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Dernier Carré "Léon Degrelle"

  • Léon Degrelle et Francisco Franco

     

     

    L'indéfectible amitié unissant le général victorieux, devenu Caudillo d'Espagne, et le soldat vaincu, désormais encombrant réfugié

     

    (en réaction toujours à la nouvelle biographie élucubrée par un « historien » espagnol) (3)

     

     

     

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    A Leon Degrelle con mis mejores votos para el movimiento que acaudilla para la salvación de la nación belga.

    (« À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la nation belge. »)

     

     

    Nous documentions, dans notre article précédent (ce blog au 14 septembre 2026), l'audience exceptionnelle qu'après la prise de Barcelone, le général Franco accorda à Léon Degrelle, jeune chef du mouvement rexiste belge, le 7 février 1939.

     

    L'occasion nous en était donnée par la misérable présentation qu'en fait le non moins misérable Pablo Cuevas dans sa misérable biographie, récemment publiée en Espagne (ce blog au 2 août 2026).

     

    Ce Balace d'Or de l'historiographie degrellienne (ce blog au 29 août 2026) estimait en effet que cette audience ne relevait que de la banale rencontre entre une diva de la politique et son séide fanatique. Degrelle n'aurait en effet été qu' « un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. » D'autant plus qu'au cours de cette visite, « Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt » (p. 332).

     

    La duchesse de Valence avait pourtant bien identifié le résultat de ce voyage dans son Degrelle m'a dit, au titre explicite : « [Léon Degrelle] se rendit, enfin, en Espagne, comme nous le savons, afin d'y nouer des relations d'amitié avec Franco, avec le ministre Serrano-Suner et avec les personnalités les plus en vue de la péninsule » (p. 241). Décréter alors que pareil événement n'est aucunement « digne d'intérêt » en dit assez sur la sagacité du nouveau « degrellologue ».

     

    On saluera plutôt le travail d'investigation de Bert Govaerts (ce blog aux 11 juillet, 2 septembre,12 octobre et 7 novembre 2025) expliquant l'importance de la dette de l'Espagne envers le jeune Léon Degrelle à l'occasion de sa rencontre avec le Caudillo : « Degrelle connaissait bien Franco. Il avait déjà été chez lui, peu avant la fin de la guerre civile espagnole, en février 1939. [...] Ironie du sort, avant la Seconde Guerre mondiale, Degrelle s'est donné beaucoup de peine pour que le régime de Franco soit reconnu en Belgique avant même la fin de la guerre civile espagnole, via Spaak. [...] J'ai vu des documents d'archives qui montrent que les Espagnols savaient très bien qui était Degrelle et ce qu'il avait fait pour eux. [...] On peut lire ceci, littéralement, dans les documents : “Nous devons préciser ce que Degrelle peut faire ici et ce dont il doit s'abstenir. Mais nous devons reconnaître qu'il a fait beaucoup pour nous afin d'arriver à une reconnaissance de la Belgique.” » (interview dans 't Pallieterke, 21 août 2025).

     

     

     

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    Le 7 février 1939, Le Pays réel publie le premier article que lui envoie Léon Degrelle d'Espagne.

     

     

    En fait, le pseudo-historien espagnol voudrait nous persuader que l'entrevue Franco-Degrelle n'eut aucune importance ni conséquence : pour Cuevas, Franco ne fait en effet pas partie des « amitiés qui dureront toute la vie » nouées par Léon Degrelle pendant son voyage (p. 333). Un tel postulat rend inintelligible –pour ne pas dire grotesque– le récit, pauvre de quelques pages, réservé à la plus grande partie de la vie de Léon Degrelle, ses quarante-neuf années d'exil en Espagne.

     

    D'où, pour étoffer le récit, la priorité donnée à [l'absence de relations avec] José Antonio, le dénigrement du voyage de 1939 et, pour excuser le silence sur tout le reste qui ne présenterait donc aucun véritable intérêt, le montage en épingle de la seule tentative par le juif Zwy Aldouby de rapter Léon Degrelle et le procès intenté par la juive Violeta Friedman, épisodes sur lesquels nous reviendrons, mais qui sont ici destinés à accréditer un prétendu antisémitisme de Léon Degrelle.

     

     

    Dossier Franco 33 ans.jpegPhoto extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    Mais l'occultation de l'amitié liant le Généralissime Franco au futur Standartenführer Degrelle oblige le soi-disant biographe à résumer le demi-siècle de l'exil espagnol à quelques lignes où l'invraisemblable le dispute au saugrenu. Ainsi du sort de l'écrivain Pierre Daye, ancien député rexiste et ami de Léon Degrelle : Cuevas, essayant toujours d'enfoncer celui qui est devenu son souffre-douleur, affirme sans rire : « ce qui est certain, c'est que Daye fut bien davantage un hôte d'honneur du gouvernement que Degrelle dix mois plus tard. ». En effet, « Au cours de son voyage à travers la nouvelle Espagne, il rencontra les généraux Dávila, Vigón, Queipo de Llano et enfin Franco. » (p. 339). Ce qui, contrairement au chef de Rex, ne le protégea pas de l'expulsion du pays, malgré ses supplications auprès d'amis communs tels le comte de Mayalde ou le ministre Serrano Súñer (p. 342) !

     

    De même, pour Cuevas, si « en réalité, Degrelle ne quitta jamais l'Espagne », c'est en raison « de sa baraka qui, depuis le début lui a permis de tomber entre les mains de ceux qui étaient le plus susceptibles d'avoir de la sympathie pour sa situation » (p. 347) !

     

    Comme si derrière toutes les péripéties qui le mirent en danger tout au long des trente ans du franquisme, il n'avait pas été sauvé par la protection vigilante de son ami.

     

     

    PR 1939.02.08 LD Ambassadeur.pngL'ambassadeur providentiel que fut Léon Degrelle en Espagne ne fut jamais oublié par le Caudillo Francisco Franco (Le Pays réel, 8 février 1939).

     

     

    Rappelons ce que nous écrivions le 31 mars 2011, à l'occasion du 27e anniversaire de la disparition de Léon Degrelle : « malgré les difficultés politiques et diplomatiques provoquées par l’arrivée de l’encombrant Degrelle en Espagne, Franco refusa toujours de le livrer au sort funeste (qu’il n’avait d’ailleurs jamais imaginé) de Pierre Laval : il le protégea (lui accordant même, en 1945, un premier viatique de vingt mille pesetas !) et parvint toujours à louvoyer parmi les ukases venus de Belgique, des Nations-Unies ou de son propre gouvernement d’Opus Dei pour sauver son compagnon d’idéal ».

     

    Pour Cuevas cependant, ce premier secours de 20.000 pesetas octroyés à Léon Degrelle ne l'aurait en réalité même pas été par le Caudillo : « Le Gouvernement espagnol (d'après son hagiographe Jerez Riesco, c'était Franco, de sa propre bourse) lui a donné 20.000 pesetas en sortant de l'hôpital, une somme assez considérable pour qu'il puisse commencer une nouvelle vie en Espagne » (p. 352).

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    La réalité du viatique n'étant pas mise en cause, pourquoi serait-ce le Gouvernement espagnol qui s'en serait soucié (et de quel budget proviendrait cette « somme assez considérable » ?) ? Gouvernement à propos duquel Cueva prétendait, seize pages auparavant, « ce qui est certain, c'est que le Gouvernement espagnol était disposé à accepter les extraditions de Laval ou Degrelle » (p. 336) ! Pourquoi Cuevas invente-t-il ce scoop invraisemblable ?

     

    C'est que sa source, c'est José Luis Jerez Riesco, le consciencieux compilateur des témoignages sur la vie de l'exilé belge en Espagne, qui écrit : « C'est alors que Franco mit 20.000 pesetas de sa propre poche dans une enveloppe à transmettre à Degrelle qui –il le savait bien– était sans le sou en Espagne. » (En el exilio, p. 88). Sous prétexte qu'il est également président-fondateur de l'Asociación cultural « Amigos de Léon Degrelle », José Luis Jerez Riesco ne peut en aucun cas être crédible : ce n'est qu'un « hagiographe » !

     

    Mais quinze ans avant José Luis Jerez Riesco, Léon Degrelle lui-même avait précisé à Jean-Michel Charlier (augmentant d'ailleurs son viatique du quart de la somme avancée par Jerez Riesco !) : « Je possédais [le 21 août 1946] des papiers en ordre au nom de Juan Sanchiz, Polonais. Se doutant de ma pauvreté, Franco en personne avait glissé dans le document vingt-cinq mille pesetas, somme assez considérable alors. » (Persiste et signe, p. 400 et, pour l'édition espagnole, p. 376).

     

    La protection permanente dont put jouir Léon Degrelle en Espagne –même lorsque les autorités d'Opus Dei lancèrent contre lui le fameux ordre de busca y captura (ce blog au 3 janvier 2023)– ne peut s'expliquer sans la précieuse sollicitude de Francisco Franco.

     

    Et cette sollicitude ne put provenir que de l'amitié spontanée qui naquit entre les deux hommes lors de leur première rencontre, le 7 février 1939. Expérience fort semblable au demeurant par ses effets à celle qui permit d'unir irrévocablement Léon Degrelle à Adolf Hitler à l'occasion de leur première entrevue, le 26 septembre 1936 (ce blog aux 12 mai 2016 et 21 juin 2018).

     

    Insistons-y : c'est l'impression fulgurante produite par le jeune éveilleur d'âmes qui força chez chacun des chefs d'État cet irrépressible et indéfectible attachement. Comme Adolf Hitler –qui le considéra comme le fils qu'il eût désiré– pour qui Léon Degrelle signa Hitler pour 1000 ans et entreprit la formidable chronique (dont la plupart des volumes reste encore inédite) Le Siècle de Hitler, Francisco Franco –qui se prit pour lui d'une affection mêlée d'admiration et de gratitude– fut le seul chef d'État nationaliste autoritaire auquel il consacra également deux brochures d'hommage (le 27 juillet 1936, Léon Degrelle rencontra également Mussolini qui lui fournit une aide importante, ce qui ne l'amena cependant jamais à lui consacrer quelque ouvrage).

     

    La première, Franco et son régime, a été publiée du vivant du Caudillo, en décembre 1965, dans le périodique Le Dossier du mois sous le pseudonyme de Philippe Dastier. La seconde, Franco chef d'État, qu'écrivit Léon Degrelle fut publiée aux Éditions du Baucens en 1976, au lendemain de la mort de son ami et protecteur, le 20 novembre 1975.

     

    Sans doute le futur proscrit ne se rendit-il pas immédiatement compte de l'intensité exceptionnelle du lien créé, car Franco –réputé pour la pudeur de ses sentiments– ne s'en ouvrit jamais et ne reverra d'ailleurs plus jamais son hôte de Saragosse. Dans Franco chef d'État, l'hommage qu'il lui rendit après sa mort, Léon Degrelle put expliquer d'expérience la pudicité à laquelle s'obligeait le Caudillo : « En fait, Franco avait du coeur et il était d'une grande fidélité à ses amis. Mais pour tout ce qui était sa charge et sa mission, seuls le but et les résultats comptaient. » (p. 18).

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    C'est ainsi que Léon Degrelle crut devoir se rappeler à son bon souvenir et, du fond de sa détresse, se croyant perdu, le morigéner en mai 1946, comme il l'expliqua au journaliste Ismael Fuente Lafuente : « Je voyais les choses aller si mal qu'un jour, je lui ai écrit une lettre dans laquelle je disais : “Combien peu vaut pour vous le sang d'un chrétien”... Franco, d'après ce qu'on m'a dit, en a été ébranlé et il m'a envoyé Serrano Suñer. Finalement, ça s'est terminé par le fait que, lorsque j'ai pu recommencer à marcher, ils m'ont préparé une fausse évasion. » (El País, 14 décembre 1982 ; dans cet entretien Léon Degrelle donne également des détails sur ses premières excursions en Espagne, détails donnant la mesure de l'indécence de Cuevas ironisant impudemment sur le prétendu mensonge d'une présence précoce de Léon Degrelle en Espagne: « Je connaissais cette région parce que, quand j'étais petit, j'avais passé quelques étés à Lourdes avec mes parents et nous avons visité le Guipúzcoa [une des trois provinces basques, dont la capitale est San Sebastián] à deux reprises », voir ce blog au 14 septembre 2026).

     

    Dans ses conversations avec l'historien hispano-allemand Heleno Saña, Ramon Serrano Súñer –le Cuñadissimo, le « beau-frèrissime » de Franco– confirme d'ailleurs sans équivoque l'implication personnelle du Caudillo dans le sauvetage de Léon Degrelle : « À cette époque, je n'étais pas encore au gouvernement, mais j'ai organisé son évasion avec Narciso Perales [phalangiste sévillan, ami de Léon Degrelle et membre comme lui de la Vieille Garde]. Je dois dire que cela n'aurait pas été facile à réaliser sans l'appui secret de Franco (la police était alors assez efficace) et c'est ainsi que nous l'avons organisée, d'accord avec lui et que s'est réglé ce problème majeur. » (El Franquismo sin mitos, 1981, pp. 305-306 ; cet important ouvrage est absent de la bibliographie de Pablo Cuevas dont le livre ne comporte pas non plus d'index).

     

    Revenons donc à cette rencontre historique entre Francisco Franco et Léon Degrelle, le 7 février 1939, et la relation qu'en fit le Chef de Rex pour l'hebdomadaire français Gringoire (16 février 1939), article repris, avec quelques illustrations photographiques, par Le Pays réel (19 février 1939).

     

    Gringoire 16.02.1939.png

     

    Au front avec Franco (Gringoire, 16 février 1939)

    Dans l'intimité de Franco  (Le Pays réel, 19 février 1939)

     

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    Gérone venait de succomber, dans l'éclatement des maisons dynamitées. Et le grand flot brun et rouge des Navarrais, après avoir franchi le lit rocailleux des ruisseaux, avait atteint les collines de chênes-lièges. On voyait la grande plaine, brillante d'oliviers gris, s'étendre vers Figueras jusqu'aux premières sapinières qui s'étageaient au pied des monts pyrénéens. La chaîne rose des pics ourlait le ciel doré. Les soldats avaient cueilli du mimosa dans un jardin sauvage. Et les bannières sang et or jalonnaient le déploiement humain entre les coteaux.

    Les coups de feu claquaient de-ci de-là. On trouvait, en avançant, les miliciens morts, le visage au ciel, des mouches et du soleil dans les yeux grands ouverts.

    On sentait que tout craquait, qu'on finirait par atteindre les sapins et les neiges, et la chaîne derrière laquelle on verrait les mousquetons et les casques français.

    Un frémissement joyeux courait avec l'armée en marche. On balançait dans les ravins les camions incendiés qui encombraient la route. Chacun se sentait nerveux, prêt à des imprudences folles.

    Un seul homme restait calme près des trois fenêtres d'une vieille ferme-château, d'où il dirigeait la poussée. Cet homme, près de qui je me trouvais au moment du coup de bélier final, c'était Franco.

     

     

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    Le président de la république espagnole Manuel Azaña croqué par Jam, le dessinateur du Pays réel, alors qu'il fuit la Catalogne reprise par les forces nationalistes du Général Franco. Il se réfugiera en France d'où il enverra illico sa démission aux Cortes, le Parlement espagnol. Pendant ce temps, son premier ministre Juan Negrín, s'étant emparé du yacht de l'ancien roi Alphonse XIII, s'enfuyait au Mexique avec le butin des « réquisitions » opérées dans les coffres de la Banque d'Espagne, les banques privées, le Mont-de-Piété, les musées, les biens confisqués aux partisans de Franco, etc... (Le Pays réel, 27 janvier 1939).

     

     

    *

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    J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du « Terminus ». On croirait lire le « finis terrarum » des vieux atlas. Le « Terminus » est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes.

     

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 21 janvier 1939.

     

     

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    Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient.

    Mais le paysage vaut parce qu'il inspire Franco tous les jours : cyprès noirs le long du dernier mur ; chariots de luzerne remontant des champs gris ; paysans à califourchon sur des ânes. Deux chevaux noirs tirent un soc. Des moutons jettent, à flanc d'un coteau, leurs brassées de pétales blancs. Un gros village étend ses toits cuits derrière un pont qu'encombrent des mules.

    Nous y sommes.

    Les grands arbres, là-bas, bordent la ferme de Franco. On n'a vu ni un soldat, ni l'éclair d'une arme. Le village n'était gardé que par deux amandiers roses qui fleurissaient dans le léger soleil étendu sur un champ pelé.

     

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    * *

     

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 19 janvier 1939.

     

     

    Nous avons dû chercher dans le village et, –si extraordinaire que cela paraisse–, demander à des paysannes où habitait le Caudillo.

    Elles bougèrent à peine de la flaque de lumière où elles bavardaient. Et une main nous montra une entrée romane devant laquelle nous étions passés sans même penser qu'un chef d'État et un guerrier exceptionnel habitait là.

    C'était une place de terre battue, comme on en trouve cent en Beauce ou en Provence. Les maisons avaient simplement des liserés de couleurs plus vives. De grands encadrements bleu clair dégageaient les fenêtres Des gosses couraient autour d'un arbre. Un petit magasin était le seul ornement de la place. Mais son enseigne était un poème : Sastreria y Camiseria, « La Confianza ».

    La confiance !

    Nous étions tout à fait à l'aise. Et nous avançâmes sous la voûte où un Marocain aux yeux d'enfant montait la garde près des battants ouverts.

     

    *

    * *

     

    On ne peut penser à plus de simplicité.

    On imagine ici Virgile écrivant ses Bucoliques, ou Ronsard, du bout du verger, chantant la fumée légère montant des toits.

    Ici pourtant est la pensée d'un chef. Ici se joue le destin des armes.

    On gravit un escalier de pierre jaunie. On atteint, par un couloir bordé de fenêtres aux grosses poutres centenaires.

    Jusqu'au seuil du bureau de Franco, tout est recueillement et paix. Le grand feu ouvert, les portraits de famille des seigneurs qui habitaient ces lieux n'évoquent ni l'agitation, ni les fureurs des hommes. Des livres courent sur les rayons de bois, abandonnés on ne sait quand, ni par qui : vieilles collections de L'Illustration avec des tsars morts et des vainqueurs de courses ; ouvrages poussiéreux de Montalembert, échoués – après quels avatars !– à la portée de la main du généralissime espagnol ! Les cannes de billard fléchissent dans un coin. On n'y touche pas. Celui qui fait tonner les canons déteste le bruit. Deux officiers jouent aux échecs sans dire un mot.

    Un claquement de talons. L'officier d'ordonnance du Caudillo, le duc de Pinohermoso, s'est mis au garde à vous. J'ai poussé la porte. Voilà Franco.

     

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 19 janvier 1939.

     

     

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    * *

     

    Il m'a serré dans ses bras avec un enthousiasme chaleureux comme le soleil. Dieu, que cet homme est vif, et gai, et pétillant de jeunesse ! Il n'est pas gras comme ses photos le laisseraient croire. Il a, au contraire, des traits magnifiques de netteté, le teint bruni de ceux qui ont couru les mers et les sables, et des yeux bruns comme des noisettes, mais avec un feu clair comme des flammes dans les champs.

    Il est petit, râblé, il parle un français chantant, cocasse et intime. Tout est simple autour de lui. Les petits rideaux du propriétaire disparu dns la tornade sont toujours là, avec leurs maigres festons jaunis. Rien d'autre ne compte dans cette chambre que la grande carte où Franco crayonne, entre Lerida, Barcelone et Port-Bou, les flèches de gloire de sa conquête. On voit qu'on a fait du zèle : on a peint, avec les couleurs des jeux d'enfants, les poches de front crevées chaque jour. Mais le doigt de Franco, brun comme celui de ses Maures, ne montre que le secteur devant Gerone où, à cette heure-là, les troupes avançaient entre les oliviers et les mourants.

    Nous parlons de la guerre. Et cet homme si gai ne l'est plus. Il n'a pris les armes que parce qu'il le fallait. La victoire, il en est sûr. Il n'en a pas d'orgueil. On voit qu'il n'aime point entendre parler de ses mérites. Quand il a gagné, il a comme un peu de gêne. Le soir de la prise de Barcelone, après cinq minutes de conversation, il est passé à un autre sujet. Au dîner, toujours extrêmement frugal, il ne fit pas verser un verre de vin pour fêter la conquête de la plus grande ville de son pays. Vous lui dites ses succès et rien ne bouge dans son visage pourtant si mobile. Pas une lueur n'enflamme alors son regard. On sent qu'au fond de son cœur, la modestie est une grande nappe d'eau étale où les fleurs puisent en silence le suc de leur beauté limpide...

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    *

    * *

     

    – La jeunesse aura gagné la guerre, commence-t-il.

    « Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit-il en me prenant fraternellement le bras. C'étaient des jeunes gens inutiles parfois. Ils ne se souvenaient plus de ces vieilles vertus indomptables que l'Espagne impériale leur avait léguées. Ils ne connaissaient plus leur patrie. Notre peuple s'est purifié, s'est grandi, s'est retrouvé, en souffrant et en se sacrifiant. Nous aurons des plaies atroces à panser. Mais nos âmes sont guéries. Et grâce à elles, nous sommes sûrs de gagner la paix après avoir gagné la guerre.

    « Il ne suffit pas de triompher grâce aux armes. Je tiens à gagner les cœurs. Je ne veux pas seulement dominer, mais convaincre, je veux élever au lieu d'effrayer.

    « Notre peuple est redevenu héroïque. Notre jeunesse, plus que toute autre, s'est jetée dans le sacrifice comme dans une libération. À vingt ans, elle a tout vécu et tout gagné. Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. »

    À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    – Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe.

     

    *

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    Franco a eu un sourire. Il va me parler, naturellement, du catholicisme des Espagnols. Il me dit la sottise de certains catholiques étrangers qui mettent dans le même sac tous les nationalismes, les plus respectueux de la vie spirituelle comme ceux qui sont les plus païens.

    – Nous aurons un État fort, me dit-il, mais nous savons les limites de l'État. Nous ne somme pas tout. Nous ne prétendons pas soumettre à la politique ce qui est le domaine de Dieu. Notre Espagne étonnera l'Europe si prompte à tout confondre.

    Des voix d'enfants ont monté de la cour villageoise. Nous regardons trois enfants à gros souliers cloutés qui jouent sur une charrette. Une femme passe, droite comme un lis, portant sur la tête la masse blanche de sa lessive débordant d'un panier d'osier. À droite, des socs sont rangés près des pots de fleurs des fenêtres.

