Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mexique

  • Léon Degrelle et l'Espagne : la Médaille de la « Vieille Garde »

    Un « historien » espagnol élucubre une biographie de Léon Degrelle (2)

     

    Comme nous le disions dans notre article précédent (28 août 2026), il n'y a pas que les relations entre Léon Degrelle et José Antonio que le nouvel historiographe degrellien Pablo Cuevas entend stupidement remettre en cause. La Médaille de la Vieille Garde de la Phalange décernée à Léon Degrelle lui reste également en travers de la gorge !

     

    Dans l'interview de 1969 à ABC déjà citée, le Phalangiste d'honneur belge déclarait en effet : « Je suis le seul étranger au monde qui possède la Médaille de la Vieille Garde. » Et Cuevas de diligenter une enquête à charge contre cette prétention !

     

    Medalla Vieja Guardia 1.jpg« [La] Médaille de la Vieille Garde [est] une décoration que la FET de las JONS [Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste] décernait à ceux qui pouvaient démontrer qu'ils avaient été affiliés à la Phalange ou à la Communion Traditionaliste avant les élections de février 1936. Cela veut dire que la FET de las JONS confirmait [que Léon Degrelle] avait effectivement appartenu à la Phalange Extérieure, et qu'en outre il aurait été titulaire, selon ses dires, de la carte de membre numéro un. Toutefois, fort nombreux sont les étrangers qui possèdent cette médaille, ainsi que l'ont montré les recherches de Granda Orive [Javier de Granda Orive est un numismate, auteur d'un article sur la Médaille de la Vieille Garde où il cite cinq récipiendaires étrangers autres que Léon Degrelle : Revista numismática OMNI, n° 12, 2018, p. 237]. Et l'actuelle association de la Vieille Garde n'a aucune trace de l'attribution de cette médaille à Degrelle. Elle ne dispose pas d'archives sur les décorés car il s'agissait de quelque chose qui se gérait au niveau provincial. Et on sait aussi que le régime franquiste l'a accordée sans discernement à des gens qui n'ont jamais rien eu à voir avec la Phalange originelle (ou avec la Communion Traditionaliste), comme le ministre Demetrio Carceller [ministre espagnol de l'Industrie et du Commerce entre 1940 et 1945, proche de Ramón Serrano Súñer et, selon Wikipedia, membre de la Phalange, ce qui rend difficilement légitime la remarque de Cuevas !]. Ces distributions se multiplièrent à partir de 1953, assouplissant les critères d'attribution [qui la réservaient] aux membres qui avaient rejoint la FE de las JONS ou la CT jusqu'au 16 juillet 1936. Et [l'attribuant] aussi aux membres de leur famille. De sorte qu'on a fini par décerner 39.125 médailles jusqu'en 1976.

    [En note:] Pour vérifier si Degrelle a reçu la médaille, –ce qui se faisait au cours d'une petite cérémonie–, il serait nécessaire d'étudier les bulletins du Mouvement National de chaque province. » (p. 320)

     

    Mais qu'est-ce que cela peut bien faire si Léon Degrelle pensa toujours avoir été le seul détenteur étranger de la Médaille de la Vieille Garde ? Est-ce une raison pour le traiter de menteur ? Pour ce faire, Cuevas affirme que les détenteurs étrangers furent « fort nombreux » alors que l'historien de la Médaille dont il invoque le travail n'a finalement retrouvé dans ses archives que cinq autres noms, tous plus inconnus les uns que les autres et probablement tous également convaincus d'être les seuls étrangers à la posséder...

     

    LD Falanje Vieja Guardia.jpg

     

    En fait, pour Cuevas qui préfère ne pas se lancer dans l'examen laborieux des archives du Movimiento (expression politique unique rassemblant Phalange, Requetés, syndicats, mouvements de jeunesse, etc.) des différentes provinces espagnoles que put visiter Léon Degrelle, cette difficulté constituerait à elle seule la preuve du mensonge... Comme si Léon Degrelle avait lui-même épluché ces archives avant de prétendre fallacieusement être le seul étranger à s'être vu décerner cette Médaille ! Alors que la vérité toute simple est que Léon Degrelle disposait bien du diplôme officiel de la Médaille de la Vieille Garde, dont il nous reste la photocopie.

     

    Pablo Arredondo.pngCe document officiel daté de 1959 est signé par l'Inspecteur National de la Vieille Garde, Pablo Arredondo (1914-1969), membre, dès leur création en 1931, des JONS de Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo, engagé de la première heure dans la División Azul sur le Front de l'Est dont il revint mutilé de guerre en octobre 1942. Cette figure-clef de la Phalange historique, chargée du contrôle de ses membres et d'accompagner leur influence au sein de la société, authentifie également par sa signature la référence à la carte d'adhésion de Léon Degrelle à la Phalange Extérieure dont il est membre depuis 1934 ainsi que l'atteste ce diplôme.

     

     

    Le voyage de 1939 en « Espagne nationale »

     

    Il est d'autres détails dont s'emberlificote Cuevas, les accumulant pour tenter d'établir l'imposture de Léon Degrelle. Ainsi de son affirmation d'avoir déjà connu l'Espagne avant sa visite des fronts de guerre en février 1939, et ce dès la première interview donnée au quotidien phalangiste de Gijon, Voluntad, le 7 février 1939 : « Je connaissais déjà San Sebastián ; mais aujourd'hui, ce soir, ce premier soir en Espagne Nationale, j'ai vu quelle est la valeur de son arrière-garde sereine, pacifique et travailleuse. »

     

    Et Cuevas de se gausser (sans doute avec une voix caverneuse pour souligner l'opprobre ironique) : « Est-ce qu'il était venu en tant que touriste, jeune avec ses parents ou adulte plus tard ? Une escale dans son voyage vers le Mexique ? Dans la documentation diplomatique qu'on a conservée sur les préparatifs de son voyage, il n'y a aucune donnée ni aucun indice » ! (p. 319) Car on peut être sûr que Cuevas a compilé toute la « documentation diplomatique » relative à ce voyage (en Espagne et/ou au Mexique ?) ! Il nous dira aussi où il l'a trouvée... Peut-être, selon une de ses hypothèses, dans les cales du Rio Panuco (ce blog au 1er mai 2016), le paquebot qui emmena l'envoyé spécial du Vingtième Siècle de Hambourg chez les Cristeros du Mexique (mais il fut « titaniqué » par l'aviation japonaise dans un port australien en 1942) !

     

     

    Rio Panuco Neptuna Darwin 19.02.1942.jpg

    Le Rio Panuco qui emmena Léon Degrelle au Mexique des Cristeros, vendu à un armateur australien et devenu le Neptuna, fut coulé par l'aviation japonaise dans le port de Darwin en Australie, le 19 février 1942 : il transportait une centaine de mines sous-marines qui explosèrent, tuant 36 des 124 membres de l'équipage, dont le capitaine, ainsi qu'une dizaine de dockers (voir aussi Léon Degrelle, Cristeros, p. 245).

     

     

    En attendant, pourquoi le chevaleresque Jean Denis raconterait-il des bobards en écrivant dans son article pour le quotidien phalangiste Unidad, le 6 février 1939 : « Enfin, Léon Degrelle est arrivé en Espagne. Combien de fois déjà celui qui est pour moi depuis plus de quatre ans un chef et un camarade n'avait-il pas manifesté son désir nostalgique de visiter cette Espagne qu'il connaît si bien et qui lui est devenue si fraternelle depuis le 18 juillet 1936. [...] Cependant, ce n'est pas la première fois que Léon Degrelle visite l'Espagne. Il y vint pendant son enfance pour passer quelques vacances et revint encore pendant la Dictature [du père de José Antonio, Miguel Primo de Rivera, avec l'accord du roi Alphonse XIII, parrain de Louise, duchesse de Valence] et sous la République. »

     

     

    PR 1939.02.07b.jpg

    Les premières impressions que Léon Degrelle offrira aux lecteurs du quotidien rexiste sur son voyage historique dans l'Espagne reconquise sur les barbares communistes et anarchistes par les nationalistes de Franco s'ouvrent sur le souvenir de ses précédents voyages. Dans l'Espagne d'alors, les enfants couraient souvent pieds nus, ce qui, malgré même la guerre civile, n'est plus le cas dans la nouvelle Espagne soucieuse de sa jeunesse. (Le Pays réel, 7 février 1939).

