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bertrand de jouvenel

  • Léon Degrelle, le « dictateur des cours de récréation » ?

     

    Bertrand de Jouvenel, revu par Robert Brasillach

     

     

    Récemment, nous démasquions une nouvelle fois la malhonnêteté du SoirMag qui republiait des fragments du Degrelle m'a dit de la Duchesse de Valence traficotés par feu Pierre Stéphany (ce blog au 4 février 2025).

     

    Nous dénoncions la malveillante citation « un dictateur pour cour de récréation”, comme devait dire Bertrand de Jouvenel, qui l'interviewa en 1936 », contrefaisant le texte original de la Duchesse rouge : « un article de Bertrand de Jouvenel, dépeignant Degrelle en 1936 avec une grande sympathie, écrivant qu'il avait dû, au collège, être un dictateur des cours de récréation. » Car, en effet, le dictateur pour cour de récréation (un pauvre chefaillon cherchant à terroriser ses condisciples), n'est pas celui des cours de récréation (exerçant son ascendant tout de séduction sur ses camarades).

     

    Nous insistions sur le fait que cette citation n'était connue que par la brochure de Robert Brasillach, Léon Degrelle et l'avenir de “Rex”, rappelant que Bertrand de Jouvenel « déclarait trouver en Léon Degrelle comme un souvenir du dictateur des cours de récréation qu'il avait dû être » et expliquant qu'il ne fallait pas prendre l'expression de manière négative car elle « met bien l'accent sur la jeunesse extraordinaire de [Rex] et sur la vertu de cette jeunesse. » Nous ajoutions enfin que, malgré toutes nos recherches, nous n'étions pas parvenu à retrouver « le journal parisien où a paru l'article de Bertrand de Jouvenel ».

     

    1 LD L'Assaut 20.10.1936 a.pngVoilà une quête désormais achevée, grâce à l'amitié de notre fidèle lecteur T.V., passionné d'Histoire, aux riches collections minutieusement cataloguées (ce blog au 23 janvier 2021), et qui a eu l'extrême gentillesse de nous envoyer cet article de Bertrand de Jouvenel, si important pour tous ceux qui évoquent –en bien comme en mal– la jeunesse de Léon Degrelle, mais jusqu'ici parfaitement introuvable !

     

    Cet article s'intitule L'expérience Van Zeeland et le coup de foudre Degrelle et a paru dans l'hebdomadaire français L'Assaut, le 20 octobre 1936, en septième page (mais l'article était annoncé en « une »).

     

    Ce L'Assaut n'est bien sûr pas à confondre avec son homonyme belge, Hebdomadaire de Combat de la Jeunesse, également intitulé L'Assaut donc –les runes de la SS figurant les deux « S » du titre–, et édité par le Prévôt et futur Hauptscharführer Pierre Mezetta, pour sa Jeunesse Légionnaire, à partir de mai 1944.

    3 L'Assaut n°2.jpeg

     

    Quelque huit ans auparavant, L'Assaut parisien, sous-titré Hebdomadaire de Combat politique et littéraire, se voulait « un journal libre », « inféodé à aucun chef politique, à aucun parti, à aucun groupement d'intérêts » (éditorial du n° 1, 13 octobre 1936).

     

    Imprimé par Robert Denoël, l'éditeur belgo-parisien de Céline, et domicilié à son siège social, L'Assaut était dirigé par l'écrivain Alfred Fabre-Luce, alors sympathisant du Parti Populaire Français de Jacques Doriot. Il connaîtra trente-quatre numéros, du 13 octobre 1936 au 8 juin 1937, avant d'être absorbé par le quotidien La Liberté, appartenant à Jacques Doriot (où continueront d'écrire Fabre-Luce et Jouvenel, mais aussi Georges Suarez, Georges Blond, Pierre Drieu La Rochelle,...).

     

    4 L'Assaut 13.10.1936'.png

     

    Bertrand de Jouvenel dresse donc ce portrait de Léon Degrelle dans le second numéro de L'Assaut  : « Il faut se représenter Degrelle comme un étudiant. Un étudiant qui grimpe sur les épaules d'une statue et harangue ses camarades. Eux l'applaudissent en riant. Parce qu'il a de l'ardeur, parce qu'il a du cran, parce qu'il a de la gaîté, parce qu'il est ce que tous voudraient être.

    Il est comme tout le monde”. Dans un groupe de ses partisans, on ne le distingue pas. Mais il est comme personne, parce que le groupe où il se trouve est soudain animé et joyeux.

    C'est un don. Au lycée, à l'Université, nous avons connu les meneurs : on se disputait les places proches de la sienne. [...]

    D'ordinaire, ce pouvoir mystérieux, qui fait les dictateurs de la cour du lycée, s'évapore. Le garçon qu'on a jadis idolâtré, on le retrouve éteint, terni, endormi dans une position subalterne. Degrelle, lui, a compris la valeur de ce pouvoir. Il en a recherché les causes. Il a étudié les moyens de le développer et de le maintenir.

    Degrelle, m'a-t-on dit, ne sait rien. Il est possible qu'il ne soit pas fort en économie politique. [...]

    Mais Degrelle, en tout cas, sait ce que les autres ne savent pas. Que la vie publique ne comporte pas seulement des rapports d'affaires entre le gérant et les administrés. Mais aussi des rapports d'amour.

    C'est un séducteur naturel, capable d'analyser le mécanisme de la séduction. Jusqu'où va l'amour qu'il inspire, un détail vraiment cocasse le montrera. Lorsqu'il a fait un de ses grands discours, Degrelle est en nage, et il change de chemise. La chemise quittée, il arrive qu'elle soit coupée en morceaux par ses partisans, qui veulent chacun son souvenir ! »

     

     

     

    5 LD L'Assaut 20.10.1936 b.png

    Portrait de Léon Degrelle par Sid, le caricaturiste maison, illustrant l'article de Bertrand de Jouvenel. Ci-dessous, un autre dessin pour le même article, montre deux messieurs au bar du Rendez-vous des Belges : ils se sont détournés de la République française (appelée la Gueuse par les monarchistes) pour consommer une « gueuse lambic » (encore que la bière bruxelloise s'écrive avec un « z » !) ...