    – C'est à tous ces Espagnols-là que je pense, me dit Franco. C'est pour eux que nous gagnerons la paix. Nous mettrons au pas nos ennemis conservateurs comme nos ennemis rouges. Dans les tranchées, les Espagnols ont recréé la paix sociale. Notre noblesse a fait son devoir de façon magnifique ; nos ouvriers et nos paysans ont vu les nobles mourir, par milliers, confondus dans leurs rangs. Ils respecteront ces élites après qu'elles ont donné de tels exemples. Et celles-ci ont vu le courage et l'abnégation des ouvriers et des paysans espagnols. Ces classes s'ignoraient. Elles auront eu trois ans pour se connaître parmi tant d'alarmes et de sang. L'unité nationale a été durement cimentée. C'est sous son signe que nous construirons l'Espagne nouvelle.

    Franco s'est arrêté un instant. Il a repris :

    – Le peuple constatera vite –après tous les malheurs où les Rouges l'ont fait sombrer– que nous apportons la justice et le travail. Il obtiendra le salaire familial. Il nous verra construire pour lui, tout de suite, deux cent mille maisons modèles. Nous voulons que la famille ouvrière vive dans la dignité. Le travail est beau. Nous demandons aux Espagnols de travailler. Nous les aiderons et nous les respecterons –riches ou pauvres– dans la mesure où le travail sera leur joie et leur noblesse.

    « Mais si nous voulons remettre l'Espagne au travail, c'est en nous souciant avant tout de l'état d'esprit des travailleurs, des mères, des familles ouvrières et des vertus qui doivent y régner. »

     

     

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    Photo publiée par Le Pays réel, le 4 février 1939.

     

     

    Le regard de Franco s'est voilé.

    On dirait qu'il n'entend plus les bruits qui montent des champs et des fermes :

    – Les Rouges ont sali l'Espagne. Les plus graves problèmes qui se poseront demain seront d'ordre moral. La famille a été saccagée... Des milliers de femmes, de jeunes filles ont eu le corps et l'âme profanée par ces misérables...

    Franco sait qu'il n'y a pas à insister. Tous ceux qui ont visité Barcelone ont entendu mille récits horribles. Ils savent que rares sont les foyers qui échappèrent à l'esclavage des sadiques rouges. Ils ont vu, sur le pas des portes des villages, ces pauvres gamines au ventre gonflé sous les robes de cotonnade...

    – Dans la pureté, il y a une grande part d'innocence, dans le vieux sens latin du mot ; celui qui ne sait pas, me dit Franco en baissant la voix...

    La minute est particulièrement émouvante. Ce vainqueur, dont l'immense armée avance en chantant sur un front effondré, ne pense ni à la gloire ni au succès des armes, mais à des femmes et à des fillettes qui doivent porter en elles la pureté et la chair d'un pays à rebâtir.

     

    *

    * *

     

    Tout Franco est là. C'est un doux et c'est un pur.

    Il me parlait ainsi en pleine bataille, au sommet de son offensive. Ses préoccupations allaient à des âmes, à ces douleurs secrètes de corps flétris, à ce grand drame du retour nécessaire de peuples souillés, vers la fraîcheur avec laquelle on refait les vies qui durent et qui embellissent...

    Et c'est ce problème moral qui amena le généralissime à me parler de la France.

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    *

    * *

     

    Trop d'Espagnols sont morts sous les balles de marxistes français des brigades internationales. Il y en a eu, en face des armées Franco, jusqu'au dernier jour. Et la presse de gauche, à Paris, a desservi abominablement le prestige et les intérêts de la France en Espagne. Cent Espagnols m'ont dit leur ressentiment. J'ai pourtant eu l'impression très nette que cette irritation n'était pas définitive. L'Espagne nationale l'a laissé deviner en recevant avec faste et vénération le grand Français –génie, équilibre et intrépidité– qu'est Maurras. Il est clair, pourtant, que c'est la France réelle qu'on accueillait ainsi, sans perdre de vue, croyez-le bien, les méfaits de la France légale qui permit aux hommes du Front populaire de déverser leurs canons et leurs fusils à Barcelone et à Madrid.

    Beaucoup d'Espagnols, devant l'apathie, l'anarchie et la stérilité du nationalisme français ont perdu la foi dans la France tout court. Dire le contraire serait mentir.

    Franco, lui, croit encore, certainement, à un renouveau français. Nous avons parlé longuement du moral de l'armée française, de son armée impériale surtout, du renouveau spirituel d'une partie de sa jeunesse.

    – Nous aussi, nous étions loin a-t-il conclu. Et le salut nous aura coûté cher.

    L'amélioration des relations françaises dépendra, non point de la souplesse de parlementaires envoyés in extremis, mais du redressement français pur et simple.

    Ça vaut pour l'Espagne.

    Et ça vaut pour les autres voisins du peuple français.

    Nous avions fini de parler de politique. L'homme extraordinaire qu'est Franco me parlait maintenant d'Histoire. Nous en étions arrivés tous les deux à retrouver notre péché mignon. Je lui parlais des trois Belges qui furent vice-rois de Catalogne, des quatorze autres qui assurèrent les charges de la vice-royauté à Naples, en Sicile, au Pérou, au Mexique, au temps où nos peuples servaient les mêmes rois, fruits du sang flamand et bourguignon.

    Un souffle impérial poussait les phrases de Franco. Il revoyait, manifestement, en me parlant des gloires espagnoles, tous ces conquérants, ces colons, ces apôtres qui plantèrent sur cent plages lointaines la bannière des rois catholiques.

    L'Espagne de demain débordera à nouveau. Sa pensée, son rayonnement spirituel, sa civilisation vont franchir les mers. La victoire aura donné le prestige. La volonté de Franco fera le reste.

     

     

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    Photo extraite du « Dossier du mois » écrit par Léon Degrelle en hommage à Franco (décembre 1965).

     

     

    *

    * *

     

    Dans ce bureau modeste, non seulement un soldat gagnait la guerre, mais un grand homme d'État préparait l'avenir d'un peuple, pacifié socialement, élevé moralement ; il le ramenait sur les routes blanches de l'Espagne impériale, jadis puissance matérielle, demain puissance rayonnante de l'esprit et de la foi.

     

    *

    * *

     

    Je suis sorti portant, sous le bras, les souvenirs dont Franco m'avait comblé. Un gamin broussailleux se jeta dans mes jambes, culbuta et repartit en s'essuyant. On déchargeait du bois. Sur le pas des portes, nul ne releva la tête.

    Le soleil ne voulait pas quitter, à la sortie du village, les deux beaux amandiers fleuris.

    L'Espagne gorgée de sang et de larmes jaillissait déjà dans ces fleurs, à la porte du village inconnu où un héros, modeste et recueilli, menait la guerre des armes et de la grandeur.

     

    Léon DEGRELLE.

     

     

    Léon Degrelle donnera encore quelques détails sur sa rencontre historique avec Francisco Franco dans les deux brochures-hommage qu'il lui consacrera.

     

     

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    Première page de couverture du numéro de décembre 1965 du « Dossier du mois » consacré par Léon Degrelle, sous le pseudonyme de Philippe Dastier, à Franco et son régime.

     

     

    Je le revois encore à son Grand Quartier Général pendant la Guerre d'Espagne, la « guerre civile » comme disent ses ennemis, la « guerre nationale » comme disent ses amis.

    Deux « Moros » géants, aux yeux de caramel brûlé, drapés de bleu et de rouge, les culottes bouffantes d'un blanc douteux, montaient une garde sans grand apparat à l'entrée de la gentilhommière aragonaise, une grosse ferme plutôt, d'où Franco dirigeait, en janvier 1939, la reconquête de la Catalogne. Un billard pour officiers d'ordonnance plantait ses pattes trapues dans une antichambre sans grâce. On franchissait une double porte de bois verni. On tombait aussitôt sur Franco.

    N'importe quel P.C. Allemand de Division ou même de Brigade eût été dix fois plus agité, les estafettes déboulant, la radio cliquetant, les « grosse Scheisse » retentissant ! Là, près de Saragosse, on se fût cru chez un éleveur de taureaux perdu au fond de sa « finca ». Franco restait seul pendant des heures à son bureau La guerre n'apparaissait que dans les lignes ondulées, de diverses couleurs, qui jalonnaient les étapes de la progression du front oriental, sur une carte de gros papier fixée au mur par des punaises.

    Pas la plus mince trace de luxe, nulle part. Pas une tapisserie, dans ce pays où les souterrains des palais officiels en contiennent des kilomètres, et où la cathédrale de Burgos en présente en plein air, dans les galeries de son Cloître, des séries grandioses montées sur des châssis qu'on fait tourner comme les pages d'un antiphonaire géant.

    Pas un bois polychromé ne se remarquait non plus, dans ce pays où il y en a des milliers, à tel point qu'un musée entier leur est consacré à Valladolid.

    (Franco et son régime, p. 4).

     

     

    Franco Chef d'Etat.jpegDans Franco chef d'État, Léon Degrelle rapporte un nouvel extrait de leur conversation de 1939 qui illustre le calme, la patience, la lucidité et l'opiniâtreté du Caudillo.

     

    Je me souviens de mon étonnement lorsque j'eus le privilège de l'étudier de tout près, à son G.Q.G., dans une modeste gentilhommière près de Saragosse, au cour de la Guerre Espagnole de 1936-1939. Avec nous se trouvait son beau-frère Ramon Serrano Súñer, à l'époque Ministre de l'Intérieur, plus tard Ministre des Affaires Étrangères. Ramon, brillant, l'esprit aiguisé comme une épée tolédane, passionné par tout ce qui est culture et beauté, projeté politiquement vers le neuf et l'audacieux, collé à son temps, m'avait fait une impression considérable.

    – « Le véritable chef de l'État espagnol, c'est lui », m'étais-je dit.

    Cinq ans plus tard, Ramon n'existait plus ministériellement. Mais trente-neuf ans plus tard, le Caudillo, toujours d'excellente humeur, hissait encore au bout de ses bras courtauds les vieilles terres ibériques complètement régénérées par son immense action. [...]

     

     

    Serrano LD 09.10.1969.png

    Ramon Serrano Súñer en conversation avec Léon Degrelle au mariage de sa fille Marie-Christine, le 9 octobre 1969. Il fut un des témoins de la mariée.

     

     

    Franco était avant tout un calculateur.

    Il n'avançait un pion qu'après avoir tout soupesé et tout jugé interminablement.

    Un jour, durant le dernier hiver de sa « Croisade », je m'étais permis de lui dire :

    – « Elle dure bien longtemps votre guerre ! »

    Et c'était vrai. En jetant plus rapidement, après moins de tergiversations, ses troupes dans la fournaise, Franco eût pu terminer sa guerre un an plus tôt. Mais ce n'était point son genre. Ce ne fut jamais son genre. Chaque initiative ne naissait chez lui qu'au terme d'un très long accouchement. Franco-le-Prudent. Il préférait les inconvénients de l'attente aux à-peu-près des précipitations.

    Il m'avait donc regardé, l’œil amusé, par dessus son grand billard vert :

    – « Oui, Léon, m'avait-il répondu. C'est exact ce que vous dites. Mais, n'oubliez pas ceci, nous avons mis sept siècles pour chasser les Maures, n'empêche, nous les avons chassés tout de même. »

    Visiblement, il était disposé, si la prudence le recommandait, à mettre sept siècles, lui aussi, pour chasser les Républicains.

    (Franco chef d'État, pp. 11-13).

     

     

    LD Valle Franco.jpg

    Léon Degrelle qui, dans la nuit du 22 au 23 novembre 1975, put veiller sa dépouille dans la chapelle ardente installée au Palacio de Oriente (ce blog au 5 août 2023) rendit régulièrement hommage à son bienfaiteur et ami Francisco Franco, alors enseveli au Valle de los Caídos célébrant la mémoire des combattants des deux camps tombés lors de la Guerre nationale (sur la profanation de sa tombe décidée par le gouvernement socialiste, voir ce blog au 25 octobre 2019).

     

     

     

  • Léon Degrelle et l'Espagne : la Médaille de la « Vieille Garde »

    Un « historien » espagnol élucubre une biographie de Léon Degrelle (2)

     

    Comme nous le disions dans notre article précédent (28 août 2026), il n'y a pas que les relations entre Léon Degrelle et José Antonio que le nouvel historiographe degrellien Pablo Cuevas entend stupidement remettre en cause. La Médaille de la Vieille Garde de la Phalange décernée à Léon Degrelle lui reste également en travers de la gorge !

     

    Dans l'interview de 1969 à ABC déjà citée, le Phalangiste d'honneur belge déclarait en effet : « Je suis le seul étranger au monde qui possède la Médaille de la Vieille Garde. » Et Cuevas de diligenter une enquête à charge contre cette prétention !

     

    Medalla Vieja Guardia 1.jpg« [La] Médaille de la Vieille Garde [est] une décoration que la FET de las JONS [Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste] décernait à ceux qui pouvaient démontrer qu'ils avaient été affiliés à la Phalange ou à la Communion Traditionaliste avant les élections de février 1936. Cela veut dire que la FET de las JONS confirmait [que Léon Degrelle] avait effectivement appartenu à la Phalange Extérieure, et qu'en outre il aurait été titulaire, selon ses dires, de la carte de membre numéro un. Toutefois, fort nombreux sont les étrangers qui possèdent cette médaille, ainsi que l'ont montré les recherches de Granda Orive [Javier de Granda Orive est un numismate, auteur d'un article sur la Médaille de la Vieille Garde où il cite cinq récipiendaires étrangers autres que Léon Degrelle : Revista numismática OMNI, n° 12, 2018, p. 237]. Et l'actuelle association de la Vieille Garde n'a aucune trace de l'attribution de cette médaille à Degrelle. Elle ne dispose pas d'archives sur les décorés car il s'agissait de quelque chose qui se gérait au niveau provincial. Et on sait aussi que le régime franquiste l'a accordée sans discernement à des gens qui n'ont jamais rien eu à voir avec la Phalange originelle (ou avec la Communion Traditionaliste), comme le ministre Demetrio Carceller [ministre espagnol de l'Industrie et du Commerce entre 1940 et 1945, proche de Ramón Serrano Súñer et, selon Wikipedia, membre de la Phalange, ce qui rend difficilement légitime la remarque de Cuevas !]. Ces distributions se multiplièrent à partir de 1953, assouplissant les critères d'attribution [qui la réservaient] aux membres qui avaient rejoint la FE de las JONS ou la CT jusqu'au 16 juillet 1936. Et [l'attribuant] aussi aux membres de leur famille. De sorte qu'on a fini par décerner 39.125 médailles jusqu'en 1976.

    [En note:] Pour vérifier si Degrelle a reçu la médaille, –ce qui se faisait au cours d'une petite cérémonie–, il serait nécessaire d'étudier les bulletins du Mouvement National de chaque province. » (p. 320)

     

    Mais qu'est-ce que cela peut bien faire si Léon Degrelle pensa toujours avoir été le seul détenteur étranger de la Médaille de la Vieille Garde ? Est-ce une raison pour le traiter de menteur ? Pour ce faire, Cuevas affirme que les détenteurs étrangers furent « fort nombreux » alors que l'historien de la Médaille dont il invoque le travail n'a finalement retrouvé dans ses archives que cinq autres noms, tous plus inconnus les uns que les autres et probablement tous également convaincus d'être les seuls étrangers à la posséder...

     

    LD Falanje Vieja Guardia.jpg

     

    En fait, pour Cuevas qui préfère ne pas se lancer dans l'examen laborieux des archives du Movimiento (expression politique unique rassemblant Phalange, Requetés, syndicats, mouvements de jeunesse, etc.) des différentes provinces espagnoles que put visiter Léon Degrelle, cette difficulté constituerait à elle seule la preuve du mensonge... Comme si Léon Degrelle avait lui-même épluché ces archives avant de prétendre fallacieusement être le seul étranger à s'être vu décerner cette Médaille ! Alors que la vérité toute simple est que Léon Degrelle disposait bien du diplôme officiel de la Médaille de la Vieille Garde, dont il nous reste la photocopie.

     

    Pablo Arredondo.pngCe document officiel daté de 1959 est signé par l'Inspecteur National de la Vieille Garde, Pablo Arredondo (1914-1969), membre, dès leur création en 1931, des JONS de Ramiro Ledesma Ramos et Onésimo Redondo, engagé de la première heure dans la División Azul sur le Front de l'Est dont il revint mutilé de guerre en octobre 1942. Cette figure-clef de la Phalange historique, chargée du contrôle de ses membres et d'accompagner leur influence au sein de la société, authentifie également par sa signature la référence à la carte d'adhésion de Léon Degrelle à la Phalange Extérieure dont il est membre depuis 1934 ainsi que l'atteste ce diplôme.

     

     

    Le voyage de 1939 en « Espagne nationale »

     

    Il est d'autres détails dont s'emberlificote Cuevas, les accumulant pour tenter d'établir l'imposture de Léon Degrelle. Ainsi de son affirmation d'avoir déjà connu l'Espagne avant sa visite des fronts de guerre en février 1939, et ce dès la première interview donnée au quotidien phalangiste de Gijon, Voluntad, le 7 février 1939 : « Je connaissais déjà San Sebastián ; mais aujourd'hui, ce soir, ce premier soir en Espagne Nationale, j'ai vu quelle est la valeur de son arrière-garde sereine, pacifique et travailleuse. »

     

    Et Cuevas de se gausser (sans doute avec une voix caverneuse pour souligner l'opprobre ironique) : « Est-ce qu'il était venu en tant que touriste, jeune avec ses parents ou adulte plus tard ? Une escale dans son voyage vers le Mexique ? Dans la documentation diplomatique qu'on a conservée sur les préparatifs de son voyage, il n'y a aucune donnée ni aucun indice » ! (p. 319) Car on peut être sûr que Cuevas a compilé toute la « documentation diplomatique » relative à ce voyage (en Espagne et/ou au Mexique ?) ! Il nous dira aussi où il l'a trouvée... Peut-être, selon une de ses hypothèses, dans les cales du Rio Panuco (ce blog au 1er mai 2016), le paquebot qui emmena l'envoyé spécial du Vingtième Siècle de Hambourg chez les Cristeros du Mexique (mais il fut « titaniqué » par l'aviation japonaise dans un port australien en 1942) !

     

     

    Rio Panuco Neptuna Darwin 19.02.1942.jpg

    Le Rio Panuco qui emmena Léon Degrelle au Mexique des Cristeros, vendu à un armateur australien et devenu le Neptuna, fut coulé par l'aviation japonaise dans le port de Darwin en Australie, le 19 février 1942 : il transportait une centaine de mines sous-marines qui explosèrent, tuant 36 des 124 membres de l'équipage, dont le capitaine, ainsi qu'une dizaine de dockers (voir aussi Léon Degrelle, Cristeros, p. 245).

     

     

    En attendant, pourquoi le chevaleresque Jean Denis raconterait-il des bobards en écrivant dans son article pour le quotidien phalangiste Unidad, le 6 février 1939 : « Enfin, Léon Degrelle est arrivé en Espagne. Combien de fois déjà celui qui est pour moi depuis plus de quatre ans un chef et un camarade n'avait-il pas manifesté son désir nostalgique de visiter cette Espagne qu'il connaît si bien et qui lui est devenue si fraternelle depuis le 18 juillet 1936. [...] Cependant, ce n'est pas la première fois que Léon Degrelle visite l'Espagne. Il y vint pendant son enfance pour passer quelques vacances et revint encore pendant la Dictature [du père de José Antonio, Miguel Primo de Rivera, avec l'accord du roi Alphonse XIII, parrain de Louise, duchesse de Valence] et sous la République. »

     

    Léon Degrelle donnera aussi quelques précisions sur ses premiers contacts avec l'Espagne au journaliste Ismael Fuente Lafuente : « Je connaissais cette région car dans mon enfance, j'avais passé quelques étés à Lourdes avec mes parents et nous avons visité le Guipúzcoa [une des trois provinces basques, dont la capitale est San Sebastián] à deux reprises. » (El País, 14 décembre 1982). Rappelons également ce que rapportait la Duchesse de Valence: « Chaque année depuis son enfance, il avait passé ses vacances en France, soit dans le Nord, terre de ses aïeux, soit à Lourdes où il allait comme brancardier, soit sur la Loire où il avait de la famille. » (Degrelle m'a dit, p. 308).

     

     

    PR 1939.02.07b.jpg

    Les premières impressions que Léon Degrelle offrira aux lecteurs du quotidien rexiste sur son voyage historique dans l'Espagne reconquise sur les barbares communistes et anarchistes par les nationalistes de Franco s'ouvrent sur le souvenir de ses précédents voyages. Dans l'Espagne d'alors, les enfants couraient souvent pieds nus, ce qui, malgré même la guerre civile, n'est plus le cas dans la nouvelle Espagne soucieuse de sa jeunesse. (Le Pays réel, 7 février 1939).

     

     

    Du coup, Cuevas balance un nouveau scoop : « Degrelle, invité indésirable ou hôte d'honneur ? » On devinera tout de suite quelle option de l'alternative a la préférence de l'auteur qui n'a de cesse d'essayer de minimiser le périple espagnol : « Il fallait bien le traiter puisque c'étaient, lui et son mouvement, des amis de l'Espagne, mais sans lui accorder trop d'importance, de façon à ce qu'il ne provoque pas de problèmes avec le Gouvernement belge, présidé à ce moment par un socialiste qui, en même temps, était toujours ministre des Affaires étrangères. [...] La presse nationale informera de sa présence en Espagne du 2 au 11 février 1939, non pas avec grande précision ni de manière fort visible, mais largement, presque toujours en pages intérieures. » (pp. 329-330).

     

    C'est que le nouveau gouvernement espagnol des désormais vainqueurs de la Cruzada aurait nourri « l'espoir que ce voyage n'entrave pas la possibilité que Spaak veuille établir des relations complètes avec Burgos, tout en acceptant les réticences des diplomates espagnols de Bruxelles à propos [de Degrelle] » (p. 329). On nous permettra de bien rigoler face à pareille embrouille invraisemblable : nous aurions donc un gouvernement espagnol qui s'obligerait à recevoir fastueusement, –alors qu'en réalité il serait tout incommodé par sa visite–, un ressortissant d'un tout petit pays avec lequel il voudrait absolument nouer de bonnes relations diplomatiques, alors qu'au même moment, il snobe la prestigieuse délégation d'un grand pays comme la France, faisant antichambre pour établir de semblables bonnes relations diplomatiques (voir ci-après) !...

