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  • Léon Degrelle et l'Espagne : la Médaille de la « Vieille Garde »

    Un « historien » espagnol élucubre une biographie de Léon Degrelle (2)

     

    Comme nous le disions dans notre article précédent (28 août 2026), il n'y a pas que les relations entre Léon Degrelle et José Antonio que le nouvel historiographe degrellien Pablo Cuevas entend stupidement remettre en cause. La Médaille de la Vieille Garde de la Phalange détenue par Léon Degrelle lui reste également en travers de la gorge !

     

    Dans l'interview de 1969 à ABC déjà citée, le Phalangiste d'honneur belge déclarait en effet : « Je suis le seul étranger au monde qui possède la Médaille de la Vieille Garde. » Et Cuevas de diligenter une enquête à charge contre cette prétention !

     

    Medalla Vieja Guardia 1.jpg« la Médaille de la Vieille Garde [est] une décoration que la FET de las JONS [Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste] décernait à ceux qui pouvaient démontrer qu'ils avaient été affiliés à la Phalange ou à la Communion Traditionaliste avant les élections de février 1936. Cela veut dire que la FET de las JONS confirmait [que Léon Degrelle] avait effectivement appartenu à la Phalange Extérieure, et qu'en outre il aurait été titulaire, selon ses dires, de la carte de membre numéro un. Toutefois, fort nombreux sont les étrangers qui possèdent cette médaille, ainsi que l'ont montré les recherches de Granda Orive [Javier de Granda Orive est un numismate, auteur d'un article sur la Médaille de la Vieille Garde où il cite cinq récipiendaires étrangers autres que Léon Degrelle : Revista numismática OMNI, n° 12, p. 237]. Et l'actuelle association de la Vieille Garde n'a aucune trace de l'attribution de cette médaille à Degrelle. Elle ne dispose pas d'archives sur les décorés car il s'agissait de quelque chose qui se gérait au niveau provincial. Et on sait aussi que le régime franquiste l'a accordée sans discernement à des gens qui n'ont jamais rien eu à voir avec la Phalange originelle (ou avec la Communion Traditionaliste), comme le ministre Demetrio Carceller [ministre espagnol de l'Industrie et du Commerce entre 1940 et 1945, proche de Ramon Serrano Suñer et, selon Wikipedia, membre de la Phalange, ce qui rend difficilement légitime la remarque de Cuevas !]. Ces distributions se multiplièrent à partir de 1953, assouplissant les critères d'attribution [qui la réservaient] aux membres qui avaient rejoint la FE de las JONS ou la CT jusqu'au 16 juillet 1936. Et [l'attribuant] aussi aux membres de leur famille. De sorte qu'on a fini par décerner 39.125 médailles jusqu'en 1976.

    [En note:] Pour vérifier si Degrelle a reçu la médaille, –ce qui se faisait au cours d'une petite cérémonie–, il serait nécessaire d'étudier les bulletins du Mouvement National de chaque province. » (p. 320)

     

    Mais qu'est-ce que cela peut bien faire si Léon Degrelle pensa toujours avoir été le seul détenteur étranger de la Médaille de la Vieille Garde ? Est-ce une raison pour le traiter de menteur ? Pour ce faire, Cuevas affirme que les détenteurs étrangers furent « fort nombreux » alors que l'historien de la Médaille dont il invoque le travail n'a finalement retrouvé dans ses archives que cinq autres noms, tous plus inconnus les uns que les autres et probablement tous également convaincus d'être les seuls étrangers à la posséder...

     

    LD Falanje Vieja Guardia.jpg

     

    En fait, pour Cuevas qui préfère ne pas se lancer dans l'examen laborieux des archives du Movimiento (expression politique unique rassemblant Phalange, Requetés, syndicats, mouvements de jeunesse, etc.) des différentes provinces espagnoles que put visiter Léon Degrelle, cette difficulté constituerait à elle seule la preuve du mensonge... Comme si Léon Degrelle avait lui-même épluché ces archives avant de prétendre fallacieusement être le seul étranger à s'être vu décerner cette Médaille ! Alors que la vérité toute simple est que Léon Degrelle disposait bien du diplôme officiel de la Médaille de la Vieille Garde, dont il nous reste la photocopie.

     

    Pablo Arredondo.pngCe document officiel daté de 1959 est signé par l'Inspecteur National de la Vieille Garde, Pablo Arredondo (1914-1969), membre, dès leur création en 1931, des JONS de Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo, engagé de la première heure dans la División Azul sur le Front de l'Est dont il revint mutilé de guerre en octobre 1942. Cette figure-clef de la Phalange historique, chargée du contrôle de ses membres et d'accompagner leur influence au sein de la société, authentifie également par sa signature la référence à la carte d'adhésion de Léon Degrelle à la Phalange Extérieure dont il est membre depuis 1934 ainsi que l'atteste ce diplôme.

     

     

    Léon Degrelle et l'Espagne

     

    Il est d'autres détails dont s'emberlificote Cuevas, les accumulant pour tenter d'établir l'imposture de Léon Degrelle. Ainsi de son affirmation d'avoir déjà connu l'Espagne avant sa visite des fronts de guerre en février 1939, et ce dès la première interview donnée au quotidien phalangiste de Gijon, Voluntad, le 7 février 1939 : « Je connaissais déjà San Sebastián ; mais aujourd'hui, ce soir, ce premier soir en Espagne Nationale, j'ai vu quelle est la valeur de son arrière-garde sereine, pacifique et travailleuse. »

     

    Et Cuevas de se gausser (sans doute avec une voix caverneuse pour souligner l'opprobre ironique) : « Est-ce qu'il était venu en tant que touriste, jeune avec ses parents ou adulte plus tard ? Une escale dans son voyage vers le Mexique ? Dans la documentation diplomatique qu'on a conservée sur les préparatifs de son voyage, il n'y a aucune donnée ni aucun indice » ! (p. 319) Car on peut être sûr que Cuevas a compilé toute la « documentation diplomatique » relative à ce voyage (en Espagne et/ou au Mexique ?) ! Il nous dira aussi où il l'a trouvée... Peut-être, selon une de ses hypothèses, dans les cales du Rio Panuco, le paquebot qui emmena l'envoyé spécial du Vingtième Siècle de Hambourg chez les Cristeros du Mexique (mais il fut « titaniqué » par l'aviation japonaise dans un port australien en 1942) !

     

     

    Rio Panuco Neptuna Darwin 19.02.1942.jpg

    Le Rio Panuco, vendu à un armateur australien et devenu le Neptuna, fut coulé par l'aviation japonaise dans le port de Darwin en Australie, le 19 février 1942 : il transportait une centaine de mines sous-marines qui explosèrent, tuant 36 des 124 membres de l'équipage, dont le capitaine, ainsi qu'une dizaine de dockers (voir aussi Léon Degrelle, Cristeros, p. 245).

     

     

    En attendant, pourquoi le chevaleresque Jean Denis raconterait-il des bobards en écrivant dans son article pour le quotidien phalangiste Unidad, le 6 février 1939 : « Enfin, Léon Degrelle est arrivé en Espagne. Combien de fois déjà celui qui est pour moi depuis plus de quatre ans un chef et un camarade n'avait-il pas manifesté son désir nostalgique de visiter cette Espagne qu'il connaît si bien et qui lui est devenue si fraternelle depuis le 18 juillet 1936. [...] Cependant, ce n'est pas la première fois que Léon Degrelle visite l'Espagne. Il y vint pendant son enfance pour passer quelques vacances et revint encore pendant la Dictature [du père de José Antonio, Miguel Primo de Rivera, avec l'accord du roi Alphonse XIII, parrain de Louise, duchesse de Valence] et sous la République. »

     

     

    PR 1939.02.07b.jpg

    Les premières impressions que Léon Degrelle offrira aux lecteurs du quotidien rexiste sur son voyage historique dans l'Espagne reconquise sur les barbares communistes et anarchistes par les nationalistes de Franco s'ouvrent sur le souvenir de ses précédents voyages. Dans l'Espagne d'alors, les enfants couraient souvent pieds nus, ce qui, malgré même la guerre civile, n'est plus le cas dans la nouvelle Espagne soucieuse de sa jeunesse. (Le Pays réel, 7 février 1939).

     

     

    De même Cuevas balance un nouveau scoop : « Degrelle, invité indésirable ou hôte d'honneur ? » On devinera tout de suite quelle option de l'alternative a la préférence de l'auteur qui n'a de cesse d'essayer de minimiser le périple espagnol ! « Degrelle avait prétendu que ce serait une visite de haut niveau avec une série de manifestations dont il attendait un grand impact en Belgique, comme sa visite en Italie en juillet 1936. [...] La presse nationale informera de sa présence en Espagne du 2 au 11 février 1939, non pas avec grande précision ni de manière fort visible, mais largement, presque toujours en pages intérieures. » (p. 330)

     

    Voici pourtant ce qu'en dit la Duchesse de Valence : « Un soir, une haute personnalité se présenta au palais de mes parents [aujourd'hui annexe du musée du Prado à Ávila] : « – Le chef des Rexistes belges, Léon Degrelle, va venir en Espagne pour trois semaines, comme invité d'honneur de l'État. On vous prie de bien vouloir lui donner l'hospitalité. [...] » (Degrelle m'a dit, p. 13).

     

     

     

    LD ABC 04.02.1939 p15b.jpgQuant à l'édition de Séville du plus important quotidien espagnol, ABC, il écrit en date du 4 février 1939 (avec un portrait-charge de Léon Degrelle et la photographie de sa dédicace : « Notre salut fraternel à la presse espagnole, défenseur de la civilisation, de la vérité et de la Patrie. Léon Degrelle », photo archives ABC) :

    « Léon Degrelle, le chef du parti rexiste belge [...] est l'hôte de l'Espagne de Franco. [...] Quand le jeune fondateur lança sa consigne inébranlable Rex vaincra, l'Espagne était très loin de la rédemption dans la plénitude de laquelle elle se trouve aujourd'hui qu'arrive sur notre territoire pour être son hôte d'honneur Léon Degrelle. » (p. 15).

     

    Alors ? « invité indésirable », vraiment ? Il est tout de même difficile de faire davantage « hôte d'honneur » !...

     

    Mais, insiste Cuevas, quant à lui plus troglodyte que jamais, « ce qui est certain, c'est qu'on ne l'a pas laissé parler en public comme il le voulait et, à tout instant, il était soumis au bon vouloir de ses hôtes » (p. 331) !

     

     

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    Ce qui est certain, c'est que Léon Degrelle put parler en public comme il le voulait lors de son voyage en Espagne de février 1939 (voir plus loin encore à propos de sa conférence académique à San Sebastián). Et donc, en dépit des affirmations péremptoires mais fausses de l' « historien » Pablo Cuestas,  il prit la parole à Barcelone au micro de la Radio Nacional, le 9 février 1939 à 23h (El Correo de Zamora, 10 février 1939 ; nous exprimons notre plus vive reconnaissance aux services de la Biblioteca pública del Estado de Zamora pour leur aide précieuse).

     

    Si Léon Degrelle partagea le micro avec une délégation officielle française venue explorer les possibilités de renouer des relations diplomatiques, seul son nom semble digne d'être mentionné aux lecteurs de l'important quotidien catholique régional El Correo de Zamora (qui poursuit toujours sa publication après quelque 130 ans d'existence ; remarquons que Cuevas ne cite pas ce journal dans la quinzaine de titres dont il signale qu'ils couvrent le voyage du chef rexiste, pp. 330-331). Cette délégation était pourtant composée de l'ancien ministre de la Justice, Léon Bérard, de l'évêque de Chartres et de sept députés, parmi lesquels Xavier Vallat, qui sera le premier Commissaire général aux Affaires juives dans le gouvernement de Vichy (1941-1942), avant de céder son poste à Louis Darquier de Pellepoix.

     

    Le Pays réel, à propos cette fois de l'audience accordée par Francisco Franco à Léon Degrelle plutôt qu'aux Français, a bien exprimé la préférence qui fut systématiquement accordée au chef de Rex : « Tandis que [...] la délégation des parlementaires nationaux français ne [réussissait] pas à forcer la porte du général Franco, pris tout entier par son travail d'État-Major, le caudillo a bien voulu recevoir Léon Degrelle avec lequel il s'est entretenu longuement de Rex et de la Belgique. » (13 février 1939).

     

     

    Ce qui est surtout certain –à en reprendre la liste dressée par Cuevas– c'est que la totalité (ou peu s'en faut) des souhaits exprimés par Léon Degrelle fut indiscutablement exaucée : « Il demande de visiter le front [Léon Degrelle visitera, les 5 et 6 février, le front de Madrid et Tolède en compagnie de Miguel Primo de Rivera, frère de José Antonio, puis celui de Catalogne et Barcelone récemment libérée en compagnie de Joaquín Rodríguez de Gortázar, secrétaire national du Service extérieur de la Phalange, de Pilar Primo de Rivera, la sœur de José Antonio et Sancho Dávila, son cousin] et veut donner des conférences dans un centre universitaire [...] et contacter des historiens spécialistes des règnes de Philippe le Bel, Charles-Quint et Philippe II [Léon Degrelle prononcera effectivement une conférence intitulée « La domination espagnole sur les Pays-Bas » à San Sebastián, le 11 février 1939 ; il semble même qu'il répéta sa conférence chez le Caudillo, lors de sa rencontre du 7 février : c'est d'ailleurs Franco lui-même –apparemment expert en la matière– qui lança le sujet, voir ci-après]. Il insiste pour parler à la radio de manière à pouvoir être entendu en Belgique [Léon Degrelle est effectivement intervenu sur les ondes de Radio nacional, le 9 février au soir, depuis Barcelone, la capitale catalane] ; il voudrait également visiter le Maroc espagnol [ce seul point n'a pu se réaliser]. Il voudrait par-dessus tout présenter ses respects à Son Excellence le Chef de l'État. » (p. 329).

     

     

    PR 1939.02.09 LD Franco.jpg

    D'après Le Pays réel du jeudi 9 février 1939, c'est le mardi précédent, 7 février, que le Général Franco accorda une rare et précieuse audience toute de cordialité à son hôte d'État Léon Degrelle (voir aussi ce blog aux 29 août 2026 et 1er septembre 2024).

     

    Le caractère tout à fait exceptionnel de cette entrevue est illustré par le fait qu'au même moment, une délégation française visitait l'Espagne nationaliste, composée de parlementaires emmenés par le sénateur et académicien Léon Bérard et Mgr Raoul Harscouët, évêque de Chartres, afin de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays : elle ne fut pas reçue par Franco.

     

    Résumant la réception de Léon Degrelle au Grand Quartier Général de Franco, Pablo-des-Cavernes prétend ainsi ravaler le Chef de Rex dans son terrier : « Degrelle [fut] un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt. » « Ce voyage obtint quelque résonance [...] mais uniquement dans sa niche. » (p. 332) !

     

     

    Léon Degrelle sera en réalité le seul étranger à avoir été reçu dans le Quartier général du Généralissime Franco, une ferme appelée le « Terminus », un endroit gardé secret dans la région de Saragosse.

     

    Léon Degrelle en fera la pittoresque description dans l'article Au front avec Franco qu'il confiera à l'hebdomadaire français Gringoire du 19 février 1939, –repris quelques jours plus tard dans Le Pays réel sous le titre Dans l'intimité de Franco–, en réservant à son quotidien l'exclusivité de la photo personnalisée du Caudillo.

     

    « J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du “Terminus”. On croirait lire le finis terrarum des vieux atlas. Le Terminus est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes. Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient. »

     

     

    DH 1939.02.06.png

    La mauvaise foi stalagmitique de Pablo Cuevas s'apparente résolument aux diatribes et caricatures de la presse belge relatant le voyage de la délégation rexiste en Espagne. Ci-dessus, caricature du journal libéral La Dernière Heure du 6 février 1939 ; ci-dessous, des articles du communiste Drapeau rouge (2 février 1939), du socialiste Le Peuple (9 février 1939) et du catholique Vers l'Avenir (5 février 1939).

     Drapeau rouge 1939.02.02.png  Peuple 1939.02.09.png  Vers l'avenir 1939.02.05.png

     

     

    Tout ce que cet article suscite chez le nouveau biographe de Léon Degrelle, c'est un dédain narquois pour ce texte décrété « pompeux, flagorneur et plutôt creux » qui ne ressortirait qu'à la récupération politique : « À part l'intérêt obsessionnel de Degrelle pour le paysage, les ormes, les olives, les soldats cueillant du mimosa dans un jardin sauvage[s'il n'est pas, comme l’œillet, la fleur emblématique de Saragosse, le mimosa orne à profusion ses parcs, jardins et grandes avenues !], Degrelle met dans la bouche de Franco son intérêt primordial pour la mobilisation de la jeunesse, l'unique chose qui puisse changer l'Espagne... et, bien entendu, la Belgique. » (pp. 332-333).

     

    Nous publierons prochainement l'intégralité de cet article documentant la probablement unique mais décisive rencontre personnelle entre Francisco Franco et Léon Degrelle. Car l'entretien accordé par le Caudillo ne se limita aucunement à la guerre de reconquête de l'Espagne ou à la politique sociale et économique à mener pour son développement, mais permit également d'évoquer quelques grands noms communs à l'histoire de nos deux pays, Léon Degrelle développant sans doute aussi la substance de la conférence qu'il devait donner quatre jours plus tard à San Sebastián sur La domination espagnole sur les Pays-Bas : « Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit [Franco] en me prenant fraternellement le bras. [...] Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe. »

     

     

    PR 1939.02.19ab.jpg

    À l'issue de la visite du Chef de Rex en son Quartier général, le général Franco ne manqua pas d'offrir à son hôte une photo avec une dédicace manifestant sa confiance en l'avenir du jeune tribun belge et de son mouvement : « À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la Nation belge. » (Le Pays réel, 19 février 1939). Pour Franco (qui, selon son hôte, « parle un français chantant, cocasse et intime »), il ne s'agissait certes pas d'un compliment de circonstance car, comme il le faisait déjà savoir en 1936 en exprimant le souhait de rencontrer Léon Degrelle, il connaissait fort bien Rex (ce blog au 1er septembre 2024).

     

    Il est d'ailleurs révélateur que Cuevas n'ait pas inclus Francisco Franco dans la liste des « amitiés pour la vie » que se créa Léon Degrelle sur le front de la nouvelle Croisade contre le communisme : « cette visite permet à Degrelle de nouer des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, Juan Manuel Fanjul, Eugenio Espinosa de los Monteros, Serrano Suñer... » (p. 333) C'est pourtant cette amitié-là qui sera la première et seule décisive pour la vie d'exil de Léon Degrelle en Espagne (ce blog aux 31 mars 2021 et 2 septembre 2025).

     

    Néanmoins, le point de vue de Franco n'intéresse pas Cuevas : il privilégie une interview de Léon Degrelle, Franco, jefe de Estado dont il ne donne pas la référence sinon qu'elle date « d'après la mort de Franco », précisant seulement qu'il ne faut pas la « confondre avec son livre Franco Chef d'État, Editions du Baucens, 1976 ». Pourquoi ? Pour mettre à nouveau perfidement en doute la pertinence de ce que raconte Léon Degrelle : « Dans cette interview, il prétend que l'entrevue de 1939 se tint au Grand Quartier général, dans sa modeste maison familiale près de Saragosse. Mais sans doute mélange-t-il ses souvenirs avec Serrano Suñer qui, lui, possédait une maison dans la capitale aragonaise ? » (p. 333).

    Mais, à part mettre en évidence l'animosité obstinée de Cuevas pour Léon Degrelle, que peut bien apporter tout ce tralala anachronique à propos du Terminus d'après 1975, « modeste maison familiale », quand il était proprement présenté en 1939 comme « une vieille ferme-château » ?...

     

     

  • Un historien espagnol élucubre une nouvelle biographie de Léon Degrelle (1)

     

    120 ans après sa naissance, plus de 30 ans après sa disparition, Léon Degrelle dérange toujours...

     

    Il devrait exister des Oscars pour les historiens les plus sournois ou les plus méchamment calomniateurs. Après tout, il exista bien un Bad Sex in Fiction Award créé par la revue britannique Literary Review qui, en 2009, couronna le porno-roman de Jonathan Littell, dont le personnage principal était prétendument inspiré par Léon Degrelle (ce blog au 28 février 2018 ; Pablo Cuevas, l'auteur dont il sera ici question, parviendra à citer Littell une demi-douzaine de fois dans les quelques pages consacrées à l'exil dont nous parcourrons quelques chafouineries).

     

    LD Cuevas.pngPour notre part, nous décernerions volontiers le Balace d'or récompensant les pires mensonges, contre-sens et diffamations dans le récit de la vie de Léon Degrelle à son nouveau biographe espagnol, Pablo Cuevas (qui n'a rien à voir avec le magnifique champion de tennis uruguayen qui s'illustra sur les cours entre 2004 et 2024, surclassant, par exemple, en 2016 Rafael Nadal en demi-finale et emportant l'ATP 500 de Rio de Janeiro). Les « Balace » seraient ainsi appelés d'après Francis Balace, le degrello-allergique professeur de l'Université de Liège, célèbre pour son « confusionnisme historique » (ce blog au 30 juin 2016 ; cet Hérodote de carnaval espéra-t-il que ses diatribes calomnieuses à l'égard de Léon Degrelle recevraient davantage de crédit scientifique en décrétant que ce dernier « appartient plus au domaine du psychiatre qu'à celui de l'historien » ?, ce blog au 9 juillet 2017, n.1).

     

    Nous avons récemment évoqué l'existence de cette publication espagnole sur Léon Degrelle (dont plus de la moitié de l'existence se fit dans l'Espagne franquiste) qui nous laissait espérer des infos nouvelles, originales et exclusives sur sa vie d'exilé, puisque le sous-titre prétendait expressément s'intéresser à « l'ultime échappée vers l'Espagne de Franco » (ce blog au 2 août 2026).

     

    Ce n'est que cette petite cinquantaine de pages consacrées à l'exil sur les quatre cents du bouquin qui intéressera notre critique car si nous devions en commenter toutes les méchancetés, il nous faudrait y passer le reste de notre existence ! Mais si ces pauvres pages censées raconter les principaux événements de la vie du banni (la précieuse recension de José Luis Jerez Riesco, Degrelle en el exilio 1.945-1.994, offre, quant à elle, plus de 600 pages sur la vie du condamné à mort belge exilé en Espagne !) nous ont amplement laissé sur notre faim, elles nous ont quand même permis de ranger définitivement Cuevas dans la catégorie des super-Balace, coiffant largement au poteau son confrère José Luis Rodríguez Jiménez qui, même enrobées de sensationnalisme, nous a tout de même fourni quelques informations nouvelles et photographies inédites (ce blog, huit articles à partir du 1er septembre 2024).

     

     

    José Antonio Primo de Rivera

     

     

     

    José Antonio PR 22.11.1936p.3.jpg   José Antonio PR 15.07.1938p.6.jpg

    À gauche, Le Pays réel du 22 novembre 1936 annonce la mise à mort du chef de la Phalange espagnole, José Antonio Primo de Rivera ; à droite, deux ans plus tard, le quotidien rexiste fut à même de donner les détails de cet assassinat (Le Pays réel, 15 juillet 1938).

     

     

    L'obsession première de Cuevas est de s'en prendre à la prétention de Léon Degrelle d'avoir entretenu des relations avec José Antonio dès 1934 et d'être détenteur de la Médaille de la Vieille Garde pour avoir appartenu dès alors à la Phalange Extérieure, sa carte d'affiliation portant d'ailleurs le numéro un.

     

    ABC 1969.10.11 p.14.jpgVoilà qui, selon Cuevas, serait hautement suspect car Léon Degrelle déclara dans une interview (Épisode humain de Léon Degrelle : Nous sommes vraiment entrés en politique comme des apôtres) au quotidien ABC du 11 octobre 1969 : «  Alfredo Mahou me faisait parvenir les lettres de José Antonio et portait les miennes au chef de la Phalange espagnole ».

     

    Soupçons immédiats du néo-biographe: « Pourquoi avait-il besoin d'un intermédiaire déjà décédé mais connu de tous et parent de sa grande amie Clara Stauffer Loewe ? L'explication la plus logique : pour justifier qu'il n'y ait aucun autre témoignage ni trace de cette prétendue relation à une époque antérieure à la fondation de Rex et de son adhésion au fascisme. » (p. 319-320).

     

    Nous pensons, quant à nous, que cette question est très mal posée :  plus que oiseuse, elle est hypocritement malintentionnée : pourquoi en effet Léon Degrelle se serait-il inventé inutilement un intermédiaire qui eût pu facilement, lui ou ses contemporains, le contredire, si cette péripétie insolite n'avait pas existé ?

     

     

    Clara Stauffer Murcia.jpg

    Clara Stauffer, amie intime de Léon Degrelle (ce blog aux 3 janvier 2023 et 20 mai 2025) était responsable de la presse et de la propagande de la Section Féminine de la Phalange Espagnole (ici dans les locaux de la section de Murcie dans les années 1930). À noter qu'à propos de ses relations avec le Commandeur de la Division Wallonien exilé en Espagne, au contraire de ce que laisse entendre Anne Lemay[-Degrelle] (ce blog au 3 janvier 2023), sa biographe Berta Vias Mahou –qui est également la petite-nièce de Clara– affirme « qu'avec [Léon Degrelle] d'ailleurs, je ne pense pas qu'elle ait eu, comme on dit, quelque relation amoureuse que ce soit » (A la sombra de Clara Stauffer, p. 213).

