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ramon serrano suñer

  • Francisco Franco et Léon Degrelle

     

     

    L'indéfectible amitié unissant le général victorieux, devenu Caudillo d'Espagne, et le soldat vaincu, désormais encombrant réfugié

     

    (en réaction toujours à la nouvelle biographie élucubrée par un « historien » espagnol) (3)

     

     

     

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    A Leon Degrelle con mis mejores votos para el movimiento que acaudilla para la salvación de la nación belga.

    (« À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la nation belge. »)

     

     

    Nous documentions, dans notre article précédent (ce blog au 14 septembre 2026), l'audience exceptionnelle qu'après la prise de Barcelone, le général Franco accorda à Léon Degrelle, jeune chef du parti rexiste belge, le 7 février 1939.

     

    L'occasion nous en était donnée par la misérable présentation qu'en fait le non moins misérable Pablo Cuevas dans sa misérable biographie, récemment publiée en Espagne (ce blog au 2 août 2026).

     

    Ce Balace d'Or de l'historiographie degrellienne (ce blog au 29 août 2026) estimait en effet que cette audience ne relevait que de la banale rencontre entre une diva de la politique et son séide fanatique. Degrelle n'aurait en effet été qu' « un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. » D'autant plus qu'au cours de cette visite, « Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt » (p. 332).

     

    La duchesse de Valence avait pourtant bien identifié le résultat de ce voyage dans son Degrelle m'a dit, au titre explicite : « [Léon Degrelle] se rendit, enfin, en Espagne, comme nous le savons, afin d'y nouer des relations d'amitié avec Franco, avec le ministre Serrano-Suner et avec les personnalités les plus en vue de la péninsule » (p. 241). Décréter alors que pareil événement n'est aucunement « digne d'intérêt » en dit assez sur la sagacité du nouveau « degrellologue ».

     

    On saluera plutôt le travail d'investigation de Bert Govaerts (ce blog aux 11 juillet, 2 septembre,12 octobre et 7 novembre 2025) expliquant l'importance de la dette de l'Espagne envers le jeune Léon Degrelle à l'issue de sa rencontre avec le Caudillo : « Degrelle connaissait bien Franco. Il avait déjà été chez lui, peu avant la fin de la guerre civile espagnole, en février 1939. [...] Ironie du sort, avant la Seconde Guerre mondiale, Degrelle s'est donné beaucoup de peine pour que le régime de Franco soit reconnu en Belgique avant même la fin de la guerre civile espagnole, via Spaak. [...] J'ai vu des documents d'archives qui montrent que les Espagnols savaient très bien qui était Degrelle et ce qu'il avait fait pour eux. [...] On peut lire ceci, littéralement, dans les documents : “Nous devons préciser ce que Degrelle peut faire ici et ce dont il doit s'abstenir. Mais nous devons reconnaître qu'il a fait beaucoup pour nous afin d'arriver à une reconnaissance de la Belgique.” » (interview dans 't Pallieterke, 21 août 2025).

     

     

     

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    Le 7 février 1939, Le Pays réel publie le premier article que lui envoie Léon Degrelle d'Espagne.

     

     

    En fait, le pseudo-historien espagnol voudrait nous persuader que l'entrevue Franco-Degrelle n'eut aucune importance ni conséquence : pour Cuevas, Franco ne fait en effet pas partie des « amitiés qui dureront toute la vie » nouées par Léon Degrelle pendant son voyage (p. 333). Un tel postulat rend inintelligible –pour ne pas dire grotesque– le récit, pauvre de quelques pages, réservé à la plus grande partie de la vie de Léon Degrelle, ses quarante-neuf années d'exil en Espagne.

     

    D'où, pour étoffer le récit, la priorité donnée à [l'absence de relations avec] José Antonio, le dénigrement du voyage de 1939 et, pour excuser le silence sur tout le reste qui ne présenterait donc aucun véritable intérêt, le montage en épingle de la seule tentative par le juif Zwy Aldouby de rapter Léon Degrelle et le procès intenté par la juive Violeta Friedman, épisodes sur lesquels nous reviendrons, mais qui sont ici destinés à accréditer un prétendu antisémitisme de Léon Degrelle.

     

     

     

    Dossier Franco 33 ans.jpegPhoto extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    Mais l'occultation de l'amitié liant le Généralissime Franco au futur Standartenführer Degrelle oblige le soi-disant biographe à résumer le demi-siècle de l'exil espagnol à quelques lignes où l'invraisemblable le dispute au saugrenu. Ainsi du sort de l'écrivain Pierre Daye, ancien député rexiste et ami de Léon Degrelle : Cuevas, essayant toujours d'enfoncer celui qui est devenu son souffre-douleur, affirme sans rire : « ce qui est certain, c'est que Daye fut bien davantage un hôte d'honneur du gouvernement que Degrelle dix mois plus tard. ». En effet, « Au cours de son voyage à travers la nouvelle Espagne, il rencontra les généraux Dávila, Vigón, Queipo de Llano et enfin Franco. » (p. 339). Ce qui, contrairement au chef de Rex, ne le protégea pas de l'expulsion du pays, malgré ses supplications auprès d'amis communs tels le comte de Mayalde ou le ministre Serrano Súñer (p. 342) !

     

    De même, pour Cuevas, si « en réalité, Degrelle ne quitta jamais l'Espagne », c'est en raison « de sa baraka qui, depuis le début lui a permis de tomber entre les mains de ceux qui étaient le plus susceptibles d'avoir de la sympathie pour sa situation » (p. 347) ! Comme si derrière toutes les péripéties qui le mirent en danger tout au long des trente ans du franquisme, il n'avait pas été sauvé par la protection vigilante de son ami.

     

     

     

    PR 1939.02.08 LD Ambassadeur.pngL'ambassadeur providentiel que fut Léon Degrelle en Espagne ne fut jamais oublié par le Caudillo Francisco Franco.

     

     

    Rappelons ce que nous écrivions le 31 mars 2011, à l'occasion du 27e anniversaire de la disparition de Léon Degrelle : « malgré les difficultés politiques et diplomatiques provoquées par l’arrivée de l’encombrant Degrelle en Espagne, Franco refusa toujours de le livrer au sort funeste (qu’il n’avait d’ailleurs jamais imaginé) de Pierre Laval : il le protégea (lui accordant même, en 1945, un premier viatique de vingt mille pesetas !) et parvint toujours à louvoyer parmi les ukases venus de Belgique, des Nations-Unies ou de son propre gouvernement d’Opus Dei pour sauver son compagnon d’idéal ».

     

    Pour Cuevas cependant, ce premier secours de 20.000 pesetas octroyés à Léon Degrelle ne l'aurait en réalité même pas été par le Caudillo : « Le Gouvernement espagnol (d'après son hagiographe Jerez Riesco, c'était Franco, de sa propre bourse) lui a donné 20.000 pesetas en sortant de l'hôpital, une somme assez considérable pour qu'il puisse commencer une nouvelle vie en Espagne » (p. 352).

     

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    La réalité du viatique n'étant pas mise en cause, pourquoi serait-ce le Gouvernement espagnol qui s'en serait soucié (et de quel budget proviendrait cette « somme assez considérable » ?) ?Gouvernement à propos duquel Cueva prétendait, seize pages auparavant, « ce qui est certain, c'est que le Gouvernement espagnol était disposé à accepter les extraditions de Laval ou Degrelle » (p. 336) ! Pourquoi Cuevas invente-t-il ce scoop invraisemblable ?

     

    C'est que sa source, c'est José Luis Jerez Riesco, le consciencieux compilateur des témoignages sur la vie de l'exilé belge en Espagne, qui écrit : « C'est alors que Franco mit 20.000 pesetas de sa propre poche dans une enveloppe à transmettre à Degrelle qui –il le savait bien– était sans le sou en Espagne. » (En el exilio, p. 88). Sous prétexte qu'il est également président-fondateur de l'Asociación cultural « Amigos de Léon Degrelle », José Luis Jerez Riesco ne peut en aucun cas être crédible : ce n'est qu'un « hagiographe » !

     

    Mais quinze ans avant José Luis Jerez Riesco, Léon Degrelle lui-même avait précisé à Jean-Michel Charlier (augmentant d'ailleurs son viatique du quart de la somme avancée par Jerez Riesco !) : « Je possédais [le 21 août 1946] des papiers en ordre au nom de Juan Sanchiz, Polonais. Se doutant de ma pauvreté, Franco en personne avait glissé dans le document vingt-cinq mille pesetas, somme assez considérable alors. » (Persiste et signe, p. 400 et, pour l'édition espagnole, p. 376).

     

    La protection permanente dont put jouir Léon Degrelle en Espagne – même lorsque les autorités d'Opus Dei lancèrent contre lui le fameux ordre de busca y captura (ce blog au 3 janvier 2023) ne peut s'expliquer sans la précieuse sollicitude de Francisco Franco.

     

    Et cette sollicitude ne put provenir que de l'amitié spontanée qui naquit entre les deux hommes lors de leur première rencontre, le 7 février 1939. Expérience fort semblable au demeurant par ses effets à celle qui permit d'unir irrévocablement Léon Degrelle à Adolf Hitler à l'occasion de leur première entrevue, le 26 septembre 1936 (ce blog aux 12 mai 2016 et 21 juin 2018). Insistons-y : c'est l'impression fulgurante produite par le jeune éveilleur d'âmes qui força chez chacun des chefs d'État cet irrépressible et indéfectible attachement. Comme Adolf Hitler –qui le considéra comme le fils qu'il eût désiré– pour qui Léon Degrelle signa Hitler pour 1000 ans et entreprit la formidable chronique (dont la plupart des volumes reste encore inédite) Le Siècle de Hitler, Francisco Franco –qui se prit pour lui d'une affection mêlée d'admiration et de gratitude– fut le seul chef d'État nationaliste autoritaire (aujourd'hui on range tout le monde sous le terme devenu injurieux de « fasciste ») auquel il consacra également deux brochures d'hommage. La première, Franco et son régime, a été publiée du vivant du Caudillo, en décembre 1965, dans le périodique Le Dossier du mois sous le pseudonyme de Philippe Dastier. La seconde, Franco chef d'État, qu'écrivit Léon Degrelle fut publiée aux Éditions du Baucens en 1976, au lendemain de la mort de son ami et protecteur, le 20 novembre 1975.

     

    Sans doute le futur proscrit ne se rendit-il pas immédiatement compte de l'intensité exceptionnelle du lien créé, car Franco –réputé pour la pudeur de ses sentiments– ne s'en ouvrit jamais et ne reverra d'ailleurs plus jamais son hôte de Saragosse. Dans Franco chef d'État, l'hommage qu'il lui rendit après sa mort, Léon Degrelle put expliquer d'expérience la pudicité à laquelle s'obligeait le Caudillo : « En fait, Franco avait du coeur et il était d'une grande fidélité à ses amis. Mais pour tout ce qui était sa charge et sa mission, seuls le but et les résultats comptaient. » (p. 18).

     

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    C'est ainsi que Léon Degrelle crut devoir se rappeler à son bon souvenir et, du fond de sa détresse, se croyant perdu, le morigéner en mai 1946, comme il l'expliqua au journaliste Ismael Fuente Lafuente : « Je voyais les choses aller si mal qu'un jour, je lui ai écrit une lettre dans laquelle je disais : “Combien peu vaut pour vous le sang d'un chrétien”... Franco, d'après ce qu'on m'a dit, en a été ébranlé et il m'a envoyé Serrano Suñer. Finalement, ça s'est terminé par le fait que, lorsque j'ai pu recommencer à marcher, ils m'ont préparé une fausse évasion. » (El País, 14 décembre 1982 ; dans cet entretien Léon Degrelle donne également des détails sur ses premières excursions en Espagne, détails donnant la mesure de l'indécence de Cuevas ironisant impudemment sur le prétendu mensonge d'une présence précoce de Léon Degrelle en Espagne: « Je connaissais cette région parce que, quand j'étais petit, j'avais passé quelques étés à Lourdes avec mes parents et nous avons visité le Guipúzcoa [une des trois provinces basques, dont la capitale est San Sebastián] à deux reprises », voir ce blog au 14 septembre 2026).

     

    Dans ses conversations avec l'historien hispano-allemand Heleno Saña, Ramon Serrano Suñer –le Cuñadissimo, le « beau-frèrissime » de Franco– confirme d'ailleurs sans équivoque l'implication personnelle du Caudillo dans le sauvetage de Léon Degrelle : « À cette époque, je n'étais pas encore au gouvernement, mais j'ai organisé son évasion avec Narciso Perales [phalangiste sévillan, ami de Léon Degrelle et membre comme lui de la Vieille Garde]. Je dois dire que cela n'aurait pas été facile à réaliser sans l'appui secret de Franco (la police était alors assez efficace) et c'est ainsi que nous l'avons organisée, d'accord avec lui et que s'est réglé ce problème majeur. » (El Franquismo sin mitos, 1981, pp. 305-306).

     

    Revenons donc à cette rencontre historique entre Francisco Franco et Léon Degrelle, le 7 février 1939, et la relation qu'en fit le Chef de Rex pour l'hebdomadaire français Gringoire (16 février 1939), article repris, avec quelques illustrations photographiques, par Le Pays réel (19 février 1939).

     

    Gringoire 16.02.1939.png

     

    Au front avec Franco (Gringoire, 16 février 1939)

    Dans l'intimité de Franco  (Le Pays réel, 19 février 1939)

     

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    Gérone venait de succomber, dans l'éclatement des maisons dynamitées. Et le grand flot brun et rouge des Navarrais, après avoir franchi le lit rocailleux des ruisseaux, avait atteint les collines de chênes-lièges. On voyait la grande plaine, brillante d'oliviers gris, s'étendre vers Figueras jusqu'aux premières sapinières qui s'étageaient au pied des monts pyrénéens. La chaîne rose des pics ourlait le ciel doré. Les soldats avaient cueilli du mimosa dans un jardin sauvage. Et les bannières sang et or jalonnaient le déploiement humain entre les coteaux.

    Les coups de feu claquaient de-ci de-là. On trouvait, en avançant, les miliciens morts, le visage au ciel, des mouches et du soleil dans les yeux grands ouverts.

    On sentait que tout craquait, qu'on finirait par atteindre les sapins et les neiges, et la chaîne derrière laquelle on verrait les mousquetons et les casques français.

    Un frémissement joyeux courait avec l'armée en marche. On balançait dans les ravins les camions incendiés qui encombraient la route. Chacun se sentait nerveux, prêt à des imprudences folles.

    Un seul homme restait calme près des trois fenêtres d'une vieille ferme-château, d'où il dirigeait la poussée. Cet homme, près de qui je me trouvais au moment du coup de bélier final, c'était Franco.

     

     

     

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    Le président de la république espagnole Manuel Azaña croqué par Jam, le dessinateur du Pays réel, alors qu'il fuit la Catalogne reprise par les forces nationalistes du Général Franco. Il se réfugiera en France d'où il enverra illico sa démission au président du Parlement. Pendant ce temps, son premier ministre Juan Negrín, s'étant emparé du yacht luxueux de l'ancien roi Alphonse XIII, s'enfuit au Mexique avec le butin des « réquisitions » opérées dans les coffres de la Banque d'Espagne, les banques privées, le Mont-de-Piété, les musées, les biens confisqués aux partisans de Franco, etc... (Le Pays réel, 27 janvier 1939)

     

     

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    J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du “Terminus”. On croirait lire le “finis terrarum” des vieux atlas. Le “Terminus” est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes.

     

     

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 21 janvier 1939.

     

     

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    Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient.

    Mais le paysage vaut parce qu'il inspire Franco tous les jours : cyprès noirs le long du dernier mur ; chariots de luzerne remontant des champs gris ; paysans à califourchon sur des ânes. Deux chevaux noirs tirent un soc. Des moutons jettent, à flanc d'un coteau, leurs brassées de pétales blancs. Un gros village étend ses toits cuits derrière un pont qu'encombrent des mules.

    Nous y sommes.

    Les grands arbres, là-bas, bordent la ferme de Franco. On n'a vu ni un soldat, ni l'éclair d'une arme. Le village n'était gardé que par deux amandiers roses qui fleurissaient dans le léger soleil étendu sur un champ pelé.

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 19 janvier 1939.

     

     

    Nous avons dû chercher dans le village et, –si extraordinaire que cela paraisse–, demander à des paysannes où habitait le Caudillo.

    Elles bougèrent à peine de la flaque de lumière où elles bavardaient. Et une main nous montra une entrée romane devant laquelle nous étions passés sans même penser qu'un chef d'État et un guerrier exceptionnel habitait là.

    C'était une place de terre battue, comme on en trouve cent en Beauce ou en Provence. Les maisons avaient simplement des liserés de couleurs plus vives. De grands encadrements bleu clair dégageaient les fenêtres Des gosses couraient autour d'un arbre. Un petit magasin était le seul ornement de la place. Mais son enseigne était un poème : Sastreria y Camiseria, « La Confianza ».

    La confiance !

    Nous étions tout à fait à l'aise. Et nous avançâmes sous la voûte où un Marocain aux yeux d'enfant montait la garde près des battants ouverts.

     

    *

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    On ne peut penser à plus de simplicité.

    On imagine ici Virgile écrivant ses Bucoliques, ou Ronsard, du bout du verger, chantant la fumée légère montant des toits.

    Ici pourtant est la pensée d'un chef. Ici se joue le destin des armes.

    On gravit un escalier de pierre jaunie. On atteint, par un couloir bordé de fenêtres aux grosses poutres centenaires.

    Jusqu'au seuil du bureau de Franco, tout est recueillement et paix. Le grand feu ouvert, les portraits de famille des seigneurs qui habitaient ces lieux n'évoquent ni l'agitation, ni les fureurs des hommes. Des livres courent sur les rayons de bois, abandonnés on ne sait quand, ni par qui : vieilles collections de L'Illustration avec des tsars morts et des vainqueurs de courses ; ouvrages poussiéreux de Montalembert, échoués – après quels avatars !– à la portée de la main du généralissime espagnol ! Les cannes de billard fléchissent dans un coin. On n'y touche pas. Celui qui fait tonner les canons déteste le bruit. Deux officiers jouent aux échecs sans dire un mot.

    Un claquement de talons. L'officier d'ordonnance du Caudillo, le duc de Pinohermoso, s'est mis au garde à vous. J'ai poussé la porte. Voilà Franco.

     

     

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 19 janvier 1939.

     

     

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    Il m'a serré dans ses bras avec un enthousiasme chaleureux comme le soleil. Dieu, que cet homme est vif, et gai, et pétillant de jeunesse ! Il n'est pas gras comme ses photos le laisseraient croire. Il a, au contraire, des traits magnifiques de netteté, le teint bruni de ceux qui ont couru les mers et les sables, et des yeux bruns comme des noisettes, mais avec un feu clair comme des flammes dans les champs.

    Il est petit, râblé, il parle un français chantant, cocasse et intime. Tout est simple autour de lui. Les petits rideaux du propriétaire disparu dns la tornade sont toujours là, avec leurs maigres festons jaunis. Rien d'autre ne compte dans cette chambre que la grande carte où Franco crayonne, entre Lerida, Barcelone et Port-Bou, les flèches de gloire de sa conquête. On voit qu'on a fait du zèle : on a peint, avec les couleurs des jeux d'enfants, les poches de front crevées chaque jour. Mais le doigt de Franco, brun comme celui de ses Maures, ne montre que le secteur devant Gerone où, à cette heure-là, les troupes avançaient entre les oliviers et les mourants.