    6 LD L'Assaut 20.10.1936 c.png

     

     

     

    La première chose que nous constaterons, c'est qu'il n'est nulle part fait mention de « cour de récréation », mais, en l'occurrence, des « dictateurs de la cour du lycée ».

     

    Ce qui veut dire que malgré ses allures d'enquêteur sur sources de première main, la référence du SoirMag, feu Pierre Stéphany, n'est en aucun cas « Bertrand de Jouvenel, qui l'interviewa [Léon Degrelle] en 1936 » ! Comme tous les contempteurs de Léon Degrelle –à l'instar du méchant folliculaire Pol Vandromme (ce blog aux 4 février 2025 et 14 avril 2016)–, il n'a que traficoté le texte rapporté par Robert Brasillach dans son ouvrage Léon Degrelle et l'avenir de “Rex”.

     

    Comme nous l'avons montré dans notre article précédent, c'est effectivement le journaliste de Je suis partout qui a rapporté les impressions de Bertrand de Jouvenel sur le jeune Léon Degrelle. Impressions toutes positives («  Au lycée, à l'Université, nous avons connu les meneurs : on se disputait les places proches de la sienne ») que Brasillach développera ainsi : « Bertrand de Jouvenel évoquait un jour ces garçons autour de qui, dans les lycées et les collèges, on se range naturellement, qui font la loi dans la classe, que l'on aime et que l'on admire. » (p. 14).

     

    C'est la phrase suivante de Jouvenel (« D'ordinaire, ce pouvoir mystérieux, qui fait les dictateurs de la cour du lycée, s'évapore ») que l'auteur de L'avenir de Rex va paraphraser en utilisant une formule qui permettra malheureusement le contresens médisant : « Et, bien que la plupart du temps, ces admirations ne survivent pas à l'âge d'homme, il déclarait trouver en Léon Degrelle comme un souvenir du “dictateur des cours de récréation” qu'il avait dû être. » (p. 14).

     

    On le voit, les guillemets utilisés ici ne concernent pas une citation, mais ressortissent plus exactement à la mise en relief de quelques mots. Et comme nul n'a jamais eu accès à l'original de L'Assaut, chacun a cru pouvoir mettre l'expression sous la plume de Jouvenel, tout en se permettant, bien sûr, de l'adapter à ses intentions malhonnêtes. Personne ne pouvant imaginer, bien sûr, que si Robert Brasillach n'utilisait pas les termes précis de son confrère, c'est qu'il le citait de mémoire (en se trompant ?)... ou qu'il voulait plutôt souligner l'originalité de sa propre expression.

     

    Mais où Bertrand de Jouvenel alla-t-il chercher que Léon Degrelle disposait de « ce pouvoir mystérieux, qui fait les dictateurs de la cour du lycée », pouvoir qui, contrairement à l'habitude, ne s'évapora point ? De ses conversations avec le chef de Rex ? Nous ne le croyons pas, à lire la réaction de celui-ci sur ce qu'on a raconté de sa scolarité (voir ci-après). Nous pensons que ces renseignements lui ont plutôt été fournis par des familiers, tel le nouveau député rexiste Usmard Legros, lui-même en train de préparer sa biographie Un homme... un chef.

     

     

     

    7 Usmard Legros PR 01.07.1936.jpgLe nouveau député de Rex, Usmard Legros sur les marches du Parlement belge (Le Pays réel, 1er juillet 1936). Il publiera en 1938 Un homme... un chef. Léon Degrelle, la première biographie du chef de Rex éditée en Belgique.

     

     

    Nous y lirons en effet ce portrait : « La pension, si elle lui est supportable, le change pourtant beaucoup. [...] Sa volonté décidée toujours tendue, son initiative continuelle étonnent ses professeurs et ses condisciples [...], car ils sont déconcertés par son caractère si entier. Élève espiègle, vif, spirituel, il agace parfois et fascine toujours par sa facilité et son abondance littéraires. [...] Voici la Poésie et la Rhétorique qui sont bien faites pour l'épanouissement des jeunes talents ! L'élève qui ne s'y révèle pas reste souvent toute sa vie un médiocre. Léon Degrelle s'impose de plus en plus dans la littérature qui l'attire. » (pp. 42-43).

     

    Bertrand de Jouvenel n'a bien sûr alors pas encore pu lire cette biographie, mais il a pu apprendre que dès ses études secondaires, Léon Degrelle, « ce gaillard débordant de santé et d'optimisme », a fasciné et séduit. Usmard Legros rapportera également cette querelle marquant l'autorité de l'adolescent s'imposant dans la cour de récréation : « un incident de récréation assez grave, marqua son entrée chez les Jésuites. Trop bouillant ou trop provincial on ne sait, il se prit de querelle avec un jeune pédant qui, au réfectoire, se servait d'un couvert frappé d'armoiries. Le jeune nobilion, au cours d'une discussion, lui lança son mépris, en criant “roture”. D'un bond, l'attrapant par la tête, Léon Degrelle le conduisit sous le robinet et l'aspergea d'abondance en lui disant : Roture te nettoie, défends toi Chevalier !”. Un préfet perspicace fit comme au tribunal, il punit les deux querelleurs pour coups réciproques... » (p. 42).

     

     

     

    8 LD L'Assaut E. d'Astier 06.04.1937 a.png

    L'Assaut, malgré l'article de Bertrand de Jouvenel salué par Le Pays réel pour avoir écrit avec « sympathie sur le mouvement rexiste, totalement incompréhensible pour la majorité des Français » (ce blog au 4 février 2025), n'est pas un journal favorable à Rex et à son chef Léon Degrelle. Il soutiendra d'ailleurs ouvertement Paul Van Zeeland lors de l'élection législative partielle bruxelloise du 11 avril 1937, notamment dans l'article ci-dessus signé, le 6 avril, par Emmanuel d'Astier. Le Soir s'en fera généreusement l'écho au matin même des élections : « Un hebdomadaire français, L'Assaut, créé par M. Fabre-Luce pour combattre dans son pays le Front populaire, vient de rendre au Premier ministre belge un hommage qu'il n'est pas superflu de reproduire ici. [...] Les Belges seront assurément sensibles à un hommage qui leur est ainsi indirectement rendu. Les électeurs de l'arrondissement de Bruxelles s'en souviendront dimanche. » (Le Soir, 11 avril 1937, p. 2).