     

     

    Du coup, Cuevas balance un nouveau scoop : « Degrelle, invité indésirable ou hôte d'honneur ? » On devinera tout de suite quelle option de l'alternative a la préférence de l'auteur qui n'a de cesse d'essayer de minimiser le périple espagnol : « Il fallait bien le traiter puisque c'étaient, lui et son mouvement, des amis de l'Espagne, mais sans lui accorder trop d'importance, de façon à ce qu'il ne provoque pas de problèmes avec le Gouvernement belge, présidé à ce moment par un socialiste qui, en même temps, était toujours ministre des Affaires étrangères. [...] La presse nationale informera de sa présence en Espagne du 2 au 11 février 1939, non pas avec grande précision ni de manière fort visible, mais largement, presque toujours en pages intérieures. » (pp. 329-330).

     

    C'est que le nouveau gouvernement espagnol des désormais vainqueurs de la Cruzada aurait nourri « l'espoir que ce voyage n'entrave pas la possibilité que Spaak veuille établir des relations complètes avec Burgos, tout en acceptant les réticences des diplomates espagnols de Bruxelles à propos [de Degrelle] » (p. 329). On nous permettra de bien rigoler face à pareille embrouille invraisemblable : nous aurions donc un gouvernement espagnol qui s'obligerait à recevoir fastueusement, alors qu'en réalité il serait tout incommodé par sa visite, un ressortissant d'un tout petit pays avec lequel il voudrait absolument nouer de bonnes relations diplomatiques, alors qu'au même moment, il snobe la prestigieuse délégation d'un grand pays comme la France, faisant antichambre pour établir de semblables bonnes relations diplomatiques (voir ci-après) !...

     

    Voici en tout cas ce que dit la Duchesse de Valence sur la manière dont elle apprit la visite de l' « invité indésirable » : « Un soir, une haute personnalité se présenta au palais de mes parents [aujourd'hui annexe du musée du Prado à Ávila] : « – Le chef des Rexistes belges, Léon Degrelle, va venir en Espagne pour trois semaines, comme invité d'honneur de l'État. On vous prie de bien vouloir lui donner l'hospitalité. [...] » (Degrelle m'a dit, p. 13).

     

     

     

    LD ABC 04.02.1939 p15b.jpgQuant à l'édition de Séville du plus important quotidien espagnol, ABC, il écrit en date du 4 février 1939 (avec un portrait-charge de Léon Degrelle et la photographie de sa dédicace : « Notre salut fraternel à la presse espagnole, défenseur de la civilisation, de la vérité et de la Patrie. Léon Degrelle », photo archives ABC) :

    « Léon Degrelle, le chef du parti rexiste belge [...] est l'hôte de l'Espagne de Franco. [...] Quand le jeune fondateur lança sa consigne inébranlable Rex vaincra, l'Espagne était très loin de la rédemption dans la plénitude de laquelle elle se trouve aujourd'hui qu'arrive sur notre territoire pour être son hôte d'honneur Léon Degrelle. » (p. 15).

     

    Alors ? « invité indésirable », vraiment ? Il est tout de même difficile de faire davantage « hôte d'honneur » !... Et quand la presse espagnole rend « largement » (« extensamente ») compte des activités de Léon Degrelle, c'est-à-dire sur des pages entières, même intérieures, cela veut-il vraiment dire « non pas avec grande précision ni de manière fort visible » ???

     

    Mais, insiste Cuevas, plus troglodyte que jamais, « ce qui est certain, c'est qu'on ne l'a pas laissé parler en public comme il le voulait et, à tout instant, il était soumis au bon vouloir de ses hôtes » (p. 331) !

     

     

    pablo cuevas,phalange,médaille de la vieille garde,josé antonio,granda orive,demetrio carceller,ramon serrano suñer,pablo arredondo,mexique,cristeros,rio panuco,duchesse de valence,jean denis,pilar primo de rivera,terminus,gringoire,juan manuel fanjul,baucens,eugenio espinosa de los monteros,sancho dávila

    Ce qui est certain, c'est que Léon Degrelle put parler en public comme il le voulait lors de son voyage en Espagne de février 1939 (voir plus loin encore à propos de sa conférence académique à San Sebastián ; on sait également –ce blog au 25 mars 2025– que la barrière de la langue ne constitua jamais un obstacle pour l'orateur : voir Cristeros, p. 300 ; Degrelle m'a dit, pp. 92-93).

     

    Et donc, en dépit des affirmations péremptoires mais fausses de l' « historien » Pablo Cuestas,  Léon Degrelle prit la parole à Barcelone au micro de Radio Nacional, le 9 février 1939 à 23h (première page du quotidien El Correo de Zamora, 10 février 1939 ; nous exprimons notre plus vive reconnaissance aux services de la Biblioteca pública del Estado de Zamora pour leur aide précieuse).

     

    Si Léon Degrelle partagea le micro avec une délégation officielle française venue explorer les possibilités de renouer des relations diplomatiques, seul son nom semble digne d'être mentionné aux lecteurs de l'important quotidien catholique régional El Correo de Zamora (qui, après quelque 130 ans d'existence, poursuit toujours aujourd'hui sa publication ; remarquons que Cuevas ne cite pas ce journal dans la quinzaine de titres dont il signale qu'ils couvrent le voyage du chef rexiste, pp. 330-331). La délégation française était pourtant composée de l'ancien ministre de la Justice, Léon Bérard, de l'évêque de Chartres et de sept députés, parmi lesquels Xavier Vallat, qui sera le premier Commissaire général aux Affaires juives dans le gouvernement de Vichy (1941-1942), avant de céder son poste à Louis Darquier de Pellepoix.

     

    Le Pays réel, à propos cette fois de l'audience accordée par Francisco Franco à Léon Degrelle plutôt qu'aux Français, a bien exprimé la préférence qui fut systématiquement accordée au chef de Rex : « Tandis que [...] la délégation des parlementaires nationaux français ne [réussissait] pas à forcer la porte du général Franco, pris tout entier par son travail d'État-Major, le caudillo a bien voulu recevoir Léon Degrelle avec lequel il s'est entretenu longuement de Rex et de la Belgique. » (13 février 1939).

     

     

    Ce qui est surtout certain –à en reprendre la liste dressée par Cuevas– c'est que la totalité (ou peu s'en faut) des souhaits exprimés par Léon Degrelle fut indiscutablement exaucée : « Il demande de visiter le front [Léon Degrelle visitera, les 5 et 6 février, le front de Madrid et Tolède en compagnie de Miguel Primo de Rivera, frère de José Antonio, puis celui de Catalogne et Barcelone récemment libérée en compagnie de Joaquín Rodríguez de Gortázar, secrétaire national du Service extérieur de la Phalange, de Pilar Primo de Rivera, la sœur de José Antonio, et de Sancho Dávila, son cousin] et veut donner des conférences dans un centre universitaire [...] et contacter des historiens spécialistes des règnes de Philippe le Bel, Charles-Quint et Philippe II [Léon Degrelle prononcera effectivement une conférence intitulée « La domination espagnole sur les Pays-Bas » à San Sebastián, le 11 février 1939 ; il semble même qu'il répéta sa conférence chez le Caudillo, lors de sa rencontre du 7 février : c'est d'ailleurs Franco lui-même –apparemment expert en la matière– qui lança le sujet, voir ci-après]. Il insiste pour parler à la radio de manière à pouvoir être entendu en Belgique [Léon Degrelle est effectivement intervenu sur les ondes de Radio nacional, le 9 février au soir, depuis Barcelone, la capitale catalane] ; il voudrait également visiter le Maroc espagnol [ce seul point n'a pu se réaliser]. Il voudrait par-dessus tout présenter ses respects à Son Excellence le Chef de l'État. » (p. 329).