     

    Voici en tout cas ce que dit la Duchesse de Valence sur la manière dont elle apprit la visite de l' « invité indésirable » : « Un soir, une haute personnalité se présenta au palais de mes parents [aujourd'hui annexe du musée du Prado à Ávila] : « – Le chef des Rexistes belges, Léon Degrelle, va venir en Espagne pour trois semaines, comme invité d'honneur de l'État. On vous prie de bien vouloir lui donner l'hospitalité. [...] » (Degrelle m'a dit, p. 13).

     

     

     

    LD ABC 04.02.1939 p15b.jpgQuant à l'édition de Séville du plus important quotidien espagnol, ABC, il écrit en date du 4 février 1939 (avec un portrait-charge de Léon Degrelle et la photographie de sa dédicace : « Notre salut fraternel à la presse espagnole, défenseur de la civilisation, de la vérité et de la Patrie. Léon Degrelle », photo archives ABC) :

    « Léon Degrelle, le chef du parti rexiste belge [...] est l'hôte de l'Espagne de Franco. [...] Quand le jeune fondateur lança sa consigne inébranlable “Rex vaincra”, l'Espagne était très loin de la rédemption dans la plénitude de laquelle elle se trouve aujourd'hui qu'arrive sur notre territoire pour être son hôte d'honneur Léon Degrelle. » (p. 15).

     

    Alors ? « invité indésirable », vraiment ? Il est tout de même difficile de faire davantage « hôte d'honneur » !... Et quand la presse espagnole rend « largement » (« extensamente ») compte des activités de Léon Degrelle, c'est-à-dire sur des pages entières, même intérieures, cela veut-il vraiment dire « non pas avec grande précision ni de manière fort visible » ???

     

    Mais, insiste Cuevas, plus troglodyte que jamais, « ce qui est certain, c'est qu'on ne l'a pas laissé parler en public comme il le voulait et, à tout instant, il était soumis au bon vouloir de ses hôtes » (p. 331) !

     

     

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    Ce qui est certain, c'est que Léon Degrelle put parler en public comme il le voulait lors de son voyage en Espagne de février 1939 (voir plus loin encore à propos de sa conférence académique à San Sebastián ; on sait également –ce blog au 25 mars 2025– que la barrière de la langue ne constitua jamais un obstacle pour l'orateur : voir Cristeros, p. 300 ; Degrelle m'a dit, pp. 92-93).

     

    Et donc, en dépit des affirmations péremptoires mais fausses de l' « historien » Pablo Cuestas,  Léon Degrelle prit la parole à Barcelone au micro de Radio Nacional, le 9 février 1939 à 23h (première page du quotidien El Correo de Zamora, 10 février 1939 ; nous exprimons notre plus vive reconnaissance aux services de la Biblioteca pública del Estado de Zamora pour leur aide précieuse).

     

    Si Léon Degrelle partagea le micro avec une délégation officielle française venue explorer les possibilités de renouer des relations diplomatiques, seul son nom semble digne d'être mentionné aux lecteurs de l'important quotidien catholique régional El Correo de Zamora (qui, après quelque 130 ans d'existence, poursuit toujours aujourd'hui sa publication ; remarquons que Cuevas ne cite pas ce journal dans la quinzaine de titres dont il signale qu'ils couvrent le voyage du chef rexiste, pp. 330-331). La délégation française était pourtant composée de l'ancien ministre de la Justice, Léon Bérard, de l'évêque de Chartres et de sept députés, parmi lesquels Xavier Vallat, qui sera le premier Commissaire général aux Affaires juives dans le gouvernement de Vichy (1941-1942), avant de céder son poste à Louis Darquier de Pellepoix.

     

    Le Pays réel, à propos cette fois de l'audience accordée par Francisco Franco à Léon Degrelle plutôt qu'aux Français, a bien exprimé la préférence qui fut systématiquement accordée au chef de Rex : « Tandis que [...] la délégation des parlementaires nationaux français ne [réussissait] pas à forcer la porte du général Franco, pris tout entier par son travail d'État-Major, le caudillo a bien voulu recevoir Léon Degrelle avec lequel il s'est entretenu longuement de Rex et de la Belgique. » (13 février 1939).

     

     

    Ce qui est surtout certain –à en reprendre la liste dressée par Cuevas– c'est que la totalité (ou peu s'en faut) des souhaits exprimés par Léon Degrelle fut indiscutablement exaucée : « Il demande de visiter le front [Léon Degrelle visitera, les 5 et 6 février, le front de Madrid et Tolède en compagnie de Miguel Primo de Rivera, frère de José Antonio, puis celui de Catalogne et Barcelone récemment libérée en compagnie de Joaquín Rodríguez de Gortázar, secrétaire national du Service extérieur de la Phalange, de Pilar Primo de Rivera, la sœur de José Antonio, et de Sancho Dávila, son cousin] et veut donner des conférences dans un centre universitaire [...] et contacter des historiens spécialistes des règnes de Philippe le Bel, Charles-Quint et Philippe II [Léon Degrelle prononcera effectivement une conférence intitulée « La domination espagnole sur les Pays-Bas » à San Sebastián, le 11 février 1939 ; il semble même qu'il répéta sa conférence chez le Caudillo, lors de sa rencontre du 7 février : c'est d'ailleurs Franco lui-même –apparemment expert en la matière– qui lança le sujet, voir ci-après]. Il insiste pour parler à la radio de manière à pouvoir être entendu en Belgique [Léon Degrelle est effectivement intervenu sur les ondes de Radio nacional, le 9 février au soir, depuis Barcelone, la capitale catalane] ; il voudrait également visiter le Maroc espagnol [ce seul point n'a pu se réaliser]. Il voudrait par-dessus tout présenter ses respects à Son Excellence le Chef de l'État. » (p. 329).

     

     

    PR 1939.02.09 LD Franco.jpg

    Le Pays réel du jeudi 9 février 1939 rapporte que le mardi précédent, 7 février, le Général Franco a accordé une rare et précieuse audience toute de cordialité à son hôte d'État Léon Degrelle (voir aussi ce blog aux 29 août 2026 et 1er septembre 2024).

     

    Le caractère tout à fait exceptionnel de cette entrevue est illustré par le fait qu'au même moment, une délégation française visitait l'Espagne nationaliste, composée de parlementaires emmenés par le sénateur et académicien Léon Bérard et Mgr Raoul Harscouët, évêque de Chartres, afin de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays : elle ne fut pas reçue par Franco.

     

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    Contrairement à Léon Degrelle, l'importante délégation française visitant l'Espagne nationale en même temps que lui ne fut reçue que par le portrait de Francisco Franco (Le Pays réel, 9 février 1939).

     

    Résumant la réception de Léon Degrelle au Grand Quartier Général de Franco, Pablo-des-Cavernes prétend ainsi ravaler le Chef de Rex dans son terrier : « Degrelle [fut] un visiteur et un admirateur de plus parmi beaucoup d'autres. Il ne se produisit aucun événement digne d'intérêt. » « Ce voyage obtint quelque résonance [...] mais uniquement dans sa niche [sic]. » (p. 332) !

     

     

    Léon Degrelle sera en réalité le seul étranger à avoir été reçu dans le Quartier général du Généralissime Franco, une ferme appelée le « Terminus », un endroit gardé secret dans la région de Saragosse.

     

    Léon Degrelle en fera la pittoresque description dans l'article Au front avec Franco qu'il confiera à l'hebdomadaire français Gringoire du 16 février 1939, –repris quelques jours plus tard dans Le Pays réel sous le titre Dans l'intimité de Franco–, en réservant à son quotidien l'exclusivité de la photo personnalisée du Caudillo.

     

    « J'étais arrivé à deux heures du matin à Saragosse, par des routes aux platanes écaillés. Les nids de poules faisaient éclater les pneus comme des ballonnets près d'une cigarette. Mais à quoi bon se plaindre, puisque j'allais avoir le privilège de voir Franco à l'endroit – jalousement tenu secret – où, voilà six semaines, avait été déclenchée l'offensive qui a libéré la Catalogne.

    Aucun journaliste n'avait pu y rencontrer le généralissime vainqueur. Ni aucun homme politique. Nul ne sait même où se trouve ce bourg campagnard. En Espagne, chacun vous parle à l'oreille du “Terminus”. On croirait lire le “finis terrarum” des vieux atlas. Le “Terminus” est l'endroit, sacré pour tout Espagnol, où Franco, dans un isolement quasi absolu, travaille sur ses cartes et dirige les combats.

    C'est là que j'allai le rejoindre, par de jolis chemins agrestes, bordés de longs roseaux jaunes. Je ne trahirai aucun secret. Je n'ai pas voulu demander aux officiers venus à ma rencontre le nom des villages en crépi rose ou ocre par lesquels nos autos passaient. »

     

     

    DH 1939.02.06.png

    La mauvaise foi stalagmitique de Pablo Cuevas s'apparente résolument aux diatribes et caricatures de la presse belge relatant le voyage de la délégation rexiste en Espagne. Ci-dessus, caricature du journal libéral La Dernière Heure du 6 février 1939 ; ci-dessous, des articles du communiste Drapeau rouge (2 février 1939), du socialiste Le Peuple (9 février 1939) et du catholique Vers l'Avenir (5 février 1939).

     Drapeau rouge 1939.02.02.png  Peuple 1939.02.09.png  Vers l'avenir 1939.02.05.png

     

     

    Tout ce que l'article du prétendu « invité indésirable » suscite chez le nouveau biographe de Léon Degrelle, c'est un dédain narquois pour ce texte décrété « pompeux, flagorneur et plutôt creux » qui ne ressortirait qu'à la récupération politique : « À part l'intérêt obsessionnel de Degrelle pour le paysage, les ormes, les olives, les soldats “cueillant du mimosa dans un jardin sauvage” [s'il n'est pas, comme l’œillet, la fleur emblématique de Saragosse, le mimosa orne à profusion ses parcs, jardins et grandes avenues], Degrelle met dans la bouche de Franco son intérêt primordial pour la mobilisation de la jeunesse, l'unique chose qui puisse changer l'Espagne... et, bien entendu, la Belgique. » (pp. 332-333).

     

    Nous publierons prochainement l'intégralité de cet article documentant la probablement unique mais capitale rencontre personnelle entre Francisco Franco et Léon Degrelle. Car l'entretien accordé par le Caudillo, scellant une amitié indéfectible entre les deux hommes, ne se limita aucunement à la guerre de reconquête de l'Espagne ou à la politique sociale et économique à mener pour son développement, mais permit également d'évoquer quelques grands noms communs à l'histoire de nos deux pays, Léon Degrelle développant sans doute aussi la substance de la conférence qu'il devait donner quatre jours plus tard à San Sebastián sur La domination espagnole sur les Pays-Bas : « “Vous l'avez vue, la jeunesse espagnole ! me dit [Franco] en me prenant fraternellement le bras. [...] Ces enfants sont devenus des hommes. Ils sont mûrs pour faire de l'Espagne un grand pays qui pourra reprendre sa mission impériale à travers le monde et, comme au temps d'Isabelle la Catholique, de Charles-Quint et de Philippe II, redevenir un bastion de l'ordre et de la foi parmi le désordre de l'Europe matérialiste. À ce mot de Philippe II, le visage de Franco s'est relevé, flamboyant.

    – Oui, lui dis-je, celui-là, au moins, a eu le courage de la vérité, il a fait face à l'erreur avec l'intransigeance qu'elle mérite. Et, en face de la poussée barbare d'alors, il a sauvé la civilisation et l'âme de l'Europe. »

     

     

    PR 1939.02.19ab.jpg

    À l'issue de la visite du Chef de Rex en son Quartier général, le général Franco ne manqua pas d'offrir à son hôte une photo avec une dédicace manifestant sa confiance en l'avenir du jeune tribun belge et de son mouvement : « À Léon Degrelle, avec mes meilleurs vœux pour le Mouvement qu'il dirige pour le salut de la Nation belge. » (Le Pays réel, 19 février 1939). Pour Franco (qui, selon son hôte, « parle un français chantant, cocasse et intime »), il ne s'agissait certes pas d'un compliment de circonstance car, comme il le faisait déjà savoir en 1936 en exprimant le souhait de rencontrer Léon Degrelle, il connaissait fort bien Rex (ce blog au 1er septembre 2024).

     

    Il est d'ailleurs révélateur que Cuevas n'ait pas inclus Francisco Franco dans la liste des « amitiés pour la vie » que se créa Léon Degrelle sur le front de la nouvelle Croisade contre le communisme : « cette visite permet à Degrelle de nouer des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, Juan Manuel Fanjul, Eugenio Espinosa de los Monteros, Serrano Suñer... » (p. 333) C'est pourtant cette amitié-là qui sera la première et seule décisive pour la vie d'exil de Léon Degrelle en Espagne (ce blog aux 31 mars 2021 et 2 septembre 2025).

     

    Néanmoins, le point de vue de Franco n'intéresse pas Cuevas : il va privilégier une interview de Léon Degrelle, Franco, jefe de Estado dont il ne donne pas la référence sinon qu'elle daterait « d'après la mort de Franco », précisant seulement qu'il ne faut pas la « confondre avec son livre Franco Chef d'État, Editions du Baucens, 1976 ». Ce qui est archi-faux : la malheureuse citation relative à Serrano Súñer, « véritable Chef de l'État espagnol » provient bien de sa page 11; celle comparant Franco à « du silex », de la page 10 !

     

    Pourquoi donc nous faire tout un plat de ce texte ? Mais pour mettre à nouveau perfidement en doute la pertinence de ce que raconte Léon Degrelle : « Dans cette interview, il prétend que l'entrevue de 1939 se tint “à son Grand Quartier général [de Franco], dans sa modeste maison familiale près de Saragosse”. Mais sans doute mélange-t-il ses souvenirs avec Serrano Suñer qui, lui, possédait une maison dans la capitale aragonaise ? » (p. 333). Si ses parents possédaient un immeuble dans une des plus prestigieuses avenues de Saragosse (Paseo de Sagaste, certes guère « modeste »), Ramón Serrano Súñer habita, de 1937 à 1939, avec toute la famille de Franco dont il était le beau-frère, au premier étage du Palacio de la Isla, à Burgos ; à partir d'octobre 1939, sa résidence familiale sera transférée à Madrid, au numéro 36 de la calle Príncipe de Vargara.

     

    À part mettre en évidence l'animosité obstinée de Cuevas pour Léon Degrelle, à quoi peut bien rimer tout ce tralala anachronique à propos du Terminus d'après 1975, « modeste maison familiale », quand il était proprement présenté en 1939 comme « une vieille ferme-château » ?  De toute façon, Cuevas cite incorrectement et de manière évidemment malintentionnée le texte original de Franco Chef d'État : si Léon Degrelle a bien écrit « à son G.Q.G. », il n'a pas écrit « dans sa modeste maison familiale », mais « dans une modeste gentilhommière », ce qui ne trahit nullement le texte de 1939 !...

     

     

    (À suivre)

     

     

  • Un historien espagnol élucubre une nouvelle biographie de Léon Degrelle (1)

     

    120 ans après sa naissance, plus de 30 ans après sa disparition, Léon Degrelle dérange toujours...

     

    Il devrait exister des Oscars pour les historiens les plus sournois ou les plus méchamment calomniateurs. Après tout, il exista bien un Bad Sex in Fiction Award créé par la revue britannique Literary Review qui, en 2009, couronna le porno-roman de Jonathan Littell, dont le personnage principal était prétendument inspiré par Léon Degrelle (ce blog au 28 février 2018 ; Pablo Cuevas, l'auteur dont il sera ici question, parviendra à citer Littell une demi-douzaine de fois dans les quelques pages consacrées à l'exil dont nous parcourrons quelques chafouineries).

     

    LD Cuevas.pngPour notre part, nous décernerions volontiers le Balace d'or récompensant les pires mensonges, contre-sens et diffamations dans le récit de la vie de Léon Degrelle à son nouveau biographe espagnol, Pablo Cuevas (qui n'a rien à voir avec le magnifique champion de tennis uruguayen qui s'illustra sur les cours entre 2004 et 2024, surclassant, par exemple, en 2016 Rafael Nadal en demi-finale et emportant l'ATP 500 de Rio de Janeiro). Les « Balace » seraient ainsi appelés d'après Francis Balace, le degrello-allergique professeur de l'Université de Liège, célèbre pour son « confusionnisme historique » (ce blog au 30 juin 2016 ; cet Hérodote de carnaval espéra-t-il que ses diatribes calomnieuses à l'égard de Léon Degrelle recevraient davantage de crédit scientifique en décrétant que ce dernier « appartient plus au domaine du psychiatre qu'à celui de l'historien » ?, ce blog au 9 juillet 2017, n.1).

     

    Nous avons récemment évoqué l'existence de cette publication espagnole sur Léon Degrelle (dont plus de la moitié de l'existence se fit dans l'Espagne franquiste) qui nous laissait espérer des infos nouvelles, originales et exclusives sur sa vie d'exilé, puisque le sous-titre prétendait expressément s'intéresser à « l'ultime échappée vers l'Espagne de Franco » (ce blog au 2 août 2026).

     

    Ce n'est que cette petite cinquantaine de pages consacrées à l'exil sur les quatre cents du bouquin qui intéressera notre critique car si nous devions en commenter toutes les méchancetés, il nous faudrait y passer le reste de notre existence ! Mais si ces pauvres pages censées raconter les principaux événements de la vie du banni (la précieuse recension de José Luis Jerez Riesco, Degrelle en el exilio 1.945-1.994, offre, quant à elle, plus de 600 pages sur la vie du condamné à mort belge exilé en Espagne !) nous ont amplement laissé sur notre faim, elles nous ont quand même permis de ranger définitivement Cuevas dans la catégorie des super-Balace, coiffant largement au poteau son confrère José Luis Rodríguez Jiménez qui, même enrobées de sensationnalisme, nous a tout de même fourni quelques informations nouvelles et photographies inédites (ce blog, huit articles à partir du 1er septembre 2024).

     

     

    José Antonio Primo de Rivera

     

     

     

    José Antonio PR 22.11.1936p.3.jpg   José Antonio PR 15.07.1938p.6.jpg

    À gauche, Le Pays réel du 22 novembre 1936 annonce la mise à mort du chef de la Phalange espagnole, José Antonio Primo de Rivera ; à droite, deux ans plus tard, le quotidien rexiste fut à même de donner les détails de cet assassinat (Le Pays réel, 15 juillet 1938).

     

     

    L'obsession première de Cuevas est de s'en prendre à la prétention de Léon Degrelle d'avoir entretenu des relations avec José Antonio dès 1934 et d'être détenteur de la Médaille de la Vieille Garde pour avoir appartenu dès alors à la Phalange Extérieure, sa carte d'affiliation portant d'ailleurs le numéro un.

     

    ABC 1969.10.11 p.14.jpgVoilà qui, selon Cuevas, serait hautement suspect car Léon Degrelle déclara dans une interview (Épisode humain de Léon Degrelle : “Nous sommes vraiment entrés en politique comme des apôtres”) au quotidien ABC du 11 octobre 1969 : «  Alfredo Mahou me faisait parvenir les lettres de José Antonio et portait les miennes au chef de la Phalange espagnole ».

     

    Soupçons immédiats du néo-biographe: « Pourquoi avait-il besoin d'un intermédiaire déjà décédé mais connu de tous et parent de sa grande amie Clara Stauffer Loewe ? L'explication la plus logique : pour justifier qu'il n'y ait aucun autre témoignage ni trace de cette prétendue relation à une époque antérieure à la fondation de Rex et de son adhésion au fascisme. » (p. 319-320).

     

    Nous pensons, quant à nous, que cette question est très mal posée :  plus que oiseuse, elle est hypocritement malintentionnée : pourquoi en effet Léon Degrelle se serait-il inventé inutilement un intermédiaire qui eût pu facilement, lui ou ses contemporains, le contredire, si cette péripétie insolite n'avait pas existé ?

     

     

    Clara Stauffer Murcia.jpg

    Clara Stauffer, amie intime de Léon Degrelle (ce blog aux 3 janvier 2023 et 20 mai 2025) était responsable de la presse et de la propagande de la Section Féminine de la Phalange Espagnole (ici dans les locaux de la section de Murcie dans les années 1930). À noter qu'à propos de ses relations avec le Commandeur de la Division Wallonien exilé en Espagne, au contraire de ce que laisse entendre Anne Lemay[-Degrelle] (ce blog au 3 janvier 2023), sa biographe Berta Vias Mahou –qui est également la petite-nièce de Clara– affirme « qu'avec [Léon Degrelle] d'ailleurs, je ne pense pas qu'elle ait eu, comme on dit, quelque relation amoureuse que ce soit » (A la sombra de Clara Stauffer, p. 213).

     

     

    Cuevas tapera encore sur le clou dix pages plus loin : « On ne trouve pas non plus la moindre information sur l'une des affirmations qu'il fera à partir des années soixante : qu'il en était venu à correspondre avec José Antonio Primo de Rivera avant même d'avoir fondé Rex. Rien n'est mentionné dans aucun document ou journal de cette époque. » (p. 331). Et plus loin, commentant à sa manière les résultats de la visite de Léon Degrelle sur le front de la Guerre civile en février 1939 : « cette visite permit à Degrelle de forger des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future “duchesse rouge”, [...]. Ainsi que, même si on n'en parle pas dans la presse de l'époque [ndlr : comme pour les relations entre José Antonio et Léon, alors !], probablement également Clara Stauffer Loewe, responsable de la Section Féminine ayant une sœur mariée avec l'entrepreneur, également d'origine allemande, Carlos Mahou, un lien qui servira Degrelle dans le futur pour démontrer sa prétendue amitié avec José Antonio Primo de Rivera... en 1969. » (p. 333).

     

    Outre qu'à l'époque, Rex ne s'est jamais déclaré fasciste, pourquoi donc serait-il suspect que Léon Degrelle ait connu José Antonio avant que Rex –maison d'éditions et hebdomadaire littéraire– ne devienne un mouvement politique ? Le Chef de Rex s'était alors déjà engagé en politique au service du Parti catholique belge qu'il voulait régénérer en le débarrassant de ses banksters et autres corrompus (initiative qui ne pouvait que le rendre sympathique à José Antonio ; ce blog au 8 avril 2017).

     

     

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    Sans doute fallait-il que les héritiers de José Antonio, à la tête désormais de la Phalange, ne connussent vraiment rien de Léon Degrelle (premier membre de la Phalange Extérieure) pour l'inviter en grande pompe sur les fronts de guerre d'Espagne (Le Pays réel, 4 février 1939) ! Hôte d'honneur de la Phalange, le chef de Rex le fut également de l'État, reçu chaleureusement, le mardi 7 février 1939, par le Caudillo Francisco Franco qui lui avait déjà adressé un message de sympathie en septembre 1936 (ce blog au 1er septembre 2024).

