Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

cristeros

  • Léon Degrelle et l'Espagne : la Médaille de la « Vieille Garde »

    Un « historien » espagnol élucubre une biographie de Léon Degrelle (2)

     

    Comme nous le disions dans notre article précédent (28 août 2026), il n'y a pas que les relations entre Léon Degrelle et José Antonio que le nouvel historiographe degrellien Pablo Cuevas entend stupidement remettre en cause. La Médaille de la Vieille Garde de la Phalange décernée à Léon Degrelle lui reste également en travers de la gorge !

     

    Dans l'interview de 1969 à ABC déjà citée, le Phalangiste d'honneur belge déclarait en effet : « Je suis le seul étranger au monde qui possède la Médaille de la Vieille Garde. » Et Cuevas de diligenter une enquête à charge contre cette prétention !

     

    Medalla Vieja Guardia 1.jpg« [La] Médaille de la Vieille Garde [est] une décoration que la FET de las JONS [Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste] décernait à ceux qui pouvaient démontrer qu'ils avaient été affiliés à la Phalange ou à la Communion Traditionaliste avant les élections de février 1936. Cela veut dire que la FET de las JONS confirmait [que Léon Degrelle] avait effectivement appartenu à la Phalange Extérieure, et qu'en outre il aurait été titulaire, selon ses dires, de la carte de membre numéro un. Toutefois, fort nombreux sont les étrangers qui possèdent cette médaille, ainsi que l'ont montré les recherches de Granda Orive [Javier de Granda Orive est un numismate, auteur d'un article sur la Médaille de la Vieille Garde où il cite cinq récipiendaires étrangers autres que Léon Degrelle : Revista numismática OMNI, n° 12, 2018, p. 237]. Et l'actuelle association de la Vieille Garde n'a aucune trace de l'attribution de cette médaille à Degrelle. Elle ne dispose pas d'archives sur les décorés car il s'agissait de quelque chose qui se gérait au niveau provincial. Et on sait aussi que le régime franquiste l'a accordée sans discernement à des gens qui n'ont jamais rien eu à voir avec la Phalange originelle (ou avec la Communion Traditionaliste), comme le ministre Demetrio Carceller [ministre espagnol de l'Industrie et du Commerce entre 1940 et 1945, proche de Ramón Serrano Súñer et, selon Wikipedia, membre de la Phalange, ce qui rend difficilement légitime la remarque de Cuevas !]. Ces distributions se multiplièrent à partir de 1953, assouplissant les critères d'attribution [qui la réservaient] aux membres qui avaient rejoint la FE de las JONS ou la CT jusqu'au 16 juillet 1936. Et [l'attribuant] aussi aux membres de leur famille. De sorte qu'on a fini par décerner 39.125 médailles jusqu'en 1976.

    [En note:] Pour vérifier si Degrelle a reçu la médaille, –ce qui se faisait au cours d'une petite cérémonie–, il serait nécessaire d'étudier les bulletins du Mouvement National de chaque province. » (p. 320)

     

    Mais qu'est-ce que cela peut bien faire si Léon Degrelle pensa toujours avoir été le seul détenteur étranger de la Médaille de la Vieille Garde ? Est-ce une raison pour le traiter de menteur ? Pour ce faire, Cuevas affirme que les détenteurs étrangers furent « fort nombreux » alors que l'historien de la Médaille dont il invoque le travail n'a finalement retrouvé dans ses archives que cinq autres noms, tous plus inconnus les uns que les autres et probablement tous également convaincus d'être les seuls étrangers à la posséder...

     

    LD Falanje Vieja Guardia.jpg

     

    En fait, pour Cuevas qui préfère ne pas se lancer dans l'examen laborieux des archives du Movimiento (expression politique unique rassemblant Phalange, Requetés, syndicats, mouvements de jeunesse, etc.) des différentes provinces espagnoles que put visiter Léon Degrelle, cette difficulté constituerait à elle seule la preuve du mensonge... Comme si Léon Degrelle avait lui-même épluché ces archives avant de prétendre fallacieusement être le seul étranger à s'être vu décerner cette Médaille ! Alors que la vérité toute simple est que Léon Degrelle disposait bien du diplôme officiel de la Médaille de la Vieille Garde, dont il nous reste la photocopie.

     

    Pablo Arredondo.pngCe document officiel daté de 1959 est signé par l'Inspecteur National de la Vieille Garde, Pablo Arredondo (1914-1969), membre, dès leur création en 1931, des JONS de Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo, engagé de la première heure dans la División Azul sur le Front de l'Est dont il revint mutilé de guerre en octobre 1942. Cette figure-clef de la Phalange historique, chargée du contrôle de ses membres et d'accompagner leur influence au sein de la société, authentifie également par sa signature la référence à la carte d'adhésion de Léon Degrelle à la Phalange Extérieure dont il est membre depuis 1934 ainsi que l'atteste ce diplôme.

     

     

    Le voyage de 1939 en « Espagne nationale »

     

    Il est d'autres détails dont s'emberlificote Cuevas, les accumulant pour tenter d'établir l'imposture de Léon Degrelle. Ainsi de son affirmation d'avoir déjà connu l'Espagne avant sa visite des fronts de guerre en février 1939, et ce dès la première interview donnée au quotidien phalangiste de Gijon, Voluntad, le 7 février 1939 : « Je connaissais déjà San Sebastián ; mais aujourd'hui, ce soir, ce premier soir en Espagne Nationale, j'ai vu quelle est la valeur de son arrière-garde sereine, pacifique et travailleuse. »

     

    Et Cuevas de se gausser (sans doute avec une voix caverneuse pour souligner l'opprobre ironique) : « Est-ce qu'il était venu en tant que touriste, jeune avec ses parents ou adulte plus tard ? Une escale dans son voyage vers le Mexique ? Dans la documentation diplomatique qu'on a conservée sur les préparatifs de son voyage, il n'y a aucune donnée ni aucun indice » ! (p. 319) Car on peut être sûr que Cuevas a compilé toute la « documentation diplomatique » relative à ce voyage (en Espagne et/ou au Mexique ?) ! Il nous dira aussi où il l'a trouvée... Peut-être, selon une de ses hypothèses, dans les cales du Rio Panuco (ce blog au 1er mai 2016), le paquebot qui emmena l'envoyé spécial du Vingtième Siècle de Hambourg chez les Cristeros du Mexique (mais il fut « titaniqué » par l'aviation japonaise dans un port australien en 1942) !

     

     

    Rio Panuco Neptuna Darwin 19.02.1942.jpg

    Le Rio Panuco qui emmena Léon Degrelle au Mexique des Cristeros, vendu à un armateur australien et devenu le Neptuna, fut coulé par l'aviation japonaise dans le port de Darwin en Australie, le 19 février 1942 : il transportait une centaine de mines sous-marines qui explosèrent, tuant 36 des 124 membres de l'équipage, dont le capitaine, ainsi qu'une dizaine de dockers (voir aussi Léon Degrelle, Cristeros, p. 245).

     

     

    En attendant, pourquoi le chevaleresque Jean Denis raconterait-il des bobards en écrivant dans son article pour le quotidien phalangiste Unidad, le 6 février 1939 : « Enfin, Léon Degrelle est arrivé en Espagne. Combien de fois déjà celui qui est pour moi depuis plus de quatre ans un chef et un camarade n'avait-il pas manifesté son désir nostalgique de visiter cette Espagne qu'il connaît si bien et qui lui est devenue si fraternelle depuis le 18 juillet 1936. [...] Cependant, ce n'est pas la première fois que Léon Degrelle visite l'Espagne. Il y vint pendant son enfance pour passer quelques vacances et revint encore pendant la Dictature [du père de José Antonio, Miguel Primo de Rivera, avec l'accord du roi Alphonse XIII, parrain de Louise, duchesse de Valence] et sous la République. »

     

     

    PR 1939.02.07b.jpg

    Les premières impressions que Léon Degrelle offrira aux lecteurs du quotidien rexiste sur son voyage historique dans l'Espagne reconquise sur les barbares communistes et anarchistes par les nationalistes de Franco s'ouvrent sur le souvenir de ses précédents voyages. Dans l'Espagne d'alors, les enfants couraient souvent pieds nus, ce qui, malgré même la guerre civile, n'est plus le cas dans la nouvelle Espagne soucieuse de sa jeunesse. (Le Pays réel, 7 février 1939).

     

     

    Du coup, Cuevas balance un nouveau scoop : « Degrelle, invité indésirable ou hôte d'honneur ? » On devinera tout de suite quelle option de l'alternative a la préférence de l'auteur qui n'a de cesse d'essayer de minimiser le périple espagnol : « Il fallait bien le traiter puisque c'étaient, lui et son mouvement, des amis de l'Espagne, mais sans lui accorder trop d'importance, de façon à ce qu'il ne provoque pas de problèmes avec le Gouvernement belge, présidé à ce moment par un socialiste qui, en même temps, était toujours ministre des Affaires étrangères. [...] La presse nationale informera de sa présence en Espagne du 2 au 11 février 1939, non pas avec grande précision ni de manière fort visible, mais largement, presque toujours en pages intérieures. » (pp. 329-330).

     

    C'est que le nouveau gouvernement espagnol des désormais vainqueurs de la Cruzada aurait nourri « l'espoir que ce voyage n'entrave pas la possibilité que Spaak veuille établir des relations complètes avec Burgos, tout en acceptant les réticences des diplomates espagnols de Bruxelles à propos [de Degrelle] » (p. 329). On nous permettra de bien rigoler face à pareille embrouille invraisemblable : nous aurions donc un gouvernement espagnol qui s'obligerait à recevoir fastueusement, alors qu'en réalité il serait tout incommodé par sa visite, un ressortissant d'un tout petit pays avec lequel il voudrait absolument nouer de bonnes relations diplomatiques, alors qu'au même moment, il snobe la prestigieuse délégation d'un grand pays comme la France, faisant antichambre pour établir de semblables bonnes relations diplomatiques (voir ci-après) !...

     

    Voici en tout cas ce que dit la Duchesse de Valence sur la manière dont elle apprit la visite de l' « invité indésirable » : « Un soir, une haute personnalité se présenta au palais de mes parents [aujourd'hui annexe du musée du Prado à Ávila] : « – Le chef des Rexistes belges, Léon Degrelle, va venir en Espagne pour trois semaines, comme invité d'honneur de l'État. On vous prie de bien vouloir lui donner l'hospitalité. [...] » (Degrelle m'a dit, p. 13).

     

     

     

    LD ABC 04.02.1939 p15b.jpgQuant à l'édition de Séville du plus important quotidien espagnol, ABC, il écrit en date du 4 février 1939 (avec un portrait-charge de Léon Degrelle et la photographie de sa dédicace : « Notre salut fraternel à la presse espagnole, défenseur de la civilisation, de la vérité et de la Patrie. Léon Degrelle », photo archives ABC) :

    « Léon Degrelle, le chef du parti rexiste belge [...] est l'hôte de l'Espagne de Franco. [...] Quand le jeune fondateur lança sa consigne inébranlable Rex vaincra, l'Espagne était très loin de la rédemption dans la plénitude de laquelle elle se trouve aujourd'hui qu'arrive sur notre territoire pour être son hôte d'honneur Léon Degrelle. » (p. 15).

     

    Alors ? « invité indésirable », vraiment ? Il est tout de même difficile de faire davantage « hôte d'honneur » !... Et quand la presse espagnole rend « largement » (« extensamente ») compte des activités de Léon Degrelle, c'est-à-dire sur des pages entières, même intérieures, cela veut-il vraiment dire « non pas avec grande précision ni de manière fort visible » ???

     

    Mais, insiste Cuevas, plus troglodyte que jamais, « ce qui est certain, c'est qu'on ne l'a pas laissé parler en public comme il le voulait et, à tout instant, il était soumis au bon vouloir de ses hôtes » (p. 331) !

     

     

    pablo cuevas,phalange,médaille de la vieille garde,josé antonio,granda orive,demetrio carceller,ramon serrano suñer,pablo arredondo,mexique,cristeros,rio panuco,duchesse de valence,jean denis,pilar primo de rivera,terminus,gringoire,juan manuel fanjul,baucens,eugenio espinosa de los monteros,sancho dávila

    Ce qui est certain, c'est que Léon Degrelle put parler en public comme il le voulait lors de son voyage en Espagne de février 1939 (voir plus loin encore à propos de sa conférence académique à San Sebastián ; on sait également –ce blog au 25 mars 2025– que la barrière de la langue ne constitua jamais un obstacle pour l'orateur : voir Cristeros, p. 300 ; Degrelle m'a dit, pp. 92-93).

     

    Et donc, en dépit des affirmations péremptoires mais fausses de l' « historien » Pablo Cuestas,  Léon Degrelle prit la parole à Barcelone au micro de Radio Nacional, le 9 février 1939 à 23h (première page du quotidien El Correo de Zamora, 10 février 1939 ; nous exprimons notre plus vive reconnaissance aux services de la Biblioteca pública del Estado de Zamora pour leur aide précieuse).

     

    Si Léon Degrelle partagea le micro avec une délégation officielle française venue explorer les possibilités de renouer des relations diplomatiques, seul son nom semble digne d'être mentionné aux lecteurs de l'important quotidien catholique régional El Correo de Zamora (qui, après quelque 130 ans d'existence, poursuit toujours aujourd'hui sa publication ; remarquons que Cuevas ne cite pas ce journal dans la quinzaine de titres dont il signale qu'ils couvrent le voyage du chef rexiste, pp. 330-331). La délégation française était pourtant composée de l'ancien ministre de la Justice, Léon Bérard, de l'évêque de Chartres et de sept députés, parmi lesquels Xavier Vallat, qui sera le premier Commissaire général aux Affaires juives dans le gouvernement de Vichy (1941-1942), avant de céder son poste à Louis Darquier de Pellepoix.

     

    Le Pays réel, à propos cette fois de l'audience accordée par Francisco Franco à Léon Degrelle plutôt qu'aux Français, a bien exprimé la préférence qui fut systématiquement accordée au chef de Rex : « Tandis que [...] la délégation des parlementaires nationaux français ne [réussissait] pas à forcer la porte du général Franco, pris tout entier par son travail d'État-Major, le caudillo a bien voulu recevoir Léon Degrelle avec lequel il s'est entretenu longuement de Rex et de la Belgique. » (13 février 1939).

     

     

    Ce qui est surtout certain –à en reprendre la liste dressée par Cuevas– c'est que la totalité (ou peu s'en faut) des souhaits exprimés par Léon Degrelle fut indiscutablement exaucée : « Il demande de visiter le front [Léon Degrelle visitera, les 5 et 6 février, le front de Madrid et Tolède en compagnie de Miguel Primo de Rivera, frère de José Antonio, puis celui de Catalogne et Barcelone récemment libérée en compagnie de Joaquín Rodríguez de Gortázar, secrétaire national du Service extérieur de la Phalange, de Pilar Primo de Rivera, la sœur de José Antonio, et de Sancho Dávila, son cousin] et veut donner des conférences dans un centre universitaire [...] et contacter des historiens spécialistes des règnes de Philippe le Bel, Charles-Quint et Philippe II [Léon Degrelle prononcera effectivement une conférence intitulée « La domination espagnole sur les Pays-Bas » à San Sebastián, le 11 février 1939 ; il semble même qu'il répéta sa conférence chez le Caudillo, lors de sa rencontre du 7 février : c'est d'ailleurs Franco lui-même –apparemment expert en la matière– qui lança le sujet, voir ci-après]. Il insiste pour parler à la radio de manière à pouvoir être entendu en Belgique [Léon Degrelle est effectivement intervenu sur les ondes de Radio nacional, le 9 février au soir, depuis Barcelone, la capitale catalane] ; il voudrait également visiter le Maroc espagnol [ce seul point n'a pu se réaliser]. Il voudrait par-dessus tout présenter ses respects à Son Excellence le Chef de l'État. » (p. 329).

     

     

    PR 1939.02.09 LD Franco.jpg

    Le Pays réel du jeudi 9 février 1939 rapporte que le mardi précédent, 7 février, le Général Franco a accordé une rare et précieuse audience toute de cordialité à son hôte d'État Léon Degrelle (voir aussi ce blog aux 29 août 2026 et 1er septembre 2024).

     

    Le caractère tout à fait exceptionnel de cette entrevue est illustré par le fait qu'au même moment, une délégation française visitait l'Espagne nationaliste, composée de parlementaires emmenés par le sénateur et académicien Léon Bérard et Mgr Raoul Harscouët, évêque de Chartres, afin de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays : elle ne fut pas reçue par Franco.

     

    Résumant la réception de Léon Degrelle au Grand Quartier Général de Franco, Pablo-des-Cavernes prétend ainsi ravaler le Chef de Rex dans son terrier : « Degrelle [fut] un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt. » « Ce voyage obtint quelque résonance [...] mais uniquement dans sa niche [sic]. » (p. 332) !

     

     

    Léon Degrelle sera en réalité le seul étranger à avoir été reçu dans le Quartier général du Généralissime Franco, une ferme appelée le « Terminus », un endroit gardé secret dans la région de Saragosse.

     

    Léon Degrelle en fera la pittoresque description dans l'article Au front avec Franco qu'il confiera à l'hebdomadaire français Gringoire du 19 février 1939, –repris quelques jours plus tard dans Le Pays réel sous le titre Dans l'intimité de Franco–, en réservant à son quotidien l'exclusivité de la photo personnalisée du Caudillo.

     

    « J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du “Terminus”. On croirait lire le finis terrarum des vieux atlas. Le Terminus est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes. Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient. »

     

     

    DH 1939.02.06.png

    La mauvaise foi stalagmitique de Pablo Cuevas s'apparente résolument aux diatribes et caricatures de la presse belge relatant le voyage de la délégation rexiste en Espagne. Ci-dessus, caricature du journal libéral La Dernière Heure du 6 février 1939 ; ci-dessous, des articles du communiste Drapeau rouge (2 février 1939), du socialiste Le Peuple (9 février 1939) et du catholique Vers l'Avenir (5 février 1939).

     Drapeau rouge 1939.02.02.png  Peuple 1939.02.09.png  Vers l'avenir 1939.02.05.png

     

     

    Tout ce que l'article du prétendu « invité indésirable » suscite chez le nouveau biographe de Léon Degrelle, c'est un dédain narquois pour ce texte décrété « pompeux, flagorneur et plutôt creux » qui ne ressortirait qu'à la récupération politique : « À part l'intérêt obsessionnel de Degrelle pour le paysage, les ormes, les olives, les soldats cueillant du mimosa dans un jardin sauvage[s'il n'est pas, comme l’œillet, la fleur emblématique de Saragosse, le mimosa orne à profusion ses parcs, jardins et grandes avenues], Degrelle met dans la bouche de Franco son intérêt primordial pour la mobilisation de la jeunesse, l'unique chose qui puisse changer l'Espagne... et, bien entendu, la Belgique. » (pp. 332-333).

     

    Nous publierons prochainement l'intégralité de cet article documentant la probablement unique mais capitale rencontre personnelle entre Francisco Franco et Léon Degrelle. Car l'entretien accordé par le Caudillo, scellant une amitié indéfectible entre les deux hommes, ne se limita aucunement à la guerre de reconquête de l'Espagne ou à la politique sociale et économique à mener pour son développement, mais permit également d'évoquer quelques grands noms communs à l'histoire de nos deux pays, Léon Degrelle développant sans doute aussi la substance de la conférence qu'il devait donner quatre jours plus tard à San Sebastián sur La domination espagnole sur les Pays-Bas : « Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit [Franco] en me prenant fraternellement le bras. [...] Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe. »

     

     

    PR 1939.02.19ab.jpg

    À l'issue de la visite du Chef de Rex en son Quartier général, le général Franco ne manqua pas d'offrir à son hôte une photo avec une dédicace manifestant sa confiance en l'avenir du jeune tribun belge et de son mouvement : « À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la Nation belge. » (Le Pays réel, 19 février 1939). Pour Franco (qui, selon son hôte, « parle un français chantant, cocasse et intime »), il ne s'agissait certes pas d'un compliment de circonstance car, comme il le faisait déjà savoir en 1936 en exprimant le souhait de rencontrer Léon Degrelle, il connaissait fort bien Rex (ce blog au 1er septembre 2024).

     

    Il est d'ailleurs révélateur que Cuevas n'ait pas inclus Francisco Franco dans la liste des « amitiés pour la vie » que se créa Léon Degrelle sur le front de la nouvelle Croisade contre le communisme : « cette visite permet à Degrelle de nouer des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, Juan Manuel Fanjul, Eugenio Espinosa de los Monteros, Serrano Suñer... » (p. 333) C'est pourtant cette amitié-là qui sera la première et seule décisive pour la vie d'exil de Léon Degrelle en Espagne (ce blog aux 31 mars 2021 et 2 septembre 2025).

     

    Néanmoins, le point de vue de Franco n'intéresse pas Cuevas : il va privilégier une interview de Léon Degrelle, Franco, jefe de Estado dont il ne donne pas la référence sinon qu'elle daterait « d'après la mort de Franco », précisant seulement qu'il ne faut pas la « confondre avec son livre Franco Chef d'État, Editions du Baucens, 1976 ». Ce qui est archi-faux : la malheureuse citation relative à Serrano Súñer, « véritable Chef de l'État espagnol » provient bien de sa page 11; celle comparant Franco à « du silex », de la page 10 !

     

    Pourquoi donc nous faire tout un plat de ce texte ? Mais pour mettre à nouveau perfidement en doute la pertinence de ce que raconte Léon Degrelle : « Dans cette interview, il prétend que l'entrevue de 1939 se tint à son Grand Quartier général [de Franco], dans sa modeste maison familiale près de Saragosse. Mais sans doute mélange-t-il ses souvenirs avec Serrano Suñer qui, lui, possédait une maison dans la capitale aragonaise ? » (p. 333). Si ses parents possédaient un immeuble dans une des plus prestigieuses avenues de Saragosse (Paseo de Sagaste, certes guère « modeste »), Ramón Serrano Súñer habita, de 1937 à 1939, avec toute la famille de Franco dont il était le beau-frère, au premier étage du Palacio de la Isla, à Burgos ; à partir d'octobre 1939, sa résidence familiale sera transférée à Madrid, au numéro 36 de la calle Príncipe de Vargara.

     

    À part mettre en évidence l'animosité obstinée de Cuevas pour Léon Degrelle, à quoi peut bien rimer tout ce tralala anachronique à propos du Terminus d'après 1975, « modeste maison familiale », quand il était proprement présenté en 1939 comme « une vieille ferme-château » ?  De toute façon, Cuevas cite incorrectement et de manière évidemment malintentionnée le texte original de Franco Chef d'État : si Léon Degrelle a bien écrit « à son G.Q.G. », il n'a pas écrit « dans sa modeste maison familiale », mais « dans une modeste gentilhommière », ce qui ne trahit nullement le texte de 1939 !...

     

     

    (À suivre)

     

     

  • Les cent vingt ans de Léon Degrelle gentiment célébrés par le SoirMag...

     

    ...avec juste les obligatoires allégations politiquement correctes !

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

     

    Depuis deux semaines, c'est-à-dire depuis le 3 juin (sans doute pour ne pas avoir trop l'air de commémorer l'anniversaire du 15 juin ?), le SoirMag, héritier du magazine de l'ancien quotidien d'Ordre nouveau, appelé depuis « Le Soir volé », camoufle son hommage traditionnel à Léon Degrelle (ce blog, par exemple, aux 7 juin 2021 et 10 avril 2024) sous des articles officiellement consacrés à La Belgique de l'entre-deux-guerres, mais célébrant la qualité de son action au début des années 1930 : « La montée en puissance du patron de Rex suscite des conflits internes au sein de l'Action Catholique » ; « Degrelle galvanise la Belgique en crise »... Une manière sans doute de rappeler qu'entre le quotidien d'après-guerre et celui dont le directeur Raymond De Becker fut membre du Conseil politique de Rex, la filiation demeure indélébile...

     

     

     

    LD Soir 1972.01.19.jpeg

    Le Soir était sans doute, avec La Libre Belgique, le quotidien belge francophone le mieux distribué en Espagne et Léon Degrelle le lisait régulièrement : il dédicace ici sa photo avec l'exemplaire du 19 janvier 1972 « Aux Belges », en rappelant ironiquement les liens de fidélité l'unissant au journal qui, à partir de 1945, ne manquera jamais de l'éreinter méchamment.

     

     

    Il s'agit, en fait, de la reprise de textes de feu Pierre Stéphany, l'incontinent pisse-copie des onze volumes consacrés à l'histoire de la Belgique, de l'entre-deux-guerres à la fin des années 1950. Nous avons déjà eu l'occasion d'analyser la manière d'écrire de l'ancien chroniqueur TV de La Libre Belgique, consistant essentiellement en citations détournées, emprunts traficotés et autres copiés-collés recyclés dans le politiquement correct (ce blog au 4 février 2025).

     

    Si c'est toujours le cas ici, nous échapperons pourtant aux traditionnelles insinuations et calomnies, l'auteur se contentant de documenter les débuts journalistiques du « bouillant Bouillonnais », les pimentant à peine de quelques ragots. Sans doute, pour en dresser un portrait tout négatif, eût-il alors également dû incriminer Mgr Louis Picard, fondateur de l'Action Catholique de la Jeunesse Belge, qui fut le vrai Pygmalion de Léon Degrelle, l'accueillant chez lui lors de ses études à l'Université Catholique de Louvain, l'associant à toutes ses activités pastorales, le propulsant d'emblée à la direction des Éditions Rex...

