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ramón serrano súñer

  • Léon Degrelle, 31 mars 1994 - 31 mars 2026. Etsi mortuus urit !

     

     

    Le plaidoyer d'un père éternellement aimant,

    d'un poète impénitent, d'un lutteur toujours

    pugnace...

     

     

     

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    Le 27 octobre 1957, Léon Degrelle écrit, pour la première fois depuis douze ans, à sa fille Chantal. Il a reçu son adresse par son fils Léon-Marie qui l'a rejoint le mois précédent, lui a appris le mariage de sa fille aînée et donné des nouvelles de toute la fratrie, notamment d'Anne, fort remontée contre son père...

     

     

    Pour le trente-deuxième anniversaire de la disparition de l'auteur de Les Âmes qui brûlent, nous avons choisi de vous donner accès à un extraordinaire document, la lettre-fleuve de Léon Degrelle à l'aînée de ses enfants, Chantal avec qui il essayait de reprendre contact après plus d'une décennie d'absence (ce blog au 2 septembre 2023).

     

    Ce long courrier, au lyrisme passionné, destiné à renouer avec ses proches dont il était coupé par les manœuvres de sa belle-famille (ce blog au 5 novembre 2022), est un émouvant témoignage de l'amour d'un père injustement privé de ses enfants, en même temps qu'une encore discrète justification de son combat politique. Il nous éclaire aussi sur la précocité de l'inimitié atavique d'Anne qui éclatera avec une étonnante crudité dans ses récents mémoires (ce blog à partir du 23 octobre 2022). Si cette appréciation toute négative d'Anne à son propos est connue de Léon Degrelle, c'est que son fils Léon-Marie l'a rejoint depuis le mois de septembre 1957 et l'a renseigné sur les sentiments de toute la famille : ils sont à la base de ce courrier bien circonstancié à l'adresse de sa fille aînée Chantal (sur les premières impressions de Léon-Marie concernant sa nouvelle vie en Espagne, voir ce blog au 26 février 2016).

     

     

    LD Anne+LM+Chantal+God.jpg

     

    Léon Degrelle (en uniforme de la Wehrmacht et non de la Waffen SS qu'il ne rejoindra qu'en juin 1943) avec toute sa famille : de gauche à droite, Anne (née le 27 juillet 1936, ce blog au 13 mars 2023), Léon-Marie (né le 4 mai 1939) dans les bras de son Papa, Chantal (née le 13 février 1934) entre son Papa et sa Maman, Marie-Paule Lemay, qui enlace, debout sur le muret, Godelieve (née le 14 avril 1938, ce blog au 17 avril 2023) à qui son Papa donne également la main. Il ne manque donc que Marie-Christine, qui viendra au monde le 1er août 1944 : cette photo fut prise dans la propriété familiale de la Drève de Lorraine probablement au moment des funérailles à Bruxelles, le 17 avril 1943, de Paul Colin, le directeur du Nouveau Journal, assassiné trois jours auparavant (ce qui expliquerait les tenues de deuil de la Maman et de ses deux aînées).

     

     

    Un document passionnant, nous éclairant sur la vraie personnalité de Léon Degrelle, empreinte de compassion et de charité, tout autant que de foi et de justice.

     

    [Documentation © Jacques de Schutter]

     

     

    Le 27 Octobre 1957.

     

    Ma belle grande Chantal,

    Mon cher Roland,

     

    Me voici installé dans un jardin, écrivant sur une table d'osier qui tremble. Un grand soleil d'or, sur un immense ciel bleu appuyé sur des montagnes violettes ! Quelques vieux arbres jaunissants, coiffés de grands corbeaux noirs qui essayent de comprendre, par-dessus mon épaule, ce que j'écris bien !

     

    « J'écris à ma fille, vieux grands corbeaux ! à ma fille dont vous voyez la photo près de moi. Regardez-la sagement. Voyez comme elle est jolie, et comme elle regarde la vie d'un œil affectueux et futé. »

     

    Visiblement, les corbeaux admirent. Moi aussi. Car tu es une jolie fille, ma grande Chantalinette (je peux encore t'appeler ainsi ?). D'ailleurs, petite, tu étais déjà si gentille, avec une fougue, une passion qui me ravissaient et m'effrayaient !

     

    Tu avais des yeux profonds, avec des brusques lueurs qui entraient comme des flèches. Il y avait en toi de grands élans, où tu te donnais toute. Je me souviens, en 1944, on avait fait de moi une très belle photo en couleur (c'était les débuts) et je te l'avais offerte. Quelques mois plus tard, vous arriviez vous réfugier en Allemagne. Et que tenais-tu contre toi, après dix jours d'aventures et de campings ? Ma photo dans un bel encadrement de cuir qui t'avait coûté toute ta fortune ! Tu avais laissé tes poupées, tes jouets, tous tes petits biens, tu n'avais pas laissé ton papa...

     

     

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    À l'issue de sa rencontre, le 20 février 1944, avec le Führer qui lui remit la cravate de Chevalier de la Croix de Fer récompensant son action décisive dans la percée de Tcherkassy, le Commandeur Hauptsturmführer Léon Degrelle effectua la traditionnelle séance de pose dans l'atelier de Walter Frenz, le photographe officiel installé au QG de Rastenburg. Il existe cinq portraits différents de cette séance, auxquels s'ajouteront, le 27 août 1944, cinq autres quadrichromies également réalisées par Walter Frenz.

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    Gageons que c'est la photo où il est tout sourire que le nouveau Chevalier de la Croix de Fer offrit à son aînée Chantal.

     

     

     

     

    Te souviens-tu encore de ce temps-là ? De nos adieux ? Avec Annette, Godelieve et Léon-Marie, vous faisiez la chaîne autour de moi, chantant : « Ce n'est qu'un au revoir, papa, ce n'est qu'un au revoir ! » Et vrai, ce ne sera qu'un au revoir, puisque j'ai revu Léon-Marie déjà, et que je vais te revoir et que je reverrai les autres, un jour aussi.

     

    Mais qu'il fut long, ce chemin d'angoisse avant de pouvoir jeter à nouveau –comme aux grimpeurs en montagne– cette corde de tendresse qui ne flottait plus que comme une pointe d'étoile lointaine dans mes souvenirs...

     

    Tu ne sais pas tout ce que j'ai fait pour essayer de vous atteindre ! Dès l'automne de 1945, déjà, je faisais écrire à ta grand'mère d'Eyliac. Tout était prêt, à cette époque-là, déjà, pour vous recevoir ici. Après, dix fois, j'ai relancé, fait relancer ta grand'mère, puis ta maman ; j'ai envoyé du monde, j'ai écrit à l'avocat, j'ai même enregistré 1/2 heure de conversation avec vous ! Mes livres, on les brûlait à l'arrivée. Mes messages, on vous les laissait ignorer. Deux ministres ont offert d'aller vous chercher, tous [probablement ses fidèles amis phalangistes Ramón Serrano Súñer, ministre des Affaires étrangères pendant la guerre, et Raimundo Fernández Cuesta, ancien ministre de la Justice et secrétaire général du Movimiento : ce blog au 1er septembre 2024 ; tous deux participèrent à l'évasion de Léon Degrelle de l'hôpital Mola à San Sebastián, le 21 août 1946 ; tous deux compteront également parmi les témoins officiels du mariage, le 9 octobre 1969, de sa cadette, Marie-Christine, avec le fils d'un haut magistrat espagnol, président de la cour d'appel de La Corogne. Mais Léon Degrelle pourrait également faire allusion à son autre ami phalangiste, José Antonio Girón (1911-1995), jusque-là ministre du Travail, ce blog au 15 mars 2025]. On vous eût accueillis comme des rois (comme Léon-Marie l'a été, partout où je l'ai présenté).

