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juan manuel fanjul

  • Léon Degrelle et l'Espagne : la Médaille de la « Vieille Garde »

    Un « historien » espagnol élucubre une biographie de Léon Degrelle (2)

     

    Comme nous le disions dans notre article précédent (28 août 2026), il n'y a pas que les relations entre Léon Degrelle et José Antonio que le nouvel historiographe degrellien Pablo Cuevas entend stupidement remettre en cause. La Médaille de la Vieille Garde de la Phalange détenue par Léon Degrelle lui reste également en travers de la gorge !

     

    Dans l'interview de 1969 à ABC déjà citée, le Phalangiste d'honneur belge déclarait en effet : « Je suis le seul étranger au monde qui possède la Médaille de la Vieille Garde. » Et Cuevas de diligenter une enquête à charge contre cette prétention !

     

    Medalla Vieja Guardia 1.jpg« la Médaille de la Vieille Garde [est] une décoration que la FET de las JONS [Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste] décernait à ceux qui pouvaient démontrer qu'ils avaient été affiliés à la Phalange ou à la Communion Traditionaliste avant les élections de février 1936. Cela veut dire que la FET de las JONS confirmait [que Léon Degrelle] avait effectivement appartenu à la Phalange Extérieure, et qu'en outre il aurait été titulaire, selon ses dires, de la carte de membre numéro un. Toutefois, fort nombreux sont les étrangers qui possèdent cette médaille, ainsi que l'ont montré les recherches de Granda Orive [Javier de Granda Orive est un numismate, auteur d'un article sur la Médaille de la Vieille Garde où il cite cinq récipiendaires étrangers autres que Léon Degrelle : Revista numismática OMNI, n° 12, p. 237]. Et l'actuelle association de la Vieille Garde n'a aucune trace de l'attribution de cette médaille à Degrelle. Elle ne dispose pas d'archives sur les décorés car il s'agissait de quelque chose qui se gérait au niveau provincial. Et on sait aussi que le régime franquiste l'a accordée sans discernement à des gens qui n'ont jamais rien eu à voir avec la Phalange originelle (ou avec la Communion Traditionaliste), comme le ministre Demetrio Carceller [ministre espagnol de l'Industrie et du Commerce entre 1940 et 1945, proche de Ramon Serrano Suñer et, selon Wikipedia, membre de la Phalange, ce qui rend difficilement légitime la remarque de Cuevas !]. Ces distributions se multiplièrent à partir de 1953, assouplissant les critères d'attribution [qui la réservaient] aux membres qui avaient rejoint la FE de las JONS ou la CT jusqu'au 16 juillet 1936. Et [l'attribuant] aussi aux membres de leur famille. De sorte qu'on a fini par décerner 39.125 médailles jusqu'en 1976.

    [En note:] Pour vérifier si Degrelle a reçu la médaille, –ce qui se faisait au cours d'une petite cérémonie–, il serait nécessaire d'étudier les bulletins du Mouvement National de chaque province. » (p. 320)

     

    Mais qu'est-ce que cela peut bien faire si Léon Degrelle pensa toujours avoir été le seul détenteur étranger de la Médaille de la Vieille Garde ? Est-ce une raison pour le traiter de menteur ? Pour ce faire, Cuevas affirme que les détenteurs étrangers furent « fort nombreux » alors que l'historien de la Médaille dont il invoque le travail n'a finalement retrouvé dans ses archives que cinq autres noms, tous plus inconnus les uns que les autres et probablement tous également convaincus d'être les seuls étrangers à la posséder...

     

    LD Falanje Vieja Guardia.jpg

     

    En fait, pour Cuevas qui préfère ne pas se lancer dans l'examen des archives du Movimiento (expression politique unique rassemblant Phalange, Requetés, syndicats, mouvements de jeunesse, etc.) des différentes provinces espagnoles que put visiter Léon Degrelle, cette difficulté constituerait à elle seule la preuve du mensonge... Comme si Léon Degrelle avait lui-même épluché ces archives avant de prétendre fallacieusement être le seul étranger à s'être vu décerner cette Médaille ! Alors que la vérité toute simple est que Léon Degrelle disposait bien du diplôme officiel de la Médaille de la Vieille Garde, dont il nous reste la photocopie.