     

     

    Le voyage au Mexique

     

    Et donc le premier article commence par le reportage sur la persécution des Cristeros : « Degrelle [...] décida d'aller voir sur place le Mexique, terre de révolutions permanentes et de persécutions religieuses ; personne n'a jamais su si ce voyage fut authentique ou imaginaire ; Degrelle, qu'il y soit allé ou non, n'en ramena pas moins une série d'articles qui parurent dans “Le XXe siècle” côte à côte avec les aventures de “Tintin chez les Soviets” et qui, en volume, valurent aux éditions Rex un beau succès de vente. »

     

    Si le principal mérite de cette évocation est de placer sur le même plan les reportages de Léon Degrelle et les aventures de Tintin, suggérant ainsi opportunément leur parenté (ce blog, entre autres, au 27 janvier 2016 et la série Degrelle-Hergé, même combat, à partir du 21 septembre 2020), Stéphany ne peut s'empêcher de reprendre la mise en doute de la réalité du voyage au Mexique (ce blog, entre autres, au 1er mai 2016).

     

     

     

    LD  Mexique Chutes d'eau.jpeg

    Moment de détente avec des enfants face à des cascades enjambées par la voie ferrée. Comme pourrait dire Saenen-la-vérité : « En voici une [de vérité] : Degrelle est bel et bien allé au Mexique » et il y a même passé de bons moments ! (p. 52). La photo a été publiée dans le vingtième siècle du 10 février 1930 avec la légende : « L'enquête du vingtième au Mexique. L'envoyé spécial du vingtième, notre ami Léon Degrelle, en causette avec de jeunes Mexicains, près de belles cascades. » (la photo sera reprise dans Soirées, le 12 décembre 1931).

     

     

    C'est que la source de son ragot est L'aventure rexiste, de Robert Pfeiffer et Jean Ladrière (Pierre de Meyère, 1966) : « Le Mexique était en proie à des révolutions continuelles. [...] Ces troubles s'accompagnaient de persécutions religieuses [...]. Degrelle décida d'aller voir sur place la situation et s'embarqua pour l'Amérique du Sud (du moins le dit-il, car ce voyage est aujourd'hui encore contesté). Il en rapporta une série d'articles étincelants qui parurent côte à côte avec les aventures de Tintin dans le Vingtième Siècle. » (p. 23).

     

    S'il reprend le ragot, Stéphany en annihile néanmoins la portée puisque « qu'il y soit allé ou non, [Degrelle] n'en ramena pas moins une série d'articles [...] ». Attitude autrement sensée que celle du nouveau biographe de celui qu'il appelle l' « icône de l'extrême droite européenne », célébré, d'une part, par ceux de nos milieux qui n'y connaissent rien (ainsi de Radio-Courtoisie, ce blog au 2 septembre 2025, ou Éléments, ce blog aux 1er et 5 décembre 2025) et, d'autre part, par les affabulateurs de l'histoire officielle, trop heureux de l'aubaine. Le malhonnête Frédéric Saenen essaie même de donner corps au ragot en manipulant sa citation (mais nous savons –ô combien !– il est coutumier du fait : ce blog au 25 mars 2025, à propos des « crimes de guerre » de Léon Degrelle ; au 5 décembre 2025, à propos de son ignorance totale du flamand) : « L'intéressé lui-même a parfois laissé régner le doute [au sujet de la véracité du périple mexicain] : Partir, c'est un grand mot [...]. 17. » (p. 49) !

     

    La référence « 17 » renvoie au premier volume d' Ainsi parla Léon Degrelle... publié par Wim Dannau ; mais en vérité, le défenseur des Cristeros ne laisse évidemment « régner » aucun doute sur la réalité de son voyage ! En disant « Partir, c'est un grand mot », il ne sous-entend pas qu'il s'est contenté de rassembler de la documentation pour rédiger ses réquisitoires en chambre ! Il explique simplement que son départ ne fut pas celui d'un banal voyage touristique, qu'il lui fallut ruser avec les autorités mexicaines lui refusant son visa. C'est tout cela qui se trouve dans les crochets aux points de suspension placés par Saenen pour interrompre la citation et en changer le sens : « Partir, c'est un grand mot ; pour commencer, l'Ambassade du Mexique refuse mon visa. Les communistes étaient très puissants au sein de la coalition révolutionnaire. J'eus quelque mal à convaincre mon Abbé-Directeur de la façon dont j'allais m'y prendre pour arriver en Amérique Centrale, mais son tempérament bouillant l'emporta et en approuvant mon plan, il a dû se dire les voies du Seigneur sont multiples”...

    Mon ami Paul Nanson me prêta pour l'occasion son nom et ses papiers d'identité. Il ira avec une photo de moi demander un passeport, moi j'irai en tant que Nanson à l'Ambassade retirer mon visa. Quelques jours plus tard, Nanson-Degrelle s'embarquait à Hambourg pour le Mexique. » (p. 290-296).

     

     

    CI Touriste Mexique Paul Nanson.jpg

    Carte de touriste avec les photos de Léon Degrelle, délivrée par les services de l'immigration mexicaine au nom de Paul Nanson, un ami de la Faculté de Droit de l'Université Catholique de Louvain. Le motif du séjour qui y figure est : l'étude des possibilités d'un voyage en groupe de Belgique au Mexique (et retour !).

     

     

    Parti sur sa lancée sournoise, le fallacieux mystificateur s'en donnera à cœur joie pour déprécier l'enquête de Léon Degrelle au Mexique : « Nul besoin de voir du pays pour rédiger, sinon recopier, de tels pensums », « aucun portrait réaliste, aucune scène puissante », « son niveau d'espagnol est à l'époque très rudimentaire », « sa faconde ajoutée à son charme naturel lui permet [...] de séduire les épouses et les filles de chefs révolutionnaires ». Et de conclure en fulminant sa sanction laconique et définitive: « Degrelle est bel et bien allé au Mexique, mais en touriste curieux davantage qu'en reporter aventureux. » (p. 52).

     

    Le prétendu touriste selon Saenen effectue néanmoins un voyage pour le moins mouvementé (ce blog, entre autres, au 25 décembre 2017) dont les péripéties, les contacts noués, les précieux témoignages récoltés et, de retour en Europe, la poursuite assurée de l'aide aux catholiques mexicains seront regardés avec considération et salués avec reconnaissance par les évêques mexicains, tels Mgr Pascual Díaz, archevêque de Mexico City (Cristeros, p. 219) ou Mgr Jesús Manríquez, évêque de Huejutla (ce blog au 1er décembre 2025,)...

     

     

     

    lt à LD Mexique 20.05.1930.jpeg

    Un père jésuite (signature illisible, suivie des lettres « s.j. », Societas Jesu) écrit de Mexico à « Mon très Cher Ami » Léon Degrelle, le 20 mai 1930, s'étonnant de retrouver, oublié chez un ami mexicain, un « plateau indien », offert en cadeau de mariage (s'agit-il du projet de mariage annoncé dans le XXe Siècle le 23 novembre 1928 avec Cécile Van den Bossche ? Mes Aventures au Mexique, publié en 1932, sera dédicacé à sa future épouse Marie-Paule Lemay). Le prêtre poursuit en se réjouissant des suites positives du voyage au Mexique : « On m'a dit que vos articles sont éclatants. Je vous en félicite. Qu'ils fassent du bruit et du bien. En avant ! Dieu le veut. Recevez, mon très cher Léon, mes meilleures salutations et soyez si heureux comme le désire de tout cœur votre ami en Jésus-Christ. »

     

     

     

    Les apparitions de Beauraing

     

    Mais revenons au reprint de pages de Pierre Stéphany dans le SoirMag, avec l'anecdote censée déconsidérer les apparitions mariales de Beauraing : « En 1933, [Degrelle] fit des apparitions de Beauraing une exploitation qui, au moins sur le plan commercial, reste exemplaire. [...] l'on pouvait voir, à Beauraing, le directeur du journal, agenouillé pour la prière, se relever en glissant à l'oreille de son voisin : ça y est, cette fois-ci, nous tirons à 100.000 !... »

     

    Beauraing 1.jpeg

     

    L'anecdote est, cette fois, tirée du pamphlet de Charles d'Ydewalle, Degrelle ou la triple imposture (Pierre de Meyère, 1968) : « Des apparitions mariales eurent lieu à Beauraing, encore une fois en Ardenne. [...] Nous savons simplement que Degrelle les utilisait à des fins purement commerciales, ce qu'un témoin nous a bien raconté. Le futur chef de Rex, agenouillé pendant la prière, se releva ensuite pour glisser à l'oreille de son voisin : ça y est, cette fois-ci nous tirons à 100.000. » (p. 55).

     

    Beauraing 2.jpeg

     

    Mais aucun témoin n'a jamais rien raconté au vindicatif d'Ydewalle : il a seulement recyclé le racontar d'un autre exclu du mouvement Rex, Robert du Bois de Vroylande (ce blog au 27 octobre 2020) : « Matthys et moi-même nous poussions Bluff [= Léon Degrelle] au lancement d'une brochure sur Beauraing. Or chose curieuse, Bluff n'accordait dans les débuts aucune chance de succès à une brochure de ce genre. Quand il eut, toutefois, assisté à l'extase des jeunes visionnaires et constaté que les milliers de pèlerins ne cessaient d'affluer, il changea brusquement d'avis et jura ses grands dieux qu'on allait tirer à cent mille”. » (Quand Rex était petit..., p. 61).

     

    Beauraing 3.jpeg

     

     

    « Propagande et terreur ! »

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

     

    La livraison suivante, du 10 juin 2026, du SoirMag confine presque au dithyrambe, ne fût-ce déjà que par les titre et sous-titre : « Degrelle galvanise la Belgique en crise. Alors que la société belge est minée par une économie moribonde, le beau Léon séduit des milliers d'anonymes avec une propagande moderne et un discours radical » !

     

    Pour tempérer quelque peu l'éloge, Pierre Stéphany va reprendre un ragot que le ministre de l'Intérieur catholique de l'époque, Charles du Bus de Warnaffe, ourdit vainement peu avant les élections de 1936 qui allaient voir le triomphe du mouvement rexiste.

     

    « À un député français, il confiait, quelques semaines avant les élections de mai 1936 : J'aurai vingt élus. Mon groupe refusera toute collaboration avec qui que ce soit et organisera une obstruction systématique. Nous rendrons tout gouvernement impossible. Après deux ou trois ministères par terre, mon tour viendra et je prendrai le pouvoir. Mes élus, je les aurai en main, tous me remettront une lettre de démission en blanc, je les exécuterai s'ils ne marchent pas comme je voudrai. Propagande et terreur, voilà mes moyens. Je terrorise déjà, tout le monde a peur. Quand, dans deux ou trois ans, j'aurai le pouvoir, ce sera aussi la terreur que j'imposerai. Il ne peut plus m'arriver qu'une condamnation des évêques. Je m'en fous. J'ai un dossier terrible contre le Cardinal. Je démontrerai la complicité de 2.100 prêtres démarcheurs appointés du Boerenbond. Dépêchez-vous, en France : il vous manque un homme comme moi ! »

     

     

     

    Jam Bus Warnaffe.jpeg

    En 1935, le gouvernement tombe et un nouveau arrive : le caricaturiste Jam croque le ministre des Communications catholique Charles du Bus de Warnaffe remettant ses compétences (un fusil !) à son remplaçant socialiste Paul-Henri Spaak. Comme on le verra encore aux élections partielles de 1937 (ce blog aux 6 mai 2016 et 14 avril 2017), toutes ces familles politiques interchangeables ont le même dénominateur commun : abattre le rexisme !

     

     

    Pourchassé par la vindicte de Léon Degrelle le dénonçant comme le « défenseur des pourris » du Parti catholique et le « traître de la dévaluation » au profit des banksters, le ministre du Bus de Warnaffe publia, le 23 mars 1936, une lettre ouverte à Léon Degrelle dans les deux principaux journaux catholiques, Le Vingtième Siècle et La Libre Belgique où figuraient des propos outranciers tenus à « une personnalité étrangère de passage à Bruxelles » (nous ignorons d'où Stéphany tire sa version, car les prétendues déclarations du Chef de Rex sont ici encore plus excessives que dans les deux quotidiens où il n'est, par exemple, pas question des 2100 prêtres appointés du Boerenbond, la Ligue des paysans censée défendre les intérêts économiques du monde agricole catholique flamand).

     

    On imagine bien la réaction du principal intéressé face à ces propos ahurissants, estimant que « non seulement ce texte était grotesquement fantaisiste, mais en outre qu'on ne pouvait lui donner comme origine qu'une conversation strictement privée ». C'est ce qu'attendait le ministre pour divulguer le nom de la « personnalité » : le député français conservateur catholique Philippe Henriot (effectuant alors une tournée de conférences en Belgique) qui s'empressa de fermer le piège en publiant à son tour un courrier appuyant le poulet du vertueux ministre belge (il n'est pas anodin de rappeler que dans le premier gouvernement d'après-guerre, le catholique vicomte Charles du Bus de Warnaffe fut un ministre de la Justice qui refusa systématiquement tous les recours en grâce des condamnés à mort de l' « Épuration », soit 34 exécutions en quatre mois, dont Irma Laplasse, l'une des quatre femmes à avoir été passées par les armes entre 1945 et 1950).

     

    LLB 1936.03.05 Portrait Henriot.png

     

    Il n'est que le nouveau soi-disant biographe de Léon Degrelle pour faire ses choux gras de ce pétard mouillé et prétendre que « Degrelle s'insurge à la divulgation de ces phrases, sans pour autant les renier » (p. 88) ! Renie-t-on ce qu'on n'a pas dit ? Le tribun rexiste qui a bien rencontré Henriot s'irrite plutôt que l'animateur de la Fédération Nationale Catholique française extrapole aussi outrancièrement ses propos. Et pourquoi ce dernier se prête-t-il à cette manœuvre ? Très probablement parce qu'il se croit plus proche de l'officiel Parti catholique belge que de celui qui prétend le régénérer.

     

    La Libre Belgique n'avait pourtant pas une meilleure opinion de Philippe Henriot, semble-t-il, que de Léon Degrelle, le décrivant avec autant d'acrimonie : « L'on chercherait en vain, dans [l]es discours [de Philippe Henriot], la générosité de langage et la hauteur de pensée qui caractérise les hommes que je viens de nommer et encore plus leurs devanciers du temps des Berryer et des Montalembert. Aucun de ces anciens ne s'est laissé entraîner –comme M. Philippe Henriot par exemple– à faire de la tribune du Parlement une plateforme pour attaquer exclusivement des personnes, oubliant les doctrines, les idées. » (21 avril 1936).

     

    Après s'être ainsi laissé entraîner aux côtés des officiels catholiques belges contre le chef de Rex, Philippe Henriot, membre honoraire de la Milice, secrétaire d'État à l'Information du maréchal Pétain, évitera soigneusement d'encore croiser le chemin de Léon Degrelle (même lors du grand rassemblement de la Collaboration française au Palais de Chaillot pour le discours-événement du héros de Tcherkassy, le 5 mars 1944) ; il sera assassiné à la mitraillette devant son épouse par un commando de seize terroristes déguisés en miliciens, le 28 juin 1944.

     

     

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

    On peut certainement estimer regrettable la polémique à laquelle Philippe Henriot crut devoir participer contre Léon Degrelle, emporté sans doute par ses fortes convictions catholiques. Car l'éditorialiste écouté de Radio-Paris fut également un ardent partisan de l'Europe d'Ordre nouveau. Il participa à l'écriture du Manifeste de la fondation, en janvier 1943, de la Milice française, placée sous les ordres de Joseph Darnand dont la nièce Jeanne Brevet fut l'épouse tant aimée de Léon Degrelle.

     

    Ses chroniques radiophoniques constituaient journellement l'événement politique le plus suivi par tous les Français. Le jour où il fut assassiné, le 28 juin 1944, c'est le chef du gouvernement lui-même, Pierre Laval, qui, à 19h40, l'heure de la chronique quotidienne du célèbre tribun, prit la parole pour en prononcer l'éloge funèbre : « Philippe Henriot a été assassiné ce matin au Ministère de l'Information. Il a été abattu à coups de revolver sous les yeux mêmes de sa femme. Cette grande voix française, éloquente, passionnée, n'était indifférente à personne. Elle était aimée ou elle était redoutée. Faute de pouvoir répondre à Philippe Henriot, on l'a fait taire ; faute de pouvoir lui fermer la bouche, on lui a fermé les yeux. »

     

    Philippe Henriot eut droit à des obsèques nationales célébrées dans une formidable ferveur populaire dont le reportage cinématographique est toujours visible dans les archives de l'INA.

    Henriot funérailles.png   Henriot Affiche.png

     

     

     

    S'étonnera-t-on que Frédéric Saenen n'ait pas un mot pour la mise au point, toute de bon sens, que le Secrétaire général de l'Université Catholique de Louvain, l'historien Léon van der Essen (ce blog aux 6 juillet 2024 et 7 novembre 2025), envoya à l'hebdomadaire Rex (Le Pays réel n'existait pas encore), le 5 avril 1936 ?

     

    « Je sais que certains vous représentent comme un futur dictateur, assoiffé de sang.

    Laissez-moi rire !

    Je vous ai connu à l’Université de Louvain comme un garçon très sympathique et jovial, très attaché à ses devoirs religieux et, par le fait même, gai et plein d’optimisme, entièrement rebelle à certaines théories déliquescentes qui font de nos jeunes gens des “vieux” avant l’âge.

    Vous avez, pendant votre séjour ici, révolutionné la vie estudiantine en organisant des “blagues” de dimension, qui ont laissé à ceux qui en furent les spectateurs une impression de forte et saine gaieté. Je ne puis dès lors pas croire –même si vous l’avez dit vous-même – que vous êtes résolu à mettre la Belgique à feu et à sang. […]

    Si, emporté par la colère ou par la violence de la polémique, vous avez manqué à la justice et à la charité, il importe que vous reconnaissiez votre erreur sur tel point ou concernant telle personne. Une campagne d’assainissement ne peut s’inspirer que de la vérité. Mais ce qui demeure et ce qui est le fait capital : des milliers et des milliers de Belges demandent avec vous la propreté.

    Et à l’échéance de mai prochain, on verra que telle est la volonté inébranlable de tous ceux qui aiment leur pays et qui veulent qu’il soit pur et, par-là, grand et fort. » (Rex, 24 avril 1936).

     

     

    Quid des copyrights ?

     

    Pour illustrer la reprise de l'article de Pierre Stéphany, spécialiste du « copié-collé », le SoirMag, sans doute par contagion, a procédé de même, reprenant sans vergogne les photos des archives en ligne du Cercle du Collectionneur.

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

    Cercle Collect. Vlan.png   Cercle Collect. Rex.png

     

    Les photos sont créditées « D.R. ». Est-ce à dire « Droits réservés » ? Mais à qui ? Au SoirMag ? À leur légitime propriétaire parfaitement identifiable par le cachet visible sur les photographies « C.H.R.I. DE SCHUTTER » (Centre Historique de Recherche et d'Investigation – Jacques de Schutter) ?

     

    Le magazine qui ne cesse de donner des leçons de morale et d'éthique à tout le monde, en participant notamment aux campagnes permanentes de défense de la presse professionnelle contre la désinformation et les « fake news » n'en a, en réalité, rien à foutre de la déontologie et ne fait que de l'autopromotion à bon marché. Tous ces titres « grand public » –Le Soir, La Libre (ex-Belgique), La Dernière Heure, GrenzEcho,...– prétendent défendre la pluralité de la presse, mais recopient tous consciencieusement les mêmes communiqués politiquement corrects des agences de presse autorisées... Et ne sont pas même capables de sourcer correctement leurs emprunts photographiques ni de créditer leurs propriétaires légitimes.

     

    Et que le SoirMag ne vienne pas dire qu'il ignorait avec qui prendre contact : s'il a pu trouver les documents dans le labyrinthe des collections du site du Collectionneur, il n'a pu passer outre des « Mentions légales » où est expressément publié l'avertissement suivant : « En vous connectant sur ce site, vous acceptez, sans réserves, les présentes modalités », dont celles concernant le copyright.

     

    Cercle Collect. Copyright a.png

     

    Mais en ce jour anniversaire du Géant Léon Degrelle (ce blog au 15 juin 2024), ne boudons pas notre plaisir et savourons sans modération la conclusion de Pierre Stéphany publiée dans le SoirMag, texte qu'on ne se serait plus attendu à pouvoir lire dans un magazine mainstream en 2026 !...

     

    « le battage [que Léon Degrelle] organisait autour [de ses idées], les drapeaux, la musique, la mise en scène, les supporters frénétiques, avaient de quoi frapper les esprits faibles – et même, quelquefois, les autres. De plus, il était doté d'un talent d'orateur, avec une voix forte et souple, teintée d'un reste d'accent wallon, un ton direct, des gestes amples, le sens des effets, l'art de ménager le plaisant et le sévère. »

     

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

    Le 20 novembre 1992, jour anniversaire de la mort de José Antonio et du Caudillo Franco, l'Association Pétain-Verdun avait voulu associer le Maréchal Pétain au traditionnel hommage célébré alors par les Espagnols. Un banquet avait été organisé au restaurant El Pardo, dans la banlieue madrilène, où, invité d'honneur, Léon Degrelle prit la parole, une des toutes dernières manifestations de sa fougueuse éloquence.

     

     

     

  • Quand « Éléments », la revue d'Alain de Benoist, fait dans le « wokisme »...

     

    Éléments l'affirme : Léon Degrelle ne serait qu'un « mythomane », un « escroc », un « hitlérolâtre » et bien pire encore... Mais ses lecteurs vont-ils le croire ?

     

     

     

    Florilège Saenen Cercle.jpeg

    Le florilège d'antidegrelleries promouvant le Léon Degrelle de Frédéric Saenen, telles que collationnées par le Cercle des Amis de Léon Degrelle  (XLIVe Correspondance privée, septembre 2025, p. 11).

     

     

    C'est dans la dernière et quarante-quatrième Correspondance privée du Cercle des Amis de Léon Degrelle –c'est-à-dire dans la collation quasi exhaustive de tout ce qui concerne Léon Degrelle opérée régulièrement par cet indispensable Degreller Beobachter– que nous avons lu l'information à propos de la nouvelle biographie « améliorée » de Léon Degrelle par Frédéric Saenen (ce blog au 25 mars 2025) : « De nombreux articles et entretiens ont été réalisés dans la presse au sujet de la sortie de cette biographie de Léon Degrelle. La plupart de ces articles et des entretiens se recoupent forcément et ont tous un dénominateur commun : l' ”anti-degrellisme ! Dans le florilège, non exhaustif et dans le désordre : Marianne, Le Figaro, Breizh-info, Le Monde, L'Avenir, La Dernière Heure, La Libre Belgique, Le Soir, Conflits, Éléments, etc. » Était même épinglée une interview à Regards, le mensuel du Centre Communautaire Laïc Juif.

     

    Et le Cercle de conclure philosophiquement : « Beaucoup de bruit pour un livre bien médiocre. Mais l'important n'est-il pas d'avoir remis à l'honneur le Chef de Rex ? »

     

    Elements 215.jpegQuoique la « remise à l'honneur » équivaille en fait surtout à propager les bobards saeneniens, voire à en augmenter la nuisance dans des interviews où, –comme nous allons le voir–, le pseudo-biographe plastronne ses calomnies...

     

    Dans le « florilège non exhaustif » des laudateurs requis ou bénévoles présenté par le Cercle des Amis de Léon Degrelle, un titre a en effet particulièrement attiré notre attention, le dernier, Éléments, le trimestriel d'Alain de Benoist, fondateur du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne), qui prétend fournir matériau et substance pour une meilleure connaissance et célébration de la civilisation européenne. Comme nous n'y sommes pas abonné et qu'il ne figure pas parmi les innombrables revues proposées par notre petit libraire, nous avons dû lui demander de le commander : il nous est arrivé voici peu.

     

     

    Éléments, parangon de l'historiquement correct !

     

    Et la stupéfaction est totale : la lecture de ce panégyrique aveugle est profondément choquante et attristante. Attristante car nous croyions qu'Éléments était censé fournir des articles critiques stimulant la réflexion (« Le magazine des idées à l'endroit » !) et non balancer des coups d'encensoir irrationnels ; choquante car un tel exercice de reptation wokiste semble inscrire la revue dans le mouvement de réécriture négative de l'histoire européenne.

     

    Nous ignorons qui est ce Laurent Schang, à part qu'il a écrit récemment une biographie (une dénonciation, plutôt) du maréchal Gerd Von Rundstedt aux éditions Perrin. Tiens ? Le même éditeur que Frédéric Saenen ! Entre confrères co-édités, il faut sans doute contribuer à une coprospérité... Par ailleurs, Schang semble le spécialiste-maison d'Éléments pour l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il signe en effet dans le même numéro un autre article abscons au titre néo-français –Au bonheur du fana mili– où il dénie aux plages du débarquement de Normandie de compter parmi les « champs de bataille qui continuent de vous saisir », tels Azincourt (où il n'y a rien à voir), Valmy (et son moulin au milieu d'un « concept touristique ») ou Woerth (quelques monuments, surtout allemands)... Il annonce tout de même trois feuilletons sur les décors normands du « jour le plus long ».