    Nous parlons de la guerre. Et cet homme si gai ne l'est plus. Il n'a pris les armes que parce qu'il le fallait. La victoire, il en est sûr. Il n'en a pas d'orgueil. On voit qu'il n'aime point entendre parler de ses mérites. Quand il a gagné, il a comme un peu de gêne. Le soir de la prise de Barcelone, après cinq minutes de conversation, il est passé à un autre sujet. Au dîner, toujours extrêmement frugal, il ne fit pas verser un verre de vin pour fêter la conquête de la plus grande ville de son pays. Vous lui dites ses succès et rien ne bouge dans son visage pourtant si mobile. Pas une lueur n'enflamme alors son regard. On sent qu'au fond de son cœur, la modestie est une grande nappe d'eau étale où les fleurs puisent en silence le suc de leur beauté limpide...

     

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

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    – La jeunesse aura gagné la guerre, commence-t-il.

    « Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit-il en me prenant fraternellement le bras. C'étaient des jeunes gens inutiles parfois. Ils ne se souvenaient plus de ces vieilles vertus indomptables que l'Espagne impériale leur avait léguées. Ils ne connaissaient plus leur patrie. Notre peuple s'est purifié, s'est grandi, s'est retrouvé, en souffrant et en se sacrifiant. Nous aurons des plaies atroces à panser. Mais nos âmes sont guéries. Et grâce à elles, nous sommes sûrs de gagner la paix après avoir gagné la guerre.

    « Il ne suffit pas de triompher grâce aux armes. Je tiens à gagner les cœurs. Je ne veux pas seulement dominer, mais convaincre, je veux élever au lieu d'effrayer.

    « Notre peuple est redevenu héroïque. Notre jeunesse, plus que toute autre, s'est jetée dans le sacrifice comme dans une libération. À vingt ans, elle a tout vécu et tout gagné. Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. »

    À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    – Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe.

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    Franco a eu un sourire. Il va me parler, naturellement, du catholicisme des Espagnols. Il me dit la sottise de certains catholiques étrangers qui mettent dans le même sac tous les nationalismes, les plus respectueux de la vie spirituelle comme ceux qui sont les plus païens.

    – Nous aurons un État fort, me dit-il, mais nous savons les limites de l'État. Nous ne somme pas tout. Nous ne prétendons pas soumettre à la politique ce qui est le domaine de Dieu. Notre Espagne étonnera l'Europe si prompte à tout confondre.

    Des voix d'enfants ont monté de la cour villageoise. Nous regardons trois enfants à gros souliers cloutés qui jouent sur une charrette. Une femme passe, droite comme un lis, portant sur la tête la masse blanche de sa lessive débordant d'un panier d'osier. À droite, des socs sont rangés près des pots de fleurs des fenêtres.

    – C'est à tous ces Espagnols-là que je pense, me dit Franco. C'est pour eux que nous gagnerons la paix. Nous mettrons au pas nos ennemis conservateurs comme nos ennemis rouges. Dans les tranchées, les Espagnols ont recréé la paix sociale. Notre noblesse a fait son devoir de façon magnifique ; nos ouvriers et nos paysans ont vu les nobles mourir, par milliers, confondus dans leurs rangs. Ils respecteront ces élites après qu'elles ont donné de tels exemples. Et celles-ci ont vu le courage et l'abnégation des ouvriers et des paysans espagnols. Ces classes s'ignoraient. Elles auront eu trois ans pour se connaître parmi tant d'alarmes et de sang. L'unité nationale a été durement cimentée. C'est sous son signe que nous construirons l'Espagne nouvelle.

    Franco s'est arrêté un instant. Il a repris :

    – Le peuple constatera vite –après tous les malheurs où les Rouges l'ont fait sombrer– que nous apportons la justice et le travail. IL obtiendra le salaire familial. Il nous verra construire pour lui, tout de suite, deux cent mille maisons modèles. Nous voulons que la famille ouvrière vive dans la dignité. Le travail est beau. Nous demandons aux Espagnols de travailler. Nous les aiderons et nous les respecterons –riches ou pauvres– dans la mesure où le travail sera leur joie et leur noblesse.

    « Mais si nous voulons remettre l'Espagne au travail, c'est en nous souciant avant tout de l'état d'esprit des travailleurs, des mères, des familles ouvrières et des vertus qui doivent y régner. »

     

     

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 4 février 1939.

     

     

    Le regard de Franco s'est voilé.

    On dirait qu'il n'entend plus les bruits qui montent des champs et des fermes :

    – Les Rouges ont sali l'Espagne. Les plus graves problèmes qui se poseront demain seront d'ordre moral. La famille a été saccagée... Des milliers de femmes, de jeunes filles ont eu le corps et l'âme profanée par ces misérables...

    Franco sait qu'il n'y a pas à insister. Tous ceux qui ont visité Barcelone ont entendu mille récits horribles. Ils savent que rares sont les foyers qui échappèrent à l'esclavage des sadiques rouges. Ils ont vu, sur le pas des portes des villages, ces pauvres gamines au ventre gonflé sous les robes de cotonnade...

    – Dans la pureté, il y a une grande part d'innocence, dans le vieux sens latin du mot ; celui qui ne sait pas, me dit Franco en baissant la voix...

    La minute est particulièrement émouvante. Ce vainqueur, dont l'immense armée avance en chantant sur un front effondré, ne pense ni à la gloire ni au succès des armes, mais à des femmes et à des fillettes qui doivent porter en elles la pureté et la chair d'un pays à rebâtir.

     

    *

    * *

     

    Tout Franco est là. C'est un doux et c'est un pur.

    Il me parlait ainsi en pleine bataille, au sommet de son offensive. Ses préoccupations allaient à des âmes, à ces douleurs secrètes de corps flétris, à ce grand drame du retour nécessaire de peuples souillés, vers la fraîcheur avec laquelle on refait les vies qui durent et qui embellissent...

    Et c'est ce problème moral qui amena le généralissime à me parler de la France.

     

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

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    * *

     

    Trop d'Espagnols sont morts sous les balles de marxistes français des brigades internationales. Il y en a eu, en face des armées Franco, jusqu'au dernier jour. Et la presse de gauche, à Paris, a desservi abominablement le prestige et les intérêts de la France en Espagne. Cent Espagnols m'ont dit leur ressentiment. J'ai pourtant eu l'impression très nette que cette irritation n'était pas définitive. L'Espagne nationale l'a laissé deviner en recevant avec faste et vénération le grand Français –génie, équilibre et intrépidité– qu'est Maurras. Il est clair, pourtant, que c'est la France réelle qu'on accueillait ainsi, sans perdre de vue, croyez-le bien, les méfaits de la France légale qui permit aux hommes du Front populaire de déverser leurs canons et leurs fusils à Barcelone et à Madrid.

    Beaucoup d'Espagnols, devant l'apathie, l'anarchie et la stérilité du nationalisme français ont perdu la foi dans la France tout court. Dire le contraire serait mentir.

    Franco, lui, croit encore, certainement, à un renouveau français. Nous avons parlé longuement du moral de l'armée française, de son armée impériale surtout, du renouveau spirituel d'une partie de sa jeunesse.

    – Nous aussi, nous étions loin a-t-il conclu. Et le salut nous aura coûté cher.

    L'amélioration des relations françaises dépendra, non point de la souplesse de parlementaires envoyés in extremis, mais du redressement français pur et simple.

    Ça vaut pour l'Espagne.

    Et ça vaut pour les autres voisins du peuple français.

    Nous avions fini de parler de politique. L'homme extraordinaire qu'est Franco me parlait maintenant d'Histoire. Nous en étions arrivés tous les deux à retrouver notre péché mignon. Je lui parlais des trois Belges qui furent vice-rois de Catalogne, des quatorze autres qui assurèrent les charges de la vice-royauté à Naples, en Sicile, au Pérou, au Mexique, au temps où nos peuples servaient les mêmes rois, fruits du sang flamand et bourguignon.

    Un souffle impérial poussait les phrases de Franco. Il revoyait, manifestement, en me parlant des gloires espagnoles, tous ces conquérants, ces colons, ces apôtres qui plantèrent sur cent plages lointaines la bannière des rois catholiques.

    L'Espagne de demain débordera à nouveau. Sa pensée, son rayonnement spirituel, sa civilisation vont franchir les mers. La victoire aura donné le prestige. La volonté de Franco fera le reste.

     

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    *

    * *

     

    Dans ce bureau modeste, non seulement un soldat gagnait la guerre, mais un grand homme d'État préparait l'avenir d'un peuple, pacifié socialement, élevé moralement ; il le ramenait sur les routes blanches de l'Espagne impériale, jadis puissance matérielle, demain puissance rayonnante de l'esprit et de la foi.

     

    *

    * *

     

    Je suis sorti portant, sous le bras, les souvenirs dont Franco m'avait comblé. Un gamin broussailleux se jeta dans mes jambes, culbuta et repartit en s'essuyant. On déchargeait du bois. Sur le pas des portes, nul ne releva la tête.

    Le soleil ne voulait pas quitter à la sortie du village, les deux beaux amandiers fleuris.

    L'Espagne gorgée de sang et de larmes jaillissait déjà dans ces fleurs, à la porte du village inconnu où un héros, modeste et recueilli, menait la guerre des armes et de la grandeur.

     

    Léon DEGRELLE.

     

     

    Léon Degrelle donnera encore quelques détails sur sa rencontre historique avec Francisco Franco dans les deux brochures-hommage qu'il lui consacrera.

     

     

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    Première page de couverture du numéro de décembre 1965 du « Dossier du mois » consacré par Léon Degrelle, sous le pseudonyme de Philippe Dastier, à Franco et son régime.

     

     

    « Je le revois encore à son Grand Quartier Général pendant la Guerre d'Espagne, la “guerre civile” comme disent ses ennemis, la “guerre nationale” comme disent ses amis.

    Deux “Moros” géants, aux yeux de caramel brûlé, drapés de bleu et de rouge, les culottes bouffantes d'un blanc douteux, montaient une garde sans grand apparat à l'entrée de la gentilhommière aragonaise, une grosse ferme plutôt, d'où Franco dirigeait, en janvier 1939, la reconquête de la Catalogne. Un billard pour officiers d'ordonnance plantait ses pattes trapues dans une antichambre sans grâce. On franchissait une double porte de bois verni. On tombait aussitôt sur Franco.

    N'importe quel P.C. Allemand de Division ou même de Brigade eût été dix fois plus agité, les estafettes déboulant, la radio cliquetant, les “grosse Scheisse” retentissant ! Là, près de Saragosse, on se fût cru chez un éleveur de taureaux perdu au fond de sa “finca”. Franco restait seul pendant des heures à son bureau La guerre n'apparaissait que dans les lignes ondulées, de diverses couleurs, qui jalonnaient les étapes de la progression du front oriental, sur une carte de gros papier fixée au mur par des punaises.

    Pas la plus mince trace de luxe, nulle part. Pas une tapisserie, dans ce pays où les souterrains des palais officiels en contiennent des kilomètres, et où la cathédrale de Burgos en présente en plein air, dans les galeries de son Cloître, des séries grandioses montées sur des châssis qu'on fait tourner comme les pages d'un antiphonaire géant.

    Pas un bois polychromé ne se remarquait non plus, dans ce pays où il y en a des milliers, à tel point qu'un musée entier leur est consacré à Valladolid. » (Franco et son régime, p. 4).

     

     

    Franco Chef d'Etat.jpegDans Franco chef d'État, Léon Degrelle rapporte un nouvel extrait de leur conversation de 1939 qui illustre le calme, la patience, la lucidité et l'opiniâtreté du Caudillo.

     

    « Je me souviens de mon étonnement lorsque j'eus le privilège de l'étudier de tout près, à son G.Q.G., dans une modeste gentilhommière près de Saragosse, au cour de la Guerre Espagnole de 1936-1939. Avec nous se trouvait son beau-frère Ramon Serrano Súñer, à l'époque Ministre de l'Intérieur, plus tard Ministre des Affaires Étrangères. Ramon, brillant, l'esprit aiguisé comme une épée tolédane, passionné par tout ce qui est culture e beauté, projeté politiquement vers le neuf et l'audacieux, collé à son temps, m'avait fait une impression considérable.

    – “Le véritable chef de l'État espagnol, c'est lui”, m'étais-je dit.

    Cinq ans plus tard, Ramon n'existait plus ministériellement. Mais trente-neuf ans plus tard, le Caudillo, toujours d'excellente humeur, hissait encore au bout de ses bras courtauds les vieilles terres ibériques complètement régénérées par son immense action. [...]

     

     

     

    Serrano LD 09.10.1969.png

    Ramon Serrano Súñer en conversation avec Léon Degrelle au mariage de sa fille Marie-Christine, le 9 octobre 1969. Il fut un des témoins de la mariée.

     

     

    Franco était avant tout un calculateur.

    Il n'avançait un pion qu'après avoir tout soupesé et tout jugé interminablement.

    Un jour, durant le dernier hiver de sa “Croisade”, je m'étais permis de lui dire :

    – “Elle dure bien longtemps votre guerre !”

    Et c'était vrai. En jetant plus rapidement, après moins de tergiversations, ses troupes dans la fournaise, Franco eût pu terminer sa guerre un an plus tôt. Mais ce n'était point son genre. Ce ne fut jamais son genre. Chaque initiative ne naissait chez lui qu'au terme d'un très long accouchement. Franco-le-Prudent. Il préférait les inconvénients de l'attente aux à-peu-près des précipitations.

    Il m'avait donc regardé, l’œil amusé, par dessus son grand billard vert :

    – “Oui, Léon, m'avait-il répondu. C'est exact ce que vous dites. Mais, n'oubliez pas ceci, nous avons mis sept siècles pour chasser les Maures, n'empêche, nous les avons chassés tout de même.”

    Visiblement, il était disposé, si la prudence le recommandait, à mettre sept siècles, lui aussi, pour chasser les Républicains. » (Franco chef d'État, pp. 11-13).

     

     

     

    LD Valle Franco.jpg

    Léon Degrelle qui, dans la nuit du 22 au 23 novembre 1975, put veiller sa dépouille dans la chapelle ardente installée au Palacio de Oriente (ce blog au 5 août 2023) rendit régulièrement hommage à son bienfaiteur et ami Francisco Franco, alors enseveli au Valle de los Caídos célébrant la mémoire des combattants des deux camps tombés lors de la Guerre nationale (sur la profanation de sa tombe décidée par le gouvernement socialiste, voir ce blog au 25 octobre 2019).

     

     

     

  • Léon Degrelle et l'Espagne : la Médaille de la « Vieille Garde »

    Un « historien » espagnol élucubre une biographie de Léon Degrelle (2)

     

    Comme nous le disions dans notre article précédent (28 août 2026), il n'y a pas que les relations entre Léon Degrelle et José Antonio que le nouvel historiographe degrellien Pablo Cuevas entend stupidement remettre en cause. La Médaille de la Vieille Garde de la Phalange décernée à Léon Degrelle lui reste également en travers de la gorge !

     

    Dans l'interview de 1969 à ABC déjà citée, le Phalangiste d'honneur belge déclarait en effet : « Je suis le seul étranger au monde qui possède la Médaille de la Vieille Garde. » Et Cuevas de diligenter une enquête à charge contre cette prétention !

     

    Medalla Vieja Guardia 1.jpg« [La] Médaille de la Vieille Garde [est] une décoration que la FET de las JONS [Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste] décernait à ceux qui pouvaient démontrer qu'ils avaient été affiliés à la Phalange ou à la Communion Traditionaliste avant les élections de février 1936. Cela veut dire que la FET de las JONS confirmait [que Léon Degrelle] avait effectivement appartenu à la Phalange Extérieure, et qu'en outre il aurait été titulaire, selon ses dires, de la carte de membre numéro un. Toutefois, fort nombreux sont les étrangers qui possèdent cette médaille, ainsi que l'ont montré les recherches de Granda Orive [Javier de Granda Orive est un numismate, auteur d'un article sur la Médaille de la Vieille Garde où il cite cinq récipiendaires étrangers autres que Léon Degrelle : Revista numismática OMNI, n° 12, 2018, p. 237]. Et l'actuelle association de la Vieille Garde n'a aucune trace de l'attribution de cette médaille à Degrelle. Elle ne dispose pas d'archives sur les décorés car il s'agissait de quelque chose qui se gérait au niveau provincial. Et on sait aussi que le régime franquiste l'a accordée sans discernement à des gens qui n'ont jamais rien eu à voir avec la Phalange originelle (ou avec la Communion Traditionaliste), comme le ministre Demetrio Carceller [ministre espagnol de l'Industrie et du Commerce entre 1940 et 1945, proche de Ramón Serrano Súñer et, selon Wikipedia, membre de la Phalange, ce qui rend difficilement légitime la remarque de Cuevas !]. Ces distributions se multiplièrent à partir de 1953, assouplissant les critères d'attribution [qui la réservaient] aux membres qui avaient rejoint la FE de las JONS ou la CT jusqu'au 16 juillet 1936. Et [l'attribuant] aussi aux membres de leur famille. De sorte qu'on a fini par décerner 39.125 médailles jusqu'en 1976.

    [En note:] Pour vérifier si Degrelle a reçu la médaille, –ce qui se faisait au cours d'une petite cérémonie–, il serait nécessaire d'étudier les bulletins du Mouvement National de chaque province. » (p. 320)

     

    Mais qu'est-ce que cela peut bien faire si Léon Degrelle pensa toujours avoir été le seul détenteur étranger de la Médaille de la Vieille Garde ? Est-ce une raison pour le traiter de menteur ? Pour ce faire, Cuevas affirme que les détenteurs étrangers furent « fort nombreux » alors que l'historien de la Médaille dont il invoque le travail n'a finalement retrouvé dans ses archives que cinq autres noms, tous plus inconnus les uns que les autres et probablement tous également convaincus d'être les seuls étrangers à la posséder...

     

    LD Falanje Vieja Guardia.jpg

     

    En fait, pour Cuevas qui préfère ne pas se lancer dans l'examen laborieux des archives du Movimiento (expression politique unique rassemblant Phalange, Requetés, syndicats, mouvements de jeunesse, etc.) des différentes provinces espagnoles que put visiter Léon Degrelle, cette difficulté constituerait à elle seule la preuve du mensonge... Comme si Léon Degrelle avait lui-même épluché ces archives avant de prétendre fallacieusement être le seul étranger à s'être vu décerner cette Médaille ! Alors que la vérité toute simple est que Léon Degrelle disposait bien du diplôme officiel de la Médaille de la Vieille Garde, dont il nous reste la photocopie.

     

    Pablo Arredondo.pngCe document officiel daté de 1959 est signé par l'Inspecteur National de la Vieille Garde, Pablo Arredondo (1914-1969), membre, dès leur création en 1931, des JONS de Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo, engagé de la première heure dans la División Azul sur le Front de l'Est dont il revint mutilé de guerre en octobre 1942. Cette figure-clef de la Phalange historique, chargée du contrôle de ses membres et d'accompagner leur influence au sein de la société, authentifie également par sa signature la référence à la carte d'adhésion de Léon Degrelle à la Phalange Extérieure dont il est membre depuis 1934 ainsi que l'atteste ce diplôme.

     

     

    Le voyage de 1939 en « Espagne nationale »

     

    Il est d'autres détails dont s'emberlificote Cuevas, les accumulant pour tenter d'établir l'imposture de Léon Degrelle. Ainsi de son affirmation d'avoir déjà connu l'Espagne avant sa visite des fronts de guerre en février 1939, et ce dès la première interview donnée au quotidien phalangiste de Gijon, Voluntad, le 7 février 1939 : « Je connaissais déjà San Sebastián ; mais aujourd'hui, ce soir, ce premier soir en Espagne Nationale, j'ai vu quelle est la valeur de son arrière-garde sereine, pacifique et travailleuse. »

     

    Et Cuevas de se gausser (sans doute avec une voix caverneuse pour souligner l'opprobre ironique) : « Est-ce qu'il était venu en tant que touriste, jeune avec ses parents ou adulte plus tard ? Une escale dans son voyage vers le Mexique ? Dans la documentation diplomatique qu'on a conservée sur les préparatifs de son voyage, il n'y a aucune donnée ni aucun indice » ! (p. 319) Car on peut être sûr que Cuevas a compilé toute la « documentation diplomatique » relative à ce voyage (en Espagne et/ou au Mexique ?) ! Il nous dira aussi où il l'a trouvée... Peut-être, selon une de ses hypothèses, dans les cales du Rio Panuco (ce blog au 1er mai 2016), le paquebot qui emmena l'envoyé spécial du Vingtième Siècle de Hambourg chez les Cristeros du Mexique (mais il fut « titaniqué » par l'aviation japonaise dans un port australien en 1942) !