     

    L'Assaut enfoncera encore son clou pro-Van Zeeland au lendemain de l'élection, le 13 avril, dans un article signé cette fois par son rédacteur en chef.

     

    9 LD L'Assaut Fabre 13.04.1937 a.png

     

     

     

    Léon Degrelle n'était sans doute pas vraiment d'accord avec l'image de son adolescence donnée par Jouvenel, car Robert Brasillach le reprend en insistant sur le bien-fondé de ce trait de caractère qu'il a lui-même traduit en « dictateur des cours de récréation » : « Je ne pense pas qu'on doive se fâcher de ce mot, et Léon Degrelle moins que quiconque. ». Et pourquoi ? Parce qu'il exalte par excellence la puissance triomphale de la jeunesse : « Il met bien l'accent sur la jeunesse extraordinaire de ce mouvement, et sur la vertu de cette jeunesse ». Et d'insister : « Il est aisé de voir que c'est à Louvain que s'est formé le dictateur des cours de récréation. Non que des préoccupations plus sérieuses n'aient pas, à cet instant, déjà conquis Léon Degrelle et ses amis. Mais on s'en voudrait d'oublier cette chaude atmosphère de gaieté, de brasseries, de chahuts d'étudiants, de passion joueuse, qui donne aux abstractions (la jeunesse aime toujours les abstractions) une telle couleur vivante. Il s'amusa beaucoup. En un siècle où ne sait plus rire, avoue-t-il franchement, nous avons ri. Et d'ajouter avec gravité : La farce est un apostolat. La farce est une école. On y apprend à être inventif, décidé. Qui sait si la farce, après tout, n'est pas une excellente préparation politique ? Au moins enseigne-t-elle le mépris des conformismes, sans lequel je ne crois pas qu'on puisse jamais rien faire de bon. » (pp. 14-15).

     

    En prétendant répondre à Bertrand de Jouvenel, c'est pourtant la formule précise de Robert Brasillach que la Duchesse de Valence reprend, preuve assez flagrante que Léon Degrelle avait encore moins apprécié l'expression « dictateur des cours de récréation » que « dictateur de la cour du lycée ».

     

     

    Lt 03.04.1937 Brasillach Almeras Rex.jpg

    Robert Brasillach s'est passionné pour Rex et Léon Degrelle. En voyage en Italie, il se presse de rentrer pour vivre à Bruxelles l'élection législative partielle du 11 avril 1937 qui opposa Léon Degrelle au Premier ministre Van Zeeland, candidat unique du Système. Ci-dessus, le mot adressé par l'écrivain-poète à son ami le journaliste Roger d'Almeras, annonçant son départ pour la Belgique. Son compte rendu sera bien entendu publié dans l'hebdomadaire Je suis partout du 17 avril 1937. L'article prend le parfait contre-pied d'Alfred Fabre-Luce, comme on le voit à travers cette présentation du talent oratoire du tribun de Rex.

    « Je crois être assez insensible à l'art de l'éloquence. [...] L'éloquence de Léon Degrelle m'a toujours plu parce qu'elle est simple, directe, jamais ennuyeuse, jamais fausse. Mais je n'ai jamais rien entendu qui approche le discours de Léon Degrelle à la veille de l'élection du 11 avril.

    Je plaindrais ceux qui n'y ont pas été sensibles. Dans cette foule debout, qui aurait dû être fatiguée par l'attente interminable, la chaleur, je n'ai vu que des visages tendus, émerveillés, et parfois de longs cris interrompaient Léon Degrelle. Lentement, l'orateur extraordinaire construisait son poème devant nous. Je ne puis employer d'autres mots. Déjà, un jour où il avait tenu neuf réunions, je le savais, à la dernière, il n'avait parlé que... du printemps. Les orateurs communistes venus pour manifester n'avaient pas bougé : manifeste-t-on contre le printemps ? Cette fois, c'est de son pays que parle Léon Degrelle. Il écarte la haine, la division. Parmi les soutiens de son adversaire, il trouve les assassins de prêtres, les brûleurs d'églises. [...] Mais lui, ce soir, puisque le mot d'ordre de M. Van Zeeland est : "Votez belge", il veut chercher à savoir ce que c'est que la Belgique.

    Et il fait le portrait de son peuple. Je pense à Péguy, avec ses mots charnels, sa patiente construction d'un univers. [...] De ses mains, il semble modeler un visage invisible. Et pendant une heure et demie, la Belgique, avec ses arts, ses paysages, ses saints, ses génies, son histoire, son Empire, devant nous s'anime et vit. Il parle de la mer par où s'en allèrent les conquérants et les saints, ces soixante-dix kilomètres de mer qui suffisent à la Belgique pour son rêve. A un moment il invoque ses rois morts, et je ne suis pas sûr que la foule, emportée par la ferveur, ne les ait pas vus, réellement, se lever dans la lumière. Je le répète, je n'ai jamais rien entendu de pareil. » (Je suis partout, 17 avril 1937, p. 5)

     

    Je suis partout 17.04.1937.png

     

     

     

    Rien n'assombrit jamais l'amitié que nouèrent les deux jeunes idéalistes : à la veille de son exécution inique, Robert Brasillach donnera encore à d'ultimes vers, le titre degrellien qui l'avait vivement impressionné quelque dix ans auparavant, Mon pays me fait mal (ce blog au 12 novembre 2020), et Léon Degrelle ne manqua jamais, de son exil espagnol, de rendre hommage au poète qui le marqua indéfectiblement (ce blog au 25 octobre 2019).

     

     

    10 Mon Pays me fait mal.jpg     11 Brasillach Pays mal.png

    À gauche, la plaquette Mon Pays me fait mal, de Léon Degrelle, tirée en 1927 à 240 exemplaires ; à droite, le treizième des Poèmes de Fresnes, écrit par Robert Brasillach, à la veille d'être fusillé le 6 février 1945.

