnalités du pays: Léopold III et Astrid, les souverains belges, le Prince Charles-Théodor (qui donna son nom à la troupe scoute de Léon Degrelle –ce blog au 15 juin 2021– et qui deviendra régent du Royaume en 1944), le cardinal Mercier (premier guide spirituel de Léon Degrelle : ce blog au 26 mars 2017), les tribuns socialistes Emile Vandervelde et Camille Huysmans,... en plus de nombreuses compositions inspirées par la musique ou la danse.

     

    Max+Brem. Patriote ill. 1936.10.04.png

    Le Patriote illustré, 4 octobre 1936.

     

    Cette activité de portraitiste quasi officiel lui valut une interview en première page du quotidien Le Soir recueillant quelques anecdotes sur les Rois et Princes devant le chevalet ou l'ébauchoir, le 19 avril 1930 (Eugène de Bremaecker avait déjà eu les honneurs de la « Une » de La Dernière Heure, le 2 août 1927, dont l'essentiel se retrouve dans la notice Wikipedia de l'artiste).

     

    Méd. Centenaire 1930 aa.png

    C'est Eugène De Bremaecker qui fut choisi pour la réalisation de la médaille commémorative du centenaire de l'indépendance de la Belgique (ainsi d'ailleurs que pour la médaille du Volontaire-Combattant 1914-1918 : voir ci-après). L'encyclopédie du savoir universel Wikipedia présente bien la médaille mais sans indiquer le nom de son créateur.

     

    « ...Qu'a donc à nous dire maintenant le statuaire Eugène De Bremaecker des deux princes Léopold et Charles-Théodor, dont il fit les bustes pour l'iconographie familiale du Palais royal ?

    La toute première des séances consacrées au jeune duc de Brabant faillit tourner au tragique. La chose se passait dans l'appartement dit Fontainebleau du Palais de Belle-Vue. L'éclairage de la salle étant défectueux, l'artiste proposa à son jeune modèle d'aller s'installer dans la serre toute proche. Et il allait sonner des domestiques pour le déménagement de son lourd matériel, lorsque le prince Léopold l'arrêta :

    Nous nous en tirerons bien à nous deux, monsieur l'artiste. On n'est jamais plus vite servi que par soi-même.

    Et d'empoigner à l'instant la plus lourde pièce de l'attirail, lequel, en deux ou trois étapes, se trouva commodément à sa nouvelle place. Tout un système séducteur se révélait là. Mais alors quelque chose survint qui fit pâlir d'effroi Eug. De Bremaecker. Une violente rafale soufflait au dehors. Elle arracha de la charpente d'un toit voisin une grosse poutre qui, projetée au travers du vitrage de la serre, effleura le visage du prince héritier, tout en faisant pleuvoir des éclats de verre tout autour de lui. Une déviation d'un centimètre ou deux et la poutre eût tué ou grièvement blessé le futur titulaire de la Couronne. Celui-ci, souriant, ne broncha point. L'artiste, lui, frissonna à la pensée de la terrible responsabilité qu'eût été la sienne, si le malheur s'était produit.

     

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    Bremaecker Prince Charles DH 1935.05.26.png

    La Dernière Heure, 26 mai 1935.

    Un autre se manifesta chez le jeune comte de Flandre, Charles-Théodor, beaucoup moins expansif, celui-ci, que son frère. Il ne parlait guère pendant la pose ; mais quand il sortait de son mutisme, c'était pour s'exprimer en véritable marin de vocation, profondément épris de navigation lointaine. Avec cela franc, sincère et décidé au possible. Il confia un jour au statuaire qu'il ne pourrait jamais se résoudre à dire blanc quand il pensait noir ou vice versa. Si, par exemple, on me met devant une œuvre d'art, en sollicitant pour elle une admiration qu'elle ne m'inspire pas, vous m'arracheriez la langue plutôt qu'un éloge. Devant une chose dont je ne sens pas la qualité, le maximum qu'on puisse obtenir de moi, c'est que je me taise, par politesse.

    Voilà... Heureux, les artistes à qui leurs modèles livrent ainsi un peu de leur visage intérieur ! Admis à scruter le dedans comme les dehors, de quelle vie véritable ils peuvent animer la toile, ou le bronze, ou le marbre !

    Gérard Harry »

    (Le Soir, 19 avril 1930)

     

    Mais quels furent les liens entre Eugène De Bremaecker et Léon Degrelle ? Le sculpteur fut-il un rexiste convaincu ? A l'instar, par exemple, du médailleur Marc Colmant qui se porta candidat du mouvement Rex aux élections municipales de sa commune bruxelloise, Ganshoren, en 1938, l'année qui suivit la remise du médaillon de De Bremaecker au Chef ?

     

    En fait, nous n'en savons rien et nous ne pouvons que risquer quelques hypothèses à partir des rares traces de l'artiste dans le sillage rexiste.

     

    Eugène De Bremaecker est le seul médailleur dont l'oeuvre a été illustrée dans le quotidien rexiste : ni Victor Demanet, ni Marc Colmant n'ont eu cette opportunité. Jamais il ne sera d'ailleurs fait mention de leur médaillon degrellien dans Le Pays réel. Les productions de Marc Colmant n'y bénéficieront même jamais d'aucun commentaire ou présentation (son nom ne sera ainsi mentionné que dans la seule liste des candidats rexistes aux élections de Ganshoren !). Et si ce n'est pas le cas du plus célèbre Victor Demanet (dont le quotidien ne manque pas de signaler les bustes, médaillons et bas-reliefs consacrés, en 1936, 1937 et 1938, au roi Albert à Arlon, Crainhem et Léopoldville), ce sera toujours sans illustration.

     

     

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    Le buste de Giacomo Puccini offert au Théâtre Royal de la Monnaie, le 17 décembre 1936, à l'occasion de représentations de La Bohème, par Eugène de Bremaecker et le fils du compositeur, Antonio Puccini. Nous ignorons où cette sculpture se trouve actuellement. Photo publiée par Le Pays réel, le 7 décembre 1936.

     

    Par contre, quand Le Pays réel présente le buste de Puccini sculpté par De Bremaecker pour le Théâtre de La Monnaie (la scène lyrique bruxelloise), en décembre 1936, une grande photographie ouvre sa rubrique culturelle. De même, lorsque le médaillon de Léon Degrelle est évoqué dans Le Pays Réel du 14 juin de l'année suivante, une photo illustre naturellement l'article. Mais ce traitement, apparemment de faveur, traduit-il une plus grande proximité politique ? Pourrait-on le penser alors qu'à partir de ce moment, le nom de l'éminent médailleur ne sera plus jamais mis en avant (à part sa participation parmi tant d'autres à une exposition bruxelloise en 1938) ?

     

    Couple Puccini+Brem Hebdo 1936.12.25.png

    Antonio, le fils de Giacomo Puccini, et son épouse, accompagnés du sculpteur Eugène De Bremaecker lors de la remise du buste dans le foyer de l'opéra de Bruxelles (photographie publiée dans le magazine Hebdo, le 25 décembre 1936.)

     

    Ne peut-on cependant penser que le fait même d'offrir à Léon Degrelle son portrait exprimé dans le bronze suppose au moins quelque sympathie pour le modèle ?

     

    Notre correspondant suggère deux éléments pour, éventuellement, l'expliquer :

     

    « 1. De Bremaecker était un volontaire de la guerre 1914-1918. Or, au moins pour la période 1936-1937, REX put compter sur le soutien de nombreux vétérans de la Grande Guerre (Degrelle mettant régulièrement en avant les anciens combattants dans ses discours et écrits).

     

    2. De Bremaecker semble avoir été un artiste particulièrement attaché à la famille royale comme en témoignent les ''bustes royaux'' qu'il réalisa d'Albert Ier, du prince Charles ou encore de la Reine Astrid. Or, REX était un mouvement monarchiste très attaché à la personne du Roi dont il voulait d'ailleurs renforcer les prérogatives.

     

    Tout cela reste malgré tout fort léger pour sérieusement envisager une communauté d'idéal entre l'artiste et le politicien et, à moins de trouver quelques nouveaux éléments probants, il me semble plus prudent de ne pas considérer De Bremaecker comme ayant été un (sympathisant) rexiste. »

     

    Que De Bremaecker fût particulièrement attaché à la famille royale, nous venons de le vérifier, constatant même qu'une relation de confiance avait pu s'établir entre le sculpteur et les membres de la Cour prenant la pose et s'ouvrant aux confidences.

     

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    eugène de bremaecker,léopold iii,prince charles,charles-théodor,victor demanet,marc colmant,puccini,pierre daye,xavier de grünne,paul de mont,marcel-henri jaspar,louis franck,max-léo gérard,victor de laveleye,rené lustPortrait de Pierre Daye par Jam (Paul Jamin) dans Le Pays réel, le 7 mai 1936.

    de Pierre Daye (ce blog aux 4 mai 2016 et 24 mars 2021), célèbre chroniqueur, soldat-milicien ayant participé aux combats de Namur, d'Anvers, de l'Yser et dans les colonies allemandes d'Afrique ; du dramaturge Paul De Mont (ce blog au 10 juin 2016), officier volontaire-combattant, Croix de l'Yser, Croix du Feu, grand invalide, amputé des deux jambes,... Tous les sénateurs rexistes (huit sénateurs élus directs, trois provinciaux et un coopté) sont d'ailleurs d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale.

     

    A la question de savoir si De Bremaecker fut militant ou même simple membre de Rex, il faut très certainement répondre par la négative. Mais pareille hypothèse est sans doute parfaitement oiseuse car si nous considérons que les médailles qui furent éditées avec le profil de Léon Degrelle datent toutes de la même période 1937-1938, on pourrait se demander si ces oeuvres ne répondaient pas à une commande ou à une espèce de concours (une suggestion pour un cadeau ?) avec un cahier des charges tel que : présenter le profil du chef de Rex ainsi qu'afficher le slogan du mouvement « Rex vaincra ».

     

    Médaille Bremaecker R.JPG  Médaille Demanet R.png  Médaille Colmant.png

    De gauche à droite et par ordre chronologique, le slogan « Rex vaincra » selon Eugène De Bremaecker, Victor Demanet et Marc Colmant.

     

    Ce sont en effet les impératifs auxquels répondent précisément les trois médaillons que nous avons examinés (ce blog au 11 novembre 2023). Nous n'avons bien sûr trouvé aucune trace de pareille demande dans les organes rexistes : une telle publicité n'eût pu qu'alimenter les railleries de la presse prompte à accuser le tribun rexiste de mégalomanie !...

     

    Aussi ne pouvons-nous, compte tenu de tous ces éléments, exclure non plus quelque sympathie pour Léon Degrelle et de l'intérêt pour son combat contre les « banksters » avec le balai pour emblème et « Propreté ! » comme slogan.

     

    Rex Balais 1936.jpg   Rex 1936.01.03 Propreté.png

     

    Et ce, malgré que les parents d'Eugène De Bremaecker fussent d'actifs militants libéraux : le père, Alexis De Bremaecker, fut conseiller libéral à Bruxelles et la mère, Céline, s'occupait de la section féminine de l'Association libérale de Bruxelles. Que la vigoureuse campagne anti-banksters de Léon Degrelle en 1936 n'épargnât pas de grandes figures du Parti libéral (outre le ministre des Transports Marcel-Henri Jaspar –ce blog au 3 mai 2024–, figurèrent ainsi dans le collimateur rexiste le ministre d’État Louis Franck, gouverneur de la Banque nationale ; le ministre des Finances Max-Léo Gérard ; le ministre de la Justice Victor de Laveleye, etc.) ne heurta manifestement pas le sculpteur, avide lui aussi sans doute d'un assainissement des mœurs politiques...

