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légion d'honneur

  • Le « Père Jambon », chevalier de la Légion d'honneur

     

     

    À propos d'Édouard, le Papa de Léon Degrelle

     

    En consultant nos archives rivaroliennes pour le 75e anniversaire de l'hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne (ce blog au 30 janvier 2026), nous avons retrouvé le tout premier courrier que nous lui avons adressé : c'était en février 2010 ! À cette époque, Rivarol publiait une rubrique « La cuisine de notre Europe » tenue par Franck Nicolle, auteur d'ouvrages consacrés aux cuisines régionales et – surtout !– chef d'un fameux petit restaurant vosgien remarqué et recommandé par tous les guides gastronomiques.

     

    Rivarol 2010.01.29.jpeg

     

    Nous réagissions à la chronique du 29 janvier 2010 « Un gai luron des Flandres, s'en va en Wallonie », truffée de références degrelliennes, issues notamment du livre sans doute le plus difficile à trouver de Léon Degrelle, Tintin mon copain, comme en témoigne le portrait tintinesque du jeune Léon extrait des dessins de la quatrième page de couverture, ainsi que l’évocation de Christian Simenon (le « frère de », Volontaire du Front de l’Est engagé à la Légion Étrangère et tombé en Indochine) évoqué en fin d'article et qui fait l'objet du trente-cinquième chapitre de l'ouvrage posthume du Commandeur de la Légion Wallonie.

     

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    Nous souhaitions en fait corriger et préciser les quelques détails donnés à propos d'Édouard, le Papa de Léon Degrelle que Rivarol résumera dans le courrier des lecteurs (le fameux « Droit aux lettres »), le 12 mars sous le titre « Précisions sur le père de Léon Degrelle ».

     

    Ainsi Franck Nicolle racontait-il l'origine de la présence d'Édouard Degrelle en Belgique : « son père était brasseur en France avant de s'expatrier en Belgique en 1901, fuyant la répression anticatholique ».

     

    S’il est vrai qu’Édouard Degrelle, né en 1872 à Solre-le-Château (France, ce blog au 24 janvier 2023), fut brasseur, il n’exerça son métier qu’à Bouillon et ce, bien avant 1901. Et si les lois anticléricales françaises obligèrent effectivement les communautés religieuses enseignantes à s’expatrier, elles n'eurent aucun effet sur la vie des Degrelle qui se partagent depuis (presque) toujours entre les deux pays. Même les trois frères jésuites d’Édouard (Henri, Louis et Célestin, ordonnés prêtre respectivement en 1888, 1890 et 1899) n'exercèrent leur sacerdoce qu'en Belgique, Édouard lui-même effectuant ses études (comme d'ailleurs plus tard, son fils Léon) au Collège jésuite Notre-Dame de la Paix de Namur, puis à l’Université Catholique de Louvain où il obtint son diplôme d’ingénieur agronome et brasseur en 1894.

     

     

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    Quand les Degrelle vont de France en Belgique, on ne peut vraiment parler d'expatriation, car la nombreuse famille dont Chantal Degrelle (ce blog au 2 septembre 2023) dressa l'arbre généalogique à partir du Livre de Raison hérité de son Papa (ce blog au 24 janvier 2023) se partagea dans une zone géographique située de part et d'autre de l'actuelle frontière séparant la France de la Belgique (le nom des bourgades où s'établirent les Degrelle est écrit à l'encre rouge ; documentation © Jacques de Schutter). Pour Léon Degrelle, « l'Ardenne est coupée par la frontière belgo-française, ligne arbitraire, souvent modifiée, région pleine de simplicité et de noblesse. » (Mon Combat, s.l., s.d., p. 20).

     

     

    C’est alors qu’il effectuait un stage de régisseur au château de Leignon qu’il tomba amoureux de Marie-Catherine Boever qu’il épousa le 23 juin 1895.

     

    Un an plus tard, le couple s’installait à Bouillon où Édouard avait racheté l’une des trois brasseries actives dans la cité ardennaise. Il demanda immédiatement la nationalité belge : c'est un arrêté royal du 14 octobre 1899 qui lui accorda la grande naturalisation (publication au Moniteur belge, le 1er novembre 1899).

     

    Pourquoi Bouillon ? « Car la jeune madame Degrelle [originaire de La Roche, à une bonne soixantaine de kilomètres] souhaite ne pas trop s’éloigner de sa famille et plus rien n’attire le jeune brasseur en France ». (Jean-Marie Frérotte, Léon Degrelle, le dernier fasciste, p. 9). Ajoutons que le bourgmestre de la petite ville ardennaise, le notaire François Marquet (1862-1936), était un cousin de la mère de son épouse.

     

    Brasseur à Bouillon, Édouard ne produisit cependant jamais –malgré l'affirmation de Franck Nicolle– de gueuze, dont l’élaboration est réservée à la vallée de la Senne bruxelloise dont l’air est, paraît-il, le seul à bénéficier des indispensables ferments Brettanomyces bruxellensis...

     

     

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    C'est le 17 juin 1896 qu'Édouard Degrelle acquit la Brasserie Rogissart, la plus ancienne des trois que comptait Bouillon. Il en conserva le personnel, dont le vieux maître-brasseur de 75 ans, Jules Willaume, qui signera en tant que témoin le registre de la naissance de Léon Degrelle (ce blog au 15 juin 2023).

     

    L'en-tête de ses factures montre qu'Édouard Degrelle ne brassait pas seulement les bières, mais faisait également commerce d'alcool. Malgré que le Comte de Flandre, le prince Philippe, frère cadet de Léopold II et père du futur Albert Ier, fût décédé depuis le 17 novembre 1905, la brasserie d'Édouard Degrelle continua d'utiliser la qualité de fournisseur breveté de sa maison (le titre de comte de Flandre sera attribué une dernière fois, en 1910, à Charles, frère du futur Léopold III et lui-même futur régent du Royaume, ce blog aux 15 août 2021 et 22 mai 2023).