     

     

    PR 1939.02.09 LD Franco.jpg

    Le Pays réel du jeudi 9 février 1939 rapporte que le mardi précédent, 7 février, le Général Franco a accordé une rare et précieuse audience toute de cordialité à son hôte d'État Léon Degrelle (voir aussi ce blog aux 29 août 2026 et 1er septembre 2024).

     

    Le caractère tout à fait exceptionnel de cette entrevue est illustré par le fait qu'au même moment, une délégation française visitait l'Espagne nationaliste, composée de parlementaires emmenés par le sénateur et académicien Léon Bérard et Mgr Raoul Harscouët, évêque de Chartres, afin de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays : elle ne fut pas reçue par Franco.

     

    Résumant la réception de Léon Degrelle au Grand Quartier Général de Franco, Pablo-des-Cavernes prétend ainsi ravaler le Chef de Rex dans son terrier : « Degrelle [fut] un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt. » « Ce voyage obtint quelque résonance [...] mais uniquement dans sa niche [sic]. » (p. 332) !

     

     

    Léon Degrelle sera en réalité le seul étranger à avoir été reçu dans le Quartier général du Généralissime Franco, une ferme appelée le « Terminus », un endroit gardé secret dans la région de Saragosse.

     

    Léon Degrelle en fera la pittoresque description dans l'article Au front avec Franco qu'il confiera à l'hebdomadaire français Gringoire du 19 février 1939, –repris quelques jours plus tard dans Le Pays réel sous le titre Dans l'intimité de Franco–, en réservant à son quotidien l'exclusivité de la photo personnalisée du Caudillo.

     

    « J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du “Terminus”. On croirait lire le finis terrarum des vieux atlas. Le Terminus est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes. Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient. »

     

     

    DH 1939.02.06.png

    La mauvaise foi stalagmitique de Pablo Cuevas s'apparente résolument aux diatribes et caricatures de la presse belge relatant le voyage de la délégation rexiste en Espagne. Ci-dessus, caricature du journal libéral La Dernière Heure du 6 février 1939 ; ci-dessous, des articles du communiste Drapeau rouge (2 février 1939), du socialiste Le Peuple (9 février 1939) et du catholique Vers l'Avenir (5 février 1939).

     Drapeau rouge 1939.02.02.png  Peuple 1939.02.09.png  Vers l'avenir 1939.02.05.png

     

     

    Tout ce que l'article du prétendu « invité indésirable » suscite chez le nouveau biographe de Léon Degrelle, c'est un dédain narquois pour ce texte décrété « pompeux, flagorneur et plutôt creux » qui ne ressortirait qu'à la récupération politique : « À part l'intérêt obsessionnel de Degrelle pour le paysage, les ormes, les olives, les soldats cueillant du mimosa dans un jardin sauvage[s'il n'est pas, comme l’œillet, la fleur emblématique de Saragosse, le mimosa orne à profusion ses parcs, jardins et grandes avenues], Degrelle met dans la bouche de Franco son intérêt primordial pour la mobilisation de la jeunesse, l'unique chose qui puisse changer l'Espagne... et, bien entendu, la Belgique. » (pp. 332-333).

     

    Nous publierons prochainement l'intégralité de cet article documentant la probablement unique mais capitale rencontre personnelle entre Francisco Franco et Léon Degrelle. Car l'entretien accordé par le Caudillo, scellant une amitié indéfectible entre les deux hommes, ne se limita aucunement à la guerre de reconquête de l'Espagne ou à la politique sociale et économique à mener pour son développement, mais permit également d'évoquer quelques grands noms communs à l'histoire de nos deux pays, Léon Degrelle développant sans doute aussi la substance de la conférence qu'il devait donner quatre jours plus tard à San Sebastián sur La domination espagnole sur les Pays-Bas : « Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit [Franco] en me prenant fraternellement le bras. [...] Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe. »

     

     

    PR 1939.02.19ab.jpg

    À l'issue de la visite du Chef de Rex en son Quartier général, le général Franco ne manqua pas d'offrir à son hôte une photo avec une dédicace manifestant sa confiance en l'avenir du jeune tribun belge et de son mouvement : « À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la Nation belge. » (Le Pays réel, 19 février 1939). Pour Franco (qui, selon son hôte, « parle un français chantant, cocasse et intime »), il ne s'agissait certes pas d'un compliment de circonstance car, comme il le faisait déjà savoir en 1936 en exprimant le souhait de rencontrer Léon Degrelle, il connaissait fort bien Rex (ce blog au 1er septembre 2024).

     

    Il est d'ailleurs révélateur que Cuevas n'ait pas inclus Francisco Franco dans la liste des « amitiés pour la vie » que se créa Léon Degrelle sur le front de la nouvelle Croisade contre le communisme : « cette visite permet à Degrelle de nouer des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, Juan Manuel Fanjul, Eugenio Espinosa de los Monteros, Serrano Suñer... » (p. 333) C'est pourtant cette amitié-là qui sera la première et seule décisive pour la vie d'exil de Léon Degrelle en Espagne (ce blog aux 31 mars 2021 et 2 septembre 2025).

     

    Néanmoins, le point de vue de Franco n'intéresse pas Cuevas : il va privilégier une interview de Léon Degrelle, Franco, jefe de Estado dont il ne donne pas la référence sinon qu'elle daterait « d'après la mort de Franco », précisant seulement qu'il ne faut pas la « confondre avec son livre Franco Chef d'État, Editions du Baucens, 1976 ». Ce qui est archi-faux : la malheureuse citation relative à Serrano Súñer, « véritable Chef de l'État espagnol » provient bien de sa page 11; celle comparant Franco à « du silex », de la page 10 !

     

    Pourquoi donc nous faire tout un plat de ce texte ? Mais pour mettre à nouveau perfidement en doute la pertinence de ce que raconte Léon Degrelle : « Dans cette interview, il prétend que l'entrevue de 1939 se tint à son Grand Quartier général [de Franco], dans sa modeste maison familiale près de Saragosse. Mais sans doute mélange-t-il ses souvenirs avec Serrano Suñer qui, lui, possédait une maison dans la capitale aragonaise ? » (p. 333). Si ses parents possédaient un immeuble dans une des plus prestigieuses avenues de Saragosse (Paseo de Sagaste, certes guère « modeste »), Ramón Serrano Súñer habita, de 1937 à 1939, avec toute la famille de Franco dont il était le beau-frère, au premier étage du Palacio de la Isla, à Burgos ; à partir d'octobre 1939, sa résidence familiale sera transférée à Madrid, au numéro 36 de la calle Príncipe de Vargara.

     

    À part mettre en évidence l'animosité obstinée de Cuevas pour Léon Degrelle, à quoi peut bien rimer tout ce tralala anachronique à propos du Terminus d'après 1975, « modeste maison familiale », quand il était proprement présenté en 1939 comme « une vieille ferme-château » ?  De toute façon, Cuevas cite incorrectement et de manière évidemment malintentionnée le texte original de Franco Chef d'État : si Léon Degrelle a bien écrit « à son G.Q.G. », il n'a pas écrit « dans sa modeste maison familiale », mais « dans une modeste gentilhommière », ce qui ne trahit nullement le texte de 1939 !...