     

    PR 1936.05.17 Max-Léo Gérard.png

     

    Ne manquons pas non plus de relever que si la médaille sculptée par Eugène De Bremaecker honorait les trente et un ans de Léon Degrelle, sa remise au cours du banquet d'anniversaire se passa aussi dans le contexte électrique de la défaite électorale du 11 avril 1937. Deux mois plus tard, le 11 juin, le rédacteur en chef du Pays réel et membre du conseil politique de Rex, Hubert d'Ydewalle, démissionnait avec fracas de ses fonctions, provoquant un véritable séisme politique dans le mouvement.

     

    L'anniversaire de Léon Degrelle devait être l'occasion d'afficher l'union des rexistes et la confiance en l'avenir : Eugène De Bremaecker semble avoir participé ostensiblement et activement à cette manifestation de refondation puisque le quotidien rexiste ne manqua pas de souligner que « La fête se termina par un bal fort animé et l'on retrouvait dans la foule animée des danseurs, MM. René Lust, chef de Rex-Bruxelles-arrondissement, [...] De Bremaecker et quantité de dirigeants rexistes ».

     

    C'est dans cette perspective que, dès le lendemain, les membres du Conseil politique de Rex mettaient leur mandat à la disposition du chef de Rex « pour toute réorganisation éventuelle ». Plusieurs des membres de ce Conseil allaient d'ailleurs en profiter pour prendre rapidement leurs distances : Pierre Daye démissionna immédiatement de ses fonctions de président du groupe parlementaire rexiste à la Chambre. Xavier de Grünne attendra, quant à lui, la fin de l'année pour quitter le navire.

     

    Mais d'autres ne retarderont pas plus longtemps leur départ, provoquant ce qu'on ne peut qu'appeler une hémorragie dans les rangs du mouvement. Ainsi de René Lust, chef du Front populaire de Rex, région de Bruxelles, président du conseil d'administration de Radio-Rex et membre du Conseil politique de Rex, qui s'enfuit dès le 19 juin ; Jacques Crokaert, membre du Conseil politique, le 20 juin ; quant au colonel Georges Vigneron, s'il quittera la direction des Gardes rexistes le 23 juin, il conservera son siège de sénateur provincial. Ce mouvement délétère se poursuivra jusqu'aux élections législatives anticipées du 2 avril 1939.

     

    PR 14.06.1937 a.png

     

    Alarmé par cette avalanche de défections et déçu par ces abandons, Léon Degrelle veut néanmoins y voir, au-delà de l'ingratitude et de l'opportunisme des dissidents, l'occasion d'une salutaire purification du mouvement. Dans son discours de réception du médaillon d'Eugène De Bremaecker, il affirme : « Qui serait devenu député, sénateur ou dirigeant à Rex ou dans ses journaux sans y être porté par la seule et unique force de Rex ? Que ceux qui ne sont pas contents fichent le camp. [...] Ceux qui voudraient se faire de Rex un escabeau seront balayés. [...] Les douleurs et les trahisons ne nous abattront pas. Ce sont ces épreuves qui feront la victoire et qui nous feront rester semblables à ce que nous étions au premier jour. » (Le Pays réel, 14 juin 1937, p. 3).

     

    PR 1937.06.14 Banquet 1.png

    PR 1937.06.14 Banquet 2.png   PR 1937.06.14 Banquet 3.png

     

    Nous étonnerons-nous de ne plus entendre parler d'Eugène De Bremaecker dans l'entourage rexiste après cette fête d'anniversaire où il remit à Léon Degrelle le médaillon qu'il lui avait sculpté ?

     

    L'artiste n'avait en effet pas à se montrer plus catholique que le Pape ni plus rexiste que le chef de Rex-Bruxelles, René Lust, dont le nom lui avait été associé, par Le Pays réel, parmi les danseurs assidus du bal clôturant cette mémorable soirée du 12 juin 1937 !...

     

    Eugène De Bremaecker n'eût de toute façon jamais suivi Léon Degrelle dans sa croisade antibolchevique destinée à rendre à la Belgique, grâce à l'héroïsme de ses faits d'armes au Front de l'Est, une place respectée dans l'Europe d'Ordre nouveau : son patriotisme était trop ancré dans la haine de l'Allemand issue de la Grande Guerre. Il ne parlera d'ailleurs jamais de cet « ennemi héréditaire » qu'en utilisant les expressions patronymiques argotiques classiquement péjoratives. Ainsi de deux anecdotes confiées à l'hebdomadaire Pourquoi Pas ? le 7 janvier 1949 : « C'était pendant la guerre... Une auto boche, fonçant dans le décor et derrière un tramway, manque de me tuer net. Je venais de frôler la mort de tellement près, et dans un éclair si rapide, que c'est après seulement que le choc se fit sentir. » (p. 28) ; « Je me vante d'y avoir écrit [dans la Gazette], en 1934, un article sur ce que nous préparait la Bochie, et dans lequel j'avais tout prévu jusqu'aux parachutages. » (p. 29)...

     

    Après la guerre, De Bremaecker eut bien encore l'occasion d'exprimer son art du portrait dans des médaillons exaltant des figures sportives, musicales ou patriotiques. Nous remarquerons également que, tout comme pour la médaille de Léon Degrelle, le sculpteur opte toujours pour le profil gauche, une caractéristique qui semble lui appartenir en propre !

     

    LLB 1946.06.06.png   DH 1947.11.17.png

    DH 1948.07.09.png   DH 1948.10.18.png

    DH 1949.05.01.png   LLB 1949.09.05.png

    Photographies extraites, de gauche à droite et de haut en bas, de La Libre Belgique du 6 juin 1945 (maréchal Montgomery), de La Dernière Heure des 11 novembre 1947 (Jef Scherens, septuple champion du monde de cyclisme sur piste), 9 juillet 1948 (le musicologue Gaston Knosp), 18 octobre 1948 (lieutenant-général Van Strydonck de Burkel) et 1er mai 1948 (le compositeur Marcel Poot) et de La Libre Belgique du 5 septembre 1949 (le roi Albert et la reine Elisabeth au cours de la Première Guerre mondiale).

  • L’ami de Mussolini, sculpteur de Léon Degrelle

     

     

    Ferruccio Vecchi, cofondateur du mouvement

    fasciste, réalise le premier buste de Léon Degrelle

     

     

    Expo Légion 18.06.43 Buste LD 1.jpegEn commentant l’Exposition photographique de la Légion Wallonie, dont le Cercle des Amis de Léon Degrelle avait fait la « une » de sa XXXIXe Correspondance (ce blog au 20 octobre 2023), nous regrettions que l’auteur du buste du chef spirituel et militaire des Volontaires wallons qui était présenté à cette exposition de juin 1943 n’ait pas été identifié. En effet, disions-nous, « on ne connaît guère de portraits sculptés de Léon Degrelle ».

     

    Et pourtant la presse rexiste ne manquait pas de faire connaître les nombreuses représentations artistiques de Léon Degrelle, notamment les bas-reliefs des meilleurs médailleurs du pays (ce blog au 11 novembre 2023).

     

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    Une photographie en a quand même été publiée dans Le Pays réel, le 14 juin 1937, mais sa qualité ne rend guère justice à l'art du médailleur. Il s'agit d'un profil gauche (sur les médailles de Victor Demanet et de Marc Colmant, il s'agit toujours du profil droit), mais il est difficile d'en dire davantage. Nous n'en avons malheureusement trouvé la trace dans aucun répertoire ou collection. C'est d'autant plus regrettable qu'Eugène De Bremaecker n'est pas n'importe quel sculpteur. Jouissant d'une flatteuse réputation internationale, il s'est notamment spécialisé dans les portraits de la famille royale : le portrait officiel d'Albert Ier se trouve actuellement au Palais Bellevue, fermant l'aile gauche du Palais royal de Bruxelles ; celui de la reine Astrid est à l'Hôtel-Dieu, à Paris.

    Eugène de Bremaecker ne craignait certes pas de s'afficher dans le milieu rexiste : en témoignent sa belle médaille réalisée pour le trente et unième anniversaire de Léon Degrelle, tout comme sa participation, remarquée par la presse, au bal clôturant le grand meeting donné à cette occasion, le 13 juin 1937.

     

    C'est le 25 mars 1938 que l’hebdomadaire Rex consacra une page entière au tout premier buste de Léon Degrelle.

     

    « Le regard brillant, le front haut recouvert d'une toison broussailleuse et noire comme le geai ; sur la bouche un soupçon d'amertume, un menton volontaire et bien marqué. L'ensemble donne une singulière impression de force et de densité. Mais si un sourire effleure ce visage, tout s'irradie et vous embrase, la bouche prend un ton bonhomme. Ça, c'est Vechi.

    À une époque où la sculpture s'épuise dans des recherches de facture et où nous assistons au gauche effort d'une foule d'artistes pour enfanter des billets mal épannelés en des modelages mafflus, la personnalité austère et rude d'un Vechi s'affirme et triomphe. Aujourd'hui la plupart des sculpteurs travaillent n'importe quelle substance de n'importe quelle manière, l'appliquant à n'importe quoi sans tenir compte des lois de la plastique et des propriétés vitales de l'art. Un homme comme M. Vechi est d'une humeur trop fine pour choir dans un tel travers, sa façon est indépendante, et la liberté de son art qui s'affirmait déjà dans un grand nombre de pièces d'une belle qualité, vient de s'illustrer d'une œuvre magnifique : le buste de Léon Degrelle.


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    Oui, il m'a fort préoccupé ce buste. Le commun croit généralement que pour faire un buste, il suffit d'avoir un modèle. C'est une grave erreur, pour faire un bon buste il faut connaître parfaitement celui qu'il veut représenter, son caractère, son passé, les circonstances de sa vie, tout ce qui fait l'âme d'un homme.

    Et regardant le profil énergique de Léon Degrelle, nous nous taisons pour réduire en réflexion les surprises de notre bonheur. Tandis que Vechi raconte :

    Vous avez raison, c'était très difficile à faire. J'ai essayé une première fois et je n'ai pas réussi à traduire le tempérament de Léon Degrelle, car tout se reflète sur son visage, la puissance de ses sentiments, la pureté de sa foi, l'ardeur de ses pensées...

    En effet, l’œuvre d'art, disait Léonard de Vinci, est une véritable complicité. Cette complicité bien entendu a été soutenue par un métier solide et une inflexion propre. Un artiste ne doit pas se livrer impunément à la débauche des muscles. Les muscles du Discobole sont loin d'être aussi bosselés et tourmentés que ceux du Balzac de Rodin. Ignorance ? Non, au contraire maîtrise, simplification volontaire et discrétion. L'art de Vechi est un art complet, intelligent, dans lequel nous saluons l'équilibre des volontés et des moyens : ce qui compte pour lui c'est la composition animique du style et la fidélité à l'objet. Il faut apprécier le lyrisme d'une œuvre comme ce buste de Léon Degrelle où il déploie ses richesses et tourne ses attentions vers les recherches de facture, les courbes subtiles, les compositions destinées à produire avec exactitude les nuances de la vie. Comme nous l'en félicitons, il nous répond.

    C'est surtout grâce à M. Léon Degrelle. Je n'ai jamais eu l'occasion de peindre un homme aussi étonnant. Dès qu'une séance de pose était terminée, il venait voir mon travail et me disait : ça, c'est exact, ça n'est [pas] bon, ça est de telle manière... etc. Je connais son visage d'une manière parfaite...