     

     

    Rio Panuco Neptuna Darwin 19.02.1942.jpg

    Le Rio Panuco qui emmena Léon Degrelle au Mexique des Cristeros, vendu à un armateur australien et devenu le Neptuna, fut coulé par l'aviation japonaise dans le port de Darwin en Australie, le 19 février 1942 : il transportait une centaine de mines sous-marines qui explosèrent, tuant 36 des 124 membres de l'équipage, dont le capitaine, ainsi qu'une dizaine de dockers (voir aussi Léon Degrelle, Cristeros, p. 245).

     

     

    En attendant, pourquoi le chevaleresque Jean Denis raconterait-il des bobards en écrivant dans son article pour le quotidien phalangiste Unidad, le 6 février 1939 : « Enfin, Léon Degrelle est arrivé en Espagne. Combien de fois déjà celui qui est pour moi depuis plus de quatre ans un chef et un camarade n'avait-il pas manifesté son désir nostalgique de visiter cette Espagne qu'il connaît si bien et qui lui est devenue si fraternelle depuis le 18 juillet 1936. [...] Cependant, ce n'est pas la première fois que Léon Degrelle visite l'Espagne. Il y vint pendant son enfance pour passer quelques vacances et revint encore pendant la Dictature [du père de José Antonio, Miguel Primo de Rivera, avec l'accord du roi Alphonse XIII, parrain de Louise, duchesse de Valence] et sous la République. »

     

    Léon Degrelle donnera aussi quelques précisions sur ses premiers contacts avec l'Espagne au journaliste Ismael Fuente Lafuente : « Je connaissais cette région car dans mon enfance, j'avais passé quelques étés à Lourdes avec mes parents et nous avons visité le Guipúzcoa [une des trois provinces basques, dont la capitale est San Sebastián] à deux reprises. » (El País, 14 décembre 1982). Rappelons également ce que rapportait la Duchesse de Valence: « Chaque année depuis son enfance, il avait passé ses vacances en France, soit dans le Nord, terre de ses aïeux, soit à Lourdes où il allait comme brancardier, soit sur la Loire où il avait de la famille. » (Degrelle m'a dit, p. 308).

     

     

    PR 1939.02.07b.jpg

    Les premières impressions que Léon Degrelle offrira aux lecteurs du quotidien rexiste sur son voyage historique dans l'Espagne reconquise sur les barbares communistes et anarchistes par les nationalistes de Franco s'ouvrent sur le souvenir de ses précédents voyages. Dans l'Espagne d'alors, les enfants couraient souvent pieds nus, ce qui, malgré même la guerre civile, n'est plus le cas dans la nouvelle Espagne soucieuse de sa jeunesse. (Le Pays réel, 7 février 1939).

     

     

    Du coup, Cuevas balance un nouveau scoop : « Degrelle, invité indésirable ou hôte d'honneur ? » On devinera tout de suite quelle option de l'alternative a la préférence de l'auteur qui n'a de cesse d'essayer de minimiser le périple espagnol : « Il fallait bien le traiter puisque c'étaient, lui et son mouvement, des amis de l'Espagne, mais sans lui accorder trop d'importance, de façon à ce qu'il ne provoque pas de problèmes avec le Gouvernement belge, présidé à ce moment par un socialiste qui, en même temps, était toujours ministre des Affaires étrangères. [...] La presse nationale informera de sa présence en Espagne du 2 au 11 février 1939, non pas avec grande précision ni de manière fort visible, mais largement, presque toujours en pages intérieures. » (pp. 329-330).

     

    C'est que le nouveau gouvernement espagnol des désormais vainqueurs de la Cruzada aurait nourri « l'espoir que ce voyage n'entrave pas la possibilité que Spaak veuille établir des relations complètes avec Burgos, tout en acceptant les réticences des diplomates espagnols de Bruxelles à propos [de Degrelle] » (p. 329). On nous permettra de bien rigoler face à pareille embrouille invraisemblable : nous aurions donc un gouvernement espagnol qui s'obligerait à recevoir fastueusement, –alors qu'en réalité il serait tout incommodé par sa visite–, un ressortissant d'un tout petit pays avec lequel il voudrait absolument nouer de bonnes relations diplomatiques, alors qu'au même moment, il snobe la prestigieuse délégation d'un grand pays comme la France, faisant antichambre pour établir de semblables bonnes relations diplomatiques (voir ci-après) !...

     

    Voici en tout cas ce que dit la Duchesse de Valence sur la manière dont elle apprit la visite de l' « invité indésirable » : « Un soir, une haute personnalité se présenta au palais de mes parents [aujourd'hui annexe du musée du Prado à Ávila] : « – Le chef des Rexistes belges, Léon Degrelle, va venir en Espagne pour trois semaines, comme invité d'honneur de l'État. On vous prie de bien vouloir lui donner l'hospitalité. [...] » (Degrelle m'a dit, p. 13).

     

     

     

    LD ABC 04.02.1939 p15b.jpgQuant à l'édition de Séville du plus important quotidien espagnol, ABC, il écrit en date du 4 février 1939 (avec un portrait-charge de Léon Degrelle et la photographie de sa dédicace : « Notre salut fraternel à la presse espagnole, défenseur de la civilisation, de la vérité et de la Patrie. Léon Degrelle », photo archives ABC) :

    « Léon Degrelle, le chef du parti rexiste belge [...] est l'hôte de l'Espagne de Franco. [...] Quand le jeune fondateur lança sa consigne inébranlable “Rex vaincra”, l'Espagne était très loin de la rédemption dans la plénitude de laquelle elle se trouve aujourd'hui qu'arrive sur notre territoire pour être son hôte d'honneur Léon Degrelle. » (p. 15).

     

    Alors ? « invité indésirable », vraiment ? Il est tout de même difficile de faire davantage « hôte d'honneur » !... Et quand la presse espagnole rend « largement » (« extensamente ») compte des activités de Léon Degrelle, c'est-à-dire sur des pages entières, même intérieures, cela veut-il vraiment dire « non pas avec grande précision ni de manière fort visible » ???

     

    Mais, insiste Cuevas, plus troglodyte que jamais, « ce qui est certain, c'est qu'on ne l'a pas laissé parler en public comme il le voulait et, à tout instant, il était soumis au bon vouloir de ses hôtes » (p. 331) !

     

     

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    Ce qui est certain, c'est que Léon Degrelle put parler en public comme il le voulait lors de son voyage en Espagne de février 1939 (voir plus loin encore à propos de sa conférence académique à San Sebastián ; on sait également –ce blog au 25 mars 2025– que la barrière de la langue ne constitua jamais un obstacle pour l'orateur : voir Cristeros, p. 300 ; Degrelle m'a dit, pp. 92-93).

     

    Et donc, en dépit des affirmations péremptoires mais fausses de l' « historien » Pablo Cuestas,  Léon Degrelle prit la parole à Barcelone au micro de Radio Nacional, le 9 février 1939 à 23h (première page du quotidien El Correo de Zamora, 10 février 1939 ; nous exprimons notre plus vive reconnaissance aux services de la Biblioteca pública del Estado de Zamora pour leur aide précieuse).

     

    Si Léon Degrelle partagea le micro avec une délégation officielle française venue explorer les possibilités de renouer des relations diplomatiques, seul son nom semble digne d'être mentionné aux lecteurs de l'important quotidien catholique régional El Correo de Zamora (qui, après quelque 130 ans d'existence, poursuit toujours aujourd'hui sa publication ; remarquons que Cuevas ne cite pas ce journal dans la quinzaine de titres dont il signale qu'ils couvrent le voyage du chef rexiste, pp. 330-331). La délégation française était pourtant composée de l'ancien ministre de la Justice, Léon Bérard, de l'évêque de Chartres et de sept députés, parmi lesquels Xavier Vallat, qui sera le premier Commissaire général aux Affaires juives dans le gouvernement de Vichy (1941-1942), avant de céder son poste à Louis Darquier de Pellepoix.

     

    Le Pays réel, à propos cette fois de l'audience accordée par Francisco Franco à Léon Degrelle plutôt qu'aux Français, a bien exprimé la préférence qui fut systématiquement accordée au chef de Rex : « Tandis que [...] la délégation des parlementaires nationaux français ne [réussissait] pas à forcer la porte du général Franco, pris tout entier par son travail d'État-Major, le caudillo a bien voulu recevoir Léon Degrelle avec lequel il s'est entretenu longuement de Rex et de la Belgique. » (13 février 1939).

     

     

    Ce qui est surtout certain –à en reprendre la liste dressée par Cuevas– c'est que la totalité (ou peu s'en faut) des souhaits exprimés par Léon Degrelle fut indiscutablement exaucée : « Il demande de visiter le front [Léon Degrelle visitera, les 5 et 6 février, le front de Madrid et Tolède en compagnie de Miguel Primo de Rivera, frère de José Antonio, puis celui de Catalogne et Barcelone récemment libérée en compagnie de Joaquín Rodríguez de Gortázar, secrétaire national du Service extérieur de la Phalange, de Pilar Primo de Rivera, la sœur de José Antonio, et de Sancho Dávila, son cousin] et veut donner des conférences dans un centre universitaire [...] et contacter des historiens spécialistes des règnes de Philippe le Bel, Charles-Quint et Philippe II [Léon Degrelle prononcera effectivement une conférence intitulée « La domination espagnole sur les Pays-Bas » à San Sebastián, le 11 février 1939 ; il semble même qu'il répéta sa conférence chez le Caudillo, lors de sa rencontre du 7 février : c'est d'ailleurs Franco lui-même –apparemment expert en la matière– qui lança le sujet, voir ci-après]. Il insiste pour parler à la radio de manière à pouvoir être entendu en Belgique [Léon Degrelle est effectivement intervenu sur les ondes de Radio nacional, le 9 février au soir, depuis Barcelone, la capitale catalane] ; il voudrait également visiter le Maroc espagnol [ce seul point n'a pu se réaliser]. Il voudrait par-dessus tout présenter ses respects à Son Excellence le Chef de l'État. » (p. 329).

     

     

    PR 1939.02.09 LD Franco.jpg

    Le Pays réel du jeudi 9 février 1939 rapporte que le mardi précédent, 7 février, le Général Franco a accordé une rare et précieuse audience toute de cordialité à son hôte d'État Léon Degrelle (voir aussi ce blog aux 29 août 2026 et 1er septembre 2024).

     

    Le caractère tout à fait exceptionnel de cette entrevue est illustré par le fait qu'au même moment, une délégation française visitait l'Espagne nationaliste, composée de parlementaires emmenés par le sénateur et académicien Léon Bérard et Mgr Raoul Harscouët, évêque de Chartres, afin de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays : elle ne fut pas reçue par Franco.

     

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    Contrairement à Léon Degrelle, l'importante délégation française visitant l'Espagne nationale en même temps que lui ne fut reçue que par le portrait de Francisco Franco (Le Pays réel, 9 février 1939).

     

    Résumant la réception de Léon Degrelle au Grand Quartier Général de Franco, Pablo-des-Cavernes prétend ainsi ravaler le Chef de Rex dans son terrier : « Degrelle [fut] un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt. » « Ce voyage obtint quelque résonance [...] mais uniquement dans sa niche [sic]. » (p. 332) !

     

     

    Léon Degrelle sera en réalité le seul étranger à avoir été reçu dans le Quartier général du Généralissime Franco, une ferme appelée le « Terminus », un endroit gardé secret dans la région de Saragosse.

     

    Léon Degrelle en fera la pittoresque description dans l'article Au front avec Franco qu'il confiera à l'hebdomadaire français Gringoire du 16 février 1939, –repris quelques jours plus tard dans Le Pays réel sous le titre Dans l'intimité de Franco–, en réservant à son quotidien l'exclusivité de la photo personnalisée du Caudillo.

     

    « J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du “Terminus”. On croirait lire le “finis terrarum” des vieux atlas. Le “Terminus” est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes. Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient. »

     

     

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    La mauvaise foi stalagmitique de Pablo Cuevas s'apparente résolument aux diatribes et caricatures de la presse belge relatant le voyage de la délégation rexiste en Espagne. Ci-dessus, caricature du journal libéral La Dernière Heure du 6 février 1939 ; ci-dessous, des articles du communiste Drapeau rouge (2 février 1939), du socialiste Le Peuple (9 février 1939) et du catholique Vers l'Avenir (5 février 1939).

     Drapeau rouge 1939.02.02.png  Peuple 1939.02.09.png  Vers l'avenir 1939.02.05.png

     

     

    Tout ce que l'article du prétendu « invité indésirable » suscite chez le nouveau biographe de Léon Degrelle, c'est un dédain narquois pour ce texte décrété « pompeux, flagorneur et plutôt creux » qui ne ressortirait qu'à la récupération politique : « À part l'intérêt obsessionnel de Degrelle pour le paysage, les ormes, les olives, les soldats “cueillant du mimosa dans un jardin sauvage” [s'il n'est pas, comme l’œillet, la fleur emblématique de Saragosse, le mimosa orne à profusion ses parcs, jardins et grandes avenues], Degrelle met dans la bouche de Franco son intérêt primordial pour la mobilisation de la jeunesse, l'unique chose qui puisse changer l'Espagne... et, bien entendu, la Belgique. » (pp. 332-333).

     

    Nous publierons prochainement l'intégralité de cet article documentant la probablement unique mais capitale rencontre personnelle entre Francisco Franco et Léon Degrelle. Car l'entretien accordé par le Caudillo, scellant une amitié indéfectible entre les deux hommes, ne se limita aucunement à la guerre de reconquête de l'Espagne ou à la politique sociale et économique à mener pour son développement, mais permit également d'évoquer quelques grands noms communs à l'histoire de nos deux pays, Léon Degrelle développant sans doute aussi la substance de la conférence qu'il devait donner quatre jours plus tard à San Sebastián sur La domination espagnole sur les Pays-Bas : « “Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit [Franco] en me prenant fraternellement le bras. [...] Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    – Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe. »

     

     

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    À l'issue de la visite du Chef de Rex en son Quartier général, le général Franco ne manqua pas d'offrir à son hôte une photo avec une dédicace manifestant sa confiance en l'avenir du jeune tribun belge et de son mouvement : « À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la Nation belge. » (Le Pays réel, 19 février 1939). Pour Franco (qui, selon son hôte, « parle un français chantant, cocasse et intime »), il ne s'agissait certes pas d'un compliment de circonstance car, comme il le faisait déjà savoir en 1936 en exprimant le souhait de rencontrer Léon Degrelle, il connaissait fort bien Rex (ce blog au 1er septembre 2024).

     

    Il est d'ailleurs révélateur que Cuevas n'ait pas inclus Francisco Franco dans la liste des « amitiés pour la vie » que se créa Léon Degrelle sur le front de la nouvelle Croisade contre le communisme : « cette visite permet à Degrelle de nouer des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, Juan Manuel Fanjul, Eugenio Espinosa de los Monteros, Serrano Suñer... » (p. 333) C'est pourtant cette amitié-là qui sera la première et seule décisive pour la vie d'exil de Léon Degrelle en Espagne (ce blog aux 31 mars 2021 et 2 septembre 2025).

     

    Néanmoins, le point de vue de Franco n'intéresse pas Cuevas : il va privilégier une interview de Léon Degrelle, Franco, jefe de Estado dont il ne donne pas la référence sinon qu'elle daterait « d'après la mort de Franco », précisant seulement qu'il ne faut pas la « confondre avec son livre Franco Chef d'État, Editions du Baucens, 1976 ». Ce qui est archi-faux : la malheureuse citation relative à Serrano Súñer, « véritable Chef de l'État espagnol » provient bien de sa page 11; celle comparant Franco à « du silex », de la page 10 !

     

    Pourquoi donc nous faire tout un plat de ce texte ? Mais pour mettre à nouveau perfidement en doute la pertinence de ce que raconte Léon Degrelle : « Dans cette interview, il prétend que l'entrevue de 1939 se tint “à son Grand Quartier général [de Franco], dans sa modeste maison familiale près de Saragosse”. Mais sans doute mélange-t-il ses souvenirs avec Serrano Suñer qui, lui, possédait une maison dans la capitale aragonaise ? » (p. 333). Si ses parents possédaient un immeuble dans une des plus prestigieuses avenues de Saragosse (Paseo de Sagaste, certes guère « modeste »), Ramón Serrano Súñer habita, de 1937 à 1939, avec toute la famille de Franco dont il était le beau-frère, au premier étage du Palacio de la Isla, à Burgos ; à partir d'octobre 1939, sa résidence familiale sera transférée à Madrid, au numéro 36 de la calle Príncipe de Vargara.

     

    À part mettre en évidence l'animosité obstinée de Cuevas pour Léon Degrelle, à quoi peut bien rimer tout ce tralala anachronique à propos du Terminus d'après 1975, « modeste maison familiale », quand il était proprement présenté en 1939 comme « une vieille ferme-château » ?  De toute façon, Cuevas cite incorrectement et de manière évidemment malintentionnée le texte original de Franco Chef d'État : si Léon Degrelle a bien écrit « à son G.Q.G. », il n'a pas écrit « dans sa modeste maison familiale », mais « dans une modeste gentilhommière », ce qui ne trahit nullement le texte de 1939 !...

     

     

    (À suivre)

     

     

  • Léon Degrelle, 31 mars 1994 - 31 mars 2026. Etsi mortuus urit !

     

     

    Le plaidoyer d'un père éternellement aimant,

    d'un poète impénitent, d'un lutteur toujours

    pugnace...

     

     

     

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    Le 27 octobre 1957, Léon Degrelle écrit, pour la première fois depuis douze ans, à sa fille Chantal. Il a reçu son adresse par son fils Léon-Marie qui l'a rejoint le mois précédent, lui a appris le mariage de sa fille aînée et donné des nouvelles de toute la fratrie, notamment d'Anne, fort remontée contre son père...

     

     

    Pour le trente-deuxième anniversaire de la disparition de l'auteur de Les Âmes qui brûlent, nous avons choisi de vous donner accès à un extraordinaire document, la lettre-fleuve de Léon Degrelle à l'aînée de ses enfants, Chantal avec qui il essayait de reprendre contact après plus d'une décennie d'absence (ce blog au 2 septembre 2023).

     

    Ce long courrier, au lyrisme passionné, destiné à renouer avec ses proches dont il était coupé par les manœuvres de sa belle-famille (ce blog au 5 novembre 2022), est un émouvant témoignage de l'amour d'un père injustement privé de ses enfants, en même temps qu'une encore discrète justification de son combat politique. Il nous éclaire aussi sur la précocité de l'inimitié atavique d'Anne qui éclatera avec une étonnante crudité dans ses récents mémoires (ce blog à partir du 23 octobre 2022). Si cette appréciation toute négative d'Anne à son propos est connue de Léon Degrelle, c'est que son fils Léon-Marie l'a rejoint depuis le mois de septembre 1957 et l'a renseigné sur les sentiments de toute la famille : ils sont à la base de ce courrier bien circonstancié à l'adresse de sa fille aînée Chantal (sur les premières impressions de Léon-Marie concernant sa nouvelle vie en Espagne, voir ce blog au 26 février 2016).