     

     

    Cuevas tapera encore sur le clou dix pages plus loin : « On ne trouve pas non plus la moindre information sur l'une des affirmations qu'il fera à partir des années soixante : qu'il en était venu à correspondre avec José Antonio Primo de Rivera avant même d'avoir fondé Rex. Rien n'est mentionné dans aucun document ou journal de cette époque. » (p. 331). Et plus loin, commentant à sa manière les résultats de la visite de Léon Degrelle sur le front de la Guerre civile en février 1939 : « cette visite permit à Degrelle de forger des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, [...]. Ainsi que, même si on n'en parle pas dans la presse de l'époque [ndlr : comme pour les relations entre José Antonio et Léon, alors !], probablement également Clara Stauffer Loewe, responsable de la Section Féminine ayant une sœur mariée avec l'entrepreneur, également d'origine allemande, Carlos Mahou, un lien qui servira Degrelle dans le futur pour démontrer sa prétendue amitié avec José Antonio Primo de Rivera... en 1969. » (p. 333).

     

    Outre qu'à l'époque, Rex ne s'est jamais déclaré fasciste, pourquoi donc serait-il suspect que Léon Degrelle ait connu José Antonio avant que Rex –maison d'éditions et hebdomadaire littéraire– ne devienne un mouvement politique ? Le Chef de Rex s'était alors déjà engagé en politique au service du Parti catholique belge qu'il voulait régénérer en le débarrassant de ses banksters et autres corrompus (initiative qui ne pouvait que le rendre sympathique à José Antonio ; ce blog au 8 avril 2017).

     

     

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    Sans doute fallait-il que les héritiers de José Antonio, à la tête désormais de la Phalange, ne connussent vraiment rien de Léon Degrelle (premier membre de la Phalange Extérieure) pour l'inviter en grande pompe sur les fronts de guerre d'Espagne (Le Pays réel, 4 février 1939) ! Hôte d'honneur de la Phalange, le chef de Rex le fut également de l'État, reçu solennellement, le mardi 7 février 1939, par le Caudillo Francisco Franco qui lui avait déjà adressé un message de sympathie en septembre 1936 (ce blog au 1er septembre 2024).

     

     

    Et en quoi serait-il suspect que le célèbre industriel brassicole Mahou ait servi de courrier ? Au moment où Léon Degrelle raconte cette anecdote, Alfredo Mahou serait décédé et ne pourrait donc plus démentir ? Mais la fille du maître-brasseur historique des bières Mahou, Konrad Stauffer (1860-1945), Clara (1904-1984), elle, vivait toujours et devait certainement connaître l'histoire. En a-t-elle démenti le prétendu bobard ?

     

    De même, la sœur de José Antonio, Pilar Primo de Rivera (1907-1991), amie intime de Clara Stauffer, était également toujours de ce monde et eût très bien pu dénoncer la fiction des relations de son frère avec Léon Degrelle si tel avait été le cas. Il n'en a jamais rien été et aucun des proches de José Antonio n'a jamais mis en doute les liens entre les deux apôtres comme ABC le rapporte en 1969, tels Sancho Dávila (1905-1972), cousin de José Antonio, ou José del Castaño (1895-1973), responsable de la Phalange pour l'étranger, qui accueillirent Léon Degrelle à son arrivée à la frontière espagnole, le 2 février 1939...

     

     

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    Le 2 février 1939, Léon Degrelle arrive au poste frontière d'Irún où il est accueilli par une délégation de la Phalange espagnole (voir une autre photo sur ce blog au 19 avril 2019).

     

     

    Mais le plus fort de l'affaire (et fort embêtant pour la crédibilité de notre « biographe »), c'est qu'Alfredo Mahou n'était absolument pas mort au moment de l'interview en 1969 de Léon Degrelle pour le journal ABC ! (On observera que dans sa dernière incrimination, Cuevas évoque « Carlos Mahou [Olmeda] » (1901-1979), cousin d'Alfredo et époux de María Nanette, la sœur de Clara Stauffer ; mais Léon Degrelle précise sans équivoque « Je veux parler d'Alfredo Mahou »).

     

    Et on voudrait nous faire croire que si cet important homme public a été impliqué dans ce qui nous est présenté aujourd'hui comme un grossier mensonge, c'est qu'il était mort et ne pouvait plus réagir ? Rappelons donc que, nommé après la guerre Président honoraire de la Chambre de Commerce de Madrid et conseiller municipal de la capitale (le bourgmestre-alcalde n'étant alors autre que le Comte de Mayalde, ce blog au 23 octobre 2022), Alfredo Mahou de la Fuente, né en 1905, mourut à Madrid le 6 mars 1978, sans avoir jamais dénoncé l'anecdote rapportée par son ami Léon Degrelle dans le plus important quotidien madrilène.

     

     

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    Un des principaux collaborateurs de Léon Degrelle, Jean Denis (ce blog au 15 juin 2022), ancien secrétaire de Mgr Picard (ce blog aux 5 avril 2017 et 2 mars 2021), rédigea, en 1936, les Bases doctrinales de Rex. Docteur en Philosophie et Lettres, Jean Denis a suivi attentivement la Guerre civile espagnole (il se rendra une première fois en Espagne en décembre 1937, en compagnie de Victor Matthys, et il accompagnera le Chef de Rex lors de sa visite à l'Espagne nationale de février 1939), tout en se passionnant pour la pensée de José Antonio.

     

    Il publia dans la « Collection nationale » des Éditions Rex un Romancero 1938. Le « Romancero » désigne traditionnellement un recueil d'extraits des chansons de geste ibériques. Pendant la guerre civile espagnole, les communistes confisquèrent le genre pour célébrer avantageusement les Républicains crucificateurs de cadavres de nonnes et de curés.

     

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    Juillet 1936 : cercueils profanés des religieuses salésiennes de Barcelone dont les cadavres sont exhibés sur le parvis de l’Église de leur couvent (Photo Catholicus Blogspot).

     

    Aujourd'hui, seules les récupérations des Rafael Alberti ou Pablo Neruda semblent relever de l'art et de la culture, dignes de l'intérêt académique. C'est ainsi qu'un prof catalan de l'Université de Barcelone s'est attaché à l'étude de « La résistance des romanceros » face au « nettoyage de la culture » qu'aurait opéré « L'Espagne de Franco » (Pelai Pagès i Blanc, in Ebre 38, Revista Internacional de la Guerra Civil (1936-1939), n° 8, 2018, pp. 261 sv.). Tout à son admiration des émules étrangers des romanceros marxistes, ce Balace catalan inclut –sans sourciller car, à part son titre, il n'a manifestement rien lu de cette ode poignante au sublime esprit de sacrifice des défenseurs de l'Espagne éternelle– le Romancero 1938 de Jean Denis dans les œuvres étrangères qui absolurent à bon compte les atrocités républicaines au nom de la littérature...

     

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    Mais Jean Denis fut aussi un fin connaisseur de l'idéal national-syndicaliste de la Phalange espagnole et de la pensée de son fondateur José Antonio.

     

    Il prit ainsi violemment la défense du martyr d'Alicante contre les assimilations calomniatrices de La Libre Belgique dans Le Pays réel du 1er décembre 1938, sous le titre Non, la phalange n'est pas le nazisme.

     

    L'année suivante, il publiait un exposé de la doctrine sociale de la Phalange Une révolution dans la guerre chez l'imprimeur d'art Julien Leherte-Delcour, de Renaix, pour le compte de son Centre d'Études Hispaniques. C'est là également que la même année, fut publié José Antonio a dit... présentant le texte de trois importants discours de celui qu'on n'appelait plus que L'Ausente, l'Absent, tant que sa dépouille n'aurait pas été retrouvée et reçu de funérailles : l'offre de souscription accompagnait Romancero 1938 et Le Pays réel y consacra une importante publicité.

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    La presse de la Phalange y fut également fort sensible : ici, l'article du quotidien Unidad du 11 février 1939, saluant l'ouvrage  : « Jean Denis, membre éminent de Rex et député du mouvement belge, ami intime de son chef Léon Degrelle qu'il accompagne pour le moment dans son voyage à travers l'Espagne libérée, est un cher camarade qui nous accompagne dans la sainte fraternité de la Phalange. Il nous honore et nous enchante par sa plume qui nous expose de magnifique manière les problèmes de la Belgique rexiste et les liens qui l'unissent à l'Espagne triomphante du communisme. [...] Jean Denis travaille sans relâche, hier avec son Romancero, aujourd'hui avec les pages concises qui prolongent la traduction des discours éloquents de notre Absent, réussissant à nous toucher au fond de l'âme, à partager nos peines et nos joies [...]. En un mot, Jean Denis comprend, sent et aime la Phalange et l'Espagne, à l'espagnole”. » (reproduction du journal Unidad illustrant l'article de José Luis Jerez Riesco, Viaje por la España Nacional de Léon Degrelle, en febrero de 1939, in REX, Revista de la Asociación cultural Amigos de Léon Degrelle, n° 3, 31 mars 1999, p. 4 sv.).

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    Denis JA a dit PR 1939.01.08.jpg   Denis JA dit Unidad.jpeg

     

     

    Pour nous apprendre quelque chose de nouveau, plutôt que de cracher toutes ses dents contre Léon Degrelle et disqualifier son biographe d'exil José Luis Jerez Riesco (ce blog, notamment au 3 mai 2021), Pablo Cuevas eût dû sortir de ses obscures et embrouillardantes cuevas (cavernes) et s'interroger sur les relations d'Alfredo Mahou avec Léon Degrelle ainsi qu'avec José Antonio et la Phalange dont les principes économiques et sociaux rejoignaient ses convictions corporatistes (au contraire de son cousin Casimir Mahou Olmeda, beau-frère de la sœur de Clara Stauffer, marxiste résolument engagé dans le parti Izquierda Republicana (« Gauche républicaine ») –dont le fondateur était président de la république de Front populaire durant la Guerre civile–, et qui chercha refuge au Mexique).

     

    Documenter les relations entre Léon Degrelle et José Antonio semble en effet aussi difficile qu'établir celles qu'il eut avec Joris Van Severen (ce blog au 7 mai 2019) dont il ne parla pratiquement jamais non plus avant ses années d'exil (le nom du fondateur du Verdinaso n'est même pas cité dans La Guerre en prison relatant son arrestation le 10 mai 1940 et les avanies subies lors de sa livraison aux autorités françaises : Van Severen fut pourtant gardé dans la même prison de Bruges et mis dans le même autocar vers la France pour y être assassiné à Abbeville le 20 mai 1941 avec vingt autres compagnons d'infortune : ce blog au 30 avril 2017).

     

    Du moins –et sans doute est-ce le plus important– pouvons-nous déduire une évidente proximité spirituelle entre les mouvements créés par Léon Degrelle et José Antonio des déclarations du chef rexiste à la presse phalangiste : « Aucun mouvement révolutionnaire au monde ne ressemble autant à la Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste que Rex. En effet, celui-ci est un mouvement révolutionnaire de la jeunesse. Il présente le même programme que la Phalange, les mêmes idéaux, la même façon d'être ainsi que les mêmes principes fondamentaux. Et même si la nature du combat n'est pas la même, son intensité, son dynamisme quotidien et l'objectif à atteindre sont bien identiques. Nous autres, Belges, en ce moment crucial de l'histoire du monde, nous sommes aux côtés de l'Espagne, comme elle fut à nos côtés au temps de son passé impérial pour défendre la chrétienté. » (Unidad, 8 février 1939, p. 1).

     

    Quelque quarante ans plus tard, Léon Degrelle redisait son opinion sur José Antonio, leurs points communs et leurs différences, dans l'hebdomadaire populaire Cambio16, répétant d'ailleurs les propos tenus à ABC huit ans auparavant sur le rôle d'Alfredo Mahou (qui était encore et toujours bien vivant !) et permettant surtout à la journaliste Jeannine Camps qui l'interrogeait de voir la fameuse carte n° 1 signée par le chef de la Phalange : « Le mouvement rexiste que créa Degrelle avait des points communs avec la Phalange : Ils se ressemblaient en ce qu'ils étaient tous deux des mouvements spirituels. José Antonio était quelqu'un d'une haute spiritualité, un homme inspiré, un poète. Mais alors que nous étions un mouvement de masse, la Phalange ne rassemblait avant la guerre qu'un millier de personnes. Eh oui, nous avions des contacts et je suis le numéro un de la Phalange internationale.Et le fier lion belge sort de sa poche une vieille carte de membre signée par José Antonio en 1934. "Mon lien avec José Antonio était Alfredo Mahou, le producteur de bière, qui était alors phalangiste. Mais à la base, c'était fort différent. José Antonio s'est présenté aux élections en tant qu'indépendant, ce qui n'est pas la droite. Il n'avait pas de contact avec les masses. Moi, je visitais les usines, les villages, les places publiques. Ce fut son principal défaut. » (Cambio16, 14 août 1977).

     

     

     

     

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    Première page de l'article que l'hebdomadaire Cambio 16 consacra, le 8 août 1977, à Léon Degrelle en Espagne. Il est illustré par la célèbre photo qui fit scandale, prise à l'occasion du mariage, le 9 octobre 1969, de sa fille Marie-Christine avec l'avocat José Ramon de Hervella : elle montre Léon Degrelle trinquant avec son ami Jaime de Mora y Aragón (1925-1995), le frère de Fabiola, reine des Belges (qu'il connut en 1945 à l'Hôpital General Mola de San Sebastián lorsque cet alors jeune militaire était affecté à la garde de sa chambre) !

    Accompagné de son épouse suédoise Margit (de face entre les deux porteurs de toast), Don Jaime avait déjà assisté, le 21 juillet 1962, au mariage d'Anne Lemay[-Degrelle] et Servando Balaguer Parreño à Constantina où se trouvait La Carlina, la belle propriété de Léon Degrelle (ce blog au 5 août 2023).

    Celui qu'on avait surnommé Fabiolo commença une carrière cinématographique en 1961 sous la direction de Vittorio De Sica (Le Jugement dernier, une satire sociale grinçante), mais préféra toujours les comédies où il aimait se caricaturer en Grand d'Espagne conspirateur (La Folie des Grandeurs, de Gérard Oury en 1971) ou en stoïque maître d'hôtel (Les Charlots font l'Espagne, de Jean Girault en 1972)...

     

    L'article est rédigé par Jeannine Camps, alors fraîche émoulue de l'université Complutense de Madrid, toute pénétrée des principes déontologiques non seulement professionnels, mais aussi spécifiques aux 16 propriétaires-éditeurs du Cambio (« changement ») décidés à accélérer la « transition démocratique » face au franquisme, et qui deviendra une des journalistes vedettes du magazine : y a-t-il quelque raison de douter de son honnêteté lorsqu'elle déclare avoir vu de ses yeux la carte de membre n° 1 de la Phalange Extérieure au nom de Léon Degrelle ?

     

     

    Le commentaire sur la Phalange que le Chef de Rex confie à Cambio16 rejoint quelque peu l'avis qu'il aurait donné à son ami communiste le richissime avocat et homme d'affaires Teodulfo Lagunero (ce blog au 31 mars 2021). Ce dernier déclara au quotidien El Mundo, le 6 avril 2006 : « Savez-vous que j'ai également été, par hasard, l'avocat de Léon Degrelle, le fondateur du fascisme [sic] ? Mais oui, j'ai été son ami. [...] Curieusement, il méprisait la Phalange parce qu'il disait qu'il ne s'agissait que d'un groupe de fils à papa (« señoritos ») ridicules. » Ajoutons immédiatement, avant que le cavernicole n'en fasse une preuve supplémentaire de l'absence de toute relation entre José Antonio et Léon Degrelle, que celui-ci évoquait, comme dans Cambio16 quelque trente ans auparavant, les membres de la Phalange, en petit nombre avant la Guerre civile, et non son fondateur. De plus, on peut bien supposer que l'ami communiste aura pris plaisir à en rajouter sur le prétendu « mépris » de Léon Degrelle...

     

     

     

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    En novembre 1983, le mensuel Historia16 consacrait un important article à La naissance de la Phalange de José Antonio Primo de Rivera : Léon Degrelle s'apprête à l'acheter au kiosque à journaux qui se trouvait en bas de son immeuble madrilène, 37 García Morato.

     

    Derrière son sympathique jeune libraire, on peut reconnaître Jean-Robert Debbaudt (1927-2003), qui, adolescent à la fin de la guerre, parvint encore à rejoindre les Volontaires wallons du Front de l'Est. Il fut le courageux éditeur de Lettres à mon Cardinal et Lettre au Pape à propos d'Auschwitz, initiative qu'il paya de lourdes condamnations judiciaires.

     

     

    Mais l'expression la plus explicite de la proximité de pensée entre Léon Degrelle et José Antonio se trouve certainement dans les commentaires que rédigea l'exilé rexiste sur le point XVI des Directives du programme de la Phalange concernant le Devoir de Travail. C'était en 1986 et constituait sa contribution à l'essai d'actualisation du message national-syndicaliste à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de José Antonio. En voici l'introduction.

     

    « J'ai été l'ami de José Antonio.Nous fûmes tous deux animés par la même foi. En 1934, deux ans avant son assassinat, il m'accorda la carte numéro 1 de la Phalange Extérieure.

    Pour la Phalange, comme pour le Rexisme que je dirigeais, la base de toute vie sociale était l'obligation d'honorer le travail que doit respecter tout être humain.

    Certes, ce devoir de travail se heurte aujourd'hui à l'impossibilité matérielle de travailler qui frappe en plein des milliers de jeunes. L'Europe soi-disant démocratique de la fin du XXe siècle traîne derrière elle, comme des boulets enchaînés aux prisonniers, la chaîne tragique de ses tristes maillons de chômeurs.

    Le drame n'est pas seulement économique, il est politique. Le vrai problème n'est pas tant le devoir de travailler, mais le pouvoir de travailler. Pour rendre au travail le considération qui lui est due, il est nécessaire, avant tout, de le rendre accessible. Plus encore qu'à l'époque de José Antonio, une rénovation politique totale est indispensable, pour rétablir l'ordre, la durée, la compétence et la force de l'État, bases indispensables de toute richesse, aussi bien économique que sociale puisque l'un est lié à l'autre.

    Dans un régime où n'importe quelle calamité peut devenir député ou ministre à condition d'avoir accaparé une quantité suffisante de voix et où on ne sait jamais si, trois mois plus tard, le Gouvernement subsistera encore, aucun grand plan n'est possible. L'honneur et la possibilité de travailler ne se concilient que dans la stabilité politique ». (Antología de textos de León Degrelle, pp. 255-259)

     

     

    Antologia textos LD.jpegLa réflexion de Léon Degrelle sur le Devoir de Travail compte plus d'une dizaine de pages manuscrites ; ce texte a été offert à son ami et avocat José Luis Jerez Riesco à l'occasion de l'Épiphanie de 1987, la « Fête des Rois » étant, en Espagne, la grande fête des cavalcades, des réunions familiales et des cadeaux. Le Devoir de Travail a été publié dans l'Antología de textos de León Degrelle, 1969-1994, textes rassemblés par Juan Antonio Llopart, aux Ediciones Nueva República en 2014, avec une introduction de José Luis Jerez Riesco. Notre citation est extraite et traduite de cette publication. Il va sans dire que Cuevas trouve toute l'affaire fort suspecte : « Un mensonge [sur l'amitié entre José Antonio et Léon Degrelle] qui a peut-être fonctionné au point de recevoir cette Médaille de la Vieille Garde avant le mariage de sa fille Anne... ou la commande d'un article dont nous ne connaissons ni le promoteur ni les raisons de sa non-publication » Si nous résumons la pensée caverneuse, le « mensonge » de 1969 (l'article d'ABC) justifie l'obtention de la Médaille en 1959 en vue du mariage d'Anne en 1961 et la rédaction de cet article en 1986 !...

     

    En réalité, le mensonge, une fois de plus vient de l'accusateur et non de l'accusé (selon l'adage enfantin tant de fois vérifié, « c'est celui qui dit qui l'est ») : contrairement à ce qu'affirme Cuevas, le promoteur de l'article est bien connu puisqu'il s'agit d'un groupe de phalangistes auquel appartenait l'avocat José Luis Jerez Riesco, chargé de compiler toutes les contributions et qui s'en explique dans son maître ouvrage Léon Degrelle en el exilio, 1945-1994 :

     

    LD Exilio Riesco.jpg« On avait demandé à Léon Degrelle, qui avait l'honneur d'être le titulaire de la carte numéro un de la Phalange Extérieure octroyée par José Antonio Primo de Rivera en 1934, un commentaire sur le seizième point de la Norme Programmatique de la Phalange qui dit : Tous les Espagnols non invalides ont le devoir du travail. L'État national-syndicaliste ne témoignera pas la moindre considération envers ceux qui n'exercent aucune fonction et aspirent à vivre aux dépens de l'effort d'autrui. Le commentaire de la Norme programmatique avec exégèse, critiques, notes, explications des 27 points de la colonne vertébrale de la doctrine phalangiste, effectué par d'éminents camarades nationaux-syndicalistes était un projet passionnant qu'à l'époque j'étais en train de compiler, en tant que contribution doctrinale et actualisation du message national-syndicaliste pour le Lème anniversaire de l'assassinat de José Antonio à Alicante. J'avais déjà recueilli les commentaires sur certains point essentiels de la doctrine, rédigés par mes amis et camarades [suivent les noms d'une vingtaine de contributeurs parmi lesquels Blas Piñar et Raimundo Fernandez Cuesta]. Pour être le plus jeune des rédacteurs qui contribuèrent à ce projet, où je remplissais aussi le rôle de compilateur, je m'étais réservé personnellement le commentaire du point 27 [...]. » (pp. 501 sv.).

     

    Il semble bien que l'ensemble du projet n'ait pas abouti, ce qui fait qu'il n'y eut pas que le texte degrellien à rester sur le carreau, mais également les contributions de tous les autres. Encore que le commentaire de Léon Degrelle sur le Devoir de travail fut peut-être le seul à avoir connu quelque diffusion puisqu'il fut publié non seulement dans En el Exilio, mais également dans l'Antología...

     

     

    Riesco.jpeg

    Docteur en Droit, José Luis Jerez Riesco (né en 1949) compta parmi les défenseurs de Léon Degrelle dans le procès que lui intenta Violeta Friedman (ce blog au 5 août 2023). Il préfaça la plupart des livres de Léon Degrelle publiés en espagnol (dont, pour certains, il assura également la traduction). Comptant parmi les plus fidèles amis de Léon Degrelle et fin connaisseur de son œuvre, il est également le président-fondateur de l'association culturelle Amigos de Leon Degrelle qui publia la revue annuelle REX, de 1997 à 2008 (photographie extraite du premier numéro de la revue, daté du 31 mars 1997, troisième anniversaire de la mort de Léon Degrelle).

     

     

    (À suivre)

     

     

  • Hitler, Degrelle, Brasillach... tous criminels, car...

     

    ...tous pédés !

     

    Breker Camarades.jpeg   Thorak Licht.png

     

    Que les fantasmes d'homosexuels à la fibre artistique émancipée aient pu s'émoustiller en contemplant l'exaltation du corps masculin (ou féminin pour les lesbiennes) dans la statuaire nationale-socialiste, –on retiendra surtout les œuvres impressionnantes d'Arno Breker (à gauche, Camarades) ou de Josef Thorak (à droite, La Lumière)– ou en parcourant les livres et revues non équivoques (ci-après le célèbre ouvrage de Hans Surén, Homme et Soleil : Esprit olympique aryen, 1936) promouvant les activités nudistes (courantes dans l'Allemagne d'avant, pendant et après le nazisme) est bien connu et n'a jamais dérangé personne.

     

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    Suren Mensch Sonne 41 d.png   Suren Mensch Sonne 41 f.png

     

    Après-guerre, cette séduction s'exprima même sans honte dans les romans d'écrivains au talent littéraire certain, comme Jean Genet ou Roger Peyrefitte, n'hésitant pas à décrire en détail approches séductrices ou ébats passionnels avec les blonds SS au corps d'athlète qui avaient enflammé leur libido hétérodoxe...

     

    Angebert Eros 2.pngCertains, tel Michel Angebert (Éros en chemise brune, 2 vol., 2014), ont même essayé d'en faire profiter le Führer aux « orientations sexuelles encore mal élucidées » ! Mais finalement, toute cette littérature ne pourrait-elle pas, malgré toutes les précautions de langage, donner du national-socialisme une image quelque peu positive ou, pire encore, lui garantir auprès de certains la séduction du fruit défendu ?

     

    Sans doute était-il donc temps de réagir vigoureusement, mais ce que nous ne parvenons pas à bien comprendre, c'est qu'après avoir dénoncé la persécution dont furent victimes nombre d'homosexuels en vertu du fameux Paragraphe 175 du code pénal allemand (issu du 19e siècle et seulement abrogé en 1994 !), on voudrait faire aujourd'hui du IIIe Reich un vaste club gay dont la déviance sexuelle des responsables serait seule responsable du déclenchement de la guerre et de son cortège d'horreurs...

     

    Ce serait en tout cas la thèse du bouquin d'une espèce de fanatique biblique comme seuls les États-Unis peuvent en produire, et qu'un certain Stanislas Berton, probablement converti à son « ministère de la vérité éternelle », a eu la lubie de traduire. Selon Wikipedia (qu'il est parfois intéressant de consulter pour ne pas devoir tout acheter), le bouquin en question –The Pink Swastika– prétend en effet que « les homosexuels [sont] les véritables inventeurs du nazisme et la force motrice derrière de nombreuses atrocités nazies ».

     

    Nous ignorions l'existence de Stanislas Berton qui serait un ingénieur développeur de jeux vidéos reconverti dans la défense de l'identité catholique de la France. Initiative que nous pourrions saluer (il est même diffusé par les éditions de Chiré), mais qui ne nous obligera certes pas à avaliser ses délires wokistes.