    Disons-le, après l'avoir prouvé l’œuvre de Vechi s'augmente avec ce buste de Léon Degrelle d'une pièce qui suffirait à elle seule à établir une réputation. Tous les dons rares du sculpteur s'y conjoignent pour aboutir à une évocation brillante et facile : exécution, fermeté à expression, souci de plastique et d'exactitude, élégance robuste.

    R. F. »

    (Rex, 25 mars 1938)

     

    LD Vecchi 2.jpg

     

    Une présentation toute positive du buste de Léon Degrelle –il s'agit effectivement d'une « première »–, mais qui ne dit rien de concret sur l’œuvre et encore moins sur son auteur, dont le nom même est incorrectement cité, sans prénom et mal orthographié : « Vechi » au lieu de « Vecchi »...

     

    Pour en savoir plus, il fallait ne pas avoir raté Le Pays réel du 4 mars précédent où le buste était présenté en première page par une seule photo légendée : « C'est l'artiste italien Ferruccio Vecchi qui a réalisé l'excellent buste de Léon Degrelle dont nous donnons ci-dessus une photographie. Les sections qui désireraient en obtenir une réplique peuvent s'adresser à l'artiste (66, rue de la Source, Bruxelles). »

     

    Quelques jours plus tard, le 18 septembre, une nouvelle photo sera encore publiée par le quotidien rexiste, sans légende cette fois, en illustration, sur un quart de page, de l'éditorial de Charles de Fraipont, professeur à l'Université de Liège et sénateur de Rex (ce blog au 15 août 2016), intitulé Rexistes et Degrelliens.

          

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    La légende du Pays réel du 4 mars est précieuse en ce qu'elle nous donne le nom précis de l'artiste, Ferruccio Vecchi, et même l'adresse de son domicile dans la commune bruxelloise de Saint-Gilles (nous reviendrons sur les raisons de ce détail ; aujourd'hui, cette maison d'angle a été démolie et remplacée par un immeuble moderne d'une dizaine d'appartements).

     

    Mais qui est ce Ferruccio Vecchi ? La consultation éclair de Wikipédia, l'encyclopédie en ligne du savoir correct d'aujourd'hui, nous apprendra qu'il s'agit d'un sculpteur et d'un ancien combattant des troupes d'assaut italiennes (Arditi) lors de la Première Guerre mondiale. Et surtout qu'il fut l'un des fondateurs, avec Benito Mussolini, le 23 mars 1919 à Milan, des Fasci italiani di combattimento qui donneront naissance, deux ans plus tard, au Parti national fasciste. D'après l'encyclopédie collective, c'est à ce moment que Vecchi fut exclu des Fasci parce qu' « impliqué dans des délits mineurs et des fraudes ». 

     

    Il faut cependant consulter la version italienne de Wikipedia pour apprendre que l'accusé fut acquitté des préventions d'escroquerie et de faux et usage de faux alors que son dénonciateur écopait de deux années de prison. Pour apprendre aussi qu'avec son ami l'écrivain Marinetti, fondateur du mouvement futuriste, il fut des premiers à rejoindre d'Annunzio dans l'Entreprise de Fiume destinée à consacrer l'italianité de la ville.

     

    Vecchi+Marinetti Fiume.jpegFerruccio Vecchi et Filippo Tommaso Marinetti à Fiume, sur la côte croate de la Méditerranée, où ils rejoignirent dès septembre 1919 Gabriele d'Annunzio dans son équipée qui s'achèvera en décembre 1920 (la ville sera néanmoins annexée à l'Italie à la suite du traité de Rome du 27 janvier 1924 ; elle deviendra yougoslave après la Deuxième Guerre mondiale, forçant la majorité italienne de la population à s'exiler).

     

     

    Voilà qui est bigrement intéressant, mais qu'est-ce qui a pu faire se rencontrer Ferruccio Vecchi et Léon Degrelle ? Et comment ce dernier a-t-il fini par être le modèle de l'illlustre Italien pour un buste tombé dans l'oubli le plus total ?

     

    L'Ardito.jpegNous trouverons les principaux éléments de la réponse dans ce qui est la source privilégiée du Wikipédia italien, la seule biographie à ce jour consacrée à ce co-fondateur du Parti fasciste italien : L'Ardito, La vie de provocateur de Ferruccio Vecchi, Ravennois, fondateur du fascisme, par Giulia Belletti et Saturno Carnoli (Edizioni Moderna, 2013).

     

    Dès la préface, le caractère marginal de Ferruccio Vecchi est souligné par l'historien Mimmo Franzinelli, qui le voit évoluer d'égocentrique à arriviste : « Indocile et individualiste, asocial et solitaire, Vecchi ne parvient pas à s’insérer dans l’Italie fasciste dont il avait été –même confusément– le précurseur et le porte-drapeau. L'exil volontaire constitue la prise de conscience d'un mal-être existentiel dont ressortira –lors de son rapatriement– un Ferruccio Vecchi bien différent en tant qu'artiste, décidé à se frayer un chemin dans un monde où le fondateur du futurisme –son vieil ami Marinetti– est devenu membre de l'Académie d'Italie et où tant d'autres ex-révolutionnaires se sont transformés en dignitaires bedonnants. » (p. 8).

     

    Nous verrons, en fait, qu'à la suite de ses déboires judiciaires, littéraires et économiques, l'ancien capitaine des Arditi s'exila aux États-Unis en août 1927. Aux abois financièrement malgré l'aide du consulat italien, il quitta New-York quatre ans plus tard (« peut-être expulsé ») et atterrit à Paris où sans davantage de moyens de subsistance, il fut considéré comme un agent provocateur par les groupes antifascistes qu'il tentait d'approcher et finit par être expulsé par les autorités françaises en avril 1932. Vecchi trouva alors refuge à Genève d'où il adressa une requête au Duce pour l'obtention d'un subside mensuel : « Mussolini, qui suivait personnellement cette affaire, essayait de le tenir en haleine, cédant de temps en temps et avec modération à ses demandes, à seule fin de le savoir toujours loin d'Italie » ! (p. 71). Mais le 1er juillet 1933, par un décret rendu par les autorités cantonales de Genève, Vecchi se vit à nouveau expulsé « pour avoir publié des écrits au contenu immoral ». (p. 71).

     

    Et c'est ainsi qu'il aboutit à Bruxelles où l'ambassadeur d'Italie lui avait réservé la fonction de bibliothécaire de l'Institut italien de culture, toujours actif aujourd'hui au 38, rue de Livourne, à Saint-Gilles. Il décora cette Casa d'Italia de grands panneaux figuratifs en métal (« un art nouveau que j'inventai moi-même », p, 71), aujourd'hui disparus : ils furent en effet emmenés par Vecchi lors de son retour en Italie et certains se retrouveront exposés à la Biennale de Venise en 1940. Mais surtout, « en 1937, il s'adonna définitivement à la sculpture avec la réalisation d'un premier portrait » (p. 71). Ce premier portrait, les biographes ne l'identifient pas formellement (ils n'en possèdent d'ailleurs aucune illustration), mais il ne peut s'agir que de celui qui nous occupe, le buste de Léon Degrelle présenté en mars 1938 dans la presse rexiste.

     

     

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    Quelques exemples de panneaux métalliques (d'une hauteur de 2,5 mètres !) créés par Vecchi pour la décoration de la Casa d'Italia, à Bruxelles : ci-dessus, Amazzone ; ci-dessous, Eva et L'ultima danza di Salomè.

     

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    D'autant que le buste fit rapidement l'objet d'une dispute qui aurait abouti à une action en justice, selon un rapport de la police politique italienne au Ministère de l'Intérieur : « Le sculpteur italien Ferruccio Vecchi fut présenté à Degrelle par le comte Rinaldini [attaché de presse de l'ambassade d'Italie à Bruxelles, auteur d'articles favorables à Rex, notamment sur le Congrès de Lombeek, ce blog au 15 mars 2024], correspondant du Giornale d'Italia et, à ce qu'il me semble, de [l'Agence de presse contrôlée par l'Etat] Stefani, et Degrelle, cédant aux pressions amicales de Rinaldini, commanda à Vecchi un buste qui fut payé 18.000 francs. Vecchi eut alors l'idée de réaliser 2000 reproductions miniatures du buste et voulut que Degrelle les emporte ou, à tout le moins, encourage personnellement leur placement dans les sections du parti rexiste.

    Ne parvenant pas à ses fins, il passa aux menaces aussi bien contre Degrelle que contre Rinaldini, se gagnant le soutien dans cette action d'un certain Dal Prà, squadriste italien. Une intervention amicale du major Bottacci de notre ambassade n'eut pas de succès.

    Vecchi s'adressa alors à l'avocat Jaspar pour attraire Degrelle devant un tribunal et lui réclamer 80.000 francs. Ennemi juré du fascisme, Jaspar a accepté l'affaire avec plaisir afin de la faire mousser en scandale. Le conflit entre Degrelle (actuellement malade et immobilisé pour quelques mois à cause d'une lésion à un poumon [d'après Le Pays réel des 15 et 16 octobre 1938, Léon Degrelle souffrait d'une congestion pulmonaire provoquée par une amygdalite streptococcique ayant affecté le poumon droit]) et un célèbre fasciste italien s'y prêtait à merveille. Vecchi se trouve actuellement à Saint-Raphaël, en France, chez son beau-père.

     

    Vecchi Ferruccio.jpegFerruccio Vecchi, à l'époque de son séjour en Belgique. D'après ses biographes, il emporta quand même un bon souvenir de Bruxelles : « En mars 1939, Vecchi s'installe définitivement à Rome, via Aquileia 22, où, séparé depuis longtemps de son épouse Farina, il vit avec la jeune Belge Simone Alavoine. » (p. 75).

     

    Il paraît que, voici quelque temps, une somme d'argent (5000 francs) a été envoyée de Rome à Vecchi via l'ambassade, somme à lui verser progressivement. Mais il est parvenu à en disposer tout de suite et à la liquider méthodiquement dans des fêtes nocturnes entre Bruxelles et Londres.

    La presse belge, qui est complètement aux mains des Français, attend la tenue du procès pour lancer le cancan qui pourrait être évité en rappelant en Italie Vecchi et son lieutenant Dal Prà. La colonie italienne se sentirait soulagée. » (pp. 72-73).

     

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    Et c'est, finalement, ce qui se passa : le turbulent, présomptueux et, pour tout dire, encombrant Ferruccio Vecchi fut rappelé incontinent à Rome, grâce à la coïncidence de la préparation du 20e anniversaire de la constitution des Fasci à Milan. Une rencontre avec Galeazzo Ciano, ministre des Affaires étrangères, fut alors organisée pour liquider tout le contentieux Vecchi qui traînait depuis quelque douze ans : « Vecchi est immédiatement reparti à Bruxelles pour rentrer avec armes et bagages à Rome. L'ambassade royale a été chargée de liquider les dettes laissées par Vecchi, dettes semblant s'élever à quelques dizaines de milliers de francs. [...] Mais il ne faut pas oublier que Vecchi est atteint d'une espèce de mysticisme frôlant l'exaltation et qu'il vit dans des conditions de santé fort précaires à cause d'une tuberculose avancée » (rapport cité p. 74).

     

    Malgré ce que laissent entendre les biographes (« [Vecchi] ne retrouva les honneurs des gros titres des journaux qu'en 1938, à l'occasion d'un litige judiciaire contre Léon Degrelle », p. 71), le procès annoncé n'eut pas lieu. Non seulement il n'eut pas lieu, mais la presse belge n'évoqua même jamais le différend opposant les deux hommes, n'accordant en rien l'honneur de ses gros titres au sculpteur et rejetant donc son nom dans l'anonymat le plus complet.