     

     

    (À suivre)

     

     

  • Les cent vingt ans de Léon Degrelle gentiment célébrés par le SoirMag...

     

    ...avec juste les obligatoires allégations politiquement correctes !

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

     

    Depuis deux semaines, c'est-à-dire depuis le 3 juin (sans doute pour ne pas avoir trop l'air de commémorer l'anniversaire du 15 juin ?), le SoirMag, héritier du magazine de l'ancien quotidien d'Ordre nouveau, appelé depuis « Le Soir volé », camoufle son hommage traditionnel à Léon Degrelle (ce blog, par exemple, aux 7 juin 2021 et 10 avril 2024) sous des articles officiellement consacrés à La Belgique de l'entre-deux-guerres, mais célébrant la qualité de son action au début des années 1930 : « La montée en puissance du patron de Rex suscite des conflits internes au sein de l'Action Catholique » ; « Degrelle galvanise la Belgique en crise »... Une manière sans doute de rappeler qu'entre le quotidien d'après-guerre et celui dont le directeur Raymond De Becker fut membre du Conseil politique de Rex, la filiation demeure indélébile...

     

     

     

    LD Soir 1972.01.19.jpeg

    Le Soir était sans doute, avec La Libre Belgique, le quotidien belge francophone le mieux distribué en Espagne et Léon Degrelle le lisait régulièrement : il dédicace ici sa photo avec l'exemplaire du 19 janvier 1972 « Aux Belges », en rappelant ironiquement les liens de fidélité l'unissant au journal qui, à partir de 1945, ne manquera jamais de l'éreinter méchamment.

     

     

    Il s'agit, en fait, de la reprise de textes de feu Pierre Stéphany, l'incontinent pisse-copie des onze volumes consacrés à l'histoire de la Belgique, de l'entre-deux-guerres à la fin des années 1950. Nous avons déjà eu l'occasion d'analyser la manière d'écrire de l'ancien chroniqueur TV de La Libre Belgique, consistant essentiellement en citations détournées, emprunts traficotés et autres copiés-collés recyclés dans le politiquement correct (ce blog au 4 février 2025).

     

    Si c'est toujours le cas ici, nous échapperons pourtant aux traditionnelles insinuations et calomnies, l'auteur se contentant de documenter les débuts journalistiques du « bouillant Bouillonnais », les pimentant à peine de quelques ragots. Sans doute, pour en dresser un portrait tout négatif, eût-il alors également dû incriminer Mgr Louis Picard, fondateur de l'Action Catholique de la Jeunesse Belge, qui fut le vrai Pygmalion de Léon Degrelle, l'accueillant chez lui lors de ses études à l'Université Catholique de Louvain, l'associant à toutes ses activités pastorales, le propulsant d'emblée à la direction des Éditions Rex...

     

     

    Le voyage au Mexique

     

    Et donc le premier article commence par le reportage sur la persécution des Cristeros : « Degrelle [...] décida d'aller voir sur place le Mexique, terre de révolutions permanentes et de persécutions religieuses ; personne n'a jamais su si ce voyage fut authentique ou imaginaire ; Degrelle, qu'il y soit allé ou non, n'en ramena pas moins une série d'articles qui parurent dans “Le XXe siècle” côte à côte avec les aventures de “Tintin chez les Soviets” et qui, en volume, valurent aux éditions Rex un beau succès de vente. »

     

    Si le principal mérite de cette évocation est de placer sur le même plan les reportages de Léon Degrelle et les aventures de Tintin, suggérant ainsi opportunément leur parenté (ce blog, entre autres, au 27 janvier 2016 et la série Degrelle-Hergé, même combat, à partir du 21 septembre 2020), Stéphany ne peut s'empêcher de reprendre la mise en doute de la réalité du voyage au Mexique (ce blog, entre autres, au 1er mai 2016).

     

     

     

    LD  Mexique Chutes d'eau.jpeg

    Moment de détente avec des enfants face à des cascades enjambées par la voie ferrée. Comme pourrait dire Saenen-la-vérité : « En voici une [de vérité] : Degrelle est bel et bien allé au Mexique » et il y a même passé de bons moments ! (p. 52). La photo a été publiée dans le vingtième siècle du 10 février 1930 avec la légende : « L'enquête du vingtième au Mexique. L'envoyé spécial du vingtième, notre ami Léon Degrelle, en causette avec de jeunes Mexicains, près de belles cascades. » (la photo sera reprise dans Soirées, le 12 décembre 1931).

     

     

    C'est que la source de son ragot est L'aventure rexiste, de Robert Pfeiffer et Jean Ladrière (Pierre de Meyère, 1966) : « Le Mexique était en proie à des révolutions continuelles. [...] Ces troubles s'accompagnaient de persécutions religieuses [...]. Degrelle décida d'aller voir sur place la situation et s'embarqua pour l'Amérique du Sud (du moins le dit-il, car ce voyage est aujourd'hui encore contesté). Il en rapporta une série d'articles étincelants qui parurent côte à côte avec les aventures de Tintin dans le Vingtième Siècle. » (p. 23).

     

    S'il reprend le ragot, Stéphany en annihile néanmoins la portée puisque « qu'il y soit allé ou non, [Degrelle] n'en ramena pas moins une série d'articles [...] ». Attitude autrement sensée que celle du nouveau biographe de celui qu'il appelle l' « icône de l'extrême droite européenne », célébré, d'une part, par ceux de nos milieux qui n'y connaissent rien (ainsi de Radio-Courtoisie, ce blog au 2 septembre 2025, ou Éléments, ce blog aux 1er et 5 décembre 2025) et, d'autre part, par les affabulateurs de l'histoire officielle, trop heureux de l'aubaine. Le malhonnête Frédéric Saenen essaie même de donner corps au ragot en manipulant sa citation (mais nous savons –ô combien !– il est coutumier du fait : ce blog au 25 mars 2025, à propos des « crimes de guerre » de Léon Degrelle ; au 5 décembre 2025, à propos de son ignorance totale du flamand) : « L'intéressé lui-même a parfois laissé régner le doute [au sujet de la véracité du périple mexicain] : Partir, c'est un grand mot [...]. 17. » (p. 49) !

     

    La référence « 17 » renvoie au premier volume d' Ainsi parla Léon Degrelle... publié par Wim Dannau ; mais en vérité, le défenseur des Cristeros ne laisse évidemment « régner » aucun doute sur la réalité de son voyage ! En disant « Partir, c'est un grand mot », il ne sous-entend pas qu'il s'est contenté de rassembler de la documentation pour rédiger ses réquisitoires en chambre ! Il explique simplement que son départ ne fut pas celui d'un banal voyage touristique, qu'il lui fallut ruser avec les autorités mexicaines lui refusant son visa. C'est tout cela qui se trouve dans les crochets aux points de suspension placés par Saenen pour interrompre la citation et en changer le sens : « Partir, c'est un grand mot ; pour commencer, l'Ambassade du Mexique refuse mon visa. Les communistes étaient très puissants au sein de la coalition révolutionnaire. J'eus quelque mal à convaincre mon Abbé-Directeur de la façon dont j'allais m'y prendre pour arriver en Amérique Centrale, mais son tempérament bouillant l'emporta et en approuvant mon plan, il a dû se dire les voies du Seigneur sont multiples”...

    Mon ami Paul Nanson me prêta pour l'occasion son nom et ses papiers d'identité. Il ira avec une photo de moi demander un passeport, moi j'irai en tant que Nanson à l'Ambassade retirer mon visa. Quelques jours plus tard, Nanson-Degrelle s'embarquait à Hambourg pour le Mexique. » (p. 290-296).