     

    Pablo Arredondo.pngCe document officiel daté de 1959 est signé par l'Inspecteur National de la Vieille Garde, Pablo Arredondo (1914-1969), membre, dès leur création en 1931, des JONS de Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo, engagé de la première heure dans la División Azul sur le Front de l'Est dont il revint mutilé de guerre en octobre 1942. Cette figure-clef de la Phalange historique, chargée du contrôle de ses membres et d'accompagner leur influence au sein de la société, authentifie également par sa signature la référence à la carte d'adhésion de Léon Degrelle à la Phalange Extérieure dont il est membre depuis 1934 ainsi que l'atteste ce diplôme.

     

     

    Léon Degrelle et l'Espagne

     

    Il est d'autres détails dont s'emberlificote Cuevas, les accumulant pour tenter d'établir l'imposture de Léon Degrelle. Ainsi de son affirmation d'avoir déjà connu l'Espagne avant sa visite des fronts de guerre en février 1939, et ce dès la première interview donnée au quotidien phalangiste de Gijon, Voluntad, le 7 février 1939 : « Je connaissais déjà San Sebastián ; mais aujourd'hui, ce soir, ce premier soir en Espagne Nationale, j'ai vu quelle est la valeur de son arrière-garde sereine, pacifique et travailleuse. »

     

    Et Cuevas de se gausser (sans doute avec une voix caverneuse pour souligner l'opprobre ironique) : « Est-ce qu'il était venu en tant que touriste, jeune avec ses parents ou adulte plus tard ? Une escale dans son voyage vers le Mexique ? Dans la documentation diplomatique qu'on a conservée sur les préparatifs de son voyage, il n'y a aucune donnée ni aucun indice » ! (p. 319) Car on peut être sûr que Cuevas a compilé toute la « documentation diplomatique » relative à ce voyage (en Espagne et/ou au Mexique ?) ! Il nous dira aussi où il l'a trouvée... Peut-être, selon une de ses hypothèses, dans les cales du Rio Panuco, le paquebot qui emmena l'envoyé spécial du Vingtième Siècle de Hambourg chez les Cristeros du Mexique (mais il fut « titaniqué » par l'aviation japonaise dans un port australien en 1942) !

     

     

    Rio Panuco Neptuna Darwin 19.02.1942.jpg

    Le Rio Panuco, vendu à un armateur australien et devenu le Neptuna, fut coulé par l'aviation japonaise dans le port de Darwin en Australie, le 19 février 1942 : il transportait une centaine de mines sous-marines qui explosèrent, tuant 36 des 124 membres de l'équipage, dont le capitaine, ainsi qu'une dizaine de dockers (voir aussi Léon Degrelle, Cristeros, p. 245).

     

     

    En attendant, pourquoi le chevaleresque Jean Denis raconterait-il des bobards en écrivant dans son article pour le quotidien phalangiste Unidad, le 6 février 1939 : « Enfin, Léon Degrelle est arrivé en Espagne. Combien de fois déjà celui qui est pour moi depuis plus de quatre ans un chef et un camarade n'avait-il pas manifesté son désir nostalgique de visiter cette Espagne qu'il connaît si bien et qui lui est devenue si fraternelle depuis le 18 juillet 1936. [...] Cependant, ce n'est pas la première fois que Léon Degrelle visite l'Espagne. Il y vint pendant son enfance pour passer quelques vacances et revint encore pendant la Dictature [du père de José Antonio, Miguel Primo de Rivera, avec l'accord du roi Alphonse XIII, parrain de Louise, duchesse de Valence] et sous la République. »

     

     

    PR 1939.02.07b.jpg

    Les premières impressions que Léon Degrelle offrira aux lecteurs du quotidien rexiste sur son voyage historique dans l'Espagne reconquise sur les barbares communistes et anarchistes par les nationalistes de Franco s'ouvrent sur le souvenir de ses précédents voyages. Dans l'Espagne d'alors, les enfants couraient souvent pieds nus, ce qui, malgré même la guerre civile, n'est plus le cas dans la nouvelle Espagne soucieuse de sa jeunesse. (Le Pays réel, 7 février 1939).