     

    On sera peut-être surpris de voir cette facture de boissons alcoolisées adressée aux Sœurs Visitandines du couvent des Abys, à Paliseul : elles se fournissaient d'une bière légère, à faible degré d'alcool et riche en nutriments.

     

    Soeur Marie Degrelle.jpgAyant préféré quitter l'Allemagne suite au Kulturkampf de Bismarck entendant soumettre le clergé à l'État, des religieuses de l'Ordre de la Visitation de Sainte Marie ouvrirent, en 1874, un pensionnat au château des Abys près de Paliseul, non loin de Bouillon : Marie, Jeanne et Madeleine, les sœurs aînées de Léon Degrelle y firent leurs classes secondaires. Mais Marie poursuivit ses études à la maison-mère de Coblence, ce qui décida probablement de sa vocation : elle rejoindra le monastère des Abys le 7 décembre 1921 et prononcera ses vœux définitifs le 28 décembre 1925 (ce blog au 15 juin 2021).

     

     

    Sans doute n'est-il pas inutile de rappeler qui fut vraiment Édouard, le Papa de Léon Degrelle. Élu dès 1904 conseiller communal de Bouillon, il fut également conseiller provincial du Luxembourg, puis, en 1921, député permanent, poste qu’il garda jusqu’à la guerre lui permettant d'exercer occasionnellement la fonction de gouverneur de la province de Luxembourg. Il sera également élu député du Parti catholique jusqu’en 1936, année où il siégea désormais en tant que député rexiste.

     

     

    Av.Lux. 1904.06.11 a.png   Av.Lux. 1904.06.11 b.png

    Le 11 juin 1904, le quotidien catholique L'Avenir du Luxembourg –fondé par le père de son épouse, le Dr Jules Boever (1857-1916)– rend naturellement compte des manifestations saluant l'éclatante victoire d'Édouard Degrelle aux élections provinciales du 5 juin 1904.

     

     

    Ajoutons également que suite à ses activités patriotiques au cours de la Grande Guerre, Édouard Degrelle se vit octroyer la Légion d’honneur en 1925 : dès après l’armistice cependant, le 20 décembre 1918, le maréchal Pétain vint en personne à Bouillon lui annoncer cette nouvelle, rencontrant ainsi pour la première fois le petit Léon âgé de douze ans, dont il tint la main dans la sienne durant toute sa triomphale traversée pédestre de Bouillon (ce blog au 30 avril 2016).

     

    C’est dire qu’Édouard Degrelle fut un personnage important de la vie politique de Bouillon.

     

     

     

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    L'Avenir du Luxembourg détaille, dans ses éditions du 21 mars 1925, les motifs qui firent d'Édouard Degrelle un chevalier de la Légion d'honneur. Les services exceptionnels rendus par le « Père Jambon » furent tellement décisifs pour la victoire de Verdun que le maréchal Pétain vint annoncer en personne cet honneur au récipiendaire et, en hommage spectaculaire à la petite bourgade qu'habitait le tranquille héros, confia à Bouillon deux canons pris à l'ennemi. Ces pièces d'artillerie allemandes offertes par le vainqueur de Verdun furent longtemps exposées dans la cour d'honneur de la forteresse de Godefroid de Bouillon (ce blog au 30 avril 2016).

     

    Bouillon Canons Pétain.jpeg

     

     

    Aussi, le plus dérangeant dans l'article du gastronome rivarolien sur le père de Léon Degrelle est certainement la reprise inconsidérée du commérage d’un « résistant ». Il s'agit d'un certain Albert Millard, s'épanchant dans Le Soir du 28 février 2009, à l'occasion de la présentation du film Léon Degrelle ou la Führer de vivre, diffusé le 5 mars suivant en « prime time » par la télévision belge (ce blog, entre autres, au 2 septembre 2023), puis, dans une version sensiblement différente par FR3, deux ans plus tard, le 5 septembre 2011 à minuit (si tard, probablement pour en réduire encore l'impact).

     

    La gazette bruxelloise présentait ce vieux Bouillonnais comme un témoin de la vie de la cité ardennaise d'avant-guerre d'autant plus crédible qu'il aurait été l'innocente victime d'un Léon Degrelle ivre de vengeance après l'assassinat de son frère, alors que lui-même ne serait que bienveillance et réconciliation, Le Soir saluant ainsi son exemplaire « absence de rancœur » : « Albert Millard, qui a pourtant fait partie en 1944 des otages dont la mort fut exigée en vain par Léon Degrelle, préfère l’anecdote à l’anathème. [...] Albert Millard ne connaît pas la haine. Faut regarder vers le futur » (p. 13).

     

    Et pourtant le ragot de ce bonimenteur trop gentil pour être désintéressé vaut son pesant de règlement de comptes, trop complaisamment cité in extenso : « Le père Degrelle, on l'appelait le Père d'Jambon. En échange d’un service, quelqu’un [...] avait fait croire [à Édouard Degrelle] qu’il allait recevoir un jambon via le tram. Et chaque jour, il montait tout là-haut pour aller chercher son jambon qui n’est bien sûr jamais arrivé. On s’amusait beaucoup en le voyant passer » (Le Soir, 28/02/2009, p. 13 ; Rivarol, 29/01/2010, p. 13). Cette fabulation revient à prétendre qu’Édouard Degrelle n’était qu’un cupide imbécile avec les pieds duquel il était facile et amusant de jouer.

     

    P.Jambon Meuse 1994.04.02.jpegLe don d'un jambon en rétribution d'un service rendu par le député est néanmoins avéré –et salué– par d'autres témoins. C'est ainsi qu'à l'occasion de la disparition du plus célèbre Bouillonnais (avec Godefroid, le chef de le première Croisade), le quotidien liégeois La Meuse envoya son reporter quêter quelque information négative dans sa ville natale. Mais c'est à peine si les souvenirs récoltés exprimèrent l'antipathie sollicitée : « Les anciens se rappellent davantage du [sic] père, député. On l'appelait le père Jambon. Pour les services rendus, il demandait toujours un jambon. Pas un mauvais bougre, le père Degrelle. » (La Meuse, 2 avril 1994, p. 10).