     

     

     

    Il n'empêche que Léon Degrelle ne se vit jamais en dictateur de quoi que ce soit, même pas des cours de récréation ! C'est ce qu'il tint à rappeler dans sa première biographie « autorisée », publiée sous la signature de Louise Narvaez, Duchesse de Valence. Nous avons vu (ce blog au 4 février 2025) comment, immédiatement, les points avaient été mis sur les « i ». La Duchesse affirmait n'avoir pas cru Bertrand de Jouvenel « dépeignant Degrelle en 1936 avec une grande sympathie, écrivant qu'il avait dû, au collège, être un dictateur des cours de récréation », et rapportait les propos mêmes de Léon Degrelle décrivant son entrée difficile au pensionnat :

    «  Jamais je n'avais quitté la maison, écrivit-il un jour. [...] De mon univers de gamin des bois, on me plongeait brusquement dans une lourde casemate, parmi deux cents “aristos”, à peu près tous garçons des villes, moitié noblesse, moitié grosse bourgeoisie. Je ne connaissais personne. Brusquement, ces hautes murailles grises, ces visages inconnus ! Je me cachais pendant la récréation, pour rester seul. À table, je me tenais muet, raide comme un piquet. On m'avait baptisé “amidon”. »

     

    L'anecdote de ce brocart, attesté par le principal intéressé, est tout de même assez incompatible avec l'histoire du « dictateur des cours de récréation ». Même Arnaud de la Croix, auteur d'une biographie faisant de Léon Degrelle –à l'instar, prétend-il, de son modèle Godefroid de Bouillon– un antisémite compulsif, a relevé cette invraisemblance : « De son côté, le journaliste français Bertrand de Jouvenel, qui interviewa Hitler en 1936, voit en Degrelle un dictateur des cours de récréation”. [...] Pourtant, dans son collège namurois, ses condisciples surnomment le jeune campagnard Amidon : un détail qui ne cadre guère avec le portrait supposé de meneur extraverti qui aurait, dès les années de collège, imposé aux autres son autorité. » (p. 22).

     

    Néanmoins l'expression, facile à détourner, est intéressante à conserver. Et donc, pour concilier les deux anecdotes, Stéphany, comme nous l'avons vu, va inventer une nouvelle origine au surnom : il proviendrait de l'insupportable arrogance de Léon à la chevelure gominée au Bakerfix (ce blog au 4 février 2025) !

     

     

     

     

    12 LD + Raty.pngLe collégien Léon Degrelle, à l'époque de ses deux dernières années d'humanités (Poésie et Rhétorique) : il a seize ou dix-sept ans, aux côtés de Charles Raty qui épousera Jeanne, sa sœur aînée (ce blog au 13 mars 2023).

     

     

    Pour connaître le vrai collégien Léon Degrelle, outre l'ouvrage –fidèle expression de Léon Degrelle lui-même– de la Duchesse de Valence, nous nous reporterons aussi sûrement vers l'autobiographie que l'exilé en Espagne écrivit pour ses enfants dont il était séparé depuis la fin de la guerre : elle fut publiée, dans les années 2000, sous le titre Mon Combat.

     

    « Collégien, il sera un élève à l'esprit vif, toujours en éveil, à la répartie vive ; les premières semaines lui paraîtront dures : il est dépaysé, il ne connaît personne, il se sent étranger dans ce grand collège où il croit qu'il ne s'habituera jamais... Il pense avec une nostalgie poignante à sa chère vieille maison si paisible, si accueillante, à ses parents, à sa mère surtout, et sa tendresse est grandie par l'absence... Très timide, un peu farouche même, il faudra tout un temps pour qu'il se lie à d'autres élèves ; il a l'impression qu'on rit de lui, car un garçon a imité, pour se moquer, son accent de Bouillon qui est plus dur que le parler chantant de la vallée de la Meuse. Et puis il est paralysé par la crainte de l'échec en classe : au Collège Saint Pierre, il était second ; bon ; mais on n'était que deux, et quand les oncles et tantes s'informaient de ses études, les sœurs criaient en s'esclaffant "il est dernier, dernier"... Ce qui était tout de même un peu vrai ; si cela devenait tout à fait vrai dans cette classe de trente élèves, quelle honte... Voilà les premiers concours. Qu'est-ce que cela va donner ? Le cœur battant, Léon attend les résultats. Quelle joie ! Il est parmi les premiers ! Du coup, il reprend confiance et voit le collège sous des couleurs plus riantes. Il quitte la classe en sifflotant dans le rang, ce qui lui vaut un bref rappel à l'ordre... Allons, ce n'est plus la vie quiète de Bouillon, ici, mais enfin, on peut y connaître aussi des bons jours ; et il écrira fièrement ses premiers succès à ses parents. » (p. 68).

     

     

  • Un "copié-collé" traficoté du livre de la Duchesse de Valence !

     

    Le portrait médisant de Léon Degrelle,

    dans le SoirMag

     

    Feu Jean-Paul Chayrigues, marquis de Olmetta, a livré, dans ses Portraits anecdotiques, de Jean Gabin à Jany Le Pen, des souvenirs sur Léon Degrelle, parfois embellis par une mémoire –noblesse oblige– plutôt encline à l'idéalisation qu'au dénigrement (ce blog au 23 janvier 2025).

     

    Rien de tout cela, bien au contraire, chez le très politiquement correct SoirMag ! Voilà plusieurs semaines qu'il publie quelques « bonnes pages » d'un vieux bouquin de 2017 sur la Belgique de l'entre-deux-guerres commis par Pierre Stéphany (1925-2020).

     

    Concernant la Belgique des années 30, il fallait bien qu'on en arrivât à parler de Léon Degrelle. Et c'est ce qui est arrivé cette semaine. Mais sans la moindre empathie pour son sujet, ni même la distanciation que l'objectivité eût dû apporter à l'écriture.