     

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    Le scatologue Jonathan Littell (ce blog, entre autres, au 8 février 2018) regrettait, dans ses « travaux » sur la structure de la langue et de la pensée de Léon Degrelle, qu'il ne manquât à celui-ci « pour devenir un être humain, qu'un bon coup de pine au cul ». On dirait bien que Stanislas Berton se fait fort d'établir que c'est fait !

     

    Pour lui, il ne ferait désormais aucun doute que l'engagement au Front de l'Est de Léon Degrelle et de ses Wallons-Bourguignons ne s'explique que par l'homosexualité et la pédérastie. De même d'ailleurs que les sympathies pour le national-socialisme que put nourrir Robert Brasillach, le merveilleux poète foudroyé par la haine gaulliste...

     

    La preuve ? Dans La Campagne de Russie, Léon Degrelle célèbre la pureté et la vigueur de ses jeunes Légionnaires ! Et Robert Brasillach n'aurait-il pas été surnommé « Bardache », substantif dont Berton nous encourage à découvrir l'étymologie certainement sulfureuse (notre dictionnaire, –Trésor de la Langue Française, t. 4, p. 182–, n'indique pourtant qu'une innocente origine italienne signifiant « jeune garçon, fillette, sans valeur péjorative », de provenance arabe pour désigner un « jeune esclave »...).

     

    Qu'ajouter à ces preuves irréfutables ? Nous ne nous souvenons pas avoir jamais lu dans les biographies de l'auteur de Notre Avant-Guerre qu'on lui aurait donné le sobriquet de « bardache ». De plus, Flaubert –l'écrivain utilisant le plus souvent ce mot– l'emploie « tantôt sans signification précise [...], tantôt comme terme d'amitié » (TLF, Ibidem). Mais sans doute voudrait-on nous faire croire que si Robert était « bardache », c'est justement qu'il était tellement proche de son beau-frère Maurice (spécialiste par ailleurs de Gustave Flaubert), dont le nom de famille était... Bardèche ?!!! Pour info, Léon Degrelle avait aussi reçu un surnom dans son adolescence, bien documenté celui-là : « amidon » (Degrelle m'a dit, p. 37). De quoi sûrement faire fantasmer goulûment ces malades de la braguette...

     

    Alimenterions-nous encore les délires imbéciles de ces sectaires malfaisants avec les photographies de ces quelques moments de repos dans l'amitié et la joie de la baignade des Volontaires de la Légion Wallonie ? Nul doute que ces fêlés de la cafetière n'y verront que promiscuité suspecte et partouzes homos !

     

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    Nous remercions vivement notre fidèle et vigilant ami Xavier de nous avoir communiqué copie du message publicitaire de Stanislas Berton trouvé sur son réseau social.

     

  • L'éditeur qui tomba à pic chez Léon Degrelle

     

     

    Constant Bourquin et le Cheval ailé

     

     

     

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    Constant Bourquin, en 1946, dans la resserre de sa nouvelle maison d'éditions À l'Enseigne du Cheval ailé.

     

     

     

    constant bourquin,cheval ailé,françois genoud,jean jardinDans sa récente biographie de Léon Degrelle consacrée à ses années d'exil en Espagne (L'homme qui tomba du ciel, Les années espagnoles de Léon Degrelle, 1945-1994), Bert Govaerts s'est attaché à la publication des souvenirs de guerre racontés dans La Campagne de Russie. Discréditant les prétentions psychanalytiques de Jonathan Littel, romancier scatologique –accumulant néanmoins des prix littéraires récompensant le sale, le laid, l'obscène–, Govaerts s'est plus judicieusement intéressé à la genèse de cette chronique historique ainsi qu'à son accueil par la presse et les autorités belges (ce blog au 12 octobre 2025). Mais il s'est aussi intéressé aux éditeurs de celui qui fut déchu du droit de publier en vertu du « tristement célèbre article 123 sexies du code pénal » (p. 46), ce qui nous vaut encore de nouvelles découvertes...

     

    La publication de l'édition allemande, Die verlorene Legion, en 1952 par les éditions catholiques Veritas de Stuttgart, suscitèrent également l'émoi. Mais Paul Van Zeeland (ce blog aux 6 mai 2016 et 14 avril 2017), alors ministre belge des Affaires étrangères, préféra éteindre toute réaction, non pour défendre la liberté d'expression, mais par souci de discrétion, malgré qu' « un groupe d'avocats eût investigué toutes les possibilités de la loi allemande » et qu'il « y avait sûrement une entourloupe juridique à trouver quelque part ». Il préféra donc répondre à son ambassadeur à Bonn, le baron Hervé De Gruben : «  à l'heure actuelle, l'émotion semble retombée en Belgique. Il ne m'apparaît pas opportun [...] de recourir prématurément à cette possibilité. » (p. 68 et note 85).

     

     

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    Jaquette de couverture de l'édition allemande (« La Légion perdue », 1952, Veritas Verlag) de La Campagne de Russie dessinée par l'architecte et peintre expressionniste Friedrich Neubauer (1912-2004).

     

    Dans l'immédiat après-guerre, en punition de son adhésion au parti national-socialiste et de sa réception, en 1940, de la charge de Reichsbaumeister maître d’œuvre du Reich », titre des architectes officiellement chargés de l'embellissement des villes allemandes), il fut empêché d'exercer son métier pendant plusieurs années, jusqu'à ce que n'oblige à lever cette interdiction l'urgence de la reconstruction de Nuremberg, sa ville natale qui était aussi celle de Hans Sachs et d'Albrecht Dürer, cité médiévale anéantie par les bombardements « stratégiques » anglo-américains pour avoir été Stadt der Reichsparteitage, « Ville des Congrès du Parti du Reich ».

     

    C'est pendant cette période de proscription qu'il s'adonna au dessin de presse, de mode, de mobilier, etc., et, pour mettre du beurre dans les épinards, qu'il se fit aussi dessinateur d'ex-libris, de cartes de vœux ou de couvertures de livres. Il collabora ainsi occasionnellement avec les éditions Veritas de Stuttgart, ville où il obtint son diplôme d'architecte en 1937 (un catalogue de son œuvre a été publié par sa nièce Claudia Schweizer, Friedrich Neubauer, Werkverzeichnis, Seubert Verlag, 2017, qui a également ouvert un petit musée dans l'ancien atelier de son oncle, 5 Lorenzer Strasse à Nuremberg).

     

    Bert Govaerts signale (p. 262, n. 84) qu'en fin d'ouvrage, l'éditeur Veritas Verlag annonçait la publication des mémoires de Pierre Laval ainsi que de Dino Alfieri, l'ancien ambassadeur de Mussolini en Allemagne (ce blog au 12 mai 2016) : ces livres n'ont cependant jamais vu le jour.

     

     

    Le travail de détective effectué par Bert Govaerts concernant La Campagne de Russie s'est encore intéressé à la personne de l'éditeur et là aussi, des investigations complémentaires seront nécessaires : « Derrière cette édition se cache également une astucieuse créativité fiscale et administrative. Le copyright appartient à l'Agence Littéraire Générale, dont l'adresse est Rue Grotius 9 à Tanger, une ville qui, à ce moment, constitue une zone sous administration internationale. Ironie de l'histoire, la police se trouve sous la supervision d'un Belge. Le consul belge à Tanger essaie de comprendre comment l'affaire fonctionne. Le véritable éditeur est un Suisse, Constant Bourquin, qui dirige les éditions Le Cheval Ailé. Il a habité à Paris jusqu'en 1937, mais a été expulsé, en laissant derrière lui une série de fraudes et faillites. En Suisse également où il s'était spécialisé, à partir de 1944, dans l'édition des mémoires de collaborateurs, le sol était devenu trop brûlant sous ses pieds. Il habite maintenant en Espagne, mais, pour des raisons fiscales, opère depuis Tanger. Il a noué des liens d'amitié avec Ramón Serrano Suñer, ancien ministre des Affaires étrangères et beau-frère de Franco. Bourquin a également édité les mémoires de Suñer lui-même. En d'autres termes, le réseau à de nouveau fonctionné en faveur de Léon. » (p. 47).

     

     

     

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    Après la publication tintamarresque de La Campagne de Russie, Léon Degrelle reçut, en 1950 dans sa propriété de Lora del Rio (ce blog au 12 mai 2025), Constant Bourquin et son épouse pour quelques jours de discussions passionnantes et de vacances gourmandes où l’œnophile genevois, qui s'était installé depuis peu à Séville, poursuivit son initiation aux vins capiteux de la Rioja et aux Xérès andalous).

     

     

     

    Mais si réseau il y eut en Espagne pour faciliter quelque publication, c'est davantage en faveur de Serrano Suñer qu'il dut fonctionner puisque l'éditeur suisse ne put sans doute rencontrer ce dernier que par l'intermédiaire de Léon Degrelle qui s'en était fait un ami dès son voyage sur les hauts lieux de la guerre civile espagnole en février 1939 (ce blog, entre autres, au 1er septembre 2024).

     

    Et ce n'est guère rendre justice à Constant Bourquin (1900-1974), journaliste aux fermes convictions, fin connaisseur de la littérature, moraliste désenchanté, pionnier du tennis de table, éditeur original autant qu’œnophile enthousiaste et apprécié, que de le présenter comme une espèce d'escroc apatride (l'autosatisfait « historien » Frédéric Saenen, à l'ignorance triomphale (ce blog au 28 février 2025), en fait plutôt une espèce de fantôme fuyant : « Nous trouvons très peu d'informations concernant Constant Bourquin, dont on ignore même les années de naissance et de décès. [...] Sa trace se perd après la faillite du Cheval ailé en 1949 », p. 246).

     

    Commençons donc par reproduire les éléments de sa vie que Constant Bourquin tint à fournir au lecteur de son Almanach du Cheval ailé, 1947 (cité p. 328 par le peu scrupuleux Saenen qui semble ne l'avoir jamais consulté et ne le connaître que par « ouï-lire ») : « Né à Presinge, près de Genève, en 1900, à quelques pas de la frontière franco-suisse. Doit-il à cette particularité d'avoir été sa vie durant le plus français, peut-être, des écrivains suisses ? Se destinait à une carrière de philosophe. A publié de nombreux essais qui témoignent de son attachement à ce qu'il appelle, après Renan, le point de vue de Sirius. Considère actuellement l'édition comme un prolongement de ce qu'eût pu être son activité littéraire. A de nombreux ouvrages en chantier, qu'il terminera quand son métier lui donnera des loisirs. » (p. 168).

     

     

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    Monté à Paris en 1922, Constant Bourquin prend rapidement la direction des Éditions du Siècle dont l'emblème –préfigurant le Cheval ailé des éditions d'après-guerre– représentait un cheval aux ailes baissées, avec la devise Majores pennas nido Des ailes plus grandes que le nid », citation des Épîtres d'Horace, suggérant l'effort vers l'excellence). Elles publiaient des ouvrages de critique littéraire à tirage limité sur papier de luxe, tels L'idée du bien chez Tolstoï et Nietzsche, Renan et ses critiques ou M. Bainville contre l'histoire de France. Bourquin lui-même publia en 1925 Julien Benda ou le point de vue de Sirius (ici, à droite, dans l'exemplaire « hors commerce sur pur fil », disponible auprès d'Édition-Originale, la dédicace à Jean de Gourmont, frère du poète et romancier Remy de Gourmont dont il magnifia l’œuvre. Jean de Gourmont dirigeait la collection « Idées et sentiments du siècle » des éditions de Constant Bourquin).

     

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    Constant Bourquin admirait aussi les romans de son compatriote C.F. Ramuz (l'écrivain n'aimait pas son prénom Charles Ferdinand et choisit de n'en conserver que les initiales). C'est d'ailleurs par son activité de zélateur du romancier suisse que le jeune Bourquin se fit remarquer, en avril 1923, par le caustique Paul Léautaud : « Je passe sur la conférence que nous fit, après le thé, solennellement présenté à l’assistance [...], un M. Constant Bourquin, sur un romancier suisse, M. Ramuz, que le bonheur doit remplir d’avoir été célébré ainsi, et sur des lectures du même que nous firent des dames éminentes en ridicule par leurs toilettes, leurs manières et leur débit. » (« Un Salon littéraire », sous le pseudonyme de Maurice Boissard, in Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 28 avril 1923, p. 6 ; cette anecdote « bourquino-ramuzienne » a été supprimée de la reprise en volume de ses chroniques (Passe-temps, Mercure de France, 1928, 1964, 1987) par Paul Léautaud, probablement parce qu'entre-temps Ramuz fut reconnu comme le plus important romancier suisse). En 1926, les Éditions du Siècle de Bourquin publiaient un « Cahier de témoignages » Pour ou contre C.F. Ramuz.

     

    Au début des années 1930, Les Éditions du Siècle renaissent de la faillite qu'elles connurent en 1926 (voir ci-après), publiant Mary Webb, Charlotte Brontë ou Virginia Woolf dans une collection « Les Maîtres étrangers » qui sera reprise par Fernand Sorlot et les Nouvelles Éditions Latines peu avant-guerre.

     

    Constant Bourquin, quant à lui, revenu en Suisse, s'engagera dans le journalisme (Journal de Genève, Nouvelle Revue romande, L'Événement,...) et animera une chronique gastronomique à Radio-Genève (Les recettes d'Ali Babali). Il lance surtout en mars 1941 avec quelques amis les Éditions du Milieu du Monde affichant le même emblème du cheval à la devise horacienne. Il y publie son « Discours aux nations suisses », La Terre est ronde, ainsi que son « Discours aux hommes de ma génération », Fin d'un monde, où il affirme ses convictions politiques, dénonçant les dérives et la faillite des régimes démocratiques (à noter que ce dernier ouvrage est repris dans une « Collection du Cheval ailé », qui donnera son nom aux éditions qui publieront Léon Degrelle en 1949). Les Éditions du Milieu du Monde éditeront aussi jusque dans les années 1950 les livres de l'historien iconoclaste Henri Guillemin qui y dirigeait par ailleurs depuis 1943 la « Collection classique ». Constant Bourquin publiera encore en 1951 un recueil de maximes et pensées, Passeport pour l'au-delà, chez son ami éditeur et banquier genevois Pierre Caillier.

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    Lorsqu'en 1944, la direction des Éditions du Milieu du Monde décidera, le vent ayant tourné, de publier des récits de résistants contre l'avis de son directeur littéraire Constant Bourquin, celui-ci démissionnera aussitôt, dénonçant ce qu'il considérait comme un lâche opportunisme. Ce sera alors l'occasion pour le Cheval ailé d'ouvrir enfin ses ailes...

     

     

    N'évoquant nulle fraude, Pierre Péan, biographe du banquier François Genoud (1915-1996, ami de Bourquin qui fut le parrain de sa fille), précisera : « Constant Bourquin a toujours eu beaucoup de mal à compter et à bien gérer sa maison d'édition. On le sent plus à l'aise dans le choix de photos destinées à un album d'art ou dans celui de bons vins que dans la lecture de registres comptables. » (L'Extrémiste, p. 162).

     

     

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    Extrait du procès-verbal de la Séance du Conseil fédéral suisse du 9 juin 1950 concernant l'interdiction de La Cohue de 1940 de Léon Degrelle : « Bourquin, l'intermédiaire du manuscrit de Degrelle, est Suisse et est venu à l'été 1927 de France (Paris) à Genève. En France, il a été condamné pour émission de chèques sans provision. Dans les années 1926 et 1928, il a été en faillite. Par décret ministériel du 23 novembre 1937, Bourquin a été expulsé de France. La société qu'il dirige, Éditions du cheval ailé, à Genève, serait en liquidation pour cause de surendettement. Depuis quelques mois, Bourquin se trouve à Séville. Il a renoncé à sa résidence de Genève. »

     

     

    Les allégations de Bert Govaerts proviennent d'un procès-verbal de la Séance du Conseil fédéral suisse  du 9 juin 1950 (dont il donne la précieuse référence p. 262, n. 71) rapportant que Constant Bourquin avait été condamné en France pour avoir émis des chèques sans provision et avoir été mis en faillite à deux reprises, en 1926, Éditions du Siècle–, et en 1928, Bourquin-Six, les grands spécialistes du ping-pong. Passionné de tennis de table, Constant Bourquin avait fondé cette entreprise d'articles de sport avec son frère Alfred. Revenu en France en 1932, il assumera la fonction de corédacteur en chef, puis de directeur de la revue Ping-Pong, qui deviendra naturellement l'organe officiel de la Fédération Française de Tennis de Table).

     

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    C'est après force libations (il est question de « quelques bouteilles d'un champagne nature tel qu'on n'en trouve pas dans le commerce, un Pouilly fumé dont l'inventeur du commissaire Maigret fait son ordinaire, [...] un Armagnac cinquantenaire ») qu'il lui dédicaça cette photo : « Oui, mon cher Bourquin, môa aussi, je joue au ping-pong, mais moi, j'avoue que je joue mal. Georges Simenon 1933 » (in Ping-Pong, 5 mai 1933, p. 3).

     

     

    Mais s'agissait-il pour autant de faillites frauduleuses ? Rien n'est moins sûr car nous avons le témoignage de Paul Léautaud (s'intéressant maintenant aux affaires de Bourquin après avoir moqué son intérêt pour Ramuz, car il était devenu l'éditeur de son ami Jean de Gourmont) : il évoque dans ses carnets une possibilité de concordat que le Tribunal de Commerce devait encore examiner le 21 octobre 1927 pour sortir de la faillite de 1926 (Journal littéraire I, Mercure de France, 1986, p. 2059). Les Éditions du Siècle reprirent donc quelque activité (voir ci-avant), avant d'être récupérées par les Nouvelles Éditions Latines en 1935.

     

     

     

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    Les faillites de Constant Bourquin dans la presse parisienne au-dessus, Le Petit Parisien du 13 décembre 1926 ; en dessous, Le Temps du 26 novembre 1928.

     

     

    La Bibliothèque de Genève, quant à elle, présente Constant Bourquin comme un « Collaborateur de la Suisse libérale, organe du parti libéral neuchâtelois » qui « s'illustre par ses positions francophiles radicales et sa germanophobie ; à partir de 1940, il est un défenseur du régime de Vichy ».

     

    Ajoutons qu'en 1921 déjà, le jeune Constant Bourquin donnait des articles à la Revue romande, périodique littéraire fondé en 1917 à l'intention des soldats étrangers internés dans les sanatoriums suisses, à laquelle collaborait également Ramuz. Proche de son rédacteur en chef Jules-Ernest Gross qui la transforma en 1922 en Nouvelle Revue romande d'inspiration nettement maurrassienne, Bourquin y écrivit encore entre 1937 et 1945 –en même temps que le président de l'Union nationale (de tendance fasciste), Georges Oltramare (ce blog au 12 mai 2016)– d'autant plus volontiers qu'il pouvait y célébrer la « vraie culture » latine et française et qu'il y puisa également les éléments de son hostilité à l'influence juive dont témoigneront sans faux-fuyant ses Discours de 1941 (voir ci-avant). Pour son rédacteur en chef, Jules-Ernest Gross, la Nouvelle Revue romande professait un antijudaïsme d'inspiration chrétienne se déclarant à l'opposé de l'antisémitisme pangermanique « détruisant l'universalité chrétienne » (Éditorial, n° 68, 1932). Les articles attaquant les Juifs disparaîtront néanmoins de la revue pendant la guerre.

     

    Lorsqu'il fonde, en 1944, la maison d'édition « À l'enseigne du Cheval ailé », Constant Bourquin s'associe à l'homme d'affaires François Genoud (ce blog au 3 janvier 2023), détenteur des droits d'auteur d'Adolf Hitler, de Josef Goebbels et de Martin Bormann (une première édition du Journal du ministre de la Propagande du Reich fut ainsi publiée par Bourquin en 1949), qui le met en contact avec Jean Jardin (1904-1976), premier conseiller de l'ambassade de France en Suisse, intime de l'ambassadeur, l'écrivain Paul Morand (qui sera le parrain de son fils cadet).

     

     

     

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    Le cheval aux ailes ouvertes, choisi comme emblème par Constant Bourquin pour sa nouvelle maison d'édition, a été dessiné par le peintre suisse Paul Monnier (1907-1982), qui sera l'illustrateur attitré des ouvrages du Cheval ailé.

     

    Pégase, le fabuleux coursier de Zeus sur l'Olympe, après avoir servi Bellérophon dans ses exploits, notamment contre la Chimère et les Amazones, retourna auprès du roi des dieux qui le transforma en constellation stellaire, source de renommée et d'inspiration pour les poètes.

     

    Peut-être l'éditeur suisse le choisit-il, avec sa devise latine Ut fata trahunt Au gré du destin », réminiscence de Virgile), pour illustrer sa volonté de permettre aux victimes de l'adversité de publier leur vérité, malgré l'ostracisme qui les frappait. Mais plus probablement aussi pour marquer le renouveau de sa maison Les Éditions du Siècle, au cheval doté également d'ailes, mais au repos, qui publiait magnifiquement les analyses littéraires les plus pointues et qui vole désormais au secours des proscrits de l'Histoire et de la Littérature.

     

     

    L'entregent efficace de Jean Jardin (il fut le directeur de cabinet de Pierre Laval, administrateur de ses « fonds secrets », ce qui lui permit d'aider nombre d'opposants à Vichy, dont Robert Aron ou Maurice Couve de Murville) ramènera à l'éditeur quantité d'auteurs, tels Alfred Fabre-Luce, Bertrand de Jouvenel (ce blog au 21 février 2025), André Thérive, Georges Bonnet, Henry du Moulin de Labarthète, etc. Toutes personnalités « compromises » avec le régime de Vichy, à l'instar de Paul Morand (dont les Éditions du Milieu du Monde de Constant Bourquin avaient déjà publié deux volumes en 1942), et frappées d'indignité par le prétendu « Conseil national des écrivains » institué par le tout-puissant parti communiste. Mais on retrouvera aussi dans le catalogue de l'éditeur genevois l'ancien président du Parti Ouvrier Belge (et ancien conseiller du roi Léopold III), le socialiste Henri De Man, le philosophe Louis Rougier, l'académicien Edmond Jaloux, l'amiral Henri Bléhaut, le ministre et beau-frère de Franco, Ramón Serrano Suñer, la veuve du Duce, Rachele Mussolini, le chef du gouvernement du maréchal Pétain, Pierre Laval fusillé agonisant, ou le poète Robert Brasillach également supplicié à la veille de ses 36 ans,...

     

    Par contre, si Constant Bourquin n'éprouve probablement aucune répulsion face à la verve furibonde de l'auteur de L'École des cadavres, il semble qu'il ait craint de remplacer son éditeur Robert Denoël, assassiné le 2 décembre 1945. Désargenté, Louis-Ferdinand Céline cherchait un éditeur pour ses ouvrages. Paul Gentizon, un journaliste suisse qui s'efforça en vain de fournir à Céline un asile en Suisse, crut pouvoir confier l'affaire à son compatriote du Cheval ailé, si bien disposé à l'égard des victimes de l'Épuration : « Gentizon est admirable, il essaye de me faire rééditer par les éditions du Cheval Ailé à Genève en français cela m'épaulerait bien. » (Lettre du 17 juillet 1947 de Céline au journaliste suisse Paul Bonny avec qui il se lia d'amitié à Sigmaringen, in Philippe Alméras, Les idées de Céline, p. 269).

     

    Mais l'affaire tourna rapidement court : « Gentizon bien gentil n'est arrivé à rien avec le Cheval Ailé. Monsieur [Constant Bourquin] se gratte... il ne veut pas passer pour partisan... et patata... il rêve au fond d'imprimer Cassou [Jean Cassou, virulent détracteur du Voyage au bout de la nuit, résistant, auteur en 1944 de Trente-trois sonnets composés au secret dans sa prison, mis en musique par Henri Dutilleux et Darius Milhaud] et Triolet [Elsa Triolet, compagne d'Aragon, passe pour avoir aidé à la traduction russe caviardée (!) du Voyage]... Lui aussi il lui faudra des tanks russes dans le cul pour lui redonner du courage ainsi de tout et de tous ! » (Lettre du 10 août 1947, in Louis-Ferdinand Céline, Lettres des années noires, édition présentée et établie par Philippe Alméras, p. 124).

    « J'ai la lettre en main du Cheval ailé à Gentizon, horrifié, ne voulant point même envisager un tirage restreint de Céline (textuel). Non, le bonhomme est un dégueulasse foireux comme les autres, le fait m'est certifié par de bons amis de Genève » (Lettre du 23 septembre 1947, in Bulletin célinien n° 277, juillet-août 2006, p. 12).

     

    C'est l'essayiste Pierre Monnier (1911-2006), auteur de souvenirs sur Céline, Arletty, Jean-Marie Le Pen,... qui, créant les éditions Frédéric Chambriand, tira son ami d'embarras en publiant Casse-pipe en 1949, Mort à crédit et Scandale aux abysses en 1950, avant de passer la main aux éditions Gallimard.

     

    Bert Govaerts attire l'attention sur l'étrangeté de la propriété des droits relatifs à La Campagne de Russie : « Le copyright appartient à l'Agence Littéraire Générale, dont l'adresse est Rue Grotius 9 à Tanger, une ville qui, à ce moment, constitue une zone sous administration internationale ». N'est-ce pas une disposition singulière permettant tous les soupçons, vu les déboires que l'éditeur a subis dans les années 20-30 et que le biographe a découverts dans le PV du Conseil national suisse (voir ci-avant) ? D'autant plus que « [Constant Bourquin] habite maintenant en Espagne, mais, pour des raisons fiscales, opère depuis Tanger. » (p. 47).