     

     

    Et en quoi serait-il suspect que le célèbre industriel brassicole Mahou ait servi de courrier ? Au moment où Léon Degrelle raconte cette anecdote, Alfredo Mahou serait décédé et ne pourrait donc plus démentir ? Mais la fille du maître-brasseur historique des bières Mahou, Konrad Stauffer (1860-1945), Clara (1904-1984), elle, vivait toujours et devait certainement connaître l'histoire. En a-t-elle démenti le prétendu bobard ?

     

    De même, la sœur de José Antonio, Pilar Primo de Rivera (1907-1991), amie intime de Clara Stauffer, était également toujours de ce monde et eût très bien pu dénoncer la fiction des relations de son frère avec Léon Degrelle si tel avait été le cas. Il n'en a jamais rien été et aucun des proches de José Antonio n'a jamais mis en doute les liens entre les deux apôtres comme ABC le rapporte en 1969, tels Sancho Dávila (1905-1972), cousin de José Antonio, ou José del Castaño (1895-1973), responsable de la Phalange pour l'étranger, qui accueillirent Léon Degrelle à son arrivée à la frontière espagnole, le 2 février 1939...

     

     

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    Le 2 février 1939, Léon Degrelle arrive au poste frontière d'Irún où il est accueilli par une délégation de la Phalange espagnole (voir une autre photo sur ce blog au 19 avril 2019).

     

     

    Mais le plus fort de l'affaire (et fort embêtant pour la crédibilité de notre « biographe »), c'est qu'Alfredo Mahou n'était absolument pas mort au moment de l'interview en 1969 de Léon Degrelle pour le journal ABC ! (On observera que dans sa dernière incrimination, Cuevas évoque « Carlos Mahou [Olmeda] » (1901-1979), cousin d'Alfredo et époux de María Nanette, la sœur de Clara Stauffer ; mais Léon Degrelle précise sans équivoque « Je veux parler d'Alfredo Mahou »).

     

    Et on voudrait nous faire croire que si cet important homme public a été impliqué dans ce qui nous est présenté aujourd'hui comme un grossier mensonge, c'est qu'il était mort et ne pouvait plus réagir ? Rappelons donc que, nommé après la guerre Président honoraire de la Chambre de Commerce de Madrid et conseiller municipal de la capitale (le bourgmestre-alcalde n'étant alors autre que le Comte de Mayalde, ce blog au 23 octobre 2022), Alfredo Mahou de la Fuente, né en 1905, mourut à Madrid le 6 mars 1978, sans avoir jamais dénoncé l'anecdote rapportée par son ami Léon Degrelle dans le plus important quotidien madrilène.

     

     

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    Un des principaux collaborateurs de Léon Degrelle, Jean Denis (ce blog au 15 juin 2022), ancien secrétaire de Mgr Picard (ce blog aux 5 avril 2017 et 2 mars 2021), rédigea, en 1936, les Bases doctrinales de Rex. Docteur en Philosophie et Lettres, Jean Denis a suivi attentivement la Guerre civile espagnole (il se rendra une première fois en Espagne en décembre 1937, en compagnie de Victor Matthys, et il accompagnera le Chef de Rex lors de sa visite à l'Espagne nationale de février 1939), tout en se passionnant pour la pensée de José Antonio.

     

    Il publia dans la « Collection nationale » des Éditions Rex un Romancero 1938. Le « Romancero » désigne traditionnellement un recueil d'extraits des chansons de geste ibériques. Pendant la guerre civile espagnole, les communistes confisquèrent le genre pour célébrer avantageusement les Républicains crucificateurs de cadavres de nonnes et de curés.

     

    Nonnes Barcelone.jpg

    Juillet 1936 : cercueils profanés des religieuses salésiennes de Barcelone dont les cadavres sont exhibés sur le parvis de l’Église de leur couvent (Photo Catholicus Blogspot).

     

    Aujourd'hui, seules les récupérations des Rafael Alberti ou Pablo Neruda semblent relever de l'art et de la culture, dignes de l'intérêt académique. C'est ainsi qu'un prof catalan de l'Université de Barcelone s'est attaché à l'étude de « La résistance des romanceros » face au « nettoyage de la culture » qu'aurait opéré « L'Espagne de Franco » (Pelai Pagès i Blanc, in Ebre 38, Revista Internacional de la Guerra Civil (1936-1939), n° 8, 2018, pp. 261 sv.). Tout à son admiration des émules étrangers des romanceros marxistes, ce Balace catalan inclut –sans sourciller car, à part son titre, il n'a manifestement rien lu de cette ode poignante au sublime esprit de sacrifice des défenseurs de l'Espagne éternelle– le Romancero 1938 de Jean Denis dans les œuvres étrangères qui absolurent à bon compte les atrocités républicaines au nom de la littérature...

     

    Romancero Ebre Denis.jpg

     

    Mais Jean Denis fut aussi un fin connaisseur de l'idéal national-syndicaliste de la Phalange espagnole et de la pensée de son fondateur José Antonio.

     

    Il prit ainsi violemment la défense du martyr d'Alicante contre les assimilations calomniatrices de La Libre Belgique dans Le Pays réel du 1er décembre 1938, sous le titre Non, la phalange n'est pas le nazisme.

     

    L'année suivante, il publiait un exposé de la doctrine sociale de la Phalange Une révolution dans la guerre chez l'imprimeur d'art Julien Leherte-Delcour, de Renaix, pour le compte de son Centre d'Études Hispaniques. C'est là également que la même année, fut publié José Antonio a dit... présentant le texte de trois importants discours de celui qu'on n'appelait plus que L'Ausente, l'Absent, tant que sa dépouille n'aurait pas été retrouvée et reçu de funérailles : l'offre de souscription accompagnait Romancero 1938 et Le Pays réel y consacra une importante publicité.

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    La presse de la Phalange y fut également fort sensible : ici, l'article du quotidien Unidad du 11 février 1939, saluant l'ouvrage  : « Jean Denis, membre éminent de Rex et député du mouvement belge, ami intime de son chef Léon Degrelle qu'il accompagne pour le moment dans son voyage à travers l'Espagne libérée, est un cher camarade qui nous accompagne dans la sainte fraternité de la Phalange. Il nous honore et nous enchante par sa plume qui nous expose de magnifique manière les problèmes de la Belgique rexiste et les liens qui l'unissent à l'Espagne triomphante du communisme. [...] Jean Denis travaille sans relâche, hier avec son Romancero, aujourd'hui avec les pages concises qui prolongent la traduction des discours éloquents de notre Absent, réussissant à nous toucher au fond de l'âme, à partager nos peines et nos joies [...]. En un mot, Jean Denis comprend, sent et aime la Phalange et l'Espagne, “à l'espagnole”. » (reproduction du journal Unidad illustrant l'article de José Luis Jerez Riesco, Viaje por la España Nacional de Léon Degrelle, en febrero de 1939, in REX, Revista de la Asociación cultural “Amigos de Léon Degrelle”, n° 3, 31 mars 1999, p. 4 sv.).

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    Denis JA a dit PR 1939.01.08.jpg   Denis JA dit Unidad.jpeg

     

     

    Pour nous apprendre quelque chose de nouveau, plutôt que de cracher toutes ses dents contre Léon Degrelle et disqualifier son biographe d'exil José Luis Jerez Riesco (ce blog, notamment au 3 mai 2021), Pablo Cuevas eût dû sortir de ses obscures et embrouillardantes cuevas (cavernes) et s'interroger sur les relations d'Alfredo Mahou avec Léon Degrelle ainsi qu'avec José Antonio et la Phalange dont les principes économiques et sociaux rejoignaient ses convictions corporatistes (au contraire de son cousin Casimir Mahou Olmeda, beau-frère de la sœur de Clara Stauffer, marxiste résolument engagé dans le parti Izquierda Republicana (« Gauche républicaine ») –dont le fondateur était président de la république de Front populaire durant la Guerre civile–, et qui chercha refuge au Mexique).

     

    Documenter les relations entre Léon Degrelle et José Antonio semble en effet aussi difficile qu'établir celles qu'il eut avec Joris Van Severen (ce blog au 7 mai 2019) dont il ne parla pratiquement jamais non plus avant ses années d'exil (le nom du fondateur du Verdinaso n'est même pas cité dans La Guerre en prison relatant son arrestation le 10 mai 1940 et les avanies subies lors de sa livraison aux autorités françaises : Van Severen fut pourtant gardé dans la même prison de Bruges et mis dans le même autocar vers la France pour y être assassiné à Abbeville le 20 mai 1941 avec vingt autres compagnons d'infortune : ce blog au 30 avril 2017).

     

    Du moins –et sans doute est-ce le plus important– pouvons-nous déduire une évidente proximité spirituelle entre les mouvements créés par Léon Degrelle et José Antonio des déclarations du chef rexiste à la presse phalangiste : « Aucun mouvement révolutionnaire au monde ne ressemble autant à la Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste que Rex. En effet, celui-ci est un mouvement révolutionnaire de la jeunesse. Il présente le même programme que la Phalange, les mêmes idéaux, la même façon d'être ainsi que les mêmes principes fondamentaux. Et même si la nature du combat n'est pas la même, son intensité, son dynamisme quotidien et l'objectif à atteindre sont bien identiques. Nous autres, Belges, en ce moment crucial de l'histoire du monde, nous sommes aux côtés de l'Espagne, comme elle fut à nos côtés au temps de son passé impérial pour défendre la chrétienté. » (Unidad, 8 février 1939, p. 1).

     

    Quelque quarante ans plus tard, Léon Degrelle redisait son opinion sur José Antonio, leurs points communs et leurs différences, dans l'hebdomadaire populaire Cambio16, répétant d'ailleurs les propos tenus à ABC huit ans auparavant sur le rôle d'Alfredo Mahou (qui était encore et toujours bien vivant !) et permettant surtout à la journaliste Jeannine Camps qui l'interrogeait de voir la fameuse carte n° 1 signée par le chef de la Phalange : « Le mouvement rexiste que créa Degrelle avait des points communs avec la Phalange : “Ils se ressemblaient en ce qu'ils étaient tous deux des mouvements spirituels. José Antonio était quelqu'un d'une haute spiritualité, un homme inspiré, un poète. Mais alors que nous étions un mouvement de masse, la Phalange ne rassemblait avant la guerre qu'un millier de personnes. Eh oui, nous avions des contacts et je suis le numéro un de la Phalange internationale.” Et le fier lion belge sort de sa poche une vieille carte de membre signée par José Antonio en 1934. "Mon lien avec José Antonio était Alfredo Mahou, le producteur de bière, qui était alors phalangiste. Mais à la base, c'était fort différent. José Antonio s'est présenté aux élections en tant qu'indépendant, ce qui n'est pas la droite. Il n'avait pas de contact avec les masses. Moi, je visitais les usines, les villages, les places publiques. Ce fut son principal défaut. » (Cambio16, 14 août 1977).

     

     

     

     

    Cambio16 1977.08.08aa.jpeg

    Première page de l'article que l'hebdomadaire Cambio 16 consacra, le 8 août 1977, à Léon Degrelle en Espagne. Il est illustré par la célèbre photo qui fit scandale, prise à l'occasion du mariage, le 9 octobre 1969, de sa fille Marie-Christine avec l'avocat José Ramon de Hervella : elle montre Léon Degrelle trinquant avec son ami Jaime de Mora y Aragón (1925-1995), le frère de Fabiola, reine des Belges (qu'il connut en 1945 à l'Hôpital General Mola de San Sebastián lorsque cet alors jeune militaire était affecté à la garde de sa chambre) !

    Accompagné de son épouse suédoise Margit (de face entre les deux porteurs de toast), Don Jaime avait déjà assisté, le 21 juillet 1962, au mariage d'Anne Lemay[-Degrelle] et Servando Balaguer Parreño à Constantina où se trouvait La Carlina, la belle propriété de Léon Degrelle (ce blog au 5 août 2023).

    Celui qu'on avait surnommé Fabiolo commença une carrière cinématographique en 1961 sous la direction de Vittorio De Sica (Le Jugement dernier, une satire sociale grinçante), mais préféra toujours les comédies où il aimait se caricaturer en Grand d'Espagne conspirateur (La Folie des Grandeurs, de Gérard Oury en 1971) ou en stoïque maître d'hôtel (Les Charlots font l'Espagne, de Jean Girault en 1972)...

     

    L'article est rédigé par Jeannine Camps, alors fraîche émoulue de l'université Complutense de Madrid, toute pénétrée des principes déontologiques non seulement professionnels, mais aussi spécifiques aux 16 propriétaires-éditeurs du Cambio (« changement ») décidés à accélérer la « transition démocratique » face au franquisme, et qui deviendra une des journalistes vedettes du magazine : y a-t-il quelque raison de douter de son honnêteté lorsqu'elle déclare avoir vu de ses yeux la carte de membre n° 1 de la Phalange Extérieure au nom de Léon Degrelle ?

     

     

    Le commentaire sur la Phalange que le Chef de Rex confie à Cambio16 rejoint quelque peu l'avis qu'il aurait donné à son ami communiste le richissime avocat et homme d'affaires Teodulfo Lagunero (ce blog au 31 mars 2021). Ce dernier déclara au quotidien El Mundo, le 6 avril 2006 : « Savez-vous que j'ai également été, par hasard, l'avocat de Léon Degrelle, le fondateur du fascisme [sic] ? Mais oui, j'ai été son ami. [...] Curieusement, il méprisait la Phalange parce qu'il disait qu'il ne s'agissait que d'un groupe de fils à papa (« señoritos ») ridicules. » Ajoutons immédiatement, avant que le cavernicole n'en fasse une preuve supplémentaire de l'absence de toute relation entre José Antonio et Léon Degrelle, que celui-ci évoquait, comme dans Cambio16 quelque trente ans auparavant, les membres de la Phalange, en petit nombre avant la Guerre civile, et non son fondateur. De plus, on peut bien supposer que l'ami communiste aura pris plaisir à en rajouter sur le prétendu « mépris » de Léon Degrelle...

     

     

     

    LD Historia16 1983 JA+Debbaudt.jpg

    En novembre 1983, le mensuel Historia16 consacrait un important article à La naissance de la Phalange de José Antonio Primo de Rivera : Léon Degrelle s'apprête à l'acheter au kiosque à journaux qui se trouvait en bas de son immeuble madrilène, 37 García Morato.

     

    Derrière Gabriel, son sympathique jeune libraire, on peut reconnaître Jean-Robert Debbaudt (1927-2003), qui, adolescent à la fin de la guerre, parvint encore à rejoindre les Volontaires wallons du Front de l'Est. Il fut le courageux éditeur de Lettres à mon Cardinal et Lettre au Pape à propos d'Auschwitz, initiative qu'il paya de lourdes condamnations judiciaires.

     

     

    Mais l'expression la plus explicite de la proximité de pensée entre Léon Degrelle et José Antonio se trouve certainement dans les commentaires que rédigea l'exilé rexiste sur le point XVI des Directives du programme de la Phalange concernant le Devoir de Travail. C'était en 1986 et constituait sa contribution à l'essai d'actualisation du message national-syndicaliste à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de José Antonio. En voici l'introduction.

     

    « J'ai été l'ami de José Antonio.Nous fûmes tous deux animés par la même foi. En 1934, deux ans avant son assassinat, il m'accorda la carte numéro 1 de la Phalange Extérieure.

    Pour la Phalange, comme pour le Rexisme que je dirigeais, la base de toute vie sociale était l'obligation d'honorer le travail que doit respecter tout être humain.

    Certes, ce devoir de travail se heurte aujourd'hui à l'impossibilité matérielle de travailler qui frappe en plein des milliers de jeunes. L'Europe soi-disant démocratique de la fin du XXe siècle traîne derrière elle, comme des boulets enchaînés aux prisonniers, la chaîne tragique de ses tristes maillons de chômeurs.

    Le drame n'est pas seulement économique, il est politique. Le vrai problème n'est pas tant le devoir de travailler, mais le pouvoir de travailler. Pour rendre au travail le considération qui lui est due, il est nécessaire, avant tout, de le rendre accessible. Plus encore qu'à l'époque de José Antonio, une rénovation politique totale est indispensable, pour rétablir l'ordre, la durée, la compétence et la force de l'État, bases indispensables de toute richesse, aussi bien économique que sociale puisque l'un est lié à l'autre.

    Dans un régime où n'importe quelle calamité peut devenir député ou ministre à condition d'avoir accaparé une quantité suffisante de voix et où on ne sait jamais si, trois mois plus tard, le Gouvernement subsistera encore, aucun grand plan n'est possible. L'honneur et la possibilité de travailler ne se concilient que dans la stabilité politique ». (Antología de textos de León Degrelle, pp. 255-259)

     

     

    Antologia textos LD.jpegLa réflexion de Léon Degrelle sur le Devoir de Travail compte plus d'une dizaine de pages manuscrites ; ce texte a été offert à son ami et avocat José Luis Jerez Riesco à l'occasion de l'Épiphanie de 1987, la « Fête des Rois » étant, en Espagne, la grande fête des cavalcades, des réunions familiales et des cadeaux. Le Devoir de Travail a été publié dans l'Antología de textos de León Degrelle, 1969-1994, textes rassemblés par Juan Antonio Llopart, aux Ediciones Nueva República en 2014, avec une introduction de José Luis Jerez Riesco. Notre citation est extraite et traduite de cette publication. Il va sans dire que Cuevas trouve toute l'affaire fort suspecte : « Un mensonge [sur l'amitié entre José Antonio et Léon Degrelle] qui a peut-être fonctionné au point de recevoir cette Médaille de la Vieille Garde avant le mariage de sa fille Anne... ou la commande d'un article dont nous ne connaissons ni le promoteur ni les raisons de sa non-publication » Si nous résumons la pensée caverneuse, le « mensonge » de 1969 (l'article d'ABC) justifie l'obtention de la Médaille en 1959 en vue du mariage d'Anne en 1961 et la rédaction de cet article en 1986 !...

     

    En réalité, le mensonge, une fois de plus vient de l'accusateur et non de l'accusé (selon l'adage enfantin tant de fois vérifié, « c'est celui qui dit qui l'est ») : contrairement à ce qu'affirme Cuevas, le promoteur de l'article est bien connu puisqu'il s'agit d'un groupe de phalangistes auquel appartenait l'avocat José Luis Jerez Riesco, chargé de compiler toutes les contributions et qui s'en explique dans son maître ouvrage Léon Degrelle en el exilio, 1945-1994 :

     

    LD Exilio Riesco.jpg« On avait demandé à Léon Degrelle, qui avait l'honneur d'être le titulaire de la carte numéro un de la Phalange Extérieure octroyée par José Antonio Primo de Rivera en 1934, un commentaire sur le seizième point de la Norme Programmatique de la Phalange qui dit : “Tous les Espagnols non invalides ont le devoir du travail. L'État national-syndicaliste ne témoignera pas la moindre considération envers ceux qui n'exercent aucune fonction et aspirent à vivre aux dépens de l'effort d'autrui.” Le commentaire de la Norme programmatique avec exégèse, critiques, notes, explications des 27 points de la colonne vertébrale de la doctrine phalangiste, effectué par d'éminents camarades nationaux-syndicalistes était un projet passionnant qu'à l'époque j'étais en train de compiler, en tant que contribution doctrinale et actualisation du message national-syndicaliste pour le Lème anniversaire de l'assassinat de José Antonio à Alicante. J'avais déjà recueilli les commentaires sur certains point essentiels de la doctrine, rédigés par mes amis et camarades [suivent les noms d'une vingtaine de contributeurs parmi lesquels Blas Piñar et Raimundo Fernandez Cuesta]. Pour être le plus jeune des rédacteurs qui contribuèrent à ce projet, où je remplissais aussi le rôle de compilateur, je m'étais réservé personnellement le commentaire du point 27 [...]. » (pp. 501 sv.).

     

    Il semble bien que l'ensemble du projet n'ait pas abouti, ce qui fait qu'il n'y eut pas que le texte degrellien à rester sur le carreau, mais également les contributions de tous les autres. Encore que le commentaire de Léon Degrelle sur le Devoir de travail fut peut-être le seul à avoir connu quelque diffusion puisqu'il fut publié non seulement dans En el Exilio, mais également dans l'Antología...

     

     

    Riesco.jpeg

    Docteur en Droit, José Luis Jerez Riesco (né en 1949) compta parmi les défenseurs de Léon Degrelle dans le procès que lui intenta Violeta Friedman (ce blog au 5 août 2023). Il préfaça la plupart des livres de Léon Degrelle publiés en espagnol (dont, pour certains, il assura également la traduction). Comptant parmi les plus fidèles amis de Léon Degrelle et fin connaisseur de son œuvre, il est également le président-fondateur de l'association culturelle Amigos de Leon Degrelle qui publia la revue annuelle REX, de 1997 à 2008 (photographie extraite du premier numéro de la revue, daté du 31 mars 1997, troisième anniversaire de la mort de Léon Degrelle).

     

     

    (À suivre)

     

     

  • 2026 célèbre les 120 ans de Léon Degrelle

     

    Une abondance de publications

     

    Nous avons relevé, le 15 juin dernier, l'hommage du SoirMag à Léon Degrelle pour son cent-vingtième anniversaire : une évocation feuilletonesque de l'irrésistible ascension politique de Léon Degrelle dans les années 1930. Plus d'une demi-douzaine d'articles piochés dans les volumes sur La Belgique entre-deux-guerres de Pierre Stéphany ont ainsi célébré Léon Degrelle face à la hiérarchie (3 juin), Degrelle [qui] galvanise la Belgique en crise (10 juin), Rex ou l'irrésistible stratégie du balai (17 juin), Rex [qui] triomphe aux élections (24 juin), Degrelle [...] aux portes du pouvoir (1er juillet), Léon Degrelle [qui] subjugue et... inquiète (8 juillet),...

     

    SoirMag 2026.06.24.jpeg

     

    Nous avons épinglé la méthode de l'auteur, feu Pierre Stéphany (1925-2020) consistant à recycler ce que d'autres ont écrit, sans avoir l'air de trop se poser de questions sur la réalité de l'information récupérée. Mais finalement, il nous faut convenir que cette manière d'écrire n'est pas si inintéressante car ce sont les ragots facilement identifiables et contestables qui permettent de faire passer la véritable histoire de Léon Degrelle. En effet, ces ragots imbéciles donnent l'indispensable vernis politiquement correct sans lequel les bouquins de Stéphany fussent probablement restés sans éditeur !

     

    Quelques exemples.