     

     

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    Léon Degrelle (en uniforme de la Wehrmacht et non de la Waffen SS qu'il ne rejoindra qu'en juin 1943) avec toute sa famille : de gauche à droite, Anne (née le 27 juillet 1936, ce blog au 13 mars 2023), Léon-Marie (né le 4 mai 1939) dans les bras de son Papa, Chantal (née le 13 février 1934) entre son Papa et sa Maman, Marie-Paule Lemay, qui enlace, debout sur le muret, Godelieve (née le 14 avril 1938, ce blog au 17 avril 2023) à qui son Papa donne également la main. Il ne manque donc que Marie-Christine, qui viendra au monde le 1er août 1944 : cette photo fut prise dans la propriété familiale de la Drève de Lorraine probablement au moment des funérailles à Bruxelles, le 17 avril 1943, de Paul Colin, le directeur du Nouveau Journal, assassiné trois jours auparavant (ce qui expliquerait les tenues de deuil de la Maman et de ses deux aînées).

     

     

    Un document passionnant, nous éclairant sur la vraie personnalité de Léon Degrelle, empreinte de compassion et de charité, tout autant que de foi et de justice.

     

    [Documentation © Jacques de Schutter]

     

     

    Le 27 Octobre 1957.

     

    Ma belle grande Chantal,

    Mon cher Roland,

     

    Me voici installé dans un jardin, écrivant sur une table d'osier qui tremble. Un grand soleil d'or, sur un immense ciel bleu appuyé sur des montagnes violettes ! Quelques vieux arbres jaunissants, coiffés de grands corbeaux noirs qui essayent de comprendre, par-dessus mon épaule, ce que j'écris bien !

     

    « J'écris à ma fille, vieux grands corbeaux ! à ma fille dont vous voyez la photo près de moi. Regardez-la sagement. Voyez comme elle est jolie, et comme elle regarde la vie d'un œil affectueux et futé. »

     

    Visiblement, les corbeaux admirent. Moi aussi. Car tu es une jolie fille, ma grande Chantalinette (je peux encore t'appeler ainsi ?). D'ailleurs, petite, tu étais déjà si gentille, avec une fougue, une passion qui me ravissaient et m'effrayaient !

     

    Tu avais des yeux profonds, avec des brusques lueurs qui entraient comme des flèches. Il y avait en toi de grands élans, où tu te donnais toute. Je me souviens, en 1944, on avait fait de moi une très belle photo en couleur (c'était les débuts) et je te l'avais offerte. Quelques mois plus tard, vous arriviez vous réfugier en Allemagne. Et que tenais-tu contre toi, après dix jours d'aventures et de campings ? Ma photo dans un bel encadrement de cuir qui t'avait coûté toute ta fortune ! Tu avais laissé tes poupées, tes jouets, tous tes petits biens, tu n'avais pas laissé ton papa...

     

     

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    À l'issue de sa rencontre, le 20 février 1944, avec le Führer qui lui remit la cravate de Chevalier de la Croix de Fer récompensant son action décisive dans la percée de Tcherkassy, le Commandeur Hauptsturmführer Léon Degrelle effectua la traditionnelle séance de pose dans l'atelier de Walter Frenz, le photographe officiel installé au QG de Rastenburg. Il existe cinq portraits différents de cette séance, auxquels s'ajouteront, le 27 août 1944, cinq autres quadrichromies également réalisées par Walter Frenz.

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    Gageons que c'est la photo où il est tout sourire que le nouveau Chevalier de la Croix de Fer offrit à son aînée Chantal.

     

     

     

     

    Te souviens-tu encore de ce temps-là ? De nos adieux ? Avec Annette, Godelieve et Léon-Marie, vous faisiez la chaîne autour de moi, chantant : « Ce n'est qu'un au revoir, papa, ce n'est qu'un au revoir ! » Et vrai, ce ne sera qu'un au revoir, puisque j'ai revu Léon-Marie déjà, et que je vais te revoir et que je reverrai les autres, un jour aussi.

     

    Mais qu'il fut long, ce chemin d'angoisse avant de pouvoir jeter à nouveau –comme aux grimpeurs en montagne– cette corde de tendresse qui ne flottait plus que comme une pointe d'étoile lointaine dans mes souvenirs...

     

    Tu ne sais pas tout ce que j'ai fait pour essayer de vous atteindre ! Dès l'automne de 1945, déjà, je faisais écrire à ta grand'mère d'Eyliac. Tout était prêt, à cette époque-là, déjà, pour vous recevoir ici. Après, dix fois, j'ai relancé, fait relancer ta grand'mère, puis ta maman ; j'ai envoyé du monde, j'ai écrit à l'avocat, j'ai même enregistré 1/2 heure de conversation avec vous ! Mes livres, on les brûlait à l'arrivée. Mes messages, on vous les laissait ignorer. Deux ministres ont offert d'aller vous chercher, tous [probablement ses fidèles amis phalangistes Ramón Serrano Súñer, ministre des Affaires étrangères pendant la guerre, et Raimundo Fernández Cuesta, ancien ministre de la Justice et secrétaire général du Movimiento : ce blog au 1er septembre 2024 ; tous deux participèrent à l'évasion de Léon Degrelle de l'hôpital Mola à San Sebastián, le 21 août 1946 ; tous deux compteront également parmi les témoins officiels du mariage, le 9 octobre 1969, de sa cadette, Marie-Christine, avec le fils d'un haut magistrat espagnol, président de la cour d'appel de La Corogne. Mais Léon Degrelle pourrait également faire allusion à son autre ami phalangiste, José Antonio Girón (1911-1995), jusque-là ministre du Travail, ce blog au 15 mars 2025]. On vous eût accueillis comme des rois (comme Léon-Marie l'a été, partout où je l'ai présenté).

     

    Pourquoi donc a-t-on fabriqué cette séparation atroce ? Parce que j'étais vaincu ? Mais ce serait trop facile que de n'être unis qu'aux beaux jours ! C'est dans la peine, l'épreuve, la persécution que les cœurs doivent s'aimer le plus, être le plus unis...

     

    Le mien, en tout cas, vous est resté uni, à tous, à ta maman aussi, tu peux le lui répéter n'ayant d'autre désir, après toutes ses épreuves que de lui donner un peu de douceur, d'affection et de paix... Maintenant encore, je ne comprends rien à cette histoire atroce. À la fin de la guerre, elle m'envoyait (je l'ai toujours) une lettre débordante de tendresse et de promesses. Sans doute le poids de la prison lui a-t-il écrasé le moral, a-t-il converti sa vie passée en une sorte de cauchemar dont elle a voulu chasser le spectre (et c'est moi, le spectre !) ? Peut-être, avec le temps, cela se calmera-t-il ? Qu'elle sache, en tout cas, que mes sentiments sont restés les mêmes, que je ne conserve de rancœur de rien, et que si certains (ou certaines) m'ont voulu du mal, je ne veux ni le retenir, ni même le savoir.

     

    Mais, Bon Dieu ! pourquoi s'empoisonnent-ils la vie, quand elle est si belle, quand il y a tant de lumière dans les cieux, tant de beauté dans les choses et tant de refuges de tendresse dans les cœurs ! Oui, la vie est belle, magnifiquement belle, toujours, elle peut même l'être dans la douleur supportée avec force et noblesse. Il n'y a –quand on le veut– rien de petit, rien de médiocre. Même un brin d'herbe est beau, même le chant d'un modeste moineau, même une simple goutte d'eau qui tombe d'une source. Il faut tout regarder avec des yeux frais et vainqueurs, avec l'appétit de vivre, avec la volonté de prendre ; et non en vaincu, l’œil vague, les reins rompus.

     

     

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    Emprisonnée (sans jamais avoir été condamnée par quelque tribunal) dans un hospice bruxellois surveillé par la gendarmerie et géré par des religieuses, Marie-Catherine Boever, la Maman de Léon Degrelle, rend l'âme, le 23 octobre 1947. Anéantie par la nouvelle de la condamnation sévère de son mari Édouard Degrelle, le 10 octobre précédent, elle était seulement coupable –comme lui– d'avoir donné le vie à Léon Degrelle ! Sur sa poitrine repose le crucifix que son fils avait réussi à lui faire parvenir, en même temps que ses vers de La Chanson Ardennaise (ce blog aux 20 mars et 15 juin 2020) : ses sœurs pourront lui rendre cette relique sacrale, via la famille de Robert Du Welz, en même temps qu'elles lui enverront une mèche des cheveux de leur Maman et quelques-unes des roses disposées sur le lit mortuaire.

     

     

    Crois-tu que moi aussi, je n'ai pas eu ma part de peines ? traqué par mes persécuteurs, sali par mes calomniateurs, recevant, coup sur coup, les nouvelles les plus affreuses (maman morte en prison ; papa mort en prison ; ta maman qui se renfermait, comme une huître, dans son éloignement ; vous autres perdus, dont j'ignorais même si vous viviez). Alors quoi ! il me fallait me recroqueviller dans un abîme de mélancolie ou de mauvaise humeur ? abreuver les autres du fiel que je ne pouvais plus avaler ? Mais non ! Quand la vie fait la garce, il faut l'attraper par le peau du dos et lui dire « Toi, ma vieille, si tu te figures que tu vas m'impressionner ! » Je lui ai ricané en pleine figure et j'ai continué ma route en sifflotant, en saluant, –l’œil clair–, les fleurs, les nuages, les étoiles ! La vie est un cadeau de Dieu, merveilleux si nous en découvrons les dons et les secrets. Tiens ! voilà une seconde, m'est dégringolée sur le bras une grosse gousse de châtaigne. Bien, si tu es pessimiste, tu peux t'écrier : « Zut, comme c'est piquant, quelle saloperie ! » Et c'est vrai, ça m'a heurté un bon coup, et ça pique. Mais si tu es optimiste (comme ton père !), tu peux dire aussi : « Chic, quelles merveilleuses châtaignes me tombent tout d'un coup du ciel ! » Et c'est vrai aussi ! Et tu les croques, ravie !

     

    Dieu les envoie. Mais on peut ne pas les voir, ou ne voir que la carapace désagréable qui, souvent, enrobe les bienfaits à découvrir.

     

    Vois notre cas. Vous seriez venus me retrouver, vous auriez vécu dans un pays merveilleux, ta maman aurait retrouvé la paix, la douceur de vivre, sans devoir ni s'éreinter, ni pester, ni lutter, ni souffrir, ni se détraquer le foie et la bile ! Bien, non elle en est restée à se piquer les doigts à l'écorce de la châtaigne !

     

    (Tu vas me dire : « Eh moi alors, chez tes Andalous, comment est-ce que j'aurais découvert mon Roland ? » Ça, c'est vrai ! Surtout qu'il a l'air si chic type ! Alors ça valait que j'attende quelques années de plus pour te revoir ! Je te l'accorde !)

     

    Mais cet optimisme-là, cette foi en la vie, ta chère maman l'aura-t-elle jamais ? Je le voudrais tant pour elle. Mais on est comme on est. Jadis, quand elle avait tout, elle pouvait déjà rester des heures et des heures à regarder par la fenêtre, dans le vide, comme happée par un monde étrange qui ne lui donnait rien et qui la rongeait. Je lui disais : « Mais joue avec tes enfants ! ou lis ! et vis ! » Elle laissait filer le bonheur sans même voir qu'il était là. Quand, deux ou trois fois, elle a cru qu'il arrivait, elle s'est trompée et s'est brûlé les doigts. Elle était hantée par des fantasmes, se perdait dans des brumes sans fin et ne se doutait ni de la couleur, ni de la chaleur du soleil qui était près d'elle. Il y aurait un roman hallucinant à écrire sur elle, intelligente, fière, noble, mais inapte au bonheur, les yeux ouverts mais ne voyant pas, une amertume invisible dans les dents, ne remarquant, dans l'éblouissement de la lumière, que son ombre, à chaque pas, triste et sans couleurs.

     

     

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    Marie-Paule Degrelle « avait un tempérament plutôt pessimiste, avec des complexes à la Mauriac. Et puis, la foule qui attirait, étreignait tellement son mari, était la rivale, la dangereuse rivale, qui lui happait son bien propre. Quand on la conduisait à un grand meeting, elle en revenait les dents serrées, avec quelque chose de hagard, d'irrité. Léon Degrelle comprenait ce drame secret. [...] Même ses enfants ne la distrayaient guère. Souvent, elle errait près d'eux comme un fantôme. [...] En 1945, [...] elle courut se faire coincer à la frontière suisse, toujours poussée vers le malheur par un sort inexorable. » (Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit, p. 105).

     

     

    Tu sais, souvent, j'ai de la peine pour elle, comme jadis, déjà, j'en avais tant de fois ! Quand j'étais là, mon optimisme arrivait à balayer ses fantasmes, à la replacer dans la santé de l'esprit, dans une possession saine de la vie. Je la ramenais sur la berge. Mais ces années de l'après-guerre l'ont rejetée au fil de l'eau. Je voudrais tant la ramener sur la douceur des rires... Dis-lui que je le désire, qu'elle ne doit pas avoir peur de moi. Je ne veux que son bonheur, d'ailleurs, avec moi, sans moi, hors de moi. C'est elle qui choisit. Mais si je peux encore lui donner un peu de douceur, je suis encore là, je serai toujours là, après quoi que ce soit.

     

    ≠

     

    Et les autres ?

     

    Toi, te voilà rayonnante, heureuse d'aimer et d'être aimée ! Tu sais, tu as été vaillante et courageuse, et d'autres se seraient effrayées en ton cas. Mais tu as montré qu'il y avait en toi de l'élan, du don (on ne vaut que dans la mesure où on se donne. J'ai écrit tout un livre là-dessus, dernièrement Les Âmes qui brûlent). Il faut brûler, se consumer dans un don qui ennoblit, qui nous soulève au-dessus de tout ce qu'il y a, en nous, de médiocre. Tu as choisi une route difficile. Mais c'est, souvent, d'en haut des monts les plus abrupts qu'on a les plus beaux paysages.

     

    L'épreuve qui a atteint Roland a pu, aussi, lui donner une vie intérieure, une volonté, un désir de faire mieux autrement, capables de t'accorder des joies supérieures que les autres n'éprouveront pas. J'imagine ce qu'a dû être son drame intérieur et comment, alors, il a dû se dire : « On me fauche ces possibilités-là et ces joies-là, j'en créerai d'autres, plus étonnantes et plus belles ! »

     

    La vie a cela de bon qu'on peut toujours la vaincre, tant que l'esprit ne capitule point. Le corps est un détail (parfois détail merveilleux, grandiose), mais il n'est quand même pas l'essentiel : l'essentiel, c'est notre cerveau, notre cœur, notre âme qui le portent. Eux, peuvent tout.

     

     

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    À vingt-quatre ans, Chantal, l'aînée des enfants de Léon Degrelle, s'était déjà mariée en 1956 avec le Français d'origine suisse, Roland Autenheimer (ce blog au 2 septembre 2023). C'est Léon-Marie qui, en reprenant contact avec son père en 1957, lui décrivit la situation de toute la famille, lui apprenant le mariage de Chantal ainsi que la poliomyélite dont est atteint son mari. Même si Léon-Marie présente sympathiquement Roland, les détails qu'il fournit ne laisse pas d'inquiéter le Papa (et effectivement, le mariage se terminera quelque temps plus tard par une séparation tumultueuse) qui, dans sa réponse à son fils, analyse avec son implacable bon sens les renseignements fournis par Roland sur les origines de sa polio...

     

    « J'attendrai donc Chantal et son mari, pour le plus longtemps possible. À te parler franchement, cette nouvelle du mariage a été pour moi un coup terrible. Toi, tu parles avec ton bon cœur, ta naïveté ; et peut-être as-tu raison ?...

    Mais enfin, ce que tu me dis est bien inquiétant. On peut avoir beaucoup de courage et d'énergie, mais il n'empêche qu'être ainsi paralysé des deux jambes est un grand handicap qui a, tôt ou tard, ses répercussions sur le caractère. [...]

    Je veux bien croire que Roland soit très sympathique et je brûle de le recevoir ici pour le connaître (après !), moi qui n'ai rien pu savoir, apprécier et conseiller à temps. En attendant, ces histoires de résistance me paraissent assez confuses. Suisse, à quoi résistait-il ? Et à cet âge-là ? (car il devait avoir, s'il a 30 ans maintenant, 12 ans au début de la guerre (1939) et 17 à la libération ? Cette fabrication (à 15 ou 16 ans) de conserves de rats crevés me paraît aussi bizarre. Les Allemands possédaient toutes les principales fabriques d'Europe et ne manquèrent de rien. Et puis, ces boîtes, remises dans le marché, eussent donné la polio de nombreuses années plus tard ? (puisqu'il a eu la polio à 25 ans, donc vers 1952). Enfin, je veux croire qu'il y a des explications que j'ignore, mais je suis inquiet. » (Lettre à Léon-Marie, le 17 juillet 1957).

     

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    Alors, voilà, vous n'aurez pas une vie banale. Tu n'as pas eu peur en te donnant ! En avant ! Je suis content, grande Chantal, que tu aies eu de la force de caractère en bravant les apparences. Et vous, cher Roland, vous avez été fort en dominant une carcasse humaine qui ne peut rien contre celui qui veut ! Pensez à Roosevelt, quel combat de la volonté fut le sien. Je connais dix cas semblables. Plus encore que d'autres, Chantal et vous, aurez des joies intenses à vaincre l'obstacle, à être maîtres de votre destin. En tout cas, pour ce qui me concerne, je vous soutiendrai, je vous aiderai de toutes mes forces. J'aime les destins hors série.

     

    ≠

     

    Mais j'en reviens à la question : les autres ?

     

    Il paraît qu'Annette n'a guère envie de fraterniser avec son pauvre vieux père ! Dis-lui bien, surtout, que je ne lui en veux pas ! Évidemment, on a dit tant de choses sur moi qu'elle peut, fort bien, me considérer comme un type étrange, voire même pas intéressant du tout ! Au diable, le père impossible !

     

    Tu sais ce que je voudrais : c'est qu'elle tâte tout de même un peu de ce père coriace ! Elle ne se cassera pas les dents dessus ! Qu'elle vienne le voir : « Tiens, il est comme ça ? Il n'est pas si vieux que je ne pensais ! Et au fond, il est, quand même à moitié comestible » !

     

     

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    Dans ses mémoires récemment publiés (ce blog à partir du 23 octobre 2022), Anne, la fille puînée de Léon Degrelle, tout en manifestant une réelle affection pour son père, s'en déclare le « principal inquisiteur » (p. 93), ajoutant à propos de ses oncles et cousins Degrelle « je dois reconnaître que je ne les ai jamais considérés comme ma famille. [...] Ma véritable famille fut toujours la famille Lemay » (p. 162) ! Elle prétendra de même à son Papa que jamais « je n'ai entendu de la bouche de ma grand-mère ou de n'importe lequel de mes oncles [Lemay] la moindre parole négative sur mon père. » (p. 42), tout en publiant cette photo que les Lemay mutilèrent pour l'en faire disparaître (p. 43) !... (voir ce blog au 5 novembre 2022).

     

    Photo coupée Chantal+Anne.jpeg

     

     

    LDàChantal 27.10.1957 kk.jpgLe dira-t-elle ? Ne le dira-t-elle pas ? Moi, je lui propose de faire l'essai. Qu'elle vienne en vacances voir l'illustrissime Boudiquet [voir ci-après]. On ne dira même pas qu'elle est ma fille, si elle préfère l'incognito ! Et elle se rendra compte par elle-même de la monstruosité ou de la gentillesse de ce phénomène paternel qu'on lui a dépeint avec plus ou moins de bonne volonté. Elle peut passer à notre propriété quelques semaines de vacances splendides. Je lui paie, évidemment, le voyage : billet d'avion aller-et-retour si ça lui chante. Boudiquet lui fera les honneurs des lieux (il est déjà fort à son affaire !). Titre du reportage : « Autopsie d'un père inconnu ». Viens voir, Annette ! Crois-tu que soit vraiment un bonhomme à repousser sans examen ni explication ce papa qui t'a tant aimée ? Tu l'as oublié, mais c'était ainsi, cependant. Et tu l'aimais, toi aussi ! Alors, dis, fais un effort, honnêtement, pour voir clair. Quinze jours en quinze ans, crois-tu que ce serait tant ? Tu pourras faire tout ce que tu voudras. Me regarder comme une bête curieuse, ne pas être gentille, m'envoyer bouler aux cinq cent mille diables, mais fais l'effort, essaie de juger, en toute justice. Je ne te demande que cela, Annette chérie, viens, regarde, interroge, et la conclusion, c'est toi seule qui la tirera. Te défileras-tu ? Ou auras-tu de l'estomac ? Tu as du sang dans les veines, quoi ! Balaye les préventions, tu es intelligente, tu dois juger par toi-même. Et puis, Annette chérie, ce n'est pas nécessairement mauvais et méprisable un papa... Viens, ma grande fille, tu verras.