     

     

    De même Cuevas balance un nouveau scoop : « Degrelle, invité indésirable ou hôte d'honneur ? » On devinera tout de suite quelle option de l'alternative a la préférence de l'auteur qui n'a de cesse d'essayer de minimiser le périple espagnol ! « Degrelle avait prétendu que ce serait une visite de haut niveau avec une série de manifestations dont il attendait un grand impact en Belgique, comme sa visite en Italie en juillet 1936. [...] La presse nationale informera de sa présence en Espagne du 2 au 11 février 1939, non pas avec grande précision ni de manière fort visible, mais largement, presque toujours en pages intérieures. » (p. 330)

     

    Voici pourtant ce qu'en dit la Duchesse de Valence : « Un soir, une haute personnalité se présenta au palais de mes parents [aujourd'hui annexe du musée du Prado à Ávila] : « – Le chef des Rexistes belges, Léon Degrelle, va venir en Espagne pour trois semaines, comme invité d'honneur de l'État. On vous prie de bien vouloir lui donner l'hospitalité. [...] » (Degrelle m'a dit, p. 13).

     

     

     

    LD ABC 04.02.1939 p15b.jpgQuant à l'édition de Séville du plus important quotidien espagnol, ABC, il écrit en date du 4 février 1939 (avec un portrait-charge de Léon Degrelle et la photographie de sa dédicace : « Notre salut fraternel à la presse espagnole, défenseur de la civilisation, de la vérité et de la Patrie. Léon Degrelle », photo archives ABC) :

    « Léon Degrelle, le chef du parti rexiste belge [...] est l'hôte de l'Espagne de Franco. [...] Quand le jeune fondateur lança sa consigne inébranlable Rex vaincra, l'Espagne était très loin de la rédemption dans la plénitude de laquelle elle se trouve aujourd'hui qu'arrive sur notre territoire pour être son hôte d'honneur Léon Degrelle. » (p. 15).

     

    Alors ? « invité indésirable », vraiment ? Il est tout de même difficile de faire davantage « hôte d'honneur » !...

     

    Mais, insiste Cuevas, quant à lui plus troglodyte que jamais, « ce qui est certain, c'est qu'on ne l'a pas laissé parler en public comme il le voulait et, à tout instant, il était soumis au bon vouloir de ses hôtes » (p. 331) !

     

     

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    Ce qui est certain, c'est que Léon Degrelle put parler en public comme il le voulait lors de son voyage en Espagne de février 1939 (voir plus loin encore à propos de sa conférence académique à San Sebastián). Et donc, en dépit des affirmations péremptoires mais fausses de l' « historien » Pablo Cuestas,  il prit la parole à Barcelone au micro de la Radio Nacional, le 9 février 1939 à 23h (El Correo de Zamora, 10 février 1939 ; nous exprimons notre plus vive reconnaissance aux services de la Biblioteca pública del Estado de Zamora pour leur aide précieuse).

     

    S'il partagea le micro avec une délégation officielle française venue explorer les possibilités de renouer des relations diplomatiques, seul son nom semble digne d'être mentionné aux lecteurs de l'important quotidien catholique régional El Correo de Zamora (qui poursuit toujours sa publication après quelque 130 ans d'existence ; remarquons que Cuevas ne cite pas ce journal dans la quinzaine de titres dont il signale qu'ils couvrent le voyage du chef rexiste, pp. 330-331). Cette délégation était pourtant composée de l'ancien ministre de la Justice, Léon Bérard, de l'évêque de Chartres et de sept députés, parmi lesquels Xavier Vallat, qui sera le premier Commissaire général aux Affaires juives dans le gouvernement de Vichy (1941-1942), avant de céder son poste à Louis Darquier de Pellepoix.