     

    De même l'historien régional Arthur Mousty, par ailleurs ancien Chasseur Ardennais et résistant : « [Le père de Léon Degrelle] occupait diverses fonctions au gouvernement provincial. Les requêtes présentées à ce parlementaire influent recevaient généralement un favorable aboutissement. L'offrande discrète d'un gros jambon témoignait de la reconnaissance du solliciteur. C'était connu et admis. Le geste était d'autant mieux apprécié que la famille comptait 8 enfants. » (« Une dernière page sur Léon Degrelle », in Feuillet d'informations du Cercle d'histoire et de folklore « Terres d'Herbeumont à Orchimont » n° 56, Printemps-Été 2004. Précisons que la famille Degrelle comptait en réalité sept enfants, le second (et premier fils), Édouard –7 mars 1901-12 novembre 1902–, ayant été emporté par une méningite à l'âge de vingt mois : ce blog au 15 juin 2020).

     

     

    Bouillon Tram Tunnel.jpeg

    Dès son arrivée à Bouillon, Édouard Degrelle s'impliqua dans la vie économique, politique et sociale locale, et plus particulièrement dans la Société nationale des chemins de fer vicinaux, s'efforçant de désenclaver le petit bourg, notamment par l'ouverture, en 1910, d'une ligne la reliant, au sud, à la plus proche ville (française), Sedan. Pour ce faire, il fallut creuser un tunnel de 90 mètres sous le château-fort pour relier Bouillon à Corbion. Édouard Degrelle travailla également à l'ouverture d'une ligne vers l'ouest reliant Corbion à Pussemange (sur la frontière), Gespunsart et Nouzonville (en France), qui fut ouverte en 1925. La menterie sur l'origine du surnom d'Édouard élaborée par le trop prévenant Millard voulait-elle brocarder à la fois son amour du bon jambon et son dévouement pour le développement du tram vicinal ?...

     

     

    Est-ce pour cette habitude bien connue de récompenser d'un jambon les services rendus qu'un autre historien de Bouillon, Jean-Marie Frérotte, soulignait, dans sa biographie de 1987, l'importance des réserves de jambon chez les Degrelle ? « Le jambon ! Chez Degrelle, on dépassait parfois la vingtaine de jambons en réserve. On le consommait très sec et le temps ne faisait que l’améliorer. Un jour, la ficelle d’attache de l’un d’eux ayant rendu l’âme au crochet du plafond, madame Degrelle s’en tira avec une épaule cassée... » (Frérotte, p. 14).

     

    Mais les Degrelle élevaient eux-mêmes leurs animaux de ferme et la préparation des cochonnailles et des fameux jambons donnait lieu à des réjouissances dont la crudité ne serait sans doute plus de mise aujourd'hui !

     

    « Mais le cochon était le roi, le roi auguste

    Dont chaque grognement était vrai, noble, juste.

    Pendant des mois, on l’avait engraissé de son

    Gluant et des déchets de toute la maison.

    Il sentait bon le chaud, le purin vert des flaques.

    On lui donnait sur le fessard de larges claques,

    En vieil ami, et un peu aussi pour savoir

    Jusqu’où pouvait monter nos calculs, nos espoirs !

    Il agitait son nez tout mouillé de mangeaille,

    Bougonnait, regardait d’un œil chassieux, canaille.

    On l’aimait bien, pour le présent, pour le futur

    Surtout, où ses jambons pendraient, fumés et durs !

    Décembre le voyait conduit, apoplectique,

    À dix pas : les derniers avant l'assaut fatal.

    On s'abattait à cinq ou six sur l'animal.

    Il hurlait. Le sang chaud jaillissait, magnifique,

    Qui revivrait tantôt dans les boudins luisants.

    Le cochon s'agitait. On appelait à l'aide.

    Il fallait s'étendre sur lui, énorme et raide.

    Nous courions, affolés et ravis, entassant

    La paille qui purifierait son poil rebelle.

    Puis on sortait, des flancs mouillés, ouverts, béants,

    Des tripes qui glissaient, des organes fumants,

    De la graisse aux festons pareils à des dentelles.

    Les grandes émotions, demain, pourraient venir :

    Tout était prêt pour, puissamment, les accueillir ! »

    (La Chanson ardennaise, à la Feuille de Chêne, 1951, p. 190).

     

     

     

    Bouillon Panorama.jpeg

    Les rails du tram vicinal venant de Paliseul dominaient Bouillon, avant d'arriver à la gare, rue de la Station, en léger surplomb de la rue du Collège où se trouvait la brasserie Degrelle. On voudrait aujourd'hui nous faire croire qu'Édouard Degrelle aurait gagné son surnom de Père Jambon par sa crédule niaiserie l'obligeant à gravir quotidiennement ces quelques mètres pour un jambon fantôme promis par un solliciteur indélicat. Comme si un débiteur de l'influent député catholique se fût permis pareil affront. Seul un antidegrellien à la rancune retorse a pu –longtemps après que la soi-disant Épuration eut anéanti le vieil homme pour cause de paternité– imaginer cette mauvaise fable sans moralité.

     

     

    On ne peut que constater que le si bienveillant témoin du Soir est bien seul à dévaluer l'aide concrète fournie par le député à ses concitoyens en ridiculisant son surnom. Car « Père Jambon » n'est a priori aucunement péjoratif, sauf à y ajouter un commentaire sournoisement négatif (s'il s'était agi d'éreinter le penchant d'Édouard pour le bon jambon, la rosserie populaire n'avait que l'embarras du choix : « grippe-jambon », « tire-jambon », « jambonnard », « jambonneux », etc.).