     

     

    Schang Rundstedt.jpg   Schang Rundstedt Breizh 2020.03.07.png

    Rundstedt Tombe.jpeg

     

    Pour Laurent Schang, le maréchal von Rundstedt est bien coupable de ne s'être pas opposé au chef suprême des armées allemandes. Pire même, il accepta de figurer parmi les juges des officiers félons qui tentèrent d'assassiner, en pleine guerre, Adolf Hitler, leur commandant en chef, le 20 juillet 1944. Mais, s'étonne-t-il, personne ne s'en est encore pris à sa tombe. Et d'ajouter (en guise d'avertissement ?) : « Jusqu'à présent, en tous les cas » (interview publiée par Breizh Info, le 7 mars 2020 ; en bas, la tombe de Gerd von Rundstedt et son épouse, sur le site Find a Grave...

     

     

    Mais revenons à sa charge anti-degrellienne, dont l'introduction, par sa flagornerie béate, mérite d'être citée : « On croyait avoir tout lu sur le Beau Léon (le parti Rex, la Waffen SS, Tintin), des écrivains aussi différents que Saint-Loup, Pol Vandromme, Jonathan Littell ou Arnaud de la Croix ayant noirci des centaines de pages à son sujet – sans compter ses propres mémoires. On se trompait. Signée Frédéric Saenen, Léon Degrelle (Perrin), sa nouvelle biographie, en vérité la première (par sa qualité d'écriture, par les recherches qu'elle a demandées), nous livre le portrait sans fard ni trémolos d'un ambitieux qui, pour s'être rêvé en Führer des Wallons, finit sa vie avec le titre peu enviable de personnalité la plus détestée du royaume de Belgique. »

     

    On croyait avoir tout lu en matière de dénigrement de Léon Degrelle, mais, en effet, on se trompait : Éléments, soi-disant « laboratoires d'idées » de la Nouvelle Droite, en donnant carte blanche à ce prétendu spécialiste de l'histoire militaire, réécrit celle de la Seconde Guerre mondiale à l'aune de la morale des vainqueurs, normalisant son récit par un lâche et inattendu conformisme politique.

     

    N'en doutons pas : Schang ne connaît rien de Léon Degrelle. Ce qui ridiculise sa célébration du bouquin de Saenen, salué comme « en vérité la première » biographie du « Führer des Wallons » ! Les seules lectures qui, si elles ont existé, lui permirent de (mal) connaître le nom du héros de Tcherkassy sont le roman épique de Saint-Loup, Les SS de la Toison d'Or (ce blog au 22 janvier 2016), le pamphlet haineux Le loup au cou de chien de l'indigne Vandromme (ce blog au 14 avril 2016), les considérations scato-psychanalytiques Le sec et l'humide du pervers Littell (ce blog aux 8 février 2018 et 12 octobre 2025) et les carabistouilles éculées du prétentieux De la Croix qui prétendait aussi fournir « la première biographie complète [...] du dernier grand chef nazi » (ce blog aux 13 décembre 2016 et 10 avril 2024).

     

    À part Saint-Loup, lui-même ancien du Front de l'Est et ami personnel de Léon Degrelle, tous les noircisseurs de centaines de pages évoqués par Schang sont des dénigreurs compulsifs obsessionnels de l'auteur de Révolution des Âmes, ce jeune chef charismatique qui séduisit à ce point Adolf Hitler lors de leur première rencontre fortuite de 1936 que, sa vie durant, le Führer s'inquiéta de son sort, lui manifestant confiance, gratitude et affection (ce blog, notamment, au 12 mai 2016).

     

     

     

    1944 08 27 Hitler+Steiner+LD.png

    Un mois à peine après avoir échappé miraculeusement à l'inimaginable attentat ourdi par une kyrielle d'officiers parjures et traîtres à leur patrie, le chef suprême des armées du Reich reçut avec une joie et une émotion manifestes Léon Degrelle, le jeune officier étranger, qui ne cessa d'en remontrer à la caste réactionnaire de la Wehrmacht sur le courage, l'honneur et la fidélité. À l'issue de cette rencontre où il décerna les Feuilles de Chêne à sa croix de Chevalier de la Croix de Fer, Adolf Hitler confiera à son plus loyal épigone : « Si j'avais un fils, je voudrais qu'il soit comme vous ! »

     

     

    Et donc, après avoir décrété le plus gratuitement du monde que Léon Degrelle « finit sa vie avec le titre peu enviable de personnalité la plus détestée du royaume de Belgique » (probablement une citation du prière d'insérer de l'éditeur car reprise dans nombre de soi-disant comptes rendus !), Laurent Schang va poursuivre dans le même registre de la calembredaine péremptoire...

     

    Comme il s'agit d'une interview, tout va fonctionner comme dans un gag de clowns de cirque : Saelen, le clown blanc, est le bonimenteur pontifiant. Il est interrogé par Schang, le clown auguste au gros nez rouge, gaffeur qui ne comprend jamais rien et qui en rajoute dans le délire du clown blanc pour marquer sa bonne volonté ou asticoter la verve de son comparse.

     

     

    Révolution des Âmes

     

    Quelques exemples des outrances et amorces de Clown auguste Schang corrigées, voire amplifiées, par Clown blanc Saenen, que nous ferons tout de même suivre par des mises au point degrelliennes...

     

    Clown auguste Schang : « Quelle était cette ”révolution des âmes dont Degrelle se réclamait ? »

    Clown blanc Saenen : « [...] il prône en effet une vague révolution des âmes selon le titre d'un essai que Degrelle publie en 1938. [...] Mais cela semble déconnecté de toute realpolitik, et le corpus idéologique du rexisme, voulant trop embrasser toutes les couches de la société [...], mal les étreindra. »

     

    Révol Ames 1 1.jpeg  Révol Ames 2.jpeg

     

    Publié deux ans après le succès électoral de 1936 et un an après la coalition de tous les affidés du système (catholiques, libéraux, socialistes, communistes) contre la révolution rexiste portée par Léon Degrelle à l'élection partielle bruxelloise de 1937, Révolution des Âmes, –recueil de réflexions à la fois politiques et lyriques rappelant la base de l'engagement rexiste–, est sans doute « vague » pour Clown blanc Saenen en ce sens qu'il ne définit aucun programme politique, économique ou social. Il est cependant décisif dans la démarche rexiste selon laquelle il n'est pas de véritable révolution qui ne s'alimente d'un authentique renouveau spirituel. Réveiller ce ressourcement personnel, c'est ce qui inspira toujours l'apostolat de Léon Degrelle : « Dès cette époque-là, je m'étais dit, en voyant l'espèce de rébellion parfaitement normale du peuple, qu'il s'agirait de dégager celui-ci de l'égoïsme et du matérialisme [...], en essayant de repeindre de neuf chaque cœur délaissé, lassé, souillé, de recomposer une véritable communauté humaine, juste, fraternelle, de ranimer en elle les plus hautes vibrations d'âmes. » (Persiste et signe, p. 54).

     

    1 Denis Rex Bases doctrinales.jpg   2 Streel Positions rexistes.jpg   3 Rex Volonté d'action.jpg

     

    Pour les clowns, tout ça, c'est du charabia « déconnecté de toute realpolitik ». Pourtant, cette mystique rexiste a permis l'élaboration d'un vaste « corpus idéologique », d'une doctrine et de principes d'action pour tous les secteurs de la société, afin que la révolution des âmes permette la révolution nationale. Mais pour nos clowns qui tournent en rond sur leur piste de cirque, c'est alors trop de realpolitik : « Qui trop embrasse mal étreint », CQFD !... (sur les bases doctrinales du rexisme, on lira avec davantage d'intérêt et de bénéfice Rex dans l'entre-deux-guerres : discours et communication politique par Clément Ferrier, in Courrier hebdomadaire du CRISP, n° 6, 2023, pp. 33 sv.)

     

    4 Message de Rex.jpg   5 Rex et Ouvriers.jpg   6 Rex et Commerçants.jpg

    7 Rex et Campagnards.jpg   8 Rex et Artistes.jpg   9 Rex et la Femme.jpg

     

     

    Mes Aventures au Mexique et les Cristeros

     

    Clown auguste Schang : « Degrelle était déjà un mythomane dans les années 1920 ! Son reportage au Mexique a tout d'une blague... belge. N'était-il pas aussi un peu escroc ? »

    Clown blanc Saenen : « À mythomane, je préférerais l'expression affabulateur compulsif [...] il n'a pas été un témoin direct de la révolution des Cristeros. [...] À escroc, je préférerais celui de “roublard” […] on le découvre aussi hypocrite, cauteleux, fuyant à d'autres moments. […] c'était un panier percé et un mauvais payeur. »

     

    Mexique Rex illustré 18 03 36.jpg

     

    La mise en doute du voyage au Mexique est le monstre du Loch Ness qui prétend établir la mythomanie de Léon Degrelle. C'est Frédéric Denis qui s'en fit le champion imbécile (ce blog au 29 septembre 2020 et 11 août 2025) et il a manifestement encore toujours de fidèles émules aujourd'hui.

     

    Il est évident que l'envoyé spécial du Vingtième Siècle n'alla pas au Mexique (décembre 1929-janvier 1930) pour faire le coup de feu : si les accords (Arreglos) négociés entre l'Église de Pie XI et le gouvernement mexicain avaient mis fin, dès le 27 juin 1929, à la rébellion, les Cristeros, qui avaient déposé les armes, continuèrent cependant à être poursuivis et massacrés par leur gouvernement : on estime à environ 5000 les victimes de cette « épuration », tandis qu'au moins 5% de la population mexicaine préférèrent s'enfuir aux États-Unis. En 1936, Rex illustré publia quelques photos décontractées de Léon Degrelle en guise de preuve de son voyage au Mexique.

     

    Evêque José de Jesus Huejutla.pngMais son expédition ne releva pas nécessairement du farniente touristique, comme l’attesta l'ambassadeur de Belgique au Mexique, Charles de Romrée de Vichenet (1884-1957) qui le reçut sur place (J.-M. Étienne, Le mouvement rexiste jusqu'en 1940, p. 13). La lettre que lui envoie, le 2 mai 1930, Mgr José de Jésús Manríquez y Zárate (1884-1951), évêque du diocèse de Huejutla, dont l'engagement fervent en faveur des Cristeros provoqua son exil en Californie, établit également l'importance des contacts établis sur place, le sérieux de son enquête et du suivi politique et éditorial qui devait en découler :

     

    lt Huejutla à LD 02.05.1930.jpeg« Bien cher ami, [...] Je suis très touché que vous ayez autant travaillé à votre retour du Mexique, et certainement avec beaucoup de succès, en faveur de notre cause, qui est la cause de la vérité et de la justice. Le voyage que vous avez effectué avec Mgr Picard à Paris et les entretiens que vous avez eus avec les écrivains catholiques et les directeurs de grands journaux et magazines, les incitant à s'intéresser au Mexique, commentant largement vos enquêtes, produiront sans aucun doute de grands biens pour un avenir proche. [...] Certes, tous ces travaux, ainsi que vos conférences et celles du digne Mgr Picard, seront une excellente préparation pour organiser la collecte internationale en faveur du Mexique, que je vous ai tant recommandée. [...] Avec mes salutations très affectueuses à Mgr Picard, M. Hoyois et aux autres jeunes de la méritante ACJB, et en vous souhaitant de vous rétablir rapidement de vos fatigues, je suis heureux de me répéter une fois de plus votre ami très affectueux et votre humble serviteur qui vous bénit avec effusion.

    + José de Jesús, Évêque de Huejutla »

    (Sur les persécutions qui persistèrent cruellement malgré les Arreglos, voir Léon Degrelle, Cristeros, pp. 203-223 ; sur la spécificité de Mes Aventures au Mexique, ce blog au 1er mai 2016).

     

     

    Léon Degrelle, Flamand, Français, Bourguignon, Espagnol, faux Belge !

     

    Clown auguste Schang : « Degrelle le Wallon avait aussi des partisans en Flandre. Une alliance électorale avec Joris Van Severen et son parti, le Verdinaso, aurait très pu se concevoir [sic] en 1936. Ces deux figures étaient-elles trop différentes pour oser un rapprochement ? »

    Clown blanc Saenen : « L'obstacle majeur au rapprochement de Degrelle avec la Flandre est avant tout... sa méconnaissance totale du néerlandais. Il était certes un défenseur idéaliste de la cause flamande, mais en rien un pragmatique qui pouvait entrer en réel dialogue avec le nord du pays. [...] Pendant la guerre, la Flamenpolitik d'Hitler va encore creuser l'écart [entre Degrelle et les Flamands]. Ses vues à long terme sur la Belgique le portent hors du cadre national tel qu'il avait été défini lors de l'indépendance en 1830. Degrelle n'a jamais fantasmé qu'une dimension impériale, par la réintégration des territoires belgiques dans la Grande Bourgogne, voire au Reich allemand [...]. Dans les années 1930, il confiera qu'il regrette de n'être pas né en France, et après-guerre il se fera adopter pour obtenir la nationalité espagnole. C'était en définitive un faux Belge [...]. »

     

     

     

    Leo Belgicus Carlina.jpg

    Le Leo Belgicus de la splendeur bourguignonne accueillant le visiteur de Léon Degrelle dans la finca sévillane de son exil espagnol, tel qu'il fut dessiné en 1617 par le cartographe Kaerius (Pieter van den Keere) dans son chef-d’œuvre Germania Inferior, id est XVII provinciarum ejus novae et exactae tabulae geographicae (ce blog au 17 octobre 2018).

     

     

    Le 24 juin dernier, Bart De Wever, Premier ministre de Belgique, déclarait à la radio nationale publique néerlandaise : « en tant qu’homme politique et à titre personnel, je pense toujours que la scission des Pays-Bas au XVIe siècle est la plus grande catastrophe qui nous soit arrivée ». Il évoquait la partition des XVII Provinces bourguignonnes à l'issue de la révolte des Gueux (ce blog au 31 mars 2025).

     

    Voilà qui rejoint exactement la pensée de Léon Degrelle qui a toujours dénoncé « l'État-croupion de 1830 » et a voulu rendre leur extension géographique d'origine aux territoires belgiques évoqués par Frédéric Saenen et regrettés par Bart De Wever, et à leur peuple la puissance économique et la gloire culturelle qui firent leur prospérité historique (ce blog au 28 juin 2017) : « Je suis donc intégralement un homme de ces fameuses Dix-Sept Provinces qui, de l'embouchure du Rhin à la Somme, constituèrent, pendant des siècles, une remarquable unité géographique, politique, économique. Je me sentais né pour leur résurrection, opérée d'ailleurs partiellement, depuis lors, sur le plan médiocre des affaires, au sein du Benelux. » (Degrelle m'a dit, pp. 436 et 28). Ce Benelux économique, qui s'est dissout dans une opaque Union Européenne, est malgré tout porté aujourd'hui au crédit visionnaire de Joris Van Severen proposant un Dietschland idéalisé, alors que la résurrection de la Bourgogne indépendante voulue par Léon Degrelle et avalisée par le Reich (ce blog, notamment, au 28 juin 2017) est décrite comme un fantasme criminel (sur la relation Degrelle-Van Severen, ce blog au 7 mai 2019).

     

     

     

    Verdinaso Landdag 1935.jpeg

    Affiche annonçant le Quatrième Congrès du Verdinaso en 1935 : l'emblème du mouvement –un glaive dressé devant une charrue– protège la carte du Dietschland réunissant, outre la Flandre française, la Belgique, les Pays-Bas (la erlande) et le Luxembourg : le futur Benelux (sans la Flandre française).

     

     

    Mais l'idée de la nouvelle Bourgogne était tellement peu fantasmagorique ou criminelle que Roosevelt l'avalisa également en voulant s'attacher les services de Léon Degrelle. « Fin décembre 1942, la marquise de L... avait transmis à Degrelle, en congé pour blessure à Bruxelles, une invitation du consul des États-Unis à Barcelone à venir discuter avec lui d'un ralliement aux Alliés. Deux passeports étaient mis à sa disposition à cette fin. [...] Lorsqu'il entendit parler des projets grand-belges de Hitler, Roosevelt les accueillit avec faveur. MM. [Edvard] Benès [président du gouvernement tchécoslovaque en exil] et [Antony] Eden [secrétaire d'État au Foreign Office] en ont témoigné auprès de M. [René] Massigli [ambassadeur de Vichy à Ankara avant de passer à Londres pour devenir commissaire aux Affaires étrangères de De Gaulle] et lord [William] Strang [sous-secrétaire d'État adjoint pour l'Europe dans le gouvernement britannique]. Le 13 mars 1943, le président [Roosevelt] envisageait de grouper les départements français du Nord, l'Alsace, la Lorraine, le Luxembourg avec la Belgique méridionale pour former une grande Wallonie » (Jacques de Launay, Histoires secrètes de la Belgique 1935-1945, p. 246).

     

    Dans ses mémoires, Sir Antony Eden confirme en effet le projet caressé par le président américain : « Roosevelt m'exprima ensuite ses inquiétudes au sujet de l'avenir de la Belgique, et m'exposa un projet qu'il avait déjà mentionné à Oliver Lyttelton [ministre de la Production dans le gouvernement britannique] ; il s'agissait de créer un État nouveau, la Wallonie, constituée par les zones wallones [sic] de Belgique, le Luxembourg, l'Alsace-Lorraine, et une partie du nord de la France. » (L'Épreuve de force, p. 376).

     

    Léon Degrelle écrira plaisamment dans l'ouvrage signé par la Duchesse de Valence : « Il est assez étonnant de constater qu'après la guerre Degrelle a été condamné à mort comme mauvais belge. On ne peut, à mon avis, lui reprocher, notamment chez ses amis français, que d'avoir été trop grand belge ! Au lieu de diminuer sa patrie il la voulait plus vaste ! » (p. 380).

     

    Il n'est pas vrai non plus de prétendre que « Dans les années 1930, [Léon Degrelle] confiera qu'il regrette de n'être pas né en France ». Ce qu'il confie à Robert Brasillach en 1936, c'est la simple acceptation de son destin : « Trois kilomètres de plus ou de moins... Maintenant, mon sort est fixé. Né en France, j'aurais joué un rôle de Français, avec la même ardeur. Je suis Belge, je fais mon devoir de Belge. » (Léon Degrelle et l'avenir de Rex, p. 8). Son pays de prédilection n'est donc certes pas la France du fourbe Louis XI ou du prédateur Louis XIV, mais fut et sera toujours les Dix-Sept Provinces des ducs de Bourgogne et de leurs successeurs belgo-espagnols qui rassemblèrent longtemps les Pays-Bas du Nord et les Pays-Bas du Sud : « Belge de la petite Belgique atrophiée des temps modernes, née des traités de 1831 et de 1839 ? Non ! Je suis un Belge provenant des territoires occidentaux, trois fois plus vastes, réunis au XIVe et au XVe siècles par les ducs de Bourgogne. Par la famille de mon père, né à Solre-le-Château, près de Maubeuge, j'appartiens aux Marches du Sud, enlevées à mon pays par les tenaces rois de France. Par la famille de ma mère, les Boever, originaires de la Moselle, j'appartiens aux Marches Germaniques de l'Est, détachées de ma patrie par le traité de 1839. Je suis donc intégralement un homme de ces fameuses Dix-Sept Provinces, qui, de l'embouchure du Rhin à la Somme, constituèrent, pendant des siècles, une remarquable unité géographique, politique, économique. Je me sentais né pour leur résurrection » (Duchesse de Valence, p. 28).

     

    CI Leon Jose de Ramirez Reina.jpg

     

    Mais ce qui importe à Clown blanc Saenen en inventant le regret de Léon Degrelle de n'être pas Français, c'est de pouvoir prétendre qu'il était « en définitive un faux Belge », une preuve supplémentaire étant qu' « il se fera adopter pour obtenir la nationalité espagnole ». Une espèce de collectionneur de cartes d'identité, quoi !...

     

    En acquérant la nationalité espagnole, il est évident qu'il s'agissait pour Léon Degrelle –n'ayant pas même le statut de réfugié politique– d'avoir enfin une existence légale lui permettant de vivre et travailler en Espagne à visage (plus ou moins) découvert. Mais Clown Saenen a plus d'une carabistouille dans son sac à malices : c'est ainsi qu'à propos de cette carte d'identité espagnole, il prétendra dans le magazine du Centre Communautaire Laïc Juif : « L’astuce qu’il a trouvée, au début des années 1950, est de se faire naturaliser espagnol en se faisant adopter. À partir de ce moment, son extradition conduit à une impasse juridique, de sorte que malgré les reports d’échéance de prescription, il mènera une vie plutôt confortable en Espagne jusqu’à sa mort. » (Regards, 1er avril 2025). Comme si Léon Degrelle n'avait pas proclamé cent fois son désir de revenir en Belgique pour se justifier au cours d'un procès honnêtement contradictoire (ce blog, entre autres, au 15 août 2022) ! Comme si le gouvernement belge n'avait pas torpillé toutes les tentatives de le ramener en Belgique (ce blog notamment au 26 décembre 2024) ! Quant à la « vie plutôt confortable en Espagne », nous renverrons nos lecteurs aux incalculables tentatives d'assassinat et d'enlèvement auxquelles l' « astucieux » exilé dut faire face (ce blog au 3 janvier 2023 ; et au 2 septembre 2025 pour le complot révélé par Bert Govaerts).

     

    Rex et Flandre.jpgEnfin les considérations sur l'incapacité de Léon Degrelle de dialoguer même avec les Flamands sont tellement absurdes que nous ne nous y arrêterons pas, nous contentant de renvoyer à notre blog, par exemple, au 10 juin 2016 ; l'accord signé entre Rex et le Vlaamsch Nationaal Verbond (VNV, Alliance Nationale Flamande) de Staf De Clercq préfigure d'ailleurs particulièrement bien le confédéralisme préconisé aujourd'hui par le parti du Premier ministre belge, la N-VA, Nouvelle Alliance Flamande). Que dire aussi de la prétendue « Flamenpolitik » d'Adolf Hitler finissant au contraire par avaliser la résurrection de la Bourgogne indépendante sous l'autorité de son premier Chancelier Léon Degrelle (ce blog au 27 juin 2017) ?...

     

    Rex flamand PR 1936.08.21.png  Rex flamand PR 1936.05.19.png  Rex flamand PR 1936.08.22.png

     

    À suivre

     

     

  • Georges Suarez et Léon Degrelle

     

    Une amitié qui a tourné au vinaigre...

     

    Le portrait sympathique que Georges Suarez (1890-1944) offrit à Léon Degrelle dans son reportage sur La Belgique vivante (ce blog au 15 juin 2025) ne constitua en réalité qu'une louange tout à fait ponctuelle et opportuniste.

     

     

     

    Georges Suarez à LD Echos 1933.01.08.png

    « À Léon Degrelle en hommage affectueux à sa jeunesse chaude et irrésistible, Georges Suarez ». Lorsqu'ils nouèrent des liens dont la vive amitié s'exprima dans La Belgique vivante, le célèbre journaliste parisien offrit au jeune chef de Rex, de quinze ans son cadet, sa photo à la dédicace cordiale : elle sera publiée par l'hebdomadaire Échos, le 8 janvier 1933.

     

     

    En écrivant son article consacré à l'Association catholique de la jeunesse belge et à son aumônier général, Mgr Picard (L'Écho de Paris, 3 novembre 1931), Suarez ne pouvait pas ne pas rencontrer Léon Degrelle à Louvain puisqu'en 1930, le prélat se l'était adjoint comme directeur des Editions Rex (établies au domicile de Mgr Picard, 52 rue Vital Decoster, où habitait également le jeune homme jusqu'à son mariage en mars 1932).

     

    Manifestement, le courant était magnifiquement passé puisque l'auteur mania tout de go l'hyperbole chaleureusement enthousiaste pour décrire en «  mon ami Léon Degrelle, [...] le plus prodigieux mélange de mysticisme, d'ingénuité, de malice, de calcul, de spontanéité et de goût à la vie ». Saluant ses multiples talents : « Il écrit des livres pleins de verve ; il rime avec bonheur. Il a le génie de l'épigramme gaie » et célébrant particulièrement aussi son « beau courage d'apôtre » : « Pendant les persécutions contre les catholiques au Mexique, il partit un beau jour, un petit sac à la main, fit le voyage dans la cale d'un paquebot, et débarqua à Mexico, sous un nom d'emprunt, malgré la police qui le recherchait ; traqué par les agents du gouvernement, il fit cependant une enquête complète qui a paru récemment aux Éditions Rex ».

     

    Six ans plus tard, il ne reste plus rien de cette admiration amicale. Le portrait de Léon Degrelle que dresse, en 1937, Georges Suarez prend l'exact contre-pied de son article tout empreint de sympathie de 1931.