     

     

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    Le SoirMag veut nous parler du Léon Degrelle des années 1920-1930 (il est alors âgé d'entre 14 et 24 ans), mais pour illustrer son propos, rien de tel que des photos anachroniques de la maturité : le congrès refondateur de Lombeek, le 10 juillet 1938 (ce blog au 15 mars 2024 ; Léon Degrelle a 32 ans !) ou, mieux car il y a des croix gammées, le discours au Palais de Chaillot, à Paris, le 5 mars 1944 (Léon Degrelle a 37 ans !)...

     

     

    Mais si chez les gens bien nés, le bon sang ne peut mentir, chez les pisse-copies de l'histoire officielle, c'est la course aux affirmations gratuites, aux travestissements, aux mensonges délibérés, aux insultes... Plus le temps passe d'ailleurs, moins il y a de retenue : la surenchère aux affabulations les plus délirantes est seule admise. Tant, faut-il croire, il est important –essentiel !– de laver le cerveau de nos contemporains et d'y boulonner le postulat du on sait où ça a mené ! Et du plus jamais ça !...

     

    Rien de positif ne peut plus être dit sur Léon Degrelle et ça commence donc dès avant sa naissance : « dans ce jardin [de l'Association Catholique de la Jeunesse Belge] apparut un jour, par un de ces accidents qu'en botanique on appelle aberration, une fleur phénoménale et bientôt monstrueuse »: Léon Degrelle, « le saltimbanque dépourvu du sens des réalités à cause de qui des milliers d'hommes connurent la mort et le déshonneur » !

     

    Après une telle « mise en bouche » outrancière et extravagante, nous voilà prévenus : tout ce qui sera dit sur Léon Degrelle, même les choses les plus anodines, sera au moins placé dans un contexte négatif.

     

    Ce traitement résolument hostile est d'autant plus spectaculaire que tous les renseignements sur l'enfant de Bouillon consisteront en simples copiés-collés traficotés de la biographie publiée par la Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit, mais bien sûr sans jamais le dire, comme si les infos provenaient de recherches personnelles !

     

     

    Une famille catholique

    Pour éclairer son engagement de « meneur d'âmes », la Duchesse de Valence écrit : « Léon Degrelle eut trois oncles jésuites. Son père en avait eu trois, lui aussi. Un autre oncle de Léon Degrelle était curé de campagne ». Et de conclure logiquement : « Au fond, je crois, le grand rêve de sa vie eût été d'être un meneur d'âmes. [...] Pendant des années, il ne fut, au fond de lui-même que cela : un croyant qui voulait projeter sa foi dans la vie des autres. » (p. 29).

     

    Dans le SoirMag, cela devient : « Léon Degrelle avait à lui seul trois oncles jésuites et un autre curé. » Mais la conclusion est autre car la religion ne peut évidemment avoir aucune prise sur lui : « On le mit en pension à Namur dans un collège dont le nom lui convenait mal : Notre-Dame-de-la-Paix. »

     

    Léon Degrelle n'est-il pas en effet qu'un homme cherchant la bagarre, les disputes, l'affrontement ?...

     

     

     

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    Une famille unie dans la foi : l'enfant de chœur Léon Degrelle (à gauche, dix ans) lors de la Communion solennelle, en 1916, de sa sœur aînée Madeleine, douze ans (ce blog au 20 mars 2020) ; à droite, son petit frère Édouard, huit ans, également enfant de chœur, qui sera assassiné dans sa pharmacie, le 8 juillet 1944 ; à l'avant-plan Louise-Marie, neuf ans, et Suzanne, la petite dernière, née quelque quatre ans plus tôt. Le petit Léon servira ponctuellement la messe du matin du curé de Bouillon : « Comme tous les Degrelle, il posséda dès son enfance une foi vive, priant avec passion, partant, dès l'âge de huit ans, chaque matin, à cinq heures et demie, à travers l'ombre, la neige, les pluies de l'hiver ardennais, à l'église de sa paroisse. » (Degrelle m'a dit, p. 29).

     

     

     

    Le surnom

    Interrogé par la Duchesse de Valence, Léon Degrelle a raconté la brutalité du changement que représenta dans sa vie son entrée au pensionnat des jésuites namurois : « De mon univers de gamin des bois, on me plongeait brusquement dans une lourde casemate, parmi deux cents “aristos”, à peu près tous garçons des villes, moitié noblesse, moitié grosse bourgeoisie. Je ne connaissais personne. Brusquement, ces hautes murailles grises, ces visages inconnus ! Je me cachais pendant la récréation, pour rester seul. À table, je me tenais muet, raide comme un piquet. On m'avait baptisé “amidon”. » (Degrelle m'a dit, p. 37).

     

    Dans le SoirMag, cette expérience de harcèlement qui eût pu être traumatisante, devient au contraire la manifestation hautaine du mépris qu'avait l'adolescent déraciné pour ses condisciples: « Péremptoire, l'oeil noir impérieux, le nez en avant et les cheveux collés au Bakerfix, il impressionnait ses condisciples, qui le surnommèrent “l'amidon” ».

     

    Nous sommes ici dans une pure fabulation : Léon Degrelle vient d'expliquer l'origine du surnom par son maintien « raide comme un piquet », mais l'antirexiste de service prétend plutôt y voir la dénonciation de son attitude prétentieuse, « les cheveux collés au Bakerfix » ! Rappelons-nous que nous sommes en 1921 et que Léon Degrelle vient d'avoir quinze ans. Nous pourrons alors difficilement nous imaginer le gamin exilé sortir du dortoir du pensionnat jésuite les cheveux consciencieusement gominés ! D'autant plus que la brillantine Bakerfit promotionnée par la sulfureuse Joséphine Baker n'arriva en Belgique que dans les années... 1930 !

     

     

     

    Bakerfix LLB 08.04.1931.png

    La première apparition publicitaire de la marque Bakerfix dont Stéphany se gargarise en voulant se moquer de la coquetterie supposée du jeune Léon Degrelle en 1921 ne se retrouve que dans le quotidien catholique bruxellois La Libre Belgique du 8 avril 1931. Ci-dessous : publicités explicitant le nom de la marque par celui de l'artiste (Le Soir, 3 avril 1933 ; La Dernière Heure, 12 octobre 1933).