     

     

    Ardito p.73.jpeg

    Comme toujours, il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce que racontent les « historiens » ayant pignon sur rue. On peut en effet se poser des questions sur la rigueur de travail des biographes de Vecchi quand ils légendent, par exemple, la célébrissime photo de la réception du SS-Hauptsturmführer Léon Degrelle par Adolf Hitler en son quartier général de Rastenburg (nord-est de la Pologne actuelle), après le succès de la percée de Tcherkassy, le 20 février 1944 : « Léon Degrelle [...] pendant sa rencontre à Berlin avec Hitler en 1936 » !

    Il n'existe bien sûr aucune photographie de cette première rencontre, imprévue et inespérée de la part de Léon Degrelle, marquant surtout la curiosité et l'intérêt de la part d'Adolf Hitler. Remarquons au passage qu'il n'existe pas non plus de photo de la rencontre entre le roi Léopold III et Adolf Hitler au Berghof. Mais pas pour les mêmes raisons : la visite du souverain belge était imposée et importune (ce blog au 28 juin 2017). L'extrême différence d'impression laissée sur le Führer par ces deux personnalités belges rencontrées pour la première fois est également hautement significative.

    Léopold III en 1940 : « Hitler l'accueillit avec une amabilité assez glacée. [...] Hitler eût vraisemblablement préféré mettre immédiatement fin à la visite [...] qui n'avait apporté que [...] déception à Hitler. » (Paul Schmidt [interprète officiel d'Adolf Hitler], Sur la scène internationale, p. 277-279).

    Léon Degrelle en 1936 : « [Hitler] fut fort impressionné par le dynamisme et en même temps par la maturité d'esprit de ce jeune chef. Lorsque Degrelle eut quitté le grand salon, le Führer déclara à Ribbentrop [...] : Jamais je n'ai vu de tels dons chez un homme de cet âge. » (Degrelle m'a dit, p. 238-240).

     

     

    PR 28.10.1936 Jaspar à la porte.pngCe n'est évidemment pas pour rien que Vecchi aurait choisi Marcel-Henri Jaspar comme avocat car celui-ci, éreinté par les campagnes « anti-banksters » menées par Rex contre lui tout au long de 1936 et 1937, avait déjà porté plainte contre Léon Degrelle (dont il était certes devenu un « ennemi juré »). L'affaire avait fait grand bruit dans les journaux et si le ministre avait gagné son procès, sa réputation en avait été gravement altérée. Par ailleurs, depuis janvier 1938, l'ex-ministre des Transports était violemment accusé d'avoir participé, en pleine guerre civile espagnole, à un trafic illégal d'avions en faveur du camp républicain. L'affaire provoqua un tel scandale que Jaspar agressa physiquement le député rexiste Raphaël Sindic lors de la séance parlementaire du 27 janvier 1938. Inculpé pour coups et blessures, Jaspar fut renvoyé en correctionnelle en octobre 1938 (il sera condamné à 3500 francs d'amende le 1er mars suivant).

     

    Il est plus que probable que si l'affaire lui avait été proposée, Jaspar l'eût fermement refusée : les imputations incertaines de Vecchi concernant la responsabilité de Léon Degrelle dans la diffusion de son buste eussent encore davantage ridiculisé l'avocat-politicien libéral, devenu l'une des têtes de turc préférées du Pays réel.

     

           

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    Deux des nombreuses caricatures de Marcel-Henri Jaspar publiées par Jam dans le quotidien rexiste Le Pays réel : ci-dessus (13 novembre 1936), le ministre corrompu pris en flagrant délit ; ci-dessous (30 janvier 1938), la fameuse séance parlementaire où le député rexiste Raphaël Sindic se fit agresser physiquement par les partisans du Frente popular et, ajoute malicieusement le caricaturiste, par la mauvaise foi du président de la Chambre, le socialiste Camille Huysmans (devront comparaître devant le tribunal correctionnel, le libéral Jaspar, le communiste Julien Lahaut et le socialiste René Delbrouck, mais pas Frans Van Cauwelaert, le député à longue barbe du dessin, « bankster » catholique férocement étrillé par Léon Degrelle).

     

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    C'est sans doute une trace du souhait de Vecchi de commercialiser son œuvre que l'on retrouve dans la légende de la photo parue, le 4 mars 1938, en première page du Pays réel fournissant l'adresse du sculpteur du buste de Léon Degrelle, à l'intention des « sections qui désireraient en obtenir une réplique ». Mais il n'est nullement précisé qu'il s'agirait d'une copie de taille réduite, ni qu'un total de deux mille exemplaires en seraient disponibles ! Si un tel nombre en avait été réalisé, on en connaîtrait probablement aujourd'hui encore nombre de répliques. Il est même douteux qu'il y ait eu ne fût-ce qu'un seul autre exemplaire fondu, si on considère le prix d'achat (de revient ?) payé par le modèle, 18.000 francs belges de l'époque (l'équivalent de plus de 1600 euros) : y aurait-il eu beaucoup de sections rexistes capables, financièrement, de consentir pareil investissement somptuaire ?

     

    On dispose néanmoins de quelques photographies de l'agence de presse SADO (Service Auxiliaire de Documentation, ce blog au 20 juillet 2016) d'une cérémonie de la J.N.S. (Jeunesse nationale-socialiste) organisée par John Hagemans, dont certaines sont reproduites dans l'album d'hommage John Hagemans, Prévôt de la Jeunesse, 1914-1942. Elles y sont identifiées comme « le vieux rite germanique du lien tranché », cérémonie qui s'est tenue en 1941 dans les locaux réquisitionnés du Grand-Orient de Belgique, devenu le quartier général de la Jeunesse du mouvement Rex.

     

          

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    Dans la salle de l'ancien grand temple du Grand-Orient de Belgique, au 79 de la rue de Laeken devenu son siège, la Jeunesse de Rex organise ses festivités. Ici, « le vieux rite germanique du lien tranché » (on distingue une hache sur le billot devant John Hagemans raidi dans le salut rexiste). Au centre des acteurs de la cérémonie, sur un haut pilier, le fameux buste de Léon Degrelle réalisé par Ferruccio Vecchi.

     

     

    Il s'agit là de l’œuvre originale, offerte peut-être par Léon Degrelle à la Jeunesse rexiste pour orner ses locaux, car aucune autre photo ne documente ce buste ni au domicile du Chef de Rex, ni dans aucune autre manifestation politique ou culturelle rexiste ou légionnaire...

     

    Cet éloignement du buste de son modèle traduirait-il un désamour de Léon Degrelle pour son portrait réalisé par Vecchi ? Il faut dire que jamais Léon Degrelle n'en parla alors qu'il était particulièrement fier de ses médaillons dont il possédait d'ailleurs certains originaux.

     

     

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    Sculpture originale de Victor Demanet, d'un diamètre de 50 cm, effectuée pour la réalisation du médaillon célébrant Léon Degrelle (ce blog au 11 novembre 2023), dans le parterre fleuri de la terrasse madrilène du dédicataire.

     

     

    Ce n'est que lors des séances de pose pour le buste réalisé pour son quatre-vingtième anniversaire qu'il raconta les éprouvantes tortures infligées par Vecchi pour essayer d'obtenir la meilleure ressemblance. Encore n'a-t-il jamais prononcé le nom de l'auteur (dont il ne se souvenait manifestement plus) ni évoqué son éminente qualité « fasciste » (qu'il ignora probablement : aucune allusion n'y est faite non plus dans les articles de l'époque) : « Ce n'était pas à proprement parler une sculpture, mais plutôt un masque comme on en fait pour les morts. Sauf que j'étais bien vivant et qu'on m'appliquait le plâtre sur la figure avec deux pailles dans les trous de nez pour me permettre de respirer. Et encore ! A peine ! J'ai bien failli périr asphyxié au cours de ces séances interminables ! » (substance de l'enregistrement original en possession de la RTBF pour le film La Führer de vivre, de Philippe Dutilleul).

     

    Et sans doute ce buste, sculpture princeps de Ferrucio Vecchi qui se consacrera désormais à la statuaire, ne plut-elle pas davantage à son auteur. Peut-être parce qu'elle ressortissait davantage au moulage qu'à la sculpture ? Peut-être aussi à cause des souvenirs désagréables qui y étaient liés ?

       

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    Ce qui nous intéressera davantage, c'est la photographie d'un buste de femme, présenté comme « Mein erstes Werk – La mia prima scultura ».

     

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    Par la suite, Ferruccio Vecchi abandonna le recours au moulage (heureusement d'ailleurs pour son principal modèle, Benito Mussolini !) et parfit sa technique, devenant un authentique et talentueux sculpteur. C'est donc à raison qu'il désigne comme sa première œuvre ce buste féminin dans une attitude similaire, mais autrement réussie, à celle de Léon Degrelle deux ans auparavant. Le buste du Chef de Rex aurait alors servi en quelque sorte de « brouillon » à ce nouveau bronze, qui en est quasiment un reflet de miroir.

     

    Busto di Donna Il Ponte.png      Buste Vecchi 1938 d.jpg

    A gauche, le Busto di Donna, dans la photographie proposée sur le site de la grande salle de ventes milanaise Il Ponte – Casa d'Aste.

    Le catalogue de l'exposition allemande de 1941 précisait que l’œuvre appartenait à la collection du riche industriel fasciste Francesco Marinotti (1891-1966), à l'époque vice-podestat de Milan. Elle avait probablement été acquise à la XXII Biennale de Venise où elle fut présentée de mai à octobre 1940. Elle a récemment été mise en vente, estimée entre 800 et 1200 euros, et adjugée le 11 décembre 2019 à 10.000 euros.

     

    Il existe une courte séquence (1 min. 24'') filmée dans l'atelier romain de Ferruccio Vecchi, disponible sur youtube, présentant l'artiste en action et sélectionnant trois réalisations originales : L'Aviateur (un homme prêt à prendre son envol, tenant d'une main une gigantesque aile d'avion), Invocation (un jeune homme, genou en terre, déclarant sa flamme à une jeune fille extatique) et « un groupe exaltant la famille et le travail agricole ».

     

     

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    Des œuvres qui se veulent empreintes de grandeur, d'héroïsme et de modernité, mais qui n'évitent pas souvent un kitsch assez désarmant quoique résolument assumé. Ainsi des portraits de Mussolini qui furent présentés à un Duce assez interloqué à l'exposition de Rome, en mars 1940 : les photos de la visite furent, paraît-il, censurées mais le modèle écrivit tout de même dans le livre d'or de l'exposition, non sans quelque malice : « Enfin, une nouvelle expression artistique ! »

     

      

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    A gauche, « L'Empire jaillit de l'esprit du Duce. » ; à droite, « Mein Kampf. Du sommet de la pensée de Hitler, jaillit la jeune Germania qui a brisé les chaînes de l'esclavage. »

     

     

     

    Le buste en bronze de Léon Degrelle réalisé par Ferruccio Vecchi en 1938, –sa toute première œuvre en tant que statuaire–, est disponible, ainsi que de nombreux et rares articles de qualité muséale concernant Léon Degrelle, sur le site Le Cercle du Collectionneur.

     

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  • Cercle des Amis de Léon Degrelle

     

     

    40e Correspondance privée – février 2024

     

    Pour marquer la quarantième parution de sa Correspondance privée, le Cercle des Amis de Léon Degrelle a réalisé un judicieux montage dynamique de trois photographies emblématiques de la vie de Léon Degrelle, illustrant son combat permanent et indispensable à la révolution des âmes.

    Rassemblés sous le ciel de feu des Âmes qui brûlent, les trois clichés, en même temps qu’ils célèbrent trois moments importants de la vie militante de Léon Degrelle, mettent en lumière trois piliers de l’idéal solaire de ce vrai chef de peuple, tribun visionnaire et champion de l’élévation spirituelle de sa communauté, de la défense de celle-ci, de sa force et de sa liberté.