     

    Surtout qu'on n'imagine pas que je veuille enlever qui que ce soit –ni Annette, ni Godelieve que j'invite exactement comme son aînée, ni la ravissante petite Marie-Christine que j'attends avec tant d'impatience. Non ! Venez en vacances. Si Léon-Marie est venu pour de bon, c'est parce qu'il la voulu. Mais soyez sans crainte, je ne le confisquerai pas, comme vous autres, on vous confisquait ! Je l'enverrai en vacances à Paris et à Eyliac vous voir tous et redire, tout spécialement à sa chère maman la tendresse qu'il a pour elle. En vous aimant, je ne veux diminuer en rien l'amour des autres. Ce qui serait doux, c'est qu'Annette, Godelieve et, après, « Cri-cri », viennent, de temps en temps, faire un séjour. Et qui sait, avec le temps, il se pourrait que tout cela redevienne plus naturel dans le cœur d'une maman que la vie a trop meurtrie et que, du passé, rejaillisse des rameaux nouveaux ? Cela peut être votre œuvre, à vous aussi, mes grandes filles chéries ! Votre maman est souvent malheureuse parce qu'elle ne veut pas être heureuse. En me donnant du bonheur peut-être la ramènerez-vous, elle aussi, vers des joies qui ne meurent que lorsque, volontairement, on les tue.

     

    ≠

     

     

    Léon-Marie prairie.jpgEt Léon-Marie, maintenant !

     

    Eh bien, ça va ! Nous sommes tout deux à l'école : lui, pour apprendre ce que c'est un père. Et moi, pour ré-apprendre ce qu'est un fils ! Ce n'est pas si simple qu'on le pense !

     

    Évidemment, outre la grande joie qu'a Léon-Marie à fraterniser avec moi, il y a eu aussi le désir bien naturel d'une gigantesque « grande vacance » ! Au début, ce fut assez compliqué : il ne voulait –afin d'étudier– ni vivre, durant la semaine, dans une résidence universitaire (vie pourtant fort libre et réservée à des garçons inscrits à une Faculté : « Je ne veux pas de curés ! » expliquait-il). Il ne voulait pas non plus vivre chez des amis (j'en ai des collections, et charmants) du lundi au samedi ; non, il lui fallait un petit appartement où être son maître pendant la semaine. Il a vite vu, lui-même, que ce n'était pas pratique (et il n'y eût rien étudié : le 1er juin, je suis venu l'y surprendre : à 11h du matin, il était encore dans ses plumes !).

     

    Par-dessus le marché, on a déclenché, après son arrivée (et je ne sais à l'instigation de qui) une campagne violente pour exiger une fois de plus mon extradition, bagarre sans importance, comme il y en a eu dix autres, mais qui m'a obligé d'aller vivre à l'écart pendant plusieurs semaines dans une propriété de plusieurs milliers d'hectares, d'un Duc très fameux, grand ami à moi.

     

     

    ABC 16.12.1954.png

     

    Le « Duc très fameux, grand ami à moi » est en fait José Finat Escrivá de Romaní, XVIIe comte de Mayalde (1904-1995, ce blog au 26 décembre 2024 ; son épouse était Casilda de Bustos, duchesse de Pastrana : c'est dans la voiture du couple Mayalde que Léon Degrelle s'enfuit de l'Hôpital Mola de San Sebastián) ; on voit ici le comte de Mayalde, le 15 décembre 1954, lors d'un hommage à la División Azul à l'hôtel de ville au cours duquel il conféra la Médaille de Madrid en argent à huit Légionnaires du Front de l'Est enfin libérés des goulags russes (ABC, 16 décembre 1954, p. 8). La présence de « l'homme politique belge Léon Degrelle » parmi les invités fut révélée par l'agence de presse EFE, provoquant une violente crise diplomatique entre la Belgique et l'Espagne alors que Madrid venait d'envoyer à Bruxelles son premier ambassadeur depuis la guerre).

    La « propriété de plusieurs milliers d'hectares » où Léon Degrelle dut se cacher pendant trois mois en 1957 alors que son fils était à Séville chez son ami José María Cernuda (ce blog au 26 février 2016) est la Finca El Atillo que possédait l'alcalde de Madrid, à El Espinar, dans la province de Ségovie, à près de 70 km de la capitale (y sont toujours élevés les Toros bravos –taureaux de combat– parmi les plus offensifs d'Espagne).

     

    Peuple 04.10.1957 Photos LD.png

     Le Peuple, 4 octobre 1957, première page.

     

    La « campagne violente pour exiger une fois de plus mon extradition » fut la conséquence de la diffusion par l'agence Belga de photos ramenées d'Espagne par Jean-Robert Debbaudt (ce blog au 26 février 2016), de messages et d'enregistrements destinés à sa famille, mais aussi aux fidèles Bourguignons. Voici ce qu'écrivait Le Drapeau rouge à l'époque, établissant on ne peut mieux la duplicité des gouvernements belges successifs et leurs prétendues demandes d'extradition.

    « [...] Comment ces photos sont-elles parvenues à l'agence Belga qui les a diffusées ? [...] Plutôt que d'essayer de répondre à ces questions, il nous a paru plus intéressant de savoir comment ces photos sont arrivées en Belgique et nous avons découvert pas mal de choses. Nous espérons que les polices du royaume, autrement outillées que nous n'auront pas attendu la sortie de ce numéro du “Drapeau Rouge” pour dénicher ces détails. Mais nous ne sommes pas sûrs du tout que les policiers, qui sont payés pour cela, les connaissent... [...] En juillet dernier, l'ancien SS Jean-Robert Debaudt, un individu qui a fait partie de la Légion Wallonie, partait “en vacances” en Espagne. [...] Sitôt arrivé, il n'eut rien de plus pressé que de se rendre à Constantina. Le rendez-vous était d'ailleurs arrangé, car Debaudt avait été contacté précédemment [...] par un messager (belge) de Léon Degrelle, [...] le père d'un ancien “légionnaire du front de l'Est” et en même temps un intime du chef de Rex, à qui la mère dudit légionnaire sert d'ailleurs de gouvernante [Yvonne Ransy-Leroy, ce blog au 12 mai 2025]. C'est Debaudt qui a ramené en Belgique les photos de Degrelle avec qui il a eu des entretiens à Constantina. [...]

     

    Yvonne Leroy.jpg   Yvonne Leroy Tombe Constantina.jpg

    Stèle funéraire d'Yvonne Ransy, née Leroy, au cimetière de Constantina. L'anecdote pittoresque rapportée par Le Drapeau rouge accrédite que la source du quotidien communiste ne peut être qu'un Bourguignon tout émoustillé par sa rencontre avec l'introuvable exilé et pressé d'en établir la réalité par son fâcheux bavardage : « [Léon Degrelle] lit “La Libre Belgique” mais se plaint de ce que sa gouvernante (c'est elle qui semble avoir pris l'abonnement à son nom) découpe, avant de lui céder le journal, le feuilleton –ce qui oblige le grand homme à lire un exemplaire mutilé... » (Le Drapeau rouge, 7 octobre 1957, p. 2).

     

    Degrelle, qui adore toujours hurler, a spécialement enregistré deux bandes à l'intention du dernier carré de rexistes vivant en Belgique, bandes que Debaudt a introduites à son retour au pays en même temps qu'un appareil enregistreur. [...] Notre ministre des Affaires étrangères, a reçu samedi l'ambassadeur d'Espagne à Bruxelles, le comte de Casa-Miranda, pour le “prier de rappeler au gouvernement espagnol son engagement de livrer Degrelle aux autorités belges si celui-ci se trouvait en Espagne”. La démarche de Victor Larock est une bonne chose. Mais l'opinion de notre pays ne comprendrait pas que le ministre socialiste ne pousse pas plus avant sa demande et n'exige pas, très sérieusement, l'extradition immédiate du criminel de guerre. » (Le Drapeau rouge, 7 octobre 1957, pp. 1-2).

     

     

     

    Léon-Marie va venir en avion, après-demain, me retrouver pour quelques jours ; mais entretemps, il vit chez un colonel d'État-major, autre ami très dévoué [le colonel Teodoro Pérez de Eulate y Vida, chef du service des transmissions et de la protection des vols dans le centre de l'Espagne]. Il est là comme un coq en pâte, peut-être même trop bien.

     

     

    Eulate Mariage Marie-Christine 1969.jpg

     

    Le colonel Teodoro Pérez de Eulate (entretemps général de brigade de l'Armée de l'air) en conversation avec Léon Degrelle dont il est un ami proche, le 9 octobre 1969, à l'occasion des noces de sa fille cadette, Marie-Christine, dont il fut –tout comme le comte de Mayalde et les ministres Serrano Súner et Fernandez Cuesta– un des témoins de mariage (Kwik, 18 octobre 1969; il avait déjà été, le 9 janvier 1960, un des témoins au mariage de Godelieve, troisième fille du châtelain de Constantina). Ami proche de Léon Degrelle, il accueillit son fils en 1957 en même temps qu'il facilita l'incorporation de Jean-Louis Urraca, le fils de son amie Hélène Cornette, parmi les conscrits de la base aérienne de Séville (ce blog au 12 mai 2025). Teodoro Pérez de Eulate sera également le président du conseil d'administration de la société immobilière Inmuebles Andaluces, fondée en 1958 par Léon Degrelle pour la construction des maisons qui devaient favoriser le tourisme social de Constantina et qui s'avéreront un gouffre financier précipitant sa faillite en 1963.

     

     

    J'ai toujours pensé qu'il ne fiche rien. Il a beaucoup de bonne volonté mais peu de volonté. Il désire faire bien, le promet, mais se replonge dans sa nonchalance, les pieds en l'air, des disques au côté, une cigarette faisant du cent à l'heure au bout des lèvres. Car c'est cela qui est drôle : il est, à la fois, mou et super-nerveux ! Ses cigarettes, non seulement l'empoisonnent, mais m'empoisonnent ! Il n'est pas très costaud, se plaint (parfois exagérément : au plus petit bobo, il entre en état pré-agonique !), se plaint donc de douleurs dans le dos et à la gorge. Je l'ai fait examiner par un excellent médecin qui lui a interdit formellement de fumer plus de 4 cigarettes par jour. N'empêche que malgré mille promesses, il continue à fumer comme un sapeur. Au moindre accès de nervosité, les cigarettes filent, montent, disparaissent comme dans un exercice de prestidigitation ! Maintenant, je crois qu'il en est encore plus ou moins aux 12 à 15 par jour, et les plus chères qui existent au marché noir ! Son tabac coûte exactement autant qu'une femme à journée du matin au soir ! Quand vous lui écrirez, tannez-le avec cette histoire de cigarettes. C'est son bien, somme toute.

     

     

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    C'est Chantal qui donna son sobriquet « Boudiquet » à Léon-Marie : il signe avec son surnom la carte de vœux pour 1958 qu'il envoie à sa sœur aînée.

     

     

    Mais enfin, c'est un détail ; son état de santé –en général– est bon, dit le médecin. Et il est le plus gentil garçon de la terre, affectueux comme tout, vif d'intelligence, pittoresque dans ses propos. Nous sommes devenus des camarades épatants (même quand je le chahute pour son tabac ou quand il est mauviette, chichiteur –que de mots bizarres !– bref, quand il est encore petite fille !). Mais à côté de cela (et ces contradictions sont normales : à son âge, dans l'être humain, il y a de tout !), il a beaucoup de décision et d'ambition : il fût venu à pied ici s'il l'eût fallu. C'est pour cela que j'espère, tout de même, qu'il réussira son bacho. Il est très regrettable qu'avant de partir en Septembre, il ne se soit pas représenté à son examen de Commerce, surtout s'il n'avait échoué, en Juillet, que pour l'orthographe seulement. Ici, ce diplôme l'eût fort aidé. Mais enfin, je fais l'impossible pour le bien préparer à son bachot avec des professeurs particuliers (une jeune Française, notamment, fort intelligente, de l'Institut français de Séville). Ces trucs-là coûtent les yeux de la tête, beaucoup plus, évidemment, qu'un collège normal. Mais je veux tout faire pour l'épauler. Vraiment (en dehors de la chance, car il y a de la chance ou de la malchance parfois, rarement d'ailleurs), cela ne dépendra que de lui, de sa volonté de bloquer, de laisser parfois les disques de côté, de ne pas être « jouette », toujours à la recherche d'une distraction ou d'un aimable minois.

     

    Léon-Marie scooter.jpgPour le distraire, je lui ai payé le scooter de ses rêves, une « Lambretta », cadeau –à l'avance !– pour son Bac ! Ainsi il peut faire facilement la navette avec la Carlina. S'il réussit, je lui offrirai à l'été un beau voyage, avec crochet pour vous revoir tous, bien entendu.

     

    Il était terriblement emballé d'une Anglaise. A voir la photo, il n'y a pas de quoi, vraiment, se taper le derrière par terre. Mais enfin, c'était le grand amour (il vomit les romantiques !) de notre frétillant Boudiquet, avec lettres et cartes (de lui) à tout bout de champ, allusion à chaque quart d'heure, photo sur la table de nuit, etc. ! Puis il a reçu une lettre qui l'a réfrigéré : il l'avait déjà invitée à la Carlina, et elle se défilait. Bref, maintenant, il n'en parle plus. Mais enfin, ça le chipotait, d'autant plus que les Espagnoles, gaies mais fières, et avec qui on ne flirte pas, n'étaient pas le genre accessible à tout venant qu'il avait rencontré chez les filles aux grands pieds de la mère Albion.

     

    Nous allons maintenant, Léon-Marie et moi, passer une bonne semaine ensemble ; j'essaierai de voir ce qu'il a fichu de bon, de le stimuler (avec diplomatie et affection, soyez tranquilles, car il ne faut pas le brusquer, c'est tout un changement pour lui, et Paris est Paris : tout, après cela, lui paraît de second ordre, villes et gens). Je l'oriente avec un maximum de prudence et d'affection. Il a une nature magnifique et je suis sûr qu'il arrivera à quelque chose d'original et de grand. Vous verrez ça !

     

    ≠

     

    LDàChantal 27.10.1957 rr.jpg

     

    Moi ? Ça va. Ça ira mieux quand je vous aurai revues toutes, mais ça va. Je prépare quelques nouveaux bouquins. J'ai tant de choses à écrire, de révélations à faire, d'hommes et de faits à expliquer ! Pour tout cela, aussi, je serai ravi de connaître Roland, pour recevoir ses réactions, organiser des confrontations. Déjà avec Léon-Marie, qui a des idées claires et des vues personnelles, nous avons du plaisir sur ma montagne !

     

    Tu verras, toi aussi, grande Chantal chérie, ce qu'il y fait bon ! Si ça vous fatigue l'auto, je vous offre l'avion, c'est comme vous voulez : ce qu'il y a, c'est qu'avec votre auto, nous pourrions plus facilement rayonner : Séville et Cordoue sont des villes épatantes à visiter. N'oubliez pas qu'il y a, à cette époque, deux choses épatantes à contempler : la Semaine Sainte de Séville, spectacle religieux prodigieux et la « Feria », spectacle païen prodigieux aussi, à deux semaines d'intervalle.

     

    Alors, Chantal chérie et cher Roland, envoyez-moi de vos nouvelles de temps à autre. Évangélisez et chapitrez Annette ! Partagez avec elle, avec Godelieve, Marie-Christine, et avec leur maman –mais oui, leur maman– les baisers affectueux que vous envoie

     

          votre

                               Papa

                                                     (c'est moi qui signe comme cela !)

     

     

    Ci-joint, quelques photos de Boudiquet avec son général de Père ! Il m'a vraiment obligé à me mettre en uniforme, pour certaines.

     

    LD+Léon-Marie Carlina.jpg

    LD+Léon-Marie Tour Carlina.jpg  LD+Léon-Marie Jarre 1958.jpg  LD+Léon Marie Leo Belgicus Carlina.jpg

     

     

  • L'éditeur qui tomba à pic chez Léon Degrelle

     

     

    Constant Bourquin et le Cheval ailé

     

     

     

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    Constant Bourquin, en 1946, dans la resserre de sa nouvelle maison d'éditions À l'Enseigne du Cheval ailé.

     

     

     

    constant bourquin,cheval ailé,françois genoud,jean jardinDans sa récente biographie de Léon Degrelle consacrée à ses années d'exil en Espagne (L'homme qui tomba du ciel, Les années espagnoles de Léon Degrelle, 1945-1994), Bert Govaerts s'est attaché à la publication des souvenirs de guerre racontés dans La Campagne de Russie. Discréditant les prétentions psychanalytiques de Jonathan Littel, romancier scatologique –accumulant néanmoins des prix littéraires récompensant le sale, le laid, l'obscène–, Govaerts s'est plus judicieusement intéressé à la genèse de cette chronique historique ainsi qu'à son accueil par la presse et les autorités belges (ce blog au 12 octobre 2025). Mais il s'est aussi intéressé aux éditeurs de celui qui fut déchu du droit de publier en vertu du « tristement célèbre article 123 sexies du code pénal » (p. 46), ce qui nous vaut encore de nouvelles découvertes...

     

    La publication de l'édition allemande, Die verlorene Legion, en 1952 par les éditions catholiques Veritas de Stuttgart, suscitèrent également l'émoi. Mais Paul Van Zeeland (ce blog aux 6 mai 2016 et 14 avril 2017), alors ministre belge des Affaires étrangères, préféra éteindre toute réaction, non pour défendre la liberté d'expression, mais par souci de discrétion, malgré qu' « un groupe d'avocats eût investigué toutes les possibilités de la loi allemande » et qu'il « y avait sûrement une entourloupe juridique à trouver quelque part ». Il préféra donc répondre à son ambassadeur à Bonn, le baron Hervé De Gruben : «  à l'heure actuelle, l'émotion semble retombée en Belgique. Il ne m'apparaît pas opportun [...] de recourir prématurément à cette possibilité. » (p. 68 et note 85).

     

     

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    Jaquette de couverture de l'édition allemande (« La Légion perdue », 1952, Veritas Verlag) de La Campagne de Russie dessinée par l'architecte et peintre expressionniste Friedrich Neubauer (1912-2004).

     

    Dans l'immédiat après-guerre, en punition de son adhésion au parti national-socialiste et de sa réception, en 1940, de la charge de Reichsbaumeister (« maître d’œuvre du Reich », titre des architectes officiellement chargés de l'embellissement des villes allemandes), il fut empêché d'exercer son métier pendant plusieurs années, jusqu'à ce que n'oblige à lever cette interdiction l'urgence de la reconstruction de Nuremberg, sa ville natale qui était aussi celle de Hans Sachs et d'Albrecht Dürer, cité médiévale anéantie par les bombardements « stratégiques » anglo-américains pour avoir été Stadt der Reichsparteitage, « Ville des Congrès du Parti du Reich ».