     

    Jean-Marie Frérotte déjà cité commence d'ailleurs sa biographie de Léon Degrelle en rappelant cette innocente coutume patronymique (consistant souvent aussi à préciser simplement le prénom par l'article défini : ce blog au 25 décembre 2016) : « C’est une habitude ancestrale, dans le Luxembourg et particulièrement en Ardenne Bouillonnaise, d’attribuer à chacun , parfois de lui infliger, un surnom ou un sobriquet qu’il gardera toute la vie. C’est souvent un reflet de la malice publique, et cela correspond à l’une ou l’autre des particularités du porteur. » (p. 7).

     

    Et Léon Degrelle lui-même avait plaisir à expliquer l'origine du surnom paternel, comme le détailla notre courrier à Rivarol, en réponse à l'article de Franck Nicolle : « Léon Degrelle, au détour d’une conversation, nous confia que son père était parfois appelé affectueusement Père Jambon. Son père, député permanent, était fréquemment sollicité par ses concitoyens pour de multiples services. Un jour qu’un brave homme sans fortune lui demandait comment il pourrait le remercier, il lui répondit: Tu n’as qu’à me donner un jambon à l’occasion. Sans doute l’histoire s’est-elle vite répandue que le député se contentait pour les services qu’il pouvait rendre d’un simple jambon fumé dont Bouillon s’est fait une spécialité, car depuis lors, nombreux furent ceux qui, le sollicitant, venaient chez lui automatiquement avec un jambon. D’où le surnom de Père Jambon ».

     

    Ce souvenir personnel n'est attesté par aucun document ni enregistrement, mais vaudra certainement, pour tout honnête homme raisonnable, cultivé, averti, autant sinon davantage que le racontar dudit Millard (de carabistouilles) !...

     

     

    LD Banquet familial.jpg

    « Rien n'empêche un brasseur d'aimer le vin : la cave dorlotait en permanence six à sept mille bouteilles d'un vin qui adorait vieillir. Chaque année [...], se décidaient les acquisitions de bourgogne. » (Frérotte, p. 14). Papa Degrelle –Père Jambon– sert son vieux bourgogne à la tablée familiale qu'en cette fête mariale du 15 août, ses enfants ont rejointe pour célébrer leur Maman. Autour de la table, nous croyons reconnaître (de g. à dr.) Marie-Paule Lemay, l'épouse de Léon Degrelle qui tient près de lui les deux charmantes petites filles de sa sœur Louise-Marie (dont Ghislaine, qui permit à son jeune cousin Léon-Marie de retrouver son Papa en 1958 : ce blog au 5 novembre 2022) ; ses sœurs Madeleine (ce blog au 20 mars 2020) et Suzanne ; son frère Édouard et Ghislaine Marchand, son épouse ; Charles Raty (ce blog au 13 mars 2023) et sa femme Jeanne, sœur aînée de Léon.

     

    Gageons que figurait au menu le goûteux jambon de Bouillon, délicatement séché dans le fumoir aux senteurs des forêts ardennaises.

     

     

     

  • Georges Suarez et Léon Degrelle

     

    Une amitié qui a tourné au vinaigre...

     

    Le portrait sympathique que Georges Suarez (1890-1944) offrit à Léon Degrelle dans son reportage sur La Belgique vivante (ce blog au 15 juin 2025) ne constitua en réalité qu'une louange tout à fait ponctuelle et opportuniste.

     

     

     

    Georges Suarez à LD Echos 1933.01.08.png

    « À Léon Degrelle en hommage affectueux à sa jeunesse chaude et irrésistible, Georges Suarez ». Lorsqu'ils nouèrent des liens dont la vive amitié s'exprima dans La Belgique vivante, le célèbre journaliste parisien offrit au jeune chef de Rex, de quinze ans son cadet, sa photo à la dédicace cordiale : elle sera publiée par l'hebdomadaire Échos, le 8 janvier 1933.

     

     

    En écrivant son article consacré à l'Association catholique de la jeunesse belge et à son aumônier général, Mgr Picard (L'Écho de Paris, 3 novembre 1931), Suarez ne pouvait pas ne pas rencontrer Léon Degrelle à Louvain puisqu'en 1930, le prélat se l'était adjoint comme directeur des Editions Rex (établies au domicile de Mgr Picard, 52 rue Vital Decoster, où habitait également le jeune homme jusqu'à son mariage en mars 1932).

     

    Manifestement, le courant était magnifiquement passé puisque l'auteur mania tout de go l'hyperbole chaleureusement enthousiaste pour décrire en «  mon ami Léon Degrelle, [...] le plus prodigieux mélange de mysticisme, d'ingénuité, de malice, de calcul, de spontanéité et de goût à la vie ». Saluant ses multiples talents : « Il écrit des livres pleins de verve ; il rime avec bonheur. Il a le génie de l'épigramme gaie » et célébrant particulièrement aussi son « beau courage d'apôtre » : « Pendant les persécutions contre les catholiques au Mexique, il partit un beau jour, un petit sac à la main, fit le voyage dans la cale d'un paquebot, et débarqua à Mexico, sous un nom d'emprunt, malgré la police qui le recherchait ; traqué par les agents du gouvernement, il fit cependant une enquête complète qui a paru récemment aux Éditions Rex ».

     

    Six ans plus tard, il ne reste plus rien de cette admiration amicale. Le portrait de Léon Degrelle que dresse, en 1937, Georges Suarez prend l'exact contre-pied de son article tout empreint de sympathie de 1931.

     

    C'est dans la perspective de la fameuse élection partielle bruxelloise de 1937, biaisée par le ralliement paniqué de tous les partis à la candidature unique du Premier ministre Paul Van Zeeland, que, brûlant ce qu'il a adoré, Georges Suarez claironnera son soutien fervent au bankster-champion de la particratie. Et ce, non pas dans l'une des grandes publications parisiennes habituées à recevoir sa signature, tels L'Écho de Paris, Le Temps ou Gringoire, mais dans l'éphémère revue Demain présentée par Le Pays réel comme « un petit hebdomadaire de droite », probablement la publication de Jacques La Brède (1900- ?, président d'une Confédération générale des classes moyennes), se présentant pompeusement comme « le grand hebdomadaire des énergies françaises et des actualités mondiales » et qui vivotera dix mois, jusqu'à la première semaine d'octobre 1937.