     

     

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    Un imbroglio éditorial ? La page de couverture de La Campagne de Russie indique comme éditeur Le Cheval ailé (dont l'adresse officielle est à Genève), alors que la page de titre (p. 5) associe l'emblème du Cheval ailé à La Diffusion du Livre (et son adresse à Paris) et que la page suivante (p. 6) précise que tous les droits appartiennent à l'Agence Littéraire Générale S.A., domiciliée à Tanger, au Maroc !

     

    L'imbroglio désoriente surtout les universitaires de Fribourg qui, mélangeant à leur tour toutes les données, font éditer Léon Degrelle à Bruxelles (où il est interdit de publication) pour échapper à la censure suisse : « Contrôler la diffusion des livres du Cheval Ailé s'avère d'autant plus difficile que Bourquin multiplie relais et astuces. Avec son ami Genoud, le Genevois a créé une société de diffusion à Bruxelles, pour pouvoir introduire la production du Cheval Ailé en France par la Belgique, déjouant ainsi les limites posées par les contingentements franco-helvétiques. Il dispose aussi d'une adresse à Paris, la Société française des Éditions du Cheval Ailé. Ce montage lui sert de couverture pour des ouvrages contre lesquels le Ministère public de la Confédération n'aurait certainement pas manqué d'intervenir [...]. Scénario semblable pour le livre de Degrelle, Campagne de Russie, qui paraît à Bruxelles, à la Diffusion du livre, dans la collection Cheval Ailé. » (Alain Clavien et al., « La province n'est plus la province », Les relations culturelles franco-suisses à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale (1935-1950), p. 264).

     

     

    Il faut en effet savoir qu'après bien des vicissitudes mettant aux prises les puissances coloniales européennes, Tanger a fini par être dotée d'un statut international, l'affranchissant de tous droits de douane, par un traité signé le 24 juillet 1925 par la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne, les États-Unis, l'URSS, la Belgique, les Pays-Bas, le Portugal et l'Italie. Jouissant d'une liberté économique totale, Tanger fut ainsi un véritable paradis fiscal pour les sociétés commerciales dont le chiffre d'affaires n'était pas imposé. Et puisque Paul Morand est un ami des éditions du Cheval ailé, citons son avis sur l'organisation de la ville où il louait une résidence : « L'État se fait invisible ; pas de lois tatillonnes, de décrets restrictifs, de trouvailles sadiques, d'inspecteurs des finances, mais d'excellents et modestes règlements administratifs ; capitaux et marchandises circulent comme dans un poumon sain ; pas de mensonges financiers, de taux officiels ; le cours des changes mondiaux inscrit de minute en minute sa vraie cote. » (Écrits de Paris, mars 1952).

     

    Tanger est donc sans aucun doute l'endroit le plus sûr pour y éditer un Léon Degrelle interdit de publication. Mais est-ce bien Constant Bourquin, plus à même de concevoir de luxueuses éditions que de dresser des bilans comptables, qui en eut l'idée ? C'est en fait François Genoud qui, à peine trentenaire, afin de prolonger indéfiniment son congé militaire en tant que Suisse de l'étranger, s'est domicilié « dès l'hiver 1945-1946 » à Tanger où il accueille la Société Anonyme de Bourquin, servant de paravent aux droits d'auteur de Léon Degrelle. C'est également une société fondée par François Genoud, initialement basée à Bruxelles, La Diffusion du Livre, qui est chargée de la distribution de l'ouvrage en France et en Europe. « Genoud ne gagne pas seulement de l'argent dans l'édition, il en fait également dans de multiples combines et trafics. Comme pendant la guerre, il sait jouer sur les restrictions, les interdictions, les différences de cours. En 1947, un gros coup lui rapporte de très grosses sommes qu'il investit dans des affaires décentralisées à Tanger [...] cette zone franche, paradis des trafiquants et refuge de ceux qui ont besoin de prendre un peu l'air après la guerre. » (L'Extrémiste, p. 148).

     

    En fait, l'intérêt de François Genoud pour Tanger, le monde arabe et ses affaires lui vint notamment, comme il l'expliquera à son biographe Pierre Péan, de son amitié nouée à l'université de Lausanne avec le Saoudien Abdallah Nasser (rien à voir avec le président égyptien) qui était une espèce d'étudiant professionnel en quête « d'un diplôme officiel pour sanctionner les quinze années passées en Europe » (L'Extrémiste, p. 149). Essayant de satisfaire son ami, Genoud va tenter d'influencer rien moins que le secrétaire général de l'Université Catholique de Louvain, Léon van der Essen (1883-1963) !

     

    Mais laissons Léon Degrelle nous présenter ce dernier, étroitement lié aux meilleurs souvenirs de sa vie estudiantine : « Les grandes farces de Louvain, bouquin devenu presque officiel puisqu'il fut préfacé par le secrétaire général de l'université, le professeur Léon van der Essen, historien si renommé qu'il deviendrait, lui, mon préfacier, président de la Commission des crimes de guerre en 1945. Un rien de malchance alors, et l'excellent homme, un ami de la vie, se fût trouvé devant le dilemme : démissionner, ou me faire fusiller ! » (Persiste et signe, p. 44).

     

     

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    Pour son entreprise de débauchage, Genoud va passer par le fils de l'éminent historien devenu entretemps aussi le représentant de la Belgique au fameux procès de Nuremberg ! Georges van der Essen (1919-2003) va évidemment se montrer « outré qu'on ait pu envisager de demander à son père une chose pareille » (L'Extrémiste, p. 149). Mais l'important est qu'il rencontra alors aussi la femme de Genoud, qui allait divorcer et que Georges va s'empresser d'épouser : unique raison de l'intérêt à son égard de Pierre Péan, le biographe de Genoud, à qui il peut confier quelques ragots. « Van der Eesen [sic] se souvient que, revenant un jour d'Espagne, Bourquin lui dit que Degrelle les avait reçus en grand uniforme nazi avec toutes ses décorations, et que Genoud et lui en avaient beaucoup ri... » (L'Extrémiste, p. 147, n. 1).

     

     

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    Léon Degrelle porte uniforme et décorations pour Otto Skorzeny en 1950 ; en 1957, avec son fils Léon-Marie, il a revêtu l'uniforme d'apparat de la Phalange espagnole avec les médailles gagnées au Front de l'Est.

     

     

    Pierre Péan se montre enchanté de ce que « Bourquin et [Genoud] se moquaient du goût immodéré du chef rexiste pour les décorations et les uniformes allemands » (Ibidem). Outre que Léon Degrelle n'était sûrement pas animé d'une passion de collectionneur pour le Militaria germanique, mais éprouvait bien plutôt la plus grande fierté en se permettant d'arborer occasionnellement les distinctions gagnées dans les combats meurtriers du Front de l'Est, le dernier Commandeur de la Légion Wallonie ne portait uniforme et décorations qu'en circonstances exceptionnelles (le mariage de sa fille Anne, par exemple, ce blog au 20 décembre 2022) ou pour faire honneur à quelque visiteur d'importance.

     

    Que François Genoud ait pu s'en moquer, Pierre Péan doit bien convenir de l'improbabilité de pareille indélicatesse : « Genoud est fasciné par le grand séducteur et héros nazi [...] et continuera à le voir et à lui écrire régulièrement jusqu'à sa mort » (L'Extrémiste, p. 147, voir aussi ce blog au 3 janvier 2023). Mais c'est surtout Constant Bourquin que Georges van der Essen accuse de cette goujaterie. Est-ce davantage crédible ou n'est-ce pas plutôt celui-ci qui, ne présentant guère d'intérêt pour l'historien, sinon par sa relation avec ces deux personnages, essaierait de se donner quelque importance avec cette anecdote croustillante ? Nous ne saurons jamais ce qu'il en est avec certitude mais, si elle existe, c'est l'auteur de la grossièreté qui se juge...

     

     

    À propos des éditions de La Campagne de Russie :

    petite histoire d'une occasion ratée...

     

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    Comme en témoigne cette lettre du 22 juin 1978, François Genoud était depuis longtemps devenu un proche de Léon Degrelle qu'il tutoyait et dont il utilisait toujours plaisamment le prénom Juan, qui fut usuel à Constantina où les habitants ne connaissaient que « Don Juan de la Carlina » (ce blog au 3 janvier et 5 août 2023).

     

    Rappelant la tentative de rapt de la bande à Swy Aldouby en 1961 (ce blog au 3 janvier 2023), François Genoud incite à la plus grande prudence son ami traqué par de haineux ignorants se prenant pour des vengeurs bibliques.

     

    Mais le sujet principal de son courrier est le problème des droits liés à La Campagne de Russie que Léon Degrelle a cédés à Roland Laudenbach (1921-1991), fondateur des éditions de La Table ronde qui firent paraître, en 1969, le livre sous le titre Front de l'Est. Écrivain lui-même, journaliste et critique littéraire, le maurrassien Roland Laudenbach était un ami des « Hussards » Roger Nimier, Pierre Boutang, Antoine Blondin, Michel Déon,... dont il publie les ouvrages. Partisan de l'Algérie française, Laudenbach milita pour l'OAS (mais contrairement à ce qu'affirme l'artificiel Wikipedia, ne soutint pas activement la revue Défense de l'Occident de Maurice Bardèche : c'est de la revue Accent grave sous-titrée « revue de l'Occident » qu'il fut membre du comité de patronage !). Par contre, son nom est bien repris parmi les actionnaires de la Société de participations industrielles et commerciales (SOPIC) finançant les Éditions du Cheval ailé (Alain Clavien et al., « La province n'est plus la province », p. 262). Roland Laudenbach partage en tout cas les conceptions éditoriales de Constant Bourquin, c'est-à-dire qu'en les publiant, il souhaite rendre la parole à ceux qui en ont été privés par les maîtres du moment (voir ci-après), comme en témoigne la présentation qu'il fait de sa maison d'édition à son intervieweur François d'Orcival : « Les écrivains libres seront toujours les bienvenus ici, même si leurs opinions politiques sont différentes des nôtres. Par écrivains libres, j'entends ceux qui ne sont ni marxistes, ni gaullistes... » (Europe-Action, septembre 1965).

     

    Après la disparition du Cheval ailé dans le courant de l'année 1950, Léon Degrelle cherchait un éditeur pour ses prochains ouvrages, Hitler au coin du feu devenu Mémoires d'un fasciste, puis Nous, les fascistes et la réédition en trois parties de La Campagne de Russie. Est-ce alors Bourquin ou Genoud qui lui renseigna Roland Laudenbach et La Table ronde ? Toujours est-il qu'un premier contrat sera signé en 1963. L'éditeur passera quelque temps chez Léon Degrelle, proposant pour les Mémoires le titre plus provocateur de Hitler pour 1000 ans (voir aussi ce blog au 30 juin 2024). Il faudra cependant attendre 1969 pour que le projet aboutisse et que La Campagne de Russie, devenu Front de l'Est, soit republié en même temps et en un seul volume. Ces deux publications de La Table ronde ne rencontrèrent cependant pas le succès escompté.

     

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    Première et quatrième page de couverture de La Campagne de Russie telle que publiée en 1969 par La Table ronde. C'est son directeur Roland Laudenbach qui rédigea la note de présentation, toute d'objectivité et de bon sens.

    Imagine-t-on écrire encore ainsi de nos jours à propos du témoignage d'un vaincu de la Deuxième Guerre mondiale ? Au lendemain de la disparition du héros de Tcherkassy, la chasse fut ouverte par un chargé de cours d'histoire à l'Université de Liège (que Léon Degrelle n'appelait que Besace, vu la bouffissure de son imposture) qui décréta que « Degrellle mémorialiste appartient plus au domaine du psychiatre qu'à celui de l'historien » (ce blog au 9 juillet 2017). Depuis, c'est la curée. L'officiel et omnipotent CEGESOMA investiguera désormais tapageusement (mais vainement) « sur les agissements des légionnaires sur le front de l’Est, les actes commis contre les juifs, les partisans et des populations locales » (ce blog au 7 juin 2021) et les pseudo-spécialistes d'embrayer : si Léon Degrelle n'évoque pas la Shoah dans La Campagne de Russie, c'est parce que le Front de l'Est était devenu Judenrein, sans doute aussi par l'action des Bourguignons (selon le Prix 2009 du Pire Roman sexuel, ce blog au 19 juillet 2024)... Il n'est pas jusqu'à la revue d'Alain de Benoist, censée nous fournir des Éléments pour la civilisation européenne, qui n'embraie jouissivement sur la logorrhée injurieuse du fallacieux Frédéric Saenen (ce blog au 25 mars 2025) pour traiter grégairement Léon Degrelle de « mythomane », d' « escroc », d' « hitlérolâtre »,... et pour asséner l'indispensable et rituelle condamnation orthodoxe : « Beaucoup moins drôle [sic] que ses affabulations sont ses prises de position négationnistes »... (Éléments n° 214, juin-juillet 2025, p. 49 sv.).

    Ainsi progresse inexorablement la cancel culture...

     

    Aussi, quelque dix ans plus tard, François Genoud avait-il été chargé par Léon Degrelle de republier La Campagne de Russie avec de meilleures perspectives de succès : gros tirage chez Flammarion, accompagné d'une grande offensive publicitaire, suivi un an plus tard d'une édition de poche dans la collection J'ai lu... Mais l'auteur avait perdu de vue que le contrat qui le liait à La Table ronde était toujours d'actualité. Et Roland Laudenbach n'avait aucune intention de le libérer, nourrissant d'autres projets dont nous prenons connaissance par la lettre que lui adresse le banquier suisse en même temps que son courrier à Léon Degrelle : « Nous pensons tous deux –vous et moi– qu'un contrat avec un éditeur n'est pas fait pour étouffer un ouvrage. Or, c'est malheureusement ce qui est en train de se produire. Vous voulez écouler les exemplaires qui vous restent d'une édition vieille de neuf ans, basée sur un contrat vieux de quinze ans, sous le titre de l'édition originale de 1949 et donc en changeant la couverture. C'est équivoque et ne pourrait donner lieu qu'à une relance médiocre. D'autre part, nous ne savons toujours pas si nous aurons une édition de poche.

    Si l'on considère l'intérêt de l’œuvre, il est certain que le changement d'éditeur et un véritable nouveau lancement seraient la première vraie chance de ce très grand ouvrage, immédiatement saisi lors de sa sortie en 1949 et dont votre réédition de 1969 a passé inaperçue.

    Je vous prie donc de reconsidérer votre position et de libérer notre ami Léon dans des conditions que nous pouvons discuter. »

     

    La requête de François Genoud ne fut qu'un grand coup d'épée dans l'eau car non seulement Laudenbach resta sur ses positions, mais il enterra définitivement et inexplicablement tout nouveau projet concernant La Campagne de Russie !

     

     

     

    Mais qu'est-ce qui, en définitive, poussa Constant Bourquin à prendre en sympathie les vaincus de la Deuxième Guerre mondiale et à offrir une tribune à ces réprouvés, au premier rang desquels se trouve, bien sûr, Léon Degrelle avec sa Campagne de Russie devenue rapidement un véritable brûlot polémique ?

     

    Essentiellement le droit à la liberté d'expression, comme il s'en expliqua très clairement et non sans courage en 1947, dans son Almanach du Cheval ailé : « Certains hommes réclament la liberté, et ils commencent par la refuser à autrui. L'un de leurs porte-parole, qui a beaucoup de talent et qui n'est peut-être aujourd'hui qu'un fou repenti, a même inventé cette magnifique formule que la liberté appartient à ceux qui l'ont conquise [la formule exacte d'André Malraux, dans un discours à l'Assemblée nationale, le 29 décembre 1945, est « La liberté existe pour et par ceux qui l’ont conquise », nous soulignons]. [...] Dire que la liberté appartient à ceux qui l'ont conquise, c'est reconnaître cyniquement que l'arbitraire doit être la règle pour les puissants du jour, et qu'il appartient à n'importe quelle faction , du seul fait qu'elle est au pouvoir, d'en user à son gré. » (Retour à une littérature dégagée, pp. 11 et 18). « Je publie donc certains livres parce qu'il m'est agréable, pour autant que cela dépend de moi, de faire en sorte que certains témoignages soient connus, et de donner la parole à des hommes dont on voudrait qu'ils se tussent. [...] Au surplus, à mon goût, il est plus équitable de mettre au bénéfice de la liberté les écrivains qui en sont privés et ceux aussi qui par système ne contestent pas à autrui le droit de s'exprimer. [...] La liberté, dans le monde où nous vivons, est une divinité qu'on se dispute parce qu'elle porte un nom flatteur. Ceux qui se réclament d'elle ne sont malheureusement pas tous ses prêtres les plus dévoués. Je ne conçois pas qu'on puisse se mettre au service d'une plus belle cause. Telle est notre voie. Fussé-je le seul, je serai cet éditeur-là. » (Ibidem, pp. 15 et 22-23).

     

    Comment l'auteur de pareilles lignes ne serait-il qu'une malhonnête fripouille ? Ajoutons aussi que ne peut que plaider en sa faveur son attachement à la viticulture traditionnelle et à l’œnologie traduisant son amour sincère du vin, expression par excellence de la civilisation européenne et de la culture française : membre de l'Académie suisse du vin et fondateur en 1936 du club « DIVO » (Défense et Illustration des Vins d'Origine, organisation toujours active aujourd'hui), Constant Bourquin fut élu en 1966 membre correspondant pour la Suisse de l'Académie du Vin de France, avant d'y être reçu en tant que membre d'honneur le 13 juin 1972 et d'en obtenir le grand prix pour son « Bréviaire de l'amateur », Connaissance du vin (publié par les populaires éditions Marabout). Il compte aussi parmi les fondateurs à Bordeaux, en 1971, de l'Académie internationale du vin.

     

     

    Bourquin Académie Vin 1971.06.08.png

    Bourquin Connaissance Vin.pngConstant Bourquin (désigné sur la photo) lors du banquet annuel de l'Académie du Vin de France dans le célèbre restaurant parisien Le Taillevent, le 8 juin 1971 : il y reçut le grand prix de l'Académie pour son maître-ouvrage Connaissance du vin, Le bréviaire de l'amateur. L’œnologue suisse ne pouvant devenir « membre titulaire » de l'Académie, l’aréopage le reçut, en 1972, en tant que « membre d'honneur », titre qu'il partagea avec le Prince Louis Napoléon (1914-1997) et le Prince Paul de Metternich (1917-1992).

    Photo et renseignements issus des Archives de l'Académie du Vin de France ; le nom de Constant Bourquin n'apparaît pourtant curieusement pas dans la liste des « Membres anciens » de l'Académie.

     

     

    Homme de conviction, Constant Bourquin étendra naturellement au domaine œnologique sa défense radicale de la liberté d'expression au service de la véridicité –le souci de dire la vérité, de rechercher le vrai– lors du discours qu'il prononça à l'occasion de sa réception en tant que membre d'honneur de l'Académie du Vin de France : « L'unique justification du métier d'écrire, c'est l'expression ponctuelle de la vérité, de ce que l'on croit être la vérité. Comme l'audace ne me fait pas peur, je n'hésite pas à affirmer que, le plus souvent, dans le domaine envisagé ici, ce que je crois, ce que nous croyons être la vérité, eh bien, c'est vraiment la vérité. Celle pour laquelle il faut se battre – à n'importe quel prix ! » (Archives de l'Académie du Vin de France).

     

     

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  • Le livre qui tombe comme un cheveu dans la soupe de la bien-pensance !

     

     

    L'homme qui tomba du ciel.

    Les années espagnoles de Léon Degrelle, 1945-1994

     

    Un dézingage en douceur de Jonathan Littell

     

    LD Govaerts Couv..jpegNous avons dit (ce blog au 2 septembre 2025) que nos critiques de l'ouvrage de Bert Govaerts concernaient ses commentaires personnels sur des questions ou des faits étrangers aux archives inédites auxquelles il a eu accès. Mais son analyse d'autres documents n'en est pas pour autant dénuée d'intérêt. Ainsi de ses observations sur La Campagne de Russie et surtout sur les prétentions pseudo-scientifiques du maniaco-détraqué Jonathan Littell (voir ce blog au 8 février 2018).

     

    Sans doute sont-elles pour lui l'occasion de régler (gentiment) son compte au répugnant scatologue qui prétend, dans son opuscule Le sec et l'humide, élucider la langue utilisée par Léon Degrelle dans La Campagne de Russie, assurant y retrouver « la structure mentale de la personnalité fasciste » telle que délirée par une espèce de psychanalyste erratique, Klaus Theweleit. Alors qu'en réalité, l'auteur des Bienveillantes –« Bad Sex in Fiction Award 2009 » récompensant la pire scène de sexe dans un roman–, n'a fait que projeter sur Léon Degrelle ses obsessions sexuelles déviantes afin de présenter une justification sans le moindre fondement à la scatologie nauséabonde de sa littérature.

     

    Ce tour de passe-passe n'a pas échappé à Bert Govaerts qui lui consacre un Appendix 2 où il excipe –avec humour– de son incompétence en la matière pour ne pas aborder le prétentieux et abscons domaine psychiatrico-linguistique du romancier songe-creux : « Les avis divergent quant à la valeur de cet essai, qui fait appel à des concepts comme la reterritorialisation et la déterritorialisation, issus du vocabulaire de penseurs français compliqués comme Gilles Deleuze et Félix Guattari ainsi que de la théorie du fascisme de l'Allemand Klaus Theweleit. » (p. 235).

     

     

    Theweleit.pngL'espèce de manuel d'étude pratique de la « structure mentale fasciste » et de méthodologie de son langage, par Klaus Theweleit, qu'utilisa prétendument Littell pour sa dissertation degrellienne n'existait alors qu'en allemand (Männerphantasien, 1977) et en anglais (Male Fantasies, 1987). Il a été traduit depuis en français (2016) avec un titre en mot-valise (Fantasmâlgories) comme les affectionnent les « penseurs » pour qui aucun vocabulaire existant n'est jamais satisfaisant. Ce charabia aurait-il impressionné Govaerts ? « Le texte de Littell fait en tout cas impression par son grand sérieux, qui contraste fortement avec le manque de rigueur dans les données historiques encadrant son essai. » (p. 235). Une manière plaisante de mettre en doute la confiance à accorder au psychanalyste alors qu'on sait ne pas pouvoir croire l'historien et que Littell n'est manifestement ni l'un ni l'autre... Ici, l'édition de 2020.

     

     

    Govaerts n'en pense effectivement pas moins. Ainsi éclaire-t-il la projection des fantasmes de Littell sur Léon Degrelle à propos de l'absence de Juifs dans La Campagne de Russie : « La Shoah est [la] préoccupation la plus importante [de Littell]. » Et donc cette absence ne peut pas être normale ; « Il s'agit d'une tactique, pense Littell. Après les procès de Nuremberg, parler de l'extermination des Juifs n'est plus sans danger. Mais pareille explication ne peut évidemment pas satisfaire quelqu'un qui cite de grands penseurs français. Il doit donc y avoir une raison ontologique : dans la tête de Degrelle, la Shoah est tout simplement accomplie, le monde est Judenrein [purifié des Juifs]. Pourquoi encore y revenir alors ? » (sur cette question, voir ce blog au 19 septembre 2024).

     

    Prudemment, Govaerts préfère ne pas s'interroger sur la pertinence de pareil jugement et veut se limiter à ce que Littell « écrit à propos des années espagnoles ». Et la première chose qu'il épingle est évidemment la question de l'argent : « Comment, en effet, Degrelle a-t-il financé son château en Espagne » que le pseudo-psychanalyste place dans la banlieue de Málaga alors qu'il en « est éloigné de plus de 200 kilomètres ». Mais le plus important, c'est le retour inattendu du mantra imaginé par la Besace pollueuse de l'Histoire (ce blog au 2 septembre 2025) : « [Littell] affirme sans sourciller : Les historiens ont démontré qu'au début de son exil, il vivait du butin de razzias rexistes meurtrières sur les bijouteries de Bruxelles, effectuées juste avant la Libération”. Il aurait été plus correct d'indiquer qu'un seul historien a suggéré cela, incidemment, sur base de preuves pour le moins insuffisantes. » (p. 235).

     

     

    Carlina construction.jpg

    Le chantier de construction de La Carlina entrepris en 1952 ne s'acheva pas avant 1959. On voit ici la fin des travaux du monumental porche d'entrée au Leo Belgicus (ce blog au 17 octobre 2018). Les colonnes romaines à droite sur la photo, surmontées de bustes de marbre blanc (il y en a cinq au total) proviendraient du site d'Italica, la ville romaine proche de Séville ; quelques énormes jarres à vin de terre cuite attendent sur le chantier de pouvoir rythmer le mur d'enceinte de la propriété (on en comptera une bonne trentaine). À l'avant-plan, se trouvent probablement Yvonne Leroy ainsi qu'une personne (espagnole ?) non identifiée.