     

    La nécessité d'un Léon Degrelle et de Rex

     

    Voleurs Banque Nationale.jpgAprès avoir entonné la nécessaire dénonciation de l'imitation des dictateurs (« On avait déjà vu ça en Italie, en Allemagne. Là avec un Duce, là avec un Führer » ; « Il avait aussi compris, à l'exemple de Hitler, l'importance de la propagande et de la publicité ») et de la mégalomanie de Léon Degrelle (« Drapé dans son hypertrophie du moi » ; « Quelqu'un le surnomma “le camelot du moi” » ; « le Rex appeal [...] faisait oublier son ignorance et son manque de véritables vues politiques »), Stéphany ne peut qu'insister sur la nécessité inéluctable de l'action du chef de Rex et du rexisme : « La Belgique touchait le fond de la crise [...], les mécontents pullulaient – et les hommes politiques en place, les chefs des grands partis, semblaient frappés d'impuissance. Quant aux liens qui unissaient la haute finance à certains hommes politiques, dévoilés à l'occasion de quelques déconfitures plus ou moins scandaleuses nées de la crise, ils achevaient de casser ce qui, dans l'opinion, restait de confiance dans les institutions traditionnelles. Les faillites, les grèves, la misère, les erreurs doctrinales du libéralisme, les égarements d'un socialisme fondé sur les sophismes de la lutte des classes avaient profondément perturbé le climat psychologique du pays. Rex fut le catalyseur de tous les mécontentements de l'époque. » (SoirMag, 10 juin 2026, p. 50).

     

    Le programme de Rex

     

    Message de Rex.jpgComme il est routinier de souligner l'absence de programme politique de Rex. Stéphany va décrire « ce qui tenait lieu de programme au Rex de Degrelle ». Et de détailler les mesures proposées par Léon Degrelle (d'ailleurs toujours bien d'actualité dans la Belgique de 2026 !) : « On y met en accusation les sinécures distribuées par le personnel politique à ses créatures, les nominations politiques, l'administration en proie à la gérontocratie. On y prévoit une Force de la Nation gardienne des frontières et un Noviciat du Citoyen effectué à l'occasion du service militaire, qui sera obligatoire pour les jeunes filles aussi. Comme c'est entre 30 et 50 ans que les besoins sont les plus grands, c'est à cette période de la vie que les traitements seront les plus élevés. [...] Une propagande intensive sera faite en faveur de la fécondité des foyers [...]. La femme mariée recevra aussi bien que le mari le droit d'administrer ses biens propres... » (SoirMag, 17 juin 2026, p. 50).

     

    Et Stéphany de préciser la pertinence de la campagne politique de Rex : « La menace rexiste rameutait autour du gouvernement les trois partis traditionnels. On nota que, dans les débats parlementaires, mettant une sourdine à leurs différends, les orateurs prenaient tous grand soin de condamner les abus politico-financiers. »

     

    Bien plus, selon notre inénarrable ami Saenen (ce blog aux 25 mars, 1er et 5 décembre 2025), le nouveau gouvernement tripartite de Van Zeeland piochera sans vergogne dans le non-programme de Rex : « Les rexistes enragent, accusant le gouvernement d'avoir copié et adopté dans l'urgence toutes les mesures qu'eux-mêmes avaient envisagées ! » (p. 98).

     

     

    PR 1936.06.11 p.1.png   PR 1936.06.11 p.4.png

    Loin de s'en plaindre, les rexistes verront dans la razzia des principaux éléments de leur programme opérée par un gouvernement aux abois dès sa constitution la preuve du bon sens de leurs mesures. Tout en observant que sans la révolution des âmes qui doit l'accompagner, cette opération ne pourra être que cosmétique et vouée à l'échec (ici, Le Pays réel du 11 juin 1936).

     

     

     

    Faire taire Léon Degrelle

     

    Si Stéphany reprend bien l'antienne du Degrelle, bateleur de foire et raconteur de carabistouilles (« Il était indispensable à Degrelle de faire sans cesse parler de lui »), il ne se prive néanmoins pas d'expliquer en détail les violences inouïes et les incroyables coups fourrés de ses ennemis pour le faire taire : « Plus grave, des tireurs s'étaient embusqués sur les quais, canardant le bateau sur le pont duquel le chef, impavide, énonçait les slogans rituels. Il y eut trois blessés par balle. » ; « Léon Degrelle qui, prétendant parler sur le parvis de Sainte-Gudule, se vit emmené par deux agents en casque blanc, tandis que quelques milliers de ses adeptes se colletaient avec les gendarmes » ; « Le gouvernement s'obstinait à lui interdire de parler sur les ondes de la radio nationale ; il se fit entendre par le truchement de Radio-Trieste et de Radio-Turin »... (SoirMag, 8 juillet 2026, p. 42).

     

    L'Église même fut appelée à la rescousse par une coalition catholico-libéralo-socialo-communiste pour faire taire Léon Degrelle à coups de menaces de péché mortel : « Le vendredi 9 avril, deux jours avant le vote, celui que Degrelle appelait le rhinocéros de Malines publiait un communiqué précisant que Rex était bel et bien visé par le document, que l'Église condamnait formellement les méthodes et les principes du mouvement rexiste, que Rex constituait un danger pour le pays et pour l'Église et que les catholiques, loin de se borner à l'abstention, devaient en conscience se prononcer contre le boutefeu. Le coup fut mortel. » (SoirMag, 15 juillet 2026, p. 42).

     

     

     

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    Pour faire taire Léon Degrelle, rien ne manqua, y compris les tentatives d'assassinat. On évoque souvent le mitraillage du bateau que Léon Degrelle loua le 15 septembre 1936 pour tenir, depuis la Meuse dans le centre de Seraing, son meeting interdit  (trois blessés seront hospitalisés).

     

    Mais d'autres attentats menacèrent sa vie, comme celui qui le rata de peu, à l'issue d'un meeting à Hal, le 4 décembre 1936. S'étonnera-t-on de la conclusion de l'enquête de Frédéric Saenen, le Rouletabille qui élucide Léon Degrelle : « Accident ou mise en scène ? Jamais on ne le saura ». C'est que, précise-t-il pour exclure l'attentat, « l'impact aurait été causé par un coup de feu tiré... depuis l'habitacle » (p. 114) ! Sauf que, comme on peut le lire dans Le Pays réel rendant compte de la tentative de meurtre, « La balle, passée juste à hauteur du visage, s'est écrasée sur la vitre de l'auto dans laquelle montait Léon Degrelle à l'issue du meeting » (6 décembre 1936, p. 1). C'est donc lorsque la portière était ouverte pour permettre à l'orateur d'entrer dans la voiture qu'on tira sur lui : « La vitre a été atteinte vers l'intérieur. L'attentat n'a donc pu avoir lieu qu'au moment du départ » (p. 3) !...

     

     

    Et s'il est de bon ton d'avoir toujours les yeux de Chimène pour les communistes (Degrelle est un « démagogue » entretenant une « psychose anticommuniste »), il est édifiant de connaître les fondements de la prétendue démagogie  : « Jouant habilement de la peur des bourgeois au spectacle des atrocités de la guerre d'Espagne, dont des photos montraient les rouges, dans les ruines des églises incendiées, buvant dans les calices après avoir fusillé les curés, les rexistes puisaient également dans l'expérience du Front Populaire en France de quoi entretenir la psychose anticommuniste répandue par le démagogue. » (SoirMag, 8 juillet 2026, p. 43).

     

    Ne quittons pas le SoirMag sans épingler ce poncif de l'historiographie de la Deuxième Guerre mondiale, à savoir le génie anticipatif du général De Gaulle sur la guerre moderne : « De Gaulle sentait monter le danger, mais personne ne l'écoutait... [...] Depuis sa garnison de Metz, le colonel de Gaulle réclamait, dans le désert, une “armée de mouvement”, une “armée mécanique”. C'est justement ce que l'Allemagne était en train de se donner. » (SoirMag, 22 juillet 2026, p. 43).

     

     

    SoirMag 22.07.2026 De Gaulle.jpeg   Rivarol 22.07.2026 Hannibal De Gaulle.jpeg

    A gauche, le SoirMag nous présente le conventionnel De Gaulle prophétique ; à droite, la rectification de Rivarol : De Gaulle ressemble plutôt à un parfait faussaire (les deux revues ont été publiées le 22 juillet 2026).

     

     

    Il est piquant de noter que l'hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne, Rivarol, dénonce la supercherie sous la plume sans concession d'Hannibal, justement à la même date ! « Mais le plus inadmissible est la falsification de l'édition de 1944 de Vers l'armée de métier. Rappelant que l'ouvrage a été publié pour la première fois en 1934, De Gaulle rectifie discrètement certains passages afin de se faire passer pour prophète. Quelques mots bien choisis modifient profondément le rôle dévolu à l'aviation, et cette phrase est benoîtement rajoutée : “Mais surtout, en frappant elle-même à vue directe et profondément, l'aviation devient par excellence l'arme dont les effets foudroyants se combinent le mieux avec les vertus de rupture et d'exploitation des grandes unités mécaniques”. Le grand art de faussaire est tout simple. » (Rivarol, 22 juillet 2026, p. 12).

     

     

    XLVe Correspondance privée du Cercle des Amis de Léon Degrelle

     

    Cercle XLV.jpeg

     

    C'est sans évoquer le cent-vingtième anniversaire du Commandeur de la Légion Wallonie que le Cercle des Amis de Léon Degrelle publie sa quarante-cinquième Correspondance privée, devenue quelque peu irrégulière depuis les persécutions qui frappent l'association et son président (ce blog au 18 octobre 2024).

     

    En exergue, le bel éditorial du Pays réel du 3 novembre 1940 saluant les premiers pas de la « Révolution nationale » mise en œuvre par le Maréchal Pétain, entreprenant le nécessaire nettoyage des écuries d'Augias de la défunte IIIe République.

     

    Tout comme nous avions utilisé l'intelligence artificielle pour réunir Léon Degrelle et Robert Brasillach (ce blog au 20 mai 2026), le Cercle a artificiellement réuni le Commandeur des Bourguignons et le vieux Maréchal. Pour rendre le cliché plus crédible, il aurait sans doute fallu un Degrelle portant les Feuilles de Chêne à sa croix de Chevalier de la Croix de Fer pour sa visite au chef de l'État français à Sigmaringen en novembre 1944.

     

    Cercle LD+Pétain.jpeg

     

    Encore que le Maréchal Pétain n'accéda malheureusement pas à la demande d'audience du Sturmbannführer wallon envisageant de prendre le commandement d'une nouvelle division SS englobant Wallonien, Langemarck et Charlemagne. Comme il le fit savoir, « Depuis qu'il a dû quitter la France, le Maréchal s'est fixé comme règle de ne recevoir aucune visite. » La sollicitation, toute « apolitique » et personnellement désintéressée de Léon Degrelle, était pourtant empreinte du respect le plus profond :

     

    « Monsieur le Maréchal,

    De passage à Sigmaringen, je regarde avec émotion ces murs derrière lesquels vous, le grand vainqueur solitaire, vous attendez les jours de la résurrection de la France.

    Soldat, je voudrais avoir l'honneur et la joie de vous saluer un instant.

    Loin de la politique, je mène au front un dur combat. J'aurais été heureux de voir, dans son exil, le grand soldat que vous êtes resté pour tous ceux qui croient à l'honneur des armes et à la joie du devoir.

    En 1937, vous aviez eu la bonté, Monsieur le Maréchal, de m'écrire lorsque j'avais publié un livre intitulé : Révolution des Âmes.

     

     

    PR 1938.06.25 Pétain2.png

    Léon Degrelle se trompe en évoquant le courrier du Maréchal le félicitant pour la publication de Révolution des Âmes : ce n'est pas en 1937, mais au milieu de l'année 1938 que l'ouvrage sortit aux Éditions de France. Le Pays réel du 25 juin 1938 documente quelques réactions l'ayant accueilli : le Maréchal Pétain, le Général Mordacq, Robert Brasillach...

     

     

    C'est en me souvenant de la sympathie que vous avez bien voulu me témoigner alors, que je me permets de vous demander un bref instant d'audience.

    Ce n'est pas un journaliste qui vous fait cette demande, Monsieur le Maréchal, ni un homme politique : c'est un soldat du front qui voudrait voir le plus glorieux soldat du front de la Grande Guerre.

    J'espère, Monsieur le Maréchal, que vous voudrez bien, dans votre solitude, faire cette exception. Et je vous prie de croire au profond respect de

    Degrelle,

    Commandeur de la Division Wallonie »

    (Louis Noguères, La dernière étape, Sigmaringen, Fayard, 1956, pp. 195-196).

     

    Léon Degrelle eût également pu rappeler leur toute première rencontre à Bouillon lorsque le Maréchal vint, le 20 décembre 1918, annoncer l'octroi de la Légion d'Honneur à son père et traversa toute la cité en gardant dans la sienne la main du petit Léon (ce blog au 26 mars 2017). Si le quotidien local, L'Avenir du Luxembourg, avait délégué ses journalistes à cette occasion, il eût pu publier un cliché semblable à celui qu'a généré pour nous l'intelligence artificielle (mais également peu crédible puisqu'il associe un Léon de 1918 à un Pétain de... 1944 !).

     

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    Léon Degrelle toujours en butte aux pseudo-historiens

     

    Recensant toute l'actualité degrellienne (dont une belle réédition de Degrelle m'a dit, chez Deterna et disponible au prix de 39€ à la Boutique nationaliste), le Cercle des Amis de Léon Degrelle parcourt aussi Internet, non pour documenter les recherches et mises au point de blogs comme le nôtre, mais pour épingler les ventes de Degrelliana souvent pour des sommes extravagantes, comme cet exemplaire de Mon Combat (affiché à 500€).

     

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    Le Cercle dévoile que ce sont Jean-Robert Debbaudt et le FELD (Fonds Européen Léon Degrelle) qui furent à l'origine de cette édition privée pour les proches de Léon Degrelle à l'occasion du cinquième anniversaire de son décès et non destinée à la vente ou à quelque autre diffusion. Nous ajouterons qu'Armand Gérard rédigea l'Avant-propos et que les superbes aquarelles qui illustrent délicatement l'ouvrage (silhouette de Léon Degrelle avec son chien Dogo contemplant de son exil andalou le mirage de Bouillon, en première couverture ; le château de Bouillon où flotte l'étendard bourguignon, après la page 20 ; des Légionnaires wallons en patrouille sur le Front de l'Est, après la page 218) sont l’œuvre du merveilleux artiste que fut le Hauptscharführer René Henrotay (1921-2010 ; ce blog au 15 juin 2023).

     

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    Par contre, signalant la rare publication en espagnol d'une biographie consacrée à celui qui passa plus de la moitié de son existence dans la patrie de José Antonio, le Cercle s'abstient de tout commentaire sur Léon Degrelle, Du catholicisme politique au nazisme : l'apogée du rexisme, l'alliance avec Hitler et l'ultime échappée vers l'Espagne de Franco. L'auteur, Pablo Cuevas (à ne pas confondre avec le champion uruguayen de tennis), posséderait une maîtrise en « Histoire militaire des guerres contemporaines » et est l'auteur, notamment, d'un livre sur les combats pour la prise du port d'Anvers par les Alliés (dénonçant du coup l'utilisation par l'Allemagne des V1 et V2) et les projets d'invasion de la péninsule ibérique aussi bien par les Alliés que par les Allemands.

     

    LD Cuevas.png

    Il va sans dire que tous ces ouvrages sont parfaitement « corrects » au point de vue politique, la nouvelle biographie de Léon Degrelle ne faisant pas exception à la règle (et n'apportant rien à la connaissance des années d'exil : seules une cinquantaine de pages sur plus de quatre cents les résument sans rien fournir d'inédit). Il ne faut d'ailleurs pas lire le bouquin (et ne surtout pas l'acheter) pour s'en rendre compte : le Cercle renseigne également (sans la commenter) l'interview de Cuevas publiée le 9 janvier 2026 dans le quotidien El Mundo, accessible gratuitement en ligne (titre : « Les nombreuses vies de Léon Degrelle, opportuniste, voyou, imposteur et fanatiquement nazi » ; chapeau : « Le collaborateur le plus haï du Reich a vécu 49 ans en Espagne malgré sa jactance sur son action au service d'Hitler. Une biographie met en lumière ce sombre personnage).

     

    Quelques extraits significatifs de cette réécriture moralinesque de l'histoire.

     

    « À lire sa biographie, il y a des moments où Degrelle ressemble à un charmant escroc qui, au lieu de se livrer à de petites arnaques, finit en uniforme des SS à la suite de circonstances tragiques. D'autres fois, il a l'air d'un vrai nazi, d'un fanatique et d'un assassin. “La réalité ? Je crois qu'il fut les deux à la fois”, dit Pablo Cuevas. »

    « En réalité, Degrelle ne fut jamais journaliste. C'était un propagandiste, en tout cas un propagandiste de lui-même. [...] Et tous ses échecs, il les a vendus comme des succès, raconte son biographe. »

    « Petit à petit, il apprit à se comporter au front et, finalement, lorsque ses troupes aidèrent la Wehrmacht à sauver les meubles lors de la fuite de Stalingrad [sic !], l'ancien charlatan devint un héros du mal et un sinistre personnage. »

    « Il racontait qu'on a essayé de l'enlever à de nombreuses reprises. Quant à moi, j'en doute fort. Une fois, ses amis franquistes l'ont caché, mais ce n'était pas pour le protéger de ses ennemis mais pour qu'il ne commette pas de gaffe à un moment délicat pour le régime face à l'Europe. »

    « L'Espagne avait livré le collaborateur Pierre Laval à la France pour qu'il soit fusillé, mais la France ne fit rien pour la réhabilitation de l'Espagne en Europe. Et elle ne remercia jamais le Gouvernement de Madrid, de sorte que Franco perdit toute envie de livrer ses nazis à l'Europe et préféra attendre le moment où ces cartes auraient plus de valeur. Et c'est ainsi que Degrelle a été sauvé. »

     

    Sur la criminalisation des Volontaires du Front de l'Est, voir ce blog, entre autres, au 30 novembre 2019 ; sur Léon Degrelle journaliste, voir ce blog, par exemple, au 22 janvier 2016 ; sur Léon Degrelle, héros de Tcherkassy (et non de Stalingrad !), voir ce blog, entre autres, au 5 mars 2018; sur les tentatives criminelles contre Léon Degrelle, voir ce blog au 3 janvier 2023 ; sur la tragédie de l'extradition de Pierre Laval, voir ce blog au 16 septembre 2022.

     

     

    Léon Degrelle, héros de bande dessinée

     

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    Il n'y a pas de raisons pour que les calembredaines racontées par tous les nouveaux pseudo-historiens ne soient pas rendues accessibles aux analphabètes que rebute la lecture d'un livre de plus d'une page : la bande dessinée se devait donc de s'y mettre aussi.

     

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    Alors, pour célébrer le 120e anniversaire de Léon Degrelle tout en flétrissant sa mémoire, Patrick Weber, le « chroniqueur royal » de RTL, passé entretemps à la RTBF, a pondu un scénario pour le dessin (assez « ligne claire ») de Baudouin Deville, où toutes les fantasmagories sur les anciens nazis, les néo-nazis, les méchants-par-principe seront apparemment permises.

     

    L'héroïne (on est en 2026, que diable : vive Tintine !) est chargée d' « amadouer Léon Degrelle » pour déjouer « un projet d'action spectaculaire visant la Belgique, alors que le pays s'apprête à accueillir le siège de l'OTAN ». Ceux qui fomentent pareille infamie sont « les réseaux belges liés à Léon Degrelle, figure majeure de la collaboration réfugiée sous la protection du régime franquiste. » D'anciens rexistes donc, qui « entretiennent toujours des contacts actifs avec certains milieux politiques européens »...

     

    Nous ne connaissons évidemment rien de plus de l'histoire, mais on se doute bien qu'après l'évocation biographique que nous avons reprise du site de l'éditeur, les auteurs ne vont pas tresser des lauriers à celui qui « accordait des entretiens à des journalistes, au cours desquels il défendait des thèses révisionnistes, notamment sur l'ampleur de l'Holocauste... »

     

     

     

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    Les auteurs de la nouvelle BD mettant en scène Léon Degrelle en sa Carlina, la magnifique propriété qu'il se fit construire à Constantina (ce blog aux 27 octobre 2018 et 23 octobre 2022), n'ont pas fait preuve de beaucoup de professionnalisme dans leur recherche de documentation (sans doute ne connaissent-ils malheureusement pas notre blog infréquentable).

     

    Leur héroïne est en effet accueillie par les gardes du corps du terrible chef occulte des méchants néo-nazis... à l'entrée de l'actuel cloître des Sœurs Hiéronymites du Couvent Notre-Dame des Anges (ce blog, entre autres, aux 28 mai 2016 et 30 septembre 2025) !

     

    Le bâtiment au toit en pente, à la droite des cyprès, est la chapelle du nouveau monastère, construite en 2007 par l'architecte mexicain Luis Pérez-Tennessa de Block et consacrée le 17 avril 2009 par le Cardinal Carlos Amigo Vallejo (1934-2022), archevêque de Séville. Le dessinateur s'est visiblement inspiré de la page conseillant la visite de l'endroit sur le site de promotion du Tourisme de la province de Séville, reproduisant tous les détails de la photo d'une entrée qui n'existait pas au temps de la Carlina degrellienne.

     

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    Phénomène à la mode aujourd'hui pour éviter les risques liés aux emprunts bancaires, la mise en place d'un crowdfunding. Pareil « financement participatif » a été choisi afin « de payer à leur juste valeur le travail des auteurs » qui a été estimé à environ 25.000 euros (plus 10.000 euros pour les frais d'impression, sans compter les actions de promotion de l'album). Au moment où nous écrivons ces lignes, la tirelire a déjà collecté plus de 30.000 euros auprès de plusieurs centaines de contributeurs (dont notre petit doigt nous affirme qu'il ne s'agit pas tous d'opposants à Léon Degrelle, loin de là !).

     

    Quant au principal concerné, que penserait-il de ses nouvelles aventures romanesques ? S'offusquerait-il de pareilles affabulations ? Nous pensons bien que non et même qu'il s'en amuserait plutôt !

     

     

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    En 1988 parut en effet un Front de l'Est, dessiné par Werner (Fabrice Van Wauwenbergh), qui se veut d'un réalisme plus proche de Jijé (Jerry Spring) ou Jean Giraud (Blueberry), et scénarisé par notre camarade Serge Algoet (par ailleurs courageux candidat Vlaams Belang à Bruxelles). Ce n'était certes pas une hagiographie de Léon Degrelle et des Volontaires du Front de l'Est (il raconte les aventures de Jean/Jan Dartois, un engagé –imaginaire– du 8 août 1941), mais les auteurs s'efforçaient de « maintenir l'église au milieu du village », comme on dit, renvoyant dos à dos les criminels de guerre des deux camps.