     

    Soir 1937.03.31 Suarez Blog.pngIl faut croire qu'un service de presse diligent fut assuré aux journaux belges, mais seuls trois quotidiens s'en firent l'écho, de concert, le 31 mars 1937 (Le Vingtième Siècle, La Wallonie, Le Soir). En voici le texte reconstitué à partir de la version publiée par Le Soir (voir ci-contre, le début), complétée (en gras) par une partie censurée car trop évidemment erronée, mais reproduite par Le Pays réel pour en souligner la vaine méchanceté.

     

    « Je ne sais pas quel destin est réservé à M. Léon Degrelle. Dans une période troublée comme celle que nous traversons, tout est possible, même ce qui ne l'est pas.

     

    Nous avons vu, dans un département de France, un demi-fou, M. Archer, succéder dans l'exercice du mandat législatif à un autre demi-fou, Philibert Besson.

     

    Il ne faut donc pas s'étonner de l'importance démesurée qu'a pu prendre soudainement dans la politique belge, dans un pays de réalistes et d'hommes d'affaires, le truculent et clownesque Léon Degrelle. J'ai connu personnellement Degrelle quand il était encore à tirer les cordons de sonnette de ses ennemis personnels dans la bonne et studieuse ville de Louvain. Ce joyeux luron, qui était le principal auxiliaire de Mgr Picard... avait imaginé tout d'abord de régénérer l'humanité et de la réconcilier dans l'amour du Christ-Roi. Ce sentiment, quoique pas très nouveau, n'eût naturellement pas manqué de noblesse s'il ne s'était pas associé assez vilainement à des entreprises commerciales d'un but moins élevé et à un bluff effronté. C'est ainsi qu'une certaine histoire de voyage au Mexique au moment des persécutions des catholiques dans ce pays fut l'objet de certaines contestations où Léon Degrelle ne semble pas avoir eu le dernier mot. La maison d'éditions “Rex”, qu'il avait fondée à Louvain, avec l'argent des dévots, ce qui le dispensait d'attendre vainement l'impression de ses livres chez un éditeur, publia sous sa signature un récit effarant des atrocités dont il affirmait avoir été le témoin à Mexico. Mis en demeure de prouver s'il avait été réellement au Mexique, il ne le put pas, et aujourd'hui, pour quantité de Belges qui aiment encore la “zwanze”, Léon Degrelle est devenu le roi des farceurs.

     

    Degrelle est, en même temps, poète et père de famille. Ses vers ne se distinguent guère de ses divers genres d'activités que par l'incognito qui les couvre, tandis que nul n'ignore sur cette planète que Léon Degrelle porte avec un désespoir sans discrétion le poids d'un veuvage prématuré, et avec un bonheur qui ne connaît point de silence, la fierté d'être père. Toutes ces choses respectables, vénérables, que chacun garde pour soi, dans une intimité pudique, M. Léon Degrelle les a hurlées entre quelques grasses injures à ses adversaires dans toutes les réunions publiques de la Wallonie et des Flandres. Il attendrissait les foules sur son propre cas, les faisait gémir avec lui sur ses malheurs, ou partager ses joies familiales. C'est avec des trucs aussi gros que Léon Degrelle a pu se tailler une place dans ce petit pays de Belgique où, pourtant, les gens serrent les coudes et ne cèdent pas volontiers leur place à un autre.

     

    PR 1937.04.01 Suarez Blog.png

     

    Étant sans scrupules, est-il aussi sans idées ? La médiocrité de son programme convient merveilleusement au camelot en plein vent qui fait le fond de son personnage. Sans culture, sans doctrines, mais pourvu d'un inimitable bagout, il est un signe des temps, le témoignage de ce que peut produire une démocratie quand l'affaissement du niveau moral et intellectuel le livre aux entreprises du plus audacieux.

     

    Au moins, l'Italie s'est donnée à un homme qui avait derrière lui la féconde expérience de l'école révolutionnaire et marxiste. L'Allemagne en a choisi un autre qui, pour être moins brillant que le Duce, a pendant vingt ans fait ses preuves comme conspirateur et chef de bandes. Rien de tout cela chez Degrelle. Les cordons de sonnette de Louvain, les voyages postiches à Mexico, l'amour du Christ, richement nourri de bonne bière et de gueuletons, c'est tout le passé de Degrelle. On est un peu effaré de penser que la vaillante Belgique peut avoir demain pour chef cet obscur galopin.

     

    Que ce garçon sans envergure puisse être comparé, ne fût-ce qu'un instant, à un homme tel que M. van Zeeland, c'est vraiment une chose incroyable ! Il est vrai que, sur un plan plus réduit, nous voyons cela journellement dans les congrès des partis. Un obscur militant devient soudainement célèbre pour avoir donné la réplique à un Léon Blum ou à un Édouard Herriot. Il y a quelques années, M. Herriot ne pouvait affronter les congrès de son parti sans essuyer les lourdes et véhémentes attaques d'un de nos bons confrères, de qui le cerveau n'était pas à la hauteur de sa facilité verbale. À force de combattre son président, il était devenu presque aussi célèbre que lui ; mais il commit la faute, un jour, de quitter le parti radical. Ainsi il se priva de la publicité que M. Herriot ne manquait pas de lui faire partager en lui répondant. Depuis, nul ne sait ce qu'est devenu notre critique. Le duel van Zeeland-Degrelle ressemble un peu à celui de M. Herriot. Si Degrelle n'avait pas devant lui un van Zeeland, personne ne connaîtrait son nom. C'est la rançon des démocraties. »

     

    Commentaire malicieux publié dès le lendemain par Le Pays réel (portant en titre la manchette de l'hebdomadaire, « Informer sans déformer » !) : « Les petits Belges apprendront avec curiosité que Léon Degrelle est veuf ; et la plus étonnée sera sans doute Madame Degrelle, dont la santé est heureusement excellente en tout point. Par ailleurs, les rexistes tiendront à faire connaître à ce gratte-papier, plein de suffisance très parisienne que s'ils sont venus à Rex en grandes masses, ce n'est pas à cause des affaires familiales du chef de Rex mais pour de bonnes et solides raisons.