     

     

    1936 : Révolution des âmes dans les élections

     

    LD Palais sports 1936.05.17.png« Les partis prétendent maintenir leurs privilèges ; ils sont l’exaspération des intérêts de clans. C’est pourquoi ils accusent Rex de vouloir la dictature. Les rexistes ne veulent à aucun prix de la dictature. [Ovation] Les partis agitent cet épouvantail, alors qu’aujourd’hui, ils nous imposent la dictature des banksters que Rex est le seul à combattre. Les rexistes ne prendront le pouvoir que le jour où le peuple le leur aura donné. [Applaudissements]. »

    (Extrait du discours de Léon Degrelle, citation du compte rendu du meeting rexiste dans Le Soir, 19 mai 1936).

     

    Le premier instantané, à l'arrière-plan de gauche, a été pris lors du discours enflammé de Léon Degrelle au Palais des Sports de Bruxelles, le 17 mai 1936 (à propos de cette photo, voir ce blog au 9 avril 2019). Ce meeting rassemblant plus de 17.000 personnes fut la manifestation la plus spectaculaire de la vigoureuse et déterminante campagne électorale de Rex contre les « banksters ». Malgré l’hostilité générale de tous les milieux politiques, médiatiques, intellectuels et même religieux, elle devait amener, le 24 mai suivant, l’élection triomphale de 21 députés et de 8 sénateurs rexistes.

     

    PR 1936.05.06.png

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    PR 1936.05.13.png

    Le Pays réel –quotidien nouvellement créé le 1er mai 1936– est le journal de combat de Rex (le titre en a même été dessiné par l'ami fidèle Hergé : ce blog au 20 octobre 2020). Il cloue au pilori les banksters de tous bords : catholiques, le 6 mai ; socialistes, le 8 mai ; libéraux, le 13 mai…

     

    Le soir même des élections, ce dimanche 24 mai qui marquait le triomphe de Rex sur la particratie affairiste, dans un sobre communiqué de victoire, Léon Degrelle rappelait le sens spirituel du combat rexiste : « Tous les partis ont subi une dure défaite parce qu’ils avaient méprisé tout un peuple. […] À tous, nous disons : Venez, Rex est un mouvement fraternel ouvert à tous les Belges. […] Rex n’a jamais voulu appuyer son influence sur la force, mais sur un immense courant des cœurs. Nous sommes forts parce que nous nous aimons. […] Pour nous, il n’existe plus qu’un seul parti, celui du pays et du peuple. Nous sommes la jeunesse. Notre passion, c’est la pureté du pays. » (Le Soir, 24 mai 1936).

     

     

    1938 : Révolution des âmes par la communion populaire

     

    LD Lombeek 1938.jpg« Nous voulons rendre à notre peuple sa pureté et sa noblesse. Nous voulons lui rendre la passion du foyer, lui rendre la foi dans les grandes valeurs morales. Nous sauverons la Patrie en rendant au peuple le sens de la grandeur et en renouant avec nos traditions de fierté et d'héroïsme. [...] Il y a des intérêts moraux et spirituels à sauvegarder au-delà de la politique et nous les plaçons au-dessus d'elle. » (Discours de Léon Degrelle à Lombeek, le 10 juillet 1938, in 60.000, Congrès national Lombeek 10-7-38).

     

    La deuxième photographie du montage, à l'arrière-plan de droite, est sans doute la photo la plus connue de Léon Degrelle-orateur. Elle a été prise lors du discours de clôture aux grandioses Journées rexistes de Lombeek, organisées en 1938 dans cette petite bourgade du Brabant flamand, située à une petite vingtaine de kilomètres à l'ouest de Bruxelles et dirigée par le député-bourgmestre rexiste Robert Motteux (qui fut révoqué de son mandat communal quatre jours plus tard pour avoir accueilli le congrès en « uniforme rexiste » ceint de l'écharpe mayorale).

    Lombeek LD+Motteux.pngLe Bourgmestre Robert Motteux, à la gauche de Léon Degrelle, porte la chemise et la cravate des gardes rexistes ainsi qu'à la taille, l'emblème de sa fonction : l'écharpe tricolore aux glands d'or. Pour révoquer Robert Motteux le 14 juillet 1938, le ministre de l'Intérieur invoquera son « inconduite grave », notamment le port d'un uniforme contrevenant à la loi de 1934 sur les milices privées. Mais le bourgmestre sera aussi reconnu coupable « d'avoir fait arborer l'étendard d'un parti politique (le drapeau rexiste) à la façade de la maison communale », « d'avoir permis à M. Degrelle de prononcer du haut du perron de la maison communale de Lombeek un discours politique » et d'avoir effectué « à plusieurs reprises le salut hitlérien » ! Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage... À noter que, dès le surlendemain, le nouveau bourgmestre, en compagnie de Léon Degrelle à l'hôtel de ville, rendra un solennel hommage à son prédécesseur, en portant chemise bleue et cravate rouge ainsi que l'écharpe mayorale. Et en effectuant le salut rexiste ! En toute impunité, cette fois.

     

    Réunis en congrès national du 8 au 10 juillet, plus de 60.000 rexistes exprimèrent, en une manifestation triomphale, l'intensité de leur foi dans le renouveau politique et social promis par l'idéal rexiste de révolution des âmes.

     

    Il appartiendra à Jean Denis (voir ce blog aux 15 juin 2017 et 15 juin 2022), docteur en philosophie et lettres et auteur de Principes rexistes et Bases doctrinales de Rex, de tirer la leçon de ce congrès historique, plaçant résolument le message degrellien dans la perspective de José Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange espagnole fusillé par les Républicains dans la cour de la prison d'Alicante le 20 novembre 1936.

    Médaille Lombeek.png

    Médaille commémorative (tirée à 50.000 exemplaires) du Congrès national de Rex à Lombeek-Notre-Dame, dont l'apothéose fut le rassemblement général de quelque 60.000 adhérents, sympathisants et leur famille, le 10 juillet 1938. Ci-après, cliché à la « une » du Pays réel, le 11 juillet 1938.

    PR 1938.07.11.png

     

     

    Fasciné par la figure de José Antonio qu'il rapproche de celle de Léon Degrelle, Jean Denis l'était tout autant par la doctrine sociale de la Phalange lui paraissant répondre aux mêmes principes spirituels à la base du combat rexiste. Il publiera d'ailleurs une présentation des Vingt-sept points de la Phalange dans un petit ouvrage publié la même année que le Congrès de Lombeek, Une révolution dans la guerre. Préface à l'étude de la tragédie hispanique (Renaix, Centre d'Etudes hispaniques, 1938). Il accompagnera aussi plus tard le chef de Rex dans son voyage à travers l'Espagne nationaliste du 2 au 14 février 1939.

     

    Jean Denis écrit donc en conclusion du Congrès de Rex :

    « Le vieillard et l'adolescent, l'homme et la femme, le travailleur calleux et l'intellectuel raffiné : il apparaissait qu'à tous, le masque de la vie quotidienne était tombé ; et chaque visage n'était plus que la lumière d'un regard, la même lumière toujours, faite d'allégresse et de gravité qui, dans la pénombre de l'arc de triomphe, faisait de chacun d'eux tous un archange levant la main en signe de foi, d'espérance et d'amour. Des milliers d'âmes transformées pour toujours.

    Lombeek Arc triomphe.jpeg

     

    L'on songeait à la parole de Léon Degrelle, au message ineffable qu'il a porté partout et qu'il portera jusqu'à son dernier souffle. Lui aussi poète et prophète.

    Sa parole dont il ne faut rien extraire et citer parce qu'elle se trouve vivante en chacun de nos cœurs et que nous savons bien, nous tous, ce que c'est que sa Révolution des Âmes, puisqu'il l'a faite en chacun de nous jusqu'au plus secret de nous-mêmes. Lui qui, seul parmi tous, nous a rendu notre unité de destin dans l'univers. Et qui, brisant les barrières des enclos maudits, nous conduit –et conduit dès à présent notre peuple– vers d'autres horizons, vers d'autres pâturages où traçant des voies d'empire –qu'importe la souffrance quand on sait la pérennité de son œuvre–, il nous rend notre place, à l'air libre, sous les étoiles
    . »

    Lombeek Voiture.jpg

    Lombeek Tribune.jpg

     

     

    1942 : Révolution des âmes dans la Croisade européenne

    La photo de premier plan dans le montage du Cercle, montre le soldat Léon Degrelle, chef spirituel de la Légion mais pas encore son Commandeur, arborant cependant les pattes de col de lieutenant, grade dont il refusa le privilège (ce blog au 31 juillet 2017), mais qu'il gagna dans les combats de Gromowaja-Balka en février 1942 (à propos de cette photo, voir ce blog au 23 août 2021). Sa casquette s'orne aussi de l'Edelweiss dont s'enorgueilliront toujours les Wallons qui servirent sous les ordres du Général Ernst Rupp, commandant la 97e Division de Chasseurs de montagne à laquelle fut rattachée la Légion à la veille des combats du Donetz, en février 1942, et ce, jusqu'après la Vormarsch (plus de 1200 kilomètres à pied pour contourner la mer d'Azov, de Slaviansk à Maïkop), et les combats du Caucase, d'août à novembre 1942.

    LD Leutnant Pieske.jpgC'est donc dans cet uniforme que Léon Degrelle négocia directement avec Heinrich Himmler dans son train spécial stationné au Grand Quartier général de Hitler, le passage de la Légion Wallonie à la Waffen SS (ce blog au 20 octobre 2023).

     

    Et que, dans la foulée, il l'accompagna, le 24 mai 1943, au camp d'entraînement de Pieske, après avoir convaincu le Reichsführer SS de faire la connaissance de ses « Bourguignons ».

     

     

     

    LD Lippert Himmler (dos) Pieske.jpg

    Pieske Himmler Légion.jpg

    Léon Degrelle et Lucien Lippert accompagnent Heinrich Himmler –ici, de dos, saluant– dans sa BMW 335 lors de sa visite des Légionnaires wallons à Pieske, le 24 mai 1943 (une autre photo est à voir sur ce blog au 30 avril 2020). C'est une visite en toute décontraction qu'effectue le « terrible » Reichsführer SS, saluant à tout-va, heureux de découvrir en ces Bourguignons des soldats alertes, espiègles, consciencieux, intelligents, fidèles, efficaces (ce blog au 24 janvier 2020 ; Saint-Loup, Les SS de la Toison d'Or, pp. 339-340).