     

    Le Pays réel, à propos cette fois de l'audience accordée par Francisco Franco à Léon Degrelle plutôt qu'aux Français, a bien exprimé la préférence qui fut systématiquement accordée au chef de Rex : « Tandis que [...] la délégation des parlementaires nationaux français ne [réussissait] pas à forcer la porte du général Franco, pris tout entier par son travail d'État-Major, le caudillo a bien voulu recevoir Léon Degrelle avec lequel il s'est entretenu longuement de Rex et de la Belgique. » (13 février 1939).

     

     

    Ce qui est surtout certain –à en reprendre la liste dressée par Cuevas– c'est que la totalité (ou peu s'en faut) des souhaits exprimés par Léon Degrelle fut indiscutablement exaucée : « Il demande de visiter le front [Léon Degrelle visitera, les 5 et 6 février, le front de Madrid et Tolède en compagnie de Miguel Primo de Rivera, frère de José Antonio, puis celui de Catalogne et Barcelone récemment libérée en compagnie de Joaquín Rodríguez de Gortázar, secrétaire national du Service extérieur de la Phalange, de Pilar Primo de Rivera, la sœur de José Antonio et Sancho Dávila, son cousin] et veut donner des conférences dans un centre universitaire [...] et contacter des historiens spécialistes des règnes de Philippe le Bel, Charles-Quint et Philippe II [Léon Degrelle prononcera effectivement une conférence intitulée « La domination espagnole sur les Pays-Bas » à San Sebastián, le 11 février 1939 ; il semble même qu'il répéta sa conférence chez le Caudillo, lors de sa rencontre du 7 février : c'est d'ailleurs Franco lui-même –apparemment expert en la matière– qui lança le sujet, voir ci-après]. Il insiste pour parler à la radio de manière à pouvoir être entendu en Belgique [Léon Degrelle est effectivement intervenu à la radio nationale de Barcelone, le 9 février au soir] ; il voudrait également visiter le Maroc espagnol [ce seul point n'a pu se réaliser]. Il voudrait par-dessus tout présenter ses respects à Son Excellence le Chef de l'État. » (p. 329).

     

     

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    D'après Le Pays réel du jeudi 9 février 1939, c'est le mardi précédent, 7 février, que le Général Franco accorda une rare et précieuse audience toute de cordialité à son hôte d'État Léon Degrelle (voir aussi ce blog aux 29 août 2026 et 1er septembre 2024).

     

    Le caractère tout à fait exceptionnel de cette entrevue est illustré par le fait qu'au même moment, une délégation française visitait l'Espagne nationaliste, composée de parlementaires emmenés par le sénateur et académicien Léon Bérard et Mgr Raoul Harscouët, évêque de Chartres, afin de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays : elle ne fut pas reçue par Franco.

     

    Résumant la réception de Léon Degrelle au Grand Quartier Général de Franco, Pablo-des-Cavernes prétend ainsi ravaler le Chef de Rex dans son trou : « Degrelle [fut] un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt. » « Ce voyage obtint quelque résonance [...] mais uniquement dans sa niche. » (p. 332) !

     

     

    Léon Degrelle sera en réalité le seul étranger à avoir été reçu dans le Quartier général du Généralissime Franco, une ferme appelée le « Terminus », un endroit gardé secret dans la région de Saragosse. Léon Degrelle en fera la pittoresque description dans l'article Au front avec Franco qu'il confiera à l'hebdomadaire français Gringoire du 19 février 1939, –repris quelques jours plus tard dans Le Pays réel sous le titre Dans l'intimité de Franco–, en réservant à son quotidien l'exclusivité de la photo personnalisée du Caudillo.