    Bakerfix Soir 03.04.1933.png   Bakerfix DH 12.10.1933.png

     

     

    Pourtant Léon Degrelle a bien expliqué comment il a pu se débarrasser intelligemment de ce surnom : « Les programmes des Jésuites ne correspondaient pas avec ceux de mon “Institut”. J'étais d'un an en retard en mathématiques et en grec. Mais les Jésuites sont des maîtres-hommes. Au bout de huit jours, mon professeur m'avait pris en main. Le premier concours était le concours de français, heureusement. Je sortis premier sur trente. Le soir même, le sobriquet “amidon” disparaissait. Oui, j'ai pioché. Dès la fin du trimestre, j'avais rattrapé la classe en mathématiques et en grec, et j'obtenais dans ces deux branches les huit dixièmes des points. » (p. 38)

     

    Mais le chroniqueur de l'entre-deux-guerres, apprenant cette faiblesse momentanée en mathématiques, va la traiter bien différemment : « En mathématiques, il apprit juste de quoi pouvoir plus tard bricoler des lettres de change et trafiquer des comptes afin d'éteindre une dette en en faisant une autre » !

     

    Léon Degrelle n'est-il pas en effet qu'un escroc ?

     

     

    Gabriele d'Annunzio

    Neuf pages plus loin, la Duchesse de Valence explique comment Léon Degrelle connut par la presse« le coup de Fiume » de Gabriele D'Annunzio et « la marche sur Rome » des Chemises Noires (ce blog au 3 mai 2024) : « Au moment du coup de force sur la ville adriatique de Fiume [par le grand poète et condottiere italien Gabriele d'Annunzio], Léon Degrelle, âgé alors d'une douzaine d'années, était en vacances de Noël chez un cousin, curé de village et humaniste. Cet intellectuel était abonné à quatre journaux, ce qui avait paru au petit Léon Degrelle une magnificence absolument fantastique. » (p. 47)

     

     

     

    LD 12 ans.pngLéon Degrelle a douze ans lorsqu'il s'enthousiasme pour le Condottiere à l'extravagance poétique, Gabriele d'Annunzio.

     

     

     

    Pour le SoirMag, il s'agit là de l'origine fasciste du personnage et de sa prétendue obsession du pouvoir : « un jour, en vacance chez l'oncle curé, Léon constata que celui-ci était abonné à quatre journaux. Le garçon les dévorait tous. C'est là qu'il apprit l'aventure de Mussolini et découvrit d'Annunzio, le poète condottière –“Giovinezza, primera di Belleza...”– dont les vers poussaient les jeunes à rejoindre les Chemises noires. L'idée fixe du pouvoir » !

     

    Léon Degrelle n'est-il pas en effet qu'un fasciste avide de puissance despotique ?

     

    Il nous faudra tout de même apprendre à la gazette –nous voulons croire qu'elle n'a pas été capable de recopier le texte original– que l'hymne fasciste n'est pas « Jeunesse, première de Beauté », mais « Jeunesse, Printemps de Beauté » : Primavera et non Primera ! À l'évidence, les collaborateurs du SoirMag n'ont malheureusement jamais pris plaisir à chanter cet hymne, à la mélodie entraînante et plutôt grisante.

     

     

    Bertrand de Jouvenel

    Ces contresens présentés comme des évidences constituent le fonds de commerce de l'échotier acquis au wokisme, comme on dit maintenant. Il poursuit donc sa démonstration en faisant semblant de se placer sous l'autorité d'un écrivain français qui aurait percé son contemporain à jour : « Ainsi se préparait “un dictateur pour cour de récréation”, comme devait dire Bertrand de Jouvenel, qui l'interviewa en 1936. » Mais l'imposteur n'a, pour sûr, pas lu le texte original (il aurait d'ailleurs été bien en peine de citer le titre du journal de 1936 ! il ne s'agit d'ailleurs pas d'une interview, mais d'un article comme le disent tous ceux qui en parlent en connaissance de cause). Sans doute seulement, comme pour tout son article, n'a-t-il lu que l'évocation de la Duchesse de Valence expliquant la parfaite bienveillance de l'écrivain qui, à son avis, se trompait en utilisant cette expression de manière conjecturale : « J'ai relu, dans un journal parisien, un article de Bertrand de Jouvenel, dépeignant Degrelle en 1936 avec une grande sympathie, écrivant qu'il avait dû, au collège, être un dictateur des cours de récréation. Je n'en crois absolument rien. Toutes les confidences que Degrelle m'a faites sur ces années de collège me donnent, au contraire, la certitude qu'il vivait, comme il a toujours vécu, en marge des autres ; distant (c'est-à-dire replié dans la compagnie de ses pensées), il devait être peu liant et peu lié. » (p. 52).

     

    Nous n'avons pas retrouvé le journal parisien où a paru l'article de Bertrand de Jouvenel (qui, en 1936 toujours, publia dans Paris-Midi une interview fracassante d'Adolf Hitler : ce blog au 7 septembre 2021). Sans doute cet article doit-il exister car Le Pays réel du 14 mars 1938 s'en souvenait encore : « Bertrand de Jouvenel, journaliste de grande classe, est un des rares esprits d'outre-Quiévrain qui se soient penchés avec intérêt et sympathie sur le mouvement rexiste, totalement incompréhensible pour la majorité des Français. »

     

     

     

    Paris-Midi 22.03.1936 LD.png

    C'est dans le Paris-Midi du 28 février 1936 que Bertrand de Jouvenel publia, en exclusivité, une interview sensationnelle du Chancelier allemand Adolf Hitler. Un mois plus tard, le 22 mars, le même journal publiait un portrait en demi-teinte de Léon Degrelle, mais d'une autre illustre signature. C'était le premier volet d'une série Trois candidats dictateurs se disputent la Belgique (le second concernait Joris Van Severen, raciste et chef des “Dinasos” ; le troisième, Paul Hoornaert, fasciste et chef de la “Légion Nationale”). Ces reportages étaient l’œuvre de Jacques Ploncard (d'Assac, 1910-2005), condamné à mort en 1947, réfugié au Portugal où il sera conseiller du Premier ministre Salazar ; auteur reconnu de nombreux ouvrages sur le corporatisme, le nationalisme, la franc-maçonnerie, le communisme,...