     

    Pourquoi donc a-t-on fabriqué cette séparation atroce ? Parce que j'étais vaincu ? Mais ce serait trop facile que de n'être unis qu'aux beaux jours ! C'est dans la peine, l'épreuve, la persécution que les cœurs doivent s'aimer le plus, être le plus unis...

     

    Le mien, en tout cas, vous est resté uni, à tous, à ta maman aussi, tu peux le lui répéter n'ayant d'autre désir, après toutes ses épreuves que de lui donner un peu de douceur, d'affection et de paix... Maintenant encore, je ne comprends rien à cette histoire atroce. À la fin de la guerre, elle m'envoyait (je l'ai toujours) une lettre débordante de tendresse et de promesses. Sans doute le poids de la prison lui a-t-il écrasé le moral, a-t-il converti sa vie passée en une sorte de cauchemar dont elle a voulu chasser le spectre (et c'est moi, le spectre !) ? Peut-être, avec le temps, cela se calmera-t-il ? Qu'elle sache, en tout cas, que mes sentiments sont restés les mêmes, que je ne conserve de rancœur de rien, et que si certains (ou certaines) m'ont voulu du mal, je ne veux ni le retenir, ni même le savoir.

     

    Mais, Bon Dieu ! pourquoi s'empoisonnent-ils la vie, quand elle est si belle, quand il y a tant de lumière dans les cieux, tant de beauté dans les choses et tant de refuges de tendresse dans les cœurs ! Oui, la vie est belle, magnifiquement belle, toujours, elle peut même l'être dans la douleur supportée avec force et noblesse. Il n'y a –quand on le veut– rien de petit, rien de médiocre. Même un brin d'herbe est beau, même le chant d'un modeste moineau, même une simple goutte d'eau qui tombe d'une source. Il faut tout regarder avec des yeux frais et vainqueurs, avec l'appétit de vivre, avec la volonté de prendre ; et non en vaincu, l’œil vague, les reins rompus.

     

     

    Maman LD décédée.jpg

     

    Emprisonnée (sans jamais avoir été condamnée par quelque tribunal) dans un hospice bruxellois surveillé par la gendarmerie et géré par des religieuses, Marie-Catherine Boever, la Maman de Léon Degrelle, rend l'âme, le 23 octobre 1947. Anéantie par la nouvelle de la condamnation sévère de son mari Édouard Degrelle, le 10 octobre précédent, elle était seulement coupable –comme lui– d'avoir donné le vie à Léon Degrelle ! Sur sa poitrine repose le crucifix que son fils avait réussi à lui faire parvenir, en même temps que ses vers de La Chanson Ardennaise (ce blog aux 20 mars et 15 juin 2020) : ses sœurs pourront lui rendre cette relique sacrale, via la famille de Robert Du Welz, en même temps qu'elles lui enverront une mèche des cheveux de leur Maman et quelques-unes des roses disposées sur le lit mortuaire.

     

     

    Crois-tu que moi aussi, je n'ai pas eu ma part de peines ? traqué par mes persécuteurs, sali par mes calomniateurs, recevant, coup sur coup, les nouvelles les plus affreuses (maman morte en prison ; papa mort en prison ; ta maman qui se renfermait, comme une huître, dans son éloignement ; vous autres perdus, dont j'ignorais même si vous viviez). Alors quoi ! il me fallait me recroqueviller dans un abîme de mélancolie ou de mauvaise humeur ? abreuver les autres du fiel que je ne pouvais plus avaler ? Mais non ! Quand la vie fait la garce, il faut l'attraper par le peau du dos et lui dire « Toi, ma vieille, si tu te figures que tu vas m'impressionner ! » Je lui ai ricané en pleine figure et j'ai continué ma route en sifflotant, en saluant, –l’œil clair–, les fleurs, les nuages, les étoiles ! La vie est un cadeau de Dieu, merveilleux si nous en découvrons les dons et les secrets. Tiens ! voilà une seconde, m'est dégringolée sur le bras une grosse gousse de châtaigne. Bien, si tu es pessimiste, tu peux t'écrier : « Zut, comme c'est piquant, quelle saloperie ! » Et c'est vrai, ça m'a heurté un bon coup, et ça pique. Mais si tu es optimiste (comme ton père !), tu peux dire aussi : « Chic, quelles merveilleuses châtaignes me tombent tout d'un coup du ciel ! » Et c'est vrai aussi ! Et tu les croques, ravie !

     

    Dieu les envoie. Mais on peut ne pas les voir, ou ne voir que la carapace désagréable qui, souvent, enrobe les bienfaits à découvrir.

     

    Vois notre cas. Vous seriez venus me retrouver, vous auriez vécu dans un pays merveilleux, ta maman aurait retrouvé la paix, la douceur de vivre, sans devoir ni s'éreinter, ni pester, ni lutter, ni souffrir, ni se détraquer le foie et la bile ! Bien, non elle en est restée à se piquer les doigts à l'écorce de la châtaigne !

     

    (Tu vas me dire : « Eh moi alors, chez tes Andalous, comment est-ce que j'aurais découvert mon Roland ? » Ça, c'est vrai ! Surtout qu'il a l'air si chic type ! Alors ça valait que j'attende quelques années de plus pour te revoir ! Je te l'accorde !)

     

    Mais cet optimisme-là, cette foi en la vie, ta chère maman l'aura-t-elle jamais ? Je le voudrais tant pour elle. Mais on est comme on est. Jadis, quand elle avait tout, elle pouvait déjà rester des heures et des heures à regarder par la fenêtre, dans le vide, comme happée par un monde étrange qui ne lui donnait rien et qui la rongeait. Je lui disais : « Mais joue avec tes enfants ! ou lis ! et vis ! » Elle laissait filer le bonheur sans même voir qu'il était . Quand, deux ou trois fois, elle a cru qu'il arrivait, elle s'est trompée et s'est brûlé les doigts. Elle était hantée par des fantasmes, se perdait dans des brumes sans fin et ne se doutait ni de la couleur, ni de la chaleur du soleil qui était près d'elle. Il y aurait un roman hallucinant à écrire sur elle, intelligente, fière, noble, mais inapte au bonheur, les yeux ouverts mais ne voyant pas, une amertume invisible dans les dents, ne remarquant, dans l'éblouissement de la lumière, que son ombre, à chaque pas, triste et sans couleurs.