    « J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du “Terminus”. On croirait lire le finis terrarum des vieux atlas. Le Terminus est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes. Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient. »

     

     

    DH 1939.02.06.png

    La mauvaise foi stalagmitique de Pablo Cuevas s'apparente résolument aux diatribes et caricatures de la presse belge relatant le voyage de la délégation rexiste en Espagne. Ci-dessus, caricature du journal libéral La Dernière Heure du 6 février 1939 ; ci-dessous, des articles du communiste Drapeau rouge (2 février 1939), du socialiste Le Peuple (9 février 1939) et du catholique Vers l'Avenir (5 février 1939).

     Drapeau rouge 1939.02.02.png  Peuple 1939.02.09.png  Vers l'avenir 1939.02.05.png

     

     

    Tout ce que cet article suscite chez le nouveau biographe de Léon Degrelle, c'est un dédain narquois pour ce texte décrété « pompeux, flagorneur et plutôt creux » qui ne ressortirait qu'à la récupération politique : « À part l'intérêt obsessionnel de Degrelle pour le paysage, les ormes, les olives, les soldats cueillant du mimosa dans un jardin sauvage, Degrelle met dans la bouche de Franco son intérêt primordial pour la mobilisation de la jeunesse, l'unique chose qui puisse changer l'Espagne... et, bien entendu, la Belgique. » (pp. 332-333).

     

    Nous publierons prochainement l'intégralité de cet article documentant la probablement unique rencontre personnelle entre Francisco Franco et Léon Degrelle. Car l'entretien accordé par le Caudillo ne se limita aucunement à la guerre de reconquête de l'Espagne ou à la politique sociale et économique à mener pour son développement, mais permit également d'évoquer quelques grands noms communs à l'histoire de nos deux pays, Léon Degrelle développant sans doute aussi la substance de la conférence qu'il devait donner quatre jours plus tard à San Sebastián sur La domination espagnole sur les Pays-Bas : « Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit [Franco] en me prenant fraternellement le bras. [...] Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe. »

     

     

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    À l'issue de la visite du Chef de Rex en son Quartier général, le général Franco ne manqua pas d'offrir à son hôte une photo avec une dédicace manifestant sa confiance en l'avenir du jeune tribun belge et de son mouvement : « À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la Nation belge. » (Le Pays réel, 19 février 1939). Pour Franco (qui, selon son hôte, « parle un français chantant, cocasse et intime »), il ne s'agissait certes pas d'un compliment de circonstance car, comme il le faisait déjà savoir en 1936 en exprimant le souhait de rencontrer Léon Degrelle, il connaissait fort bien Rex (ce blog au 1er septembre 2024).

     

    Il est d'ailleurs révélateur que Cuevas n'ait pas inclus Francisco Franco dans la liste des « amitiés pour la vie » que se créa Léon Degrelle sur le front de la nouvelle Croisade contre le communisme : « cette visite permet à Degrelle de nouer des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, Juan Manuel Fanjul, Eugenio Espinosa de los Monteros, Serrano Suñer... » (p. 333) C'est pourtant cette amitié-là qui sera la première et seule décisive pour la vie d'exil de Léon Degrelle en Espagne (ce blog aux 31 mars 2021 et 2 septembre 2025).

     

    Mais le point de vue de Franco n'intéresse pas Cuevas : il privilégie une interview de Léon Degrelle, Franco, jefe de Estado dont il ne donne pas la référence sinon qu'elle date « d'après la mort de Franco », précisant seulement qu'il ne faut pas la « confondre avec son livre Franco Chef d'État, Editions du Baucens, 1976 ». Pourquoi ? Pour mettre à nouveau perfidement en doute la pertinence de ce que raconte Léon Degrelle : « Dans cette interview, il prétend que l'entrevue de 1939 se tint au Grand Quartier général, dans sa modeste maison familiale près de Saragosse. Mais sans doute mélange-t-il ses souvenirs avec Serrano Suñer qui, lui, possédait une maison dans la capitale aragonaise ? » (p. 333).

    Et, à part mettre en évidence l'animosité obstinée de Cuevas pour Léon Degrelle, que peut bien apporter tout ce tralala anachronique à propos du Terminus d'après 1975, « modeste maison familiale », quand il était proprement présenté en 1939 comme « une vieille ferme-château » ?...