     

    C'est dans la perspective de la fameuse élection partielle bruxelloise de 1937, biaisée par le ralliement paniqué de tous les partis à la candidature unique du Premier ministre Paul Van Zeeland, que, brûlant ce qu'il a adoré, Georges Suarez claironnera son soutien fervent au bankster-champion de la particratie. Et ce, non pas dans l'une des grandes publications parisiennes habituées à recevoir sa signature, tels L'Écho de Paris, Le Temps ou Gringoire, mais dans l'éphémère revue Demain présentée par Le Pays réel comme « un petit hebdomadaire de droite », probablement la publication de Jacques La Brède (1900- ?, président d'une Confédération générale des classes moyennes), se présentant pompeusement comme « le grand hebdomadaire des énergies françaises et des actualités mondiales » et qui vivotera dix mois, jusqu'à la première semaine d'octobre 1937.

     

    Soir 1937.03.31 Suarez Blog.pngIl faut croire qu'un service de presse diligent fut assuré aux journaux belges, mais seuls trois quotidiens s'en firent l'écho, de concert, le 31 mars 1937 (Le Vingtième Siècle, La Wallonie, Le Soir). En voici le texte reconstitué à partir de la version publiée par Le Soir (voir ci-contre, le début), complétée (en gras) par une partie censurée car trop évidemment erronée, mais reproduite par Le Pays réel pour en souligner la vaine méchanceté.

     

    « Je ne sais pas quel destin est réservé à M. Léon Degrelle. Dans une période troublée comme celle que nous traversons, tout est possible, même ce qui ne l'est pas.

     

    Nous avons vu, dans un département de France, un demi-fou, M. Archer, succéder dans l'exercice du mandat législatif à un autre demi-fou, Philibert Besson.

     

    Il ne faut donc pas s'étonner de l'importance démesurée qu'a pu prendre soudainement dans la politique belge, dans un pays de réalistes et d'hommes d'affaires, le truculent et clownesque Léon Degrelle. J'ai connu personnellement Degrelle quand il était encore à tirer les cordons de sonnette de ses ennemis personnels dans la bonne et studieuse ville de Louvain. Ce joyeux luron, qui était le principal auxiliaire de Mgr Picard... avait imaginé tout d'abord de régénérer l'humanité et de la réconcilier dans l'amour du Christ-Roi. Ce sentiment, quoique pas très nouveau, n'eût naturellement pas manqué de noblesse s'il ne s'était pas associé assez vilainement à des entreprises commerciales d'un but moins élevé et à un bluff effronté. C'est ainsi qu'une certaine histoire de voyage au Mexique au moment des persécutions des catholiques dans ce pays fut l'objet de certaines contestations où Léon Degrelle ne semble pas avoir eu le dernier mot. La maison d'éditions “Rex”, qu'il avait fondée à Louvain, avec l'argent des dévots, ce qui le dispensait d'attendre vainement l'impression de ses livres chez un éditeur, publia sous sa signature un récit effarant des atrocités dont il affirmait avoir été le témoin à Mexico. Mis en demeure de prouver s'il avait été réellement au Mexique, il ne le put pas, et aujourd'hui, pour quantité de Belges qui aiment encore la “zwanze”, Léon Degrelle est devenu le roi des farceurs.

     

    Degrelle est, en même temps, poète et père de famille. Ses vers ne se distinguent guère de ses divers genres d'activités que par l'incognito qui les couvre, tandis que nul n'ignore sur cette planète que Léon Degrelle porte avec un désespoir sans discrétion le poids d'un veuvage prématuré, et avec un bonheur qui ne connaît point de silence, la fierté d'être père. Toutes ces choses respectables, vénérables, que chacun garde pour soi, dans une intimité pudique, M. Léon Degrelle les a hurlées entre quelques grasses injures à ses adversaires dans toutes les réunions publiques de la Wallonie et des Flandres. Il attendrissait les foules sur son propre cas, les faisait gémir avec lui sur ses malheurs, ou partager ses joies familiales. C'est avec des trucs aussi gros que Léon Degrelle a pu se tailler une place dans ce petit pays de Belgique où, pourtant, les gens serrent les coudes et ne cèdent pas volontiers leur place à un autre.

     

    PR 1937.04.01 Suarez Blog.png

     

    Étant sans scrupules, est-il aussi sans idées ? La médiocrité de son programme convient merveilleusement au camelot en plein vent qui fait le fond de son personnage. Sans culture, sans doctrines, mais pourvu d'un inimitable bagout, il est un signe des temps, le témoignage de ce que peut produire une démocratie quand l'affaissement du niveau moral et intellectuel le livre aux entreprises du plus audacieux.

     

    Au moins, l'Italie s'est donnée à un homme qui avait derrière lui la féconde expérience de l'école révolutionnaire et marxiste. L'Allemagne en a choisi un autre qui, pour être moins brillant que le Duce, a pendant vingt ans fait ses preuves comme conspirateur et chef de bandes. Rien de tout cela chez Degrelle. Les cordons de sonnette de Louvain, les voyages postiches à Mexico, l'amour du Christ, richement nourri de bonne bière et de gueuletons, c'est tout le passé de Degrelle. On est un peu effaré de penser que la vaillante Belgique peut avoir demain pour chef cet obscur galopin.

     

    Que ce garçon sans envergure puisse être comparé, ne fût-ce qu'un instant, à un homme tel que M. van Zeeland, c'est vraiment une chose incroyable ! Il est vrai que, sur un plan plus réduit, nous voyons cela journellement dans les congrès des partis. Un obscur militant devient soudainement célèbre pour avoir donné la réplique à un Léon Blum ou à un Édouard Herriot. Il y a quelques années, M. Herriot ne pouvait affronter les congrès de son parti sans essuyer les lourdes et véhémentes attaques d'un de nos bons confrères, de qui le cerveau n'était pas à la hauteur de sa facilité verbale. À force de combattre son président, il était devenu presque aussi célèbre que lui ; mais il commit la faute, un jour, de quitter le parti radical. Ainsi il se priva de la publicité que M. Herriot ne manquait pas de lui faire partager en lui répondant. Depuis, nul ne sait ce qu'est devenu notre critique. Le duel van Zeeland-Degrelle ressemble un peu à celui de M. Herriot. Si Degrelle n'avait pas devant lui un van Zeeland, personne ne connaîtrait son nom. C'est la rançon des démocraties. »

     

    Commentaire malicieux publié dès le lendemain par Le Pays réel (portant en titre la manchette de l'hebdomadaire, « Informer sans déformer » !) : « Les petits Belges apprendront avec curiosité que Léon Degrelle est veuf ; et la plus étonnée sera sans doute Madame Degrelle, dont la santé est heureusement excellente en tout point. Par ailleurs, les rexistes tiendront à faire connaître à ce gratte-papier, plein de suffisance très parisienne que s'ils sont venus à Rex en grandes masses, ce n'est pas à cause des affaires familiales du chef de Rex mais pour de bonnes et solides raisons.

    L'article en question est reproduit pieusement par la presse domestiquée. Le Soir notamment le transcrit intégralement à l'exception du passage vraiment trop ridicule que nous reproduisons.

    Les lecteurs de ce petit pays qu'est la Belgique ne sont pas tout a fait aussi jobards que ceux du grand pays sur lequel règne Léon Blum et qu'endoctrinent des journalistes du type de Suarez. »

     

     

    Peuple 1937.04.01.png   DH 1937.04.07 p.1.png

     

    L'élection législative du 11 avril 1937 à Bruxelles permit aux caricaturistes de s'en donner à cœur joie contre Léon Degrelle, poison hitlérien (à gauche, Le Peuple, 1er avril 1937 ; à droite, La Dernière Heure, 7 avril 1937).

     

     

    Il ne fait guère de doute que cet article répond à une commande : il a manifestement été demandé à Georges Suarez de rédiger rapidement un persiflage brocardant Léon Degrelle à l'occasion de l'élection du 11 avril 1937 à Bruxelles. Mais comme, depuis son reportage de 1931, il n'a plus mis les pieds en Belgique et ne s'est plus intéressé à l'histoire de Rex et de son chef, Suarez en est réduit à retravailler dans un sens on ne peut plus négatif la seule chose qu'il connaisse de Léon Degrelle : le portrait élogieux qu'il en avait lui-même tracé dans La Belgique vivante ! Le tout saupoudré d'infos reçues pour la circonstance.

     

    Il reprendra donc les éléments de son article originel, les déformant et les resituant dans un contexte négatif, transformant ainsi « le plus prodigieux mélange de mysticisme, d'ingénuité, de malice, de calcul, de spontanéité et de goût à la vie » de 1931 en un « truculent et clownesque Léon Degrelle ».

     

    Et donc, terminées les farces qui faisaient « à Louvain la joie des veillées trop longues, dans les brumes de l'hiver » ; dénigrée « cette collaboration sentimentale et intellectuelle » avec Mgr Picard, et même nié le « beau courage d'apôtre » de Léon Degrelle partant au Mexique « pendant les persécutions contre les catholiques, [...] traqué par les agents du gouvernement »...

     

    C'est tout le portrait de La Belgique vivante qui est réécrit à l'envers !... Mais d'où peut bien venir l'initiative de cette refonte saugrenue ?

     

    La baliverne du faux voyage au Mexique reprise par Suarez pourrait bien nous indiquer l'origine, sinon de son commanditaire, du moins de son informateur.

     

     

    georges suarez,averbode,mgr picard,cristeros,paul van zeeland,frédéric denis,marie de vivier,marguerite mathieu,olivier mathieu,fernand hubert,légion d'honneur,andré tardieu   georges suarez,averbode,mgr picard,cristeros,paul van zeeland,frédéric denis,marie de vivier,marguerite mathieu,olivier mathieu,fernand hubert,légion d'honneur,andré tardieu

     

    Anti-degrellien professionnel, c'est-à-dire lamentable concierge fouille-poubelles, Frédéric Denis bénéficia d'un service de presse privilégié lui offrant la primeur, pour Le Peuple du 30 mars 1937 (à gauche), de la mauvaise action de Georges Suarez. Il compléta son article en même temps que les autres quotidiens le lendemain, dans l'autre journal socialiste La Wallonie (à droite).

     

    Léon Degrelle lui régla son compte dans le chapitre consacré à la presse collaborationniste de son premier livre publié après-guerre, le présentant comme « un énergumène, toujours aviné, de la presse socialiste, le nommé Denis Frédéric, rédacteur du Peuple d'avant la guerre et... d'après la guerre [« Une allusion laisse penser que F. Denis est décédé suite à des problèmes d'alcoolisme », Daphné de Marneffe, Entre modernisme et avant-garde, thèse de doctorat, Université de Liège, 2007, p. 157].

    Jusqu'au 10 mai 1940, cet éboueur avait déversé chaque jour des tombereaux d'ordures sur Hitler et sur le national-socialisme. D'une bêtise asine, l'ostrogoth courut se jeter aux pieds des Allemands vainqueurs, les bassinant, leur rompant la cervelle, espérant obtenir d'eux de pouvoir rééditer un Peuple cuisiné à la sauce nationale-socialiste. La Propaganda Staffel l'envoya faire lanlaire.

    C'est le même collaborationniste rembarré –à son grand désespoir alors– qui écrivit d'une plume vengeresse, en 1945, un livre intitulé La Presse au Service de l'Hitlérisme ! Il ne manque à ce livre qu'un chapitre autobiographique. » (La Cohue de 1940, p. 251-252 ; si nous n'avons pas trouvé trace de ce livre, Denis ne mâchait pas ses mots dans sa gazette pour dénoncer les « collaboches », « le traître Poulet » ou justifier l'emprisonnement dans les « camps d'internement des inciviques », de « tout jeunes gens dont on se demande s'ils avaient bien quatorze ou quinze ans lorsque les Allemands occupèrent le pays » car « après tout, ces jeunes gens-là ne sont peut-être pas les moins contaminés par l'idéologie nazie, prêts à recommencer si l'occasion s'en présentait » ! ).

     

    Si les efforts collaborationnistes de Frédéric Denis en 1940 furent vains, ce ne fut pas le cas de la fille de celle qui fut un temps sa compagne, la poétesse Marie de Vivier (voir l'hommage du quotidien Le Soir, le 23 janvier 1980 à l'occasion de la mort de sa chroniqueuse, le 17 janvier précédent). Marguerite Mathieu fut en effet « employée au service de la censure de la Gestapo à Bruxelles » (Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, p. 426). Son fils (le petit-fils de Marie de Vivier), éternel candidat pour rire de l'Académie française, Olivier Mathieu, accueillera, quant à lui, pour le meilleur de ses livres, Abel Bonnard, une aventure inachevée, une belle Postface de Léon Degrelle !

     

    georges suarez,averbode,mgr picard,cristeros,paul van zeeland,frédéric denis,marie de vivier,marguerite mathieu,olivier mathieu,fernand hubert,légion d'honneur,andré tardieu

     

    Le jeune Olivier Mathieu eut l'occasion de partir, en compagnie du photographe Jacques de Schutter, sur les traces de Léon Degrelle au Mexique, en février 1989, grâce aux relations que le défenseur des Cristeros y avait gardées. Ils y découvrirent une édition mexicaine fantaisiste de l'hebdomadaire ¡Hola! y présentant une interview de Léon Degrelle à un journaliste anglais à qui il aurait annoncé son retour à Bruxelles pour le mois de juin : une nouvelle plaisante mystification...

     

     

    Ne pourrait-il pas s'agir de Frédéric Denis (1892-1952), le plus haineux chroniqueur anti-degrellien de la presse socialiste, quotidiennement dans Le Peuple, régulièrement dans La Wallonie ? Pour documenter ses dénigrements, Frédéric Denis n'hésitait jamais à ramasser n'importe quel ragot de caniveau, ou à reprendre même des accusations condamnées par les tribunaux. Ainsi de la fable de la collaboration avec les Allemands lors de la Première Guerre mondiale, du père de Léon, Édouard Degrelle, pourtant décoré de la Légion d'Honneur pour, entre autres, avoir aidé à la victoire de Verdun par ses renseignements sur les mouvements de troupes allemandes (ce blog aux 30 avril 2016 et 26 mars 2017 ; précisons que, le 1er juin 1926, le tribunal de Neufchâteau condamna à ce propos l'injurieux Fernand Hubert [1889-1947], avocat franc-maçon qui inventa ce bobard) !

     

    Au cours de l'année 1936, Denis écrivit donc pour son journal un véritable feuilleton quotidien, chef-d’œuvre de diffamation de Léon Degrelle, reprenant cette fable de la collaboration de son père avec les Allemands, mais aussi brocardant ses études universitaires inachevées, sa prétendue hypocrisie religieuse, ses supposées magouilles financières, et surtout son voyage au Mexique proclamé fictif (dans une dizaine d'articles à partir du 24 février 1936). Tous thèmes, amplifiés dans le méprisable pamphlet Rex est mort (juillet 1937) et dont on peut retrouver un écho dans l'article de Suarez de mars 1937.

     

     

     

    Mexique Rex illustré 18 03 36.jpg

    Pour répondre à l'imbécile campagne de Frédéric Denis sur le faux voyage de Léon Degrelle au Mexique, l'hebdomadaire Rex illustré (18 mars 1936) se contenta de publier quelques clichés du défenseur des Cristeros photographié sur place.

     

    Ci-dessous, début d'une lettre de quatre pages envoyée de Mexico par Léon Degrelle à ses parents, le 17 décembre 1929.

     

    LD lt Mexique.17.12.1929 a Blog.jpeg

     

     

     

    Ce qui pourrait également nous orienter vers Frédéric Denis, c'est qu'à l'inverse de tous les journaux qui n'ont pu rendre compte de l'article de Suarez que le 31 mars, Le Peuple semble avoir reçu une priorité lui permettant, seul, d'en parler dès le 30. Mais la complicité de Denis n'est certes pas évidente dans la mesure où l'un de ses chevaux de bataille –la collaboration d'Édouard Degrelle– n'est pas reprise par Suarez qui fait par contre ses choux gras du prétendu veuvage de Léon, dont il n'est évidemment jamais question chez Frédéric Denis.

     

    Une telle bourde –qui ruinerait la réputation de tout journaliste d'investigation, mais est opportunément passée sous silence par les journaux belges afin de présenter de manière crédible la diatribe d'un journaliste français connu– devrait sans doute nous orienter vers une source orale plutôt qu'écrite (n'excluant donc pas non plus Frédéric Denis), et sans doute suffisamment sommaire pour que l'ancien ami de Léon Degrelle s'emmêle les pinceaux dans sa précipitation à vouloir régler ses comptes.

     

    Wallonie Chantal 1936.10.28 Blog.pngPeut-être lui a-t-il été signalé que Léon Degrelle suscita l'émotion des rexistes face au tragique accident qui mit en péril la vie de sa fille Chantal (ce blog au 2 septembre 2023) ? Mais Frédéric Denis était encore plus ignoble, dans son reportage (La Wallonie, 28 octobre 1936) sur la manifestation interdite des « 250,000 », reprochant à Léon Degrelle et à son épouse de « quitter le chevet de [leur] fille Chantal », qui pour le meeting, qui pour du shopping).

     

    S'agissant d'un drame familial, Suarez aurait-il compris qu'il s'agissait de la mort de l'épouse du chef de Rex ? Et que cette catastrophe eût pu être mise à profit par la propagande rexiste ?

     

    Toujours est-il que se pose toujours la question de la raison de l'animosité inattendue de Georges Suarez vis-à-vis de celui qu'il appelait « mon ami Léon Degrelle ». Pourquoi injurie-t-il celui en qui il voyait se rejoindre « des soucis égaux de plaire à Dieu en se plaisant à la vie », en brocardant maintenant son « amour du Christ, richement nourri de bonne bière et de gueuletons » ?...

     

    Peut-être pouvons-nous trouver certain élément de réponse dans Le Vingtième Siècle, rendant compte de la philippique écrite par l'auteur de La Belgique vivante publié cinq ans auparavant par les éditions Rex.

     

    Dans l'introduction de son article, l'ancien quotidien de l'abbé Wallez qui y engagea quasi simultanément Léon Degrelle et Hergé, écrit en effet : « M. Georges Suarez est le premier écrivain français dont M. Degrelle ait publié les œuvres. On se souvient du battage effréné fait par Rex autour du bouquin de son poulain. Aujourd'hui, M. Suarez publie dans la revue Demain un portrait terrible du candidat rexiste. Venant d'un homme qui a vu à l’œuvre le chef rexiste, ces lignes sont doublement instructives. »

     

    Rex Suarez Pub 1932.jpg

     

    Or nous n'avons absolument rien retrouvé du « battage effréné fait par Rex autour du bouquin » de Georges Suarez ! C'est tout juste si un bas de page a signalé la publication de La Belgique vivante en 1932...

     

    Rex Tardieu 1.jpg

     

    Mieux même, lorsque le livre sortit de presse, c'est la préface d'André Tardieu qui fut mise en avant, reprise d'ailleurs intégralement en première page de l'hebdomadaire, célébrant cet « Article inédit » de l'ancien Premier ministre français.

     

    Rex Tardieu 3.jpg

     

    La seule présentation importante, illustrée qui plus est par la belle photo de l'auteur dédicacée au chef de Rex, ne fut même pas publiée dans la presse rexiste, mais... dans Échos, la gazette confidentielle des Chanoines Prémontrés de l'abbaye d'Averbode ! Il s'agissait certainement d'un échange de bons procédés car les Pères Norbertins allaient, trois mois plus tard, se charger de la publication des revues rexistes (Soirées va d'ailleurs absorber Échos en juillet 1933)...

     

    Cette absence de tout « battage effréné » causa-t-elle la déception, voire un sentiment de trahison, chez Georges Suarez ? Fut-elle à l'origine du « contre-article » de 1937, qui aurait alors fonctionné comme une froide vengeance ?

     

    Nous ne savons donc rien avec certitude concernant le pourquoi de ce malheureux renversement des relations entre Georges Suarez et Léon Degrelle. Mais cette attaque personnelle gratuite blessera profondément et durablement ce dernier. C'est d'ailleurs tout ce qu'il retiendra de l'auteur de La Belgique vivante : « On publia sur Degrelle des attaques inouïes. [...] Un chroniqueur important comme Georges Suarez le décrivit comme portant avec ostentation le poids d'un veuvage prématuré alors que sa jeune femme était dans un état de santé florissant et allait lui donner encore un fils et trois filles ! » (Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit..., 1961, p. 312).

     

    Le journaliste parisien évoluera néanmoins dans un sens résolument national-socialiste, célébrant par exemple dans son quotidien pétainiste Aujourd'hui, le discours prophétique qu'Adolf Hitler prononça au Sportpalast de Berlin le 30 septembre 1942. Le Pays réel, qui a alors tourné la page de l'acrimonie, rapporte : « Le Fuehrer, écrit Georges Suarez dans Aujourd'hui”, a procédé à une rigoureuse revision, non seulement des événements militaires et politiques mais aussi des positions idéologiques réciproques. Et il a constaté que les ennemis promettent au monde, pour l'avenir, à peu près ce que nous avons déjà donné au peuple allemand et pour quoi ils nous ont fait la guerre”. Et le journaliste de remarquer : Si l'on se résigne aujourd'hui, en Angleterre et aux États-Unis, à faire la part du peuple qui, lui, n'a pas voulu cette guerre, mais sera seul à la payer, c'est qu'on a besoin de lui pour durer et pour tenir. Sans cette guerre, le mineur gallois serait demeuré un paria et le manœuvre d'Amérique un ilote. Les armées allemandes sont sur la Volga et sur l'Atlantique. Mais le national-socialisme a déjà franchi l'Atlantique et conquis le Nouveau Monde. Il émancipe les travailleurs comme il libère les peuples. » (Le Pays réel, 7 octobre 1942).

     

    Des paroles que ne pardonna pas l'épuration démocratique : Georges Suarez sera le tout premier écrivain à être passé par les armes, victime de la haine institutionnalisée, le 9 novembre 1944. Et ce, malgré l'intervention de son ami Joseph Kessel, juif, résistant, gaulliste, coauteur du Chant des Partisans. Suarez ne sera pas le dernier écrivain sacrifié : cet « honneur » sera réservé à Robert Brasillach, le 6 février 1945, malgré aussi tous les efforts de François Mauriac pour obtenir sa grâce. 

     

     

    georges suarez,averbode,mgr picard,cristeros,paul van zeeland,frédéric denis,marie de vivier,marguerite mathieu,olivier mathieu,fernand hubert,légion d'honneur,andré tardieu   georges suarez,averbode,mgr picard,cristeros,paul van zeeland,frédéric denis,marie de vivier,marguerite mathieu,olivier mathieu,fernand hubert,légion d'honneur,andré tardieu

    La presse vengeresse des nouveaux maîtres de la France célèbre la condamnation à mort de Georges Suarez. À gauche, Ce soir, le quotidien communiste de Louis Aragon (qui cessera de paraître en 1953), le 25 octobre 1944 ; à droite, France libre (originellement sous-titré « Organe de Ceux de la Libération-Vengeance », publié entre 1944 et 1948), le 24 octobre 1944.

     

     

     

  • Hélène Cornette, l'amie inconnue de Léon Degrelle

     

    Sous le manteau du Caudillo [5]

     

     

    Bajo el manto.pngDepuis sa publication, nous avons passé pas mal de temps à démonter les carabistouilles présentées comme des faits historiques par le singulier prof d'unif José Luis Rodríguez Jiménez dans son bouquin Bajo el manto del Caudillo Sous le manteau du Caudillo », ce blog à partir du 1er septembre 2024).

     

    Venons-en finalement à la seule information inédite –et encore, pas tout à fait : voir ci-après !– qu'il nous présente, à savoir l'existence d'Hélène Cornette, l'épouse d'un agent secret espagnol sur la tête duquel Léon Degrelle aurait planté d'autres petites cornes.

     

    Mais qui est cette femme dont le nom évocateur ne fut, à notre connaissance, jamais prononcé par qui que ce soit dans l'entourage de Léon Degrelle ?

     

    Hélène Cornette (1908-1999) est une Française qui épousa à Paris, le 13 octobre 1930, Pedro Urraca Rendueles (1904-1989), policier espagnol. Leur fils unique, Jean-Louis, naquit le 27 juillet 1936, très tôt rejeté par son père : « Durant ces mois [de 1939-40], Hélène faisait des allers-retours à Sèvres pour voir sa mère, Jeanne, et son fils Jean-Louis qui vivait quasi en permanence avec sa grand-mère. Son père a toujours voulu éloigner son fils de lui et de sa femme, ou plutôt il n'a jamais voulu de lui. » (p. 25). Le détail du rejet du père est important car il expliquera la présence de l'adolescent chez Léon Degrelle.

     

     

    Gemma Catalan.jpegCe policier doit toute sa (relative) notoriété à son action d'agent secret en France où il parvint à arrêter l'ancien président de la Généralité de Catalogne, Lluis Companys. Celui-ci, lors d'un coup d’État en avril 1934, avait proclamé la république catalane et, après la victoire des nationalistes en 1939, s'était réfugié en France. Livré par Pedro Urraca à la justice espagnole, il fut condamné pour haute trahison et passé par les armes.

     

    Pour en savoir davantage sur ce policier et sa famille et leur rapport avec Léon Degrelle, nous ne nous référerons pas au seul Rodríguez, car ce n'est évidemment pas lui qui a découvert cette relation inédite.

     

    La journaliste catalane Gemma Aguilera a consacré, il y a une douzaine d'années, une biographie à ce policier, Agent 447, L'home que va detenir el president Companys L'Agent 447, l'homme qui a arrêté le président Companys », en catalan en 2011 ; en espagnol en 2013). Dans ce livre, l'apparition de Léon Degrelle relève plutôt de l'anecdote, ce qui la fit sans doute passer inaperçue dans la sphère degrellienne.