     

     

    Mais le tout premier à évoquer la bienveillante curiosité de Bertrand de Jouvenel pour Léon Degrelle est Robert Brasillach, dans son opuscule Léon Degrelle et l'avenir de “Rex” (ce blog au 12 novembre 2020). C'est d'ailleurs lui qui est à l'origine des références postérieures.

     

    Robert Brasillach cite le mot, mais en le commentant abondamment, pour bien préciser le sens tout positif à donner à l'expression insolite utilisée par Jouvenel : « A son sujet [Léon Degrelle], Bertrand de Jouvenel évoquait un jour ces garçons autour de qui, dans les lycées et les collèges, on se range naturellement, qui font la loi dans la classe, que l'on aime et que l'on admire. Et, bien que la plupart du temps, ces admirations ne survivent pas à l'âge d'homme, il déclarait trouver en Léon Degrelle comme un souvenir du “dictateur des cours de récréation” qu'il avait dû être. Je ne pense pas qu'on doive se fâcher de ce mot, et Léon Degrelle moins que quiconque. Car il met bien l'accent sur la jeunesse extraordinaire de ce mouvement, et sur la vertu de cette jeunesse, malgré les railleries des gens de bon sens. Il est aisé de voir que c'est à Louvain que s'est formé le dictateur des cours de récréation. Non que des proccupations plus sérieuses n'aient pas, à cet instant, déjà conquis Léon Degrelle et ses amis. Mais on s'en voudrait d'oublier cette chaude atmosphère de gaieté, de brasseries, de chahuts d'étudiants, de passion joueuse, qui donne aux abstractions (la jeunesse aime toujours les abstractions) une couleur vivante. » (p. 14).

     

     

     

    LD ACJB+Nothomb.jpg

    L'étudiant Léon Degrelle vu par Alidor (Jam, au Pays réel), face à l'un des pisse-vinaigre qui deviendra un ponte du Parti Catholique, le sénateur Pierre Nothomb (qui, à la demande de Léon Degrelle, écrira néanmoins en quelques jours pour les éditions Rex, Le Roi Albert, au lendemain de l'accident mortel du souverain, le 17 février 1934).

     

     

    Singulière, l'expression le fut assurément, qui connut une fortune telle que c'est généralement tout ce qu'on retient de Jouvenel quand on parle du rexisme. Mais c'est le plus souvent en maquillant son propos. C'est ainsi que Stéphany fait de « dictateur des cours de récréation », « dictateur pour cour de récréation ». Ce qui signifie que le dictateur qu'aurait aspiré à être Léon Degrelle n'était tout juste bon qu'à exercer ses abus de pouvoir dans les cours de récréation des écoles. Alors que Jouvenel, supputant la biographie de Léon Degrelle, voulait dire –comme le souligne Brasillach– que le jeune collégien jouissait d'une telle autorité naturelle dans son école qu'il avait sûrement dû être le dictateur de ses cours de récréation. On verra aussi pareil travestissement non anodin chez le vieux méchant atrabilaire Pol Vandromme prétendant citer Jouvenel, mais écrivant « dictateur de cour de récréation » (Le loup au cou de chien, p. 19 ; ce blog au 14 avril 2016) : le passage du pluriel au singulier marque aussi un changement de sens. Il entend ridiculiser le prétendu apprenti-dictateur, en raillant jusqu'à sa dénomination par son déterminant : un dictateur de cour de récréation, c'est un dictateur pour rire, un dictateur de carnaval !...

     

    Le décor sournoisement calomnieux étant planté, Pierre Stéphany peut désormais mettre allègrement ses pas dans les poncifs injurieux des pseudo-historiens officiels (ce blog, entre autres, au 18 mars 2016) : c'est ainsi que l'étudiant des jésuites qui, en 1925, se fit avec succès le champion de Charles Maurras auprès des jeunes catholiques belges (ce blog aux 29 mars 2017 et 2 mars 2021) n'est qu'un « démagogue dont l'égocentrisme agité allait sous peu tourner à la paranoïa », « l'hurluberlu qui avait été le boutefeu » de la condamnation par l'Eglise de l'Action française...

     

     

     

    Pays réel 03.11.1936 Maurras.pngLa condamnation du Vatican en 1926 n'empêche pas Charles Maurras de poursuivre son combat politique. Ses articles virulents contre Léon Blum le feront condamner dix ans plus tard à la prison ferme pour « complicité de provocation au meurtre ». Il purgera sa peine à la prison de la Santé du 29 octobre 1936 au 6 juillet 1937. Le Pays réel publie cet écho le 3 novembre 1936.

     

     

    L'auteur de ce pensum inutile et sans intérêt est décédé depuis quelque cinq ans. Sa longévité rédactionnelle vient certainement de son talent manifeste de raconteur d'histoires : ce fut un prolifique scénariste de bandes dessinées pour l'hebdomadaire Tintin des années 50 à 80, avant de se faire le ragoteur singulier d'affaires criminelles piquantes ou d'épisodes de guerre romancés de manière insolite.

     

    Un des sommets de son art de potins de commère est sans doute son gros bouquin (350 pages) sur Le monde de Pan, l'hebdomadaire satirique bruxellois animé par Alidor, l'ancien Jam de Rex. Là aussi, sa petite vingtaine d'évocations de Léon Degrelle seront prisonnières des clichés obligatoires pour se faire publier... Ainsi de son talent oratoire : il fallait « écouter l'aspirant dictateur lors des meetings délirants qu'il donnait au Palais des Sports à Bruxelles dans le plus pur style hitlérien [...] avec lequel le comédien fanatisait les foules. » (p. 175)

     

     

  • De Gaulle a lu Hitler qui a lu De Gaulle

    Pas sûr ! Méfions-nous des récits apologétiques...