     

     

    Marie-Paule Degrelle-Lemay.jpg

     

    Marie-Paule Degrelle « avait un tempérament plutôt pessimiste, avec des complexes à la Mauriac. Et puis, la foule qui attirait, étreignait tellement son mari, était la rivale, la dangereuse rivale, qui lui happait son bien propre. Quand on la conduisait à un grand meeting, elle en revenait les dents serrées, avec quelque chose de hagard, d'irrité. Léon Degrelle comprenait ce drame secret. [...] Même ses enfants ne la distrayaient guère. Souvent, elle errait près d'eux comme un fantôme. [...] En 1945, [...] elle courut se faire coincer à la frontière suisse, toujours poussée vers le malheur par un sort inexorable. » (Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit, p. 105).

     

     

    Tu sais, souvent, j'ai de la peine pour elle, comme jadis, déjà, j'en avais tant de fois ! Quand j'étais là, mon optimisme arrivait à balayer ses fantasmes, à la replacer dans la santé de l'esprit, dans une possession saine de la vie. Je la ramenais sur la berge. Mais ces années de l'après-guerre l'ont rejetée au fil de l'eau. Je voudrais tant la ramener sur la douceur des rires... Dis-lui que je le désire, qu'elle ne doit pas avoir peur de moi. Je ne veux que son bonheur, d'ailleurs, avec moi, sans moi, hors de moi. C'est elle qui choisit. Mais si je peux encore lui donner un peu de douceur, je suis encore là, je serai toujours là, après quoi que ce soit.

     

     

    Et les autres ?

     

    Toi, te voilà rayonnante, heureuse d'aimer et d'être aimée ! Tu sais, tu as été vaillante et courageuse, et d'autres se seraient effrayées en ton cas. Mais tu as montré qu'il y avait en toi de l'élan, du don (on ne vaut que dans la mesure où on se donne. J'ai écrit tout un livre là-dessus, dernièrement Les Âmes qui brûlent). Il faut brûler, se consumer dans un don qui ennoblit, qui nous soulève au-dessus de tout ce qu'il y a, en nous, de médiocre. Tu as choisi une route difficile. Mais c'est, souvent, d'en haut des monts les plus abrupts qu'on a les plus beaux paysages.

     

    L'épreuve qui a atteint Roland a pu, aussi, lui donner une vie intérieure, une volonté, un désir de faire mieux autrement, capables de t'accorder des joies supérieures que les autres n'éprouveront pas. J'imagine ce qu'a dû être son drame intérieur et comment, alors, il a dû se dire : « On me fauche ces possibilités-là et ces joies-là, j'en créerai d'autres, plus étonnantes et plus belles ! »

     

    La vie a cela de bon qu'on peut toujours la vaincre, tant que l'esprit ne capitule point. Le corps est un détail (parfois détail merveilleux, grandiose), mais il n'est quand même pas l'essentiel : l'essentiel, c'est notre cerveau, notre cœur, notre âme qui le portent. Eux, peuvent tout.

     

     

    Roland+Chantal Suisse 08.1957.jpg

     

    À vingt-quatre ans, Chantal, l'aînée des enfants de Léon Degrelle, s'était déjà mariée en 1956 avec le Français d'origine suisse, Roland Autenheimer (ce blog au 2 septembre 2023). C'est Léon-Marie qui, en reprenant contact avec son père en 1957, lui décrivit la situation de toute la famille, lui apprenant le mariage de Chantal ainsi que la poliomyélite dont est atteint son mari. Même si Léon-Marie présente sympathiquement Roland, les détails qu'il fournit ne laisse pas d'inquiéter le Papa (et effectivement, le mariage se terminera quelque temps plus tard par une séparation tumultueuse) qui, dans sa réponse à son fils, analyse avec son implacable bon sens les renseignements fournis par Roland sur les origines de sa polio...

     

    « J'attendrai donc Chantal et son mari, pour le plus longtemps possible. À te parler franchement, cette nouvelle du mariage a été pour moi un coup terrible. Toi, tu parles avec ton bon cœur, ta naïveté ; et peut-être as-tu raison ?...

    Mais enfin, ce que tu me dis est bien inquiétant. On peut avoir beaucoup de courage et d'énergie, mais il n'empêche qu'être ainsi paralysé des deux jambes est un grand handicap qui a, tôt ou tard, ses répercussions sur le caractère. [...]

    Je veux bien croire que Roland soit très sympathique et je brûle de le recevoir ici pour le connaître (après !), moi qui n'ai rien pu savoir, apprécier et conseiller à temps. En attendant, ces histoires de résistance me paraissent assez confuses. Suisse, à quoi résistait-il ? Et à cet âge-là ? (car il devait avoir, s'il a 30 ans maintenant, 12 ans au début de la guerre (1939) et 17 à la libération ? Cette fabrication (à 15 ou 16 ans) de conserves de rats crevés me paraît aussi bizarre. Les Allemands possédaient toutes les principales fabriques d'Europe et ne manquèrent de rien. Et puis, ces boîtes, remises dans le marché, eussent donné la polio de nombreuses années plus tard ? (puisqu'il a eu la polio à 25 ans, donc vers 1952). Enfin, je veux croire qu'il y a des explications que j'ignore, mais je suis inquiet. » (Lettre à Léon-Marie, le 17 juillet 1957).

     

    LDàLM 17.07.1957 Roland.jpg

     

     

    Alors, voilà, vous n'aurez pas une vie banale. Tu n'as pas eu peur en te donnant ! En avant ! Je suis content, grande Chantal, que tu aies eu de la force de caractère en bravant les apparences. Et vous, cher Roland, vous avez été fort en dominant une carcasse humaine qui ne peut rien contre celui qui veut ! Pensez à Roosevelt, quel combat de la volonté fut le sien. Je connais dix cas semblables. Plus encore que d'autres, Chantal et vous, aurez des joies intenses à vaincre l'obstacle, à être maîtres de votre destin. En tout cas, pour ce qui me concerne, je vous soutiendrai, je vous aiderai de toutes mes forces. J'aime les destins hors série.

     

     

    Mais j'en reviens à la question : les autres ?

     

    Il paraît qu'Annette n'a guère envie de fraterniser avec son pauvre vieux père ! Dis-lui bien, surtout, que je ne lui en veux pas ! Évidemment, on a dit tant de choses sur moi qu'elle peut, fort bien, me considérer comme un type étrange, voire même pas intéressant du tout ! Au diable, le père impossible !

     

    Tu sais ce que je voudrais : c'est qu'elle tâte tout de même un peu de ce père coriace ! Elle ne se cassera pas les dents dessus ! Qu'elle vienne le voir : « Tiens, il est comme ça ? Il n'est pas si vieux que je ne pensais ! Et au fond, il est, quand même à moitié comestible » !

     

     

    Anne Degrelle Couverture.jpg

     

    Dans ses mémoires récemment publiés (ce blog à partir du 23 octobre 2022), Anne, la fille puînée de Léon Degrelle, tout en manifestant une réelle affection pour son père, s'en déclare le « principal inquisiteur » (p. 93), ajoutant à propos de ses oncles et cousins Degrelle « je dois reconnaître que je ne les ai jamais considérés comme ma famille. [...] Ma véritable famille fut toujours la famille Lemay » (p. 162) ! Elle prétendra de même à son Papa que jamais « je n'ai entendu de la bouche de ma grand-mère ou de n'importe lequel de mes oncles [Lemay] la moindre parole négative sur mon père. » (p. 42), tout en publiant cette photo que les Lemay mutilèrent pour l'en faire disparaître (p. 43) !... (voir ce blog au 5 novembre 2022).