     

     

    CI Touriste Mexique Paul Nanson.jpg

    Carte de touriste avec les photos de Léon Degrelle, délivrée par les services de l'immigration mexicaine au nom de Paul Nanson, un ami de la Faculté de Droit de l'Université Catholique de Louvain. Le motif du séjour qui y figure est : l'étude des possibilités d'un voyage en groupe de Belgique au Mexique (et retour !).

     

     

    Parti sur sa lancée sournoise, le fallacieux mystificateur s'en donnera à cœur joie pour déprécier l'enquête de Léon Degrelle au Mexique : « Nul besoin de voir du pays pour rédiger, sinon recopier, de tels pensums », « aucun portrait réaliste, aucune scène puissante », « son niveau d'espagnol est à l'époque très rudimentaire », « sa faconde ajoutée à son charme naturel lui permet [...] de séduire les épouses et les filles de chefs révolutionnaires ». Et de conclure en fulminant sa sanction laconique et définitive: « Degrelle est bel et bien allé au Mexique, mais en touriste curieux davantage qu'en reporter aventureux. » (p. 52).

     

    Le prétendu touriste selon Saenen effectue néanmoins un voyage pour le moins mouvementé (ce blog, entre autres, au 25 décembre 2017) dont les péripéties, les contacts noués, les précieux témoignages récoltés et, de retour en Europe, la poursuite assurée de l'aide aux catholiques mexicains seront regardés avec considération et salués avec reconnaissance par les évêques mexicains, tels Mgr Pascual Díaz, archevêque de Mexico City (Cristeros, p. 219) ou Mgr Jesús Manríquez, évêque de Huejutla (ce blog au 1er décembre 2025,)...

     

     

     

    lt à LD Mexique 20.05.1930.jpeg

    Un père jésuite (signature illisible, suivie des lettres « s.j. », Societas Jesu) écrit de Mexico à « Mon très Cher Ami » Léon Degrelle, le 20 mai 1930, s'étonnant de retrouver, oublié chez un ami mexicain, un « plateau indien », offert en cadeau de mariage (s'agit-il du projet de mariage annoncé dans le XXe Siècle le 23 novembre 1928 avec Cécile Van den Bossche ? Mes Aventures au Mexique, publié en 1932, sera dédicacé à sa future épouse Marie-Paule Lemay). Le prêtre poursuit en se réjouissant des suites positives du voyage au Mexique : « On m'a dit que vos articles sont éclatants. Je vous en félicite. Qu'ils fassent du bruit et du bien. En avant ! Dieu le veut. Recevez, mon très cher Léon, mes meilleures salutations et soyez si heureux comme le désire de tout cœur votre ami en Jésus-Christ. »

     

     

     

    Les apparitions de Beauraing

     

    Mais revenons au reprint de pages de Pierre Stéphany dans le SoirMag, avec l'anecdote censée déconsidérer les apparitions mariales de Beauraing : « En 1933, [Degrelle] fit des apparitions de Beauraing une exploitation qui, au moins sur le plan commercial, reste exemplaire. [...] l'on pouvait voir, à Beauraing, le directeur du journal, agenouillé pour la prière, se relever en glissant à l'oreille de son voisin : ça y est, cette fois-ci, nous tirons à 100.000 !... »

     

    Beauraing 1.jpeg

     

    L'anecdote est, cette fois, tirée du pamphlet de Charles d'Ydewalle, Degrelle ou la triple imposture (Pierre de Meyère, 1968) : « Des apparitions mariales eurent lieu à Beauraing, encore une fois en Ardenne. [...] Nous savons simplement que Degrelle les utilisait à des fins purement commerciales, ce qu'un témoin nous a bien raconté. Le futur chef de Rex, agenouillé pendant la prière, se releva ensuite pour glisser à l'oreille de son voisin : ça y est, cette fois-ci nous tirons à 100.000. » (p. 55).

     

    Beauraing 2.jpeg

     

    Mais aucun témoin n'a jamais rien raconté au vindicatif d'Ydewalle : il a seulement recyclé le racontar d'un autre exclu du mouvement Rex, Robert du Bois de Vroylande (ce blog au 27 octobre 2020) : « Matthys et moi-même nous poussions Bluff [= Léon Degrelle] au lancement d'une brochure sur Beauraing. Or chose curieuse, Bluff n'accordait dans les débuts aucune chance de succès à une brochure de ce genre. Quand il eut, toutefois, assisté à l'extase des jeunes visionnaires et constaté que les milliers de pèlerins ne cessaient d'affluer, il changea brusquement d'avis et jura ses grands dieux qu'on allait tirer à cent mille”. » (Quand Rex était petit..., p. 61).

     

    Beauraing 3.jpeg

     

     

    « Propagande et terreur ! »

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

     

    La livraison suivante, du 10 juin 2026, du SoirMag confine presque au dithyrambe, ne fût-ce déjà que par les titre et sous-titre : « Degrelle galvanise la Belgique en crise. Alors que la société belge est minée par une économie moribonde, le beau Léon séduit des milliers d'anonymes avec une propagande moderne et un discours radical » !

     

    Pour tempérer quelque peu l'éloge, Pierre Stéphany va reprendre un ragot que le ministre de l'Intérieur catholique de l'époque, Charles du Bus de Warnaffe, ourdit vainement peu avant les élections de 1936 qui allaient voir le triomphe du mouvement rexiste.

     

    « À un député français, il confiait, quelques semaines avant les élections de mai 1936 : J'aurai vingt élus. Mon groupe refusera toute collaboration avec qui que ce soit et organisera une obstruction systématique. Nous rendrons tout gouvernement impossible. Après deux ou trois ministères par terre, mon tour viendra et je prendrai le pouvoir. Mes élus, je les aurai en main, tous me remettront une lettre de démission en blanc, je les exécuterai s'ils ne marchent pas comme je voudrai. Propagande et terreur, voilà mes moyens. Je terrorise déjà, tout le monde a peur. Quand, dans deux ou trois ans, j'aurai le pouvoir, ce sera aussi la terreur que j'imposerai. Il ne peut plus m'arriver qu'une condamnation des évêques. Je m'en fous. J'ai un dossier terrible contre le Cardinal. Je démontrerai la complicité de 2.100 prêtres démarcheurs appointés du Boerenbond. Dépêchez-vous, en France : il vous manque un homme comme moi ! »

     

     

     

    Jam Bus Warnaffe.jpeg

    En 1935, le gouvernement tombe et un nouveau arrive : le caricaturiste Jam croque le ministre des Communications catholique Charles du Bus de Warnaffe remettant ses compétences (un fusil !) à son remplaçant socialiste Paul-Henri Spaak. Comme on le verra encore aux élections partielles de 1937 (ce blog aux 6 mai 2016 et 14 avril 2017), toutes ces familles politiques interchangeables ont le même dénominateur commun : abattre le rexisme !

     

     

    Pourchassé par la vindicte de Léon Degrelle le dénonçant comme le « défenseur des pourris » du Parti catholique et le « traître de la dévaluation » au profit des banksters, le ministre du Bus de Warnaffe publia, le 23 mars 1936, une lettre ouverte à Léon Degrelle dans les deux principaux journaux catholiques, Le Vingtième Siècle et La Libre Belgique où figuraient des propos outranciers tenus à « une personnalité étrangère de passage à Bruxelles » (nous ignorons d'où Stéphany tire sa version, car les prétendues déclarations du Chef de Rex sont ici encore plus excessives que dans les deux quotidiens où il n'est, par exemple, pas question des 2100 prêtres appointés du Boerenbond, la Ligue des paysans censée défendre les intérêts économiques du monde agricole catholique flamand).