    L'article en question est reproduit pieusement par la presse domestiquée. Le Soir notamment le transcrit intégralement à l'exception du passage vraiment trop ridicule que nous reproduisons.

    Les lecteurs de ce petit pays qu'est la Belgique ne sont pas tout a fait aussi jobards que ceux du grand pays sur lequel règne Léon Blum et qu'endoctrinent des journalistes du type de Suarez. »

     

     

    Peuple 1937.04.01.png   DH 1937.04.07 p.1.png

     

    L'élection législative du 11 avril 1937 à Bruxelles permit aux caricaturistes de s'en donner à cœur joie contre Léon Degrelle, poison hitlérien (à gauche, Le Peuple, 1er avril 1937 ; à droite, La Dernière Heure, 7 avril 1937).

     

     

    Il ne fait guère de doute que cet article répond à une commande : il a manifestement été demandé à Georges Suarez de rédiger rapidement un persiflage brocardant Léon Degrelle à l'occasion de l'élection du 11 avril 1937 à Bruxelles. Mais comme, depuis son reportage de 1931, il n'a plus mis les pieds en Belgique et ne s'est plus intéressé à l'histoire de Rex et de son chef, Suarez en est réduit à retravailler dans un sens on ne peut plus négatif la seule chose qu'il connaisse de Léon Degrelle : le portrait élogieux qu'il en avait lui-même tracé dans La Belgique vivante ! Le tout saupoudré d'infos reçues pour la circonstance.

     

    Il reprendra donc les éléments de son article originel, les déformant et les resituant dans un contexte négatif, transformant ainsi « le plus prodigieux mélange de mysticisme, d'ingénuité, de malice, de calcul, de spontanéité et de goût à la vie » de 1931 en un « truculent et clownesque Léon Degrelle ».

     

    Et donc, terminées les farces qui faisaient « à Louvain la joie des veillées trop longues, dans les brumes de l'hiver » ; dénigrée « cette collaboration sentimentale et intellectuelle » avec Mgr Picard, et même nié le « beau courage d'apôtre » de Léon Degrelle partant au Mexique « pendant les persécutions contre les catholiques, [...] traqué par les agents du gouvernement »...

     

    C'est tout le portrait de La Belgique vivante qui est réécrit à l'envers !... Mais d'où peut bien venir l'initiative de cette refonte saugrenue ?

     

    La baliverne du faux voyage au Mexique reprise par Suarez pourrait bien nous indiquer l'origine, sinon de son commanditaire, du moins de son informateur.

     

     

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    Anti-degrellien professionnel, c'est-à-dire lamentable concierge fouille-poubelles, Frédéric Denis bénéficia d'un service de presse privilégié lui offrant la primeur, pour Le Peuple du 30 mars 1937 (à gauche), de la mauvaise action de Georges Suarez. Il compléta son article en même temps que les autres quotidiens le lendemain, dans l'autre journal socialiste La Wallonie (à droite).

     

    Léon Degrelle lui régla son compte dans le chapitre consacré à la presse collaborationniste de son premier livre publié après-guerre, le présentant comme « un énergumène, toujours aviné, de la presse socialiste, le nommé Denis Frédéric, rédacteur du Peuple d'avant la guerre et... d'après la guerre [« Une allusion laisse penser que F. Denis est décédé suite à des problèmes d'alcoolisme », Daphné de Marneffe, Entre modernisme et avant-garde, thèse de doctorat, Université de Liège, 2007, p. 157].

    Jusqu'au 10 mai 1940, cet éboueur avait déversé chaque jour des tombereaux d'ordures sur Hitler et sur le national-socialisme. D'une bêtise asine, l'ostrogoth courut se jeter aux pieds des Allemands vainqueurs, les bassinant, leur rompant la cervelle, espérant obtenir d'eux de pouvoir rééditer un Peuple cuisiné à la sauce nationale-socialiste. La Propaganda Staffel l'envoya faire lanlaire.

    C'est le même collaborationniste rembarré –à son grand désespoir alors– qui écrivit d'une plume vengeresse, en 1945, un livre intitulé La Presse au Service de l'Hitlérisme ! Il ne manque à ce livre qu'un chapitre autobiographique. » (La Cohue de 1940, p. 251-252 ; si nous n'avons pas trouvé trace de ce livre, Denis ne mâchait pas ses mots dans sa gazette pour dénoncer les « collaboches », « le traître Poulet » ou justifier l'emprisonnement dans les « camps d'internement des inciviques », de « tout jeunes gens dont on se demande s'ils avaient bien quatorze ou quinze ans lorsque les Allemands occupèrent le pays » car « après tout, ces jeunes gens-là ne sont peut-être pas les moins contaminés par l'idéologie nazie, prêts à recommencer si l'occasion s'en présentait » ! ).

     

    Si les efforts collaborationnistes de Frédéric Denis en 1940 furent vains, ce ne fut pas le cas de la fille de celle qui fut un temps sa compagne, la poétesse Marie de Vivier (voir l'hommage du quotidien Le Soir, le 23 janvier 1980 à l'occasion de la mort de sa chroniqueuse, le 17 janvier précédent). Marguerite Mathieu fut en effet « employée au service de la censure de la Gestapo à Bruxelles » (Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, p. 426). Son fils (le petit-fils de Marie de Vivier), éternel candidat pour rire de l'Académie française, Olivier Mathieu, accueillera, quant à lui, pour le meilleur de ses livres, Abel Bonnard, une aventure inachevée, une belle Postface de Léon Degrelle !