     

     

    Le reste des informations fournies par Littell sur l'exil espagnol sont de la même eau frelatée : « Par la suite, [Littell] perd complètement la boussole » :

    - à propos de prétendus contrats de construction « pour plusieurs bases de l'OTAN en Espagne » parfaitement étrangers à Léon Degrelle et qu'il « n'a jamais été question de confier à un entrepreneur amateur incapable de construire des maisons de vacances de qualité » (p. 236), moque Govaerts à propos du «village social » que Léon Degrelle voulait construire à Constantina : les maisons s'écroulèrent lors d'un violent orage à cause de la mauvaise qualité des matériaux de construction choisis par l'architecte (ce blog au 23 octobre 2022) ;

    - à propos des considérations de Littell sur la vie de « prince déchu [de Degrelle], berçant ses regrets dans les bras des belles filles et un luxe ostentatoire, sous le soleil radieux de la péninsule », Govaerts ironise laconiquement : « De même, au sujet du reste des années espagnoles de Degrelle, Littell brosse un tableau kitsch qui ne correspond pas vraiment aux faits qui nous sont connus. » (p. 236 ; ce blog au 22 octobre 2019) ;

    - à propos de la photo de Léon Degrelle après son opération de l'estomac en 1948 présentée par Littell comme « la savante mise en scène de son héroïsme viril et fatigué », Govaerts observera qu'il s'agit bien d' « une illustration du caractère superficiel de son enquête historique », surtout qu'elle s'alimente chez le complice de Balace, Eddy De Bruyne : « Littel n'accorde pas de crédit à l'image car il a lu chez l'historien de la Légion Wallonie, Eddy de Bruyne, que Degrelle n'a jamais subi de graves blessures au Front de l'Est. » Il s'agirait donc d'une photo prise « sur son lit d'hôpital à San Sebastián, après l'atterrissage en catastrophe du Heinkel ». En effet, Littell soutient que le blessé a « le bras droit fracturé [...] retenu par une attelle ». Commentaire de Govaerts : « Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas voir la moindre trace d'attelle, mais, de plus, nous savons par les données médicales qu'à San Sebastián, c'est son bras gauche que Degrelle avait cassé. » (p. 237). Inutile de dire que les observations de Bert Govaerts concernant cette photo vont dans le droit sens des informations de notre blog le 25 mai dernier.

     

     

    Littell LD opéré.jpeg

    La photo du délire ! Voici le prétentieux et incompréhensible galimatias pseudo-scientifique de Littell grâce auquel il prétend enfermer sa victime dans de foireuses explications psychanalytiques (tout en la traitant d'imposteur) : « Il importe, pour apprécier à leur juste mesure les images déployées au long de cette analyse, de tenir compte de la distinction entre la nécessité inconsciente du fasciste de structurer et de renforcer son Moi extériorisé, et sa volonté consciente de bâtir et de projeter son image. Il faut aussi reconnaître que les deux niveaux, sans cesse, se superposent ou s'entremêlent, ce qui génère de nombreux plans d'interférence voire d'ambiguïtés. Prenons cette photo : comment faut-il la lire ? Comme le moment d'effondrement du Moi-carapace de Degrelle, où l'informe s'écoule par les fissures de son corps crevé, à peine retenu par les bandages ? Ou comme la savante mise en scène de son héroïsme viril et fatigué ? [... ] Y a-t-il même, ici, une cicatrice sous les pansements ? » (Jonathan Littell, Le sec et l'humide, p. 107).

     

     

     

    Des commentaires pertinents sur La Campagne de Russie

     

    Littell a prétendu appliquer la « méthodologie » de Theweleit au texte degrellien qui devrait structurer le réel entre le sec et l'humide, « le dur et le mou », « le raide et le flasque », « le doux et le visqueux, et ainsi de suite » : « Contre tout ce qui coule, [Degrelle] doit évidemment ériger tout ce qui bande » (p. 35). Et de citer des passages de La Campagne de Russie où il est question de tours, de clochers, de beffrois –le ferme monde fasciste–, face à d'autres où il est question de boue, de vase, de fange visqueuse –le spongieux monde bolchevique... Une fantaisie qui en apprend davantage sur les obsessions malsaines du prétendu analyste, mais rien sur le supposé décortiqué !

     

    Autrement intéressantes sont les questions que se pose Bert Govaerts à propos des mémoires militaires de Léon Degrelle ! Même s'il commence par chicaner de manière étrange sur leur qualité historique : « Ma Campagne de Russie aurait été un titre plus correct [...]. Tout est raconté à partir de son expérience individuelle. » Comme si ce n'était justement pas le propre de tous mémoires ? Son précédent ouvrage, Feldpost, eût-il aussi dû s'intituler Mes lettres du front ? Et que signifient les pseudo-justifications, tout à fait hors de propos, de ce jugement péremptoire : « car Degrelle ne tente pas de reconstituer le combat sur le front de l'est comme un épisode militaro-historique. Il ne rend même pas justice à l'histoire de sa propre Légion wallonne » (p. 47) ? Comprenne qui pourra...

     

    Car Govaerts s'interroge de manière très judicieuse sur la genèse du récit degrellien : « La question demeure de savoir comment il a pu écrire entre août et décembre 1945, dans sa chambre d'hôpital à San Sebastián, ce livre avec ses milliers de détails souvent subtils sur les situations de combat, les paysages et les conditions météorologiques, avec leurs datations précises, comme s'ils se trouvaient comme de petits drapeaux sur une carte militaire. » Du coup, ces mémoires présenteraient tout de même un véritable intérêt militaro-historique ?... car « selon le rapport du gouverneur de Guipúzcoa, il n'y avait aucune journal de campagne dans son bagage [...]. Ce qui n'est pas tout à fait exact. Un petit agenda avait également assez bien survécu au bain de mer dans une des poches de l'uniforme de Léon Degrelle. » (p. 50).

     

    C'est peut-être bien la trace d'un premier outil manuscrit de La Campagne de Russie que Bert Govaerts a détectée : « Il s'y trouve de très courtes notes du front pour une partie de l'année 1944. La plus remarquable date du 26 décembre 1944. Degrelle note qu'il a terminé le toilettage d'un manuscrit pour un livre sur les Wallons au Front de l'Est. Il le confie le même jour à quelqu'un qui rentre à Bruxelles. Il avait donc déjà écrit une partie de son récit, au milieu des combats. » (p. 51).

     

     

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    De nombreuses pages de l'agenda de Léon Degrelle ont été reproduites par Wim Dannau dans sa série de treize volumes Ainsi parla Léon Degrelle (Byblos, 1972-1976). Mais il s'agit bien de notes de 1943, et non de 1944, car cette année-là, c'est en Belgique que Léon Degrelle fêtera Noël, dans les Ardennes, au cours de l'Offensive Von Rundstedt (La Campagne de Russie, p. 382). Il n'était néanmoins plus question pour un Légionnaire de rentrer alors en permission à Bruxelles occupée par les Alliés.

    Bert Govaerts s'est laissé trompé par le commentaire farfelu de Wim Dannau qui prétend : « il s'agit d'un carnet de 1943 que Degrelle a adapté à 1944 un certain temps » (vol. 11, p. 161). Mais c'est bien à la date du 26 décembre (1943) que Bert Govaerts a identifié la première trace de La Campagne de Russie, où l'on peut lire : « Travaillé toute la journée à faire la toilette de mon livre Au front Russe, avec les Wallons que Georges Gravey emportera demain matin à Bruxelles. » C'est sans doute ici le premier titre de son livre que nous découvrons, en même temps qu'est identifié le « quelqu'un » qui sauvera le précieux texte en le ramenant en Belgique. Ce Georges Gravey ne nous est pas autrement connu. Le patronyme Gravey est, pour ainsi dire, inconnu en Belgique (l'acteur belge naturalisé français Fernand Gravey utilisait un pseudonyme et s'appelait en réalité Mertens) : pourrait-il s'agir d'un légionnaire français ayant rejoint la Wallonie ? « nous avions, dans notre Brigade, une centaine de volontaires français » précise Léon Degrelle dans La Campagne de Russie (p. 213).

    L'agenda de Léon Degrelle emporté par l'indélicat Wim Dannau aurait finalement échoué aux États-Unis, dans des archives d'histoire de la Seconde Guerre mondiale...

     

     

    Il serait néanmoins imprudent d'affirmer que toutes les notes de cet agenda servirent d'aide-mémoire pour La Campagne de Russie, car si son premier état, intitulé Au front Russe, avec les Wallons et s'arrêtant à la fin de 1943, voit sa correction achevée au 26 décembre. on n'y retrouve, par exemple, pas (malgré que Bert Govaerts estime que Léon Degrelle privilégie « son expérience individuelle ») l'importante promotion datée du 22 décembre : « Suis proposé pour Croix Allemande en or »...

     

    Il y avait certes encore beaucoup à raconter pour achever finalement le récit jusqu'au 8 mai 1945. Car, ainsi que Feldpost rapportait son expérience du front jusqu'en 1942, Au front Russe, avec les Wallons racontait ses aventures jusqu'en 1943, personne ne pouvant alors prévoir jusqu'à quand la guerre allait encore continuer. L'aventure tourna cependant court et il s'agissait maintenant d'en terminer le récit, d'où le titre définitif La Campagne de Russie, 1941-1945.

     

     

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    De même d'ailleurs qu'à propos du rôle qu'a pu jouer Feldpost ainsi que le suggère Bert Govaerts : « Il est possible que ses amis phalangistes l'aient aidé en lui fournissant encore plus de de matériel documentaire. Par exemple avec son propre livre Feldpost, comportant les notes qu'il avait prises quotidiennement au front entre septembre 1941 et février 1942 et qui fut publié en janvier 1944. Une fois arrivé dans son refuge de Madrid, du matériel complémentaire lui sera fourni. Les courriers rexistes sont apparus très tôt en Espagne. » (p. 51). Pareille étude documentaire serait autrement intéressante que les élucubrations de Littell...

     

    Mais Bert Govaerts s'intéresse également à la réception du livre ou plutôt à son... interdiction ! Il faut savoir que « Publier en Belgique était impossible pour Degrelle. Le tristement célèbre article 123 sexies du code pénal y veillait : tout condamné pour avoir porté atteinte aux institutions de l'État recevait comme peine complémentaire une interdiction de publication à perpétuité (le terme technique était déchéance) » (p. 46). Et c'est donc en France –« où pareille interdiction de publication n'existait pas pour les collaborateurs condamnés »– que fut officiellement édité La Campagne de Russie, à l'été 1949.

     

    Voilà qui était insupportable aux donneurs de leçons démocratiques du Parti communiste. Une campagne orchestrée par l'ancien ministre Fernand Demany, dévot idolâtre de Staline, par ailleurs grand résistant (mais, bien entendu, seulement après la rupture du pacte germano-soviétique en juin 1941 !) en tant que secrétaire général du Front de l'Indépendance et député communiste de Charleroi, enjoignit le gouvernement belge d'intervenir auprès du gouvernement français pour faire interdire le livre.

     

     

     

    Demany Staline DR 1949.11.14.png

    Demany Camp.Russie DR 1949.09.10.png    Demany Camp.Russie DR 1949.09.23.png

    Le Drapeau rouge du 14 novembre 1949 magnifie le tribut passionnel de Fernand Demany au camarade Staline pour son 70e anniversaire ; en dessous, les éditions des 10 et 23 septembre 1949 réclamant la censure de La Campagne de Russie. L'intolérant sectaire s'était déjà illustré dans ses diatribes exaltées contre Hergé lors du lancement de l'hebdomadaire Tintin en 1947.

     

     

    C'est Paul Van Zeeland (ce blog au 14 avril 2017), rentré blanchi de Londres et revenu aux affaires, qui était devenu ministre des Affaires étrangères : il ne pouvait refuser à ses anciens alliés d'obtempérer et d'exercer les plus fortes pressions outre-Quiévrain. Alors que « Les Français avaient autorisé précédemment la publication des mémoires de Laval et d'autres figures de Vichy » et qu'ils « avaient également remarqué que la justice belge n'était pas intervenue contre l'hebdomadaire bruxellois Europe Amérique qui avait publié pendant trois semaines une série d'extraits du livre de Degrelle », ils auraient néanmoins, selon Bert Govaerts, pris un arrêté ministériel pour interdire l'ouvrage.

     

    Mais la manœuvre qui allait réussir un an plus tard avec La Cohue de 1940, –les mémoires que les ministres belges de l'époque (Spaak en tête) craignaient trop explosifs–, fit long feu. Aucun arrêté ministériel français ne sanctionna, en fait, le récit de l'épopée degrellienne. Tout au plus peut-on quand même retrouver un arrêté de la préfecture de police de Paris ordonnant l' « Interdiction de l'exposition, de la vente et de l'offre publique de l'ouvrage intitulé La Campagne de Russie 1941-1945 », publié dans le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris des 6 et 7 novembre 1949 (p. 1332). Mais cette interdiction ne concerna donc que le territoire de la ville de Paris.

       

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    Bull.mun.off.VilleParis 1949.11.06d.png

     

    Sans doute ce pis-aller pour les épurateurs de l'Histoire fut-il le résultat de l'action des relais communistes de Demany au Conseil municipal de Paris ? On peut lire en effet dans La Libre Belgique du 25 septembre 1949 : « Il paraît que le Front de l'Indépendance, dont le grand cacique est M. Fernand Demany, député communiste, vient d'adresser au ministre des Affaires étrangères une lettre le priant d'intervenir auprès du gouvernement de la République française pour que la vente de la Campagne de Russie [...] soit interdite en France. [...] M. Demany a enfin écrit au ministre des Communications pour lui demander si son département a pris les dispositions nécessaires pour interdire le transport de la Campagne de Russie en Belgique. [...] Il est vrai que, tout récemment, une cabale de fonctionnaires communistes a pu se déchaîner au ministère français de l'Intérieur contre un hebdomadaire belge qui avait publié [...] des extraits de la Campagne de Russie de Degrelle. Était-ce M. Demany qui avait alerté ses camarades d'Outre-Quiévrain ? La plaisanterie, en tout cas, ne fut pas au goût du Quai d'Orsay qui protesta avec énergie auprès des tyranneaux rouges du ministère de l'Intérieur à Paris. »

     

    À suivre

     

     

     

  • Y aurait-il enfin du nouveau sur Léon Degrelle ?

     

    L'homme qui tomba du ciel.

    Les années espagnoles de Léon Degrelle, 1945-1994

     

     

    LD Govaerts Couv..jpegNous vous avons parlé naguère de la toute récente publication de ce livre en néerlandais de Bert Govaerts sur les années d'exil agitées de Léon Degrelle en Espagne, De man die uit de lucht viel  L'homme qui tomba du ciel »). Et nous regrettons sincèrement de l'avoir fait de manière vraiment trop « soupe au lait », réagissant avec véhémence à l'introduction, toute de conformisme, nous avait-il semblé, dans le dénigrement obligatoire de l'homme politique belge, incontestablement le plus important du XXe siècle (ce blog au 11 juillet 2025).

     

    Mais, –il nous faut bien désormais en convenir–, comment pouvoir encore se faire publier aujourd'hui sans se montrer un minimum « politiquement correct » ? Et pourtant, nous avons affaire ici à l'exact contraire de la « correctitude » d'un Frédéric Saenen dont le pensum non seulement ne nous apprend rien, mais ne constitue qu'un lamentable pamphlet sans originalité (ce blog au 25 mars 2025). S'il fallait encore vous convaincre des (in)compétences du pseudo-historien, infligez-vous l'émission que Radio Courtoisie lui a consacrée. Un fidèle lecteur, M. T. B., nous a en effet signalé que Pascal Lassalle lui avait consacré son Libre Journal du 9 août dernier. Vous y apprendrez ainsi, par exemple, parmi les longs et radiogéniques « Heuuuuummmmmmhh......... » de ce « tribunitien » radiophonique, que, lors de la tuerie d'Abbeville, « au petit matin, [les prisonniers] sont tous passés par les armes, je crois qu'il y a une septantaine, heu, soixante-dix personnes plus ou moins qui sont exécutées » !!! (sur les vingt et un martyrs d'Abbeville, voir, entre autres, ce blog au 6 mai 2017).

     

    Radio Courtoisie Saenen.png

     

    Mais revenons à l'ouvrage de Bert Govaerts dont l'importance se mesure à l'heureuse opportunité qu'il sut saisir de consulter les dossiers concernant Léon Degrelle dans les archives du Ministère des Affaires étrangères de Belgique, ainsi que dans celles, espagnoles, du Ministerio del Interior, et de l'Archivo General de la Administración. Toutes sources qui nous semblent avoir été exploitées pour la toute première fois avec un incontestable professionnalisme, ce qui souligne assez l'intérêt insigne des informations qu'y puise l'auteur.

     

    Si donc, nous n'avons rien à retirer à nos commentaires sur certaines erreurs ou faiblesses que nous avons hâtivement relevées chez le chroniqueur (la relation avec Hergé, l'avion de Speer, Jean-Marie Le Pen, Jean-Paul II, la réalité des conversations entre Adolf Hitler et Léon Degrelle –l'un possède le français, l'autre finit par comprendre l'allemand–, l'authenticité de la phrase « Si j'avais un fils, je voudrais qu'il fût tel que vous »,...) –car il ne s'agit que d'appréciations personnelles de Bert Govaerts–, nous saluons par contre volontiers la qualité de son travail lorsqu'il étudie les sources inédites auxquelles il a eu accès.

     

    Les indispensables du sac de voyage de Léon Degrelle

    Le tout premier document inédit que Bert Govaerts publie est le rapport détaillé de tout ce que possédait Léon Degrelle lors de son admission à l'Hôpital militaire Général Mola et qui avait pu être récupéré de l'avion écrasé dans la baie de San Sebastián. En effet, à peu près tout ce qui pouvait facilement s'emporter fut pillé : l'équipage perdit d'ailleurs ainsi l'ensemble de ses bagages (p. 14, voir aussi plus loin). Seuls Léon Degrelle et son aide de camp Robert Du Welz réussirent à conserver leur sac de voyage.

     

     

    Mola Sac 1 LD.jpeg

    Lors de son arrivée à l'Hôpital militaire Général Mola de San Sebastián, Léon Degrelle ne possédait plus, en tout et pour tout, qu'un sac à dos contenant ses effets personnels. Le contenu en a été très précisément inventorié par les services d'admission de l'hôpital (« Description des objets trouvés dans les sacs à dos ») :

     

    « Sac n° 1.- [de Léon Degrelle ; suit l'inventaire d'un « Sac n° 2 » appartenant à Robert Du Welz, que nous ne traduisons pas]

    Un nécessaire de toilette en cuir avec fermeture éclair.

    Scho-Ka-Kola.png6 boîtes contenant autant de portions de Scho-ta-tola -11/44 [erreur de lecture de la marque de chocolat riche en caféine Scho-Ka-Kola (Schokolade-Kaffee-Kolanuss) dont le nom était imprimé en lettres gothiques sur la boîte à destination de la Wehrmacht avec, dans un cercle central, soit l'aigle à croix gammée, soit la date de production]

    une petite boîte, un demi-pot, contenant du café concentré.

    1 pot de mortadelle

    1 pot de Maplet leat, Cheese [probablement le fromage américain Maple Leaf Cheese].

    7 paquets d'aliment concentré.

    1 paquet de biscuits Craquers

    1 boîte contenant des tablettes du produit Domino Cane Sugar [marque américaine de sucre, conditionné en tablettes d'environ 5,5 g, faisant partie de la ration alimentaire quotidienne des troupes américaines]

    4 tablettes de chocolat

    des mégots de cigarettes

    1 volume, de l'Histoire Générale de l'Art de Max Rooses Flandre

    Max Rooses LD 1944.png1 peigne avec son étui en cuir

    1 costume bleu marine

    1 bouteille de cognac ouverte [élément barré : il se retrouvera dans l'inventaire des affaires de Robert Du Welz]

    1 paire de bretelles

    1 cravate

    3 paires de chaussettes de laine

    8 mouchoirs

    2 caleçons neufs

    1 chemisette en maille

    1 chemise bleue neuve

    1 pyjama gris

    1 faux col

    1 serviette

    1 gant de toilette

    1 chemise homme de couleur verte en soie

    1 chemise homme de couleur grise »

     

    Commentaire judicieux de Bert Govaerts : « Dans les bagages de Degrelle figurait également un vieux livre de Max Rooses, le premier conservateur du Musée Plantin-Moretus d'Anvers : Flandre, le volume consacré à la Flandre d'une collection internationale sur l'histoire de l'art. L'intérêt de Degrelle pour l'art et l'histoire de l'art était manifestement si grand qu'il estimait un livre spécialisé de 332 pages aussi vital que de la mousse à raser ou des sous-vêtements. » (p. 14-15. L'édition originale de cet ouvrage de référence publié chez Hachette date de 1913 ; ici, une réédition de 1944).

     

     

    On constatera immédiatement que, dans ce rapport exhaustif, il n'est nullement question de bijoux volés à Bruxelles et dont l'ineffable faussaire que l'Université de Liège employa hélas comme professeur prétendit qu'ils permirent au rescapé du crash de vivre « de la vente de [ces] bijoux pendant les premiers temps de son exil espagnol... » (Francis Balace, La nuit la plus courte... La libération de Bruxelles, in Jours de guerre, t. 19, « Jours libérés I », 1995, p. 59.). Le prétendu historien prétendra alors étayer sa scélératesse par une source confortablement invérifiable : « selon des agents américains de l'O.S.S. qui le surveillaient »... Et d'essayer de crédibiliser cette crapuleuse calomnie en divaguant une histoire du trésor : « Degrelle [...] se fait remettre bijoux et lingots, dans l'intention, dira-t-il, de les renvoyer en Belgique. Cette restitution n'aura jamais lieu. »

     

     

     

    Histoire tous HS 11a.jpeg

    Comme pour tous les crimes dont on l'a accusé, Léon Degrelle a bien sûr réagi à la rumeur qui le faisait vivre du butin d'exactions criminelles commises par des rexistes dévoyés. C'était dans le numéro spécial n° 11 d'Histoire pour tous, daté de mars-avril 1979. À l'époque, c'est un certain Yves Naud qui s'était chargé de la calomnie.

     

    Chose qui n'existerait plus aujourd'hui, la revue communiqua l'article-réquisitoire à l'accusé avant publication afin de lui permettre de se défendre. C'est ce que fit vigoureusement et avec rigueur Léon Degrelle dans sa Réponse à mes accusateurs.

     

    Histoire tous HS 11b.jpeg

     

    Dans son ultime Réponse à Léon Degrelle, le prétendu historien emberlificota encore la légitimité de ses accusations dans des considérations à nouveau tout à fait étrangères à Léon Degrelle et à la Légion Wallonie : « Le nettoyage du ghetto de Varsovie, les exécutions sommaires à l'Est et à l'Ouest : autant de crimes qu'il est impossible de passer sous silence. » Et de justifier (tout en prétendant le regretter) l'exploitation de prétendues sources devant obligatoirement rester secrètes : « Nous espérons vivement qu'une réforme rapide [sic] de ces lois permettra un jour [sic] aux historiens de travailler dans de meilleures conditions et d'être, ainsi [sic], à l'abri de pareilles accusations » !

     

    Seize ans plus tard, en 1995, un an après le décès de l'éternel proscrit, la situation n'avait, semble-t-il, toujours pas évolué : un « professeur » de l'envergure d'une Besace (ainsi le surnommait Léon Degrelle au vu de ses tsunamis d'affabulations) se cache encore derrière d'introuvables « agents américains de l'O.S.S. » pour recycler le mensonge du recel lucratif. À nouveau seize ans plus tard, en 2011, pourquoi le « chercheur » se priverait-il d'un trucage aussi commode ? Il sollicitera alors une source clandestine pour affirmer que le Chef de Rex se serait vu refuser une promotion au demeurant jamais sollicitée (ce blog au 31 juillet 2017).

     

    Et certes, nous pouvons donc adopter l'argumentation de Léon Degrelle qui, elle aussi, est toujours d'actualité : « M. Besace se garde bien de présenter les preuves dont il parle. Le dilemme est pourtant net : ou elles existent ou elles n'existent pas. Si elles n'existent pas, et que Besace en fait état, que signifie cette pantalonnade ? Et si elles existent, qui empêche Besace de la communiquer à ses lecteurs ? Chacun, vous comme moi, est en droit de lui demander de sortir son document. »

     

     

    C'est très sereinement que Bert Govaerts va rétablir la vérité : « Selon l'historien liégeois Francis Balace des agents secrets américains rapportent à cette époque que Degrelle vit de la vente de bijoux », précisant en note : « Degrelle a confirmé dans la longue interview à Maurice de Wilde [pour sa série L'Ordre Nouveau diffusée par la télévision flamande à partir de 1982] qu'il avait eu connaissance des vols de bijoux par des rexistes mais qu'il leur avait confisqué le butin, du volume d' « une boîte en carton » et renvoyé en Belgique. Pierre Dengis, le chef du service de sécurité interne de Rex, a raconté au même De Wilde qu'il avait retrouvé le butin, selon lui cinq coffres, mais que les Allemands les avaient saisis et mis en sécurité dans une banque de Hanovre. Après la guerre les propriétaires légitimes auraient pu récupérer les bijoux grâce à ses indications. » (pp. 46 et 261, note 59 ; seule petite confusion de la part de Bert Govaerts, ce n'est pas dans l'article Les hoquets de la liberté, publié dans le vol. 20 de Jours de guerre, mais dans l'article sur La libération de Bruxelles que le menteur académique a publié ses insanités. Sur ce qu'il faut penser du traitement fallacieux de l'histoire opéré par ce professeur charlatanesque, voir ce blog, entre autres, aux 30 juin 2016, 6 juillet et 8 novembre 2019).

     

    En l'absence de sources irréfutables et de faits établis concernant l'implication de Léon Degrelle dans cette affaire des bijoux bruxellois, Bert Govaerts donne également une leçon de bon sens à l'usurpateur qui déhonore l'université : « Les bagages de Degrellle ont été minutieusement fouillés dès son arrivée à San Sebastián. Dans les documents disponibles, il n'est aucunement question d'or ou de bijoux. Mais l'ombre d'un petit doute plane néanmoins sur ces rapports. Il est question de dix coffres de voyage qui ont “disparu”. Cela semble beaucoup, mais ces coffres n'appartenaient évidemment pas au seul Degrelle. Leur contenu est décrit : meilleurs uniformes militaires, vêtements civils, meilleurs sous-vêtements, jumelles, décorations... Est-ce qu'à ce moment, Degrelle, gravement blessé, aurait pu mettre aussitôt en place une combine pour garder son trésor de guerre loin des regards ? Cela paraît tout de même fort improbable. Il pourrait aussi avoir été volé. En tout cas, au moment de sa prétendue expulsion [vers le Portugal, le 21 août 1946], il était tellement nécessiteux que Franco jugea nécessaire de lui faire remettre une somme importante [20.000 pesetas : ce blog au 31 mars 2021]. » (p. 46).