     

    Photo coupée Chantal+Anne.jpeg

     

     

    LDàChantal 27.10.1957 kk.jpgLe dira-t-elle ? Ne le dira-t-elle pas ? Moi, je lui propose de faire l'essai. Qu'elle vienne en vacances voir l'illustrissime Boudiquet [voir ci-après]. On ne dira même pas qu'elle est ma fille, si elle préfère l'incognito ! Et elle se rendra compte par elle-même de la monstruosité ou de la gentillesse de ce phénomène paternel qu'on lui a dépeint avec plus ou moins de bonne volonté. Elle peut passer à notre propriété quelques semaines de vacances splendides. Je lui paie, évidemment, le voyage : billet d'avion aller-et-retour si ça lui chante. Boudiquet lui fera les honneurs des lieux (il est déjà fort à son affaire !). Titre du reportage : « Autopsie d'un père inconnu ». Viens voir, Annette ! Crois-tu que soit vraiment un bonhomme à repousser sans examen ni explication ce papa qui t'a tant aimée ? Tu l'as oublié, mais c'était ainsi, cependant. Et tu l'aimais, toi aussi ! Alors, dis, fais un effort, honnêtement, pour voir clair. Quinze jours en quinze ans, crois-tu que ce serait tant ? Tu pourras faire tout ce que tu voudras. Me regarder comme une bête curieuse, ne pas être gentille, m'envoyer bouler aux cinq cent mille diables, mais fais l'effort, essaie de juger, en toute justice. Je ne te demande que cela, Annette chérie, viens, regarde, interroge, et la conclusion, c'est toi seule qui la tirera. Te défileras-tu ? Ou auras-tu de l'estomac ? Tu as du sang dans les veines, quoi ! Balaye les préventions, tu es intelligente, tu dois juger par toi-même. Et puis, Annette chérie, ce n'est pas nécessairement mauvais et méprisable un papa... Viens, ma grande fille, tu verras.

     

    Surtout qu'on n'imagine pas que je veuille enlever qui que ce soit –ni Annette, ni Godelieve que j'invite exactement comme son aînée, ni la ravissante petite Marie-Christine que j'attends avec tant d'impatience. Non ! Venez en vacances. Si Léon-Marie est venu pour de bon, c'est parce qu'il la voulu. Mais soyez sans crainte, je ne le confisquerai pas, comme vous autres, on vous confisquait ! Je l'enverrai en vacances à Paris et à Eyliac vous voir tous et redire, tout spécialement à sa chère maman la tendresse qu'il a pour elle. En vous aimant, je ne veux diminuer en rien l'amour des autres. Ce qui serait doux, c'est qu'Annette, Godelieve et, après, « Cri-cri », viennent, de temps en temps, faire un séjour. Et qui sait, avec le temps, il se pourrait que tout cela redevienne plus naturel dans le cœur d'une maman que la vie a trop meurtrie et que, du passé, rejaillisse des rameaux nouveaux ? Cela peut être votre œuvre, à vous aussi, mes grandes filles chéries ! Votre maman est souvent malheureuse parce qu'elle ne veut pas être heureuse. En me donnant du bonheur peut-être la ramènerez-vous, elle aussi, vers des joies qui ne meurent que lorsque, volontairement, on les tue.

     

     

     

    Léon-Marie prairie.jpgEt Léon-Marie, maintenant !

     

    Eh bien, ça va ! Nous sommes tout deux à l'école : lui, pour apprendre ce que c'est un père. Et moi, pour ré-apprendre ce qu'est un fils ! Ce n'est pas si simple qu'on le pense !

     

    Évidemment, outre la grande joie qu'a Léon-Marie à fraterniser avec moi, il y a eu aussi le désir bien naturel d'une gigantesque « grande vacance » ! Au début, ce fut assez compliqué : il ne voulait –afin d'étudier– ni vivre, durant la semaine, dans une résidence universitaire (vie pourtant fort libre et réservée à des garçons inscrits à une Faculté : « Je ne veux pas de curés ! » expliquait-il). Il ne voulait pas non plus vivre chez des amis (j'en ai des collections, et charmants) du lundi au samedi ; non, il lui fallait un petit appartement où être son maître pendant la semaine. Il a vite vu, lui-même, que ce n'était pas pratique (et il n'y eût rien étudié : le 1er juin, je suis venu l'y surprendre : à 11h du matin, il était encore dans ses plumes !).

     

    Par-dessus le marché, on a déclenché, après son arrivée (et je ne sais à l'instigation de qui) une campagne violente pour exiger une fois de plus mon extradition, bagarre sans importance, comme il y en a eu dix autres, mais qui m'a obligé d'aller vivre à l'écart pendant plusieurs semaines dans une propriété de plusieurs milliers d'hectares, d'un Duc très fameux, grand ami à moi.

     

     

    ABC 16.12.1954.png

     

    Le « Duc très fameux, grand ami à moi » est en fait José Finat Escrivá de Romaní, XVIIe comte de Mayalde (1904-1995, ce blog au 26 décembre 2024 ; son épouse était Casilda de Bustos, duchesse de Pastrana : c'est dans la voiture du couple Mayalde que Léon Degrelle s'enfuit de l'Hôpital Mola de San Sebastián) ; on voit ici le comte de Mayalde, le 15 décembre 1954, lors d'un hommage à la División Azul à l'hôtel de ville au cours duquel il conféra la Médaille de Madrid en argent à huit Légionnaires du Front de l'Est enfin libérés des goulags russes (ABC, 16 décembre 1954, p. 8). La présence de « l'homme politique belge Léon Degrelle » parmi les invités fut révélée par l'agence de presse EFE, provoquant une violente crise diplomatique entre la Belgique et l'Espagne alors que Madrid venait d'envoyer son premier ambassadeur à Bruxelles depuis la guerre).

    La « propriété de plusieurs milliers d'hectares » où Léon Degrelle dut se cacher pendant trois mois en 1957 alors que son fils était à Séville chez son ami José María Cernuda [ce blog au 26 février 2016] est la Finca El Atillo que possèdait l'alcalde de Madrid, à El Espinar, dans la province de Ségovie, à près de 70 km de la capitale (y sont toujours élevés les Toros bravos –taureaux de combat parmi les plus offensifs d'Espagne).

     

    Peuple 04.10.1957 Photos LD.png

     Le Peuple, 4 octobre 1957, première page.

     

    La « campagne violente pour exiger une fois de plus mon extradition » fut la conséquence de la diffusion par l'agence Belga de photos ramenées d'Espagne par Jean-Robert Debbaudt (ce blog au 26 février 2016), de messages et d'enregistrements destinés à sa famille, mais aussi aux fidèles Bourguignons. Voici ce qu'écrivait Le Drapeau rouge à l'époque, établissant on ne peut mieux la duplicité des gouvernements belges successifs et leurs prétendues demandes d'extradition.