     

    On imagine bien la réaction du principal intéressé face à ces propos ahurissants, estimant que « non seulement ce texte était grotesquement fantaisiste, mais en outre qu'on ne pouvait lui donner comme origine qu'une conversation strictement privée ». C'est ce qu'attendait le ministre pour divulguer le nom de la « personnalité » : le député français conservateur catholique Philippe Henriot (effectuant alors une tournée de conférences en Belgique) qui s'empressa de fermer le piège en publiant à son tour un courrier appuyant le poulet du vertueux ministre belge (il n'est pas anodin de rappeler que dans le premier gouvernement d'après-guerre, le catholique vicomte Charles du Bus de Warnaffe fut un ministre de la Justice qui refusa systématiquement tous les recours en grâce des condamnés à mort de l' « Épuration », soit 34 exécutions en quatre mois, dont Irma Laplasse, l'une des quatre femmes à avoir été passées par les armes entre 1945 et 1950).

     

    LLB 1936.03.05 Portrait Henriot.png

     

    Il n'est que le nouveau soi-disant biographe de Léon Degrelle pour faire ses choux gras de ce pétard mouillé et prétendre que « Degrelle s'insurge à la divulgation de ces phrases, sans pour autant les renier » (p. 88) ! Renie-t-on ce qu'on n'a pas dit ? Le tribun rexiste qui a bien rencontré Henriot s'irrite plutôt que l'animateur de la Fédération Nationale Catholique française extrapole aussi outrancièrement ses propos. Et pourquoi ce dernier se prête-t-il à cette manœuvre ? Très probablement parce qu'il se croit plus proche de l'officiel Parti catholique belge que de celui qui prétend le régénérer.

     

    La Libre Belgique n'avait pourtant pas une meilleure opinion de Philippe Henriot, semble-t-il, que de Léon Degrelle, le décrivant avec autant d'acrimonie : « L'on chercherait en vain, dans [l]es discours [de Philippe Henriot], la générosité de langage et la hauteur de pensée qui caractérise les hommes que je viens de nommer et encore plus leurs devanciers du temps des Berryer et des Montalembert. Aucun de ces anciens ne s'est laissé entraîner –comme M. Philippe Henriot par exemple– à faire de la tribune du Parlement une plateforme pour attaquer exclusivement des personnes, oubliant les doctrines, les idées. » (21 avril 1936).

     

    Après s'être ainsi laissé entraîner aux côtés des officiels catholiques belges contre le chef de Rex, Philippe Henriot, membre honoraire de la Milice, secrétaire d'État à l'Information du maréchal Pétain, évitera soigneusement d'encore croiser le chemin de Léon Degrelle (même lors du grand rassemblement de la Collaboration française au Palais de Chaillot pour le discours-événement du héros de Tcherkassy, le 5 mars 1944) ; il sera assassiné à la mitraillette devant son épouse par un commando de seize terroristes déguisés en miliciens, le 28 juin 1944.

     

     

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

    On peut certainement estimer regrettable la polémique à laquelle Philippe Henriot crut devoir participer contre Léon Degrelle, emporté sans doute par ses fortes convictions catholiques. Car l'éditorialiste écouté de Radio-Paris fut également un ardent partisan de l'Europe d'Ordre nouveau. Il participa à l'écriture du Manifeste de la fondation, en janvier 1943, de la Milice française, placée sous les ordres de Joseph Darnand dont la nièce Jeanne Brevet fut l'épouse tant aimée de Léon Degrelle.

     

    Ses chroniques radiophoniques constituaient journellement l'événement politique le plus suivi par tous les Français. Le jour où il fut assassiné, le 28 juin 1944, c'est le chef du gouvernement lui-même, Pierre Laval, qui, à 19h40, l'heure de la chronique quotidienne du célèbre tribun, prit la parole pour en prononcer l'éloge funèbre : « Philippe Henriot a été assassiné ce matin au Ministère de l'Information. Il a été abattu à coups de revolver sous les yeux mêmes de sa femme. Cette grande voix française, éloquente, passionnée, n'était indifférente à personne. Elle était aimée ou elle était redoutée. Faute de pouvoir répondre à Philippe Henriot, on l'a fait taire ; faute de pouvoir lui fermer la bouche, on lui a fermé les yeux. »

     

    Philippe Henriot eut droit à des obsèques nationales célébrées dans une formidable ferveur populaire dont le reportage cinématographique est toujours visible dans les archives de l'INA.

    Henriot funérailles.png   Henriot Affiche.png

     

     

     

    S'étonnera-t-on que Frédéric Saenen n'ait pas un mot pour la mise au point, toute de bon sens, que le Secrétaire général de l'Université Catholique de Louvain, l'historien Léon van der Essen (ce blog aux 6 juillet 2024 et 7 novembre 2025), envoya à l'hebdomadaire Rex (Le Pays réel n'existait pas encore), le 5 avril 1936 ?

     

    « Je sais que certains vous représentent comme un futur dictateur, assoiffé de sang.

    Laissez-moi rire !

    Je vous ai connu à l’Université de Louvain comme un garçon très sympathique et jovial, très attaché à ses devoirs religieux et, par le fait même, gai et plein d’optimisme, entièrement rebelle à certaines théories déliquescentes qui font de nos jeunes gens des “vieux” avant l’âge.

    Vous avez, pendant votre séjour ici, révolutionné la vie estudiantine en organisant des “blagues” de dimension, qui ont laissé à ceux qui en furent les spectateurs une impression de forte et saine gaieté. Je ne puis dès lors pas croire –même si vous l’avez dit vous-même – que vous êtes résolu à mettre la Belgique à feu et à sang. […]

    Si, emporté par la colère ou par la violence de la polémique, vous avez manqué à la justice et à la charité, il importe que vous reconnaissiez votre erreur sur tel point ou concernant telle personne. Une campagne d’assainissement ne peut s’inspirer que de la vérité. Mais ce qui demeure et ce qui est le fait capital : des milliers et des milliers de Belges demandent avec vous la propreté.

    Et à l’échéance de mai prochain, on verra que telle est la volonté inébranlable de tous ceux qui aiment leur pays et qui veulent qu’il soit pur et, par-là, grand et fort. » (Rex, 24 avril 1936).

     

     

    Quid des copyrights ?

     

    Pour illustrer la reprise de l'article de Pierre Stéphany, spécialiste du « copié-collé », le SoirMag, sans doute par contagion, a procédé de même, reprenant sans vergogne les photos des archives en ligne du Cercle du Collectionneur.

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

    Cercle Collect. Vlan.png   Cercle Collect. Rex.png

     

    Les photos sont créditées « D.R. ». Est-ce à dire « Droits réservés » ? Mais à qui ? Au SoirMag ? À leur légitime propriétaire parfaitement identifiable par le cachet visible sur les photographies « C.H.R.I. DE SCHUTTER » (Centre Historique de Recherche et d'Investigation – Jacques de Schutter) ?

     

    Le magazine qui ne cesse de donner des leçons de morale et d'éthique à tout le monde, en participant notamment aux campagnes permanentes de défense de la presse professionnelle contre la désinformation et les « fake news » n'en a, en réalité, rien à foutre de la déontologie et ne fait que de l'autopromotion à bon marché. Tous ces titres « grand public » –Le Soir, La Libre (ex-Belgique), La Dernière Heure, GrenzEcho,...– prétendent défendre la pluralité de la presse, mais recopient tous consciencieusement les mêmes communiqués politiquement corrects des agences de presse autorisées... Et ne sont pas même capables de sourcer correctement leurs emprunts photographiques ni de créditer leurs propriétaires légitimes.

     

    Et que le SoirMag ne vienne pas dire qu'il ignorait avec qui prendre contact : s'il a pu trouver les documents dans le labyrinthe des collections du site du Collectionneur, il n'a pu passer outre des « Mentions légales » où est expressément publié l'avertissement suivant : « En vous connectant sur ce site, vous acceptez, sans réserves, les présentes modalités », dont celles concernant le copyright.