     

     

    Handelsblad 1946.09.17 Franco LD Serviteur.png

    Avoir involontairement provoqué la mort de Pierre Laval en autorisant son extradition blessa douloureusement la Hidalguía (esprit chevaleresque espagnol) de Franco et lui servit d'amère leçon : il ne livrera pas Léon Degrelle à la Belgique en pleine fureur d'épuration. Mieux même, au vu de son dénuement total, le Caudillo lui octroya un secours de 20.000 pesetas pour subvenir aux premiers besoins de son exil. Et ce ne fut aucunement en faisant du persécuté son maître d'hôtel, comme le suggère le journal économique flamand Het Handelsblad (17 septembre 1946) : « OÙ EST DEGRELLE ? Franco : Laissons-les seulement chercher, Léon. En Pedro, mon majordome, ils reconnaîtront difficilement l'ancien Chef de Rex”. »

     

     

    Bert Govaerts ajoutera encore, –in cauda venenum !–, à propos des commentaires des agents secrets américains sur les sources de revenus de Léon Degrelle : « Des agents de la CIA écrivent également, au début des années cinquante, qu'il retirait des émoluments royaux de ses publications. Ce qui est tout de même quelque chose de plus vraisemblable. » (p. 46). Et, contrairement au docte imposteur ex cathedra, de préciser ses sources, extraites d'Internet Archive (p. 261, n. 61), d'en publier la copie (p. 76, avec une malheureuse faute de frappe dans la légende explicative du rapport, le datant de 1954 au lieu de 1953) et d'en donner la traduction (p. 246).

     

    C'était d'ailleurs déjà la conclusion de Jean-Marie Frérotte (Le dernier fasciste, Legrain, 1987) à qui Léon Degrelle avait apparemment fait quelques confidences lors de ses rencontres de 1982 et 1983 (p. 5) ; « Pas mal de chefs nazis [...] sont partis, cousus d'or [...]. De là à dire que le Heinkel 111 était rempli d'or, c'est plus facile à dire que de franchir les Pyrénées. De l'or, [Léon Degrelle] en avait : un petit bâton d'environ 300 grammes, vendu 16.000 pesetas à l'arrivée à San Sebastián : pas de quoi bronzer bien longtemps. De quoi put-il vivre pendant 40 ans ? Essentiellement de sa plume. Jamais il n'a cessé d'écrire et ses papiers se vendent pas mal. » (p. 220).

     

    Difficile de croire que l'évadé d'Oslo aurait avoué à Frérotte quelque implication dans les pillages criminels de bijouteries bruxelloises. On sait que Léon Degrelle possédait de la fortune, dont il donna l'essentiel à son épouse lors de son transfert en Westphalie, le 31 août 1944 (ce blog au 20 octobre 2023). Comment ce lingotin d'or de probablement 250 grammes se retrouva-t-il en Espagne ? Son propriétaire l'avait-il sur lui (probablement ne fut-il pas personnellement fouillé car l'agenda qui se trouvait dans une des poches de son uniforme échappa également à l'inventaire : « Les Espagnols ne le remarquèrent probablement pas », p. 50) ou put-il se le faire envoyer de Belgique ? Bert Govaerts sait en tout cas que  « Degrelle avait donc réussi à sauver certains effets des mains de la justice et même à les faire parvenir en Espagne. » (p. 265, n. 142). La somme obtenue par la vente de cet or, même bradé, donne quand même une idée de l'importance du viatique de 20.000 pesetas que le Caudillo fit parvenir à son protégé encombrant.

     

     

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    Dans les dossiers du Ministère des Affaires étrangères, Bert Govaerts a également trouvé quelques photographies assez floues de Léon Degrelle soigné à l'Hospital Militar General Mola. Leur intérêt est qu'elles furent prises clandestinement à partir du consulat honoraire de Belgique à San Sebastián, peut-être par le consul lui-même, Pierre de San (directeur de la succursale espagnole de la firme Remy, leader mondial dans la production d'amidon de riz) ou par le vice-consul Luis Lizarriturri, ancien agent de la Sûreté de l'État belge, également impliqué dans la toute première tentative d'enlèvement de Léon Degrelle (pp. 18-20 ; ce blog au 3 janvier 2023). Le consulat devait probablement se trouver dans un bâtiment en face de l'hôpital, près du croisement entre le Paseo del Duque de Mandas et la Calle Aldakonea. D'après Bert Govaerts, les photos ont été prises à l'été 1945 et montreraient Léon Degrelle en compagnie de ses gardiens militaires sur une terrasse de l'hôpital (voir aussi ce blog au 16 septembre 2022).

     

     

    Une tentative d'enlèvement inconnue

    Voici quelque temps déjà, nous avons passé en revue les multiples tentatives d'enlèvement et d'assassinat qui ont visé Léon Degrelle tout au long de son exil (ce blog au 3 janvier 2023). Nous en avions dénombré pas moins de treize !

     

     

     

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    L'hebdomadaire flamand 't Pallieterke : « Degrelle ne doit d'être devenu plus célèbre qu'à l'interdiction qui pesait sur lui. » (21 août 2025).

     

     

    Dans sa récente interview à l'hebdomadaire flamand 't Pallieterke (21 août 2025), Bert Govaerts ne croit pas vraiment fondées ces tentatives de kidnapping de Léon Degrelle. Tout au plus en recense-t-il cinq, et encore met-il en doute l'entreprise du colonel Georges de Lovinfosse : « Il faut le croire sur parole », estime-t-il. Les autres sont pour lui encore plus suspectes car « seul Degrelle en a fait mention ».

     

    Cela n'est pas très exact car l'ordre de mission, signé par le Premier ministre Achille Van Acker, dont pouvait se prévaloir Lovinfosse fut publié dans La Libre Belgique le 18 décembre 1974 et le colonel n'agissait pas seul ; il existe des témoignages (Me Paul Stasse, André Hautain, William Ugeux...) qui doivent être disponibles dans les archives du Cegesoma.

     

    Quant à la tentative d'enlèvement par des bras cassés communistes recrutés par les services secrets israéliens, fin 1964, elle doit bien avoir été documentée quelque part puisque la Sûreté espagnole arrêta les auteurs qui furent condamnés à de lourdes peines de prison en février 1965. De même que la tentative d'assassinat organisée en juin 1969 par le Belge Oscar Herman et déjouée encore par la Sûreté espagnole...

     

    Toujours est-il que Bert Govaerts nous en sert une nouvelle – et inédite–, de tentative d'enlèvement. Une quatorzième donc ; et la troisième à placer dans l'ordre chronologique de notre liste des « tentatives criminelles contre Léon Degrelle » (ce blog au 3 janvier 2023). Même si, à nouveau, elle relève de l'amateurisme loufoque. Mais laissons parler l'auteur.

     

    « Un fonctionnaire des Affaires étrangères à Bruxelles, le secrétaire d'ambassade de première classe, Marcel Houtman, s'amène avec un nouveau plan. Il n'y a pas qu'à la Duchesse de Valence que Léon Degrelle fasse tourner la tête. Houtman veut lui tendre un piège. Le mythe Degrelle intègre désormais également l'histoire selon laquelle il connaîtrait de noirs secrets du gouvernement qu'il pourrait révéler à l'occasion d'un nouveau procès. Ce qui pourrait fournir une explication à l'intransigeance de Spaak. Houtman veut réagir à cela. Il veut faire croire à Degrelle que le gouvernement belge a peur de ses révélations, ce pourquoi il lui propose un passeport argentin en échange de son silence. Ce passeport devrait lui être délivré par des diplomates belges, qui lui proposeraient en même temps de le conduire au port de Bordeaux d'où partirait son bateau pour Buenos Aires. Mais au lieu d'aller à Bordeaux, ils rouleraient simplement vers Bruxelles. À l'ambassade de Belgique à Madrid, quelqu'un fait remarquer que ce plan puéril a été conçu par un collègue devenu diplomate sans passer aucun examen. Il est naturellement irréalisable pour des raisons pratiques, mais aussi éthiques : C'est porter atteinte à la dignité du gouvernement belge de tromper quelqu'un aussi grossièrement, même s'il s'agit d'une canaille comme Degrelle”. » (pp. 35-36 ; le document exploité par Bert Govaerts date du 17 août 1946).

     

     

    Nation belge 1946.09.21 Spaak LD.png

    Les « noirs secrets » de Léon Degrelle concernant Spaak et ses offres de service à l'Allemagne après la capitulation de la Belgique relèveraient-ils vraiment du « mythe Degrelle » ? Ici, la « Une » de La Nation belge du 21 septembre 1946 (voir aussi ce blog aux 11 octobre 2016 et 7 juin 2018).

     

     

    L'avocat Marcel Houtman (1910-1948), secrétaire général de l'Association libérale d'Ixelles, à l'origine d'une ligue antirexiste et témoin à charge cité par le ministre libéral Marcel-Henri Jaspar dans son procès contre Léon Degrelle en 1937 (ce blog au 3 mai 2024), ne nous est quand même pas tout à fait inconnu.

     

    Paul Sérant, ancien résistant français, historien de l'épuration en Europe occidentale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a épinglé la haine fanatique de l'ancien résistant belge appelant de ses vœux « une épuration ayant le caractère implacable de l'hitlérisme » ! Et de conclure avec raison le portrait de l'aspirant Fouquier-Tinville de la répression aveugle par cette évidence : « peut-on vraiment cimenter le moral d'une nation en exaltant la haine des citoyens contre les hommes qui sont, qu'on le veuille ou non, leurs compatriotes ? » (Les Vaincus de la Libération, Robert Laffont, 1964, pp. 383-384).

     

     

    Marcel Houtman DH 1948.01.25.pngLa Dernière Heure, 25 janvier 1948.

     

    La haine d'Houtman semble s'être particulièrement focalisée sur Léon Degrelle qu'il tient pour responsable de ses déboires carcéraux, ainsi qu'il le détaille dans Après quatre ans d'occupation..., rabâchage de ses ressentiments publié dans la foulée de la Libération (Ferdinand Larcier, 1945) : « Pour ma part, je me rappelais mes écrits, ma propagande anti-naziste d'avant-guerre, ma lutte acharnée contre le parti rexiste, la création du mouvement Belgique-Toujours opposé à Rex, mes interventions dans le procès intenté à Degrelle, tout ce que, pour avoir eu mille fois raison, je payais aujourd'hui de la paille humide du cachot. » (p. 54). Léon Degrelle qu'il compte d'ailleurs stupidement parmi les voleurs et profiteurs de la Collaboration (c'est un leitmotiv cher aussi aux historiens à la Francis Balace, voir ci-avant) : « Il est certain que des traîtres en vedette ont pris des précautions, pendant la guerre, pour mettre leurs biens en sécurité. C'est ainsi que, dès avril 1943, Degrelle se préoccupait de liquider ses biens en Belgique. Au lendemain même d'un discours au Palais des Beaux Arts où il annonçait la certitude de la victoire allemande, Degrelle hypothéquait tous ses immeubles, notamment sa villa de la drève de Lorraine, à Bruxelles, et chargeait le notaire Moulin –qu'il fit arrêter dans la suite– de lui acquérir pour plusieurs millions de terrains (le rexisme rapporte) dans l'Estérel. [...] Il importe d'atteindre tous ces biens, fussent-ils réfugiés au delà des frontières. » (p, 154).

     

    On ne s'étonnera donc pas que ce patriote à la vengeance boulonnée au crâne ait tout fait pour traîner au poteau d'exécution celui qui cristallisait sa furieuse rancœur. Bert Govaerts nous prévient d'ailleurs qu'il ne devait qu'à sa qualité d'ancien résistant d'avoir été pistonné dans le cadre diplomatique (« sur base d'une mesure exceptionnelle », p. 259, n. 40). Ce qui ne put qu'indisposer tous ceux dont la carrière n'existait et ne se développait que par l'examen sélectif de leurs compétences.

     

    Aussi les collègues frustrés s'empressèrent-ils de torpiller joyeusement l'infantile machination élucubrée par ce fonctionnaire dont le poste ne servait sans doute qu'à assouvir sa vengeance.

     

    À suivre

     

     

     

  • Un nouveau livre consacré aux 50 années d'exil en Espagne de Léon Degrelle

     

    2025 : décidément une Année Degrelle !

     

     

    Govaerts Spaanse jaren LD.jpeg

     

    L'année 2025 ne compte encore seulement que six mois et voilà déjà qu'apparaît un troisième volume consacré au fils qu'Adolf Hitler se fût choisi, Léon Degrelle, le dernier Commandeur de la Légion des Volontaires wallons au Front de l'Est !

     

    Après Rex ter zege de Bruno Cheyns (524 pages, ce blog au 28 février 2025) et Léon Degrelle de Frédéric Saenen (360 pages, ce blog au 25 mars 2025), sort aujourd'hui de presse un De man die uit de lucht viel, De Spaanse jaren van Léon Degrelle, 1945-1994 («  L'Homme qui tomba du ciel, Les années espagnoles de Léon Degrelle, 1945-1994 », 275 pages), de Bert Govaerts.

     

    Ces publications se succédant à un rythme rapproché constituent sans doute le plus cinglant démenti à la prétention exterminationniste de l'hebdomadaire flamand 't Pallieterke qui, voilà dix ans déjà, croyait pouvoir annoncer la mort médiatique de Léon Degrelle (la presse du sud de la Belgique n'avait alors pas évoqué le 80e anniversaire du ras-de-marée rexiste aux élections législatives de 1936) et inscrivait cet oubli volontaire (?) dans une stratégie francophone destinée à « couillonner les Flamands » en leur réservant à eux seuls le rôle de vilains Kollaborateurs (ce blog au 10 juin 2016) !

     

    À moins qu'il ne faille justement voir dans le fait que deux de ces trois ouvrages soient écrits en néerlandais une réaction flamande pour insister sur le passé non moins collaborationniste des Wallons (sur ce sujet, voir aussi ce blog au 12 janvier 2021) ?... Nous le saurons si la gazette nationale-linguistique en rend compte en reprenant significativement cette obsession inepte.

     

    Erfgoed.jpgBert Govaerts, l'auteur de ce pendant du Degrelle en exil de José Luis Jerez Riesco (ce blog au 28 mai 2016), n'éprouve en tout cas –contrairement à ce dernier– pas la moindre sympathie pour Léon Degrelle ou ses idées au sens le plus large (c'est-à-dire quelque nationalisme que ce soit, y compris flamand ; c'est pourquoi nous nous faisons un plaisir de publier notre commentaire ce 11 juillet, fête de la communauté flamande célébrant la bataille des Éperons d'Or en 1302).

     

    La courte notice de quatrième couverture présente Bert Govaerts comme un réalisateur de documentaires pour la chaîne publique flamande de radio et télévision, VRT. Ce qui lui donne certainement l'indispensable certificat « politiquement correct » pour se voir publié. On peut visionner sur Internet un exemple de son travail, Bommen op de Stad  Des bombes sur la ville ») à propos du bombardement d'Anvers par les V1 et V2 à la fin de la guerre. Son intérêt pour l'histoire de la Seconde Guerre mondiale s'est également traduit par la publication récente d'un livre –« Patrimoine en fuite »– sur l'évacuation de trésors des musées flamands, cachés dans les caves du château wallon de Lavaux-Sainte-Anne.

     

    C'est la présentation publiée par l'historien flamand Pieter Jan Verstraete (ce blog au 8 novembre 2019) sur le site du Mouvement flamand Doorbraak  Percée ») qui nous a appris l'existence de cette étude originale sur les années d'exil de Léon Degrelle.

     

    Verstraete.jpegPieter Jan Verstraete, coauteur (avec l'ancien Verdinaso Maurits Cailliau, principale cheville ouvrière du Centre d’Études Joris Van Severen) d'une « photobiographie » de Joris Van Severen (ce blog au 21 février 2021), est également l'auteur prolifique d'innombrables biographies de personnalités –essentiellement flamandes– de la Collaboration, dont, en 2011, un court essai (158 pages) intitulé Le beau Léon, tout à fait superficiel et fantaisiste et –on ne s'en plaindra pas– désormais indisponible.

     

    Soucieux de « correctitude » politique, il y dénonçait le film La Führer de vivre de Philippe Dutilleul (ce blog aux 21 juin 2018 et 20 décembre 2022) car « nulle part, il n'a été mentionné que [Degrelle] était un véritable satyre sous forme humaine, un fasciste obstiné et corrompu, un menteur, une mauvaise personne... » et ne manquait pas de célébrer l'abject Jonathan Littell (ce blog aux 8 février 2018 et 19 septembre 2024) qui, dans son scatologique Le sec et l'humide, aurait analysé « méticuleusement la langue utilisée par Degrelle dans le récit épique du Front de l'Est, La Campagne de Russie » !...

     

    C'est probablement cet alignement de P.J. Verstraete sur le dénigrement aujourd'hui tacitement obligatoire du chef de Rex qui explique qu'il n'émette aucune remarque sur les préjugés, sous-entendus et calomnies proférés par ce M. Govaerts, ni même sur son style au ton carrément dénigrant qu'il salue au contraire comme constitutif d'une « grande verve » !

     

    Et de proclamer en conclusion qu'il a ainsi « brillamment réussi à compléter les années en grande partie manquantes » de la biographie de Léon Degrelle, lui apportant un « complément utile et bienvenu [...] bien écrit et au contenu riche ». Pour lui, son caractère scientifique serait établi par ses « quelques annexes, ses notes rassemblées en fin d'ouvrage, la bibliographie et l'index des noms ». Sauf que si la bibliographie va jusqu'en 2025, incluant Frédéric Saenen (ce blog au 25 mars 2025), elle ignore superbement notre blog Dernier Carré – Léon Degrelle (pourtant connu, évoqué inutilement p. 269), passe sous silence l'ouvrage posthume de Léon Degrelle, Cristeros (ce blog au 7 février 2019), ainsi que les contributions d'Armand Gérard dans Synthèse nationale (ce blog au 23 janvier 2016) ou le Magazine des Amis de Jean Mabire (ce blog au 27 janvier 2016), indispensables à la compréhension des relations entre Léon Degrelle et Hergé.

     

    Ce qui ôte quasiment toute pertinence à nombre de considérations de Bert Govaerts, depuis l'odyssée menant Léon Degrelle en Espagne à bord du Heinkel d'Albert Speer (ce blog aux 18 juin 2020 et 19 septembre 2024), jusqu'à l'épisode final de la dispersion de ses cendres (ce blog aux 31 mars 2019 et 15 juin 2024), en passant par « l'affaire Tintin mon copain » (ce blog à partir du 21 septembre 2020 et du 27 décembre 2021 au 5 janvier 2022), les relations de Léon Degrelle avec Jean-Marie Le Pen (ce blog au 10 janvier 2025) ou même avec le pape Jean-Paul II (ce blog au 25 juillet 2020)...

     

     

    Standaard 10.07.2025 Govaerts3.png

    Bert Govaerts (en médaillon) entre constats, appréciations et carabistouilles :

    - Constat et appréciation personnelle : « Degrelle n'aimait rien de plus que l'écriture, c'était une obsession. Il était moins motivé pour une carrière d'homme d'affaires. »

    - Carabistouilles : « Il paraît qu'un passager [du Heinkel crashé à San Sebastian] a perdu un bras, un autre, une jambe » (De Standaard, 10 juillet 2025, p. 12).

     

     

    Au moment d'écrire ces lignes (10 juillet 2025), un bon et fidèle ami flamand nous a procuré le quotidien De Standaard du jour. De Standaard était autrefois un journal catholique, associant fièrement son titre à la devise du Mouvement flamand AVV-VVK (« Tout pour la Flandre – La Flandre pour le Christ ») qui a depuis longtemps disparu (en septembre 1999 !), le journal accentuant toujours plus une mue politiquement correcte s'apparentant désormais au wokisme. C'est ainsi qu'il concurrence Govaerts en traitant Léon Degrelle de tête pleine de vent (le terme utilisé, blaaskop –littéralement « tête de soufflage »–, désigne au sens figuré, selon le Grand Dictionnaire de la Langue néerlandaise, « quelqu'un qui utilise beaucoup de mots pour ne rien dire ») : « Finalement, on pourrait le définir [Léon Degrelle] comme une enflure fasciste. »

     

    La gazette publie donc ce jour une interview illustrant éloquemment les limites des compétences du prétendu « historien » Bert Govaerts : évidences présentées de manière blessante, stupides approximations, considérations négatives et affirmations mensongères faussant bêtement l'histoire. Un exemple révélateur est son récit des rapports de Léon Degrelle avec Adolf Hitler.

     

    Standaard 10.07.2025 Govaerts4.pngÉvidence: « Absolument aucun combattant flamand du Front de l'Est ne s'approche même de l'ombre de la réputation de Degrelle ». C'est bien ce que n'avale pas un journal tel que 't Pallieterke (ce blog au 23 février 2020), alors que Léon Degrelle a bien expliqué (in Jean-Michel Charlier, Léon Degrelle : Persiste et signe, p. 265) l'erreur flamande de s'être immédiatement laissé malaxer dans la Waffen-SS sans la moindre négociation (ce blog au 10 décembre 2017).

     

    Approximation : « Le chef de la Légion wallonne obtint jusqu'à deux reprises une audience auprès d'Adolf Hitler.» Jamais Léon Degrelle ne demanda d'audience au Führer : c'est le Führer lui-même qui, à deux reprises, envoya son Fieseler Storch privé chercher sur le front le soldat valeureux qu'il tenait à honorer personnellement en son Quartier Général (ce blog au 29 septembre 2020).

     

    Considérations négatives : « Ce faisant, le dictateur lui mit autour du cou la croix de chevalier, pour ainsi dire la plus haute décoration militaire. Jusqu'à la fin de sa vie, il a chéri ce bijou et le porta occasionnellement en public. » La cravate de chevalier de la Croix de Fer constitue sans aucun doute la décoration militaire allemande la plus estimée et respectée, mais, dans le cas de Léon Degrelle, Govaerts se plaît à la réduire à l'état de bijou arboré par vanité.

     

    Affirmations mensongères : « Selon Degrelle, Hitler lui aurait murmuré : Si j'avais un fils, je voudrais qu'il soit comme vous ! [...] Mais il ne parlait pas l'allemand, et Hitler, pas le français. L'entretien n'a duré qu'à peine quelques minutes et l'interprète présent ne put se rappeler cette conversation. Néanmoins, Hitler l'appelait parfois mon garçon”. Peut-être Degrelle a-t-il menti sur la vérité. »

     

    Sur la parfaite connaissance du français par Adolf Hitler, voir ce blog aux 26 avril 2023.

     

    Sur la connaissance correcte de l'allemand par Léon Degrelle, voir ce blog au 26 mai 2022.

     

     

     

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    Léon Degrelle accompagne le général Herbert Otto Gille à la prise d'armes célébrant la conquête de la forêt de Teclino par les Bourguignons, le 21 janvier 1944.

     

    Nous ajouterons encore à cet important dossier, le témoignage irréfutable de l'héroïque soldat Henri Moreau qui perdit les deux avant-bras dans les combats d'Estonie d'août 1944 :

    « La cérémonie [prise d'armes après les féroces combats de la forêt de Teclino (Ukraine) en janvier 1944] ne saurait se terminer sans discours. Après le Gruppenführer Gille vient le tour du Hauptsturmführer (capitaine) Léon Degrelle.

    Le chef du mouvement rexiste, qui compte les meetings par milliers et les combats par dizaines, affectionne les beaux morceaux d'éloquence. Il vante les hauts faits de ses Bourguignons aux officiers de la Waffen SS, hommage à notre courage. Mais si en français, Degrelle parle comme un tribun, en allemand, il récite comme un écolier, malgré son éloquence enflammée... L'accent ardennais de notre meneur provoque le sourire du Gruppenführer Gille. Après tout, ce que le prestigieux général SS demande à ses hommes de la Sturmbrigade Wallonie ce n'est certes pas de parler un bon allemand mais de se battre en braves Belges. » (Paul Terlin, La neige et le sang, p. 52).

     

    Sur la vraisemblance de la phrase « Si j'avais un fils... », voir ce blog aux 21 juin et 20 juillet 2018 et sur l'avis de l'interprète de Hitler (« Le maître du IIIe Reich avait un faible pour Degrelle : il l'appelait le gamin », précisons que Paul-Otto Schmidt qui rapporte ce détail significatif n'assista pas à la fameuse rencontre du 27 août 1944), ce blog au 12 mai 2016.