    « [...] Comment ces photos sont-elles parvenues à l'agence Belga qui les a diffusées ? [...] Plutôt que d'essayer de répondre à ces questions, il nous a paru plus intéressant de savoir comment ces photos sont arrivées en Belgique et nous avons découvert pas mal de choses. Nous espérons que les polices du royaume, autrement outillées que nous n'auront pas attendu la sortie de ce numéro du Drapeau Rouge pour dénicher ces détails. Mais nous ne sommes pas sûrs du tout que les policiers, qui sont payés pour cela, les connaissent... [...] En juillet dernier, l'ancien SS Jean-Robert Debaudt, un individu qui a fait partie de la Légion Wallonie, partait en vacances en Espagne. [...] Sitôt arrivé, il n'eut rien de plus pressé que de se rendre à Constantina. Le rendez-vous était d'ailleurs arrangé, car Debaudt avait été contacté précédemment [...] par un messager (belge) de Léon Degrelle, [...] le père d'un ancien légionnaire du front de l'Est et en même temps un intime du chef de Rex, à qui la mère dudit légionnaire sert d'ailleurs de gouvernante [Yvonne Ransy-Leroy, ce blog au 12 mai 2025]. C'est Debaudt qui a ramené en Belgique les photos de Degrelle avec qui il a eu des entretiens à Constantina. [...]

     

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    Stèle funéraire d'Yvonne Ransy, née Leroy, au cimetière de Constantina. L'anecdote pittoresque rapportée par Le Drapeau rouge accrédite que la source du quotidien communiste ne peut être qu'un Bourguignon tout émoustillé par sa rencontre avec l'introuvable exilé et pressé d'en établir la réalité par son fâcheux bavardage : « [Léon Degrelle] lit La Libre Belgique mais se plaint de ce que sa gouvernante (c'est elle qui semble avoir pris l'abonnement à son nom) découpe, avant de lui céder le journal, le feuilleton –ce qui oblige le grand homme à lire un exemplaire mutilé... » (Le Drapeau rouge, 7 octobre 1957, p. 2).

     

    Degrelle, qui adore toujours hurler, a spécialement enregistré deux bandes à l'intention du dernier carré de rexistes vivant en Belgique, bandes que Debaudt a introduites à son retour au pays en même temps qu'un appareil enregistreur. [...] Notre ministre des Affaires étrangères, a reçu samedi l'ambassadeur d'Espagne à Bruxelles, le comte de Casa-Miranda, pour le prier de rappeler au gouvernement espagnol son engagement de livrer Degrelle aux autorités belges si celui-ci se trouvait en Espagne”. La démarche de Victor Larock est une bonne chose. Mais l'opinion de notre pays ne comprendrait pas que le ministre socialiste ne pousse pas plus avant sa demande et n'exige pas, très sérieusement, l'extradition immédiate du criminel de guerre. » (Le Drapeau rouge, 7 octobre 1957, pp. 1-2).

     

     

     

    Léon-Marie va venir en avion, après-demain, me retrouver pour quelques jours ; mais entretemps, il vit chez un colonel d'État-major, autre ami très dévoué [le colonel Teodoro Pérez de Eulate y Vida, chef du service des transmissions et de la protection des vols dans le centre de l'Espagne]. Il est là comme un coq en pâte, peut-être même trop bien.

     

     

    Eulate Mariage Marie-Christine 1969.jpg

     

    Le colonel Teodoro Pérez de Eulate (entretemps général de brigade de l'Armée de l'air) en conversation avec Léon Degrelle dont il est un ami proche, le 9 octobre 1969, à l'occasion des noces de sa fille cadette, Marie-Christine, dont il fut –tout comme le comte de Mayalde et les ministres Serrano Súner et Fernandez Cuesta– un des témoins de mariage (Kwik, 18 octobre 1969; il avait déjà été, le 9 janvier 1960, un des témoins au mariage de Godelieve, troisième fille du châtelain de Constantina). Ami proche de Léon Degrelle, il accueillit son fils en 1957 en même temps qu'il facilita l'incorporation de Jean-Louis Urraca, le fils de son amie Hélène Cornette, parmi les conscrits de la base aérienne de Séville (ce blog au 12 mai 2025). Teodoro Pérez de Eulate sera également le président du conseil d'administration de la société immobilière Inmuebles Andaluces, fondée en 1958 par Léon Degrelle pour la construction des maisons qui devaient favoriser le tourisme social de Constantina et qui s'avéreront un gouffre financier précipitant sa faillite en 1963.

     

     

    J'ai toujours pensé qu'il ne fiche rien. Il a beaucoup de bonne volonté mais peu de volonté. Il désire faire bien, le promet, mais se replonge dans sa nonchalance, les pieds en l'air, des disques au côté, une cigarette faisant du cent à l'heure au bout des lèvres. Car c'est cela qui est drôle : il est, à la fois, mou et super-nerveux ! Ses cigarettes, non seulement l'empoisonnent, mais m'empoisonnent ! Il n'est pas très costaud, se plaint (parfois exagérément : au plus petit bobo, il entre en état pré-agonique !), se plaint donc de douleurs dans le dos et à la gorge. Je l'ai fait examiner par un excellent médecin qui lui a interdit formellement de fumer plus de 4 cigarettes par jour. N'empêche que malgré mille promesses, il continue à fumer comme un sapeur. Au moindre accès de nervosité, les cigarettes filent, montent, disparaissent comme dans un exercice de prestidigitation ! Maintenant, je crois qu'il en est encore plus ou moins aux 12 à 15 par jour, et les plus chères qui existent au marché noir ! Son tabac coûte exactement autant qu'une femme à journée du matin au soir ! Quand vous lui écrirez, tannez-le avec cette histoire de cigarettes. C'est son bien, somme toute.

     

     

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    C'est Chantal qui donna son sobriquet « Boudiquet » à Léon-Marie : il signe avec son surnom la carte de vœux pour 1958 qu'il envoie à sa sœur aînée.

     

     

    Mais enfin, c'est un détail ; son état de santé –en général– est bon, dit le médecin. Et il est le plus gentil garçon de la terre, affectueux comme tout, vif d'intelligence, pittoresque dans ses propos. Nous sommes devenus des camarades épatants (même quand je le chahute pour son tabac ou quand il est mauviette, chichiteur –que de mots bizarres !– bref, quand il est encore petite fille !). Mais à côté de cela (et ces contradictions sont normales : à son âge, dans l'être humain, il y a de tout !), il a beaucoup de décision et d'ambition : il fût venu à pied ici s'il l'eût fallu. C'est pour cela que j'espère, tout de même, qu'il réussira son bacho. Il est très regrettable qu'avant de partir en Septembre, il ne se soit pas représenté à son examen de Commerce, surtout s'il n'avait échoué, en Juillet, que pour l'orthographe seulement. Ici, ce diplôme l'eût fort aidé. Mais enfin, je fais l'impossible pour le bien préparer à son bachot avec des professeurs particuliers (une jeune Française, notamment, fort intelligente, de l'Institut français de Séville). Ces trucs-là coûtent les yeux de la tête, beaucoup plus, évidemment, qu'un collège normal. Mais je veux tout faire pour l'épauler. Vraiment (en dehors de la chance, car il y a de la chance ou de la malchance parfois, rarement d'ailleurs), cela ne dépendra que de lui, de sa volonté de bloquer, de laisser parfois les disques de côté, de ne pas être « jouette », toujours à la recherche d'une distraction ou d'un aimable minois.