    LD Discours Berlin 1943 01 07.jpgPhoto de presse de l'agence SIPHO (Service International Photographique) datée du 10 février 1943 et légendée : « Léon Degrelle pendant son discours à Berlin le 7 janvier [erreur pour « février »] 1943. Dans la salle coupole du Reichsportfeld à Berlin, Léon Degrelle a parlé aux ouvriers wallons et aux volontaires wallons contre le Bolchevisme. »

    C'est dans cette tenue aussi que, pour la dernière fois avant de revêtir l'uniforme SS du soldat politique, Léon Degrelle parla à Berlin, le 7 février 1943, devant plus de deux mille soldats et ouvriers wallons, pour rappeler le sens de cette guerre de civilisation. Nous avons déjà publié l'essentiel de ce discours (ce blog au 16 janvier 2016) : un an plus tard, après avoir été appelé en son Grand Quartier général du Front de l'Est par le Führer Adolf Hitler qui le fit Chevalier de la Croix de Fer, Léon Degrelle redisait à nouveau aux milliers de Français venus l'écouter, le 7 mars 1944 au Palais de Chaillot, la nécessité de la révolution sociale et spirituelle :

    « Ce qui nous intéresse le plus dans la guerre, c'est la révolution qui suivra, c 'est de rendre à des millions de familles la joie de vivre, c'est que les travailleurs européens se sentent des hommes libres, fiers, respectés, c'est que dans toute l'Europe, le capital cesse d'être un instrument de domination des peuples et soit mis au service du bonheur des peuples. La guerre ne peut s'achever sans cette révolution socialiste qui sauvera le travailleur des usines et le travailleur des champs. Nous ne sommes pas des anarchistes. Nous voulons rétablir la justice sociale alors que pendant l'avant-guerre et même pendant la guerre, chez les pays capitalistes, c'est le peuple qui paie, c'est le peuple qui souffre, c'est le peuple qui est écrasé. »

     

    LD Chaillot 1944.03.05.jpg

    « Organisée par la Waffen SS française, la Légion des Volontaires français contre le bolchevisme et la milice française, la manifestation qui s'est déroulée dans le cadre grandiose du Palais de Chaillot, réunissait plusieurs milliers de Parisiens qui ne ménagèrent pas leurs applaudissements enthousiastes au Chef. Jamais peut-être il n'a été donné à un public français d'entendre de plus rudes vérités que celles que le Chef a dites sur le ton amical et franc que nous lui connaissons. » (Le Pays réel, 7 mars 1944).

     

     

    « Nous qui sommes Peuple »

     

    Illustrant parfaitement le montage photographique de la première page, le texte de Léon Degrelle choisi par le Cercle des Amis (extrait de l'éditorial de l'hebdomadaire Rex du 21 juin 1935) explique la raison d'être du mouvement populaire représenté par Rex en même temps qu'il éclaire le sens de son action.

     

    Rex 1935.06.21.png

     

    «  Ce que nous voulons, c'est rassembler les grandes masses populaires, les organiser, les stimuler, rendre agissante leur vertu. [...] Rex est essentiellement un mouvement populaire. Nous somme peuple, nous ne somme pas avec le peuple, nous ne venons pas au peuple : nous sommes le peuple lui-même qui se réveille et qui regarde avec audace et confiance l'avenir, parce qu'il veut vivre. [...] Entre le politicien et le peuple, il n'y a que de froides relations juridiques, un contrat dont chacune des parties redoute toujours que l'autre ne le viole. Nous voulons, nous, entre l'homme d’État et son peuple : courant de confiance, d'abandon et, disons le mot, d'amour. La vraie souveraineté populaire, c'est celle-là : des chefs qui commandent avec autorité, mais qui, par le contact direct et fréquent avec leur peuple se sentent en constante communion d'idées et de volonté avec tout ce qu'il y a de sain dans le pays. »

     

     

    Degrelliana

    Comme toujours, la Correspondance du Cercle donne accès à une véritable bibliothèque d'ouvrages indispensables au bagage intellectuel de tout nationaliste identitaire, qu'ils relèvent de l'histoire (par exemple, le premier volume de biographies de recrues de La Légion des Volontaires français contre le bolchevisme, d'Eric Le Clanche), de la culture (comme Germanica, d'Alain de Benoist), de la littérature (Les Chiens de paille, de Pierre Drieu la Rochelle ou Lettres à une provinciale, de Robert Brasillach), tous ouvrages disponibles à la Boutique nationaliste.

     

    Mais ce sont surtout les informations concernant Léon Degrelle qui nous intéresseront, tant elles relèvent de la quasi-exhaustivité.

     

     

    Miège

     

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    Ce qui nous a fait un tout particulier plaisir est sans conteste le charmant dessin, poétiquement évocateur, de Miège, qui est désormais, aux côtés de Chard, le dessinateur attitré de Rivarol.

    Miège a choisi de représenter Léon Degrelle « à l'air libre, dans la nuit claire, sous les étoiles », comme le préconisait José Antonio (discours du 29 décembre 1933 ; voir aussi Jean Denis, cité ci-avant). Il porte la houppette de Tintin –personnage qu'il a inspiré comme en témoigne son opus ultimum Tintin mon copain coincé sous le bras–, mais avec les cheveux que le Chef de Rex avait naturellement foncés, ce qui lui donne aussi une ressemblance avec Quick, le ketje de Bruxelles. D'autant plus appropriée qu'il est justement en arrêt devant l'enseigne du restaurant Chez Léon de Bruxelles, spécialiste du « moules-frites » national : ayant développé une chaîne de restaurants populaires couvrant toute la France, Chez Léon de Bruxelles, raccourci aujourd'hui en Léon, est ainsi devenu le point de rendez-vous idéal (un stamcafé comme on désigne à Bruxelles son bistrot préféré) de tous les degrelliens français !

    En une silhouette suggestive, Miège a réussi à rassembler toutes les étapes de la vie intrépide et généreuse de Léon Degrelle, amalgamant les valeurs altruistes du scoutisme tintinesque à la révolution des âmes de Rex (dont il porte la boutonnière) et l'héroïsme du Légionnaire de la Croisade pour l'Europe Nouvelle libérée de l'exploitation capitaliste et de la menace bolchevique : le poète-soldat, la tête dans les étoiles, porte sa Croix de Chevalier et ses énormes godillots sont bien ceux que le Führer a fourrés de Völkischer Beobachter (voir J.-M. Charlier, Léon Degrelle : persiste et signe, p. 332) !

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    Pour mieux connaître Miège, nous vous conseillons vivement de lire le dernier numéro de Réfléchir&Agir (et de vous abonner à cet excellent trimestriel: 35 ou 40 € numéro hors-série compris–, selon que vous habitiez la France ou non): une réjouissante interview, fort instructive, du dessinateur vous y attend.

     

    Le dernier recueil de ses dessins –En traits libres, Editions Dualpha, préfacé par Francis Bergeron– est également disponible sur le site de la Boutique nationaliste.

     

     

     

     

     

    Editions degrelliennes

     

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    Le Cercle signale une nouvelle édition de Mes aventures au Mexique en espagnol par une maison d'édition mexicaine appelée Lina Delir. Ce nom était utilisé par les Cristeros pour signer leurs communiqués et tracts clandestins pendant la Cristiada, nom du soulèvement des catholiques mexicains contre l'intolérance religieuse du gouvernement franc-maçon entre 1926 et 1930 : il est l'acronyme de « Ligue nationale de fense de la liberté religieuse » (ce blog, entre autres, aux 2 avril et 25 décembre 2017).

    Il s'agit en réalité de la traduction espagnole des récits et documents sur la persécution des catholiques au Mexique, rassemblés et présentés par Mgr Louis Picard, aumônier-général de l'Action Catholique de la Jeunesse Belge (ACJB) et Giovanni Hoyois, son président, sous le titre La Tragédie Mexicaine. Jusqu'au Sang... (Editions de la Jeunesse Catholique, Louvain, 1928). Rappelons que Mgr Picard fut le mentor de Léon Degrelle (ce blog, entre autres, au 5 avril 2017 et 20 février 2019) qui occupait d'ailleurs un « kot » (logement étudiant) chez lui, à Louvain, et à qui il confia les Editions Rex, appelées à devenir le vecteur essentiel de la Révolution des Âmes (tous les détails sont à retrouver dans Léon Degrelle, Cristeros, Editions de l'Homme libre). Il était donc naturel de compléter cet ouvrage par Mes aventures au Mexique qu'écrivit Léon Degrelle dans la foulée de ses reportages sur la persécution des Cristeros pour le vingtième siècle (octobre 1928-janvier 1929, ce blog au 7 février 2019). Regrettons seulement que cette édition mexicaine rassemblant les deux livres n'associe le nom de Léon Degrelle qu'à celui de G. Hoyois, –qui, en 1945, éreinta lamentablement le proscrit condamné à mort dans son L'Ardenne dans la tourmente–, faisant l'impasse sur Mgr Picard qui fut pourtant l'âme de la défense des Cristeros en Belgique et qui associa étroitement Léon Degrelle à son action (voir Léon Degrelle, Cristeros, pp. 19-34).

     

    Mexico Riesco.jpgIl semble que, pour obtenir cet ouvrage (400 pages, 45 euros, frais d'envoi compris), il faille s'adresser à luzdealbania@gmail.com. La version espagnole de Mes Aventures au Mexique a cependant déjà connu une édition indépendante dès 2006, avec une introduction de José Luis Jerez Riesco (à qui l'on doit l'indispensable Léon Degrelle en Exil: ce blog au 19 avril 2019). Publiée par l'éditeur espagnol Nueva Republica, elle est toujours disponible au prix d'à peine 12 euros, sur le site de Fides Ediciones Mundial.

     

    Une autre publication mexicaine a retenu l'attention du compilateur d'informations degrelliennes du Cercle : Elbruz Altus Vexilum. Un nom singulier associant le nom de la plus haute montagne du Caucase, aux confins de l'Europe, l'Elbrouz, aux deux pics jumeaux où fut enchaîné Prométhée, et la traduction latine –Altus Vexilum– du titre de l'hymne national-socialiste, Die Fahne hoch ! (« Drapeau levé ! »).

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    Le Cercle se réfère au site français VoxNR qui, le 5 août 2023, a mis sur son site la traduction du récit donné par l'écrivain Juan Guerrero Zorrilla de sa rencontre avec Léon Degrelle à Madrid, le 20 avril 1989, à l'occasion du centenaire d'Adolf Hitler. Cet article provient de la revue mexicaine Elbruz Altus Vexilum qui l'aurait publié dans son numéro 6 de septembre 2013.

     

    Elbruz 8 p. 1.pngUne collection de la plupart des premiers numéros de la revue Elbruz Altus Vexilum est disponible sur Internet (du n° 0 au n° 16, mais sans les numéros 2, 8 et 12), mais ces souvenirs de Juan Guerrero Zorrilla ne se trouvent en tout cas pas dans la sixième publication (l'erreur vient peut-être de ce que ce texte fut d'abord publié avec cette référence par l'association culturelle mexicaine Robert Brasillach, le 28 juillet 2023). Plus probablement cet article a-t-il été publié dans le numéro 8 (printemps 2014) dont nous ne connaissons que la couverture justement consacrée à Léon Degrelle (« Le dernier gentilhomme »).

     

     

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    Reproduisons pour l'anecdote la publication pour le moins inattendue, dans le 13e numéro d'Elbruz Altus Vexilum (p, 40), d'une photo de la famille royale belge en illustration d'un article sur la nécessité en Europe de faire de nombreux enfants pour contrer « la décadence de l'Occident due à la défaite de l'Axe à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale » !...

     

    L'écrivain mexicain Juan Guerrero Zorrilla est né en 1942 à Tampico, principal port industriel de l’État mexicain de Tamaulipas, située à l'embouchure du Rio Pánuco sur le Golfe du Mexique. Coïncidence extraordinaire, le paquebot qui emmena Léon Degrelle de Hambourg à Veracruz s'appelait justement Rio Panuco ! Construit par les chantiers navals de Kiel en 1924, il assurait la traversée de l'Atlantique pour la compagnie allemande Ozean Linie. Revendu en 1934 à un armateur australien, il fut coulé par l'aviation japonaise en 1942 dans le port de Darwin (voir ce blog au 1er mai 2016 et Léon Degrelle, Cristeros, pp. 245-248).

     

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    Léon Degrelle à bord du Rio Panuco l'emmenant au Mexique. Il écrit à ses parents une lettre qui, destinée à les rassurer, donne aussi de précieux renseignements sur la vie à bord du navire :

    À bord du Rio Panuco, le 8 décembre 1929.