     

     

    *

     

    Pour donner quand même une idée plus précise de l'éclairage systématiquement dépréciatif que le prétendu « historien » Govaerts porte sur son « héros », voici la traduction des toutes premières lignes de son travail biographique sur les cinquante dernières années de la vie de Léon Degrelle :

     

    « Le timing n'a pas été vraiment parfait : Léon Degrelle mourut le Jeudi Saint 31 mars 1994, à 23h15. Le Vendredi Saint aurait mieux convenu à son ego, mais ces 46 dernières minutes ne lui furent pas accordées. Le 1er avril 1994 eût également été une date plus attrayante pour des raisons militaro-historiques : cinquante ans jour pour jour après que, à bord d'un véhicule blindé emprunté et accompagné de trois de ses petits enfants, il parcourut les rues de Bruxelles à la tête des survivants de sa Sturmbrigade Wallonien, acclamé avec enthousiasme par une foule nombreuse. L'homme qui brava mille dangers sur le Front de l'Est, mourut très bourgeoisement, comme un vieux pacha, dans un lit d'hôpital tout près d'une Costa espagnole, à Malaga. Il avait atteint 87 ans. »

     

    Nul doute que si Léon Degrelle eût vu son agonie prolongée de trois quarts d'heure, Govaerts-le-raffiné se fût réjoui du bon poisson d'avril que le destin eût réservé à l'auteur de Révolution des Âmes et du Siècle de Hitler...

     

     

     

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    L'hôpital Parque San Antonio sur l'avenue longeant la plage de Malaga-Este, tel qu'il était en 1994 lorsqu'il accueillit Léon Degrelle pour l'alerte cardiaque qui lui fut fatale. 

     

    La chambre de Léon Degrelle (qu'il occupait seul), au troisième étage, donnait directement sur la mer ; son lit était le plus proche de la fenêtre.

     

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    On observera que le Commandeur de la Wallonie parvint en Espagne, le 8 mai 1945, par sa façade Atlantique, sur la plage de San Sebastian. Les circonstances dramatiques de l'atterrissage de son avion lui évoquèrent la protection de Saint Michel Archange, justement fêté ce jour-là. Aussi publia-t-il, au premier anniversaire de son arrivée, cette prière d'action de grâce (ce blog au 19 avril 2019).

     

     

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    8 MAI

    Apparition de

    Saint Michel Archange

    Alléluia, alléluia. Défendez-nous dans le combat, ô Saint Michel Archange, afin que nous ne périssions pas dans le terrible jugement. Alléluia.

    La mer fut ébranlée et la terre trembla quand l'Archange Saint Michel descendit du ciel. Alléluia.

    (Messe du 8 mai)

     

    En souvenir du 8 mai 1945 où, échappant grâce à une protection divine constante, au "terrible jugement" d'ennemis sans pitié, je descendis à 6 h 40 min., sur la plage de la Concha de S.S., dans le grand fracas de mon avion, ébranlant la terre et la mer.

     

    C'est de l'autre côté de la Péninsule, face à la Mer Méditerranée, que Léon Degrelle remit son âme à Dieu, le Jeudi Saint 31 mars 1994, premier jour du Triduum pascal, jour du lavement des pieds, de l'absolution des péchés et de l'institution de l'Eucharistie.

     

     

     

     

  • Le meilleur fils de nos vieilles terres bourguignonnes est né voilà 119 ans !

     

     

    Léon Degrelle

    15 juin 1906 - 15 juin 2025

     

    LD Retiro.jpg

     

    À l'occasion de cet anniversaire, notre fidèle lectrice et amie Léonie, pariant que nous ne le connaissions pas–, nous a fait parvenir un livre que nous n'avions effectivement jamais lu, publié aux Éditions Rex en décembre 1932, La Belgique vivante, par Georges Suarez, avec une préface d'André Tardieu (1876-1945) écrite alors qu'il était président du Conseil (Premier ministre) et ministre des Affaires étrangères du gouvernement français.

     

    Envoyé spécial de L'Écho de Paris pour une série de reportages sur la Belgique, Georges Suarez (1890-1944) publia, du 28 octobre au 9 novembre 1931, une douzaine d'articles célébrant le plat pays à travers ses activités et réalisations littéraires, culturelles, universitaires, sociales, coloniales,...

     

    L'Echo Paris 1931.11.09 Belgique vivante.png

    georges suarez,andré tardieu,l'écho de paris,paul van zeeland,mgr picardC'est dans le cadre de cette enquête qu'on peut trouver un court et sympathique portrait de Léon Degrelle, que Georges Suarez présente comme « un Wallon pur sang, mon ami Léon Degrelle, qui est bien le plus prodigieux mélange de mysticisme, d'ingénuité, de malice, de calcul, de spontanéité et de goût à la vie que j'aie jamais rencontré chez un garçon de cet âge » (p. 22 ; L'Écho de Paris, 29 octobre 1931, p. 2).

     

    Effectivement tombé sous le charme du jeune tribun rexiste, à l'instar d'un Robert Brasillach (ce blog au 12 novembre 2020), Georges Suarez retournera pourtant sa veste sans vergogne, contrairement à l'auteur de Léon Degrelle et l'avenir de Rex, prenant résolument et bruyamment parti pour le Premier ministre Paul Van Zeeland, candidat unique de tous les partis du régime (en ce compris les communistes !) contre Léon Degrelle aux élections partielles bruxelloises du 11 avril 1937 (ce blog aux 6 mai 2016 et 14 avril 2017).

     

    Nous reviendrons plus tard sur ce désamour. Pour le moment, savourons plutôt, à l'occasion de son anniversaire, le portrait amicalement positif que trace encore Georges Suarez de l'auteur de Mon pays me fait mal et Les Grandes Farces de Louvain.

     

    LD Années 30.jpg« Auprès de [Mgr Picard (ce blog au 5 avril 2017),] apparaît la silhouette narquoise du bon poète Léon Degrelle ; j'ai déjà eu l'occasion de présenter en liberté cet infatigable boute-en-train en qui se rejoignent des soucis égaux de plaire à Dieu en se plaisant à la vie ; il y a en lui une sorte de Villon ingénu dont la fantaisie ne s'arrête qu'aux mystères sacrés.

     

    Dans sa vie impétueuse, on le découvre aussi fervent de la messe que de la bonne chère : il dirige une revue, Soirées. Il écrit des livres pleins de verve ; il rime avec bonheur. Il a le génie de l'épigramme gaie ; et ses farces font à Louvain la joie des veillées trop longues, dans les brumes de l'hiver. Il est aimé ; il possède la gaieté vraie, celle qui n'a besoin pour assaisonnement du chagrin de personne.

     

    LD Soirées 1932.02.13.jpgSous cette truculence désinvolte, fleurit un beau courage d'apôtre. Pendant les persécutions contre les catholiques au Mexique, il partit un beau jour, un petit sac à la main, fit le voyage dans la cale d'un paquebot, et débarqua à Mexico, sous un nom d'emprunt, malgré la police qui le recherchait ; traqué par les agents du gouvernement, il fit cependant une enquête complète qui a paru récemment aux Éditions Rex.

     

    Nul mieux que lui ne pouvait apporter à Mgr Picard cette collaboration sentimentale et intellectuelle sur laquelle repose la direction de l'Association catholique. »

    (pp. 65-66 ; L'Écho de Paris, 3 novembre 1931, p. 2).

     

     

  • Hélène Urraca-Cornette ? Une mère soucieuse de l'avenir de son fils...

     

    ...plutôt que maîtresse de Léon Degrelle

    cachée « Sous le manteau du Caudillo » [8]

     

     

    Bajo el manto.pngAprès l'installation de Jean-Louis Urraca chez Léon Degrelle à l'été 1956, il ne fut plus question d'Hélène à La Carlina, d'autant plus que son fils était parti faire son service militaire ; que Léon-Marie Degrelle retrouvait son père en septembre 1957 ; que le mois suivant, tous deux, fuyant le danger d'une arrestation, étaient partis à Séville chez José María Cernuda ; qu'à peine revenu à Constantina, Léon Degrelle devait vivre, le 22 février 1958, la mort violente de son fils unique; et qu'en avril 1958, Anne Lemay(-Degrelle) débarquait à Madrid pour rejoindre son père...

     

    Rodríguez fait semblant de croire que Léon Degrelle a voulu cacher sa relation avec Hélène Cornette puisque « accompagné d'Anne, il alla dîner à la maison de Serrano Suñer et de son épouse et à celle des comtes de Mayalde. De plus, il l'emmena faire la connaissance de la duchesse de Valence et d'autres amis et connaissances, en particulier Clara Stauffer qui restait la plus importante de ses relations à Madrid. Par contre, il ne lui présenta pas Hélène Cornette et celle-ci ne se rendait pas à La Carlina quand la famille de Degrelle s'y trouvait. » (p. 263).

     

     

     

    Apt Clarita Madrid Galileo14,3.png

    C'est au troisième étage de ce somptueux immeuble de la Calle Galileo qu'habitait Clarita Stauffer (capture d'écran Google Maps). Après sa délicate opération de l'estomac (septembre 1948 ; voir ci-après), Léon Degrelle dut quitter prématurément l'hôpital car son identité avait été révélée : c'est chez Clarita qu'il put trouver un refuge provisoire. Mais il n'eut pas à partager nécessairement le lit de son hôtesse qui mit à sa disposition une chambre disposant d'un cabinet de toilette (ce blog au 3 janvier 2023) ! Par la suite, ce pied-à-terre restera toujours à sa disposition pour ses déplacements à Madrid. Il s'y cacha en janvier 1951 lorsque, reconnu par des touristes belges à Cordoue, il compliqua la reprise des relations diplomatiques hispano-belges ainsi qu'en novembre 1957 (ce blog au 12 mai 2025) et avril 1958 lorsque les campagnes de presse belges le contraignirent à la discrétion. Léon Degrelle s'y réfugiera également un temps lors de la tentative d'enlèvement israélienne de 1961.

     

     

    Comme si Hélène s'était rendue après 1958 chez Léon quand Anne n'y était pas ! Et comme si faire sa connaissance eût dérangé Anne, qui rencontra la duchesse de Valence et Clara Stauffer qui, rappelons-le, nous ont été présentées comme autant de maîtresses de Léon Degrelle (ce blog au 1er septembre 2024) ! Souvenons-nous aussi que Clarita Stauffer n'eut pas à être présentée à Anne puisque c'est elle qui l'accueillit à la Gare du Nord de Madrid quand elle vint revoir son père pour la première fois depuis la guerre. À son grand plaisir d'ailleurs, comme elle nous le raconta d'emblée, tout en nous confiant ses soupçons tout indulgents : « Elle m’inspira immédiatement confiance et affection. Allemande, blonde, yeux bleus rieurs, d’apparence vive, énergique, rayonnante de force et de caractère, étreinte sincère, longue, chaleureuse… “Ma” Clarita, que j’ai aimée dès la première seconde, eut je ne sais quelle relation intime avec mon père et je m’en fiche. » (ce blog au 3 janvier 2023). Anne ne sait rien avec certitude, mais, à l'instar d'un Rodríguez (ce blog au 15 mars 2025), elle se permet des suppositions... Clara cacha en effet son père à plusieurs reprises chez elle : « il avait sa propre chambre, ses affaires personnelles » (ce blog au 3 janvier 2023). Mais d'une supposée relation extra-conjugale, Anne n'en a pourtant absolument cure : « je m'en fiche », dit-elle. Pourquoi aurait-il pu alors en être autrement avec Hélène Cornette, puisque, selon José Luis Rodríguez, ce serait justement par l'intermédiaire de Clara Stauffer qu'elle aurait connu Léon Degrelle (au cœur alors d'un réseau de maîtresses entremetteuses !) ? (ce blog au 15 mars 2025).

     

    La seule relation de son père qu'Anne sut parfaitement établie car ouvertement assumée et revendiquée, fut le lien indissoluble qu'après 1959, il développa avec celle qui fut le plus grand amour de sa vie et pour laquelle il se battit bec et ongles, y compris devant les tribunaux, Jeanne Brevet que Rodriguez appelle avec malveillance « fille d'un antiquaire » (ce blog au 12 mai 2025).

     

    Celle qui deviendra Jeanne Degrelle, oui, Anne ne l'aima jamais, sans doute parce que dans sa jalousie, elle estimait qu'elle usurpait la place de sa mère, Marie-Paule Lemay...

     

     

    LD+Jeanne mariage Anne.jpg

    Cette photographie prise le 21 juillet 1962, jour du mariage d'Anne Lemay(-Degrelle), est emblématique de la situation de celle-ci vis-à-vis de son père, Léon Degrelle, et de Jeanne, sa future belle-mère (le cliché est abîmé car il a été plié en quatre). Les deux amants (au sens d'aimants) au visage peu amène ont plutôt l'air contrariés, comme s'ils venaient d'avoir des mots avec Anne qui semble fuir à l'arrière-plan (en robe de mariée).

    (Documentation © Jacques de Schutter)

     

    Voici la manière acrimonieuse dont Anne parle de Jeanne Degrelle, à l'occasion de son mariage, dans son livre de mémoires effilochés (ce blog à partir du 23 octobre 2022) :

    « À la place [de ma mère et de ma grand-mère, les personnes les plus importantes de ma vie], je dus supporter la présence d'une dame qui, depuis un an déjà, partageait la vie de mon père. Elle s'appelait Jeanne Brevet et était divorcée d'un grand ami à moi et à mon mari, le journaliste et brillant écrivain Henry Charbonneau. » (p. 102).

    « La nouvelle femme de mon père et ses filles n'ont pas facilité la relation père/fille dont j'avais rêvé lors de notre première rencontre en 1958. Je savais que mes sœurs et moi, nous étions assez déçues de cette situation. God[elieve] se montra toujours plus indulgente. Cri-Cri [Marie-Christine] et moi, au contraire, plus fermées à toute approche. Le contact était tellement nul avec eux que nous ne fûmes pas mises au courant du décès d'une des filles de Jeanne (ainsi s'appelait Madame Brevet, compagne de mon père), emportée par une méningite fulminante à l'âge de douze ans. Ce dut être une souffrance atroce pour tous deux, mais ils ne la partagèrent pas avec nous. » (p. 108-109).

     

    Mariage Jeanne+LD 15.06.1984.jpgCatholique fidèle aux principes que lui enseignèrent ses parents et directeurs de conscience, Léon Degrelle ne divorça jamais et ne se maria avec sa compagne qu'après le décès de sa première épouse Marie-Paule Lemay à Nice, le 29 janvier 1984. Le mariage se tint le 15 juin de la même année, jour de son septante-huitième anniversaire, dans la plus stricte intimité. (Documentation © Jacques de Schutter)

     

    Commentaire d'Anne :

    « Mon père poursuivait sa relation avec madame Brevet. Tous deux, en tant que catholiques pratiquants, décidèrent de mettre de l'ordre dans leur vie et se marièrent devant l’Église. Nous autres, les filles, nous avons été mises au courant par un appel téléphonique de mon père. Cette précipitation pour légaliser sa situation chrétienne nous a blessées, ainsi que la froideur avec laquelle il nous l'a communiquée. C'était sa vie. Il était heureux. Sans problèmes économiques d'aucun ordre : sa femme avait une fortune importante qui lui permettait de s'abstraire de l'aspect prosaïque de la vie. Ils vivaient dans un somptueux penthouse, meublé luxueusement avec la collaboration de sa femme française, fille d'antiquaire. » (p. 119)

     

    Anne + Jeanne.jpg   Jeanne+God+LD+Anne Botin 19.01.1987.jpeg

    Comme dut être pénible pour Anne « fermée à toute approche » de devoir supporter la proximité affectueuse de sa marâtre ! À droite, un déjeuner au restaurant Botín, à Madrid, en janvier 1987 : Anne dont la main est enlacée par celle de son père, partage la place d'honneur avec la sculptrice du dernier buste de Léon Degrelle. Jeanne, la bien-aimée, est assise face à son mari.

     

     

    Finalement, il faut bien nous rendre à l'évidence que rien, à part des ragots, ne nous confirme les relations intimes entre Léon Degrelle et Hélène Cornette, que José Luis Rodríguez Jiménez nous présente comme obvies !

     

    Mais le témoignage du fils d'Hélène, Jean-Louis ?

     

    Nous l'avons vu : tant qu'il vécut à La Carlina, chez Léon Degrelle, jamais il ne soupçonna quoi que ce soit d'intime entre sa mère et son hôte. Et pourtant, nous rapporte Rodríguez, « À la journaliste Gemma Aguilera, il raconta que Degrelle me traita comme un fils, avec beaucoup plus de sensibilité que mes parents. Je suppose que c'est parce que c'était un grand ami –disons-le comme ça– de ma mère ; et c'est la même impression qu'il m'a communiquée. » (p. 248). C'est en fait à la journaliste catalane que Jean-Louis Urraca s'est confié, Rodríguez se contentant de reproduire le texte publié dans la traduction espagnole de son livre (p. 144).

     

    C'est aussi dans ce livre que nous apprenons comment Jean-Louis en est arrivé – peut-être même sur suggestion de la journaliste ?– à soupçonner sa mère d'avoir entretenu des relations avec Léon Degrelle : « En regardant différentes photographies conservées dans une boîte et qu'il a retrouvées, sur lesquelles sa mère et Degrelle apparaissent dans une attitude de connivence, [Jean-Louis] suppose bien qu'ils entretenaient une relation sentimentale et que c'est ce qui aurait été la véritable raison de sa présence à Séville. » (p. 145). Dans son interview de 2013, il insiste encore sur la postériorité de sa « découverte » : « J’étais là [à La Carlina], mais ce n'est qu’avec les photos et les lettres qu'ils s'écrivaient, que j'ai su clairement ce qui se passait entre eux. » (El Temps, 12 mars 2013).

     

    À partir de là, Gemma Aguilera va échafauder tout un roman bien horrifique : puisque Jean-Louis est maintenant installé à La Carlina, «  Hélène Cornette va effectuer des séjours toujours plus longs dans la maison de Degrelle, où sa mère Jeanne est d'ailleurs installée. Peut-être se sent-elle plus attirée que jamais par cet homme qui se sait plus puissant depuis que, pour dissimuler son identité, Franco lui a accordé la nationalité espagnole et qu'aujourd'hui il s'appelle José León Ramírez Reina. Avec l'aide de la Phalange espagnole, il va diriger une entreprise de construction qui recevra de nombreuses commandes de travaux de la part du Gouvernement franquiste, tandis qu'avec celle de José Finat Escrivá de Romaní, comte de Mayalde, et de Hans Joseph Hoffman, membre éminent de la Gestapo et artisan de l'établissement de nazis en Espagne, il obtiendra argent et faux documents. » (p. 145).

     

     

    Grandes+Hoffmann+AH 13.12.1942.png

    Pendant la guerre, Hans Hoffman (1916-1998) servit son pays en tant qu'interprète pour la Division Azul sur le Front de l'Est. Le Commandeur de la Division espagnole, Agustín Muños Grandes (ce blog au 1er septembre 2024), qui appréciait la qualité de ses traductions, le choisit malgré son jeune âge (Hoffman n'avait que vingt-six ans) pour être son interprète au Grand Quartier général de Rastenburg où il devait recevoir des mains d'Adolf Hitler, le 13 décembre 1942, la Croix de Chevalier de la Croix de Fer avec Feuilles de Chêne. On voit ici le Sonderführer (il ne s'agit pas d'un grade de la SS, mais du nom donné dans la Wehrmacht aux experts dont les compétences sont utilisées dans l'armée, en l'occurrence, ici, la traduction simultanée) Hoffman écouter les paroles de remerciements et d'adieu du général Muños Grandes avant de les traduire au Führer (photo publiée en quatrième page de couverture du bimensuel ASPAActualidades Sociales y Políticas de Alemania– du 15 janvier 1943). Après le rappel des Volontaires espagnols par Franco en octobre 1943, Hoffman revint à Madrid en tant qu'attaché de l'ambassade allemande.

     

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    Connu en Espagne sous le nom de Juan Hoffman, ce germano-espagnol ami du ministre-président de Bavière Franz Josef Strauss, consul général d'Allemagne à Málaga dans les années 1970, était estimé sur la Costa del Sol pour ses généreuses activités sociales.

     

    C'est un bouquin dénonçant l'Espagne, refuge nazi qui, en 2013, l'a décrit comme un dangereux agent de la Gestapo et de la SS (Rodríguez se contente d'en faire un ami de Clara Stauffer, p. 141). Malgré qu'aucun document ne fut jamais trouvé à son sujet dans les archives de ces organismes du Troisième Reich, cela suffit pour que se déclenche une invincible et foudroyante Damnatio memoriae. C'est ainsi qu'à Málaga, la Plaza Juan Hoffman a été débaptisée, de même qu'à Marbella, la Calle Juan Hoffman et à Ojén, le Colegio Alemán Juan Hoffman qu'il avait créé et que sa famille finance toujours.

     

    Une stèle rendant hommage à Juan Hoffman se trouvait sur la petite place portant son nom à Ojén (Málaga) : elle a dû disparaître (à gauche, en 2016 ; à droite en 2019, captures d'écran Google Maps).

      

    Juan Hoffmann Plaza 2016 a.png   Juan Hoffmann Plaza 2019.png

     

     

    Devons-nous épiloguer sur ces calembredaines ? Léon Degrelle se sentirait « plus puissant » alors que –nous venons de le voir– il doit fuir sa belle propriété de crainte d'être arrêté par les autorités espagnoles et extradé en Belgique ? Franco lui aurait accordé la nationalité espagnole ? (sur l'obtention de papiers officiels, ce blog au 25 mai 2019 et 3 janvier 2023). Il croulerait sous les commandes d'Etat ? (sur les entreprises de Léon Degrelle, ce blog au 3 décembre 2024). « Hans Joseph Hoffman, membre éminent de la Gestapo, » lui aurait procuré argent et faux documents ?

     

    Deux mots sur ce Hoffman qui n'eut d'autre lien avec Léon Degrelle que de lui sauver la vie. En le rencontrant en septembre 1948 tellement affaibli et amaigri par les souffrances provoquées par le réveil de sa grave blessure à l'estomac reçue pendant les combats du Caucase en 1942 (ce blog au 15 mars 2025), Hans Hoffman alerta sans délai son ami (et voisin sur la Costa del Sol), le ministre du Travail José Antonio Girón de Velasco qui prit immédiatement les choses en main, informant de la gravité de la situation le Docteur Alfonso de la Fuente Chaos (1908-1988), grand chirurgien de Madrid.

     

     

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    C'est une autre sommité de la médecine espagnole qui tenta d'alerter Léon Degrelle sur la gravité de son état : pionnier de la médecine psychosomatique en Espagne et autorité reconnue mondialement en matière de neurosciences, le Professeur Juan Rof Carballo (1905-1994) était un grand ami du spécialiste de l'endocrinologie, le Docteur Gregorio Marañon (1887-1960) dans la clinique duquel il travailla jusqu'au décès de ce traducteur de Léon Degrelle (ce blog au 31 mars 2021). Le 3 juin 1948, il réalisa les radiographies de son estomac, diagnostiquant à son patient « Juan Sanchez  » un « estomac en cascado-projection sagittale ».

     

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    Professeur de Pathologie et de Clinique chirurgicale à l'Université Complutense de Madrid, le Docteur Alfonso de la Fuente Chaos choisit une petite clinique discrète de Madrid, Calle Eloy Gonzalo, où il devait se charger personnellement de l'opération indispensable. José Antonio Girón y conduisit  « Juan Sanchez » le jour même dans sa propre voiture.

     

    « [Le chirurgien] pratiqua une opération difficile et extrêmement délicate sur l’estomac, organe qui avait quitté sa place normale [« Rotation de l'estomac 90° », note le Prof. Rof Carballo sur la radiographie] à cause du choc reçu dans la fureur de la bataille du Caucase par la déflagration d’un obus dont le souffle frappa son corps et provoqua un enfoncement près du cœur. » (José Luis Jerez Riesco, Degrelle en el exilio, p. 130).

     

     

     

    LD 1948, après opération.jpg

    Léon Degrelle après son opération à l'estomac subie dans une clinique privée de Madrid fin septembre 1948. La photo est postdatée à l'intention du journaliste d'Europe-Amérique à qui il va remettre une interview entièrement rédigée de sa main En recherchant Martin Bormann, je découvre Degrelle dans une clinique sud-américaine. La Une de l'hebdomadaire du 8 février 1951 est consacrée à l'article sensationnel abondamment illustré (la photo est publiée au bas de la page 7).

     

    Cette opération très délicate contraignit Léon Degrelle à prévoir le pire et tranquilliser sa conscience. En effet, le 22 août 1943, suite au refus de communion qui lui avait été signifié lors d'une messe à Bouillon et qu'il n'accepta pas, l'évêque de Namur l'avait excommunié (ce blog au 25 décembre 2016). L'excommunication avait été levée le 7 novembre de la même année par l'abbé Louis Fierens sur le Front de l'Est « en vertu des pouvoirs accordés aux aumôniers militaires pour la durée de la guerre ». Et même si Mgr André-Marie Charrue avait fait lire en chaire des églises de l'évêché son décret confirmant la levée de l'excommunication, Léon Degrelle craignait qu'elle ne soit valable que pour la durée de la guerre. Aussi écrivit-il, le 15 septembre 1948, à son évêque pour réitérer sa contrition : « Voilà quatre ans, avec une très grande bonté, vous avez bien voulu me relever de la sentence d'excommunication qui m'avait si péniblement frappé. La guerre n'est pas, en droit, encore terminée, mais je ne voudrais pas néanmoins prolonger à l'abri de cette confusion les délais qui me couvrent. [...] Mais je ne veux plus discuter à propos de cette triste affaire. Je préfère avoir tort tout seul si vous estimez qu'il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Chaque matin, je reçois Dieu dans mon cœur, comme aux jours lumineux de mon enfance. Et je veux que dans l'abri humain où je le reçois, il n'y ait place ni pour l'orgueil, ni pour la rancœur. [...] »

    Lettre LD Charrue 1948 cc1.jpeg

     

     

    On voit que la liaison amoureuse entre Léon Degrelle et Hélène Cornette tient davantage du postulat que de la vérité historique vérifiée. Ce postulat est d'ailleurs indispensable à notre pseudo-historien des relations coupables pour élucubrer les intentions secrètes qui se cacheraient derrière une lettre de mai 1960 où, reprenant contact avec son amie, Léon Degrelle donne tout simplement de ses nouvelles (ne disposant pas de l'original en français, nous traduisons la traduction espagnole de Rodríguez) :

     

    « Bien chère Hélène,

    Combien d'années déjà sans nous voir ! J'ai passé quelques jours très agréables avec ta mère, toujours aussi gentille, droite comme un sapin des Ardennes qui jamais ne pourra plier.