     

    Front Est 2.jpegLeur seul tort (mais eurent-ils le choix, le préfacier étant rédac'chef de l'hebdomadaire BD Spirou ?) fut tout de même de laisser un grossier personnage étaler ses contre-sens historiques et sa vulgarité crasse dans une intro outrageante : « Ce hâbleur dépassé par les événements est devenu, après ses authentiques prouesses de guerre, un bouffon dérisoire dont les interviews brumeuses masquent le combat de milliers de jeunes idéalistes ayant choisi, pour leur part, de combattre à l'Est plutôt que de rester les bras croisés dans un pays vaincu. »

     

     

    Léon Degrelle ne ramassa pas l'insulte imbécile mais s'amusa plutôt à découvrir ces « petits Mickeys », dédicaçant volontiers notre exemplaire avec l'humour dont il ne se départait jamais (la date du dépôt légal indique 1988, mais c'est bien le 3 décembre 1987 que cet album fut signé, proposé auparavant en avant-première au Dernier Carré, l'association de soutien aux Anciens Bourguignons et leur famille)...

     

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  • Les cent vingt ans de Léon Degrelle gentiment célébrés par le SoirMag...

     

    ...avec juste les obligatoires allégations politiquement correctes !

     

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    Depuis deux semaines, c'est-à-dire depuis le 3 juin (sans doute pour ne pas avoir trop l'air de commémorer l'anniversaire du 15 juin ?), le SoirMag, héritier du magazine de l'ancien quotidien d'Ordre nouveau, appelé depuis « Le Soir volé », camoufle son hommage traditionnel à Léon Degrelle (ce blog, par exemple, aux 7 juin 2021 et 10 avril 2024) sous des articles officiellement consacrés à La Belgique de l'entre-deux-guerres, mais célébrant la qualité de son action au début des années 1930 : « La montée en puissance du patron de Rex suscite des conflits internes au sein de l'Action Catholique » ; « Degrelle galvanise la Belgique en crise »... Une manière sans doute de rappeler qu'entre le quotidien d'après-guerre et celui dont le directeur Raymond De Becker fut membre du Conseil politique de Rex, la filiation demeure indélébile...

     

     

     

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    Le Soir était sans doute, avec La Libre Belgique, le quotidien belge francophone le mieux distribué en Espagne et Léon Degrelle le lisait régulièrement : il dédicace ici sa photo avec l'exemplaire du 19 janvier 1972 « Aux Belges », en rappelant ironiquement les liens de fidélité l'unissant au journal qui, à partir de 1945, ne manquera jamais de l'éreinter méchamment.

     

     

    Il s'agit, en fait, de la reprise de textes de feu Pierre Stéphany, l'incontinent pisse-copie des onze volumes consacrés à l'histoire de la Belgique, de l'entre-deux-guerres à la fin des années 1950. Nous avons déjà eu l'occasion d'analyser la manière d'écrire de l'ancien chroniqueur TV de La Libre Belgique, consistant essentiellement en citations détournées, emprunts traficotés et autres copiés-collés recyclés dans le politiquement correct (ce blog au 4 février 2025).

     

    Si c'est toujours le cas ici, nous échapperons pourtant aux traditionnelles insinuations et calomnies, l'auteur se contentant de documenter les débuts journalistiques du « bouillant Bouillonnais », les pimentant à peine de quelques ragots. Sans doute, pour en dresser un portrait tout négatif, eût-il alors également dû incriminer Mgr Louis Picard, fondateur de l'Action Catholique de la Jeunesse Belge, qui fut le vrai Pygmalion de Léon Degrelle, l'accueillant chez lui lors de ses études à l'Université Catholique de Louvain, l'associant à toutes ses activités pastorales, le propulsant d'emblée à la direction des Éditions Rex...

     

     

    Le voyage au Mexique

     

    Et donc le premier article commence par le reportage sur la persécution des Cristeros : « Degrelle [...] décida d'aller voir sur place le Mexique, terre de révolutions permanentes et de persécutions religieuses ; personne n'a jamais su si ce voyage fut authentique ou imaginaire ; Degrelle, qu'il y soit allé ou non, n'en ramena pas moins une série d'articles qui parurent dans “Le XXe siècle” côte à côte avec les aventures de “Tintin chez les Soviets” et qui, en volume, valurent aux éditions Rex un beau succès de vente. »

     

    Si le principal mérite de cette évocation est de placer sur le même plan les reportages de Léon Degrelle et les aventures de Tintin, suggérant ainsi opportunément leur parenté (ce blog, entre autres, au 27 janvier 2016 et la série Degrelle-Hergé, même combat, à partir du 21 septembre 2020), Stéphany ne peut s'empêcher de reprendre la mise en doute de la réalité du voyage au Mexique (ce blog, entre autres, au 1er mai 2016).

     

     

     

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    Moment de détente avec des enfants face à des cascades enjambées par la voie ferrée. Comme pourrait dire Saenen-la-vérité : « En voici une [de vérité] : Degrelle est bel et bien allé au Mexique » et il y a même passé de bons moments ! (p. 52). La photo a été publiée dans le vingtième siècle du 10 février 1930 avec la légende : « L'enquête du “vingtième” au Mexique. L'envoyé spécial du “vingtième”, notre ami Léon Degrelle, en causette avec de jeunes Mexicains, près de belles cascades. » (la photo sera reprise dans Soirées, le 12 décembre 1931).

     

     

    C'est que la source de son ragot est L'aventure rexiste, de Robert Pfeiffer et Jean Ladrière (Pierre de Meyère, 1966) : « Le Mexique était en proie à des révolutions continuelles. [...] Ces troubles s'accompagnaient de persécutions religieuses [...]. Degrelle décida d'aller voir sur place la situation et s'embarqua pour l'Amérique du Sud (du moins le dit-il, car ce voyage est aujourd'hui encore contesté). Il en rapporta une série d'articles étincelants qui parurent côte à côte avec les aventures de Tintin dans le Vingtième Siècle. » (p. 23).

     

    S'il reprend le ragot, Stéphany en annihile néanmoins la portée puisque « qu'il y soit allé ou non, [Degrelle] n'en ramena pas moins une série d'articles [...] ». Attitude autrement sensée que celle du nouveau biographe de celui qu'il appelle l' « icône de l'extrême droite européenne », célébré, d'une part, par ceux de nos milieux qui n'y connaissent rien (ainsi de Radio-Courtoisie, ce blog au 2 septembre 2025, ou Éléments, ce blog aux 1er et 5 décembre 2025) et, d'autre part, par les affabulateurs de l'histoire officielle, trop heureux de l'aubaine. Le malhonnête Frédéric Saenen essaie même de donner corps au ragot en manipulant sa citation (mais nous savons –ô combien !– il est coutumier du fait : ce blog au 25 mars 2025, à propos des « crimes de guerre » de Léon Degrelle ; au 5 décembre 2025, à propos de son ignorance totale du flamand) : « L'intéressé lui-même a parfois laissé régner le doute [au sujet de la véracité du périple mexicain] : “Partir, c'est un grand mot [...]. 17.” » (p. 49) !

     

    La référence « 17 » renvoie au premier volume d' Ainsi parla Léon Degrelle... publié par Wim Dannau ; mais en vérité, le défenseur des Cristeros ne laisse évidemment « régner » aucun doute sur la réalité de son voyage ! En disant « Partir, c'est un grand mot », il ne sous-entend pas qu'il s'est contenté de rassembler de la documentation pour rédiger ses réquisitoires en chambre ! Il explique simplement que son départ ne fut pas celui d'un banal voyage touristique, qu'il lui fallut ruser avec les autorités mexicaines lui refusant son visa. C'est tout cela qui se trouve dans les crochets aux points de suspension placés par Saenen pour interrompre la citation et en changer le sens : « Partir, c'est un grand mot ; pour commencer, l'Ambassade du Mexique refuse mon visa. Les communistes étaient très puissants au sein de la coalition révolutionnaire. J'eus quelque mal à convaincre mon Abbé-Directeur de la façon dont j'allais m'y prendre pour arriver en Amérique Centrale, mais son tempérament bouillant l'emporta et en approuvant mon plan, il a dû se dire “les voies du Seigneur sont multiples”...

    Mon ami Paul Nanson me prêta pour l'occasion son nom et ses papiers d'identité. Il ira avec une photo de moi demander un passeport, moi j'irai en tant que Nanson à l'Ambassade retirer mon visa. Quelques jours plus tard, Nanson-Degrelle s'embarquait à Hambourg pour le Mexique. » (p. 290-296).

     

     

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    Carte de touriste avec les photos de Léon Degrelle, délivrée par les services de l'immigration mexicaine au nom de Paul Nanson, un ami de la Faculté de Droit de l'Université Catholique de Louvain. Le motif du séjour qui y figure est : l'étude des possibilités d'un voyage en groupe de Belgique au Mexique (et retour !).

     

     

    Parti sur sa lancée sournoise, le fallacieux mystificateur s'en donnera à cœur joie pour déprécier l'enquête de Léon Degrelle au Mexique : « Nul besoin de voir du pays pour rédiger, sinon recopier, de tels pensums », « aucun portrait réaliste, aucune scène puissante », « son niveau d'espagnol est à l'époque très rudimentaire », « sa faconde ajoutée à son charme naturel lui permet [...] de séduire les épouses et les filles de chefs révolutionnaires ». Et de conclure en fulminant sa sanction laconique et définitive: « Degrelle est bel et bien allé au Mexique, mais en touriste curieux davantage qu'en reporter aventureux. » (p. 52).

     

    Le prétendu touriste selon Saenen effectue néanmoins un voyage pour le moins mouvementé (ce blog, entre autres, au 25 décembre 2017) dont les péripéties, les contacts noués, les précieux témoignages récoltés et, de retour en Europe, la poursuite assurée de l'aide aux catholiques mexicains seront regardés avec considération et salués avec reconnaissance par les évêques mexicains, tels Mgr Pascual Díaz, archevêque de Mexico City (Cristeros, p. 219) ou Mgr Jesús Manríquez, évêque de Huejutla (ce blog au 1er décembre 2025,)...

     

     

     

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    Un père jésuite (signature illisible, suivie des lettres « s.j. », Societas Jesu) écrit de Mexico à « Mon très Cher Ami » Léon Degrelle, le 20 mai 1930, s'étonnant de retrouver, oublié chez un ami mexicain, un « plateau indien », offert en cadeau de mariage (s'agit-il du projet de mariage annoncé dans le XXe Siècle le 23 novembre 1928 avec Cécile Van den Bossche ? Mes Aventures au Mexique, publié en 1932, sera dédicacé à sa future épouse Marie-Paule Lemay). Le prêtre poursuit en se réjouissant des suites positives du voyage au Mexique : « On m'a dit que vos articles sont éclatants. Je vous en félicite. Qu'ils fassent du bruit et du bien. En avant ! Dieu le veut. Recevez, mon très cher Léon, mes meilleures salutations et soyez si heureux comme le désire de tout cœur votre ami en Jésus-Christ. »

     

     

     

    Les apparitions de Beauraing

     

    Mais revenons au reprint de pages de Pierre Stéphany dans le SoirMag, avec l'anecdote censée déconsidérer les apparitions mariales de Beauraing : « En 1933, [Degrelle] fit des apparitions de Beauraing une exploitation qui, au moins sur le plan commercial, reste exemplaire. [...] l'on pouvait voir, à Beauraing, le directeur du journal, agenouillé pour la prière, se relever en glissant à l'oreille de son voisin : “ça y est, cette fois-ci, nous tirons à 100.000 !...” »

     

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    L'anecdote est, cette fois, tirée du pamphlet de Charles d'Ydewalle, Degrelle ou la triple imposture (Pierre de Meyère, 1968) : « Des apparitions mariales eurent lieu à Beauraing, encore une fois en Ardenne. [...] Nous savons simplement que Degrelle les utilisait à des fins purement commerciales, ce qu'un témoin nous a bien raconté. Le futur chef de Rex, agenouillé pendant la prière, se releva ensuite pour glisser à l'oreille de son voisin : “ça y est, cette fois-ci nous tirons à 100.000.” » (p. 55).

     

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    Mais aucun témoin n'a jamais rien raconté au vindicatif d'Ydewalle : il a seulement recyclé le racontar d'un autre exclu du mouvement Rex, Robert du Bois de Vroylande (ce blog au 27 octobre 2020) : « Matthys et moi-même nous poussions Bluff [= Léon Degrelle] au lancement d'une brochure sur Beauraing. Or chose curieuse, Bluff n'accordait dans les débuts aucune chance de succès à une brochure de ce genre. Quand il eut, toutefois, assisté à l'extase des jeunes visionnaires et constaté que les milliers de pèlerins ne cessaient d'affluer, il changea brusquement d'avis et jura ses grands dieux qu'on “allait tirer à cent mille”. » (Quand Rex était petit..., p. 61).

     

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    « Propagande et terreur ! »

     

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    La livraison suivante, du 10 juin 2026, du SoirMag confine presque au dithyrambe, ne fût-ce déjà que par les titre et sous-titre : « Degrelle galvanise la Belgique en crise. Alors que la société belge est minée par une économie moribonde, “le beau Léon” séduit des milliers d'anonymes avec une propagande moderne et un discours radical » !

     

    Pour tempérer quelque peu l'éloge, Pierre Stéphany va reprendre un ragot que le ministre de l'Intérieur catholique de l'époque, Charles du Bus de Warnaffe, ourdit vainement peu avant les élections de 1936 qui allaient voir le triomphe du mouvement rexiste.

     

    « À un député français, il confiait, quelques semaines avant les élections de mai 1936 : “J'aurai vingt élus. Mon groupe refusera toute collaboration avec qui que ce soit et organisera une obstruction systématique. Nous rendrons tout gouvernement impossible. Après deux ou trois ministères par terre, mon tour viendra et je prendrai le pouvoir. Mes élus, je les aurai en main, tous me remettront une lettre de démission en blanc, je les exécuterai s'ils ne marchent pas comme je voudrai. Propagande et terreur, voilà mes moyens. Je terrorise déjà, tout le monde a peur. Quand, dans deux ou trois ans, j'aurai le pouvoir, ce sera aussi la terreur que j'imposerai. Il ne peut plus m'arriver qu'une condamnation des évêques. Je m'en fous. J'ai un dossier terrible contre le Cardinal. Je démontrerai la complicité de 2.100 prêtres démarcheurs appointés du Boerenbond. Dépêchez-vous, en France : il vous manque un homme comme moi !” »

     

     

     

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    En 1935, le gouvernement tombe et un nouveau arrive : le caricaturiste Jam croque le ministre des Communications catholique Charles du Bus de Warnaffe remettant ses compétences (un fusil !) à son remplaçant socialiste Paul-Henri Spaak. Comme on le verra encore aux élections partielles de 1937 (ce blog aux 6 mai 2016 et 14 avril 2017), toutes ces familles politiques interchangeables ont le même dénominateur commun : abattre le rexisme !

     

     

    Pourchassé par la vindicte de Léon Degrelle le dénonçant comme le « défenseur des pourris » du Parti catholique et le « traître de la dévaluation » au profit des banksters, le ministre du Bus de Warnaffe publia, le 23 mars 1936, une lettre ouverte à Léon Degrelle dans les deux principaux journaux catholiques, Le Vingtième Siècle et La Libre Belgique où figuraient des propos outranciers tenus à « une personnalité étrangère de passage à Bruxelles » (nous ignorons d'où Stéphany tire sa version, car les prétendues déclarations du Chef de Rex sont ici encore plus excessives que dans les deux quotidiens où il n'est, par exemple, pas question des 2100 prêtres appointés du Boerenbond, la Ligue des paysans censée défendre les intérêts économiques du monde agricole catholique flamand).

     

    On imagine bien la réaction du principal intéressé face à ces propos ahurissants, estimant que « non seulement ce texte était grotesquement fantaisiste, mais en outre qu'on ne pouvait lui donner comme origine qu'une conversation strictement privée ». C'est ce qu'attendait le ministre pour divulguer le nom de la « personnalité » : le député français conservateur catholique Philippe Henriot (effectuant alors une tournée de conférences en Belgique) qui s'empressa de fermer le piège en publiant à son tour un courrier appuyant le poulet du vertueux ministre belge (il n'est pas anodin de rappeler que dans le premier gouvernement d'après-guerre, le catholique vicomte Charles du Bus de Warnaffe fut un ministre de la Justice qui refusa systématiquement tous les recours en grâce des condamnés à mort de l' « Épuration », soit 34 exécutions en quatre mois, dont Irma Laplasse, l'une des quatre femmes à avoir été passées par les armes entre 1945 et 1950).

     

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    Il n'est que le nouveau soi-disant biographe de Léon Degrelle pour faire ses choux gras de ce pétard mouillé et prétendre que « Degrelle s'insurge à la divulgation de ces phrases, sans pour autant les renier » (p. 88) ! Renie-t-on ce qu'on n'a pas dit ? Le tribun rexiste qui a bien rencontré Henriot s'irrite plutôt que l'animateur de la Fédération Nationale Catholique française extrapole aussi outrancièrement ses propos. Et pourquoi ce dernier se prête-t-il à cette manœuvre ? Très probablement parce qu'il se croit plus proche de l'officiel Parti catholique belge que de celui qui prétend le régénérer.

     

    La Libre Belgique n'avait pourtant pas une meilleure opinion de Philippe Henriot, semble-t-il, que de Léon Degrelle, le décrivant avec autant d'acrimonie : « L'on chercherait en vain, dans [l]es discours [de Philippe Henriot], la générosité de langage et la hauteur de pensée qui caractérise les hommes que je viens de nommer et encore plus leurs devanciers du temps des Berryer et des Montalembert. Aucun de ces anciens ne s'est laissé entraîner –comme M. Philippe Henriot par exemple– à faire de la tribune du Parlement une plateforme pour attaquer exclusivement des personnes, oubliant les doctrines, les idées. » (21 avril 1936).

     

    Après s'être ainsi laissé entraîner aux côtés des officiels catholiques belges contre le chef de Rex, Philippe Henriot, membre honoraire de la Milice, secrétaire d'État à l'Information du maréchal Pétain, évitera soigneusement d'encore croiser le chemin de Léon Degrelle (même lors du grand rassemblement de la Collaboration française au Palais de Chaillot pour le discours-événement du héros de Tcherkassy, le 5 mars 1944) ; il sera assassiné à la mitraillette devant son épouse par un commando de seize terroristes déguisés en miliciens, le 28 juin 1944.

     

     

     

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    On peut certainement estimer regrettable la polémique à laquelle Philippe Henriot crut devoir participer contre Léon Degrelle, emporté sans doute par ses fortes convictions catholiques. Car l'éditorialiste écouté de Radio-Paris fut également un ardent partisan de l'Europe d'Ordre nouveau. Il participa à l'écriture du Manifeste de la fondation, en janvier 1943, de la Milice française, placée sous les ordres de Joseph Darnand dont la nièce Jeanne Brevet fut l'épouse tant aimée de Léon Degrelle.

     

    Ses chroniques radiophoniques constituaient journellement l'événement politique le plus suivi par tous les Français. Le jour où il fut assassiné, le 28 juin 1944, c'est le chef du gouvernement lui-même, Pierre Laval, qui, à 19h40, l'heure de la chronique quotidienne du célèbre tribun, prit la parole pour en prononcer l'éloge funèbre : « Philippe Henriot a été assassiné ce matin au Ministère de l'Information. Il a été abattu à coups de revolver sous les yeux mêmes de sa femme. Cette grande voix française, éloquente, passionnée, n'était indifférente à personne. Elle était aimée ou elle était redoutée. Faute de pouvoir répondre à Philippe Henriot, on l'a fait taire ; faute de pouvoir lui fermer la bouche, on lui a fermé les yeux. »

     

    Philippe Henriot eut droit à des obsèques nationales célébrées dans une formidable ferveur populaire dont le reportage cinématographique est toujours visible dans les archives de l'INA.

    Henriot funérailles.png   Henriot Affiche.png

     

     

     

    S'étonnera-t-on que Frédéric Saenen n'ait pas un mot pour la mise au point, toute de bon sens, que le Secrétaire général de l'Université Catholique de Louvain, l'historien Léon van der Essen (ce blog aux 6 juillet 2024 et 7 novembre 2025), envoya à l'hebdomadaire Rex (Le Pays réel n'existait pas encore), le 5 avril 1936 ?

     

    « Je sais que certains vous représentent comme un futur dictateur, assoiffé de sang.

    Laissez-moi rire !

    Je vous ai connu à l’Université de Louvain comme un garçon très sympathique et jovial, très attaché à ses devoirs religieux et, par le fait même, gai et plein d’optimisme, entièrement rebelle à certaines théories déliquescentes qui font de nos jeunes gens des “vieux” avant l’âge.

    Vous avez, pendant votre séjour ici, révolutionné la vie estudiantine en organisant des “blagues” de dimension, qui ont laissé à ceux qui en furent les spectateurs une impression de forte et saine gaieté. Je ne puis dès lors pas croire –même si vous l’avez dit vous-même – que vous êtes résolu à mettre la Belgique à feu et à sang. […]

    Si, emporté par la colère ou par la violence de la polémique, vous avez manqué à la justice et à la charité, il importe que vous reconnaissiez votre erreur sur tel point ou concernant telle personne. Une campagne d’assainissement ne peut s’inspirer que de la vérité. Mais ce qui demeure et ce qui est le fait capital : des milliers et des milliers de Belges demandent avec vous la propreté.

    Et à l’échéance de mai prochain, on verra que telle est la volonté inébranlable de tous ceux qui aiment leur pays et qui veulent qu’il soit pur et, par-là, grand et fort. » (Rex, 24 avril 1936).

     

     

    Quid des copyrights ?

     

    Pour illustrer la reprise de l'article de Pierre Stéphany, spécialiste du « copié-collé », le SoirMag, sans doute par contagion, a procédé de même, reprenant sans vergogne les photos des archives en ligne du Cercle du Collectionneur.

     

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    Cercle Collect. Vlan.png   Cercle Collect. Rex.png

     

    Les photos sont créditées « D.R. ». Est-ce à dire « Droits réservés » ? Mais à qui ? Au SoirMag ? À leur légitime propriétaire parfaitement identifiable par le cachet visible sur les photographies « C.H.R.I. DE SCHUTTER » (Centre Historique de Recherche et d'Investigation – Jacques de Schutter) ?