     

    Cercle Collect. Copyright a.png

     

    Mais en ce jour anniversaire du Géant Léon Degrelle (ce blog au 15 juin 2024), ne boudons pas notre plaisir et savourons sans modération la conclusion de Pierre Stéphany publiée dans le SoirMag, texte qu'on ne se serait plus attendu à pouvoir lire dans un magazine mainstream en 2026 !...

     

    « le battage [que Léon Degrelle] organisait autour [de ses idées], les drapeaux, la musique, la mise en scène, les supporters frénétiques, avaient de quoi frapper les esprits faibles – et même, quelquefois, les autres. De plus, il était doté d'un talent d'orateur, avec une voix forte et souple, teintée d'un reste d'accent wallon, un ton direct, des gestes amples, le sens des effets, l'art de ménager le plaisant et le sévère. »

     

     

    soirmag,pierre stéphany,raymon de becker,mgr picard,cristeros,mexique,tintin,frédéric saenen,robert pfeiffer,jean ladrière,wim dannau,paul nanson,mgr pascual díaz,mgr jesús manríquez,cécile van den bossche,marie-paule lemay,beauraing,charles d'ydewalle,robert du bois de vroylande,charles du bus de warnaffe,boerenbond,philippe henriot,radio-paris,milice,joseph darnand,jeanne brevet,pierre laval,le cercle du collectionneur,c.h.r.i. de schutter

    Le 20 novembre 1992, jour anniversaire de la mort de José Antonio et du Caudillo Franco, l'Association Pétain-Verdun avait voulu associer le Maréchal Pétain au traditionnel hommage célébré alors par les Espagnols. Un banquet avait été organisé au restaurant El Pardo, dans la banlieue madrilène, où, invité d'honneur, Léon Degrelle prit la parole, une des toutes dernières manifestations de sa fougueuse éloquence.

     

     

     

  • « Cristeros », de Léon Degrelle : aux origines de Tintin

    Les premiers articles de Léon Degrelle sur la persécution des Cristeros publiés dans le quotidien Le XXe Siècle.

     

     

    Cristeros.jpegA l’occasion du quatre-vingt-dixième (ou nonantième : Tintin est quand même né Belge !) anniversaire du héros des jeunes de 7 à 77 ans, né le 10 janvier 1929 pour se battre contre les communistes, nous vous avons présenté le nouvel ouvrage publié par les éditions de l’Homme Libre, Cristeros, reprenant tous les articles de presse de Léon Degrelle concernant la révolte des catholiques mexicains contre leur gouvernement persécuteur (voir ce blog au 10 janvier 2019).

     

    C’est qu’en effet, l’année 1928 et sa myriade d’événements degrelliens furent déterminants dans la gestation du nouveau héros proposé à la jeunesse, Tintin, parti affronter les Soviets, le 10 janvier 1929.

     

    Un an précisément auparavant, le 12 janvier 1928, le jeune étudiant Léon Degrelle, à la tête de ses camarades de l’Université de Louvain, se signalait au monde politique et médiatique belge en saccageant à coups de canne le buste monumental de Lénine et les vitrines d’une exposition bolchevique en plein centre de Bruxelles.

     

    Avant-Garde 15_10_1928.JPG

     

    L’abbé Norbert Wallez, rédacteur en chef du XXe Siècle, fut le seul à féliciter chaleureusement les iconoclastes antimarxistes. Mieux même, il engagea Léon Degrelle dans son équipe de journalistes où il retrouvera son ami Georges Remi, alias Hergé : ils s’étaient connus à l’Association Catholique de la Jeunesse Belge (ACJB).

     

    La première série d’articles de Léon Degrelle concernera les « Soviets » mexicains qui persécutaient les catholiques mourant au cri de « Vive le Christ-Roi ! » : ce sont ces articles célébrant les martyrs du malheureux Mexique, luttant sans concession pour leur foi, la liberté spirituelle et la justice sociale qui forgeront le caractère et détermineront le sens moral de Tintin.

     

    Hergé le confirmera lui-même dans une interview à La Libre Belgique de 1975, où il unifie le voyage au Mexique de Léon Degrelle de fin 1929 et les articles d’octobre 1928 : « J’ai découvert la bande dessinée grâce à… Léon Degrelle ! »

     

    C’est assez dire l’importance des articles de Léon Degrelle défendant les Cristeros dans la genèse de Tintin. Dont ceux publiés dans L’Avant-Garde, le fameux journal estudiantin que Léon Degrelle publiait à l’Université de Louvain : c’est l’article Catholiques Mexicains, répondez avec des balles ! qui suscitera un tel émoi dans la presse belge que le student louvaniste fut mis au défi de se rendre au Mexique pour un voyage de tous les dangers. En résulteront les dix-neuf reportages publiés dans Le XXe Siècle sur l’héroïsme des Cristeros, la barbarie des Soviets mexicains, le cynique impérialisme des américains…

     

    Si le Tintin des Soviets s’était inspiré du physique du Léon Degrelle du saccage de l’exposition bolchevique, mais aussi de son audace, de sa témérité, de sa débrouillardise et de son humour, le Tintin de toutes ses autres aventures picaresques portera définitivement l’empreinte de sa générosité et de son profond sens social, de sa fidélité en amitié allant jusqu’au don de soi, de son élévation spirituelle et de son esprit critique, révélés par ses flamboyants articles sur les Cristeros, marquant ses débuts dans le journalisme de combat !

     

    Malheureusement, un accident malencontreux et inexplicable prive le livre Cristeros des éditions de l’Homme libre de son premier chapitre contenant justement les tout premiers articles de Léon Degrelle sur la tragédie mexicaine publiés dans Le XXe Siècle.

     

    Il s’agit des articles Les fureurs antireligieuses au Mexique : où sont les chevaliers de la justice ? (26 octobre 1928), Comment on assassine au temps de Locarno (27 octobre 1928), Comment on meurt pour le Christ-Roi (28 octobre 1928, La Persécution mexicaine. Pourquoi reculeraient-ils devant le sacrifice ? (16 novembre 1928) et Quand les catholiques s’en mêlent (27 janvier 1929).

     

    XXe Siècle 1928 10 26.jpg

    Ignorant si l’éditeur aura la possibilité de prendre une initiative pour remédier à cette absence regrettable, nous nous faisons un devoir de mettre à la disposition de tous ceux qu’intéressent les véritables origines de Tintin ce premier chapitre accidenté.

     

    Tel quel cependant, ce Cristeros se révèle une indispensable référence bibliographique qu’aucun tintinophile non plus qu’aucun degrellien ne pourra ni ne voudra ignorer !

     

     

    Léon Degrelle, Cristeros.

    Editions de l’Homme Libre, 328 pages, publication de luxe numérotée de 1 à 1000 (couverture rigide, papier glacé 15x21 cm, avec tranchefile et ruban marque-page, nombreuses illustrations). 25 euros. Disponible sur le site editions-hommelibre.fr

     

                                                                     ***

     

    Lire la suite

  • La Noël avec les Mexicains

    Après la brillante réussite de sa première année à l’Université Catholique de Louvain, le jeune Léon Degrelle emménage chez Mgr Louis Picard, dans l’immeuble qui sera bientôt le siège des Editions Rex, mais qui, pour l’heure, abrite surtout l’Association Catholique de la Jeunesse Belge (ACJB) où milite d’ailleurs le bouillant Bouillonnais !

     

    La maison est également le siège de multiples organisations de défense des Cristeros, ces catholiques mexicains persécutés à mort par leur gouvernement bestialement anticlérical. Mgr Picard est leur ardent défenseur, n’hésitant pas à appliquer à leur cas la notion augustinienne de « guerre juste », c’est-à-dire de légitimer la violence pour assurer leur droit à l’existence.