     

    C'est pendant cette période de proscription qu'il s'adonna au dessin de presse, de mode, de mobilier, etc., et, pour mettre du beurre dans les épinards, qu'il se fit aussi dessinateur d'ex-libris, de cartes de vœux ou de couvertures de livres. Il collabora ainsi occasionnellement avec les éditions Veritas de Stuttgart, ville où il obtint son diplôme d'architecte en 1937 (un catalogue de son œuvre a été publié par sa nièce Claudia Schweizer, –Friedrich Neubauer, Werkverzeichnis, Seubert Verlag, 2017–, qui a également ouvert un petit musée dans l'ancien atelier de son oncle, 5 Lorenzer Strasse à Nuremberg).

     

    Bert Govaerts signale (p. 262, n. 84) qu'en fin d'ouvrage, l'éditeur Veritas Verlag annonçait la publication des mémoires de Pierre Laval ainsi que de Dino Alfieri, l'ancien ambassadeur de Mussolini en Allemagne (ce blog au 12 mai 2016) : ces livres n'ont cependant jamais vu le jour.

     

     

    Le travail de détective effectué par Bert Govaerts concernant La Campagne de Russie s'est encore intéressé à la personne de l'éditeur et là aussi, des investigations complémentaires seront nécessaires : « Derrière cette édition se cache également une astucieuse créativité fiscale et administrative. Le copyright appartient à l'Agence Littéraire Générale, dont l'adresse est Rue Grotius 9 à Tanger, une ville qui, à ce moment, constitue une zone sous administration internationale. Ironie de l'histoire, la police se trouve sous la supervision d'un Belge. Le consul belge à Tanger essaie de comprendre comment l'affaire fonctionne. Le véritable éditeur est un Suisse, Constant Bourquin, qui dirige les éditions Le Cheval Ailé. Il a habité à Paris jusqu'en 1937, mais a été expulsé, en laissant derrière lui une série de fraudes et faillites. En Suisse également où il s'était spécialisé, à partir de 1944, dans l'édition des mémoires de collaborateurs, le sol était devenu trop brûlant sous ses pieds. Il habite maintenant en Espagne, mais, pour des raisons fiscales, opère depuis Tanger. Il a noué des liens d'amitié avec Ramón Serrano Suñer, ancien ministre des Affaires étrangères et beau-frère de Franco. Bourquin a également édité les mémoires de Suñer lui-même. En d'autres termes, le réseau à de nouveau fonctionné en faveur de Léon. » (p. 47).

     

     

     

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    Après la publication tintamarresque de La Campagne de Russie, Léon Degrelle reçut, en 1950 dans sa propriété de Lora del Rio (ce blog au 12 mai 2025), Constant Bourquin et son épouse pour quelques jours de discussions passionnantes et de vacances gourmandes où l’œnophile genevois, qui s'était installé depuis peu à Séville, poursuivit son initiation aux vins capiteux de la Rioja et aux Xérès andalous).

     

     

     

    Mais si réseau il y eut en Espagne pour faciliter quelque publication, c'est davantage en faveur de Serrano Suñer qu'il dut fonctionner puisque l'éditeur suisse ne put sans doute rencontrer ce dernier que par l'intermédiaire de Léon Degrelle qui s'en était fait un ami dès son voyage sur les hauts lieux de la guerre civile espagnole en février 1939 (ce blog, entre autres, au 1er septembre 2024).

     

    Et ce n'est guère rendre justice à Constant Bourquin (1900-1974), journaliste aux fermes convictions, fin connaisseur de la littérature, moraliste désenchanté, pionnier du tennis de table, éditeur original autant qu’œnophile enthousiaste et apprécié, que de le présenter comme une espèce d'escroc apatride (l'autosatisfait « historien » Frédéric Saenen, à l'ignorance triomphale (ce blog au 28 février 2025), en fait plutôt une espèce de fantôme fuyant : « Nous trouvons très peu d'informations concernant Constant Bourquin, dont on ignore même les années de naissance et de décès. [...] Sa trace se perd après la faillite du Cheval ailé en 1949 », p. 246).

     

    Commençons donc par reproduire les éléments de sa vie que Constant Bourquin tint à fournir au lecteur de son Almanach du Cheval ailé, 1947 (cité p. 328 par le peu scrupuleux Saenen qui semble ne l'avoir jamais consulté et ne le connaître que par « ouï-lire ») : « Né à Presinge, près de Genève, en 1900, à quelques pas de la frontière franco-suisse. Doit-il à cette particularité d'avoir été sa vie durant le plus français, peut-être, des écrivains suisses ? Se destinait à une carrière de philosophe. A publié de nombreux essais qui témoignent de son attachement à ce qu'il appelle, après Renan, le point de vue de Sirius. Considère actuellement l'édition comme un prolongement de ce qu'eût pu être son activité littéraire. A de nombreux ouvrages en chantier, qu'il terminera quand son métier lui donnera des loisirs. » (p. 168).

     

     

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    Monté à Paris en 1922, Constant Bourquin prend rapidement la direction des Éditions du Siècle dont l'emblème –préfigurant le Cheval ailé des éditions d'après-guerre– représentait un cheval aux ailes baissées, avec la devise Majores pennas nido (« Des ailes plus grandes que le nid », citation des Épîtres d'Horace, suggérant l'effort vers l'excellence). Elles publiaient des ouvrages de critique littéraire à tirage limité sur papier de luxe, tels L'idée du bien chez Tolstoï et Nietzsche, Renan et ses critiques ou M. Bainville contre l'histoire de France. Bourquin lui-même publia en 1925 Julien Benda ou le point de vue de Sirius (ici, à droite, dans l'exemplaire « hors commerce sur pur fil », disponible auprès d'Édition-Originale, la dédicace à Jean de Gourmont, frère du poète et romancier Remy de Gourmont dont il magnifia l’œuvre. Jean de Gourmont dirigeait la collection « Idées et sentiments du siècle » des éditions de Constant Bourquin).

     

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    Constant Bourquin admirait aussi les romans de son compatriote C.F. Ramuz (l'écrivain n'aimait pas son prénom Charles Ferdinand et choisit de n'en conserver que les initiales). C'est d'ailleurs par son activité de zélateur du romancier suisse que le jeune Bourquin se fit remarquer, en avril 1923, par le caustique Paul Léautaud : « Je passe sur la conférence que nous fit, après le thé, solennellement présenté à l’assistance [...], un M. Constant Bourquin, sur un romancier suisse, M. Ramuz, que le bonheur doit remplir d’avoir été “célébré” ainsi, et sur des lectures du même que nous firent des dames éminentes en ridicule par leurs toilettes, leurs manières et leur débit. » (« Un Salon littéraire », sous le pseudonyme de Maurice Boissard, in Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 28 avril 1923, p. 6 ; cette anecdote « bourquino-ramuzienne » a été supprimée de la reprise en volume de ses chroniques (Passe-temps, Mercure de France, 1928, 1964, 1987) par Paul Léautaud, probablement parce qu'entre-temps Ramuz fut reconnu comme le plus important romancier suisse). En 1926, les Éditions du Siècle de Bourquin publiaient un « Cahier de témoignages » Pour ou contre C.F. Ramuz.

     

    Au début des années 1930, Les Éditions du Siècle renaissent de la faillite qu'elles connurent en 1926 (voir ci-après), publiant Mary Webb, Charlotte Brontë ou Virginia Woolf dans une collection « Les Maîtres étrangers » qui sera reprise par Fernand Sorlot et les Nouvelles Éditions Latines peu avant-guerre.

     

    Constant Bourquin, quant à lui, revenu en Suisse, s'engagera dans le journalisme (Journal de Genève, Nouvelle Revue romande, L'Événement,...) et animera une chronique gastronomique à Radio-Genève (Les recettes d'Ali Babali). Il lance surtout en mars 1941 avec quelques amis les Éditions du Milieu du Monde affichant le même emblème du cheval à la devise horacienne. Il y publie son « Discours aux nations suisses », La Terre est ronde, ainsi que son « Discours aux hommes de ma génération », Fin d'un monde, où il affirme ses convictions politiques, dénonçant les dérives et la faillite des régimes démocratiques (à noter que ce dernier ouvrage est repris dans une « Collection du Cheval ailé », qui donnera son nom aux éditions qui publieront Léon Degrelle en 1949). Les Éditions du Milieu du Monde éditeront aussi jusque dans les années 1950 les livres de l'historien iconoclaste Henri Guillemin qui y dirigeait par ailleurs depuis 1943 la « Collection classique ». Constant Bourquin publiera encore en 1951 un recueil de maximes et pensées, Passeport pour l'au-delà, chez son ami éditeur et banquier genevois Pierre Caillier.

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    Lorsqu'en 1944, la direction des Éditions du Milieu du Monde décidera, le vent ayant tourné, de publier des récits de résistants contre l'avis de son directeur littéraire Constant Bourquin, celui-ci démissionnera aussitôt, dénonçant ce qu'il considérait comme un lâche opportunisme. Ce sera alors l'occasion pour le Cheval ailé d'ouvrir enfin ses ailes...

     

     

    N'évoquant nulle fraude, Pierre Péan, biographe du banquier François Genoud (1915-1996, ami de Bourquin qui fut le parrain de sa fille), précisera : « Constant Bourquin a toujours eu beaucoup de mal à compter et à bien gérer sa maison d'édition. On le sent plus à l'aise dans le choix de photos destinées à un album d'art ou dans celui de bons vins que dans la lecture de registres comptables. » (L'Extrémiste, p. 162).

     

     

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    Extrait du procès-verbal de la Séance du Conseil fédéral suisse du 9 juin 1950 concernant l'interdiction de La Cohue de 1940 de Léon Degrelle : « Bourquin, l'intermédiaire du manuscrit de Degrelle, est Suisse et est venu à l'été 1927 de France (Paris) à Genève. En France, il a été condamné pour émission de chèques sans provision. Dans les années 1926 et 1928, il a été en faillite. Par décret ministériel du 23 novembre 1937, Bourquin a été expulsé de France. La société qu'il dirige, “Éditions du cheval ailé”, à Genève, serait en liquidation pour cause de surendettement. Depuis quelques mois, Bourquin se trouve à Séville. Il a renoncé à sa résidence de Genève. »

     

     

    Les allégations de Bert Govaerts proviennent d'un procès-verbal de la Séance du Conseil fédéral suisse  du 9 juin 1950 (dont il donne la précieuse référence p. 262, n. 71) rapportant que Constant Bourquin avait été condamné en France pour avoir émis des chèques sans provision et avoir été mis en faillite à deux reprises, en 1926, –Éditions du Siècle–, et en 1928, –Bourquin-Six, les grands spécialistes du ping-pong. Passionné de tennis de table, Constant Bourquin avait fondé cette entreprise d'articles de sport avec son frère Alfred. Revenu en France en 1932, il assumera la fonction de corédacteur en chef, puis de directeur de la revue Ping-Pong, qui deviendra naturellement l'organe officiel de la Fédération Française de Tennis de Table).

     

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    C'est après force libations (il est question de « quelques bouteilles d'un champagne nature tel qu'on n'en trouve pas dans le commerce, un Pouilly fumé dont l'inventeur du commissaire Maigret fait son ordinaire, [...] un Armagnac cinquantenaire ») qu'il lui dédicaça cette photo : « Oui, mon cher Bourquin, môa aussi, je joue au ping-pong, mais moi, j'avoue que je joue mal. Georges Simenon 1933 » (in Ping-Pong, 5 mai 1933, p. 3).

     

     

    Mais s'agissait-il pour autant de faillites frauduleuses ? Rien n'est moins sûr car nous avons le témoignage de Paul Léautaud (s'intéressant maintenant aux affaires de Bourquin après avoir moqué son intérêt pour Ramuz, car il était devenu l'éditeur de son ami Jean de Gourmont) : il évoque dans ses carnets une possibilité de concordat que le Tribunal de Commerce devait encore examiner le 21 octobre 1927 pour sortir de la faillite de 1926 (Journal littéraire I, Mercure de France, 1986, p. 2059). Les Éditions du Siècle reprirent donc quelque activité (voir ci-avant), avant d'être récupérées par les Nouvelles Éditions Latines en 1935.

     

     

     

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    Les faillites de Constant Bourquin dans la presse parisienne : au-dessus, Le Petit Parisien du 13 décembre 1926 ; en dessous, Le Temps du 26 novembre 1928.

     

     

    La Bibliothèque de Genève, quant à elle, présente Constant Bourquin comme un « Collaborateur de “la Suisse libérale”, organe du parti libéral neuchâtelois » qui « s'illustre par ses positions francophiles radicales et sa germanophobie ; à partir de 1940, il est un défenseur du régime de Vichy ».

     

    Ajoutons qu'en 1921 déjà, le jeune Constant Bourquin donnait des articles à la Revue romande, périodique littéraire fondé en 1917 à l'intention des soldats étrangers internés dans les sanatoriums suisses, à laquelle collaborait également Ramuz. Proche de son rédacteur en chef Jules-Ernest Gross qui la transforma en 1922 en Nouvelle Revue romande d'inspiration nettement maurrassienne, Bourquin y écrivit encore entre 1937 et 1945 –en même temps que le président de l'Union nationale (de tendance fasciste), Georges Oltramare (ce blog au 12 mai 2016)– d'autant plus volontiers qu'il pouvait y célébrer la « vraie culture » latine et française et qu'il y puisa également les éléments de son hostilité à l'influence juive dont témoigneront sans faux-fuyant ses Discours de 1941 (voir ci-avant). Pour son rédacteur en chef, Jules-Ernest Gross, la Nouvelle Revue romande professait un antijudaïsme d'inspiration chrétienne se déclarant à l'opposé de l'antisémitisme pangermanique « détruisant l'universalité chrétienne » (Éditorial, n° 68, 1932). Les articles attaquant les Juifs disparaîtront néanmoins de la revue pendant la guerre.

     

    Lorsqu'il fonde, en 1944, la maison d'édition « À l'enseigne du Cheval ailé », Constant Bourquin s'associe à l'homme d'affaires François Genoud (ce blog au 3 janvier 2023), détenteur des droits d'auteur d'Adolf Hitler, de Josef Goebbels et de Martin Bormann (une première édition du Journal du ministre de la Propagande du Reich fut ainsi publiée par Bourquin en 1949), qui le met en contact avec Jean Jardin (1904-1976), premier conseiller de l'ambassade de France en Suisse, intime de l'ambassadeur, l'écrivain Paul Morand (qui sera le parrain de son fils cadet).

     

     

     

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    Le cheval aux ailes ouvertes, choisi comme emblème par Constant Bourquin pour sa nouvelle maison d'édition, a été dessiné par le peintre suisse Paul Monnier (1907-1982), qui sera l'illustrateur attitré des ouvrages du Cheval ailé.

     

    Pégase, le fabuleux coursier de Zeus sur l'Olympe, après avoir servi Bellérophon dans ses exploits, notamment contre la Chimère et les Amazones, retourna auprès du roi des dieux qui le transforma en constellation stellaire, source de renommée et d'inspiration pour les poètes.

     

    Peut-être l'éditeur suisse le choisit-il, avec sa devise latine Ut fata trahunt (« Au gré du destin », réminiscence de Virgile), pour illustrer sa volonté de permettre aux victimes de l'adversité de publier leur vérité, malgré l'ostracisme qui les frappait. Mais plus probablement aussi pour marquer le renouveau de sa maison Les Éditions du Siècle, –au cheval doté également d'ailes, mais au repos–, qui publiait magnifiquement les analyses littéraires les plus pointues et qui vole désormais au secours des proscrits de l'Histoire et de la Littérature.

     

     

    L'entregent efficace de Jean Jardin (il fut le directeur de cabinet de Pierre Laval, administrateur de ses « fonds secrets », ce qui lui permit d'aider nombre d'opposants à Vichy, dont Robert Aron ou Maurice Couve de Murville) ramènera à l'éditeur quantité d'auteurs, tels Alfred Fabre-Luce, Bertrand de Jouvenel (ce blog au 21 février 2025), André Thérive, Georges Bonnet, Henry du Moulin de Labarthète, etc. Toutes personnalités « compromises » avec le régime de Vichy, à l'instar de Paul Morand (dont les Éditions du Milieu du Monde de Constant Bourquin avaient déjà publié deux volumes en 1942), et frappées d'indignité par le prétendu « Conseil national des écrivains » institué par le tout-puissant parti communiste. Mais on retrouvera aussi dans le catalogue de l'éditeur genevois l'ancien président du Parti Ouvrier Belge (et ancien conseiller du roi Léopold III), le socialiste Henri De Man, le philosophe Louis Rougier, l'académicien Edmond Jaloux, l'amiral Henri Bléhaut, le ministre et beau-frère de Franco, Ramón Serrano Suñer, la veuve du Duce, Rachele Mussolini, le chef du gouvernement du maréchal Pétain, Pierre Laval fusillé agonisant, ou le poète Robert Brasillach également supplicié à la veille de ses 36 ans,...

     

    Par contre, si Constant Bourquin n'éprouve probablement aucune répulsion face à la verve furibonde de l'auteur de L'École des cadavres, il semble qu'il ait craint de remplacer son éditeur Robert Denoël, assassiné le 2 décembre 1945. Désargenté, Louis-Ferdinand Céline cherchait un éditeur pour ses ouvrages. Paul Gentizon, un journaliste suisse qui s'efforça en vain de fournir à Céline un asile en Suisse, crut pouvoir confier l'affaire à son compatriote du Cheval ailé, si bien disposé à l'égard des victimes de l'Épuration : « Gentizon est admirable, il essaye de me faire rééditer par les éditions du Cheval Ailé à Genève –en français– cela m'épaulerait bien. » (Lettre du 17 juillet 1947 de Céline au journaliste suisse Paul Bonny avec qui il se lia d'amitié à Sigmaringen, in Philippe Alméras, Les idées de Céline, p. 269).

     

    Mais l'affaire tourna rapidement court : « Gentizon bien gentil n'est arrivé à rien avec le Cheval Ailé. Monsieur [Constant Bourquin] se gratte... il ne veut pas passer pour partisan... et patata... il rêve au fond d'imprimer Cassou [Jean Cassou, virulent détracteur du Voyage au bout de la nuit, résistant, auteur en 1944 de Trente-trois sonnets composés au secret dans sa prison, mis en musique par Henri Dutilleux et Darius Milhaud] et Triolet [Elsa Triolet, compagne d'Aragon, passe pour avoir aidé à la traduction russe caviardée (!) du Voyage]... Lui aussi il lui faudra des tanks russes dans le cul pour lui redonner du courage – ainsi de tout et de tous ! » (Lettre du 10 août 1947, in Louis-Ferdinand Céline, Lettres des années noires, édition présentée et établie par Philippe Alméras, p. 124).

    « J'ai la lettre en main du Cheval ailé à Gentizon, horrifié, ne voulant point même envisager un tirage restreint de Céline (textuel). Non, le bonhomme est un dégueulasse foireux comme les autres, le fait m'est certifié par de bons amis de Genève » (Lettre du 23 septembre 1947, in Bulletin célinien n° 277, juillet-août 2006, p. 12).

     

    C'est l'essayiste Pierre Monnier (1911-2006), auteur de souvenirs sur Céline, Arletty, Jean-Marie Le Pen,... qui, créant les éditions Frédéric Chambriand, tira son ami d'embarras en publiant Casse-pipe en 1949, Mort à crédit et Scandale aux abysses en 1950, avant de passer la main aux éditions Gallimard.

     

    Bert Govaerts attire l'attention sur l'étrangeté de la propriété des droits relatifs à La Campagne de Russie : « Le copyright appartient à l'Agence Littéraire Générale, dont l'adresse est Rue Grotius 9 à Tanger, une ville qui, à ce moment, constitue une zone sous administration internationale ». N'est-ce pas une disposition singulière permettant tous les soupçons, vu les déboires que l'éditeur a subis dans les années 20-30 et que le biographe a découverts dans le PV du Conseil national suisse (voir ci-avant) ? D'autant plus que « [Constant Bourquin] habite maintenant en Espagne, mais, pour des raisons fiscales, opère depuis Tanger. » (p. 47).