     

    L'auteur y dresse ce portrait assez extravagant de Léon Degrelle : « Hélène surprend son mari avec cette proposition : confier Jean-Louis aux mains d'un bon ami à elle afin qu'il le corrige comme il le mérite et qu'il l'oriente vers la carrière militaire. Il s'agit de Léon Degrelle, ex-officier de la Waffen SS condamné à mort pour crimes de guerre et alors protégé par le régime de Franco ; Hélène l'a connu à Madrid en 1946 par des amis communs. Il vit confortablement installé dans un grand domaine, La Carlina, où il s'est fait construire un manoir et quelques résidences annexes qu'il a lui-même conçues. [...] Cet homme, qui mesure 2,03 mètres et est maigre comme un clou, se présente à Jean-Louis comme un héros de guerre, bien qu'il lui ait caché que peu de jours avant la chute de l'Allemagne, il avait déjà abandonné le champ de bataille et s'était enfui loin de la progression du front allié. » (pp. 143-144 de l'édition espagnole).

     

     

     

    Affiche jugement LD Fr+Nl.png   Affiche jugement LD.jpg

     

    Léon Degrelle, « condamné à mort pour crimes de guerre » ? C'est ce qu'il se colporte gratuitement depuis toujours. Rien de plus normal qu'un criminel de guerre soit condamné à mort ! Sauf que Léon Degrelle ne l'a jamais été. Ni criminel de guerre, ni condamné de ce chef, comme le montre le placard affiché le 30 janvier 1945 sur la Grand-Place de Bruxelles : il n'y est aucunement question de quelque crime ou violence à l'égard de civils, de prisonniers ou de blessés, constitutifs de crimes de guerre selon les conventions de Genève.

     

    Léon Degrelle, un homme « qui mesure 2,03 mètres et est maigre comme un clou » ? Même le géant Otto Skorzeny, qui faisait une quinzaine de centimètres de plus que Léon Degrelle, ne mesurait « que » 1,93m (l'avis de recherche lancé par les Alliés en 1945 renseigne une taille de 6 feet 4 inches : ci-dessous à droite). Si Léon Degrelle apparaît beaucoup plus maigre qu'à l'habitude sur la photo prise dans la finca de Majalimar en 1950 en compagnie d'Otto Skorzeny (voir aussi ce blog au 3 décembre 2024), c'est qu'il avait subi, quelque temps auparavant, une grave opération de l'estomac (voir ci-après). D'après le passeport fourni par Alain Delon (ce blog au 19 août 2024), Léon Degrelle mesurait 1,78m.

     

    Sur la protection de Franco, voir ce blog au 31 mars 2021 ; sur l'évasion de Norvège à bord du Heinkel d'Albert Speer, voir ce blog aux 18 juin 2020 et 19 septembre 2024).

     

    LD Skorzeny Carlina.jpg   Wanted Skorzeny 1.jpeg

     

     

     

     

    C'est donc ce bouquin qui permit à Rodríguez d'apprendre que l'épouse du policier qui traqua l'éphémère président de Catalogne, devint une amie du nazi Degrelle. Si le peu scrupuleux historien reconnaît quand même sa dette dans ses Références archivistiques [!], le nom de la journaliste –pourtant bien marquée à gauche aussi– n'apparaît jamais dans l'Index onomastique, ni son livre dans la Bibliographie...

     

    Rodríguez portera évidemment sur ces personnes compromises dans la collaboration franco-allemande et avec le régime franquiste un regard fort négatif, –ce qui n'étonnera personne–, mais qu'il assortira de sa touche personnelle et habituelle : le flou (la mère d'Hélène est peut-être coupable de vol) et la généralisation abusive (le pillage est une habitude chez certains Français et Espagnols) qui font les bons ragots.

     

    Les jeunes gens, Hélène et Pedro, « s'étaient connus trois ans avant [leur mariage] à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, pendant les vacances de leurs parents respectifs » (p. 23). Hélène Cornette était la fille d'un premier mariage de sa mère, Jeanne Compveut (Rodríguez qui, on le sait depuis notre premier article –ce blog au 1er septembre 2024–, est un spécialiste de l'onomastique, nous explique qu' « à cette époque, les Français ne portaient que le nom du père » !), qui s'était remariée avec un veuf dont l'entreprise d'accessoires de mode avait fait faillite. Le détail est important pour la mauvaise réputation de la famille car, suite à cette faillite, les ateliers du mari avaient été transformés en appartements, dont l'un était loué à une artiste-peintre juive. Celle-ci aurait été dénoncée par Jeanne et dévalisée grâce à son gendre Pedro Urraca : « Peu après le début de l'Occupation, et avec la complicité de sa fille et de son gendre, Jeanne Compveut se servit de l'ascendance juive de Sachs et de ses amitiés de gauche pour la dénoncer à la police allemande, pénétrer dans son appartement qu'elle louait rue de l'Université et le réserver à son propre usage, après en avoir retiré le mobilier de l'artiste-peintre et, peut-être, avoir volé une partie des objets de valeur que cette dernière n'avait pas pu emporter. La pratique du pillage des biens des personnes en fuite était une habitude chez une partie des Français et du personnel allemand dans la France occupée. C'était la même chose pendant et après la guerre espagnole. Ceci fut la première, mais non la dernière action de pillage commise par Jeanne Compveut et son gendre sur des personnes craignant pour leur vie. Urraca créa un groupe –ou du moins en fit partie– destiné à spolier les familles juives qui tentaient de fuir la persécution nazie. » (p. 27).

     

     

     

    Gemma Espagnol.jpegL'édition catalane du livre de Gemma Aguilera (ci-avant) affiche le portrait de Pedro Urraca en couverture puisque c'est à lui qu'est consacrée cette biographie. Mais la traduction espagnole produit la photographie d'une foule anonyme : il s'agit de personnes regardant le cortège funèbre d'un anarchiste mort dans l'assaut d'une caserne à Barcelone en 1936 : le président de la Généralité de Catalogne, Lluís Companys, est le civil de droite (avec une pochette blanche). Vengeance posthume ourdie par la biographe de Pedro Urraca ? Sa victime lui vole en tout cas la vedette en couverture de sa propre biographie...

     

     

    « L'année 1948 commença très mal pour Urraca et sa famille. Lui-même, son épouse et sa belle-mère avaient été jugés par contumace et la Cour d'Appel de Paris avait rendu son jugement le 5 janvier, condamnant Pedro Urraca à mort pour intelligence avec l'ennemi dans la persécution de Français et lui confisquant tous ses biens. Hélène Cornette fut condamnée à cinq ans de prison, une amende de 100.000 francs, la confiscation de ses biens présents et à venir au bénéfice de la nation et l'indignité nationale, ce qui impliquait la perte de la nationalité, pour commission d'actes nuisibles à la défense nationale, en ce compris l'aide à son époux dans la collaboration avec l'ennemi et sa participation au réseau de persécution d'Espagnols et de Français. [La mère d'Hélène,] Jeanne Compveut [...] fut condamnée pour commission d'actes nuisibles à la défense nationale à deux années de prison, une amende de 100.000 francs et l'indignité nationale. Comme elle ne paya pas son amende, ses deux maisons en France [...] furent confisquées. » (p. 234).

     

    Voilà donc de bien peu recommandables personnages qui seraient entrés dans la vie d'un Léon Degrelle qui, pour avoir subi des préjudices semblables (mais sans avoir jamais été soupçonné d'avoir dépouillé qui que ce soit), ne s'en effarouchera certes pas. Selon Rodríguez, ils sont de toute façon à mettre dans le même sac, même si la Belgique ne pouvait représenter pour Hélène Cornette la même chose que pour Léon Degrelle et que les opinions géopolitiques que lui prête Rodríguez relèvent d'une évidente spéculation : « Ils partageaient un passé semblable, avec le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, leurs expériences de vaincus et de condamnés, ainsi que les liens avec la Belgique. Ils partageaient aussi le diagnostic politique sur le danger que représentait l'Union soviétique. » (p. 235).

     

    Mais comment se sont-ils rencontrés ?

     

    Rodríguez va en faire le récit assorti de ses habituelles insinuations malveillantes (notamment quant à l'endroit où Hélène et sa famille auraient caché le produit de leurs brigandages) : « Pendant ces années [d'après-guerre], aussi bien le policier que sa famille conservèrent l'immunité diplomatique et leurs passeports aux fausses identités afin de voyager dans différents pays, y compris peut-être celui où ils avaient déposé une partie de leurs biens d'origine suspecte. Ils se rendraient également à Madrid. Ce sera surtout le cas d'Hélène qui alternait des séjours de plusieurs semaines une ou plusieurs fois par an, parfois seule avec son fils, et d'autres fois avec sa mère pour visiter ou recevoir leurs amis. C'est à cette époque qu'elle connut Pilar Primo de Rivera et Clarita Stauffer et il est fort probable que ce fut cette dernière qui présenta Hélène à Degrelle, entre lesquels se serait développée une histoire d'amour. » (p. 235). Gemma Aguilera n'est guère mieux inspirée en précisant que c'est « Léon Degrelle, ex-officier des Waffen SS condamné à mort pour crimes de guerre et alors protégé par le régime de Franco qu'Hélène connut à Madrid en 1946 grâce à des amis communs. » (p. 143)

     

    Cela nous semble pratiquement impossible car après son évasion de l'Hôpital Mola, le 21 août 1946, Léon Degrelle vécut, grâce au Cuñadisimo Ramón Serrano Suñer (ce blog au 5 août 2023), en sécurité mais strictement enfermé pendant plus d'un an dans une chambre de bonnes, Calle Goya à Madrid, chez un couple de vieux retraités ignorant son identité et ne parlant pas le français. « Le Chef de Rex [...] n'en sortit jamais une fois pendant les mois qu'il y passa. Il ne reçut aucune visite. C'était la claustration totale, car ainsi seulement sa sécurité était assurée. » (Mon Combat, p. 251).

     

     

     

    Nieuwe Standaard 1946.08.27.png   Nieuwe Standaard 1946.08.28.png

    Depuis sa disparition de l'Hôpital Mola de San Sebastián, la presse voit Léon Degrelle n'importe où : qui dans une meule de foin au pays basque (AFP, 23 août 1946), qui sur un bateau argentin (Daily Telegraph, 26 août 1946), qui en Irlande (La Libre Belgique, 6 septembre 1946), en Equateur (Le Monde, 21 septembre 1946), ou au Brésil (AFP, 18 novembre 1946)...

    Reprenant une « information » du Daily Telegraph, le quotidien flamand De Nieuwe Standaard publie une caricature de Léon Degrelle en route vers (ou revenant de) « Beunos Ayres » par le célèbre dessinateur flamand Marc Sleen (auteur de la populaire série Les Aventures de Néron et Cie, publiée dans les quotidiens belges catholiques de gauche Het Volk et La Cité). À gauche, « Le Daily Telegraph communique que, selon un rapport de Madrid, Léon Degrelle se trouve à bord du navire espagnol Monta Ayala de 2.955 tonnes affrété pour Buenos-Aires. Le navire a quitté Bilbao jeudi, jour où fut communiquée la disparition de Degrelle. » (De Nieuwe Standaard, 27 août 1946) ; à droite, l'illustration de Marc Sleen dans De Nieuwe Standaard, le 28 août 1946.

    Les 2 et 10 octobre 1947, La Dernière Heure, reprenant des informations de la presse italienne, révèle que Léon Degrelle serait le chef d'orchestre du Jazzband de l'Hôtel Rivadaria, à San Sebastián (dessin de Marcel Antoine, 1897-1959, chansonnier-dessinateur célèbre avant-guerre pour son personnage de Slache, héros caricatural bruxellois) : le Ministère des Affaires étrangères belge ne manquera pas de diligenter une enquête et son chargé d'affaires à Madrid lui enverra ses conclusions judicieuses : « L'Hôtel Rivadaria n'existe pas. [...] Je suis persuadé que Degrelle ne songerait pas à se produire dans un lieu aussi public qu'un restaurant connu de Saint-Sébastien. »

    DH 1947.10.02 LD chef orchestre.JPG   DH 1947.10.10 LD orchestre Marcel Antoine.JPG

     

     

     

    Ce n'est qu'à la fin de l'année 1947, quand purent s'assouplir ses conditions de vie que Léon Degrelle fit la connaissance de Clara Stauffer, par l'intermédiaire d'amis phalangistes, anciens de la Légion Azul, qui l'aidaient à correspondre avec sa famille de Bruxelles grâce à la valise diplomatique. Très impliquée dans l'aide aux réfugiés allemands pour gagner l'Amérique latine, elle connaît aussi Pierre Daye qui essaie alors de convaincre son ami Léon Degrelle de le rejoindre en Argentine.

     

    Est-ce au même moment qu'une rencontre avec Hélène Cornette eut lieu ? Nous en doutons également car, d'une part, Léon Degrelle envisageant sérieusement de s'installer à Buenos Aires ne développe alors de vie sociale qu'utile et profitable, évitant tout comportement imprudent ou périlleux. D'autre part, depuis mai 1946, Hélène Cornette et toute sa famille (mari, fils, mère) habitent, comme le souligne Gemma Aguilera, un appartement à Bruxelles et, par ailleurs, tout au long de l'année 1947, elle « accompagne son mari dans tous ses voyages en Hollande, au Luxembourg et en Suisse, alors que sa mère et le petit Jean-Louis poursuivent une vie normale dans la capitale. » (p. 128-129).

     

    L'année 1948 est, nous l'avons vu, celle où le couple fut lourdement condamné par la justice française et Pedro Urraca, promu inspecteur de première classe travaille alors au consulat général d'Espagne à Anvers et Bruxelles, chargé de la surveillance du Parti communiste espagnol en exil. Un poste qui le confine dans la sécurité des locaux de l'ambassade.

     

    Quant à Léon Degrelle, 1948 lui fut également une année des plus pénibles : il vit caché à Torremolinos dans un isolement quasi complet et apprend la mort en prison de son père et de son beau-frère Charles Raty. Sa blessure au ventre provoquée par l'explosion d'un obus sur le front du Caucase en 1942 s'infecte à nouveau, provoquant des hémorragies internes qui nécessitent une opération d'urgence. Elle se pratiquera en septembre, suivie d'une longue convalescence où il perdra une trentaine de kilos (une nouvelle opération chirurgicale sera nécessaire en octobre 1950).

     

    Ce n'est qu'au printemps 1949 que, grâce à son ami le ministre du Travail José Antonio Girón, il pourra trouver un logement sûr dans la grande finca sévillane de Majalimar où il demeurera jusqu'en 1954. Il y écrira son grand récit autobiographique Mon Combat (voir ci-avant), le poème Les Îles blanches resté inédit, le roman La Grande Bagarre (ce blog au 26 mai 2016) et Les Âmes qui brûlent, ouvrage, selon son traducteur espagnol, l'éminent académicien Gregorio Marañon, « étincelant comme une flamme, [...] d'une beauté impossible à surpasser », ce blog au 24 janvier 2023). C'est également de Majalimar qu'il se lancera dans ses premières affaires commerciales et industrielles (ce blog au 3 décembre 2024) lui permettant d'acquérir en 1952 un ancien vignoble dans le village de Constantina et d'y construire son vaste domaine de La Carlina où il emménagera définitivement en avril 1954, à la mort du propriétaire de Majalimar, emporté par un cancer de l'estomac.

     

     

     

    Majalimar Entrée Finca.jpg

    Majalimar Pavillon LD 1949a.jpg

    Au-dessus, l'entrée principale de la finca Majalimar (photographie contemporaine) ; au-dessous, le pavillon où résida Léon Degrelle de 1949 à 1954. Ce vaste domaine agricole de 1200 ha appartenait au plus important industriel lainier de la région de Salamanque, Leandro Cascón Pablos (1883-1954), ami proche du ministre du Travail José Antonio Girón. Le pavillon occupé par Léon Degrelle, construit sur un promontoire dominant la finca, était protégé par une vaste clôture de fer forgé. L'entrée, décorée par des azulejos religieux, exprime le fervent catholicisme du propriétaire qui, tout comme Léon Degrelle (ce blog aux 2 septembre 2023 et 18 octobre 2024), effectuait fréquemment des pèlerinages, notamment en Terre Sainte. La faïence placée à droite de la porte de chêne ouvragé sous le portique d'entrée invoque la Vierge (« Ave Maria »). Au-dessus, un azulejo plus grand représentant le Christ qui désigne son cœur marqué par les stigmates de la Passion place l'habitation sous la protection du Sacré-Cœur : « Je bénirai les maisons où l'image de mon cœur sera exposée et adorée. Les personnes qui propagent cette dévotion auront leur nom gravé dans mon cœur et il n'en sera jamais effacé. »

    La tradition de consacrer sa demeure au Sacré-Cœur de Jésus remonte aux visions de Marguerite-Marie Alacoque qui, au XVIIe siècle, se vit chargée de propager le culte du Sacré-Cœur, ainsi qu'à l'institution officielle de sa fête par le pape Pie IX, deux siècles plus tard. Cette dévotion connaîtra un regain de popularité lors du Congrès eucharistique de Lourdes en août 1914 liant son culte à l'établissement de la royauté du Christ dans le monde. Comment le défenseur des Cristeros (ce blog, entre autres, au 7 février 2019), fondateur du mouvement Rex prêchant la révolution des âmes en l'honneur du Christ-Roi, n'y aurait-il pas été sensible ?

    Ci-dessous, à gauche, l'entrée du pavillon de Léon Degrelle (photographie contemporaine) ; à droite, Léon Degrelle amaigri par ses graves opérations de 1948 et 1950.

     

    Majalimar Pavillon LD Entrée1.jpg   Majalimar LD amaigri 1.jpg

     

     

     

    À suivre

     

     

  • Cercle des Amis de Léon Degrelle

     

     

    40e Correspondance privée – février 2024

     

    Pour marquer la quarantième parution de sa Correspondance privée, le Cercle des Amis de Léon Degrelle a réalisé un judicieux montage dynamique de trois photographies emblématiques de la vie de Léon Degrelle, illustrant son combat permanent et indispensable à la révolution des âmes.

    Rassemblés sous le ciel de feu des Âmes qui brûlent, les trois clichés, en même temps qu’ils célèbrent trois moments importants de la vie militante de Léon Degrelle, mettent en lumière trois piliers de l’idéal solaire de ce vrai chef de peuple, tribun visionnaire et champion de l’élévation spirituelle de sa communauté, de la défense de celle-ci, de sa force et de sa liberté.

     

     

    1936 : Révolution des âmes dans les élections

     

    LD Palais sports 1936.05.17.png« Les partis prétendent maintenir leurs privilèges ; ils sont l’exaspération des intérêts de clans. C’est pourquoi ils accusent Rex de vouloir la dictature. Les rexistes ne veulent à aucun prix de la dictature. [Ovation] Les partis agitent cet épouvantail, alors qu’aujourd’hui, ils nous imposent la dictature des banksters que Rex est le seul à combattre. Les rexistes ne prendront le pouvoir que le jour où le peuple le leur aura donné. [Applaudissements]. »

    (Extrait du discours de Léon Degrelle, citation du compte rendu du meeting rexiste dans Le Soir, 19 mai 1936).

     

    Le premier instantané, à l'arrière-plan de gauche, a été pris lors du discours enflammé de Léon Degrelle au Palais des Sports de Bruxelles, le 17 mai 1936 (à propos de cette photo, voir ce blog au 9 avril 2019). Ce meeting rassemblant plus de 17.000 personnes fut la manifestation la plus spectaculaire de la vigoureuse et déterminante campagne électorale de Rex contre les « banksters ». Malgré l’hostilité générale de tous les milieux politiques, médiatiques, intellectuels et même religieux, elle devait amener, le 24 mai suivant, l’élection triomphale de 21 députés et de 8 sénateurs rexistes.

     

    PR 1936.05.06.png

    PR 1936.05.08.png

    PR 1936.05.13.png

    Le Pays réel –quotidien nouvellement créé le 1er mai 1936– est le journal de combat de Rex (le titre en a même été dessiné par l'ami fidèle Hergé : ce blog au 20 octobre 2020). Il cloue au pilori les banksters de tous bords : catholiques, le 6 mai ; socialistes, le 8 mai ; libéraux, le 13 mai…

     

    Le soir même des élections, ce dimanche 24 mai qui marquait le triomphe de Rex sur la particratie affairiste, dans un sobre communiqué de victoire, Léon Degrelle rappelait le sens spirituel du combat rexiste : « Tous les partis ont subi une dure défaite parce qu’ils avaient méprisé tout un peuple. […] À tous, nous disons : Venez, Rex est un mouvement fraternel ouvert à tous les Belges. […] Rex n’a jamais voulu appuyer son influence sur la force, mais sur un immense courant des cœurs. Nous sommes forts parce que nous nous aimons. […] Pour nous, il n’existe plus qu’un seul parti, celui du pays et du peuple. Nous sommes la jeunesse. Notre passion, c’est la pureté du pays. » (Le Soir, 24 mai 1936).

     

     

    1938 : Révolution des âmes par la communion populaire

     

    LD Lombeek 1938.jpg« Nous voulons rendre à notre peuple sa pureté et sa noblesse. Nous voulons lui rendre la passion du foyer, lui rendre la foi dans les grandes valeurs morales. Nous sauverons la Patrie en rendant au peuple le sens de la grandeur et en renouant avec nos traditions de fierté et d'héroïsme. [...] Il y a des intérêts moraux et spirituels à sauvegarder au-delà de la politique et nous les plaçons au-dessus d'elle. » (Discours de Léon Degrelle à Lombeek, le 10 juillet 1938, in 60.000, Congrès national Lombeek 10-7-38).

     

    La deuxième photographie du montage, à l'arrière-plan de droite, est sans doute la photo la plus connue de Léon Degrelle-orateur. Elle a été prise lors du discours de clôture aux grandioses Journées rexistes de Lombeek, organisées en 1938 dans cette petite bourgade du Brabant flamand, située à une petite vingtaine de kilomètres à l'ouest de Bruxelles et dirigée par le député-bourgmestre rexiste Robert Motteux (qui fut révoqué de son mandat communal quatre jours plus tard pour avoir accueilli le congrès en « uniforme rexiste » ceint de l'écharpe mayorale).

    Lombeek LD+Motteux.pngLe Bourgmestre Robert Motteux, à la gauche de Léon Degrelle, porte la chemise et la cravate des gardes rexistes ainsi qu'à la taille, l'emblème de sa fonction : l'écharpe tricolore aux glands d'or. Pour révoquer Robert Motteux le 14 juillet 1938, le ministre de l'Intérieur invoquera son « inconduite grave », notamment le port d'un uniforme contrevenant à la loi de 1934 sur les milices privées. Mais le bourgmestre sera aussi reconnu coupable « d'avoir fait arborer l'étendard d'un parti politique (le drapeau rexiste) à la façade de la maison communale », « d'avoir permis à M. Degrelle de prononcer du haut du perron de la maison communale de Lombeek un discours politique » et d'avoir effectué « à plusieurs reprises le salut hitlérien » ! Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage... À noter que, dès le surlendemain, le nouveau bourgmestre, en compagnie de Léon Degrelle à l'hôtel de ville, rendra un solennel hommage à son prédécesseur, en portant chemise bleue et cravate rouge ainsi que l'écharpe mayorale. Et en effectuant le salut rexiste ! En toute impunité, cette fois.

     

    Réunis en congrès national du 8 au 10 juillet, plus de 60.000 rexistes exprimèrent, en une manifestation triomphale, l'intensité de leur foi dans le renouveau politique et social promis par l'idéal rexiste de révolution des âmes.

     

    Il appartiendra à Jean Denis (voir ce blog aux 15 juin 2017 et 15 juin 2022), docteur en philosophie et lettres et auteur de Principes rexistes et Bases doctrinales de Rex, de tirer la leçon de ce congrès historique, plaçant résolument le message degrellien dans la perspective de José Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange espagnole fusillé par les Républicains dans la cour de la prison d'Alicante le 20 novembre 1936.

    Médaille Lombeek.png

    Médaille commémorative (tirée à 50.000 exemplaires) du Congrès national de Rex à Lombeek-Notre-Dame, dont l'apothéose fut le rassemblement général de quelque 60.000 adhérents, sympathisants et leur famille, le 10 juillet 1938. Ci-après, cliché à la « une » du Pays réel, le 11 juillet 1938.

    PR 1938.07.11.png

     

     

    Fasciné par la figure de José Antonio qu'il rapproche de celle de Léon Degrelle, Jean Denis l'était tout autant par la doctrine sociale de la Phalange lui paraissant répondre aux mêmes principes spirituels à la base du combat rexiste. Il publiera d'ailleurs une présentation des Vingt-sept points de la Phalange dans un petit ouvrage publié la même année que le Congrès de Lombeek, Une révolution dans la guerre. Préface à l'étude de la tragédie hispanique (Renaix, Centre d'Etudes hispaniques, 1938). Il accompagnera aussi plus tard le chef de Rex dans son voyage à travers l'Espagne nationaliste du 2 au 14 février 1939.