    Mes bien chers tous,
    Nous sommes entrés hier dans les mers américaines. À midi, nous avons aperçu, éclatante sous le soleil, la première des îles Bahamas, celles que découvrit d'abord Christophe Colomb. Je dois dire que nous étions moins émus que lui, puisque nous prenions joyeusement un bain de mer ! À l'avant du bateau, un bassin est aménagé où pénètre et s'écoule sans cesse la bonne eau tiède. Et c'est très amusant, en plein Décembre, alors que vous vous calfeutrez dans les maisons, de prendre ici, en face de la Floride, des bains de mer deux et trois fois par jour ! J'ai décrit à Cécile [van den Bossche, d'Ostende, avec qui Léon Degrelle s'était fiancé en novembre 1928], qui vous communiquera ma lettre, les tempêtes effrayantes qui nous en ont fait voir de toutes les couleurs pendant la 1ère semaine dans l'Atlantique. Cela nous a valu, en plus d'impressions poétiques, lyriques et... parfois plus prosaïques, trois jours de retard, si bien que nous ne débarquerons que le 11 ou le 12 à Vera Cruz.

    Depuis les îles Açores, d'où je vous ai envoyé une lettre-télégramme, nous avons eu un temps magnifique. Soleil éblouissant, torride depuis quelques jours. Dans les flots, de gros dauphins qui dansent. Au fil de l'eau, des troupes argentées de poissons-volants. Des soirées chaudes, placardées d'étoiles, avec des clairs de lune qui blanchissent la mer.

    Et avec cela une santé splendide. On est d'ailleurs très bien nourri, quoique la cuisine allemande diffère parfois très fort de la nôtre. J'ai d'épatants compagnons de route avec lesquels le temps passe comme un éclair. Puis, il y a des concerts à bord, des visites de St Nicolas, des bals, une grande fête de travestis. Bref, impossible de s'ennuyer. Au contraire !

    Et puis une grande fraternité internationale. On est en rapport ici avec des représentants de tous les peuples d'Europe et je vous avoue que c'est bien formateur de vivre dans cette tour de Babel.

    LD Rio Panuco Passagers.jpgDemain, nous faisons escale à La Havane où j'irai passer quelques heures. Puis, trois jours après, le pied gaillard, je foulerai le sol mexicain, prêt à de nouvelles et magnifiques aventures.

    Ah ! Vraiment, je suis heureux d'avoir entrepris une pareille randonnée. Et mille fois encore, je vous remercie de m'y avoir aidé avec tant d'affection et de générosité. Ce sera dans ma jeunesse, le plus beau, le plus impérissable des souvenirs.

    Il fait à présent une chaleur formidable qui nous aplatit tous comme des omelettes ! Ce que cela ferait du bien à notre chère maman ! C'est ici, tout le long du pont, grands bains de soleil !

    J'ai une collection splendide de photos de bord qui vous amusera bien à mon retour. Cela fait un album très vivant.
    Je crois qu'il est prudent que, déjà, je vous souhaite... la nouvelle année ! En effet, c'est à peu près alors que ma lettre vous parviendra. Pour vous, mes bien chers papa et maman, je renouvelle tous les vœux que chaque jour et très tendrement je forme pour vous et confie au Bon Dieu. Vous êtes les plus chers exemples de dévouement, d'abnégation et d'amour. Il n'est point de souhaits assez ardents et assez complets que je puisse former pour mon cher papa et ma chère maman.

    Bonne année aussi à tous mes chers frère et sœurs ainsi qu'à leur descendance ! D'ailleurs, je rentrerai en janvier et serai à temps au pays encore pour dire à chacun à cette occasion tout ce que je lui souhaite particulièrement.

    Bien des choses de ma part aussi à tous les oncles, tantes, cousins, cousines et amis les meilleurs.

    Mais pour vous, mes bien chers tous, par delà les 8000 km qui déjà nous séparent, j'envoie les plus affectueux, les plus ardents, les plus... tropicaux baisers de votre grand explorateur.

    L.

     

     

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    Juan Guerrero Zorrilla est surtout connu pour ses contes fantastiques et récits de science-fiction pour lesquels il reçut plusieurs récompenses littéraires de même que, tout récemment le 10 août 2023, l'hommage officiel de l'université de l'Etat mexicain de Tamaulipas.

     

     

    Cedade 1989.pngLe récit de sa rencontre avec Léon Degrelle que l'écrivain a confié à la revue Elbruz Altus Vexilum témoigne de ses profondes convictions nationales-socialistes puisque c'est pour participer à l'hommage rendu par le CEDADE (Cercle Espagnol Des Amis De l'Europe, ce blog, notamment, au 4 février 2017) à Adolf Hitler pour le centième anniversaire de sa naissance qu'il traversa l'Atlantique pour Madrid. Son témoignage est cependant fort restreint, essentiellement à cause de la vive émotion qui l'étreignit pendant cette soirée, mais aussi parce qu'il ne parlait ni le français, ni l'allemand qui furent surtout pratiqués à cette occasion. Extrayons-en ces précisions (nous retraduisons d'après l'original publié par l'Asociación Cultural Robert Brasillach : notons, au passage, qu'elles établissent à nouveau la capacité de Léon Degrelle de s'exprimer en allemand : ce blog, entre autres, au 26 mai 2022) :

    « Le restaurant, pas très grand, était plein : c'est là que se produisit la rencontre avec le Général Degrelle, l'homme le plus important que j'aie connu dans ma vie. [...] Puis la causerie a commencé. En fait, je n'ai pratiquement rien compris : il parla d'abord en français, puis en allemand ; mais j'étais en compagnie de bons camarades [...] et je m'assis à côté du seul Espagnol qui se trouvait là. »

     

    LD Madrid Christophersen+Tonningen 1989 04 20.jpgC'est dans un petit restaurant populaire de Madrid qu'en toute discrétion Léon Degrelle célébra, le 20 avril 1989, le centenaire d'Adolf Hitler en compagnie d'une petite trentaine d'amis européens qui eurent l'exceptionnelle bonne fortune de fêter cet événement en compagnie de celui que le Führer se fût choisi pour fils.

    À la droite de Léon Degrelle, on reconnaît l'Allemand Thies Christophersen (1918-1997), auteur en 1970 du fameux rapport Le mensonge d'Auschwitz, et Florentine Heubel (1914-2007) qui, épousant, le 21 décembre 1940, Meinoud Rost van Tonningen, le chef du Mouvement National-Socialiste de son pays (qui deviendra, peu de temps après, le président de la banque des Pays-Bas), fut la première Néerlandaise à se marier selon le cérémonial SS : sa bague runique de mariage qu'elle eut l'occasion de présenter au baise-main du Führer devint sa plus précieuse relique.

    À la gauche du Commandeur de la Sturmbrigade Wallonien, se trouve, en fin de banquette, l'Allemand Ewald Althans (né en 1966) promu alors par le Generalmajor Otto Ernst Remer à la direction des jeunes de son Deutsche Freiheitsbewegung (Mouvement allemand pour la Liberté). La 40e Correspondance du Cercle propose justement la première partie d'un entretien-témoignage du plus haut intérêt du Général Remer à propos des mensonges répandus sur la réalité du Front de l'Est : de quoi largement démonétiser les récentes tentatives injustifiées de criminalisation des Légionnaires wallons par le CEGESOMA (ce blog, entre autres, au 30 novembre 2019 et 11 mars 2022).

    Assis à gauche de Léon Degrelle, le Phalangiste Alberto Torresano (1934-2023) est probablement le « seul Espagnol qui se trouvait là » dont parle Juan Guerrero Zorrilla.

    C'est à lui, parfait francophone, que Léon Degrelle dédicaça cette photo historique, datée symboliquement du 20 avril 1989. Proche de Léon Degrelle, Alberto Torresano compta parmi les dernières personnes à pouvoir lui rendre visite à l'hôpital de Malaga où il devait décéder (ce blog au 5 août 2023).

     

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    Alberto Torresano, en visite à Bruxelles en 1990 avec son épouse Paloma, tenait à voir la maison de Léon Degrelle, Drève de Lorraine, en lisière du Bois de la Cambre. La photo a été prise à l'arrière de la villa, devant la grille ouvrant sur l'étroite Drève du Caporal.


    Dans l'attachant ouvrage
    Léon Degrelle. Documents et Témoignages, publié en 2014 dans la collection des Cahiers d'Histoire du Nationalisme de Synthèse nationale sous la direction de Christophe Georgy, il signa un familier et sincère Léon mon Ami ! (ce blog au 22 janvier 2016).

    Alberto Torresano était connu dans tous les milieux nationalistes européens pour sa fidélité absolue au message politique et social de la Phalange historique et à la figure de José Antonio, son chef charismatique. Il était surtout apprécié par tous ceux qui l'ont connu et qui sont immanquablement devenus ses amis pour sa gentillesse envahissante, son humour bon enfant et son entregent tenace. Aussi est-ce avec émotion que nous avons appris, par l'In memoriam reconnaissant du Cercle des Amis de Léon Degrelle, son décès survenu le 14 septembre dernier, dans sa nonantième année. Un important dossier d'hommage a été publié par la Lettre des Amitiés Franco-Espagnoles n° 115, Automne 2023, du Cercle Franco-Hispanique (adhésion : 25 €. Ecrire à cfh.grimaldi@free.fr).

     

    Tout serait à présenter et commenter dans cette XXXXe Correspondance privée du Cercle des Amis de Léon Degrelle. Reprenons seulement pour conclure le communiqué du Dernier Carré expliquant comment la cessation de ses activités ne signifie nullement la disparition de l'idéal solaire qui inspira nos héroïques Anciens et justifia son existence.

     

    Cercle Dernier Carré.jpeg

     

    Cercle des Amis de Léon Degrelle, adhésion (30 ou 37 euros, selon que vous résidiez en France ou non) et renseignements sur les livres présentés : www.boutique-nationaliste.com.

     

    Adresse : Cercle des Amis de LD, BP 92733, 21027 Dijon Cedex, France.

    lesamisdeleon.degrelle@gmail.com

     

     

  • Léon Degrelle dans l'art de la médaille

    Les médaillons de Victor Demanet et

    Marc Colmant

     

    Si Léon Degrelle a été abondamment dessiné (par exemple, en pré-Tintin, par Albert Raty, ce blog au 1er février 2016), peint (notamment par un artiste flamand, ce blog au 13 avril 2022) et caricaturé, le plus souvent méchamment et calomnieusement, mais aussi de manière sympathique (toujours chez Jam ; avec rosserie lorsque, après-guerre, il deviendra Alidor ! ce blog, par exemple, aux 2 février 2017, 4 juin 2019, 26 mai 2022), il fut aussi célébré dans le marbre, le bronze ou le cuivre, et ce, par les meilleurs artistes belges.

    victor demanet,marc colmant,albert raty,jam,alidor,révolution des Âmes,godefroid de bouillon,saint arnould,henri de man,plan du travail,orec,jules boever,fernand degreef,ganshoren,le cercle du collectionneurFusain du grand peintre ardennais Albert Raty, en frontispice de Mon pays me fait mal, publié en 1927 par un Léon Degrelle de vingt ans, dont la houppette inspirera Hergé (ce blog, entre autres, au 23 janvier 2016). Charles, le frère d'Albert Raty, avait épousé Jeanne, la sœur aînée de Léon Degrelle, le 23 avril 1924.

    Nous évoquerons ici quelques plaquettes, médaillons ou médailles ornés de son profil, constituant autant d'œuvres d'art séduisantes et pittoresques.