     

    Léon-Marie scooter.jpgPour le distraire, je lui ai payé le scooter de ses rêves, une « Lambretta », cadeau –à l'avance !– pour son Bac ! Ainsi il peut faire facilement la navette avec la Carlina. S'il réussit, je lui offrirai à l'été un beau voyage, avec crochet pour vous revoir tous, bien entendu.

     

    Il était terriblement emballé d'une Anglaise. A voir la photo, il n'y a pas de quoi, vraiment, se taper le derrière par terre. Mais enfin, c'était le grand amour (il vomit les romantiques !) de notre frétillant Boudiquet, avec lettres et cartes (de lui) à tout bout de champ, allusion à chaque quart d'heure, photo sur la table de nuit, etc. ! Puis il a reçu une lettre qui l'a réfrigéré : il l'avait déjà invitée à la Carlina, et elle se défilait. Bref, maintenant, il n'en parle plus. Mais enfin, ça le chipotait, d'autant plus que les Espagnoles, gaies mais fières, et avec qui on ne flirte pas, n'étaient pas le genre accessible à tout venant qu'il avait rencontré chez les filles aux grands pieds de la mère Albion.

     

    Nous allons maintenant, Léon-Marie et moi, passer une bonne semaine ensemble ; j'essaierai de voir ce qu'il a fichu de bon, de le stimuler (avec diplomatie et affection, soyez tranquilles, car il ne faut pas le brusquer, c'est tout un changement pour lui, et Paris est Paris : tout, après cela, lui paraît de second ordre, villes et gens). Je l'oriente avec un maximum de prudence et d'affection. Il a une nature magnifique et je suis sûr qu'il arrivera à quelque chose d'original et de grand. Vous verrez ça !

     

     

    LDàChantal 27.10.1957 rr.jpg

     

    Moi ? Ça va. Ça ira mieux quand je vous aurai revues toutes, mais ça va. Je prépare quelques nouveaux bouquins. J'ai tant de choses à écrire, de révélations à faire, d'hommes et de faits à expliquer ! Pour tout cela, aussi, je serai ravi de connaître Roland, pour recevoir ses réactions, organiser des confrontations. Déjà avec Léon-Marie, qui a des idées claires et des vues personnelles, nous avons du plaisir sur ma montagne !

     

    Tu verras, toi aussi, grande Chantal chérie, ce qu'il y fait bon ! Si ça vous fatigue l'auto, je vous offre l'avion, c'est comme vous voulez : ce qu'il y a, c'est qu'avec votre auto, nous pourrions plus facilement rayonner : Séville et Cordoue sont des villes épatantes à visiter. N'oubliez pas qu'il y a, à cette époque, deux choses épatantes à contempler : la Semaine Sainte de Séville, spectacle religieux prodigieux et la « Feria », spectacle païen prodigieux aussi, à deux semaines d'intervalle.

     

    Alors, Chantal chérie et cher Roland, envoyez-moi de vos nouvelles de temps à autre. Évangélisez et chapitrez Annette ! Partagez avec elle, avec Godelieve, Marie-Christine, et avec leur maman –mais oui, leur maman– les baisers affectueux que vous envoie

     

          votre

                               Papa

                                                     (c'est moi qui signe comme cela !)

     

     

    Ci-joint, quelques photos de Boudiquet avec son général de Père ! Il m'a vraiment obligé à me mettre en uniforme, pour certaines.

     

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  • L'éditeur qui tomba à pic chez Léon Degrelle

     

     

    Constant Bourquin et le Cheval ailé

     

     

     

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    Constant Bourquin, en 1946, dans la resserre de sa nouvelle maison d'éditions À l'Enseigne du Cheval ailé.

     

     

     

    constant bourquin,cheval ailé,françois genoud,jean jardinDans sa récente biographie de Léon Degrelle consacrée à ses années d'exil en Espagne (L'homme qui tomba du ciel, Les années espagnoles de Léon Degrelle, 1945-1994), Bert Govaerts s'est attaché à la publication des souvenirs de guerre racontés dans La Campagne de Russie. Discréditant les prétentions psychanalytiques de Jonathan Littel, romancier scatologique –accumulant néanmoins des prix littéraires récompensant le sale, le laid, l'obscène–, Govaerts s'est plus judicieusement intéressé à la genèse de cette chronique historique ainsi qu'à son accueil par la presse et les autorités belges (ce blog au 12 octobre 2025). Mais il s'est aussi intéressé aux éditeurs de celui qui fut déchu du droit de publier en vertu du « tristement célèbre article 123 sexies du code pénal » (p. 46), ce qui nous vaut encore de nouvelles découvertes...

     

    La publication de l'édition allemande, Die verlorene Legion, en 1952 par les éditions catholiques Veritas de Stuttgart, suscitèrent également l'émoi. Mais Paul Van Zeeland (ce blog aux 6 mai 2016 et 14 avril 2017), alors ministre belge des Affaires étrangères, préféra éteindre toute réaction, non pour défendre la liberté d'expression, mais par souci de discrétion, malgré qu' « un groupe d'avocats eût investigué toutes les possibilités de la loi allemande » et qu'il « y avait sûrement une entourloupe juridique à trouver quelque part ». Il préféra donc répondre à son ambassadeur à Bonn, le baron Hervé De Gruben : «  à l'heure actuelle, l'émotion semble retombée en Belgique. Il ne m'apparaît pas opportun [...] de recourir prématurément à cette possibilité. » (p. 68 et note 85).

     

     

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    Jaquette de couverture de l'édition allemande (« La Légion perdue », 1952, Veritas Verlag) de La Campagne de Russie dessinée par l'architecte et peintre expressionniste Friedrich Neubauer (1912-2004).

     

    Dans l'immédiat après-guerre, en punition de son adhésion au parti national-socialiste et de sa réception, en 1940, de la charge de Reichsbaumeister maître d’œuvre du Reich », titre des architectes officiellement chargés de l'embellissement des villes allemandes), il fut empêché d'exercer son métier pendant plusieurs années, jusqu'à ce que n'oblige à lever cette interdiction l'urgence de la reconstruction de Nuremberg, sa ville natale qui était aussi celle de Hans Sachs et d'Albrecht Dürer, cité médiévale anéantie par les bombardements « stratégiques » anglo-américains pour avoir été Stadt der Reichsparteitage, « Ville des Congrès du Parti du Reich ».