     

    Jean Denis écrit donc en conclusion du Congrès de Rex :

    « Le vieillard et l'adolescent, l'homme et la femme, le travailleur calleux et l'intellectuel raffiné : il apparaissait qu'à tous, le masque de la vie quotidienne était tombé ; et chaque visage n'était plus que la lumière d'un regard, la même lumière toujours, faite d'allégresse et de gravité qui, dans la pénombre de l'arc de triomphe, faisait de chacun d'eux tous un archange levant la main en signe de foi, d'espérance et d'amour. Des milliers d'âmes transformées pour toujours.

    Lombeek Arc triomphe.jpeg

     

    L'on songeait à la parole de Léon Degrelle, au message ineffable qu'il a porté partout et qu'il portera jusqu'à son dernier souffle. Lui aussi poète et prophète.

    Sa parole dont il ne faut rien extraire et citer parce qu'elle se trouve vivante en chacun de nos cœurs et que nous savons bien, nous tous, ce que c'est que sa Révolution des Âmes, puisqu'il l'a faite en chacun de nous jusqu'au plus secret de nous-mêmes. Lui qui, seul parmi tous, nous a rendu notre unité de destin dans l'univers. Et qui, brisant les barrières des enclos maudits, nous conduit –et conduit dès à présent notre peuple– vers d'autres horizons, vers d'autres pâturages où traçant des voies d'empire –qu'importe la souffrance quand on sait la pérennité de son œuvre–, il nous rend notre place, à l'air libre, sous les étoiles
    . »

    Lombeek Voiture.jpg

    Lombeek Tribune.jpg

     

     

    1942 : Révolution des âmes dans la Croisade européenne

    La photo de premier plan dans le montage du Cercle, montre le soldat Léon Degrelle, chef spirituel de la Légion mais pas encore son Commandeur, arborant cependant les pattes de col de lieutenant, grade dont il refusa le privilège (ce blog au 31 juillet 2017), mais qu'il gagna dans les combats de Gromowaja-Balka en février 1942 (à propos de cette photo, voir ce blog au 23 août 2021). Sa casquette s'orne aussi de l'Edelweiss dont s'enorgueilliront toujours les Wallons qui servirent sous les ordres du Général Ernst Rupp, commandant la 97e Division de Chasseurs de montagne à laquelle fut rattachée la Légion à la veille des combats du Donetz, en février 1942, et ce, jusqu'après la Vormarsch (plus de 1200 kilomètres à pied pour contourner la mer d'Azov, de Slaviansk à Maïkop), et les combats du Caucase, d'août à novembre 1942.

    LD Leutnant Pieske.jpgC'est donc dans cet uniforme que Léon Degrelle négocia directement avec Heinrich Himmler dans son train spécial stationné au Grand Quartier général de Hitler, le passage de la Légion Wallonie à la Waffen SS (ce blog au 20 octobre 2023).

     

    Et que, dans la foulée, il l'accompagna, le 24 mai 1943, au camp d'entraînement de Pieske, après avoir convaincu le Reichsführer SS de faire la connaissance de ses « Bourguignons ».

     

     

     

    LD Lippert Himmler (dos) Pieske.jpg

    Pieske Himmler Légion.jpg

    Léon Degrelle et Lucien Lippert accompagnent Heinrich Himmler –ici, de dos, saluant– dans sa BMW 335 lors de sa visite des Légionnaires wallons à Pieske, le 24 mai 1943 (une autre photo est à voir sur ce blog au 30 avril 2020). C'est une visite en toute décontraction qu'effectue le « terrible » Reichsführer SS, saluant à tout-va, heureux de découvrir en ces Bourguignons des soldats alertes, espiègles, consciencieux, intelligents, fidèles, efficaces (ce blog au 24 janvier 2020 ; Saint-Loup, Les SS de la Toison d'Or, pp. 339-340).

    LD Discours Berlin 1943 01 07.jpgPhoto de presse de l'agence SIPHO (Service International Photographique) datée du 10 février 1943 et légendée : « Léon Degrelle pendant son discours à Berlin le 7 janvier [erreur pour « février »] 1943. Dans la salle coupole du Reichsportfeld à Berlin, Léon Degrelle a parlé aux ouvriers wallons et aux volontaires wallons contre le Bolchevisme. »

    C'est dans cette tenue aussi que, pour la dernière fois avant de revêtir l'uniforme SS du soldat politique, Léon Degrelle parla à Berlin, le 7 février 1943, devant plus de deux mille soldats et ouvriers wallons, pour rappeler le sens de cette guerre de civilisation. Nous avons déjà publié l'essentiel de ce discours (ce blog au 16 janvier 2016) : un an plus tard, après avoir été appelé en son Grand Quartier général du Front de l'Est par le Führer Adolf Hitler qui le fit Chevalier de la Croix de Fer, Léon Degrelle redisait à nouveau aux milliers de Français venus l'écouter, le 7 mars 1944 au Palais de Chaillot, la nécessité de la révolution sociale et spirituelle :

    « Ce qui nous intéresse le plus dans la guerre, c'est la révolution qui suivra, c 'est de rendre à des millions de familles la joie de vivre, c'est que les travailleurs européens se sentent des hommes libres, fiers, respectés, c'est que dans toute l'Europe, le capital cesse d'être un instrument de domination des peuples et soit mis au service du bonheur des peuples. La guerre ne peut s'achever sans cette révolution socialiste qui sauvera le travailleur des usines et le travailleur des champs. Nous ne sommes pas des anarchistes. Nous voulons rétablir la justice sociale alors que pendant l'avant-guerre et même pendant la guerre, chez les pays capitalistes, c'est le peuple qui paie, c'est le peuple qui souffre, c'est le peuple qui est écrasé. »

     

    LD Chaillot 1944.03.05.jpg

    « Organisée par la Waffen SS française, la Légion des Volontaires français contre le bolchevisme et la milice française, la manifestation qui s'est déroulée dans le cadre grandiose du Palais de Chaillot, réunissait plusieurs milliers de Parisiens qui ne ménagèrent pas leurs applaudissements enthousiastes au Chef. Jamais peut-être il n'a été donné à un public français d'entendre de plus rudes vérités que celles que le Chef a dites sur le ton amical et franc que nous lui connaissons. » (Le Pays réel, 7 mars 1944).

     

     

    « Nous qui sommes Peuple »

     

    Illustrant parfaitement le montage photographique de la première page, le texte de Léon Degrelle choisi par le Cercle des Amis (extrait de l'éditorial de l'hebdomadaire Rex du 21 juin 1935) explique la raison d'être du mouvement populaire représenté par Rex en même temps qu'il éclaire le sens de son action.

     

    Rex 1935.06.21.png

     

    «  Ce que nous voulons, c'est rassembler les grandes masses populaires, les organiser, les stimuler, rendre agissante leur vertu. [...] Rex est essentiellement un mouvement populaire. Nous somme peuple, nous ne somme pas avec le peuple, nous ne venons pas au peuple : nous sommes le peuple lui-même qui se réveille et qui regarde avec audace et confiance l'avenir, parce qu'il veut vivre. [...] Entre le politicien et le peuple, il n'y a que de froides relations juridiques, un contrat dont chacune des parties redoute toujours que l'autre ne le viole. Nous voulons, nous, entre l'homme d’État et son peuple : courant de confiance, d'abandon et, disons le mot, d'amour. La vraie souveraineté populaire, c'est celle-là : des chefs qui commandent avec autorité, mais qui, par le contact direct et fréquent avec leur peuple se sentent en constante communion d'idées et de volonté avec tout ce qu'il y a de sain dans le pays. »

     

     

    Degrelliana

    Comme toujours, la Correspondance du Cercle donne accès à une véritable bibliothèque d'ouvrages indispensables au bagage intellectuel de tout nationaliste identitaire, qu'ils relèvent de l'histoire (par exemple, le premier volume de biographies de recrues de La Légion des Volontaires français contre le bolchevisme, d'Eric Le Clanche), de la culture (comme Germanica, d'Alain de Benoist), de la littérature (Les Chiens de paille, de Pierre Drieu la Rochelle ou Lettres à une provinciale, de Robert Brasillach), tous ouvrages disponibles à la Boutique nationaliste.

     

    Mais ce sont surtout les informations concernant Léon Degrelle qui nous intéresseront, tant elles relèvent de la quasi-exhaustivité.

     

     

    Miège

     

    Cercle Miège.jpeg

     

    Ce qui nous a fait un tout particulier plaisir est sans conteste le charmant dessin, poétiquement évocateur, de Miège, qui est désormais, aux côtés de Chard, le dessinateur attitré de Rivarol.

    Miège a choisi de représenter Léon Degrelle « à l'air libre, dans la nuit claire, sous les étoiles », comme le préconisait José Antonio (discours du 29 décembre 1933 ; voir aussi Jean Denis, cité ci-avant). Il porte la houppette de Tintin –personnage qu'il a inspiré comme en témoigne son opus ultimum Tintin mon copain coincé sous le bras–, mais avec les cheveux que le Chef de Rex avait naturellement foncés, ce qui lui donne aussi une ressemblance avec Quick, le ketje de Bruxelles. D'autant plus appropriée qu'il est justement en arrêt devant l'enseigne du restaurant Chez Léon de Bruxelles, spécialiste du « moules-frites » national : ayant développé une chaîne de restaurants populaires couvrant toute la France, Chez Léon de Bruxelles, raccourci aujourd'hui en Léon, est ainsi devenu le point de rendez-vous idéal (un stamcafé comme on désigne à Bruxelles son bistrot préféré) de tous les degrelliens français !

    En une silhouette suggestive, Miège a réussi à rassembler toutes les étapes de la vie intrépide et généreuse de Léon Degrelle, amalgamant les valeurs altruistes du scoutisme tintinesque à la révolution des âmes de Rex (dont il porte la boutonnière) et l'héroïsme du Légionnaire de la Croisade pour l'Europe Nouvelle libérée de l'exploitation capitaliste et de la menace bolchevique : le poète-soldat, la tête dans les étoiles, porte sa Croix de Chevalier et ses énormes godillots sont bien ceux que le Führer a fourrés de Völkischer Beobachter (voir J.-M. Charlier, Léon Degrelle : persiste et signe, p. 332) !

    R&A Miège.jpeg
    Pour mieux connaître Miège, nous vous conseillons vivement de lire le dernier numéro de Réfléchir&Agir (et de vous abonner à cet excellent trimestriel: 35 ou 40 € numéro hors-série compris–, selon que vous habitiez la France ou non): une réjouissante interview, fort instructive, du dessinateur vous y attend.

     

    Le dernier recueil de ses dessins –En traits libres, Editions Dualpha, préfacé par Francis Bergeron– est également disponible sur le site de la Boutique nationaliste.

     

     

     

     

     

    Editions degrelliennes

     

    Hasta la sangre-horz.jpg

     

    Le Cercle signale une nouvelle édition de Mes aventures au Mexique en espagnol par une maison d'édition mexicaine appelée Lina Delir. Ce nom était utilisé par les Cristeros pour signer leurs communiqués et tracts clandestins pendant la Cristiada, nom du soulèvement des catholiques mexicains contre l'intolérance religieuse du gouvernement franc-maçon entre 1926 et 1930 : il est l'acronyme de « Ligue nationale de fense de la liberté religieuse » (ce blog, entre autres, aux 2 avril et 25 décembre 2017).

    Il s'agit en réalité de la traduction espagnole des récits et documents sur la persécution des catholiques au Mexique, rassemblés et présentés par Mgr Louis Picard, aumônier-général de l'Action Catholique de la Jeunesse Belge (ACJB) et Giovanni Hoyois, son président, sous le titre La Tragédie Mexicaine. Jusqu'au Sang... (Editions de la Jeunesse Catholique, Louvain, 1928). Rappelons que Mgr Picard fut le mentor de Léon Degrelle (ce blog, entre autres, au 5 avril 2017 et 20 février 2019) qui occupait d'ailleurs un « kot » (logement étudiant) chez lui, à Louvain, et à qui il confia les Editions Rex, appelées à devenir le vecteur essentiel de la Révolution des Âmes (tous les détails sont à retrouver dans Léon Degrelle, Cristeros, Editions de l'Homme libre). Il était donc naturel de compléter cet ouvrage par Mes aventures au Mexique qu'écrivit Léon Degrelle dans la foulée de ses reportages sur la persécution des Cristeros pour le vingtième siècle (octobre 1928-janvier 1929, ce blog au 7 février 2019). Regrettons seulement que cette édition mexicaine rassemblant les deux livres n'associe le nom de Léon Degrelle qu'à celui de G. Hoyois, –qui, en 1945, éreinta lamentablement le proscrit condamné à mort dans son L'Ardenne dans la tourmente–, faisant l'impasse sur Mgr Picard qui fut pourtant l'âme de la défense des Cristeros en Belgique et qui associa étroitement Léon Degrelle à son action (voir Léon Degrelle, Cristeros, pp. 19-34).

     

    Mexico Riesco.jpgIl semble que, pour obtenir cet ouvrage (400 pages, 45 euros, frais d'envoi compris), il faille s'adresser à luzdealbania@gmail.com. La version espagnole de Mes Aventures au Mexique a cependant déjà connu une édition indépendante dès 2006, avec une introduction de José Luis Jerez Riesco (à qui l'on doit l'indispensable Léon Degrelle en Exil: ce blog au 19 avril 2019). Publiée par l'éditeur espagnol Nueva Republica, elle est toujours disponible au prix d'à peine 12 euros, sur le site de Fides Ediciones Mundial.

     

    Une autre publication mexicaine a retenu l'attention du compilateur d'informations degrelliennes du Cercle : Elbruz Altus Vexilum. Un nom singulier associant le nom de la plus haute montagne du Caucase, aux confins de l'Europe, l'Elbrouz, aux deux pics jumeaux où fut enchaîné Prométhée, et la traduction latine –Altus Vexilum– du titre de l'hymne national-socialiste, Die Fahne hoch ! (« Drapeau levé ! »).

    Cercle Elbruz Zorrilla.jpeg

     

    Le Cercle se réfère au site français VoxNR qui, le 5 août 2023, a mis sur son site la traduction du récit donné par l'écrivain Juan Guerrero Zorrilla de sa rencontre avec Léon Degrelle à Madrid, le 20 avril 1989, à l'occasion du centenaire d'Adolf Hitler. Cet article provient de la revue mexicaine Elbruz Altus Vexilum qui l'aurait publié dans son numéro 6 de septembre 2013.

     

    Elbruz 8 p. 1.pngUne collection de la plupart des premiers numéros de la revue Elbruz Altus Vexilum est disponible sur Internet (du n° 0 au n° 16, mais sans les numéros 2, 8 et 12), mais ces souvenirs de Juan Guerrero Zorrilla ne se trouvent en tout cas pas dans la sixième publication (l'erreur vient peut-être de ce que ce texte fut d'abord publié avec cette référence par l'association culturelle mexicaine Robert Brasillach, le 28 juillet 2023). Plus probablement cet article a-t-il été publié dans le numéro 8 (printemps 2014) dont nous ne connaissons que la couverture justement consacrée à Léon Degrelle (« Le dernier gentilhomme »).

     

     

    Elbruz 13 p. 40.png

    Reproduisons pour l'anecdote la publication pour le moins inattendue, dans le 13e numéro d'Elbruz Altus Vexilum (p, 40), d'une photo de la famille royale belge en illustration d'un article sur la nécessité en Europe de faire de nombreux enfants pour contrer « la décadence de l'Occident due à la défaite de l'Axe à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale » !...

     

    L'écrivain mexicain Juan Guerrero Zorrilla est né en 1942 à Tampico, principal port industriel de l’État mexicain de Tamaulipas, située à l'embouchure du Rio Pánuco sur le Golfe du Mexique. Coïncidence extraordinaire, le paquebot qui emmena Léon Degrelle de Hambourg à Veracruz s'appelait justement Rio Panuco ! Construit par les chantiers navals de Kiel en 1924, il assurait la traversée de l'Atlantique pour la compagnie allemande Ozean Linie. Revendu en 1934 à un armateur australien, il fut coulé par l'aviation japonaise en 1942 dans le port de Darwin (voir ce blog au 1er mai 2016 et Léon Degrelle, Cristeros, pp. 245-248).

     

    LD Rio Panuco Bastingage-horz.jpg

    Léon Degrelle à bord du Rio Panuco l'emmenant au Mexique. Il écrit à ses parents une lettre qui, destinée à les rassurer, donne aussi de précieux renseignements sur la vie à bord du navire :

    À bord du Rio Panuco, le 8 décembre 1929.

    Mes bien chers tous,
    Nous sommes entrés hier dans les mers américaines. À midi, nous avons aperçu, éclatante sous le soleil, la première des îles Bahamas, celles que découvrit d'abord Christophe Colomb. Je dois dire que nous étions moins émus que lui, puisque nous prenions joyeusement un bain de mer ! À l'avant du bateau, un bassin est aménagé où pénètre et s'écoule sans cesse la bonne eau tiède. Et c'est très amusant, en plein Décembre, alors que vous vous calfeutrez dans les maisons, de prendre ici, en face de la Floride, des bains de mer deux et trois fois par jour ! J'ai décrit à Cécile [van den Bossche, d'Ostende, avec qui Léon Degrelle s'était fiancé en novembre 1928], qui vous communiquera ma lettre, les tempêtes effrayantes qui nous en ont fait voir de toutes les couleurs pendant la 1ère semaine dans l'Atlantique. Cela nous a valu, en plus d'impressions poétiques, lyriques et... parfois plus prosaïques, trois jours de retard, si bien que nous ne débarquerons que le 11 ou le 12 à Vera Cruz.

    Depuis les îles Açores, d'où je vous ai envoyé une lettre-télégramme, nous avons eu un temps magnifique. Soleil éblouissant, torride depuis quelques jours. Dans les flots, de gros dauphins qui dansent. Au fil de l'eau, des troupes argentées de poissons-volants. Des soirées chaudes, placardées d'étoiles, avec des clairs de lune qui blanchissent la mer.

    Et avec cela une santé splendide. On est d'ailleurs très bien nourri, quoique la cuisine allemande diffère parfois très fort de la nôtre. J'ai d'épatants compagnons de route avec lesquels le temps passe comme un éclair. Puis, il y a des concerts à bord, des visites de St Nicolas, des bals, une grande fête de travestis. Bref, impossible de s'ennuyer. Au contraire !

    Et puis une grande fraternité internationale. On est en rapport ici avec des représentants de tous les peuples d'Europe et je vous avoue que c'est bien formateur de vivre dans cette tour de Babel.

    LD Rio Panuco Passagers.jpgDemain, nous faisons escale à La Havane où j'irai passer quelques heures. Puis, trois jours après, le pied gaillard, je foulerai le sol mexicain, prêt à de nouvelles et magnifiques aventures.

    Ah ! Vraiment, je suis heureux d'avoir entrepris une pareille randonnée. Et mille fois encore, je vous remercie de m'y avoir aidé avec tant d'affection et de générosité. Ce sera dans ma jeunesse, le plus beau, le plus impérissable des souvenirs.

    Il fait à présent une chaleur formidable qui nous aplatit tous comme des omelettes ! Ce que cela ferait du bien à notre chère maman ! C'est ici, tout le long du pont, grands bains de soleil !

    J'ai une collection splendide de photos de bord qui vous amusera bien à mon retour. Cela fait un album très vivant.
    Je crois qu'il est prudent que, déjà, je vous souhaite... la nouvelle année ! En effet, c'est à peu près alors que ma lettre vous parviendra. Pour vous, mes bien chers papa et maman, je renouvelle tous les vœux que chaque jour et très tendrement je forme pour vous et confie au Bon Dieu. Vous êtes les plus chers exemples de dévouement, d'abnégation et d'amour. Il n'est point de souhaits assez ardents et assez complets que je puisse former pour mon cher papa et ma chère maman.

    Bonne année aussi à tous mes chers frère et sœurs ainsi qu'à leur descendance ! D'ailleurs, je rentrerai en janvier et serai à temps au pays encore pour dire à chacun à cette occasion tout ce que je lui souhaite particulièrement.

    Bien des choses de ma part aussi à tous les oncles, tantes, cousins, cousines et amis les meilleurs.

    Mais pour vous, mes bien chers tous, par delà les 8000 km qui déjà nous séparent, j'envoie les plus affectueux, les plus ardents, les plus... tropicaux baisers de votre grand explorateur.

    L.

     

     

    Juan Guerrero Zorrilla.png

    Juan Guerrero Zorrilla est surtout connu pour ses contes fantastiques et récits de science-fiction pour lesquels il reçut plusieurs récompenses littéraires de même que, tout récemment le 10 août 2023, l'hommage officiel de l'université de l'Etat mexicain de Tamaulipas.

     

     

    Cedade 1989.pngLe récit de sa rencontre avec Léon Degrelle que l'écrivain a confié à la revue Elbruz Altus Vexilum témoigne de ses profondes convictions nationales-socialistes puisque c'est pour participer à l'hommage rendu par le CEDADE (Cercle Espagnol Des Amis De l'Europe, ce blog, notamment, au 4 février 2017) à Adolf Hitler pour le centième anniversaire de sa naissance qu'il traversa l'Atlantique pour Madrid. Son témoignage est cependant fort restreint, essentiellement à cause de la vive émotion qui l'étreignit pendant cette soirée, mais aussi parce qu'il ne parlait ni le français, ni l'allemand qui furent surtout pratiqués à cette occasion. Extrayons-en ces précisions (nous retraduisons d'après l'original publié par l'Asociación Cultural Robert Brasillach : notons, au passage, qu'elles établissent à nouveau la capacité de Léon Degrelle de s'exprimer en allemand : ce blog, entre autres, au 26 mai 2022) :

    « Le restaurant, pas très grand, était plein : c'est là que se produisit la rencontre avec le Général Degrelle, l'homme le plus important que j'aie connu dans ma vie. [...] Puis la causerie a commencé. En fait, je n'ai pratiquement rien compris : il parla d'abord en français, puis en allemand ; mais j'étais en compagnie de bons camarades [...] et je m'assis à côté du seul Espagnol qui se trouvait là. »

     

    LD Madrid Christophersen+Tonningen 1989 04 20.jpgC'est dans un petit restaurant populaire de Madrid qu'en toute discrétion Léon Degrelle célébra, le 20 avril 1989, le centenaire d'Adolf Hitler en compagnie d'une petite trentaine d'amis européens qui eurent l'exceptionnelle bonne fortune de fêter cet événement en compagnie de celui que le Führer se fût choisi pour fils.

    À la droite de Léon Degrelle, on reconnaît l'Allemand Thies Christophersen (1918-1997), auteur en 1970 du fameux rapport Le mensonge d'Auschwitz, et Florentine Heubel (1914-2007) qui, épousant, le 21 décembre 1940, Meinoud Rost van Tonningen, le chef du Mouvement National-Socialiste de son pays (qui deviendra, peu de temps après, le président de la banque des Pays-Bas), fut la première Néerlandaise à se marier selon le cérémonial SS : sa bague runique de mariage qu'elle eut l'occasion de présenter au baise-main du Führer devint sa plus précieuse relique.

    À la gauche du Commandeur de la Sturmbrigade Wallonien, se trouve, en fin de banquette, l'Allemand Ewald Althans (né en 1966) promu alors par le Generalmajor Otto Ernst Remer à la direction des jeunes de son Deutsche Freiheitsbewegung (Mouvement allemand pour la Liberté). La 40e Correspondance du Cercle propose justement la première partie d'un entretien-témoignage du plus haut intérêt du Général Remer à propos des mensonges répandus sur la réalité du Front de l'Est : de quoi largement démonétiser les récentes tentatives injustifiées de criminalisation des Légionnaires wallons par le CEGESOMA (ce blog, entre autres, au 30 novembre 2019 et 11 mars 2022).

    Assis à gauche de Léon Degrelle, le Phalangiste Alberto Torresano (1934-2023) est probablement le « seul Espagnol qui se trouvait là » dont parle Juan Guerrero Zorrilla.

    C'est à lui, parfait francophone, que Léon Degrelle dédicaça cette photo historique, datée symboliquement du 20 avril 1989. Proche de Léon Degrelle, Alberto Torresano compta parmi les dernières personnes à pouvoir lui rendre visite à l'hôpital de Malaga où il devait décéder (ce blog au 5 août 2023).

     

    Paloma+Alberto Drève Lorraine.jpeg

    Alberto Torresano, en visite à Bruxelles en 1990 avec son épouse Paloma, tenait à voir la maison de Léon Degrelle, Drève de Lorraine, en lisière du Bois de la Cambre. La photo a été prise à l'arrière de la villa, devant la grille ouvrant sur l'étroite Drève du Caporal.


    Dans l'attachant ouvrage
    Léon Degrelle. Documents et Témoignages, publié en 2014 dans la collection des Cahiers d'Histoire du Nationalisme de Synthèse nationale sous la direction de Christophe Georgy, il signa un familier et sincère Léon mon Ami ! (ce blog au 22 janvier 2016).

    Alberto Torresano était connu dans tous les milieux nationalistes européens pour sa fidélité absolue au message politique et social de la Phalange historique et à la figure de José Antonio, son chef charismatique. Il était surtout apprécié par tous ceux qui l'ont connu et qui sont immanquablement devenus ses amis pour sa gentillesse envahissante, son humour bon enfant et son entregent tenace. Aussi est-ce avec émotion que nous avons appris, par l'In memoriam reconnaissant du Cercle des Amis de Léon Degrelle, son décès survenu le 14 septembre dernier, dans sa nonantième année. Un important dossier d'hommage a été publié par la Lettre des Amitiés Franco-Espagnoles n° 115, Automne 2023, du Cercle Franco-Hispanique (adhésion : 25 €. Ecrire à cfh.grimaldi@free.fr).