     

    Victor Demanet

     

    La plus belle plaque murale est due, sans doute, au ciseau de Victor Demanet (1895-1964) montrant un Degrelle sûr de lui, au visage fermé dont le sourcil anguleux souligne la détermination. Ce bas-relief fut fidèlement sculpté, en 1936, d’après le célèbre cliché diffusé au milieu des années 30 sous la forme d’une carte postale à la signature imprimée. Elle faisait partie d’une série de portraits de Léon Degrelle, vendus au profit du fonds de propagande de Rex. Ces photographies avaient été réalisées par le Studio Max, situé sur le prestigieux (à l’époque) boulevard de Waterloo de Bruxelles, dans le haut de la ville (ce blog au 3 mai 2021).

     

    LD Studio Max-horz.jpg

     

    Rien dans les biographies disponibles de Victor Demanet ne signale de particulière sympathie pour Léon Degrelle et le rexisme.

    Si la Biographie Nationale (t. 43, suppl. XV, fasc. 1er, col. 287-292) souligne bien son « amour du peuple » s’exprimant particulièrement dans sa « sculpture dédiée au labeur ouvrier », elle se garde bien de le rapprocher de la constante exhortation de Léon Degrelle à la « Révolution des âmes » (ce blog au 12 octobre 2023). L’auteur prend d’ailleurs soin de préciser qu’aux côtés de « nos rois (principalement le roi Albert), nos reines, nos princes », l’activité sculpturale officielle de Victor Demanet honore plus spécialement… « nos résistants ». Tant il est vrai que le sculpteur namurois fournit, après-guerre, nombre de bronzes exaltant la brigade Piron, le général Patton ou différentes personnalités de la résistance et de l’antirexisme, tel, par exemple, François Bovesse,

    Force nous est néanmoins de constater qu’au temps de la lutte épique contre les « banksters », des grands rassemblements populaires de Léon Degrelle et des formidables succès électoraux rexistes, Demanet multiplia les portraits du chef de Rex, notamment cette belle médaille du jeune Léon Degrelle au col de chemise ouvert, en 1938. Disponible en différents formats –dont une épinglette–, elle présente au revers la reproduction du célèbre bas-relief « Vouloir » (aussi appelé « L’Effort »), sommé du texte « Rex vaincra » ou, dans la version néerlandaise, « Rex Ter Zege ».

     

    Médaille FR 1 A Demanet-horz.jpg

    Les médailles conçues par Victor Demanet pour exalter la figure de Léon Degrelle et l’action spirituelle et sociale de son mouvement Rex ont été commercialisées sous deux formats : 8,25 et 5,35 cm, gravées des deux côtés de la pièce. À l’avers, le profil de Léon Degrelle, col ouvert, à l’expression déterminée, est entouré (auréolé !) de son nom : à gauche « LEON » précédé du monogramme de Victor Demanet ; à droite « DEGRELLE ». Le revers s’orne de la reproduction de « L’Effort » ou « Vouloir », sujet ayant servi de support à de nombreuses médailles commémoratives professionnelles ; au-dessus, la devise « REX VAINCRA » ; au-dessous, l’emblème de Rex en couronne du Christ-Roi, imaginé par Richard Krack (ce blog au 12 novembre 2020). Cette médaille existe également sous forme d'insigne à piquer au revers de son veston ou de broche pour le vêtement (2,25 cm de diamètre) dont l’arrière, aveugle, est muni d’une attache sous forme d’épingle verticale ou d’épingle à fermoir de sécurité.

     

    Peut-être est-ce d’ailleurs à cette proximité avec Léon Degrelle que le sculpteur dut la commande pour la ville de Bouillon (dont le père du tribun, le brasseur Edouard Degrelle, était conseiller communal, constamment réélu depuis 1904, en même temps d’ailleurs que conseiller provincial de Luxembourg) de deux statues emblématiques de la ville, Godefroid de Bouillon et Saint Arnould.

    L’initiative en revient à l’éphémère et inefficace Office de Redressement économique (OREC, un organisme imaginé par Henri De Man dans le cadre de son Plan du Travail et mis en place en avril 1935 pour stimuler un programme de travaux publics et de résorption du chômage : il disparut dès 1938), mais ce sont des mécènes, associés à l’Administration des Ponts et Chaussées, qui en assurèrent le financement. Prononçant le discours inaugural à la cérémonie de remise des statues à la ville de Bouillon, le représentant du gouvernement justifia le choix historique et artistique des nouveaux ornements du Pont de Liège, concluant : « À l’ombre du vieux château, ces statues de Godefroid de Bouillon et de Saint Arnould rappelleront qu’ici, l’on a toujours le culte de la patrie et de la grandeur nationale. »

    Av. Lxbg 28.06.1939.pngPeu après la réalisation des portraits de Léon Degrelle, Victor Demanet sculptera deux statues monumentales pour la ville natale de son modèle : Saint Arnould et Godefroid de Bouillon. Leur inauguration, le 25 juin 1939, fut l’occasion d’une cérémonie grandiose, associant les représentants de la Cour royale et du Gouvernement aux notables locaux. L’Avenir du Luxembourg, le grand quotidien catholique de la province (dont le grand-père maternel de Léon Degrelle, le Dr Jules Boever, fut l’un des fondateurs), en fit un compte rendu détaillé (« Pour honorer deux de ses illustres enfants, Bouillon a vécu des heures inoubliables »), mais en confondant les deux sculptures: la photo de première page ne reproduit pas le monument de Saint Arnould, mais celui de Godefroid de Bouillon !...


    P
    lacés de part et d’autre de l’accès au Pont de Liège du côté de la place Saint-Arnould, sur la même rive que la maison familiale des Degrelle, les deux monuments en pierre du pays de Gaume, entendaient immortaliser les principaux ducs de Bouillon, Saint Arnould, –premier de la lignée et patron des brasseurs–, et Godefroid de Bouillon, chef de la Première Croisade, avoué du Saint-Sépulcre et modèle inspirant de Léon Degrelle.

     

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    Dix mois après leur inauguration, les statues de Victor Demanet échappèrent miraculeusement à la destruction lorsque les artificiers du 295e régiment d’infanterie de l’armée française firent sauter, au soir du 11 mai 1940, les ponts de Bouillon sur la Semois, tout en bombardant les quartiers populaires situés en bordure de la rivière (les documents mis aujourd’hui à la disposition des touristes laissent entendre mensongèrement que la dévastation de la ville fut l’œuvre des Allemands. Ainsi du site Connaître la Wallonie qui écrit sans sourciller : « lors de l’invasion allemande de mai 1940, aucune chance n’est laissée au Pont de Liège. Le bombardement épargne miraculeusement les deux statues » !). Les ouvrages d’art furent rapidement réparés par le génie allemand, installant sur le pont de Liège une passerelle permettant le passage des piétons, assurant ailleurs la traversée pour le charroi le plus lourd (ce blog au 15 juin 2021).

    Saint Arnould 1940.pngPhoto prise peu après la prise de Bouillon par les Allemands en mai 1940. Une autochenille allemande Sd. Kfz. 10 (Sonderkraftfahrzeug 10) est stationnée à l'entrée du pont de Liège, près de la statue intacte de Saint Arnould.

     

    Les statues ne furent que peu abîmées : la photo de 1940 (ci-contre) montre en effet un Saint Arnould intact alors que celles de 1941 (ouvrant et fermant cette digression) le montrent, neuf mois plus tard, décapité, Godefroid demeurant entier. Certains n’ont pas manqué de voir dans cette mutilation une menace voilée contre le brasseur Edouard Degrelle via son saint patron…

     

    Après la guerre, les œuvres d’art restaurées ne furent néanmoins pas autorisées à rejoindre le lieu pour lequel elles avaient été conçues : punition pour la supposée (et dès lors coupable) proximité degrellienne de leur concepteur ?

     

    Godefroid fut le mieux traité, placé à la fin du sentier pédestre menant à l’entrée de son château. Saint Arnould, quant à lui, a été relégué tout au bout du quai de la Tannerie, en surplomb de la Semois, loin de toute habitation et dissimulé par l’abondante végétation, ce qui a grandement facilité une nouvelle décapitation par d’imbéciles vandales en juin 2020.

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    (Les photos ouvrant et fermant ce texte ont été prises le 6 février 1941 par le Service photographique de Ministère des Travaux publics de Belgique et sont conservées aux Archives générales du Royaume).

     

     

    Marc Colmant

     

    Le sculpteur bruxellois Marc Colmant (1898-1962) est un artiste moins connu que Victor Demanet, ne bénéficiant pas de notice dans la Biographie Nationale, ni même d’une référence sur « Wikipedia ».

    IMG_20231107_123824.jpgC’est dire que nous n’avons guère de renseignements sur lui, sinon qu’il réalisa de belles statuettes dans le style romantique qui connaissent toujours le succès dans les ventes d'art contemporaines ainsi que des médaillons pour quelques tombes de notables, notamment celle du bourgmestre de Ganshoren, Jan Frans (Fernand) Degreef, mort en 1928 (photo ci-contre).

     

     

    Colmant Faune.jpg« Marc Colmant est un sculpteur qui, à en juger par ce qu'il expose, aime à travailler en petites dimensions. La plupart du temps, cela lui réussit très bien. Il y a dans Faune à la Sarbacane [...] un mouvement, une élégance nerveuse du meilleur aloi. » (Le Nouveau Journal, 26 novembre 1943).

     

    Ce n’est pourtant pas par hasard que Marc Colmant réalisa une médaille en l’honneur de Léon Degrelle : il était lui-même militant rexiste et même troisième candidat de la liste de Rex aux élections communales du 16 octobre 1938 à Ganshoren, la commune du nord de l'agglomération bruxelloise où il habitait. Il ne sera malheureusement pas élu.

    Médaille LD Marc Colmant.png

     

    Le médaillon proposé par Marc Colmant (diam. 14 cm) est, tout comme le bas-relief de Victor Demanet, inspiré de la photographie du Studio Max. Mais il n'est pas traité à la manière de Demanet que nous pourrions qualifier d' « hyperréaliste ». Si les accentuations de relief et l'arrondi de la tête mettent sa jeunesse en évidence, ils confèrent aussi à Léon Degrelle une expression plus introspective, soulignée par sa moue mi-amusée, mi-dubitative et des sourcils interrogateurs. Un portrait du jeune chef tout au service du destin de renaissance spirituelle du peuple qu'il s'est assigné, autrement dit, la « révolution des âmes » (ce blog, entre autres, au 31 mars 2020).

    Pour l'artiste, qui signe fièrement son œuvre, aucun besoin de nommer le portrait de celui qui s'est rendu célèbre en chassant les banksters de la cité, à l'instar de Celui qui chassa les marchands du Temple. Seul compte le mot d'ordre : REX VAINCRA.

    À l'évidence, l’œuvre d'un artiste qui connaît son modèle de près et apprécie sa joie de vivre et son humanité curieuse et attentive.

    Après la guerre, il semble bien que Marc Colmant eut à souffrir d'une définitive damnatio memoriae car nous n'avons plus trouvé trace d'aucune exposition accueillant ses œuvres, ni d'aucune critique les commentant. Même sa tombe a subi cette loi inique de l'effacement en disparaissant du cimetière communal de Ganshoren.

    Colmant Tombe Ganshoren.jpg

    Marc Colmant est mort en 1962 à l'âge de 64 ans seulement. Il reposait dans le caveau de ses parents qu'il avait aménagé dans l'ancien cimetière de Ganshoren. Malgré sa valeur aussi bien historique que patrimoniale, sa tombe a été rasée peu avant l'ouverture du Nouveau Cimetière en 1976. Voici l'endroit où se trouvait le monument funéraire, dans la seconde allée, à l'emplacement numéro 68...

     

    Toutes les œuvres ici décrites sont disponibles sur le site Le Cercle du Collectionneur.