    J'ai demandé à Michel de vous transmettre un petit cadeau pour toi ainsi que pour ton mari, car cela le concerne plus particulièrement. J'espère qu'il ne me tient pas rigueur pour la vile offense de cette folle allemande dont les calomnies d'hystérique refoulée prétendaient faire tant de mal. Je reprends mes mantras : je t'envoie un vieux bouquin que j'ai trouvé dans mes fouilles et dans lequel il y a un chapitre très curieux, avec une gravure intéressante, consacré à la Reine Urraca. J'ai pensé que cela vous plairait peut-être et je vous l'envoie ; ce n'est rien qu'un petit cadeau sans prétention, mais qui te rappellera l'affection que j'ai pour toi.

    Ton fils aîné va bien, il a fait beaucoup de progrès, il me semble plus équilibré, plus stable. [...] Et moi ? Je deviens vieux, ridé, grognon. Un spectacle lamentable ! Quand je me regarde dans la glace, je ne me sens pas orgueilleux. Et quand ma mauvaise humeur se déchaîne, je m'en veux d'être devenu si difficile et si grincheux. Ma vie n'est pas amusante. Tout devient gris et noir, comme dans les peintures du dernier Goya. Quand tout cela va-t-il finir ? J'aurais dû en avoir fini le 8 mai 1945. Depuis lors, ce qui survit, c'est un fantôme qui, parfois, me fait peur.

    J'espère que toi, toute noblesse et bonté, tu es heureuse.

    Affectueusement, Degrelle »

     

    Pour Rodríguez, cette lettre est écrite « sans doute pour inviter [Hélène] à revenir, mais prudemment, au cas où la lettre serait interceptée » (p. 263) !

     

    Mais cette lettre constitue de toute évidence une reprise de contact après tant « d'années déjà sans nous voir ». Ce qui veut bien dire que depuis que Jean-Louis est parti pour son service militaire (1957-1958), Hélène Cornette n'est plus revenue à La Carlina. Ce n'est, par contre, pas le cas de sa mère, Jeanne Compveut, dont Léon nous apprend qu'elle vient de passer quelques jours chez lui, ni, bien sûr, de Jean-Louis qui, travaillant désormais à Madrid pour les compagnies Air France et Iberia (Aguilera, p. 148), lui rend encore régulièrement visite. Pour le reste, Léon Degrelle se présentant comme un vieux grognon, n'offre certes pas l'image d'un amant passionnément énamouré. Au contraire, il ne considère son amie qu'en tant qu'épouse Urraca et à qui il souhaite tout le bonheur. La raison première de son courrier était d'ailleurs le cadeau d'un livre dont un chapitre est consacré à une reine portant le nom de son mari, Urraca (reine de Castille et Léon au XIIe siècle), livre par lequel il espère leur faire plaisir à tous deux. L'occasion aussi pour Léon Degrelle de revenir sur le seul contact qu'il eut avec le mari d'Hélène, Pedro Urraca : la lettre qu'il lui écrivit pour clarifier sa relation avec son épouse.

     

     

     

    Maison Compveult Carlina.jpg

    À La Carlina, Léon Degrelle mettait cette belle maison à la disposition de Jeanne Compveult, la mère d'Hélène Cornette et grand-mère de Jean-Louis Urraca.

     

     

    Bien entendu aussi bien José Luis Rodríguez Jiménez que Gemma Aguilera vont prétendre que cette lettre, qui essayerait vainement de la nier, ne faisait que confirmer leur culpabilité ! Écrite le 4 avril 1956, soit deux ans après que leur relation se fut transformée en amitié (ce blog au 15 avril 2025), ce courrier réagit à l'accusation gravissime d'adultère portée par une personne bien identifiée, contre l'épouse de Pedro Urraca.

     

    En 2011, Aguilera écrira « Entretemps, une rumeur se répand dans le village. Tout le monde considère qu'ils sont amants. Probablement que Jeanne [Compveult] le sait aussi. Très inquiet, craignant que la nouvelle soit arrivée aux oreilles d'Urraca par son fils, sa belle-mère ou quelque militaire ou fonctionnaire franquiste participant aux banquets qu'il organisait régulièrement, Degrelle se décide à écrire au policier pour lui donner sa version des faits » (p. 137).

     

    En 2024, c'est un nouveau roman que nous propose Rodríguez : « Les séjours d'Hélène en Espagne sont toujours plus longs et Pedro Urraca finit par soupçonner que son épouse a une aventure, bien qu'il n'ait pas utilisé ses relations dans la police pour effectuer des vérifications. Urraca se servit de l'excuse de rumeurs qui lui seraient parvenues par une certaine Katya Weierter –qui aurait été blessée parce qu'elle pensait que Degrelle avait des aventures amoureuses avec au moins deux duchesses– et il finit par aborder le sujet avec sa femme. Pour apaiser ses soupçons, Hélène demanda à Degrelle d'écrire à son mari pour tout nier. » (p. 246).

     

    Dans la première version, c'est Léon Degrelle lui-même qui, craignant que son affaire n'ait été révélée au policier par Jean-Louis, sa grand-mère ou l'un de ses familiers, aurait essayé d'apaiser la mari cocu ; dans l'autre, c'est Hélène qui supplie Léon d'essayer de détromper son mari qui aurait découvert le pot aux roses !

     

    Et si le courrier de Léon Degrelle à Pedro Urraca était tout simplement à prendre au pied de la lettre ? S'il n'était effectivement qu'une franche explication destinée à désamorcer le désastre que pourrait causer les accusations d'une espèce de nymphomane déçue ?... Qu'on en juge plutôt (traduction de la traduction espagnole de Rodríguez ; entre crochets, des précisions extraites de la traduction espagnole différente d'Aguilera).

     

    « Cher Monsieur,

    C'est avec une grande consternation et un profond regret que j'ai appris que vous avez, vous et votre charmante épouse, été victimes –par courrier– d'une certaine Allemande signant ses lettres du nom de Katya. Je suis presque gêné de vous déranger avec cette brève explication sur les manigances de cette femme qui, depuis quelques mois, s'est acharnée à calomnier à tort et à travers un certain nombre de personnes dont elle ignorait tout ou pratiquement tout. Malheureusement, dans son histoire, elle s'est efforcée d'outrager une femme aussi irréprochable et aussi appréciée que la vôtre et, par conséquent, de vous nuire également.

    Il n'entre pas dans mes intentions de m'expliquer par des circonlocutions. Voici les faits : pendant des années, cette Allemande m'a persécuté d'un amour démentiel alors que je ne lui ai jamais accordé la moindre attention. Ainsi, pour pouvoir expliquer son échec, elle m'a attribué une série de conquêtes parmi un large éventail que vous pouvez imaginer par la copie de la longue lettre que vous avez reçue : depuis la duchesse de V. et la duchesse de A. jusqu'à des veuves sexagénaires que son imagination transformait en jeunes demoiselles écervelées.

    Comme j'ai eu l'honneur de faire la connaissance de votre femme chez des amis communs [à Séville] et de manifester la grande estime que je lui portais, Katya, l'Allemande, l'a attaquée avec son artillerie la plus bruyante. L'année dernière déjà, au mois de mai, elle se permit de m'envoyer, à propos de votre femme, des délires du même genre que ceux que vous avez reçus. Je lui fis une réponse absolument claire, lui faisant part en même temps de mon indignation et de ma décision de l'exclure du cercle de mes relations. [Je garde la lettre que je lui ai envoyée pour vous la communiquer et je la tiens à votre disposition, en toute confiance, pour que vous puissiez vous rendre compte du genre de folle à laquelle je fais référence].

    Évidemment, il suffit de lire ces balivernes pour que vous sachiez à quoi vous en tenir. Mais je voudrais néanmoins vous exprimer le grand regret que j'éprouve pour cet incident que, par ailleurs, j'ignorais complètement jusqu'à la récente visite chez nous de votre femme qui vous est unie avec tant de ferveur et de noblesse et qui éprouve un grand dégoût pour le tumulte que cette folle a provoqué dans sa vie de famille !

    Vous avez eu toutefois l'élégance de n'accorder aucune importance aux bavardages de cette hystérique. Et vous avez raison : votre épouse et vous-même êtes bien au-dessus de si misérables calomnies ! Cependant, je ne voulais pas que vous ignoriez d'où elles viennent. Cette femme s'appelle Weierter et vit actuellement à Madrid s'il faut en croire la mention d'expéditeur sur ses anciennes lettres, à la rue Général Oráa 23.

    Mon cher Monsieur, j'espère avoir quelque jour le plaisir de vous connaître personnellement, comme j'ai eu le plaisir de connaître votre cercle intime. C'est de tout cœur que je serais ravi de vous recevoir dans [mes] montagnes lointaines si vous aviez l'occasion de passer par ici.

    En attendant [une réponse de votre part], je vous envoie, en même temps que ma profonde estime, mes sentiments les plus sincères.

    Degrelle »

     

     

     

    Katya Madrid Gén. Oráa 23.png

    L'immeuble madrilène où habitait l'Allemande Katya Weierter, rue du Général Oráa (capture d'écran Google Maps). Cette érotomane désappointée, pour se venger de sa déroute amoureuse, passa son temps à faire de Léon Degrelle l'amant de toutes ses amies, de la Duchesse de Valence à Clara Stauffer, en passant par Hélène Cornette et à le dénoncer si possible auprès des maris trompés. Aujourd'hui, les pseudo-historiens à la Rodríguez présentent comme vérité biblique Les cinq femmes (dont une duchesse) du nazi que Franco protégeait (ce blog au 1er septembre 2024) !

     

     

    À propos de cette lettre, Rodríguez ironise : « Degrelle, consterné, fait preuve de son sens de l'humour. » (p. 246). Mais les détails très précis identifiant la malfaisante calomniatrice relèvent-ils vraiment de la galéjade ? S'il avait été convaincu de l'infidélité de sa femme, Pedro Urraca, le spadassin de Franco aux exploits policiers meurtriers, se fût-il laissé si complaisamment rouler dans la farine ?

     

    Surtout que c'est après ces graves accusations ayant convaincu, selon Rodríguez, Pedro Urraca que « son épouse avait une aventure » avec Léon Degrelle que le même Urraca laissa Hélène effectuer « en Espagne des séjours toujours plus longs » au domicile du même Degrelle !!! Plus fort encore,« Malgré les soupçons de son mari, Hélène n'eut aucun mal à convaincre Pedro, écrit-il avec ce qui doit être de l'humour très pince-sans-rire, d'accepter l'idée que son fils passe quelques années à Séville et que son épouse et sa belle-mère aille lui rendre visite à La Carlina » (p. 248) !

     

    On nage en plein vaudeville ! Mais Rodríguez est encore supplanté par plus courtelinesque : son inspiratrice (quasi-occultée, ce blog au 15 mars 2025) Gemma Aguilera a découvert une autre possible conquête de l'insatiable séducteur nazi ! Une certaine « Esperanza Ortega, la sœur d'un subalterne militaire, ami de Léon Degrelle, entretint une relation amicale avec l'ex-agent de la SS qui lui permit même de lui rendre visite à Madrid [chez Clarita Stauffer donc] quand il se fut enfui de Séville. Esperanza garde un bon souvenir de Degrelle, malgré que cette rencontre dans l'appartement où il se cachait s'acheva en bagarre et qu'ils ne se revirent plus jamais » (p. 148). On devinerait plutôt qu'Esperanza-l'allumeuse subit le même sort que Katya-la-libidineuse...

     

    C'est peut-être même Aguilera qui, au cours de ses interviews, parvint à convaincre Jean-Louis Urraca que sa mère entretenait une liaison avec Léon Degrelle. Et peut-être cette idée séduisait-elle d'ailleurs le fils rejeté par son propre père et séduit par « cet homme d'un abord affable, très cultivé, qui me considéra comme son fils, avec beaucoup plus de sensibilité que mes parents » (p. 144).

     

    Nous avons vu en effet que Jean-Louis n'a jamais rien remarqué d'anormal dans les relations entre sa mère et son hôte pendant tout le temps qu'il a passé à La Carlina. Mais qu'après avoir retrouvé des photos de « sa mère et Degrelle dans une attitude de connivence » à La Carlina, il « supposa bien qu'ils entretenaient une relation sentimentale » (p. 145). Il le confirme encore deux ans plus tard dans l'interview qu'il donne, toujours à Aguilera, pour El Temps  : « J'étais là, mais ce n'est qu'avec les photos et les lettres qu'ils s'écrivaient que j'ai su clairement ce qui se passait entre eux. » (12 mars 2013). De telles suppositions, plutôt flatteuses en ce qui le concerne, sont encore plus plaisantes pour ces journalistes d'investigation ès adultères, trop contents de lui emboîter le pas : « La mère de Jean-Louis, Hélène Cornette, va effectuer des séjours à La Carlina [...]. Pas parce que son fils lui manque, mais parce que la femme de Pedro Urraca entretient une relation amoureuse avec l'ex-officier nazi. » (El Temps, 12 mars 2013).

     

    Hélène Cornette ne confirmera évidemment jamais rien à son fils de ce qui n'a sans doute jamais existé que dans les ragots. Les photos et les lettres censées les établir (et dont nous avons vu qu'elles n'établissaient rien du tout) n'ont, selon toute probabilité, été retrouvées par Jean-Louis qu'après le décès de sa mère, car celle-ci n'était apparemment pas femme à se confier sur ce qui ressortissait à sa vie privée ou qui aurait pu mettre son couple en danger.

     

    L'incident de la photo du président de Catalogne, Lluís Companys, que son mari avait arrêté et livré aux autorités espagnoles en 1940, photo découverte par Jean-Louis dans la bibliothèque de sa mère, est éloquent à cet égard : « La question [posée par Jean-Louis à propos de cette photo] avait profondément bouleversé sa mère. [...] Elle ordonna à son fils, qui avait déjà plus de cinquante ans, de remettre immédiatement la photographie dans le livre [...]. Jean-Louis décida de voler le livre et la photographie. [...] Hélène Cornette, une maniaque de l'ordre, se rendit compte de sa disparition. Vous êtes un voleur, rendez-moi le livre que vous avez volé, téléphona-t-elle à Jean-Louis. Je lui répondis que je ne lui avais rien volé, qu'elle l'avait sûrement déplacé en rangeant ses céramiques. Mais elle ne m'a pas cru et j'ai encore reçu quelques appels de plus m'accusant d'être un voleur. Finalement, elle a abandonné l'affaire. Et nous n'avons plus jamais parlé du livre de mon père ou de l'ami supposé de mon père. » (El Temps, 12 juillet 2011).

     

     

    Tragica muerte Companys.pngLe livre dans lequel Jean-Louis Urraca trouva la photo d'un prétendu « ami » de son père lui permit d'en découvrir l'identité. Il s'agissait du président de la Généralité de Catalogne, Lluís Companys, enlevé en France par son père, Pedro Urraca, policier espagnol dont la mission était de le remettre aux autorités franquistes (ce blog au 15 mars 2025) : Joan Llarch, La mort tragique de Lluís Companys, Chronique impressionnante de la dernière étape de la vie d'un homme, depuis sa détention jusqu'à son exécution dans les fossés de Montjuich, 1978.

    « Quand j'ai atteint les pages centrales, je fus complètement tétanisé. La même photographie que j'avais entre les mains y était reproduite. Et cet homme n'était pas un ami de mon père, mais le président de la Généralité Lluís Companys, fusillé par les partisans de Franco. Cette lecture a été une révélation pour moi. J'ai découvert la véritable mission de mon père, qui n'avait rien à voir avec l'histoire qu'on m'avait racontée : qu'il était diplomate, employé dans les ambassades de Franco à l'étranger, raconte Jean-Louis], conscient désormais que le nom de Pedro Urraca sera marqué à jamais par son implication directe dans l'assassinat de Lluís Companys. » (Gemma Aguilera, « La mort de Companys a marqué l'agent 447 », El Temps, 12 juillet 2011).

     

     

    Cet incident montre bien qu'Hélène Cornette ne supporte pas qu'on viole sa sphère privée, non plus qu'on attaque la mémoire de son mari.

     

    Ne peut-on dès lors penser que l'histoire d'Hélène chez Léon Degrelle fut la suivante : en rencontrant celui-ci en 1953, elle a développé avec lui des liens qui évolueront en véritable et durable amitié. Comme le dit assez lourdement Rodríguez, « Ils partageaient un passé similaire, avec le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, leur expérience de vaincus et de condamnés, ainsi que leurs liens avec la Belgique [...] » (p. 235). Et que cette amicale proximité permit à la mère d'entrevoir la solution à son principal problème familial : l'antagonisme devenu progressivement invivable entre son mari Pedro et son fils Jean-Louis.

     

    Celui-ci a raconté à Gemma Aguilera sa situation insupportable : « Ses parents sont pour lui de parfaits inconnus, malgré qu'ils vivent sous le même toit. [...] Entre parents et fils, tout est froideur. Les rares conversations familiales se terminent en disputes entre père et fils. [...] Hélène reste neutre dans les disputes, mais est consciente que leur affrontement est de plus en plus violent. Pour Urraca, son fils n'est qu'un misérable, un gitan qui ne fera jamais rien de bon dans la vie. » (p. 143).

     

    Dès lors, la rencontre avec Léon Degrelle tint quasiment du miracle : sa villa près d'une caserne de l'armée de l'air ; ses liens avec les officiers qui la dirigent ; ses prédispositions à toujours rendre généreusement service,... C'est donc tout naturellement que les problèmes apparemment insolubles de la famille Urraca trouvèrent leur épilogue heureux : « Hélène pensa que Degrelle était l'homme idéal pour régler la situation de son fils Jean-Louis. Urraca méprisait sa passion pour la mécanique et prétendait lui imposer la carrière militaire ou policière, et voulait le tenir éloigné de Bruxelles et Madrid. Jean-Louis allait avoir vingt ans et devait faire son service militaire en Espagne s'il voulait y vivre. Et Hélène savait qu'il ne serait pas difficile pour Degrelle d'obtenir que son fils fasse son service militaire quelque part non loin de Constantina, de préférence dans l'aviation, où il pourrait cultiver sa passion pour les moteurs. Léon se montra très favorable à ce plan » (p. 248).

     

    C'est ce qui se passa : la mission qu'Hélène s'était donnée était accomplie et elle rentra définitivement chez elle. La mission que Léon avait acceptée l'était tout autant et Jean-Louis trouva sa voie : « Degrelle respecta son engagement de canaliser Jean-Louis. Grâce à son ami le lieutenant-colonel Pérez de Eulate, Jean-Louis s'est porté volontaire dans l'armée et a été affecté à l'Escadron de Radio de la base aérienne de Tablada (Séville) Pendant son temps libre, il a commencé à travailler pour l'aviation civile en tant qu'assistant au contrôle aérien de l'aéroport de Séville. » (p. 250). « [Léon Degrelle] l'avait reçu dans sa maison, lui avait trouvé un emploi conforme à ses goûts pour les moteurs et, lorsqu'il entra à l'armée, lui donna cent pesetas pour ses premiers frais. [...] Puis Jean-Louis prit également le chemin de Madrid, riche de son expérience dans l'aviation militaire et civile. » (p. 264).

     

    Et les deux amis, Hélène et Léon, furent-ils amants pour autant ? Nous n'en savons rien et, en réalité, cela ne nous regarde pas et n'a guère d'importance. Sauf pour les journalistes en mal de scoops malsains pour présenter Léon Degrelle en nazi salace, coureur de jupons et collectionneur de belles femmes... Mais qui peut prétendre pouvoir l'affirmer ? Rien dans tous les documents qui nous ont été montrés ne nous permet en effet de l'établir.

     

     

     

    Confluent 11.1977.jpeg

    Depuis la fin de la guerre, les caricaturistes se sont toujours amusés à représenter Léon Degrelle en parfait sybarite (ici, Christian Lamquet et Claude Laverdure, pour la couverture de Confluent, mensuel namurois de novembre 1977 ; voir ce blog au 22 octobre 2019).

     

     

    Quand Jean-Louis fut enfin pris en mains et guidé vers une vie épanouissante, les deux amis ont repris leur vie, chacun de leur côté, mais toujours amis et certes pas brouillés comme nous l'avons vu dans le courrier de 1960 où Léon donne de ses nouvelles et envoie un petit cadeau au couple.

     

    Rodríguez qui finit par avoir des hallucinations à force de vouloir lire entre les lignes, y décrypte la dissimulation d'une invitation à se revoir discrètement.

     

    Plaignons surtout les élèves de ce professeur d'histoire ! En quoi cette lettre est-elle d'ailleurs différente de la toute dernière qu'il cite et où le bienfaiteur du fils d'Hélène donne une nouvelle fois de ses nouvelles à l'occasion de ses vœux pour 1962 ? Elle montre en tout cas que si invitation il y avait dans le précédent courrier de 1960, elle ne fut suivie d'aucun effet ! (traduction de la traduction espagnole de José Luis Rodríguez Jiménez).

     

    « Bien chère Hélène,

    Comment vas-tu, ma dynamique beauté ? De mon côté, je pense souvent à toi et pendant ces jours de Noël, mes pensées volent vers toi, chargées d'affection et de mes vœux.

    Que 1962 te comble, toi et ton mari, de grandes joies ! Et ne parlons plus trop du cas D., poisson-ventouse [rémora] de ta digne Ambassade ! Bien que ce dernier souhait soit difficile à réaliser, car le D. en question est un élément fort peu raisonnable. Tu ne trouves pas ?

    Yvonne te racontera toutes les nouvelles d'ici. Mais tu dois déjà en avoir eu des échos. Deux tentatives d'enlèvement : en juillet et puis en octobre. Ils veulent ma mort, ce que je ne trouve pas très gentil !

    Je te souhaite tout le bonheur. Et ne doute pas de l'ancienne et loyale affection de ton vieil ami,

    Juan »

     

     

     

    Carlina. Yvonne Ransy-Leroy, Lucette Jamin, Hélène Cornette.jpgYvonne Ransy-Leroy (à gauche), Lucette Terseleer, l'épouse du caricaturiste Paul Jamin, alias Jam (au centre), et, apparemment, Hélène Cornette (à droite), devant le porche d'entrée de La Carlina au Leo Belgicus (ce blog au 17 octobre 2018). À l'arrière-plan, la tour blanche où une mitrailleuse fut installée en octobre 1961 pour protéger la propriété (photographie datant de l'hiver 1957-58 ?).

     

     

     

    Comme l'année précédente, Léon donne de ses nouvelles en profitant de l'occasion des vœux de nouvel an. Il fait sans doute aussi allusion à des courriers précédents dont nous ignorons la teneur : qui est ce « D. » qui empêche par son comportement sans-gêne un projet d'Hélène ? Léon Degrelle a-t-il voulu aider l' « ambassade » de son amie en vain ?... Quant à « Yvonne », devenue proche d'Hélène quand celle-ci partagea son logis à La Carlina, il s'agit d'Yvonne Ransy-Leroy (ce blog au 12 mai 2025) qui pourra lui donner tous les détails sur l'enlèvement raté organisé par Zwy Aldouby en juillet 1961 (ce blog au 3 janvier 2023) ; la tentative d'octobre évoquée par Léon Degrelle est probablement à relier aux alertes consécutives au procès des candidats ravisseurs (Aldouby prendra neuf ans de prison !) qui nécessitèrent une protection renforcée de la police (et l'installation d'une mitrailleuse au sommet de la tour de La Carlina !)... Rodríguez (appliquant le confusionnisme historique pratiqué à l'envi par son confrère Francis Ballace : ce blog au 30 juin 2016) n'est pas loin de traiter Léon Degrelle de menteur, jugeant a posteriori infondées ses craintes comme les mesures prises par les autorités : « Malgré ce qu'écrit Degrelle, nous n'avons pas trouvé de documents policiers concernant une seconde tentative d'enlèvement en octobre 1961. Il y eut bien des appels anonymes à la police signalant la présence d'agents israéliens, appels qui se répétèrent des mois plus tard. » (p. 270)...

     

    De toute façon, ce que cette lettre établit clairement, c'est que les relations entre les deux amis sont restées cordiales, même sans s'être revus depuis au moins trois ans, même après le départ de son pupille Jean-Louis, et même après la vie commune qu'a entreprise Léon Degrelle avec sa future épouse, Jeanne Brevet, depuis 1959.

     

    Et elles le sont demeurées, comme avec Louise Narvaez, Duchesse de Valence, ou Clarita Stauffer, parce qu'ils furent tous de vrais amis, n'en déplaise aux professionnels du ragot, tel José Luis Rodríguez Jiménez et ses affirmations gratuites (« Entre Hélène et Degrelle surgirait une histoire d'amour », p. 235) ou Gemma Aguilera et ses récoltes de commérages (« Tout le monde considère qu'ils sont amants », p. 146).

     

     

     

    Don Juan Calina.jpg

    Don Juan de La Carlina, ou Léon Degrelle en séducteur andalou, modèle apocryphe de Don Giovanni :

    « Ma in Ispagna, son già mille e tre » !

    À noter qu'à droite, la gitane aux castagnettes n'est autre qu'Anne Lemay(-Degrelle).

    (Documentation © Jacques de Schutter)