     

     

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    Un imbroglio éditorial ? La page de couverture de La Campagne de Russie indique comme éditeur Le Cheval ailé (dont l'adresse officielle est à Genève), alors que la page de titre (p. 5) associe l'emblème du Cheval ailé à La Diffusion du Livre (et son adresse à Paris) et que la page suivante (p. 6) précise que tous les droits appartiennent à l'Agence Littéraire Générale S.A., domiciliée à Tanger, au Maroc !

     

    L'imbroglio désoriente surtout les universitaires de Fribourg qui, mélangeant à leur tour toutes les données, font éditer Léon Degrelle à Bruxelles (où il est interdit de publication) pour échapper à la censure suisse : « Contrôler la diffusion des livres du Cheval Ailé s'avère d'autant plus difficile que Bourquin multiplie relais et astuces. Avec son ami Genoud, le Genevois a créé une société de diffusion à Bruxelles, pour pouvoir introduire la production du Cheval Ailé en France par la Belgique, déjouant ainsi les limites posées par les contingentements franco-helvétiques. Il dispose aussi d'une adresse à Paris, la Société française des Éditions du Cheval Ailé. Ce montage lui sert de couverture pour des ouvrages contre lesquels le Ministère public de la Confédération n'aurait certainement pas manqué d'intervenir [...]. Scénario semblable pour le livre de Degrelle, Campagne de Russie, qui paraît à Bruxelles, à la Diffusion du livre, dans la collection Cheval Ailé. » (Alain Clavien et al., « La province n'est plus la province », Les relations culturelles franco-suisses à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale (1935-1950), p. 264).

     

     

    Il faut en effet savoir qu'après bien des vicissitudes mettant aux prises les puissances coloniales européennes, Tanger a fini par être dotée d'un statut international, l'affranchissant de tous droits de douane, par un traité signé le 24 juillet 1925 par la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne, les États-Unis, l'URSS, la Belgique, les Pays-Bas, le Portugal et l'Italie. Jouissant d'une liberté économique totale, Tanger fut ainsi un véritable paradis fiscal pour les sociétés commerciales dont le chiffre d'affaires n'était pas imposé. Et puisque Paul Morand est un ami des éditions du Cheval ailé, citons son avis sur l'organisation de la ville où il louait une résidence : « L'État se fait invisible ; pas de lois tatillonnes, de décrets restrictifs, de trouvailles sadiques, d'inspecteurs des finances, mais d'excellents et modestes règlements administratifs ; capitaux et marchandises circulent comme dans un poumon sain ; pas de mensonges financiers, de taux officiels ; le cours des changes mondiaux inscrit de minute en minute sa vraie cote. » (Écrits de Paris, mars 1952).

     

    Tanger est donc sans aucun doute l'endroit le plus sûr pour y éditer un Léon Degrelle interdit de publication. Mais est-ce bien Constant Bourquin, plus à même de concevoir de luxueuses éditions que de dresser des bilans comptables, qui en eut l'idée ? C'est en fait François Genoud qui, à peine trentenaire, afin de prolonger indéfiniment son congé militaire en tant que Suisse de l'étranger, s'est domicilié « dès l'hiver 1945-1946 » à Tanger où il accueille la Société Anonyme de Bourquin, servant de paravent aux droits d'auteur de Léon Degrelle. C'est également une société fondée par François Genoud, initialement basée à Bruxelles, La Diffusion du Livre, qui est chargée de la distribution de l'ouvrage en France et en Europe. « Genoud ne gagne pas seulement de l'argent dans l'édition, il en fait également dans de multiples combines et trafics. Comme pendant la guerre, il sait jouer sur les restrictions, les interdictions, les différences de cours. En 1947, “un gros coup” lui rapporte de très grosses sommes qu'il investit dans des affaires “décentralisées” à Tanger [...] cette zone franche, paradis des trafiquants et refuge de ceux qui ont besoin de “prendre un peu l'air” après la guerre. » (L'Extrémiste, p. 148).

     

    En fait, l'intérêt de François Genoud pour Tanger, le monde arabe et ses affaires lui vint notamment, comme il l'expliquera à son biographe Pierre Péan, de son amitié nouée à l'université de Lausanne avec le Saoudien Abdallah Nasser (rien à voir avec le président égyptien) qui était une espèce d'étudiant professionnel en quête « d'un diplôme officiel pour sanctionner les quinze années passées en Europe » (L'Extrémiste, p. 149). Essayant de satisfaire son ami, Genoud va tenter d'influencer rien moins que le secrétaire général de l'Université Catholique de Louvain, Léon van der Essen (1883-1963) !

     

    Mais laissons Léon Degrelle nous présenter ce dernier, étroitement lié aux meilleurs souvenirs de sa vie estudiantine : « Les grandes farces de Louvain, bouquin devenu presque officiel puisqu'il fut préfacé par le secrétaire général de l'université, le professeur Léon van der Essen, historien si renommé qu'il deviendrait, lui, mon préfacier, président de la Commission des crimes de guerre en 1945. Un rien de malchance alors, et l'excellent homme, un ami de la vie, se fût trouvé devant le dilemme : démissionner, ou me faire fusiller ! » (Persiste et signe, p. 44).

     

     

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    Pour son entreprise de débauchage, Genoud va passer par le fils de l'éminent historien devenu entretemps aussi le représentant de la Belgique au fameux procès de Nuremberg ! Georges van der Essen (1919-2003) va évidemment se montrer « outré qu'on ait pu envisager de demander à son père une chose pareille » (L'Extrémiste, p. 149). Mais l'important est qu'il rencontra alors aussi la femme de Genoud, qui allait divorcer et que Georges va s'empresser d'épouser : unique raison de l'intérêt à son égard de Pierre Péan, le biographe de Genoud, à qui il peut confier quelques ragots. « Van der Eesen [sic] se souvient que, revenant un jour d'Espagne, Bourquin lui dit que Degrelle les avait reçus en grand uniforme nazi avec toutes ses décorations, et que Genoud et lui en avaient beaucoup ri... » (L'Extrémiste, p. 147, n. 1).

     

     

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    Léon Degrelle porte uniforme et décorations pour Otto Skorzeny en 1950 ; en 1957, avec son fils Léon-Marie, il a revêtu l'uniforme d'apparat de la Phalange espagnole avec les médailles gagnées au Front de l'Est.

     

     

    Pierre Péan se montre enchanté de ce que « Bourquin et [Genoud] se moquaient du goût immodéré du chef rexiste pour les décorations et les uniformes allemands » (Ibidem). Outre que Léon Degrelle n'était sûrement pas animé d'une passion de collectionneur pour le Militaria germanique, mais éprouvait bien plutôt la plus grande fierté en se permettant d'arborer occasionnellement les distinctions gagnées dans les combats meurtriers du Front de l'Est, le dernier Commandeur de la Légion Wallonie ne portait uniforme et décorations qu'en circonstances exceptionnelles (le mariage de sa fille Anne, par exemple, ce blog au 20 décembre 2022) ou pour faire honneur à quelque visiteur d'importance.

     

    Que François Genoud ait pu s'en moquer, Pierre Péan doit bien convenir de l'improbabilité de pareille indélicatesse : « Genoud est fasciné par le grand séducteur et héros nazi [...] et continuera à le voir et à lui écrire régulièrement jusqu'à sa mort » (L'Extrémiste, p. 147, voir aussi ce blog au 3 janvier 2023). Mais c'est surtout Constant Bourquin que Georges van der Essen accuse de cette goujaterie. Est-ce davantage crédible ou n'est-ce pas plutôt celui-ci qui, ne présentant guère d'intérêt pour l'historien, sinon par sa relation avec ces deux personnages, essaierait de se donner quelque importance avec cette anecdote croustillante ? Nous ne saurons jamais ce qu'il en est avec certitude mais, si elle existe, c'est l'auteur de la grossièreté qui se juge...

     

     

    À propos des éditions de La Campagne de Russie :

    petite histoire d'une occasion ratée...

     

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    Comme en témoigne cette lettre du 22 juin 1978, François Genoud était depuis longtemps devenu un proche de Léon Degrelle qu'il tutoyait et dont il utilisait toujours plaisamment le prénom Juan, qui fut usuel à Constantina où les habitants ne connaissaient que « Don Juan de la Carlina » (ce blog au 3 janvier et 5 août 2023).

     

    Rappelant la tentative de rapt de la bande à Swy Aldouby en 1961 (ce blog au 3 janvier 2023), François Genoud incite à la plus grande prudence son ami traqué par de haineux ignorants se prenant pour des vengeurs bibliques.

     

    Mais le sujet principal de son courrier est le problème des droits liés à La Campagne de Russie que Léon Degrelle a cédés à Roland Laudenbach (1921-1991), fondateur des éditions de La Table ronde qui firent paraître, en 1969, le livre sous le titre Front de l'Est. Écrivain lui-même, journaliste et critique littéraire, le maurrassien Roland Laudenbach était un ami des « Hussards » Roger Nimier, Pierre Boutang, Antoine Blondin, Michel Déon,... dont il publie les ouvrages. Partisan de l'Algérie française, Laudenbach milita pour l'OAS (mais contrairement à ce qu'affirme l'artificiel Wikipedia, ne soutint pas activement la revue Défense de l'Occident de Maurice Bardèche : c'est de la revue Accent grave –sous-titrée « revue de l'Occident »– qu'il fut membre du comité de patronage !). Par contre, son nom est bien repris parmi les actionnaires de la Société de participations industrielles et commerciales (SOPIC) finançant les Éditions du Cheval ailé (Alain Clavien et al., « La province n'est plus la province », p. 262). Roland Laudenbach partage en tout cas les conceptions éditoriales de Constant Bourquin, c'est-à-dire qu'en les publiant, il souhaite rendre la parole à ceux qui en ont été privés par les maîtres du moment (voir ci-après), comme en témoigne la présentation qu'il fait de sa maison d'édition à son intervieweur François d'Orcival : « Les écrivains libres seront toujours les bienvenus ici, même si leurs opinions politiques sont différentes des nôtres. Par écrivains libres, j'entends ceux qui ne sont ni marxistes, ni gaullistes... » (Europe-Action, septembre 1965).

     

    Après la disparition du Cheval ailé dans le courant de l'année 1950, Léon Degrelle cherchait un éditeur pour ses prochains ouvrages, Hitler au coin du feu devenu Mémoires d'un fasciste, puis Nous, les fascistes et la réédition en trois parties de La Campagne de Russie. Est-ce alors Bourquin ou Genoud qui lui renseigna Roland Laudenbach et La Table ronde ? Toujours est-il qu'un premier contrat sera signé en 1963. L'éditeur passera quelque temps chez Léon Degrelle, proposant pour les Mémoires le titre plus provocateur de Hitler pour 1000 ans (voir aussi ce blog au 30 juin 2024). Il faudra cependant attendre 1969 pour que le projet aboutisse et que La Campagne de Russie, devenu Front de l'Est, soit republié en même temps et en un seul volume. Ces deux publications de La Table ronde ne rencontrèrent cependant pas le succès escompté.

     

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    Première et quatrième page de couverture de La Campagne de Russie telle que publiée en 1969 par La Table ronde. C'est son directeur Roland Laudenbach qui rédigea la note de présentation, toute d'objectivité et de bon sens.

    Imagine-t-on écrire encore ainsi de nos jours à propos du témoignage d'un vaincu de la Deuxième Guerre mondiale ? Au lendemain de la disparition du héros de Tcherkassy, la chasse fut ouverte par un chargé de cours d'histoire à l'Université de Liège (que Léon Degrelle n'appelait que Besace, vu la bouffissure de son imposture) qui décréta que « Degrellle mémorialiste appartient plus au domaine du psychiatre qu'à celui de l'historien » (ce blog au 9 juillet 2017). Depuis, c'est la curée. L'officiel et omnipotent CEGESOMA investiguera désormais tapageusement (mais vainement) « sur les agissements des légionnaires sur le front de l’Est, les actes commis contre les juifs, les partisans et des populations locales » (ce blog au 7 juin 2021) et les pseudo-spécialistes d'embrayer : si Léon Degrelle n'évoque pas la Shoah dans La Campagne de Russie, c'est parce que le Front de l'Est était devenu Judenrein, sans doute aussi par l'action des Bourguignons (selon le Prix 2009 du Pire Roman sexuel, ce blog au 19 juillet 2024)... Il n'est pas jusqu'à la revue d'Alain de Benoist, censée nous fournir des Éléments pour la civilisation européenne, qui n'embraie jouissivement sur la logorrhée injurieuse du fallacieux Frédéric Saenen (ce blog au 25 mars 2025) pour traiter grégairement Léon Degrelle de « mythomane », d' « escroc », d' « hitlérolâtre »,... et pour asséner l'indispensable et rituelle condamnation orthodoxe : « Beaucoup moins drôle [sic] que ses affabulations sont ses prises de position négationnistes »... (Éléments n° 214, juin-juillet 2025, p. 49 sv.).

    Ainsi progresse inexorablement la cancel culture...

     

    Aussi, quelque dix ans plus tard, François Genoud avait-il été chargé par Léon Degrelle de republier La Campagne de Russie avec de meilleures perspectives de succès : gros tirage chez Flammarion, accompagné d'une grande offensive publicitaire, suivi un an plus tard d'une édition de poche dans la collection J'ai lu... Mais l'auteur avait perdu de vue que le contrat qui le liait à La Table ronde était toujours d'actualité. Et Roland Laudenbach n'avait aucune intention de le libérer, nourrissant d'autres projets dont nous prenons connaissance par la lettre que lui adresse le banquier suisse en même temps que son courrier à Léon Degrelle : « Nous pensons tous deux –vous et moi– qu'un contrat avec un éditeur n'est pas fait pour étouffer un ouvrage. Or, c'est malheureusement ce qui est en train de se produire. Vous voulez écouler les exemplaires qui vous restent d'une édition vieille de neuf ans, basée sur un contrat vieux de quinze ans, sous le titre de l'édition originale de 1949 et donc en changeant la couverture. C'est équivoque et ne pourrait donner lieu qu'à une relance médiocre. D'autre part, nous ne savons toujours pas si nous aurons une édition de poche.

    Si l'on considère l'intérêt de l’œuvre, il est certain que le changement d'éditeur et un véritable nouveau lancement seraient la première vraie chance de ce très grand ouvrage, immédiatement saisi lors de sa sortie en 1949 et dont votre réédition de 1969 a passé inaperçue.

    Je vous prie donc de reconsidérer votre position et de libérer notre ami Léon dans des conditions que nous pouvons discuter. »

     

    La requête de François Genoud ne fut qu'un grand coup d'épée dans l'eau car non seulement Laudenbach resta sur ses positions, mais il enterra définitivement et inexplicablement tout nouveau projet concernant La Campagne de Russie !

     

     

     

    Mais qu'est-ce qui, en définitive, poussa Constant Bourquin à prendre en sympathie les vaincus de la Deuxième Guerre mondiale et à offrir une tribune à ces réprouvés, au premier rang desquels se trouve, bien sûr, Léon Degrelle avec sa Campagne de Russie devenue rapidement un véritable brûlot polémique ?

     

    Essentiellement le droit à la liberté d'expression, comme il s'en expliqua très clairement et non sans courage en 1947, dans son Almanach du Cheval ailé : « Certains hommes réclament la liberté, et ils commencent par la refuser à autrui. L'un de leurs porte-parole, qui a beaucoup de talent et qui n'est peut-être aujourd'hui qu'un fou repenti, a même inventé cette magnifique formule que la liberté appartient à ceux qui l'ont conquise [la formule exacte d'André Malraux, dans un discours à l'Assemblée nationale, le 29 décembre 1945, est « La liberté existe pour et par ceux qui l’ont conquise », nous soulignons]. [...] Dire que la liberté appartient à ceux qui l'ont conquise, c'est reconnaître cyniquement que l'arbitraire doit être la règle pour les puissants du jour, et qu'il appartient à n'importe quelle faction , du seul fait qu'elle est au pouvoir, d'en user à son gré. » (Retour à une littérature dégagée, pp. 11 et 18). « Je publie donc certains livres parce qu'il m'est agréable, pour autant que cela dépend de moi, de faire en sorte que certains témoignages soient connus, et de donner la parole à des hommes dont on voudrait qu'ils se tussent. [...] Au surplus, à mon goût, il est plus équitable de mettre au bénéfice de la liberté les écrivains qui en sont privés et ceux aussi qui par système ne contestent pas à autrui le droit de s'exprimer. [...] La liberté, dans le monde où nous vivons, est une divinité qu'on se dispute parce qu'elle porte un nom flatteur. Ceux qui se réclament d'elle ne sont malheureusement pas tous ses prêtres les plus dévoués. Je ne conçois pas qu'on puisse se mettre au service d'une plus belle cause. Telle est notre voie. Fussé-je le seul, je serai cet éditeur-là. » (Ibidem, pp. 15 et 22-23).

     

    Comment l'auteur de pareilles lignes ne serait-il qu'une malhonnête fripouille ? Ajoutons aussi que ne peut que plaider en sa faveur son attachement à la viticulture traditionnelle et à l’œnologie traduisant son amour sincère du vin, expression par excellence de la civilisation européenne et de la culture française : membre de l'Académie suisse du vin et fondateur en 1936 du club « DIVO » (Défense et Illustration des Vins d'Origine, organisation toujours active aujourd'hui), Constant Bourquin fut élu en 1966 membre correspondant pour la Suisse de l'Académie du Vin de France, avant d'y être reçu en tant que membre d'honneur le 13 juin 1972 et d'en obtenir le grand prix pour son « Bréviaire de l'amateur », Connaissance du vin (publié par les populaires éditions Marabout). Il compte aussi parmi les fondateurs à Bordeaux, en 1971, de l'Académie internationale du vin.

     

     

    Bourquin Académie Vin 1971.06.08.png

    Bourquin Connaissance Vin.pngConstant Bourquin (désigné sur la photo) lors du banquet annuel de l'Académie du Vin de France dans le célèbre restaurant parisien Le Taillevent, le 8 juin 1971 : il y reçut le grand prix de l'Académie pour son maître-ouvrage Connaissance du vin, Le bréviaire de l'amateur. L’œnologue suisse ne pouvant devenir « membre titulaire » de l'Académie, l’aréopage le reçut, en 1972, en tant que « membre d'honneur », titre qu'il partagea avec le Prince Louis Napoléon (1914-1997) et le Prince Paul de Metternich (1917-1992).

    Photo et renseignements issus des Archives de l'Académie du Vin de France ; le nom de Constant Bourquin n'apparaît pourtant curieusement pas dans la liste des « Membres anciens » de l'Académie.

     

     

    Homme de conviction, Constant Bourquin étendra naturellement au domaine œnologique sa défense radicale de la liberté d'expression au service de la véridicité –le souci de dire la vérité, de rechercher le vrai– lors du discours qu'il prononça à l'occasion de sa réception en tant que membre d'honneur de l'Académie du Vin de France : « L'unique justification du métier d'écrire, c'est l'expression ponctuelle de la vérité, de ce que l'on croit être la vérité. Comme l'audace ne me fait pas peur, je n'hésite pas à affirmer que, le plus souvent, dans le domaine envisagé ici, ce que je crois, ce que nous croyons être la vérité, eh bien, c'est vraiment la vérité. Celle pour laquelle il faut se battre – à n'importe quel prix ! » (Archives de l'Académie du Vin de France).

     

     

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  • Hélène Cornette, l'amie inconnue de Léon Degrelle

     

    Sous le manteau du Caudillo [5]

     

     

    Bajo el manto.pngDepuis sa publication, nous avons passé pas mal de temps à démonter les carabistouilles présentées comme des faits historiques par le singulier prof d'unif José Luis Rodríguez Jiménez dans son bouquin Bajo el manto del Caudillo (« Sous le manteau du Caudillo », ce blog à partir du 1er septembre 2024).