     

    Tout serait à présenter et commenter dans cette XXXXe Correspondance privée du Cercle des Amis de Léon Degrelle. Reprenons seulement pour conclure le communiqué du Dernier Carré expliquant comment la cessation de ses activités ne signifie nullement la disparition de l'idéal solaire qui inspira nos héroïques Anciens et justifia son existence.

     

    Cercle Dernier Carré.jpeg

     

    Cercle des Amis de Léon Degrelle, adhésion (30 ou 37 euros, selon que vous résidiez en France ou non) et renseignements sur les livres présentés : www.boutique-nationaliste.com.

     

    Adresse : Cercle des Amis de LD, BP 92733, 21027 Dijon Cedex, France.

    lesamisdeleon.degrelle@gmail.com

     

     

  • Pierre Assouline, fieffé menteur antidegrellien (1)

    L’obligé de la Fondation Hergé connaît pourtant
    la vérité :
    Léon Degrelle est bien Tintin !

     

    L’enfumage de la « biographie officielle »

     

    Ce n’est qu’aujourd’hui que nous est tombé entre les mains le numéro hors-série des Cahiers de la BD consacré à Hergé, l’ami de Léon Degrelle, sous le titre Hergé, Le père de Tintin se raconte (mars 2020).

    Cahiers BD Hergé.jpegLe titre de cet énième opuscule surfant sur l’image rémunératrice du maître de la ligne claire ne peut qu’induire en erreur son acheteur car, au lieu du scoop d’un récit autobiographique original, il n’aura droit qu’à des commentaires politiquement corrects, rédigés ou inspirés par des appointés et/ou obligés de la toute-puissante Fondation Hergé.

    Et le premier à se substituer à Hergé pour prétendre qu’il « se raconte » n’est autre que cette canaille de Pierre Assouline, auteur, en 1996 chez Plon, d’un Hergé, soi-disant « premier grand portrait d’Hergé [révélant] les coulisses de son œuvre » (Cahiers, p. 11).

    C’est dès ce bouquin qu’il lance la légende apologétique de sa parfaite indépendance d’esprit, gage de l’implacable objectivité de son travail de biographe de Hergé : « Philippe Goddin me proposa au nom de la Fondation Hergé de mettre ses archives à ma disposition pour écrire une biographie […]. Je les prévins aussitôt de l’esprit qui m’animait : la fascination critique pour un homme et une œuvre… la volonté de tout savoir… la liberté de tout écrire… le rejet de tout contrôle… […] Par la volonté de Fanny Rodwell, l’aide de la Fondation Hergé me fut acquise sans réserve ni contrepartie. […] Tout au long de mes recherches, ils ne me ménagèrent jamais leur soutien. Ils s’étaient convaincus que l’exposé rigoureux et la révélation la plus neutre de ces fameuses vérités-qui-ne-sont-pas-bonnes-à-dire valaient décidément mieux que l’insinuation, l’allusion et le soupçon permanent. » (Hergé, p. 12).

    Il nous ressort à nouveau cette fable pour carillonner que tout ce que contient son opus magnum ressortit à la Vérité gravée dans le marbre : « Fanny [Rodwell, la seconde épouse d’Hergé, qui gère les droits (NDLR)] nous a rejoints. Elle serait ravie, m’a-t-elle dit, si je me lançais dans une biographie d’Hergé. Soit, lui ai-je répondu, mais si je découvre un cadavre dans le placard, je le montrerai ! Elle a eu cette phrase décisive : “Vous aurez carte blanche pour tout raconter sans droit de regard de ma part car il y a pire que les accusations, ce sont les insinuations et je sais que, dur ou pas, un livre de vous les fera taire.” » (Cahiers, p. 7).

    Et les Cahiers, s’appuyant sur cette séduisante forfanterie, d’affirmer : « Aujourd’hui, Assouline reste l’une des autorités les plus fiables et les plus objectives sur les rapports ambigus entre Hergé et l’extrême droite. » (p. 7).

     
    Assouline, un chercheur indépendant ? Fumisterie !

    Cahiers BD Assouline.jpegSauf que le récit édifiant d’Assouline relève de l’enfumage : cette légende de la liberté totale d’investigation et d’expression a constitué le plus sûr paravent du mythe à garantir : Hergé n’aurait en fait rien à voir avec l’Ordre nouveau se proposant à l’Europe. Au mieux (ou au pire, c’est selon), il ne serait qu’une victime : victime de son temps, victime des circonstances, victime de ses fréquentations. « Hergé n’a aucun sens politique. […] Hergé, heureusement pour lui, n’est pas un intellectuel, il n’a rien écrit » ! (Cahiers, p. 11).

    Voilà qui est proprement insultant pour l’information du lecteur, mais surtout pour Hergé lui-même ! Hergé n’aurait aucun sens politique ? Il n’a rien écrit ? Mais cet idéaliste de la révolution des âmes, cet artiste « d’imprégnation rexiste » (Hergé, p. 105) a superlativement illustré ses idées, les rendant accessibles à tous, par ses dessins et ses scénarios : nous l’avons établi en abondance, notamment dans notre série « Degrelle-Hergé, même combat ! » (ce blog aux 21, 29 septembre ; 15, 20, 27 octobre ; 20, 27 novembre et 1er décembre 2020).

    Et pour démonter l’imposture du prétendu biographe s’enfonçant dans le mensonge, nous ne reprendrons que ses affirmations méprisables sur Léon Degrelle : « Je ne crois pas [que Léon Degrelle] ait eu beaucoup d’importance. Dès le début, Hergé prend ses distances avec ce confrère journaliste prétentieux et mythomane. À l’époque, ce qui gêne Hergé, c’est l’homme, pas le facho –qu’il n’est pas encore, d’ailleurs. Sur le plan artistique, il ne lui apporte rien non plus : des reporters courant le monde en culottes de golf, ce n’est pas ce qui manque… Je crois bien davantage à des modèles comme Robert Sexé ou Albert Londres, bien sûr ! » (Cahiers, p. 9).

    Passons sur les termes « prétentieux et mythomane », épithètes « balaciens » dont il semble désormais indispensable de marteler le portrait de Léon Degrelle (ils ne manquaient déjà pas dans sa biographie de Hergé, voir plus loin ; à propos de l’indigne prof de l’université de Liège Francis Balace, voir ce blog aux 30 juin 2016, 6 juillet et 8 novembre 2019).

    Cristeros.jpegSur l’importance insigne de Léon Degrelle dans la vie de Hergé, outre les articles de ce blog que nous venons de renseigner, nous ne pouvons que renvoyer à l’introduction Aux origines de Tintin de l’indispensable reprise de tous les textes de Léon Degrelle concernant les Cristeros (éditions de l’Homme libre; à compléter par le téléchargement du premier chapitre Cristeros Chapitre I.pdf, ce blog au 7 février 2019).

    Mais nous nous attaquerons quand même à ce postulat qu’Assouline avance tranquillement, comme s’il s’agissait d’une simple évidence : Léon Degrelle n’a pas eu beaucoup d’importance pour Hergé, surtout pas en tant qu'homme, même pas les culottes de golf : ce n’est qu’un mythomane !


    Hergé n’en avait rien à f… de Léon Degrelle ? Fumisterie !

    Nous avons analysé en détail la symbolique des culottes de golf ainsi que la signification révélatrice de leur abandon dans le dernier album complet, datant de 1976, Tintin et les Picaros dans Cristeros, Aux origines de Tintin (pp. 76-82) : nous y renvoyons nos lecteurs.

    Remarquons néanmoins –à propos de l’apparence toute singulière de Tintin– que si Léon Degrelle put émerveiller Hergé avec ses culottes de golf, ni Robert Sexé, ni Albert Londres (préférés par Assouline comme modèles de Tintin) n’en portèrent jamais en « courant le monde » !

     

    LD Golf Constantina1-horz.jpg

    Au cours de son exil, Léon Degrelle retrouva le goût des culottes de golf qui inspirèrent Hergé pour son Tintin (ce blog au 29 septembre 2020) : ici dans sa propriété de la Carlina, dans les années soixante.

    Mais nous ne pouvons laisser passer sans réagir la réaffirmation de ce mensonge selon lequel Léon Degrelle n’aurait guère eu d’importance pour Hergé. Si aujourd’hui, Assouline lance son assertion comme s’il s’agissait d’une vérité biblique partagée universellement, dans sa biographie d’il y a plus de vingt ans, il se prévalait d’arguments chronologiques qu’il croyait irréfutables mais que Cristeros, Aux origines de Tintin démonta en un tournemain, établissant le mensonge grossier.

    En 1996, en effet, Assouline canardait déjà ses verdicts pseudo-psychiatriques insultants et proférait : « Degrelle est fort en gueule, hâbleur et culotté. Il le restera jusqu’à sa mort à 87 ans. Mais avec l’âge, sa mythomanie et sa mégalomanie iront crescendo. Au soir de sa vie, il s’inventera un rôle de plus dans l’Histoire en assurant qu’à son retour d’un reportage en Amérique, il avait inspiré sinon imaginé le personnage de Tintin. Double mensonge, d‘abord sur les origines, puis chronologique. Tintin est né le 10 janvier 1929, le voyage de Degrelle outre-Atlantique date de décembre 1929-janvier 1930 et le premier article de son enquête sur les catholiques persécutés au Mexique est paru le 1er février 1930 dans le Vingtième Siècle… Ainsi l’abbé Wallez a-t-il expédié Degrelle au Mexique après avoir décidé d’envoyer Tintin au Congo et non le contraire. » (Hergé, pp. 78-79).

    A nouveau, comme dans l’expression enfantine « c’est celui qui dit qui l’est », le menteur n’était pas l’accusé, mais l’accusateur.

    Et même double et triple menteur, car, dans son Tintin mon copain, Léon Degrelle n’a jamais affirmé avoir inspiré le personnage de Tintin « à son retour d’un reportage en Amérique » puisque, comme nous l’allons voir, c’est bien avant son départ en Amérique, lors du sac de l’expo bolchevique de Bruxelles de janvier 1928, que Léon Degrelle s’imposa comme modèle de Tintin. En l’occurrence, l’épopée mexicaine de Léon Degrelle et ses envois de journaux américains à Hergé lui ont carrément permis d’affirmer : « La B.D. européenne naît à Mexico » (p. 13).


    Il n’a jamais prétendu non plus avoir « imaginé le personnage de Tintin ». Il précise au contraire le rôle de chacun des ses « pères » : « C’est bien un prêtre catholique qui a extrait du néant ce petit bonhomme futé. Ce prêtre s’appelait Norbert Wallez. Tintin a eu d’ailleurs plusieurs pères. C’est le fruit dudit abbé, bien sûr ; ce l’est, en second lieu, du grand artiste Hergé lui-même, brandissant ses crayons. Et, indirectement, c’est de moi. » (p. 5). Léon Degrelle est donc bien clair : il n’a ni « inspiré [ni] imaginé le personnage de Tintin ». Ce rôle extrayant du néant le futur héros des jeunes de 7 à 77 ans revient à l’abbé Wallez. Comme revient au « grand artiste Hergé » le rôle de lui avoir donné forme et vie par « ses crayons ». Le rôle que se reconnaît Léon Degrelle, pour indirect qu’il soit, n’en est pourtant pas moins essentiel puisqu’il ressortit aux valeurs morales et spirituelles remarquées et partagées par Hergé qui les insuffla à Tintin.

    Tintin copain p. 227.jpeg

    Les trois « pères » de Tintin réunis par Alidor (alias Paul Jamin, au volant de la limousine décapotée), dans un dessin de 1992 signé Jam, décrypté dans Tintin mon copain (p. 227).

    Cette histoire commune a évidemment créé des liens étroits entre les deux hommes, même s’ils purent connaître des hauts et des bas (sur l’affaire ressassée jusqu’à plus soif de l’ « affiche volée à Hergé », voir ce blog au 20 octobre 2020). Assouline est d’ailleurs bien contraint d’en convenir, même si c’est du bout des lèvres, faisant semblant que c’est toujours à son corps défendant que Hergé a fréquenté Léon Degrelle, partagé ses idées, suivi son parcours.

    Ainsi, après sa démonstration ratée sur la non-relation Degrelle-Tintin, élucubre-t-il : « si Léon Degrelle n’a tenu aucun rôle dans l’imaginaire d’Hergé, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’ait exercé aucune influence sur Georges Remi » (Hergé, p. 79). La quadrature du cercle, donc ! Léon Degrelle  n’a tenu aucun rôle dans l’imaginaire de Hergé, tout en exerçant quand même une influence sur lui. Pourquoi Assouline ne nous explique-t-il pas que Hergé aurait été une espèce de Docteur Jekill tout à fait étranger au Mister Hyde-Georges Remi ?

    Assouline doit donc multiplier les contre-vérités et les paradoxes : « Pour n’avoir pas su dire non à Léon Degrelle, [Hergé] va sans le savoir ajouter une pièce supplémentaire au procès à charge qui sera en permanence instruit contre lui longtemps après. » (p. 78). « A défaut d’être en connivence avec [Léon Degrelle], [Hergé] ne lui est pas hostile. » (p. 80). « Georges Remi […] s’est toujours voulu une éponge […]. Aussi n’est-il pas étonnant qu’il collabore plus avant avec Léon Degrelle, fût-ce discrètement. » (p. 81). « Cela étant, par sa formation, par ses amis, par ses idées, par le milieu dans lequel il baigne depuis dix ans, il est d’imprégnation rexiste. Malgré ses sentiments mêlés pour la personne de Léon Degrelle. » (p. 105)…

    Rappelons tout de même les propos explicites de Hergé sur Léon Degrelle : ils vont tous dans le même sens et sont tous positifs. Assouline lui-même en convient involontairement lorsqu’il prétend n’illustrer que l’intérêt du dessinateur pour « l’histoire contemporaine ». Il cite alors un tout bref extrait d’une lettre privée à Robert Crausaz, l’éditeur suisse de La Cohue de 1940 de Léon Degrelle (premier « livre de souvenirs » de Léon Degrelle publié après-guerre et non « nouveau » !) : « [Hergé] est plus sincère dans d’autres de ses élans. Dans son intérêt pour l’histoire contemporaine, par exemple, lorsque dès l’annonce de la parution du nouveau livre de souvenirs de Léon Degrelle La Cohue de 40, il se dépêche de le commander à son éditeur lausannois. Ou quand, en privé, il juge La Campagne de Russie du même Degrelle très émouvant et très bien écrit. » (Hergé, p. 367).

    Mais il n’y a pas que dans sa correspondance privée que Hergé est « sincère » ! Le dessinateur n’a pas craint non plus de s’exprimer publiquement sur Léon Degrelle en ne lui ménageant pas son admiration, même au sujet de son engagement au Front de l’Est et de l’acharnement du gouvernement belge à son encontre. Ainsi, dans une interview à la presse flamande, n’hésite-t-il pas à saluer le dernier Commandeur de la Légion Wallonie : « Degrelle était d’ailleurs bien un homme respectable : il a été lui-même au front de l’Est ; il n’y pas seulement envoyé quelques pauvres diables. Et militairement parlant, il s’est comporté là-bas comme un héros. » (Humo, 11 janvier 1973). Voilà un « intérêt pour l’histoire contemporaine » parfaitement et singulièrement circonscrit !

    De même –et cette déclaration, à elle seule, anéantit le raisonnement pseudo-chronologique d’Assouline pour disqualifier le lien Tintin-Léon Degrelle– concernant son art de la bande dessinée, reconnut-il sa dette vis-à-vis de Léon Degrelle, même s’il confond (exprès ?) les dates : « J’ai découvert la bande dessinée grâce à... Léon Degrelle ! Celui-ci, en effet, était parti comme journaliste au Mexique et il envoyait au Vingtième Siècle, non seulement des chroniques personnelles, mais aussi des journaux locaux (pour situer l’atmosphère) dans lesquels paraissaient des bandes dessinées américaines. J’ai découvert ainsi mes premiers comics. » (La Libre Belgique, 30 décembre 1975).

    Mes Aventures au Mexique.jpg
    Serons-nous étonnés que ces déclarations de Hergé soient absentes du bouquin à charge d’Assouline ? Mais alors ? Était-ce pour ne pas avoir à dire que Hergé se trompait ou même mentait ? Et qu’elles rendaient impossible la thèse selon laquelle Léon Degrelle n’aurait compté que pour des prunes pour Hergé ?

    Cela est d’autant plus grotesque que dans son chapitre La providence des inciviques (reprenant l’expression de Robert Poulet : ce blog au 1er décembre 2020), Assouline souligne la fidélité absolue de Hergé à ses amis : « Hergé reste aussi fidèle à ses amis qu’envers Léopold III. Nul ne pourra le prendre en défaut sur ce plan-là. Il les défend bec et ongles, surtout s’ils sont dans l’adversité. Quelle que soit la réalité des faits, il arrive toujours à trouver des circonstances atténuantes aux vaincus de la Libération. » (p. 205). Sauf paradoxalement à Léon Degrelle, absent de la liste qu’il dresse : Paul Herten, Victor Meulenijzer, Jean Vermeire, Félicien Marceau, Julien De Proft, Norbert Wallez, Paul Jamin, Robert Poulet…

    Et comment l’expliquer alors que sa sollicitude ne concernait pas seulement ses vrais amis, mais s’étendait aux amis politiques au sens le plus large du mot puisqu’il s’agissait même d’ « inciviques » parfaitement inconnus : « Hergé providence des inciviques… La formule est encore plus juste qu’on ne le croit. Car non seulement il aide ses amis, les amis de ses amis et d’autres Belges en difficulté, mais aussi des épurés français qu’il ne connaît même pas. Sa réputation de samaritain des collaborateurs en détresse a passé la frontière. Son adresse est de celles qui circulent. Avec eux, comme avec les autres, il ne se fait pas prier. » (p. 207).

    Alors, Hergé n’aurait-il vraiment eu « aucun sens politique » ???

    Soupault Petit Parisien 19.12.41.jpg

    Ralph Soupault était le caricaturiste de Je suis Partout, dont les dessins antisémites étaient pour le moins aussi incisifs que ceux de son ami Jam dans la Brüsseler Zeitung. Mais l’étalon répressif français était sans doute moins brutal que le belge : Soupault écopa de quinze ans de travaux forcés alors que Jam fut condamné à mort. Les peines furent néanmoins commuées, mais toujours à l’avantage du condamné français : Soupault sortit de prison en 1950, Jam en 1952. Hergé ne l’avait jamais vu, mais connaître les raisons de sa condamnation et le savoir ami de Paul Jamin suffirent à Hergé pour aider Ralph Soupault. Ici, un de ses dessins publié dans Le Petit Parisien, le 19 décembre 1941.

    N’est-il donc pas inconcevable de vouloir exclure Léon Degrelle du cercle hergéen ? D’autant plus que les deux hommes avaient noué de véritables liens d’amitié qui ne se démentirent jamais : comme nous avons eu l’occasion de l’établir irréfutablement, les contacts entre Léon Degrelle et Hergé ne se sont jamais rompus, qu’ils se soient poursuivis par l’intermédiaire de Germaine Kieckens, sa première épouse, ou via Paul Jamin (alias « Jam » et « Alidor »), le fidèle ami commun (ce blog au 20 octobre 2020).

    En réalité – et nous l’établirons plus loin encore– Assouline savait fort bien que Léon Degrelle est tellement consubstantiel à Tintin que Hergé ne pouvait pas imaginer, cinquante ans plus tard, de les dissocier, même au prix d’un anachronisme (voir aussi ce blog au 15 octobre 2020)…

     

    (À suivre)

  • Degrelle – Hergé, même combat ! (5)

    Le Sceptre d’Ottokar

    Il ne manque pas, dans l’œuvre de Hergé –surtout dans Quick et Flupke–, de dessins caricaturant Mussolini ou Hitler (ainsi d’ailleurs que n’importe quel dirigeant politique français ou britannique : voir, par exemple, Tintin mon copain, p. 34). Mais c’est surtout Le Sceptre d’Ottokar, (publié dans Le Petit Vingtième dans les années critiques 1938-1939) que l’on brandit pour prouver l’incompatibilité entre Hergé et le nazisme : le conflit borduro-syldave évoque l’Anschluss, les Bordures se servent d’avions « nazis » Heinkel HE 118 et le méchant chef de la Garde d’Acier (démarquage de la Garde de fer du « fasciste » roumain Codreanu) s’appelle Müsstler, nom associant Mussolini et Hitler : pouvait-on faire plus antinazi, et ce, en pleine « drôle de guerre » ?

     

    On ne peut certes que constater que les vilains Bordures ressemblent à des nazis : « à l’époque, c’est bien entendu l’Allemagne qui était visée », déclare Hergé à Numa Sadoul (Tintin et moi, p. 129). En cela, Hergé manifeste simplement qu’il est aussi le produit de son époque et de la société dans laquelle il vit. Société dont les opinions sont bien sûr également modelées par la presse qu’elle lit. Et à cette époque, la presse (y compris catholique) était unanimement aussi bien antihitlérienne qu’antibolchevique. Degrelle lui-même avait consacré un numéro spécial de Soirées contre Hitler dès le 12 mai 1933. Et par la suite, son hebdomadaire a continué d’éreinter le Führer et son régime pendant une grande partie de 1934 et 1935 (20 juillet 1934 : « La terreur hitlérienne, reportage hallucinant »)… Il faudra attendre l’entrevue avec Hitler du 26 septembre 1936 pour que le Degrelle de Prière à Notre-Dame de la Sagesse ne voie plus guère d’incompatibilité avec le Hitler de Mein Kampf avant de devenir définitivement le Degrelle de Hitler pour mille ans !

     

    32 Soirées 1933 05 12.jpegPremier numéro spécial de Soirées sur Adolf Hitler, peu après son accession au pouvoir. Un an plus tard, le ton sera beaucoup plus agressif. Après la défense désespérée de la politique de neutralité face à l’Allemagne et aux alliés franco-britanniques, l’hostilité au régime national-socialiste culminera lors de l’invasion. Le Pays réel titrera en grandes capitales sur toute sa première page, encadrant un grand portrait du roi Léopold III : « Un crime. L’Allemagne attaque la Belgique. […] Rex au service de la Belgique. […] Vive la Belgique ! Vive le Roi ! Vive Léon Degrelle ! » A ce moment, le député Léon Degrelle était déjà incarcéré et soumis à l’arbitraire de la Sûreté de l’Etat belge (voir ce blog aux 30 avril et 6 mai 2017)…

     

    Et si Hergé n’alla peut-être pas si loin, remarquons néanmoins que la détestation unanime de la presse de l’époque manifestée pour Hitler et le national-socialisme ne l’empêcha pas, à la même époque que le Sceptre d’Ottokar, de critiquer le refus des offres de paix de Hitler dans des planches spectaculaires où Flupke montant la garde à la frontière est remplacé par un sourd-muet pour rendre inaudibles et inefficaces les propos amicaux d’un Führer qui s’en repart découragé, ni de publier, en 1939, la série antibelliciste de Monsieur Bellum (voir Tintin mon copain, pp. 58 et 60-62)… A ce propos, nous ne pouvons passer sous silence l’interprétation délibérément mensongère de celui qui se présente comme un « hergéologue distingué », Philippe Goddin, larbin en chef de la Fondation Hergé, chargé du lissage politiquement correct de l’image de Hergé. Contre toute vraisemblance, il n’hésite pas à présenter cette planche destinée à l’hebdomadaire Vers le Vrai de son ami d’enfance Julien De Proft (condamné à deux ans de prison par les tribunaux d’épuration) comme un acte hostile à Hitler : « Un vétéran belge de la Grande Guerre juge plus prudent de remplacer son jeune compatriote, qui n’est autre que Flupke, par un sourd-muet, moins exposé à la propagande de cet inquiétant Führer » (Philippe Goddin, Hergé, Lignes de vie, p. 197 ; ce tricheur multipliera ainsi les contresens en réinterprétant tous les engagements de Hergé pour s’efforcer de les désamorcer, ainsi, par exemple, du sens pourtant limpide de L’Etoile mystérieuse, p. 292 : «Certains iront jusqu'à assimiler la bannière étoilée du Peary à un gage donné aux Allemands. Une vue contestable [...]. Le gouvernement des Etats-Unis n'est impliqué ni de près ni de loin dans l'histoire. »).