     

    C'est pendant cette période de proscription qu'il s'adonna au dessin de presse, de mode, de mobilier, etc., et, pour mettre du beurre dans les épinards, qu'il se fit aussi dessinateur d'ex-libris, de cartes de vœux ou de couvertures de livres. Il collabora ainsi occasionnellement avec les éditions Veritas de Stuttgart, ville où il obtint son diplôme d'architecte en 1937 (un catalogue de son œuvre a été publié par sa nièce Claudia Schweizer, Friedrich Neubauer, Werkverzeichnis, Seubert Verlag, 2017, qui a également ouvert un petit musée dans l'ancien atelier de son oncle, 5 Lorenzer Strasse à Nuremberg).

     

    Bert Govaerts signale (p. 262, n. 84) qu'en fin d'ouvrage, l'éditeur Veritas Verlag annonçait la publication des mémoires de Pierre Laval ainsi que de Dino Alfieri, l'ancien ambassadeur de Mussolini en Allemagne (ce blog au 12 mai 2016) : ces livres n'ont cependant jamais vu le jour.

     

     

    Le travail de détective effectué par Bert Govaerts concernant La Campagne de Russie s'est encore intéressé à la personne de l'éditeur et là aussi, des investigations complémentaires seront nécessaires : « Derrière cette édition se cache également une astucieuse créativité fiscale et administrative. Le copyright appartient à l'Agence Littéraire Générale, dont l'adresse est Rue Grotius 9 à Tanger, une ville qui, à ce moment, constitue une zone sous administration internationale. Ironie de l'histoire, la police se trouve sous la supervision d'un Belge. Le consul belge à Tanger essaie de comprendre comment l'affaire fonctionne. Le véritable éditeur est un Suisse, Constant Bourquin, qui dirige les éditions Le Cheval Ailé. Il a habité à Paris jusqu'en 1937, mais a été expulsé, en laissant derrière lui une série de fraudes et faillites. En Suisse également où il s'était spécialisé, à partir de 1944, dans l'édition des mémoires de collaborateurs, le sol était devenu trop brûlant sous ses pieds. Il habite maintenant en Espagne, mais, pour des raisons fiscales, opère depuis Tanger. Il a noué des liens d'amitié avec Ramón Serrano Suñer, ancien ministre des Affaires étrangères et beau-frère de Franco. Bourquin a également édité les mémoires de Suñer lui-même. En d'autres termes, le réseau à de nouveau fonctionné en faveur de Léon. » (p. 47).

     

     

     

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    Après la publication tintamarresque de La Campagne de Russie, Léon Degrelle reçut, en 1950 dans sa propriété de Lora del Rio (ce blog au 12 mai 2025), Constant Bourquin et son épouse pour quelques jours de discussions passionnantes et de vacances gourmandes où l’œnophile genevois, qui s'était installé depuis peu à Séville, poursuivit son initiation aux vins capiteux de la Rioja et aux Xérès andalous).

     

     

     

    Mais si réseau il y eut en Espagne pour faciliter quelque publication, c'est davantage en faveur de Serrano Suñer qu'il dut fonctionner puisque l'éditeur suisse ne put sans doute rencontrer ce dernier que par l'intermédiaire de Léon Degrelle qui s'en était fait un ami dès son voyage sur les hauts lieux de la guerre civile espagnole en février 1939 (ce blog, entre autres, au 1er septembre 2024).

     

    Et ce n'est guère rendre justice à Constant Bourquin (1900-1974), journaliste aux fermes convictions, fin connaisseur de la littérature, moraliste désenchanté, pionnier du tennis de table, éditeur original autant qu’œnophile enthousiaste et apprécié, que de le présenter comme une espèce d'escroc apatride (l'autosatisfait « historien » Frédéric Saenen, à l'ignorance triomphale (ce blog au 28 février 2025), en fait plutôt une espèce de fantôme fuyant : « Nous trouvons très peu d'informations concernant Constant Bourquin, dont on ignore même les années de naissance et de décès. [...] Sa trace se perd après la faillite du Cheval ailé en 1949 », p. 246).

     

    Commençons donc par reproduire les éléments de sa vie que Constant Bourquin tint à fournir au lecteur de son Almanach du Cheval ailé, 1947 (cité p. 328 par le peu scrupuleux Saenen qui semble ne l'avoir jamais consulté et ne le connaître que par « ouï-lire ») : « Né à Presinge, près de Genève, en 1900, à quelques pas de la frontière franco-suisse. Doit-il à cette particularité d'avoir été sa vie durant le plus français, peut-être, des écrivains suisses ? Se destinait à une carrière de philosophe. A publié de nombreux essais qui témoignent de son attachement à ce qu'il appelle, après Renan, le point de vue de Sirius. Considère actuellement l'édition comme un prolongement de ce qu'eût pu être son activité littéraire. A de nombreux ouvrages en chantier, qu'il terminera quand son métier lui donnera des loisirs. » (p. 168).

     

     

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    Monté à Paris en 1922, Constant Bourquin prend rapidement la direction des Éditions du Siècle dont l'emblème –préfigurant le Cheval ailé des éditions d'après-guerre– représentait un cheval aux ailes baissées, avec la devise Majores pennas nido Des ailes plus grandes que le nid », citation des Épîtres d'Horace, suggérant l'effort vers l'excellence). Elles publiaient des ouvrages de critique littéraire à tirage limité sur papier de luxe, tels L'idée du bien chez Tolstoï et Nietzsche, Renan et ses critiques ou M. Bainville contre l'histoire de France. Bourquin lui-même publia en 1925 Julien Benda ou le point de vue de Sirius (ici, à droite, dans l'exemplaire « hors commerce sur pur fil », disponible auprès d'Édition-Originale, la dédicace à Jean de Gourmont, frère du poète et romancier Remy de Gourmont dont il magnifia l’œuvre. Jean de Gourmont dirigeait la collection « Idées et sentiments du siècle » des éditions de Constant Bourquin).

     

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    Constant Bourquin admirait aussi les romans de son compatriote C.F. Ramuz (l'écrivain n'aimait pas son prénom Charles Ferdinand et choisit de n'en conserver que les initiales). C'est d'ailleurs par son activité de zélateur du romancier suisse que le jeune Bourquin se fit remarquer, en avril 1923, par le caustique Paul Léautaud : « Je passe sur la conférence que nous fit, après le thé, solennellement présenté à l’assistance [...], un M. Constant Bourquin, sur un romancier suisse, M. Ramuz, que le bonheur doit remplir d’avoir été célébré ainsi, et sur des lectures du même que nous firent des dames éminentes en ridicule par leurs toilettes, leurs manières et leur débit. » (« Un Salon littéraire », sous le pseudonyme de Maurice Boissard, in Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 28 avril 1923, p. 6 ; cette anecdote « bourquino-ramuzienne » a été supprimée de la reprise en volume de ses chroniques (Passe-temps, Mercure de France, 1928, 1964, 1987) par Paul Léautaud, probablement parce qu'entre-temps Ramuz fut reconnu comme le plus important romancier suisse). En 1926, les Éditions du Siècle de Bourquin publiaient un « Cahier de témoignages » Pour ou contre C.F. Ramuz.