     

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    Le jeune Olivier Mathieu eut l'occasion de partir, en compagnie du photographe Jacques de Schutter, sur les traces de Léon Degrelle au Mexique, en février 1989, grâce aux relations que le défenseur des Cristeros y avait gardées. Ils y découvrirent une édition mexicaine fantaisiste de l'hebdomadaire ¡Hola! y présentant une interview de Léon Degrelle à un journaliste anglais à qui il aurait annoncé son retour à Bruxelles pour le mois de juin : une nouvelle plaisante mystification...

     

     

    Ne pourrait-il pas s'agir de Frédéric Denis (1892-1952), le plus haineux chroniqueur anti-degrellien de la presse socialiste, quotidiennement dans Le Peuple, régulièrement dans La Wallonie ? Pour documenter ses dénigrements, Frédéric Denis n'hésitait jamais à ramasser n'importe quel ragot de caniveau, ou à reprendre même des accusations condamnées par les tribunaux. Ainsi de la fable de la collaboration avec les Allemands lors de la Première Guerre mondiale, du père de Léon, Édouard Degrelle, pourtant décoré de la Légion d'Honneur pour, entre autres, avoir aidé à la victoire de Verdun par ses renseignements sur les mouvements de troupes allemandes (ce blog aux 30 avril 2016 et 26 mars 2017 ; précisons que, le 1er juin 1926, le tribunal de Neufchâteau condamna à ce propos l'injurieux Fernand Hubert [1889-1947], avocat franc-maçon qui inventa ce bobard) !

     

    Au cours de l'année 1936, Denis écrivit donc pour son journal un véritable feuilleton quotidien, chef-d’œuvre de diffamation de Léon Degrelle, reprenant cette fable de la collaboration de son père avec les Allemands, mais aussi brocardant ses études universitaires inachevées, sa prétendue hypocrisie religieuse, ses supposées magouilles financières, et surtout son voyage au Mexique proclamé fictif (dans une dizaine d'articles à partir du 24 février 1936). Tous thèmes, amplifiés dans le méprisable pamphlet Rex est mort (juillet 1937) et dont on peut retrouver un écho dans l'article de Suarez de mars 1937.

     

     

     

    Mexique Rex illustré 18 03 36.jpg

    Pour répondre à l'imbécile campagne de Frédéric Denis sur le faux voyage de Léon Degrelle au Mexique, l'hebdomadaire Rex illustré (18 mars 1936) se contenta de publier quelques clichés du défenseur des Cristeros photographié sur place.

     

    Ci-dessous, début d'une lettre de quatre pages envoyée de Mexico par Léon Degrelle à ses parents, le 17 décembre 1929.

     

    LD lt Mexique.17.12.1929 a Blog.jpeg

     

     

     

    Ce qui pourrait également nous orienter vers Frédéric Denis, c'est qu'à l'inverse de tous les journaux qui n'ont pu rendre compte de l'article de Suarez que le 31 mars, Le Peuple semble avoir reçu une priorité lui permettant, seul, d'en parler dès le 30. Mais la complicité de Denis n'est certes pas évidente dans la mesure où l'un de ses chevaux de bataille –la collaboration d'Édouard Degrelle– n'est pas reprise par Suarez qui fait par contre ses choux gras du prétendu veuvage de Léon, dont il n'est évidemment jamais question chez Frédéric Denis.

     

    Une telle bourde –qui ruinerait la réputation de tout journaliste d'investigation, mais est opportunément passée sous silence par les journaux belges afin de présenter de manière crédible la diatribe d'un journaliste français connu– devrait sans doute nous orienter vers une source orale plutôt qu'écrite (n'excluant donc pas non plus Frédéric Denis), et sans doute suffisamment sommaire pour que l'ancien ami de Léon Degrelle s'emmêle les pinceaux dans sa précipitation à vouloir régler ses comptes.

     

    Wallonie Chantal 1936.10.28 Blog.pngPeut-être lui a-t-il été signalé que Léon Degrelle suscita l'émotion des rexistes face au tragique accident qui mit en péril la vie de sa fille Chantal (ce blog au 2 septembre 2023) ? Mais Frédéric Denis était encore plus ignoble, dans son reportage (La Wallonie, 28 octobre 1936) sur la manifestation interdite des « 250,000 », reprochant à Léon Degrelle et à son épouse de « quitter le chevet de [leur] fille Chantal », qui pour le meeting, qui pour du shopping).

     

    S'agissant d'un drame familial, Suarez aurait-il compris qu'il s'agissait de la mort de l'épouse du chef de Rex ? Et que cette catastrophe eût pu être mise à profit par la propagande rexiste ?

     

    Toujours est-il que se pose toujours la question de la raison de l'animosité inattendue de Georges Suarez vis-à-vis de celui qu'il appelait « mon ami Léon Degrelle ». Pourquoi injurie-t-il celui en qui il voyait se rejoindre « des soucis égaux de plaire à Dieu en se plaisant à la vie », en brocardant maintenant son « amour du Christ, richement nourri de bonne bière et de gueuletons » ?...

     

    Peut-être pouvons-nous trouver certain élément de réponse dans Le Vingtième Siècle, rendant compte de la philippique écrite par l'auteur de La Belgique vivante publié cinq ans auparavant par les éditions Rex.

     

    Dans l'introduction de son article, l'ancien quotidien de l'abbé Wallez qui y engagea quasi simultanément Léon Degrelle et Hergé, écrit en effet : « M. Georges Suarez est le premier écrivain français dont M. Degrelle ait publié les œuvres. On se souvient du battage effréné fait par Rex autour du bouquin de son poulain. Aujourd'hui, M. Suarez publie dans la revue Demain un portrait terrible du candidat rexiste. Venant d'un homme qui a vu à l’œuvre le chef rexiste, ces lignes sont doublement instructives. »

     

    Rex Suarez Pub 1932.jpg

     

    Or nous n'avons absolument rien retrouvé du « battage effréné fait par Rex autour du bouquin » de Georges Suarez ! C'est tout juste si un bas de page a signalé la publication de La Belgique vivante en 1932...