     

    Le magazine qui ne cesse de donner des leçons de morale et d'éthique à tout le monde, en participant notamment aux campagnes permanentes de défense de la presse professionnelle contre la désinformation et les « fake news » n'en a, en réalité, rien à foutre de la déontologie et ne fait que de l'autopromotion à bon marché. Tous ces titres « grand public » –Le Soir, La Libre (ex-Belgique), La Dernière Heure, GrenzEcho,...– prétendent défendre la pluralité de la presse, mais recopient tous consciencieusement les mêmes communiqués politiquement corrects des agences de presse autorisées... Et ne sont pas même capables de sourcer correctement leurs emprunts photographiques ni de créditer leurs propriétaires légitimes.

     

    Et que le SoirMag ne vienne pas dire qu'il ignorait avec qui prendre contact : s'il a pu trouver les documents dans le labyrinthe des collections du site du Collectionneur, il n'a pu passer outre des « Mentions légales » où est expressément publié l'avertissement suivant : « En vous connectant sur ce site, vous acceptez, sans réserves, les présentes modalités », dont celles concernant le copyright.

     

    Cercle Collect. Copyright a.png

     

    Mais en ce jour anniversaire du Géant Léon Degrelle (ce blog au 15 juin 2024), ne boudons pas notre plaisir et savourons sans modération la conclusion de Pierre Stéphany publiée dans le SoirMag, texte qu'on ne se serait plus attendu à pouvoir lire dans un magazine mainstream en 2026 !...

     

    « le battage [que Léon Degrelle] organisait autour [de ses idées], les drapeaux, la musique, la mise en scène, les supporters frénétiques, avaient de quoi frapper les esprits faibles – et même, quelquefois, les autres. De plus, il était doté d'un talent d'orateur, avec une voix forte et souple, teintée d'un reste d'accent wallon, un ton direct, des gestes amples, le sens des effets, l'art de ménager le plaisant et le sévère. »

     

     

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    Le 20 novembre 1992, jour anniversaire de la mort de José Antonio et du Caudillo Franco, l'Association Pétain-Verdun avait voulu associer le Maréchal Pétain au traditionnel hommage célébré alors par les Espagnols. Un banquet avait été organisé au restaurant El Pardo, dans la banlieue madrilène, où, invité d'honneur, Léon Degrelle prit la parole, une des toutes dernières manifestations de sa fougueuse éloquence.

     

     

     

  • Robert Brasillach-"Bardache" ? Léon Degrelle-"Amidon" ?

     

    La différence entre une insulte crapuleuse

    et un sobriquet moqueur

     

     

    La publication sans autre intérêt que nuisible de la traduction des délires d'un évangéliste américain nous a récemment fait réagir dans un bref commentaire. Le doctrinaire pseudo-biblique prétendait en effet établir sa théorie sur les origines sexuelles du nazisme grâce, entre autres, à ce que nous pourrions appeler la Preuve par Degrelle et Brasillach (ce blog au 4 mai 2026 ; merci encore à Xavier pour le renseignement).

     

     

     

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    Même s'il se virent souvent au cours des années 1936-1937, nous ne connaissons pas de photographies montrant ensemble Léon Degrelle et Robert Brasillach. Ce document fictif les réunissant a été réalisé par intelligence artificielle à partir de clichés du Chef de Rex d'octobre 1936 et du rédacteur en chef de Je suis partout de novembre 1941.

     

     

    Dans un message sur son réseau social, le traducteur assurait ainsi avoir découvert « que l'homosexualité et la pédérastie formaient le fil rouge qui permet d'expliquer bien des engagements en faveur du nazisme, y compris de collaborateurs célèbres comme Léon Degrelle ou Robert Brasillach ».

     

    Et d'illustrer son propos par des citations anodines de La Campagne de Russie qu'il voudrait lubriques, Léon Degrelle osant, par exemple, se décrire, lui et ses Légionnaires, « Vigoureux et nus, [...] nageant sans fins [sic] dans la mer chantante »... En ce qui concerne l'auteur de Léon Degrelle et l'avenir de “Rex”, il affirme tout aussi gratuitement que « Brassilach [sic] était surnommé Bardache », engageant son lecteur à découvrir (inutilement !) l'étymologie du mot pour bien le comprendre (précisons aussi que, tout à sa foldinguerie, Stanislas Berton ne lit même pas correctement ses sources : c'est Maurice Bardèche qui y est surnommé bardache et non Robert Brasillach, voir ci-après).

     

    Nous avons dit notre ahurissement devant pareilles insanités. Le prétendu surnom –dont nous n'avons jamais trouvé la moindre occurrence dans les nombreuses biographies de Brasillach– n'aurait pas manqué de nous interpeler, vu la proximité avec Bardèche, le nom du beau-frère et ami intime du poète fusillé.

     

     

     

    Suzanne+Bardèche+Brasillach.jpeg

    Suzanne Brasillach et Maurice Bardèche, mariés depuis un an, partagent leurs vacances d'été 1935 dans les Pyrénées Orientales avec Robert, leur frère et beau-frère. Les deux amis, auteurs du premier ouvrage historique consacré au Septième Art, en profiteront pour peaufiner leur Histoire du Cinéma (photo extraite de Bernard George, Robert Brasillach écrivain, Production littéraire, 1992).

     

     

    C'était sans compter sur la vigilance de notre fidèle lectrice Léonie ! Intriguée, elle eut l'heureuse idée de se renseigner sur Internet. Ce qui nous a valu son intéressant commentaire que nous reproduisons ici :

    « En associant les deux mots "bardache" et "Brasillach" sur Google, l'Intelligence Artificielle (!) m'a répondu que c'est l'écrivain René Étiemble qui a donné ce surnom à Brasillach (en même temps d'ailleurs que "Brasillèche", pour Maurice Bardèche).

    Si j'ai bien compris (car l'info était en anglais!), il s'agit d'un jeu de mots sur leurs deux noms pour souligner l'amitié qui les apparentait à un "little couple" (sans rapport donc avec le sens donné par Littré : "Terme obscène signifiant mignon, giton" puisque l'autre surnom ne veut rien dire).

    Etiemble était leur condisciple au Lycée Louis le Grand : je suppose donc qu'il s'agissait d'une blague de potache, comme le surnom "amidon" donné à Léon Degrelle par ses condisciples chez les jésuites de Namur (sans autre connotation non plus!). »

     

    La supposition bienveillante de Léonie rend bien évidemment justice à sa noblesse d'âme. Une recherche complémentaire nous a cependant appris que la blague qu'elle pensait avoir été innocemment imaginée par le potache Étiemble ne date pas des années où il fréquenta Robert Brasillach et Maurice Bardèche au Lycée Louis le Grand. Ces surnoms ont été décernés avec une méchanceté délibérée en 1955 –quelque dix ans après le meurtre légal du jeune écrivain– par cet admirateur forcené de Mao Tsé-Toung. Et il s'agissait bien de salir la réputation de ses cibles impuissantes car on peut être assuré que « Brasil-lèche » veut effectivement faire le pendant explicite de l'obscène « Bardache » !

     

     

    La haine d'Étiemble, dix ans plus tard

     

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    Le « nous », qui ne se veut pas majestatif, constitue de toute évidence une usurpation de pluriel : il est bien clair que jamais personne n'a traité Robert Brasillach de bardache ou brasillèche, à part Étiemble-la-haine, un des plus infâmes individus des Lettres françaises, s'en prenant rageusement, –10 ans après son martyre et par écrit dépité–, au poète bouleversant de Mon pays me fait mal et Les noms sur les murs, supplicié le 6 février 1945 au Fort de Monrouge.

     

    Seule, une Alice Kaplan, enseignant la littérature française dans une université américaine, a ramassé ce crachat pour le faire mousser dans son The Collaborator : the trial and execution of Robert Brasillach (Chicago, 2000), alimentant aujourd'hui les délires du maboul évangéliste et de ses disciples.

     

    Kaplan Brasillach.pngEn lui accordant inopinément crédit et visibilité, Kaplan commit surtout, à notre sens, une grave faute académique puisque, faisant semblant de croire que la saleté proférée par Étiemble relevait d'un ragot connu de tout un chacun, elle se donne la peine de décortiquer pour son lecteur anglophone le jeu de mots inusité du calomniateur : « In a postwar essay, schoolmate Etiemble famously dubbed Brasillach and Bardèche “brasillèche et bardache” (lèche in French means "lick" and bardache means a boy lover or young prostitute) ». Déplorant ensuite qu'on ait pu ignorer ce « témoignage » : « Because of the homophobia and sarcasm of these references, it is tempting to ignore the entire issue. » (p. 7). En fait, le but de la manœuvre de Kaplan était d'apporter des éléments justificatifs au réquisitoire du procureur Reboul qui, en évoquant Oscar Wilde au procès de l'écrivain, avança que l'amour de Brasillach pour l'Allemagne équivalait à une trahison perverse de la France !...

     

    Pour éviter tout risque d'équivoque sexuelle à propos du surnom « Amidon » donné d'emblée à l'encore timide Léon Degrelle par ses condisciples narquois lorsqu'il entra chez les jésuites du Collège Notre-Dame de la Paix à Namur, donnons la parole au principal concerné : « De mon univers de gamin des bois, on me plongeait brusquement dans une lourde casemate, parmi deux cents “aristos”, à peu près tous garçons des villes, moitié noblesse, moitié grosse bourgeoisie. Je ne connaissais personne. Brusquement, ces hautes murailles grises, ces visages inconnus ! Je me cachais pendant la récréation, pour rester seul.

     

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    À table, je me tenais muet, raide comme un piquet. On m'avait baptisé “amidon”. Surtout je me demandais si je serais capable de suivre les Cours. J'étais entré en Troisième Latine. Les programmes ne correspondaient pas avec ceux de mon Institut. J'étais un an en retard en mathématiques et en grec. Mais les Jésuites sont des maîtres-hommes. Au bout de huit jours, mon professeur m'avait pris en main. Le premier concours était le concours de français, heureusement. Je sortis premier sur trente. Le soir même, le sobriquet “amidon” disparaissait. » (Degrelle m'a dit, pp. 37-38).

     

     

    La haine d'Étiemble, vingt-cinq ans plus tard

     

    S'il fallait encore se convaincre de la mauvaiseté rancuneuse du crapuleux personnage qu'était Étiemble, voici quelques extraits de sa lettre haineuse publiée dans Le Monde du 14 février 1970. Elle se voulait une réponse vertueuse à la double page que le quotidien avait consacrée au vingt-cinquième anniversaire de l'exécution du malheureux écrivain : « [...] tout ce [que Robert Brasillach] écrivit pour demander la mort des gaullistes, des résistants de toute obédience, des juifs et d'autres criminels, dont six millions au moins, par ses soins diligents, furent très bien massacrés dans les camps hitlériens. [...] Car, enfin, ne biaisons point : Brasillach n'est pas un “poète assassiné”. Il fut condamné à mort pour avoir obstinément, haineusement, demandé, obtenu la mort de plusieurs millions de ses frères humains. [...] je sais gré au général de Gaulle d'avoir gardé la force d'âme suffisante pour ne pas céder à toutes les illustres signatures qui lui demandaient la vie sauve pour ce pourvoyeur de charniers. [...] »

     

     

    Monde 1970.06.07.jpeg

    La double page d'hommage à Robert Brasillach publiée par Le Monde, le 7 février 1970, telle que reproduite par les Cahiers des Amis de Robert Brasillach (n° 16, intercalaire entre les pages 6 et 7).

     

     

    Cette détestation fanatique trouvait en réalité sa source –le comptable inflationniste des prétendues victimes du poète tient d'ailleurs à le raconter dans cette même lettre– dans une ancienne humiliation que lui auraient infligée des Camelots du Roi à l'occasion d'une conférence où il manifesta sa cuistrerie précoce : « Dès 1929, je lui interdis [à Brasillach] de passer à moins de six pas de moi dans Paris, sous peine de recevoir une paire de gifles, et voici pourquoi : j'avais assisté à une réunion d'Action française, pour m'informer [...]. Comme je refusais de me lever à un moment où la réunion publique tournait à la cérémonie religieuse, le service d'ordre des camelots du roi m'entraîna hors de Bullier et, au nom de l'Action française, quelques coups de poing américains m'écrasèrent le visage et me brisèrent plusieurs dents. Le lendemain matin, mon excellent camarade de khâgne et de Normale, Robert Brasillach, cet homme, nous le savons tous, qui avait “le génie de l'amitié”, vint me donner le coup de pied de l'âne à un moment où mon état physique ne me permettait pas de lui répliquer comme il le méritait. »

     

    Il est important de noter ici qu'en racontant ce souvenir, le sénile atrabilaire ne faisait que radoter –en amplifiant singulièrement (et donc mensongèrement) tous les détails– la frustration qu'il évoquait déjà, quinze ans auparavant, dans Littérature dégagée : « Quels salauds, pourtant, dès 1929 ou 1930 ! [...] Un jour que j'avais eu l'occasion d'apprécier de façon moins tolérable encore que d'habitude un trait du caractère de Brasillach [...] je lui interdis de jamais passer dans Paris à moins de trois mètres (était-ce trois pas ?) de moi ! Assez veule pour subir cette injonction, comment plus tard n'eût-il pas collaboré ? » (p. 168). Imprécisions dans les dates et les distances (qui n'existeront plus quinze ans plus tard), mais pas question ici de réunion d'Action française, de camelots du roi, de gifles, de dents cassées, de coups-de-poing américains ou de coups de pied de l'âne. Par contre, en 1970, il ne sera curieusement plus question de surnoms à connotation sexuelle. De même qu'Étiemble se présente alors en malheureuse victime d'un coup bas de Brasillach, tandis qu'en 1955, c'est lui qui aurait humilié le veule froussard dans l'antichambre de la collaboration !...

     

    Monde 1970.06.14.jpeg

     

    Une bassesse aussi turpide n'a évidemment pu susciter qu'un torrent de réactions indignées dont le souvenir a été conservé dans les Cahiers des Amis de Robert Brasillach (n° 16, Été 1971).

     

    Nous y épinglerons le « déculottage » cuisant infligé par Lucien Rebatet dans le Rivarol du 26 février 1970 : « Je dis que c'est une basse et stupide vilenie de la part d'Étiemble que de mettre en doute, en alléguant un obscur incident à Normale, le courage d'un homme qui a reçu la mort aussi héroïquement que Robert. Quand on trépigne de joie sur la tombe d'un adversaire, vingt-cinq ans après sa mort, cela témoigne d'une constance dans la haine que je ne commenterai pas, mais qui disqualifie certainement Étiemble pour le personnage du grand humanitaire qu'il prétend être. » (p. 31).

     

     

    Étiemble, un haineux convulsif !

     

    Et tant qu'à évoquer des incidents personnels, Rebatet a rappelé la méchanceté viscérale du pharisaïque donneur de leçons de morale : « en visite à la N.R.F., je me trouvai dans le bureau de Dominique Aury en même temps qu'Étiemble. Nous nous connaissions de vue, sans nous être jamais adressé la parole. Au bout d'un moment, Dominique Aury, qui me manifestait beaucoup d'amitié, nous dit : “Allons, cessez de vous regarder en chiens de faïence. Vous avez l'air idiot. Ayez un geste !” Je n'étais pas chaud pour le geste. Étiemble s'avança. Je fis le reste du chemin. Bref, nous nous serrâmes la main et nous bavardâmes très naturellement de littérature pendant près d'une demi-heure. Comment qualifier le monsieur qui, après avoir accepté de serrer la main d'un adversaire lequel a pratiqué lui-même l'oubli des injures, déplore, dix-huit ans plus tard, que la IVe République l'ait laissé en vie, et s'alarme de lui voir “relever son mufle sanglant” ? » (p. 31).

     

     

     

    Rebatet Figaro 1946.11.19.png   robert brasillach,maurice bardèce,bardache,amidon,brrasillèche,stanislas berton,association des amis de robert brasillach,arb,suzanne bardèche,rené étiemble,alice kaplan,lucien rebatet,dominique aury,pierre-antoine cousteau,louis védrines,franglouille,sorbonagre,robert faurisson

    Pendant le procès des journalistes de Je suis partout où il sera condamné à mort en compagnie de Pierre-Antoine Cousteau, Lucien Rebatet est scruté par les journalistes : à gauche, photographie publiée dans le quotidien gaulliste Le Figaro du 19 novembre 1946 ; à droite, caricature parue dans Le Franc-tireur, ancienne publication clandestine de la Résistance, du 23 novembre suivant.

     

     

    Il faut dire qu'à la fin de sa diatribe hystérique, Étiemble associa le chroniqueur implacable des Décombres à son aversion pour Brasillach : « Menacée aujourd’hui de toutes parts, la liberté (sur quoi se fondent toute justice, tout amour et toute vérité) ne peut subsister que si non seulement nous savons mourir pour elle sans broncher, mais que si nous acceptons que des lois iniques nous menacent d'être assassinés par ceux des Brasillach qu'on eut tort de gracier (Le Monde du même jour en célèbre un autre, Lucien Rebatet, dont j'ai célébré le chef-d’œuvre : Les Deux Étendards) et qui déjà, relevant leurs mufles sanglants, réclament à nouveau la peau des juifs, des nègres, des Arabes, des libéraux. » (p. 24).

     

    Si vous avez relu ce paragraphe plusieurs fois pour essayer de le comprendre, ce n'est pas parce que nous en avons mal recopié le texte. L'auteur de Souvenirs parisiens, 1940-1944, Louis Védrines, avait également relevé le galimatias dans sa réaction au Monde : « M. Étiemble, dont on n'aurait pas attendu tant d'ingénuité fournit lui-même une réponse [à « sa haine pour la mémoire de Brasillach »], d'abord lorsqu'il parle (imprudemment) de “talent” et de “facilité”, c'est-à-dire de ce qui lui est le plus étranger, ensuite lorsqu'il s'abandonne, in fine, à une étonnante démonstration de charabia, particulièrement savoureuse de la part d'un pourfendeur du “franglais”. » (p. 29).

     

    Raison pour laquelle sans doute, l'Association des Amis de Robert Brasillach lui avait également décerné le sobriquet (gentiment plaisant, celui-là) : Franglouille.

     

    Plus incisif et pointilleux, le Professeur Robert Faurisson avait, quant à lui, emprunté « Sorbonagre » à la verve de François Rabelais pour désigner cette prétentieuse et malfaisante jacasse.

     

     

  • Hitler, Degrelle, Brasillach... tous criminels, car...

     

    ...tous pédés !

     

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    Que les fantasmes d'homosexuels à la fibre artistique émancipée aient pu s'émoustiller en contemplant l'exaltation du corps masculin (ou féminin pour les lesbiennes) dans la statuaire nationale-socialiste, –on retiendra surtout les œuvres impressionnantes d'Arno Breker (à gauche, Camarades) ou de Josef Thorak (à droite, La Lumière)– ou en parcourant les livres et revues non équivoques (ci-après le célèbre ouvrage de Hans Surén, Homme et Soleil : Esprit olympique aryen, 1936) promouvant les activités nudistes (courantes dans l'Allemagne d'avant, pendant et après le nazisme) est bien connu et n'a jamais dérangé personne.

     

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    Suren Mensch Sonne 41 d.png   Suren Mensch Sonne 41 f.png

     

    Après-guerre, cette séduction s'exprima même sans honte dans les romans d'écrivains au talent littéraire certain, comme Jean Genet ou Roger Peyrefitte, n'hésitant pas à décrire en détail approches séductrices ou ébats passionnels avec les blonds SS au corps d'athlète qui avaient enflammé leur libido hétérodoxe...

     

    Angebert Eros 2.pngCertains, tel Michel Angebert (Éros en chemise brune, 2 vol., 2014), ont même essayé d'en faire profiter le Führer aux « orientations sexuelles encore mal élucidées » ! Mais finalement, toute cette littérature ne pourrait-elle pas, malgré toutes les précautions de langage, donner du national-socialisme une image quelque peu positive ou, pire encore, lui garantir auprès de certains la séduction du fruit défendu ?

     

    Sans doute était-il donc temps de réagir vigoureusement, mais ce que nous ne parvenons pas à bien comprendre, c'est qu'après avoir dénoncé la persécution dont furent victimes nombre d'homosexuels en vertu du fameux Paragraphe 175 du code pénal allemand (issu du 19e siècle et seulement abrogé en 1994 !), on voudrait faire aujourd'hui du IIIe Reich un vaste club gay dont la déviance sexuelle des responsables serait seule responsable du déclenchement de la guerre et de son cortège d'horreurs...

     

    Ce serait en tout cas la thèse du bouquin d'une espèce de fanatique biblique comme seuls les États-Unis peuvent en produire, et qu'un certain Stanislas Berton, probablement converti à son « ministère de la vérité éternelle », a eu la lubie de traduire. Selon Wikipedia (qu'il est parfois intéressant de consulter pour ne pas devoir tout acheter), le bouquin en question –The Pink Swastika– prétend en effet que « les homosexuels [sont] les véritables inventeurs du nazisme et la force motrice derrière de nombreuses atrocités nazies ».

     

    Nous ignorions l'existence de Stanislas Berton qui serait un ingénieur développeur de jeux vidéos reconverti dans la défense de l'identité catholique de la France. Initiative que nous pourrions saluer (il est même diffusé par les éditions de Chiré), mais qui ne nous obligera certes pas à avaliser ses délires wokistes.

     

    Berton Instagram.jpg

     

    Le scatologue Jonathan Littell (ce blog, entre autres, au 8 février 2018) regrettait, dans ses « travaux » sur la structure de la langue et de la pensée de Léon Degrelle, qu'il ne manquât à celui-ci « pour devenir un être humain, qu'un bon coup de pine au cul ». On dirait bien que Stanislas Berton se fait fort d'établir que c'est fait !

     

    Pour lui, il ne ferait désormais aucun doute que l'engagement au Front de l'Est de Léon Degrelle et de ses Wallons-Bourguignons ne s'explique que par l'homosexualité et la pédérastie. De même d'ailleurs que les sympathies pour le national-socialisme que put nourrir Robert Brasillach, le merveilleux poète foudroyé par la haine gaulliste...

     

    La preuve ? Dans La Campagne de Russie, Léon Degrelle célèbre la pureté et la vigueur de ses jeunes Légionnaires ! Et Robert Brasillach n'aurait-il pas été surnommé « Bardache », substantif dont Berton nous encourage à découvrir l'étymologie certainement sulfureuse (notre dictionnaire, –Trésor de la Langue Française, t. 4, p. 182–, n'indique pourtant qu'une innocente origine italienne signifiant « jeune garçon, fillette, sans valeur péjorative », de provenance arabe pour désigner un « jeune esclave »...).