     

    Ce sont donc les persécutions mexicaines qui seront à l’origine de l’extraordinaire succès de la dévotion au Christ-Roi qui imprégnera toute l’existence de Léon Degrelle allant ainsi jusqu’à baptiser son mouvement de régénérescence politique et spirituelle « REX ».

     

    Avt-Garde 1928 10 01 Picard Christ-Roi.JPGMgr Picard écrira un vibrant appel à la mobilisation pour les Cristeros dans le magazine des étudiants louvanistes dirigé par Léon Degrelle, sous le titre « La Persécution mexicaine : l’indomptable fierté des jeunes martyrs – Comment on assassine en plein XXe Siècle ». Cette exaltation du martyre pour le Christ-Roi se termine ainsi : « C’est à l’occasion de l’inauguration [du monument au Christ-Roi au centre géographique du Mexique] que l’Evêque de Léon lança pour la première fois l’acclamation qui depuis a fait son tour du monde : Vive le Christ-Roi ! […]

    Une fortune inouïe était réservée à ce cri de foi et d’amour de l’Evêque de Léon. Il exprime la volonté catholique de ne pas se laisser faire et de ne pas laisser faire, de ne pas permettre que le Christ-Roi soit dépossédé, sans résistance et sans protestation à outrance, de la moindre parcelle de ses domaines inaliénables. Les martyrs mexicains résument en ce cri sublime toutes les raisons de leur vie et de leur mort. Lorsque les fusils du peloton d’exécution sont levés et que les têtes des soldats se penchent en attendant le commandement mortel, le martyr, debout, jette à la face des persécuteurs et à la face du Ciel et de la terre toute son âme par ces trois mots qui sont devenus comme un rite du martyre moderne : Vive le Christ-Roi !

    Le même cri fera vibrer nos lèvres et nos âmes en ce retour de la fête par excellence des milices et de la chevalerie du Christ-Roi. » (L’Avant-Garde, 1er octobre 1928)

     

    A la suite de son article enflammé saluant le meurtre du président mexicain par un Cristero, et mis au défi par la presse socialiste et communiste d’aller vérifier la réalité de la situation au Mexique, Léon Degrelle fut ainsi le seul journaliste belge à s’être rendu sur place et à avoir réalisé un reportage sur le vif de la condition du peuple catholique et la corruption de ses dirigeants.

     

    Voici comment Léon Degrelle rend compte de son Noël 1928 (les photos illustrant cet article paru dans Soirées du 25 décembre 1932, proviennent toutes de l’appareil de Léon Degrelle).

     

     

    J’étais installé dans une villa sans étage, toute couverte de roses, avec des jets d’eau jaillissant dans des vasques de faïences multicolores... Les servantes étaient des Indiennes de tout repos, tannées comme des crêpes et vêtues d’étoffe bleu sombre. Le dimanche, un prêtre venait dire la messe dans le garage. Il s’asseyait sur une chaise dans le jardin et on se confessait à la queue leu-leu, agenouillé dans l’herbe. Puis, il s’installait près d’un camion et, entouré de pauvres gens en loques et de femmes en noir, il consacrait la Sainte-Hostie. C’était émouvant à pleurer. On communiait entre deux fûts de goudron. A la sortie, le prêtre, en civil, nous tendait son porte-plume réservoir, où l’encre était remplacée par de l’eau bénite.

     

    Mais si j’étais resté là à contempler les roses, à manger des « dulces » et des cacahuètes, à jouer avec la ribambelle des petites Conchita, Angela et Guadalupe de la maison, mon enquête n’eût point avancé. Il me fallait sortir, étudier de près le peuple mexicain, me mêler à sa vie, pénétrer dans tous les milieux, surtout dans les milieux officiels. Le matin, je partais en chasse, flanqué de mes gardes personnels et ne rentrais que le soir, non sans passer d’abord à toute allure devant la villa, histoire de voir si la police ne m’attendait point pour prendre avec moi le potage au riz ! Sacrée police ! Je ne tirais jamais mon veston le soir, sans m’imaginer la surprise qu’il y aurait à être réveillé tout à coup par les soldats dévalant par le vitrage, comme ils l’avaient fait chez bon nombre de catholiques. Cela ne m’empêchait pas de ronfler comme une locomotive de « vicinal » ou un sénateur en séance d’après-midi. Je les eusse accueillis en pyjama et en parfaite humeur. Je regrette presque de ne pas avoir été coffré : c’eût été épatant de tomber là-bas, avec vingt balles à travers le corps, en criant, comme les douze mille martyrs : « Viva Cristo Rey ! »

     

    Mais il faut croire que le bon Dieu ne voulait pas d’un gaillard comme moi, bruyant et vantard, plus tôt qu’il ne fallait ! Jamais un flic n’essaya de me mettre la main au collet, malgré des bravades insensées.

     

    LD Lac Chapala.jpeg

    Vraiment, je n’ai pas eu... de chance : Le dernier jour de décembre 1929, près de l’Océan Pacifique, à quelques kilomètres de Guadalajara, je fis une ballade sans danger chez des tribus indiennes, mais six catholiques, qui suivaient à un quart d’heure de là, tombés dans une embuscade révolutionnaire, étaient descendus sans merci. Je serais dans un cimetière brûlant, sous les Tropiques... Allons, ce sera pour une autre fois et... pour ailleurs.

     

    Dès mon arrivée, je m’étais donc créé une flotte de relations. Dans le monde catholique pour commencer. Pour tout le monde j’étais le Docteur..., mettons Machin, et je savais discuter sur le cancer avec d’autant plus de compétence, que personne n’y connaissant quoi que ce soit, je pouvais hardiment inventer les théories les plus extravagantes, en situer l’origine dans le ver solitaire ou dans les cors aux pieds ou dans les épanchements de synovie !

     

    J’allais ainsi assister aux fêtes extrêmement pittoresques de la Noël, les « posadas ».

     

    8.L'on récite.jpegElles se succèdent pendant les neuf jours qui précèdent la Noël. On se réunit le soir dans le « patio » et l’on récite une série de prières naïves, demandant au maître de maison l’entrée pour saint Joseph et la sainte Vierge... Celle-ci accordée, on se livre, à travers toutes les places, à une cavalcade où la dévotion s’unit à la curiosité. On récite des litanies tout en dévorant des yeux (du moins les dames) le matériel somptuaire ou utilitaire des envahis ! Une fois les tours de piste terminés, le vin du pays lampé et les épices ingurgitées, on descend dans le « patio » où est suspendu la « pignata. » C’est une espèce de grande mascotte, dont le ventre en terre cuite renferme les babioles les plus invraisemblables, allant de briquets d’argent et de portefeuilles à des caricatures d’agent de police !

     

    8.C'est à l'aveuglette.jpeg

    Mais il s’agit de la casser. Ce n’est pas une petite affaire, car la « pignata » est suspendue à des cordes qui permettent de balancer, dans tous les sens, le pot aux trésors. Celui qui doit l’enfoncer a les yeux bandés. Si bien que c’est, à l’aveuglette, à travers le vide, un grand combat au bâton. On finit par faire voler en morceau la terre cuite. Alors c’est la ruée des gosses, des dames ballonnées, des jeunes filles glapissantes. Après neuf jours de sports pareils, toutes les terres cuites du Mexique sont en morceaux et toutes les dames ont retrouvé, grâce à ces loopings, la sveltesse du printemps perdu !

     

    Parmi ce brouhaha et ces exercices natatoires, je repérais les gens intéressants et je les faisais parler. Il me restait, toutefois, à pénétrer dans les maisons et dans l’intimité des révolutionnaires. J’allais m’y faufiler, en faisant de belles courbettes, des baise-mains, des compliments et en me payant la tête de mes victimes !