     

    Rex Tardieu 1.jpg

     

    Mieux même, lorsque le livre sortit de presse, c'est la préface d'André Tardieu qui fut mise en avant, reprise d'ailleurs intégralement en première page de l'hebdomadaire, célébrant cet « Article inédit » de l'ancien Premier ministre français.

     

    Rex Tardieu 3.jpg

     

    La seule présentation importante, illustrée qui plus est par la belle photo de l'auteur dédicacée au chef de Rex, ne fut même pas publiée dans la presse rexiste, mais... dans Échos, la gazette confidentielle des Chanoines Prémontrés de l'abbaye d'Averbode ! Il s'agissait certainement d'un échange de bons procédés car les Pères Norbertins allaient, trois mois plus tard, se charger de la publication des revues rexistes (Soirées va d'ailleurs absorber Échos en juillet 1933)...

     

    Cette absence de tout « battage effréné » causa-t-elle la déception, voire un sentiment de trahison, chez Georges Suarez ? Fut-elle à l'origine du « contre-article » de 1937, qui aurait alors fonctionné comme une froide vengeance ?

     

    Nous ne savons donc rien avec certitude concernant le pourquoi de ce malheureux renversement des relations entre Georges Suarez et Léon Degrelle. Mais cette attaque personnelle gratuite blessera profondément et durablement ce dernier. C'est d'ailleurs tout ce qu'il retiendra de l'auteur de La Belgique vivante : « On publia sur Degrelle des attaques inouïes. [...] Un chroniqueur important comme Georges Suarez le décrivit comme portant avec ostentation le poids d'un veuvage prématuré alors que sa jeune femme était dans un état de santé florissant et allait lui donner encore un fils et trois filles ! » (Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit..., 1961, p. 312).

     

    Le journaliste parisien évoluera néanmoins dans un sens résolument national-socialiste, célébrant par exemple dans son quotidien pétainiste Aujourd'hui, le discours prophétique qu'Adolf Hitler prononça au Sportpalast de Berlin le 30 septembre 1942. Le Pays réel, qui a alors tourné la page de l'acrimonie, rapporte : « Le Fuehrer, écrit Georges Suarez dans Aujourd'hui”, a procédé à une rigoureuse revision, non seulement des événements militaires et politiques mais aussi des positions idéologiques réciproques. Et il a constaté que les ennemis promettent au monde, pour l'avenir, à peu près ce que nous avons déjà donné au peuple allemand et pour quoi ils nous ont fait la guerre”. Et le journaliste de remarquer : Si l'on se résigne aujourd'hui, en Angleterre et aux États-Unis, à faire la part du peuple qui, lui, n'a pas voulu cette guerre, mais sera seul à la payer, c'est qu'on a besoin de lui pour durer et pour tenir. Sans cette guerre, le mineur gallois serait demeuré un paria et le manœuvre d'Amérique un ilote. Les armées allemandes sont sur la Volga et sur l'Atlantique. Mais le national-socialisme a déjà franchi l'Atlantique et conquis le Nouveau Monde. Il émancipe les travailleurs comme il libère les peuples. » (Le Pays réel, 7 octobre 1942).

     

    Des paroles que ne pardonna pas l'épuration démocratique : Georges Suarez sera le tout premier écrivain à être passé par les armes, victime de la haine institutionnalisée, le 9 novembre 1944. Et ce, malgré l'intervention de son ami Joseph Kessel, juif, résistant, gaulliste, coauteur du Chant des Partisans. Suarez ne sera pas le dernier écrivain sacrifié : cet « honneur » sera réservé à Robert Brasillach, le 6 février 1945, malgré aussi tous les efforts de François Mauriac pour obtenir sa grâce. 

     

     

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    La presse vengeresse des nouveaux maîtres de la France célèbre la condamnation à mort de Georges Suarez. À gauche, Ce soir, le quotidien communiste de Louis Aragon (qui cessera de paraître en 1953), le 25 octobre 1944 ; à droite, France libre (originellement sous-titré « Organe de Ceux de la Libération-Vengeance », publié entre 1944 et 1948), le 24 octobre 1944.

     

     

     

  • Degrelle. Qui suis-je ? Par Francis Bergeron, éditions Pardès, 2016, 125 pages

    I. La Légion d’honneur du papa de Léon, Edouard Degrelle

    A l’issue de la Première Guerre mondiale, le papa de Léon, Edouard Degrelle « fait partie des résistants clandestins, et sera décoré de la Légion d’honneur par la France pour “faits de patriotisme”. » (Bergeron, p. 15)

    Peut-être eût-il été intéressant d’expliquer quelles furent ces actions qui valurent à un obscur brasseur des Ardennes belges la plus prestigieuse des décorations françaises ?

    Edouard+famille 1938.jpg« Mon père, qui était un patriote fervent, avait monté à Arlon [...] un service de renseignements pour l’armée française. [...] Il a pu observer, un des tout premiers, au début de 1916, que s’opérait dans la direction de Verdun un déplacement gigantesque d’unités militaires, d’artillerie, de munitions, de ravitaillement. Il a ainsi acquis la certitude qu’un événement décisif se préparait. [...] Il est parvenu à rassembler des renseignements nombreux. Il [...] allait jusqu’à Liège, tenait ses rendez-vous avec des agents français dans des églises à peine éclairées. C’est pour cela qu'il a reçu après la guerre la légion d’honneur que vint lui annoncer, dès l’armistice, à Bouillon, le maréchal Pétain [...]. » (Charlier, Léon Degrelle : persiste et signe, p. 28)

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