     

    Qu'ajouter à ces preuves irréfutables ? Nous ne nous souvenons pas avoir jamais lu dans les biographies de l'auteur de Notre Avant-Guerre qu'on lui aurait donné le sobriquet de « bardache ». De plus, Flaubert –l'écrivain utilisant le plus souvent ce mot– l'emploie « tantôt sans signification précise [...], tantôt comme terme d'amitié » (TLF, Ibidem). Mais sans doute voudrait-on nous faire croire que si Robert était « bardache », c'est justement qu'il était tellement proche de son beau-frère Maurice (spécialiste par ailleurs de Gustave Flaubert), dont le nom de famille était... Bardèche ?!!! Pour info, Léon Degrelle avait aussi reçu un surnom dans son adolescence, bien documenté celui-là : « amidon » (Degrelle m'a dit, p. 37). De quoi sûrement faire fantasmer goulûment ces malades de la braguette...

     

    Alimenterions-nous encore les délires imbéciles de ces sectaires malfaisants avec les photographies de ces quelques moments de repos dans l'amitié et la joie de la baignade des Volontaires de la Légion Wallonie ? Nul doute que ces fêlés de la cafetière n'y verront que promiscuité suspecte et partouzes homos !

     

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    Nous remercions vivement notre fidèle et vigilant ami Xavier de nous avoir communiqué copie du message publicitaire de Stanislas Berton trouvé sur son réseau social.

     

  • « Hitler est mort »

     

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    Comment Léon Degrelle vécut la mort

    d'Adolf Hitler

     

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    La route de Lübeck donnait un tableau exact de la situation, le 30 avril 1945. Jusqu'à Schwerin, le fleuve des civils et des armées venant de l'est s'épandait à pleins bords, immense et tumultueux. [...] Sur cinq cents mètres, sur mille mètres, ce n'était qu'un incendie épais, presque opaque, traversé d'explosions. [...]

     

    Le spectacle le plus tragique était celui des soldats blessés. Les hôpitaux de la région évacuaient en hâte. Mais il n'y avait plus une auto ambulance. On avait mis sur les routes des centaines de pauvres garçons aux bras ou au buste plâtrés, à la tête couverte de pansements. [...]

     

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    J'aboutis enfin l'après-midi à Lübeck, à l'État-Major du Grand Amiral Doenitz.

     

    Un des collaborateurs immédiats de celui-ci m'emmena vers un coin du bureau et me fit à mi-voix –c'était le 30 avril 1945, à cinq heures et demie du soir– cette confidence qui me glaça le sang :

     

    – Faites attention : demain on annoncera la mort du Führer !

     

    Hitler était-il vraiment mort ?... Essayait-on de gagner du temps avant de publier cette nouvelle terrible ? Ou préparait-on autre chose ?...

     

    En tout cas, un jour entier avant la déclaration historique du Grand Amiral Doenitz : « Aujourd'hui, premier mai, à deux heures et demie de l'après-midi, le Führer est tombé en héros au cours de la lutte de Berlin », la nouvelle du “décès” de Hitler me fut dite à l'oreille, à l'État-Major même du Grand Amiral. [...]

     

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    Je m'étais installé dans une petite maison de forgeron, sur la chaussée de Mismar. J'avais pris une chaise et m'étais mis sur le pas de la porte, comme je le faisais le soir, près de mes parents, dans ma ville natale, quand j'étais petit. [...]

     

    Mon esprit rêvait. Mes yeux erraient dans le vide, comme si le monde dans lequel j'avais si intensément vécu avait déjà perdu le souffle et s'effilochait en fumées tristes.

     

    La mer Baltique était à une demi-heure de là, au bout de labourés où les blés avrilés pointaient. J'allai, au crépuscule, m'y asseoir sur une grosse pierre brune. Le soir était à peine rose. On n'entendait rien du tumulte inouï des routes. Seul, de temps en temps, un avion allemand longeait la mer, rasait les flots pour rester invisible.

     

    Est-ce que mon rêve mourait, lui aussi, comme ce ciel pâle que la nuit envahissait ?

     

    Je me relevai, revins par les emblaves et m'étendis, tout équipé, dans le noir, près du forgeron immobile.

     

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    À deux heures du matin, un grand fracas ébranla la porte.

    Je courus ouvrir.

    Une bougie éclairait par gros pans la chambre modeste.

     

    Un jeune colonel allemand, envoyé par Himmler, se tenait tout raide devant moi, les traits tirés.

    J'avais compris avant qu'il eût dit un mot.

    Je m'étais mis au garde à vous.

     

    – Le Führer est mort, murmura-t-il...

     

    Nous nous tûmes tous les deux. Le forgeron, lui aussi, se taisait.

     

    Puis deux larmes, les larmes des cœurs purs, coulèrent sur ses vieilles joues tannées...

     

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    (Léon Degrelle, La Campagne de Russie, pp. 468-472)

     

     

     

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    Cette évocation poignante de la mort d'Adolf Hitler, où la pudeur le dispute à l'émotion et qui s'insère dans le vaste récit de la recherche opiniâtre de Heinrich Himmler (il s'agissait de lui soutirer d'ultimes décisions pour les Bourguignons engagés dans la croisade pour libérer l'Europe de la menace communiste), constitue en fait une allégorie éloquente de l'état d'âme de Léon Degrelle face à ce basculement de l'Histoire.

     

    Par un heureux hasard, le SS-Obersturmführer Charles Generet, qui fut officier d'ordonnance et chauffeur de Léon Degrelle à partir du 28 avril (Poméranie) jusqu'au 4 mai 1945 (périple danois), a tenu un journal (non publié) à l'intention de son épouse, qui documente précisément ces journées dramatiques.

     

    Il confirme dans les grandes lignes le récit degrellien des péripéties pour retrouver le Reichsführer-SS. C'est ainsi qu'il signale : « l'entourage de Himmler déclarait ouvertement le 30 avril 45 : “Demain, la radio annoncera la mort du Führer” ». Il s'imagine cependant être celui qui apprend la nouvelle de la mort d'Adolf Hitler à Léon Degrelle, le 2 mai : « À Bad-Segeberg, la nouvelle de la mort du Führer me fit retourner dare-dare  chez Degrelle qui m'attendait avec la plus vive impatience. [...] À mon retour, je signale au Chef la mort du Führer que j'ai apprise la veille. »

     

    En fait, après avoir quitté, dans l'après-midi du 1er mai 1945, le château de Kalkhorst où était établi l'État-Major de la Waffen-SS, Léon Degrelle « décida de se rendre à Klütze pour aller loger chez le major Jacobs. Celui-ci avait déjà mis les voiles vers des régions plus nordiques et plus clémentes. [Le Chef] veut quand même y rester pour la nuit et m'envoie avec la voiture à Bad-Segeberg pour préparer les quartiers [de la Division Wallonien qui doit s'y replier]. »

     

    Si Léon Degrelle place donc sa nuit toute d'accablement mélancolique du 1er au 2 mai dans la demeure d'un forgeron (était-ce vraiment là que s'était installé le major Georges Jacobs ?), c'est que cet endroit lui permettait de se retrouver comme dans la maison bucolique de son enfance, auprès de ses parents aimants et aimés.

     

    C'est là et ainsi qu'il se devait d'apprendre la mort de celui qui l'avait choisi pour fils.

     

    On peut donc se convaincre que « les larmes des cœurs purs » qui coulèrent sur les joues du forgeron furent celles que pleurèrent les yeux de Léon Degrelle, le forgeron que le Führer destinait à façonner la Nouvelle Bourgogne.

     

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    Les illustrations sont extraites du blog « Weltanschauung », consacré à l'art national-socialiste.

    Dans l'ordre : Conrad Hommel, Adolf Hitler (dessin, 1941) ; Hermann Schardt, Combat de rue (aquarelle, 1941) ; Franz Eichhorst, Stalingrad (huile sur toile, 1943) ; Médaille « Le Führer vous remercie » frappée en 1934 par le Winterhilfswerk des Deutschen Volkes (« Secours d'Hiver du Peuple allemand », W.H.W.) ; Sepp Hilz, Prière à table (huile sur toile, 1937) ; Albert Reich, Hommage à Adolf Hitler (huile sur papier, ?) ; Adolf Hitler, Calvaire dans la montagne (aquarelle, 1925) ; Margareth Oechalin-Rogeder (encre, Devenir, Journal de combat de la Communauté européenne, n° 3, avril-mai 1944, p. 8).

     

  • Léon Degrelle tel que le voyait la presse américaine

     

    En mars 1983, la télévision espagnole a diffusé un débat sur La chasse aux nazis dont les invités principaux étaient Léon Degrelle et Mark Raginski, assistant du procureur général soviétique, le général Iona Nikitchenko, au procès de Nuremberg (moins d'une centaine d'émissions de la série Clave –« La Clef »– sur les 311 diffusées sont disponibles sur internet, mais malheureusement pas celle-là, où intervint le pugnace Léon Degrelle).

     

    Le tribun belge fit naturellement sensation, comme il en témoignera dans un entretien à Rivarol (3 mai 1985) : « mon intervention a laissé pantois l'accusateur. Résultat : en un mois, on m'a demandé deux cents interviews ; et le New York Times a publié un article sur six colonnes » !

     

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    Voici la traduction de cet article publié le 20 mai 1983, repris par l'International Herald Tribune et le Washington Post, le 25 mai suivant (sous un titre différent : « Sans repentir, le principal collaborateur nazi de Belgique vit au grand jour en Espagne » et sans les déférents « Monsieur » accompagnant le nom de l'exilé belge), et signé par un certain John Darnton, Prix Pulitzer du reportage international en 1982, qui rencontra manifestement Léon Degrelle (le détail de la Croix de Chevalier reposant sur un plat en étain n'a pu s'inventer, non plus que d'autres précisions sur l'appartement de Madrid), mais qui, affectant de prendre la distance de l'objectivité, se range docilement du côté du récit officiel : Léon Degrelle prétend tout ignorer des filières d'évasion de nazis, profite probablement de leur trésor, raconte des calembredaines sur son arrivée en Espagne ou les attentats dont il réchapperait toujours et, ne regrettant rien de son passé qui lui a valu d'être condamné à mort (il pourrait même avoir commis des crimes de guerre, peut-être par procuration), n'hésite pas à mettre le gouvernement de son pays d'origine dans l'embarras...

     

     

    Confortablement installé dans son refuge

    espagnol, le plus important fasciste belge

    célèbre son passé

     

    De ces temps-ci, Léon Degrelle jouit d'une très belle vie et, de prime abord, on pourrait le prendre pour un homme d'affaires à la retraite, un de ces milliers de pensionnés qui descendent du nord de l'Europe pour une vie agréable sous le soleil espagnol.

     

     

     

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    Léon Degrelle dans le jardin de La Cabaña, sa propriété dominant Torreblanca, à mi-chemin entre Málaga et Marbella.

     

     

    Il possède une confortable villa nichée à Torreblanca, sur la Costa del Sol, et un appartement à Madrid avec une terrasse-jardin surplombant un élégant boulevard. Ce dernier est orné d'antiquités romaines provenant du sud de l'Espagne –vases, sculptures, ornements de chars et fioles lacrymales– exposées dans des vitrines.

     

    « Par-dessus tout, je vis pour la beauté », a-t-il déclaré dans une interview sur un ton cultivé et l'air légèrement blasé. Degrelle n'a désormais plus besoin de sa carte d'identité espagnole au nom de Léon José de Ramirez Reina, mais il la garde en souvenir. Âgé de septante-sept ans le mois prochain, il a les cheveux peignés en arrière, un front dégarni et un ventre qui s'arrondit, l'empêchant d'encore entrer dans son uniforme SS, désormais rangé dans un placard.

     

     

     

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    Dans l'appartement madrilène de Léon Degrelle, le Lion aux bâtons noueux de Bourgogne ornés de feuilles de chêne veille sur les vitrines protégeant sa collection de précieux verres funéraires romains (sur les fouilles archéologiques menées par « Don Juan de la Carlina », voir ce blog au 31 mars 2021).

     

     

    M. Degrelle a fondé le parti fasciste Rex en Belgique dans les années 1930 et fut le plus éminent collaborateur de Hitler dans son pays. Il commanda une brigade de Waffen-SS non-Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale.

     

    Condamné à mort

     

    Une des premières actions de la Belgique libérée fut de le condamner à mort par contumace pour trahison. Mais il réussit à s'envoler de Norvège en Espagne le 7 mai 1945, en réquisitionnant l'avion d'Albert Speer, le ministre allemand de l'Armement. Depuis lors, il est resté là, déjouant les tentatives d'extradition sous la protection de Francisco Franco et échappant, selon son propre décompte, à six tentatives d'enlèvement.

     

    Aujourd'hui, le délai de prescription de ses crimes [sic] a été atteint dans son pays, de sorte qu'il n'est plus passible de poursuites. Et depuis la mort en 1975 de Franco, avec lequel il avait convenu de rester discret, il s'est senti libre d'utiliser son propre nom, de fréquenter les cercles de droite et même de donner occasionnellement une interview pour célébrer le génie militaire de Hitler, cet homme si « gentil ».

     

     

     

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    Le 27 août 1944, Adolf Hitler reçoit pour la dernière fois, comme s'ils étaient seuls au monde, celui à qui il confiera son regret de ne pas l'avoir pour fils. Léon Degrelle restera fidèle jusqu'à son dernier souffle au héraut de la révolution nationale-socialiste.

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    Comme il le dit, « J'utilise ma liberté d'expression dans le cadre de la nouvelle démocratie ». M. Degrelle est un anticommuniste résolu. Il rechigne à parler de l'origine de ses revenus [ce blog aux 23 octobre 2022 et 3 décembre 2024]. Il dit qu'il est religieux –« Je prie toutes les nuits » [ce blog aux 6 mars 2016 et 31 mars 2019]– et qu'il n'était pas au courant des camps de concentration, malgré sa proximité avec les principaux chefs du Troisième Reich [voir à ce sujet ce blog au 25 mai 2016]. Il affirme ne rien connaître d'une organisation clandestine à laquelle il est souvent associé, Die Spinne [« L'Araignée »], supposée aider les ex-nazis. « Il n'existe pas d'organisation pareille – malheureusement », dit-il.

     

    La présence en Espagne de nombre d'anciens nazis et de sympathisants –dont certains, comme M. Degrelle, sans aucun remords– est un héritage du régime de Franco auquel le nouveau gouvernement socialiste commence à faire face. Pour beaucoup, l'Espagne constitua la porte de sortie dans leur fuite vers l'Amérique du sud. Certains sont restés, s'installant dans des endroits tels que l'île d'Ibiza.

     

     

    Un ancien officier extradé

     

    « L'Espagne est formidable », disait Simon Wiesenthal, le chasseur de nazis basé à Vienne. « Elle a donné asile à quelque 25.000 Juifs pendant la guerre et a refusé de les extrader. Et après la guerre, elle a également donné asile à des milliers de nazis. La seule différence était que les Juifs n'avaient rien fait et que les nazis étaient coupables. »

     

    La semaine dernière, un tribunal espagnol a ordonné que Hauke Bert Pattist, un ancien officier SS de 62 ans accusé de crimes de guerre, soit extradé aux Pays-Bas d'où il était originaire. M. Pattist, qui dirigeait une école de langues dans la ville d'Oviedo au nord-ouest du pays, vivait en Espagne depuis 32 ans et avait obtenu la nationalité espagnole. Ce serait la première fois qu'un tribunal espagnol autorise de livrer une personne accusée de crimes de guerre à un autre pays [Auke Bert Pattist (1920, Pays-Bas, - 2001, Espagne), n'a jamais été extradé].

     

    L'affaire Pattist a encouragé Willy Burgeon, un élu socialiste du Parlement belge, à demander le mois dernier à son gouvernement de réclamer l'extradition de M. Degrelle. Cela lui a été refusé au prétexte, dit-il, que M. Degrelle avait acquis la nationalité espagnole.

     

     

     

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    La livraison de Klaus Barbie à la France par la Bolivie le 5 février 1983 a donné l'idée au député socialiste wallon Willy Burgeon d'invoquer l'événement comme un précédent permettant d'exiger des autorités espagnoles la livraison de Léon Degrelle à la Belgique (communiqué de l'agence Belga sur la Proposition de résolution demandant l’extradition de Léon Degrelle déposée le 10 février 1983 à la Chambre belge des Représentants par ce socialiste pharisaïque surtout connu en Belgique pour l'idolâtrie –qui serait comique si elle n'était aussi effarante– qu'il ne se prive pas de manifester pour le régime nord-coréen)...

     

     

    Les jeunes doivent apprendre

     

    « Le problème n'est pas résolu », affirme M. Burgeon. « Le cas du Néerlandais renforce mon argumentation. Degrelle n'a pas payé pour les crimes qu'il a commis. Il a été accusé de crimes contre l'État, mais nous pensons qu'il est également coupable de crimes contre l'humanité, soit directement, soit par l'intermédiaire de ses hommes. »

     

    « Il n'est pas question de vengeance, dit-il, je suis trop jeune pour cela –je suis né en 1940. C'est comme Barbie en France. La jeunesse doit apprendre ce qu'est le fascisme, tout particulièrement lorsque les groupes d'extrême droite deviennent actifs. »

     

    Néanmoins, d'autres Belges ont des doutes, à la fois sur la légalité et sur la sagesse d'une telle démarche.

     

     

    « C'est un traître »

     

    « À cet homme, la meilleure chose qui aurait pu lui arriver, c'est qu'il eût été abattu après la guerre », dit le Général Albert Guérisse [1911-1989, docteur en médecine], un responsable de la Résistance qui fut capturé et envoyé à Dachau.

     

    « C'est un traître. Il a mérité sa condamnation. Mais même lorsque l'extradition était légalement possible, la Belgique n'a jamais fait de véritables efforts. Il y avait beaucoup trop de raisons politiques à cela – il en connaissait trop sur certaines personnalités politiques. »

     

    « Maintenant, cette personne ne m'intéresse plus. Ce ne serait pas bien pour la Belgique, compte tenu de la situation politique où nous nous trouvons aujourd'hui. » Il [précision de l'International Herald Tribune: « Degrelle lui-même »] partage l'avis selon lequel certaines autorités en Belgique étaient réticentes à le voir revenir et laisse entendre qu'elles sont intervenues de temps à autre pour l'empêcher.

     

     

     

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    Après le tumulte provoqué par Clave, la populaire émission de la télévision espagnole, le quotidien madrilène Pueblo publia d'abord l'interview du procureur soviétique, puis, le 15 mars 1983, celle de Léon Degrelle. En titres : « Léon Degrelle, l'homme à propos duquel Hitler déclara : “J'aimerais avoir un fils comme lui”. » ; « S'il y a des procès, qu'il y en ait pour tous » ; « Le moins que les Russes puissent faire, c'est de se taire » ; « Celui qui fut le chef des SS belges durant la Deuxième Guerre mondiale rejette les accusations de celui qui fut procureur soviétique à Nuremberg » ; « Je reviendrais en Belgique si on me garantissait un véritable procès ».

     

     

    L'aide de Franco

     

    M. Degrelle raconte l'histoire de sa fuite d'Oslo et divers épisodes sur de prétendus ravisseurs avec un tel plaisir et un tel luxe de détails qu'il est difficile de savoir quel crédit lui accorder.

     

    Il dit que l'avion qui l'emmena le jour où la guerre s'est terminée a volé sans carte jusqu'à la côte de San Sebastián où il est tombé en panne d'essence et s'est écrasé sur la plage [ce blog aux 20 mai 2016, 18 juin 2020 et 19 septembre 2024].

     

    Ses blessures, qui ont nécessité une hospitalisation de 15 mois, l'ont sauvé d'une extradition immédiate, d'après ce qu'il dit. Alors, Franco –qu'il avait rencontré lors d'une visite de trois semaines pendant la Guerre civile espagnole– vint à son secours. « Il ordonna mon expulsion, mais il m'avait prévenu. Il me donna de faux papiers pour me cacher ainsi que 25.000 pesetas » [ce blog aux 31 mars 2021 et 2 septembre 2025].

     

    « Finalement, l'ambassadeur américain, qui était le plus insistant, a demandé à le voir. Franco lui dit : “Comment osez-vous ? L'honneur de l'Espagne est en jeu, aucun Espagnol ne trahit.” Il suggéra alors à l'ambassadeur de jeter un regard dans mon dossier sur son bureau, quand il aurait le dos tourné. Tout s'y trouvait, y compris un faux document selon lequel j'avais été déporté au Portugal. Pendant des semaines, les Américains ont fouillé les navires venant du Portugal alors que je me trouvais à Madrid. »

     

    La loi selon laquelle M. Degrelle pouvait être inculpé a expiré en Belgique en 1964 et a été prolongée de 10 ans, spécialement pour lui. Il a reçu la nationalité espagnole après avoir été adopté par une femme âgée.

     

     

     

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    Une carte d'identité espagnole sera délivrée à Léon Degrelle après son adoption par Matilde Martínez Reina en 1954 (ce blog aux 25 mai 2019 et 3 janvier 2023). C'est également le nom repris avec celui, hispanisé, de son Papa, comme étant celui de sa Maman. Il est également réputé marié, écrivain et de groupe sanguin B (carte d'identité de 1971 : Léon Degrelle est domicilié Paseo de los Jesuitas, son adresse depuis 1963, voir ce blog au 26 décembre 2024).

     

     

    Pendant la guerre, au cours de laquelle il a commandé une unité flamande [sic] pour combattre sur le front soviétique, il fut nommé Sturmbannführer de la SS et plus tard Volksführer de Belgique, et a été récompensé, entre autres décorations, de la Croix de Fer. Elle se trouve aujourd'hui sur un plateau en étain à l'entrée de son salon.

     

    La conclusion de l'article de l'International Herald Tribune diffère heureusement de celle du New York Times que l'auteur a eu l'occasion de corriger :

     

    Le réseau de relations avec des personnalités politiques phalangistes de premier plan l'a sauvé à de nombreuses autres occasions, dit-il, notamment lors d'une tentative d'enlèvement « par un Juif », à la suite de l'arrestation d'Adolf Eichmann [ce blog au 3 janvier 2023].

     

    La citation que préfère Degrelle de Hitler, qu'il a connu personnellement et qu'il appelle « le génie du siècle », est la phrase que, selon lui, Hitler lui a adressée : « Si j'avais un fils, j'aimerais qu'il soit tout comme vous. »

     

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