     

    A la suite de notre article qui moquait le SoirMag présentant de manière rigolote la réédition de Mein Kampf remis au goût du jour (ce blog au 22 juin 2021), une lectrice nous a exprimé son étonnement d’apprendre que l’œuvre fondatrice du national-socialisme soit diffusée en français, sans discontinuer depuis l’accession au pouvoir du chancelier Adolf Hitler : « Comment se fait-il qu’un éditeur français nazi ait pu et puisse encore diffuser en toute impunité l’œuvre maudite par excellence alors qu’il est impossible de trouver un seul livre de Léon Degrelle dans une librairie dite normale ? »

    Mein Kampf Sorlot.jpgRappelons, tout d’abord, que si le politiquement correct aggravé par la « Cancel Culture » empêche de se procurer normalement les livres de Léon Degrelle (et de bien d’autres !), on peut se procurer ses plus récentes publications aux Editions de l'Homme Libre ou quelques éditions originales sur le site de la Boutique Nationaliste.

     

     

    Lire Mein Kampf en français

    De plus, les Nouvelles Editions Latines ne représentent en aucun cas une officine nazie ! L’édition française de Mein Kampf constituait même une action patriotique censée permettre aux Français de connaître au plus intime la pensée du Führer, pensée que celui-ci n’aurait pas voulu permettre aux Français de connaître…

    Mais laissons le journaliste-historien Eric Branca –qui publia naguère Les Entretiens oubliés d’Hitler, 1923-1940 (ce blog au 28 février 2019)–, nous le présenter dans son nouvel opus, De Gaulle et les grands (février 2020) :

    « C’est […] un éditeur proche de l’Action française, Fernand Sorlot, propriétaire des Nouvelles Editions latines, qui décida de son propre chef de passer outre au veto de Hitler et de publier une traduction intégrale du texte de Mein Kampf. L’initiative fut soutenue par la LICA (la Ligue internationale contre l’antisémitisme, ancêtre de la LICRA), pourtant bien opposée aux idées de Maurras mais qui […] versa 50.000 francs à Sorlot pour aider à la diffusion de l’ouvrage. Dès la première page y figurait cette injonction du maréchal Lyautey : “Tout Français doit lire ce livre”. Exactement ce que Hitler ne voulait pas… De fait, à peine l’ouvrage sorti des presses, l’éditeur allemand de Hitler, Max Aman, attaqua Sorlot devant le tribunal de la Seine en faisant valoir qu’il ne lui avait jamais cédé le moindre droit d’exploitation. Ce qui provoqua, le 18 juin 1934, la condamnation de Sorlot et le retrait du commerce de tous les exemplaires du Mein Kampf déjà en place. » (p. 81).

    Cahiers Institut allemand Sorlot.jpg
    On peut toutefois ajouter que la germanophobie de Fernand Sorlot s’adoucira quelque peu durant l’Occupation, grâce sans doute à l’entregent francophile de l’ambassadeur du Reich à Paris, Otto Abetz, marié à une Française et créateur des fameux Cahiers franco-allemands – Deutsch-Französische Monatshefte. Il fonda également l’Institut allemand de Paris favorisant une meilleure connaissance du patrimoine littéraire et culturel allemand en France. C’est ainsi que se multiplièrent les traductions d’ouvrages allemands et leur publication, notamment par Fernand Sorlot, qui était également l’éditeur des Cahiers de l’Institut allemand. Ce qui lui valut une sévère condamnation, le 15 mai 1948, à vingt ans d’indignité nationale et une amende de deux millions de francs !...

    Eric Branca aurait quand même pu ajouter que si Adolf Hitler ne voulait pas diffuser son livre en France tel qu’il l’avait écrit en 1924, dans sa prison de Landsberg, c’est qu’il estimait que ses considérations belliqueuses concernant la France avaient perdu toute pertinence, ainsi qu’il l’expliqua dans une interview à un journaliste français que le chroniqueur avait pourtant reprise dans son récent ouvrage que nous venons d’évoquer, Entretiens oubliés (au surtitre éloquent, signé Adolf Hitler : « On m’insulte en répétant que je veux faire la guerre ») :

    « J’étais en prison quand j’ai écrit ce livre. Les troupes françaises occupaient la Ruhr. C’était le moment de la plus grande tension entre nos deux pays. Oui, nous étions ennemis ! […] Mais aujourd’hui, il n’y a plus de raison de conflit. Vous voulez que je fasse des corrections dans mon livre, comme un écrivain qui prépare une nouvelle édition de ses œuvres ? Je ne suis pas un écrivain, je suis un homme politique. Ma rectification ? Je l’apporte tous les jours dans ma politique extérieure toute tendue vers l’amitié avec la France ! Si je réussis le rapprochement franco-allemand comme je le veux, ça, ce sera une rectification digne de moi ! Ma rectification, je l’écrirai dans le grand livre de l’Histoire ! » (pp. 201-202, interview d’Adolf Hitler accordée à Bertrand de Jouvenel, publiée dans le quotidien Paris-Midi, le 28 février 1936).

     

    Paris-Midi 1936 02 28.JPEG


    Albert Speer, ancien ministre de l’Armement (à ce titre, responsable du formidable effort de guerre de l’Allemagne nazie dans les derniers mois du conflit, mais qui sauva sa tête en crachant allègrement dans la soupe devant le Tribunal de Nuremberg), le confirme dans ses mémoires (même si c’est d’une manière suspecte, lui permettant d’affirmer n’avoir jamais pu lire le livre maudit) : « La politique, pour Hitler, était une question d’opportunité. Même sa profession de foi, Mein Kampf, n’échappait pas à ce critère. Il prétendait, en effet, que bien des parties de son livre n’étaient plus valables, qu’il n’aurait jamais dû fixer si tôt ses pensées par écrit, remarque qui me fit abandonner mes tentatives, vaines jusqu’alors, de lire ce livre. » (Au cœur du Troisième Reich, p. 174).

    Voilà pour l’édition « princeps » de Mein Kampf en français (encore qu’il soit parfaitement possible de se procurer ce texte sans débourser les 100 euros de la « mise à jour » au bénéfice de la Fondation Auschwitz, ou les 36 euros du « Sorlot 1934 », en le téléchargeant, gratuitement et en toute légalité, sur le site québécois de textes appartenant au domaine public La Bibliothèque électronique du Québec, dans la Collection Polémique et Propagande).

     

     

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