     

    Mais revenons au Sceptre d’Ottokar pour y découvrir que ce n’est pas tant l’essence du national-socialisme qui y est dénoncée (dont le culte de la beauté et de la nature eût dû séduire Hergé), mais plutôt les emblèmes, organisations, saluts,… si faciles à caricaturer. Et d’ailleurs, nous affirmons que ce faisant, Hergé dénonce tous les « régimes aveuglément dictatoriaux » mis dans le même sac : « La Bordurie est clairement un régime fasciste [mais] la Bordurie est tout simplement un état policier, c’est tout. Et je suis contre les états policiers, point » explique-t-il aux journalistes de Humo (11 janvier 1973, p. 21). C’est d’ailleurs ainsi qu’il faudrait lire le nom du despote Müsstler un peu autrement que le précise Hergé à qui on reproche à ce moment ses prises de positions anticommunistes : Müs-st-ler, pour Mussolini, Staline et Hitler. Hergé cherche en effet alors à se dédouaner dans ses interviews à Humo ou à Numa Sadoul : « le mauvais du Sceptre d’Ottokar ne s’appelle-t-il pas Müsstler, combinaison évidente de Mussolini-Hitler ? » (Numa Sadoul, Tintin et moi, p. 129). Mais dans son interview aux néerlandais Heinemans et Van Impe, il supprimera encore un dictateur, rendant complètement caduc son jeu de mots : « Mon “Müsstler” dans Le Sceptre d’Ottokar , c’est Mussolini » (Elsevier, 22 décembre 1973, p. 155)…

     

    De même qu’on fait toujours semblant d’oublier que si la Garde d’Acier évoque sans doute la Garde de Fer –le mouvement nationaliste roumain–, son antenne syldave, le ZZRK, porte, elle, un nom aux relents bien soviétiques : Zyldav Zentral Revolutzionär Komitzät ! Quelque dix ans après la guerre, dans l’Affaire Tournesol, la Bordurie sera d’ailleurs clairement identifiée à un état stalinien, avec les moustaches du Petit père des peuples comme emblème national.

     

    Parlant de son essence, il faut bien convenir que le national-socialisme est avant tout une éthique de vie et même une esthétique de vie où le destin personnel ne s’accomplit qu’en communion avec et pour les siens. À partir de là, on comprend mieux la démarche de Hergé : son opposition au régime bordure qui a des allures nazies dans Le Sceptre d’Ottokar alors qu’il devient plus clairement soviétique dans L’Affaire Tournesol, ressortit davantage à la dénonciation de toute dictature imbécile où ne peuvent exister ni épanouissement individuel ni justice sociale (voir, dans la conclusion Comment rester Tintin sans Léon Degrelle, ce que Hergé illustrera dans les Picaros). C’est également ce qu’avait manifestement compris la censure allemande lorsqu’elle signifia à l’auteur du Sceptre qu’elle avait bien saisi ses intentions profondes (voir plus loin le sujet La tragédie de la « libération »).

     

    Le gommage des traits antisémites

    À l’appui de la rupture radicale qu’aurait opérée Hergé avec ses « péchés de jeunesse », on a relevé con amore la saga impressionnante des « corrections » supprimant les gags mettant en scène des juifs, changeant les noms à consonance sémitique, réécrivant, redessinant ou modifiant tout ce qui pourrait encore donner prise à l’infamante accusation de racisme (voir Tintin mon copain, pp. 150 sv.). Cette course au politiquement correct rendant toujours plus incolores, inodores et insipides les aventures de Tintin a cependant souffert deux exceptions notables.

     

    La première concerne l’absence de suppression (ou de correction) d’une caricature antisémite évidente. Il s’agit d’un dessin de L’Oreille cassée (voir Tintin mon copain, p. 81) où on voit le boutiquier d’un magasin de brocante présenter toutes les caractéristiques caricaturales du juif : nez crochu, dos voûté, barbe, calotte, lorgnons et les mains qui se frottent de plaisir à la perspective d’une bonne affaire (sans parler de l’accent yiddish : « Ah, voui !... »). Ce juif-ci est resté inexplicablement intact, depuis sa première publication dans Le Petit Vingtième, le 21 janvier 1937, jusqu’à ses plus récents tirages d’aujourd’hui !

     

    33 LD T-shirt Tintin Copain.jpgAutre exception, d’un tout autre genre puisqu’il s’agit d’une création originale, véritable « hyperbolisation » du trait juif le plus brocardé, –l’imposante protubérance nasale !–, présentée en une hilarante séquence au second degré et qui nuance de manière surprenante cette autocensure que l’on croyait devenue automatique chez le Hergé d’après-guerre.

     

    Il s’agit du fameux épisode du « nasique » de Vol 714 pour Sidney (p. 42), publié en 1967. On y voit les « méchants » Allan et Rastapopoulos en embuscade dans la forêt indonésienne et surpris par un singe au gros nez mou, le nasique. Effrayé, le singe s’enfuit sous les sarcasmes d’Allan : « Oh ! un… truc, un… chose, un… un nasique ! C’est ça, un nasique !...Ha ! ha !... Regardez-le détaler comme un lapin ! Quel pif !... Non mais, quel pif !... vous avez vu ce pif ?!... Il me rappelle vaguement quelqu’un… Mais qui ?... » A ce moment, Allan, décomposé, croise le regard furieux de Rastapopoulos avec son gros nez sémitique !

     

    Mais Rastapopoulos est-il juif ? Certains ont prétendu que l’affairiste grec Aristote Onassis lui aurait servi de modèle, au moins dans cette aventure de Tintin où il reçoit sur son yacht luxueux la cantatrice Bianca Castafiore, tel Onassis invitant la « jet-set » internationale à bord du somptueux Christina, avec surtout une certaine Maria Callas…

     

    D’autres insistent sur une lettre de 1973 dans laquelle Hergé présente son personnage comme suit : « Rastapopoulos ne représente exactement personne en particulier. Tout est parti d'un nom, nom qui m'avait été suggéré par un ami ; et tout s'est articulé autour de ce nom. Rastapopoulos, pour moi, est plus ou moins grec levantin (sans plus de précision), de toute façon apatride, c'est-à-dire (de mon point de vue à l'époque) sans foi ni loi ! ... Un détail encore : il n'est pas juif ! » (Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, p. 105)

     

    Le « détail » a son importance car il contredit tout ce qui précède et qui caractérise traditionnellement le juif dans la caricature : apatride, sans foi ni loi… La parenthèse « (sans plus de précision) » qui s’applique à « grec levantin » empêche de préciser qui le terme « levantin » désigne. C’est-à-dire la population non musulmane de l’Empire ottoman, principalement juive. Et levantin juif n’exclut bien sûr pas d’être « plus ou moins » d’origine grecque (comme Onassis, originaire de Smyrne !)… D’où la nécessité du détail rédempteur : « il n’est pas juif ! »

     

    On le voit : cette explication de Hergé sent l’embrouille, et pour cause : il s’agit d’une réponse (10 novembre 1973) au courrier d’un lecteur de l’hebdomadaire Tintin (Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, p. 105, n. 1). Passé maître, depuis l’épuration de 1945, dans l’art du camouflage, Hergé a l’habitude de noyer le poisson, comme lorsqu’il répond, en 1961, à un autre lecteur qui lui demandait « Comment vous voyiez-vous il y a 15 ans ? » , c’est-à-dire en 1946 : « Conscient de l’importance de la question, je désire que nos lecteurs profitent de l’expérience que j’ai acquise dans ce domaine. Pour me voir, j’ai toujours utilisé, il y a quinze ans comme aujourd’hui, et avec d’excellents résultats, un appareil extrêmement ingénieux qu’on nomme “miroir” » ! (Tintin mon copain, p. 177)

     

    34 Vroylande Contes.jpgBien qu’il fût illustré par de magnifiques dessins de Hergé, ce recueil de Fables de Robert de Vroylande (Styx, 1941) ne connut jamais de réédition (à part un fac-simile en trente exemplaires publié par l’Association des Amis de Hergé du Canton de Vaud, en 2005). Et ce, à cause du seul conte Les deux juifs et leur pari décrété antisémite. Rappelons que le très catholique Robert du Bois de Vroylande, après avoir été rédacteur en chef de Rex en 1934-35, rompit avec Léon Degrelle engagé contre les « banksters » du Parti catholique et fit paraître en 1936 les pamphlets rageusement impuissants Quand Rex était petit et Léon Degrelle pourri. Du coup, la bien-pensance d’aujourd’hui n’hésite pas à imputer de manière diffamatoire à Léon Degrelle l’arrestation, la déportation et la mort en camp de concentration allemand en 1944 de l’opposant Robert du Bois de Vroylande, décoré de la Croix du Prisonnier politique à titre posthume…

     

    Pour autant, jamais Hergé n’avait mis en évidence avec une telle insistance le trait physique juif le plus caricaturé : son nez ! Et il le fait par un gag le comparant à l’appendice d’un primate ! Est-ce pour exonérer Rastapopoulos de sa judéité ? On nous permettra d’en douter car l’animal est justement un « nazi-que » : le nom seul, par antiphrase, suffit à évoquer le juif ! Et il est d’ailleurs plus que probable que ce soit le nom même de l’animal (qu’Allan prend soin de répéter à son « patron ») qui a inspiré cette séquence du plus haut comique !

     

    À l’appui de cette conviction, rappelons que, lorsqu’il faisait parler des étrangers fantaisistes (Syldaves, Arumbayas,…) ou lorsqu’il donnait des noms de fantaisie à ses héros: l’émir Ben Kalish Ezab [jus de réglisse] ou le cheikh Bab El Ehr [radoteur] dans Tintin au pays de l’or noir, Endaddine Akass [et ça dans ta caisse] dans Tintin et l’Alph-Art, etc., Hergé utilisait le marollien, dialecte bruxellois uniquement compréhensible par ses lecteurs de la capitale belge. Et, en flamand de Bruxelles, « Nazike » signifie « petit nazi » (à propos du marollien dans l’œuvre de Hergé, voir aussi Tintin mon copain, p. 6)…

     

    Qu’on nous permette enfin de préciser que les traits sémitiques de Rastapopoulos soulignés dans cette séquence au second degré sont comme par hasard associés à un redoutable bankster (président d’une hollywoodienne Cosmos Pictures dans Les Cigares du Pharaon, trafiquant d’opium dans Le Lotus bleu, trafiquant d’armes et d’esclaves dans Coke en Stock, etc.) : dans Vol 714 pour Sydney, ce redoutable chef de gang, gêné « de ne plus être milliardaire », a décidé d’enlever « un célèbre milliardaire », trouvant « plus simple et plus rapide de prendre une partie » de sa fortune… (pp. 3 et 20).

     

    Pareille association est d’ailleurs récurrente dans l’œuvre de Hergé qui, dès Tintin au Congo, y pourfend systématiquement l’impérialisme américain, à l’instar d’un certain Léon Degrelle. L’identification des dirigeants de banques ou de multinationales américaines avec des personnages sémitiques culminera, comme chacun sait, dans L’Etoile mystérieuse où Tintin, mandaté par le « Fonds Européen de Recherches Scientifiques » mettra en échec les manœuvres de la banque américaine Blumenstein/Bohlewinkel (lire le chapitre « L’ennemi : l’impérialisme américain », in Cristeros, pp. 70-75).

     

    Nous conclurons ce chapitre en rappelant la réponse de Hergé aux accusations récurrentes de racisme et d’antisémitisme : « Quand est-ce qu’on va enfin bien vouloir voir ce que le plus petit enfant voit : que tous ces albums sont, de a à z, des caricatures. Les Noirs et les Jaunes et les Peaux-rouges et les Juifs et les Arabes ont tous des traits exagérés et sont laids à faire peur, d’accord. Mais regardez un peu aussi les figures de Blancs : ils n’ont quand même pas l’air plus beaux pour un poil ! Et alors, on me fout dans les pattes que les méchants de l’histoire sont noirs ou juifs ou n’importe quoi. Mais sacrebleu ! Qu’ils comptent une fois combien de mauvais blancs se baladent dans les albums de Tintin ! Rastapopoulos, c’est un brave homme, sans doute ? Et le colonel Boris, Dawson, les frères Loiseau, Miller, le docteur Müller, Allan Thompson, Alfred Halambique, Bohlwinkel et tant d’autres : tous de braves blancs sans doute ? Dans mes histoires, je ne m’intéresse pas aux races, mais aux gens. Comment est-ce que Tintin pourrait vivre une aventure à l’étranger si n’y habitaient pas des gens de l’endroit ? Ces types voudraient peut-être que l’Amérique du Sud ou l’Inde soit remplie de Blancs ? Je trouve toutes ces insinuations parfaitement dégoûtantes ! » (Humo, 11 janvier 1973, p. 24).

     

    Nous remarquerons, au passage, la candeur de Hergé qui évacue l’accusation d’antisémitisme en rangeant simplement les « méchants juifs » parmi les « méchants blancs »… Comme si cela allait suffire aux censeurs de l’inexpiable !

     

     A suivre

     

     

  • Degrelle – Hergé, même combat ! (2)

    Si Tintin n’est donc pas un inspecteur de police à la Maigret, un détective à la Sherlock Holmes ou un Robin-des-Bois à la Arsène Lupin, c’est à Léon Degrelle qu’il doit sa profession de journaliste-globe-trotter et à son exemple de droiture, de dévouement et de générosité, –affirmé dès ses premiers articles sur les martyrs de la guerre religieuse mexicaine (octobre 1928)–, ses activités de redresseur de torts.

     

    C’est ainsi que Tintin, dès sa première aventure chez les Soviets (janvier 1929), est aussi reporter et aventurier que Léon Degrelle –qui, au même moment, est sur le point de se lancer à corps perdu dans un voyage de tous les dangers au Mexique de la révolte des Cristeros–, tout en manifestant les mêmes traits éthiques et moraux le poussant à défendre les causes justes et à venir en aide aux persécutés.

     

    9 Mexique Rex illustré 18 03 36.jpgRépondant à l’attaque du quotidien socialiste Le Peuple qui prétendait que le voyage au Mexique de Léon Degrelle était un mensonge, Rex illustré se contenta, dans son numéro du 18 mars 1936, de reproduire quelques clichés de voyage de Léon Degrelle. Celui-ci en avait pourtant déjà publié plusieurs lors de la publication en feuilletons dans l’hebdomadaire Soirées (du 23 octobre 1931 au 9 avril 1932)…

    10 LD Mexique-horz.jpg

    12 LD Mexique.jpeg

     

    Ce rôle de modèle évident que Léon Degrelle joua dans la genèse de Tintin (qui vit le jour dans Le Petit Vingtième, le 10 janvier 1929) est irréfutablement établi dans nos commentaires de Léon Degrelle, Cristeros, Aux origines de Tintin (Editions de l’Homme Libre, 2018).

     

    C’est ainsi que Léon Degrelle documenta pour Le XXe Siècle où les deux amis effectuaient leurs premières armes, l’idéal spirituel, politique et social qui sera celui de Tintin, dans l’émouvante défense des catholiques mexicains acceptant le martyre au cri de « Vive le Christ Roi », ce Christus-Rex qui donnera naissance au mouvement REX ! Léon Degrelle signera ainsi Les fureurs antireligieuses au Mexique ; Comment on assassine au temps de Locarno ! et Comment on meurt pour le Christ-Roi, les 26, 27 et 28 octobre 1928 ; La persécution mexicaine : pourquoi reculeraient-ils devant le sacrifice ?, le 16 novembre 1928. Il ajoutera encore, alors qu’il vient de terminer sa grande enquête sociale sur Les Taudis publiée pendant tout le mois de décembre 1928, Quand les catholiques s’en mêlent, le 27 janvier 1929, soit quelques jours après le départ de Tintin pour le pays des Soviets et quelques mois avant son propre départ pour le Mexique (19 décembre 1929 ; sur les péripéties préparatoires au voyage, voir Léon Degrelle, Cristeros, Aux origines de Tintin, p. 65-69).

     

    De plus, l’engagement anticommuniste de Tintin, s’il puisa les anecdotes de ses aventures dans le livre Moscou sans voiles du consul belge de Rostov-sur-le-Don, Joseph Douillet (Editions Spes, 1928), s’inspira surtout du courage, de la détermination, du sens de l’initiative et de l’humour de Léon Degrelle parti saccager l’exposition bolchevique de Bruxelles, le 12 janvier 1928. Tintin doit indubitablement aussi ses traits à cet événement considérable qui ébranla tout le monde politique et médiatique belge. Au point de déterminer la décision du directeur du XXe Siècle, l’abbé Norbert Wallez, d’imposer au responsable du Petit Vingtième, le jeune Hergé, la mission d’envoyer son nouveau héros Tintin combattre les Soviets en « Bolchévie » !

     

    14 Avant-Garde 19_01_1928 Soviets.JPGLéon Degrelle rend compte de l’attaque de l’exposition soviétique à Bruxelles dans son journal estudiantin louvaniste du 19 janvier 1928 : c’est la première fois que la (coûteuse) couleur est utilisée !

     

    Voilà ce que, de prime abord, Léon Degrelle inspira à Hergé pour son personnage Tintin (sans parler ici des évidences matérielles –que sont les culottes de golf, la houppette ou l’ovale parfait du visage– appartenant toutes au turbulent étudiant louvaniste : elles sont abondamment détaillées dans Léon Degrelle, Cristeros, Aux origines de Tintin (sur l’origine, le sens et la portée des culottes de golf, on lira avec intérêt « La culotte de golf », pp. 76-82), et ce, d’autant plus naturellement que la même éthique de vie était partagée par les deux amis qui avaient reçu la même éducation catholique et la même formation scoute.

     

    Mais c’est là aussi ce qui était absolument insupportable pour l’historiographie politiquement correcte, accusant Léon Degrelle de se forger une légende à coups de mensonges, d’exagérations, de récupérations, de travestissements de la réalité…

     

    Même un critique comme Francis Bergeron, auteur d’un Dictionnaire du collectionneur politiquement incorrect et d’un Dictionnaire commenté de livres politiquement incorrects, que l’on pourrait donc croire immunisé contre tout conformisme, s’est laissé contaminer par cette paresse intellectuelle pour entonner –mais s’en rend-il seulement compte ?– les décevants refrains du politiquement correct : « Tintin mon copain […] ! Il faut en prendre et en laisser, comme souvent chez Degrelle », « L’album sent la récupération », « Redevenons sérieux »,… (Francis Bergeron, Georges Remi dit Hergé, Pardès, Qui suis-je ?, 2011, pp. 118, 36)

     

    Mais ce qui est bien réellement sérieux, c’est que toute la vie de Léon Degrelle est faite de chapitres absolument incroyables, exactement à l’image des aventures de Tintin (que Robert Poulet décrit justement comme « des histoires impossibles mais réelles », in Rivarol, 18 mars 1983) !

     

    Depuis sa périlleuse expédition au Mexique jusqu’aux tentatives d’enlèvement et d’assassinat en Espagne fomentées par des juges et des résistants belges ou les services secrets israéliens et français, en passant par sa campagne fulgurante contre les banksters de la politique belge, les héroïques combats du Front de l’Est (Croix de Fer de Seconde et Première Classe, Agrafe en or des Combats au Corps à Corps, Insigne en or des Blessés, Croix de Chevalier de la Croix de Fer avec Feuilles de Chêne, etc.) et ses promotions militaires au seul mérite personnel ­de simple soldat à commandeur de division et Volksführer (détenteur des pouvoirs civils et militaires) des Wallons (voir ce blog au 5 mars 2018), ses liens inimaginablement privilégiés avec Adolf Hitler (« Si j’avais un fils, je voudrais qu’il fût comme vous », voir ce blog aux 21 juin et 20 juillet 2018) ou son projet de rétablissement du Duché de Bourgogne approuvé par Hitler et confirmé par Himmler (voir ce blog au 28 juin 2017), tout, absolument tout, dans la vie de Léon Degrelle relève de l’invraisemblable et de la fiction. Et pourtant, tout est vérifiable et a toujours fini par se vérifier.

     

    Aujourd’hui, ce sont ses détracteurs qui passent pour des affabulateurs ou des historiens peu scrupuleux. Par exemple, à propos des mensonges insanes d’un Eddy De Bruyne, voir ce blog : 15 publications à partir du 23 mars 2017 ; sur les obsessions fantasmagoriques et les postulats délirants du pseudo-historien de l’Université de Liège, Francis Balace, tout confit en servilité politiquement correcte, voir ce blog, entre autres, au 9 juillet 2017, note 1, ainsi qu’aux 30 juin 2016, 12 mars et surtout 6 juillet 2019 !...

    15 LD Golf 2-horz.jpg

    Tant que les tailleurs en ont proposé, Léon Degrelle est toujours resté fidèle aux culottes de golf que Hergé lui emprunta pour en faire le vêtement emblématique de Tintin : à gauche, au début des années 30 ; à droite, dans l’Espagne des années 50.

     

    Léon Degrelle était à ce point conscient de son destin super-tintinesque qu’il prend plaisir à le souligner dans Tintin mon copain !

     

    « Avoir aidé Hergé à faire de Tintin un personnage qui, avec le temps, porterait à travers la planète la culotte de golf décrochée de ma garde-robe et la houppette cueillie sur ma boîte crânienne, ne serait qu’un incident merveilleux à travers ma vie haute en couleur. […] C’est dire que Tintin ne serait qu’un épisode, charmant, de ma geste multiforme, où abondent des événements hors du commun : la conquête d’un million de Belges en 1936, par un jeune garçon de vingt-neuf ans, mes quatre ans de combat de chef de guerre au Front de l’Est, ma Ritterkreuz et mes Feuilles de Chêne me hissant en tête des créateurs de l’Europe en gestation. […] Hergé lui-même le savait qui, modeste, parfois même effacé ou effaré, vivrait personnellement, on le verra, chacun des heurts et malheurs de mon épopée. Au long de ceux-ci, c’est vrai, resurgiraient cent fois des réminiscences et des coïncidences de l’esprit, de l’ingéniosité, de la débrouillardise et de l’humour du Tintin de notre jeunesse. » (p. 21)

     

    C’est donc par l’intermédiaire de son personnage de fiction que Hergé vivra les aventures qu’écrira dans la réalité, avec son courage et son abnégation, l’ami Degrelle : « Tintin, c’est moi quand j’aimerais être héroïque, parfait » confiait Hergé à Numa Sadoul (Tintin et moi, Entretiens avec Hergé, p. 45). Et ce, même si, dans ses aventures, Tintin ne revêtira jamais l’uniforme que revêtit Léon Degrelle pour empêcher que l’Europe ne fût anéantie par le bolchevisme (dénoncé dès Tintin au Pays des Soviets) et le matérialisme capitaliste (pourfendu dans tous les autres albums).

     

    Néanmoins, si Hergé ne lui fit jamais porter dans ses aventures l’uniforme de son modèle parti au Front de l’Est, il ne rechignera nullement à le lui faire porter « pour information ». De même que celui de tous ceux qui en portaient dans le IIIe Reich ! A telle enseigne qu’en un fameux clin d’œil à son modèle degrellien, dans la série de vignettes sur l’aviation de 1939 à 1945 (L’aviation, Guerre 1939-1945, Collection « Voir et Savoir », Dargaud, 1953), Hergé prend un plaisir manifeste –en 1953 ! huit ans à peine après la fin de la guerre et alors que la répression des « inciviques » était toujours d’actualité !– à revêtir Tintin de tous les uniformes militaires possibles, en ce compris et avec la même évidente sympathie, les tenues nazies ornées de toutes les croix gammées nécessaires ? Quel dommage que les éditeurs de Tintin mon copain aient oublié ces précieux témoignages de la totale absence d’allergie de Hergé pour la symbolique nationale-socialiste !

     

    Aujourd’hui, on peut être sûr que le « politiquement correct » ne permettrait plus que soit évoquées aussi favorablement « les heures les plus sombres de notre histoire » ! On peut ainsi surprendre Tintin en « Pimpf » de la Hitlerjugend, le boy-scout national-socialiste, ou revêtu de l’uniforme de la Wehrmacht, celui-là même que porta Léon Degrelle jusqu’au Caucase dans les premières années de la Légion Wallonie. Mais il y a aussi le marin de la Kriegsmarine, l’officier de la Luftwaffe, etc.

    De quoi nuancer d’importance l’affirmation péremptoire de Francis Bergeron critiquant la couverture de Tintin mon copain qui s’orne des « portraits de Tintin et de Degrelle, l’un et l’autre en uniforme allemand (mais seul Degrelle l’a réellement porté !) » (Georges Remi dit Hergé, p. 35).

     

    17 Tintin SS-vert.jpg

    Le vingtième chromo de L’aviation, Guerre 1939-1945 est consacré au célèbre, maniable et sûr Fieseler Storch dont est rappelé le plus fameux exploit : la délivrance de Mussolini de sa prison dans le Massif des Apennins, à 1800 mètres d’altitude, par les troupes SS aéroportées du colonel Otto Skorzeny. Hergé eût également pu rappeler que c’est le Fieseler Storch personnel d’Adolf Hitler qui, fait absolument unique dans les annales du IIIe Reich, alla chercher, à deux reprises, Léon Degrelle sur le Front de l’Est pour l’amener au Grand-Quartier Général et y recevoir des mains mêmes du commandant suprême de toutes les forces armées du Reich la Croix de Chevalier de la Croix de Fer (20 février 1944) ainsi que les Feuilles de Chêne, la Croix Allemande en or et l’Agrafe en or des Combats rapprochés (25 août 1944).

    C’est alors que, profondément ému, le Führer confia à celui qui avait su gagner son estime, sa confiance, son amitié et son affection : « Si j’avais un fils, j’aimerais qu’il fût comme vous ! »

    Pour illustrer ce chromo, Hergé a choisi de revêtir Tintin de l’uniforme noir du tankiste d’une division blindée de la SS : il porte le grade de Scharführer (sergent) et est décoré de la Croix de Fer de seconde classe.

    (L’aviation, Guerre 1939-1945, Collection « Voir et Savoir », Dargaud, 1953).

     

     

     

    A suivre