     

    Venons-en finalement à la seule information inédite –et encore, pas tout à fait : voir ci-après !– qu'il nous présente, à savoir l'existence d'Hélène Cornette, l'épouse d'un agent secret espagnol sur la tête duquel Léon Degrelle aurait planté d'autres petites cornes.

     

    Mais qui est cette femme dont le nom évocateur ne fut, à notre connaissance, jamais prononcé par qui que ce soit dans l'entourage de Léon Degrelle ?

     

    Hélène Cornette (1908-1999) est une Française qui épousa à Paris, le 13 octobre 1930, Pedro Urraca Rendueles (1904-1989), policier espagnol. Leur fils unique, Jean-Louis, naquit le 27 juillet 1936, très tôt rejeté par son père : « Durant ces mois [de 1939-40], Hélène faisait des allers-retours à Sèvres pour voir sa mère, Jeanne, et son fils Jean-Louis qui vivait quasi en permanence avec sa grand-mère. Son père a toujours voulu éloigner son fils de lui et de sa femme, ou plutôt il n'a jamais voulu de lui. » (p. 25). Le détail du rejet du père est important car il expliquera la présence de l'adolescent chez Léon Degrelle.

     

     

    Gemma Catalan.jpegCe policier doit toute sa (relative) notoriété à son action d'agent secret en France où il parvint à arrêter l'ancien président de la Généralité de Catalogne, Lluis Companys. Celui-ci, lors d'un coup d’État en avril 1934, avait proclamé la république catalane et, après la victoire des nationalistes en 1939, s'était réfugié en France. Livré par Pedro Urraca à la justice espagnole, il fut condamné pour haute trahison et passé par les armes.

     

    Pour en savoir davantage sur ce policier et sa famille et leur rapport avec Léon Degrelle, nous ne nous référerons pas au seul Rodríguez, car ce n'est évidemment pas lui qui a découvert cette relation inédite.

     

    La journaliste catalane Gemma Aguilera a consacré, il y a une douzaine d'années, une biographie à ce policier, Agent 447, L'home que va detenir el president Companys (« L'Agent 447, l'homme qui a arrêté le président Companys », en catalan en 2011 ; en espagnol en 2013). Dans ce livre, l'apparition de Léon Degrelle relève plutôt de l'anecdote, ce qui la fit sans doute passer inaperçue dans la sphère degrellienne.

     

    L'auteur y dresse ce portrait assez extravagant de Léon Degrelle : « Hélène surprend son mari avec cette proposition : confier Jean-Louis aux mains d'un bon ami à elle afin qu'il le corrige comme il le mérite et qu'il l'oriente vers la carrière militaire. Il s'agit de Léon Degrelle, ex-officier de la Waffen SS condamné à mort pour crimes de guerre et alors protégé par le régime de Franco ; Hélène l'a connu à Madrid en 1946 par des amis communs. Il vit confortablement installé dans un grand domaine, La Carlina, où il s'est fait construire un manoir et quelques résidences annexes qu'il a lui-même conçues. [...] Cet homme, qui mesure 2,03 mètres et est maigre comme un clou, se présente à Jean-Louis comme un héros de guerre, bien qu'il lui ait caché que peu de jours avant la chute de l'Allemagne, il avait déjà abandonné le champ de bataille et s'était enfui loin de la progression du front allié. » (pp. 143-144 de l'édition espagnole).

     

     

     

    Affiche jugement LD Fr+Nl.png   Affiche jugement LD.jpg

     

    Léon Degrelle, « condamné à mort pour crimes de guerre » ? C'est ce qu'il se colporte gratuitement depuis toujours. Rien de plus normal qu'un criminel de guerre soit condamné à mort ! Sauf que Léon Degrelle ne l'a jamais été. Ni criminel de guerre, ni condamné de ce chef, comme le montre le placard affiché le 30 janvier 1945 sur la Grand-Place de Bruxelles : il n'y est aucunement question de quelque crime ou violence à l'égard de civils, de prisonniers ou de blessés, constitutifs de crimes de guerre selon les conventions de Genève.

     

    Léon Degrelle, un homme « qui mesure 2,03 mètres et est maigre comme un clou » ? Même le géant Otto Skorzeny, qui faisait une quinzaine de centimètres de plus que Léon Degrelle, ne mesurait « que » 1,93m (l'avis de recherche lancé par les Alliés en 1945 renseigne une taille de 6 feet 4 inches : ci-dessous à droite). Si Léon Degrelle apparaît beaucoup plus maigre qu'à l'habitude sur la photo prise dans la finca de Majalimar en 1950 en compagnie d'Otto Skorzeny (voir aussi ce blog au 3 décembre 2024), c'est qu'il avait subi, quelque temps auparavant, une grave opération de l'estomac (voir ci-après). D'après le passeport fourni par Alain Delon (ce blog au 19 août 2024), Léon Degrelle mesurait 1,78m.

     

    Sur la protection de Franco, voir ce blog au 31 mars 2021 ; sur l'évasion de Norvège à bord du Heinkel d'Albert Speer, voir ce blog aux 18 juin 2020 et 19 septembre 2024).

     

    LD Skorzeny Carlina.jpg   Wanted Skorzeny 1.jpeg

     

     

     

     

    C'est donc ce bouquin qui permit à Rodríguez d'apprendre que l'épouse du policier qui traqua l'éphémère président de Catalogne, devint une amie du nazi Degrelle. Si le peu scrupuleux historien reconnaît quand même sa dette dans ses Références archivistiques [!], le nom de la journaliste –pourtant bien marquée à gauche aussi– n'apparaît jamais dans l'Index onomastique, ni son livre dans la Bibliographie...

     

    Rodríguez portera évidemment sur ces personnes compromises dans la collaboration franco-allemande et avec le régime franquiste un regard fort négatif, –ce qui n'étonnera personne–, mais qu'il assortira de sa touche personnelle et habituelle : le flou (la mère d'Hélène est peut-être coupable de vol) et la généralisation abusive (le pillage est une habitude chez certains Français et Espagnols) qui font les bons ragots.

     

    Les jeunes gens, Hélène et Pedro, « s'étaient connus trois ans avant [leur mariage] à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, pendant les vacances de leurs parents respectifs » (p. 23). Hélène Cornette était la fille d'un premier mariage de sa mère, Jeanne Compveut (Rodríguez qui, on le sait depuis notre premier article –ce blog au 1er septembre 2024–, est un spécialiste de l'onomastique, nous explique qu' « à cette époque, les Français ne portaient que le nom du père » !), qui s'était remariée avec un veuf dont l'entreprise d'accessoires de mode avait fait faillite. Le détail est important pour la mauvaise réputation de la famille car, suite à cette faillite, les ateliers du mari avaient été transformés en appartements, dont l'un était loué à une artiste-peintre juive. Celle-ci aurait été dénoncée par Jeanne et dévalisée grâce à son gendre Pedro Urraca : « Peu après le début de l'Occupation, et avec la complicité de sa fille et de son gendre, Jeanne Compveut se servit de l'ascendance juive de Sachs et de ses amitiés de gauche pour la dénoncer à la police allemande, pénétrer dans son appartement qu'elle louait rue de l'Université et le réserver à son propre usage, après en avoir retiré le mobilier de l'artiste-peintre et, peut-être, avoir volé une partie des objets de valeur que cette dernière n'avait pas pu emporter. La pratique du pillage des biens des personnes en fuite était une habitude chez une partie des Français et du personnel allemand dans la France occupée. C'était la même chose pendant et après la guerre espagnole. Ceci fut la première, mais non la dernière action de pillage commise par Jeanne Compveut et son gendre sur des personnes craignant pour leur vie. Urraca créa un groupe –ou du moins en fit partie– destiné à spolier les familles juives qui tentaient de fuir la persécution nazie. » (p. 27).

     

     

     

    Gemma Espagnol.jpegL'édition catalane du livre de Gemma Aguilera (ci-avant) affiche le portrait de Pedro Urraca en couverture puisque c'est à lui qu'est consacrée cette biographie. Mais la traduction espagnole produit la photographie d'une foule anonyme : il s'agit de personnes regardant le cortège funèbre d'un anarchiste mort dans l'assaut d'une caserne à Barcelone en 1936 : le président de la Généralité de Catalogne, Lluís Companys, est le civil de droite (avec une pochette blanche). Vengeance posthume ourdie par la biographe de Pedro Urraca ? Sa victime lui vole en tout cas la vedette en couverture de sa propre biographie...

     

     

    « L'année 1948 commença très mal pour Urraca et sa famille. Lui-même, son épouse et sa belle-mère avaient été jugés par contumace et la Cour d'Appel de Paris avait rendu son jugement le 5 janvier, condamnant Pedro Urraca à mort pour intelligence avec l'ennemi dans la persécution de Français et lui confisquant tous ses biens. Hélène Cornette fut condamnée à cinq ans de prison, une amende de 100.000 francs, la confiscation de ses biens présents et à venir au bénéfice de la nation et l'indignité nationale, ce qui impliquait la perte de la nationalité, pour commission d'actes nuisibles à la défense nationale, en ce compris l'aide à son époux dans la collaboration avec l'ennemi et sa participation au réseau de persécution d'Espagnols et de Français. [La mère d'Hélène,] Jeanne Compveut [...] fut condamnée pour commission d'actes nuisibles à la défense nationale à deux années de prison, une amende de 100.000 francs et l'indignité nationale. Comme elle ne paya pas son amende, ses deux maisons en France [...] furent confisquées. » (p. 234).

     

    Voilà donc de bien peu recommandables personnages qui seraient entrés dans la vie d'un Léon Degrelle qui, pour avoir subi des préjudices semblables (mais sans avoir jamais été soupçonné d'avoir dépouillé qui que ce soit), ne s'en effarouchera certes pas. Selon Rodríguez, ils sont de toute façon à mettre dans le même sac, même si la Belgique ne pouvait représenter pour Hélène Cornette la même chose que pour Léon Degrelle et que les opinions géopolitiques que lui prête Rodríguez relèvent d'une évidente spéculation : « Ils partageaient un passé semblable, avec le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, leurs expériences de vaincus et de condamnés, ainsi que les liens avec la Belgique. Ils partageaient aussi le diagnostic politique sur le danger que représentait l'Union soviétique. » (p. 235).

     

    Mais comment se sont-ils rencontrés ?

     

    Rodríguez va en faire le récit assorti de ses habituelles insinuations malveillantes (notamment quant à l'endroit où Hélène et sa famille auraient caché le produit de leurs brigandages) : « Pendant ces années [d'après-guerre], aussi bien le policier que sa famille conservèrent l'immunité diplomatique et leurs passeports aux fausses identités afin de voyager dans différents pays, y compris peut-être celui où ils avaient déposé une partie de leurs biens d'origine suspecte. Ils se rendraient également à Madrid. Ce sera surtout le cas d'Hélène qui alternait des séjours de plusieurs semaines une ou plusieurs fois par an, parfois seule avec son fils, et d'autres fois avec sa mère pour visiter ou recevoir leurs amis. C'est à cette époque qu'elle connut Pilar Primo de Rivera et Clarita Stauffer et il est fort probable que ce fut cette dernière qui présenta Hélène à Degrelle, entre lesquels se serait développée une histoire d'amour. » (p. 235). Gemma Aguilera n'est guère mieux inspirée en précisant que c'est « Léon Degrelle, ex-officier des Waffen SS condamné à mort pour crimes de guerre et alors protégé par le régime de Franco qu'Hélène connut à Madrid en 1946 grâce à des amis communs. » (p. 143)

     

    Cela nous semble pratiquement impossible car après son évasion de l'Hôpital Mola, le 21 août 1946, Léon Degrelle vécut, grâce au Cuñadisimo Ramón Serrano Suñer (ce blog au 5 août 2023), en sécurité mais strictement enfermé pendant plus d'un an dans une chambre de bonnes, Calle Goya à Madrid, chez un couple de vieux retraités ignorant son identité et ne parlant pas le français. « Le Chef de Rex [...] n'en sortit jamais une fois pendant les mois qu'il y passa. Il ne reçut aucune visite. C'était la claustration totale, car ainsi seulement sa sécurité était assurée. » (Mon Combat, p. 251).

     

     

     

    Nieuwe Standaard 1946.08.27.png   Nieuwe Standaard 1946.08.28.png

    Depuis sa disparition de l'Hôpital Mola de San Sebastián, la presse voit Léon Degrelle n'importe où : qui dans une meule de foin au pays basque (AFP, 23 août 1946), qui sur un bateau argentin (Daily Telegraph, 26 août 1946), qui en Irlande (La Libre Belgique, 6 septembre 1946), en Equateur (Le Monde, 21 septembre 1946), ou au Brésil (AFP, 18 novembre 1946)...

    Reprenant une « information » du Daily Telegraph, le quotidien flamand De Nieuwe Standaard publie une caricature de Léon Degrelle en route vers (ou revenant de) « Beunos Ayres » par le célèbre dessinateur flamand Marc Sleen (auteur de la populaire série Les Aventures de Néron et Cie, publiée dans les quotidiens belges catholiques de gauche Het Volk et La Cité). À gauche, « Le Daily Telegraph communique que, selon un rapport de Madrid, Léon Degrelle se trouve à bord du navire espagnol Monta Ayala de 2.955 tonnes affrété pour Buenos-Aires. Le navire a quitté Bilbao jeudi, jour où fut communiquée la disparition de Degrelle. » (De Nieuwe Standaard, 27 août 1946) ; à droite, l'illustration de Marc Sleen dans De Nieuwe Standaard, le 28 août 1946.

    Les 2 et 10 octobre 1947, La Dernière Heure, reprenant des informations de la presse italienne, révèle que Léon Degrelle serait le chef d'orchestre du Jazzband de l'Hôtel Rivadaria, à San Sebastián (dessin de Marcel Antoine, 1897-1959, chansonnier-dessinateur célèbre avant-guerre pour son personnage de Slache, héros caricatural bruxellois) : le Ministère des Affaires étrangères belge ne manquera pas de diligenter une enquête et son chargé d'affaires à Madrid lui enverra ses conclusions judicieuses : « L'Hôtel Rivadaria n'existe pas. [...] Je suis persuadé que Degrelle ne songerait pas à se produire dans un lieu aussi public qu'un restaurant connu de Saint-Sébastien. »

    DH 1947.10.02 LD chef orchestre.JPG   DH 1947.10.10 LD orchestre Marcel Antoine.JPG

     

     

     

    Ce n'est qu'à la fin de l'année 1947, quand purent s'assouplir ses conditions de vie que Léon Degrelle fit la connaissance de Clara Stauffer, par l'intermédiaire d'amis phalangistes, anciens de la Légion Azul, qui l'aidaient à correspondre avec sa famille de Bruxelles grâce à la valise diplomatique. Très impliquée dans l'aide aux réfugiés allemands pour gagner l'Amérique latine, elle connaît aussi Pierre Daye qui essaie alors de convaincre son ami Léon Degrelle de le rejoindre en Argentine.

     

    Est-ce au même moment qu'une rencontre avec Hélène Cornette eut lieu ? Nous en doutons également car, d'une part, Léon Degrelle envisageant sérieusement de s'installer à Buenos Aires ne développe alors de vie sociale qu'utile et profitable, évitant tout comportement imprudent ou périlleux. D'autre part, depuis mai 1946, Hélène Cornette et toute sa famille (mari, fils, mère) habitent, comme le souligne Gemma Aguilera, un appartement à Bruxelles et, par ailleurs, tout au long de l'année 1947, elle « accompagne son mari dans tous ses voyages en Hollande, au Luxembourg et en Suisse, alors que sa mère et le petit Jean-Louis poursuivent une vie normale dans la capitale. » (p. 128-129).

     

    L'année 1948 est, nous l'avons vu, celle où le couple fut lourdement condamné par la justice française et Pedro Urraca, promu inspecteur de première classe travaille alors au consulat général d'Espagne à Anvers et Bruxelles, chargé de la surveillance du Parti communiste espagnol en exil. Un poste qui le confine dans la sécurité des locaux de l'ambassade.

     

    Quant à Léon Degrelle, 1948 lui fut également une année des plus pénibles : il vit caché à Torremolinos dans un isolement quasi complet et apprend la mort en prison de son père et de son beau-frère Charles Raty. Sa blessure au ventre provoquée par l'explosion d'un obus sur le front du Caucase en 1942 s'infecte à nouveau, provoquant des hémorragies internes qui nécessitent une opération d'urgence. Elle se pratiquera en septembre, suivie d'une longue convalescence où il perdra une trentaine de kilos (une nouvelle opération chirurgicale sera nécessaire en octobre 1950).

     

    Ce n'est qu'au printemps 1949 que, grâce à son ami le ministre du Travail José Antonio Girón, il pourra trouver un logement sûr dans la grande finca sévillane de Majalimar où il demeurera jusqu'en 1954. Il y écrira son grand récit autobiographique Mon Combat (voir ci-avant), le poème Les Îles blanches resté inédit, le roman La Grande Bagarre (ce blog au 26 mai 2016) et Les Âmes qui brûlent, ouvrage, selon son traducteur espagnol, l'éminent académicien Gregorio Marañon, « étincelant comme une flamme, [...] d'une beauté impossible à surpasser », ce blog au 24 janvier 2023). C'est également de Majalimar qu'il se lancera dans ses premières affaires commerciales et industrielles (ce blog au 3 décembre 2024) lui permettant d'acquérir en 1952 un ancien vignoble dans le village de Constantina et d'y construire son vaste domaine de La Carlina où il emménagera définitivement en avril 1954, à la mort du propriétaire de Majalimar, emporté par un cancer de l'estomac.

     

     

     

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    Au-dessus, l'entrée principale de la finca Majalimar (photographie contemporaine) ; au-dessous, le pavillon où résida Léon Degrelle de 1949 à 1954. Ce vaste domaine agricole de 1200 ha appartenait au plus important industriel lainier de la région de Salamanque, Leandro Cascón Pablos (1883-1954), ami proche du ministre du Travail José Antonio Girón. Le pavillon occupé par Léon Degrelle, construit sur un promontoire dominant la finca, était protégé par une vaste clôture de fer forgé. L'entrée, décorée par des azulejos religieux, exprime le fervent catholicisme du propriétaire qui, tout comme Léon Degrelle (ce blog aux 2 septembre 2023 et 18 octobre 2024), effectuait fréquemment des pèlerinages, notamment en Terre Sainte. La faïence placée à droite de la porte de chêne ouvragé sous le portique d'entrée invoque la Vierge (« Ave Maria »). Au-dessus, un azulejo plus grand représentant le Christ qui désigne son cœur marqué par les stigmates de la Passion place l'habitation sous la protection du Sacré-Cœur : « Je bénirai les maisons où l'image de mon cœur sera exposée et adorée. Les personnes qui propagent cette dévotion auront leur nom gravé dans mon cœur et il n'en sera jamais effacé. »

    La tradition de consacrer sa demeure au Sacré-Cœur de Jésus remonte aux visions de Marguerite-Marie Alacoque qui, au XVIIe siècle, se vit chargée de propager le culte du Sacré-Cœur, ainsi qu'à l'institution officielle de sa fête par le pape Pie IX, deux siècles plus tard. Cette dévotion connaîtra un regain de popularité lors du Congrès eucharistique de Lourdes en août 1914 liant son culte à l'établissement de la royauté du Christ dans le monde. Comment le défenseur des Cristeros (ce blog, entre autres, au 7 février 2019), fondateur du mouvement Rex prêchant la révolution des âmes en l'honneur du Christ-Roi, n'y aurait-il pas été sensible ?

    Ci-dessous, à gauche, l'entrée du pavillon de Léon Degrelle (photographie contemporaine) ; à droite, Léon Degrelle amaigri par ses graves opérations de 1948 et 1950.

     

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    À suivre