     

    Au début des années 1930, Les Éditions du Siècle renaissent de la faillite qu'elles connurent en 1926 (voir ci-après), publiant Mary Webb, Charlotte Brontë ou Virginia Woolf dans une collection « Les Maîtres étrangers » qui sera reprise par Fernand Sorlot et les Nouvelles Éditions Latines peu avant-guerre.

     

    Constant Bourquin, quant à lui, revenu en Suisse, s'engagera dans le journalisme (Journal de Genève, Nouvelle Revue romande, L'Événement,...) et animera une chronique gastronomique à Radio-Genève (Les recettes d'Ali Babali). Il lance surtout en mars 1941 avec quelques amis les Éditions du Milieu du Monde affichant le même emblème du cheval à la devise horacienne. Il y publie son « Discours aux nations suisses », La Terre est ronde, ainsi que son « Discours aux hommes de ma génération », Fin d'un monde, où il affirme ses convictions politiques, dénonçant les dérives et la faillite des régimes démocratiques (à noter que ce dernier ouvrage est repris dans une « Collection du Cheval ailé », qui donnera son nom aux éditions qui publieront Léon Degrelle en 1949). Les Éditions du Milieu du Monde éditeront aussi jusque dans les années 1950 les livres de l'historien iconoclaste Henri Guillemin qui y dirigeait par ailleurs depuis 1943 la « Collection classique ». Constant Bourquin publiera encore en 1951 un recueil de maximes et pensées, Passeport pour l'au-delà, chez son ami éditeur et banquier genevois Pierre Caillier.

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    Lorsqu'en 1944, la direction des Éditions du Milieu du Monde décidera, le vent ayant tourné, de publier des récits de résistants contre l'avis de son directeur littéraire Constant Bourquin, celui-ci démissionnera aussitôt, dénonçant ce qu'il considérait comme un lâche opportunisme. Ce sera alors l'occasion pour le Cheval ailé d'ouvrir enfin ses ailes...

     

     

    N'évoquant nulle fraude, Pierre Péan, biographe du banquier François Genoud (1915-1996, ami de Bourquin qui fut le parrain de sa fille), précisera : « Constant Bourquin a toujours eu beaucoup de mal à compter et à bien gérer sa maison d'édition. On le sent plus à l'aise dans le choix de photos destinées à un album d'art ou dans celui de bons vins que dans la lecture de registres comptables. » (L'Extrémiste, p. 162).

     

     

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    Extrait du procès-verbal de la Séance du Conseil fédéral suisse du 9 juin 1950 concernant l'interdiction de La Cohue de 1940 de Léon Degrelle : « Bourquin, l'intermédiaire du manuscrit de Degrelle, est Suisse et est venu à l'été 1927 de France (Paris) à Genève. En France, il a été condamné pour émission de chèques sans provision. Dans les années 1926 et 1928, il a été en faillite. Par décret ministériel du 23 novembre 1937, Bourquin a été expulsé de France. La société qu'il dirige, Éditions du cheval ailé, à Genève, serait en liquidation pour cause de surendettement. Depuis quelques mois, Bourquin se trouve à Séville. Il a renoncé à sa résidence de Genève. »

     

     

    Les allégations de Bert Govaerts proviennent d'un procès-verbal de la Séance du Conseil fédéral suisse  du 9 juin 1950 (dont il donne la précieuse référence p. 262, n. 71) rapportant que Constant Bourquin avait été condamné en France pour avoir émis des chèques sans provision et avoir été mis en faillite à deux reprises, en 1926, Éditions du Siècle–, et en 1928, Bourquin-Six, les grands spécialistes du ping-pong. Passionné de tennis de table, Constant Bourquin avait fondé cette entreprise d'articles de sport avec son frère Alfred. Revenu en France en 1932, il assumera la fonction de corédacteur en chef, puis de directeur de la revue Ping-Pong, qui deviendra naturellement l'organe officiel de la Fédération Française de Tennis de Table).

     

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    C'est après force libations (il est question de « quelques bouteilles d'un champagne nature tel qu'on n'en trouve pas dans le commerce, un Pouilly fumé dont l'inventeur du commissaire Maigret fait son ordinaire, [...] un Armagnac cinquantenaire ») qu'il lui dédicaça cette photo : « Oui, mon cher Bourquin, môa aussi, je joue au ping-pong, mais moi, j'avoue que je joue mal. Georges Simenon 1933 » (in Ping-Pong, 5 mai 1933, p. 3).

     

     

    Mais s'agissait-il pour autant de faillites frauduleuses ? Rien n'est moins sûr car nous avons le témoignage de Paul Léautaud (s'intéressant maintenant aux affaires de Bourquin après avoir moqué son intérêt pour Ramuz, car il était devenu l'éditeur de son ami Jean de Gourmont) : il évoque dans ses carnets une possibilité de concordat que le Tribunal de Commerce devait encore examiner le 21 octobre 1927 pour sortir de la faillite de 1926 (Journal littéraire I, Mercure de France, 1986, p. 2059). Les Éditions du Siècle reprirent donc quelque activité (voir ci-avant), avant d'être récupérées par les Nouvelles Éditions Latines en 1935.

     

     

     

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    Les faillites de Constant Bourquin dans la presse parisienne au-dessus, Le Petit Parisien du 13 décembre 1926 ; en dessous, Le Temps du 26 novembre 1928.

     

     

    La Bibliothèque de Genève, quant à elle, présente Constant Bourquin comme un « Collaborateur de la Suisse libérale, organe du parti libéral neuchâtelois » qui « s'illustre par ses positions francophiles radicales et sa germanophobie ; à partir de 1940, il est un défenseur du régime de Vichy ».

     

    Ajoutons qu'en 1921 déjà, le jeune Constant Bourquin donnait des articles à la Revue romande, périodique littéraire fondé en 1917 à l'intention des soldats étrangers internés dans les sanatoriums suisses, à laquelle collaborait également Ramuz. Proche de son rédacteur en chef Jules-Ernest Gross qui la transforma en 1922 en Nouvelle Revue romande d'inspiration nettement maurrassienne, Bourquin y écrivit encore entre 1937 et 1945 –en même temps que le président de l'Union nationale (de tendance fasciste), Georges Oltramare (ce blog au 12 mai 2016)– d'autant plus volontiers qu'il pouvait y célébrer la « vraie culture » latine et française et qu'il y puisa également les éléments de son hostilité à l'influence juive dont témoigneront sans faux-fuyant ses Discours de 1941 (voir ci-avant). Pour son rédacteur en chef, Jules-Ernest Gross, la Nouvelle Revue romande professait un antijudaïsme d'inspiration chrétienne se déclarant à l'opposé de l'antisémitisme pangermanique « détruisant l'universalité chrétienne » (Éditorial, n° 68, 1932). Les articles attaquant les Juifs disparaîtront néanmoins de la revue pendant la guerre.

     

    Lorsqu'il fonde, en 1944, la maison d'édition « À l'enseigne du Cheval ailé », Constant Bourquin s'associe à l'homme d'affaires François Genoud (ce blog au 3 janvier 2023), détenteur des droits d'auteur d'Adolf Hitler, de Josef Goebbels et de Martin Bormann (une première édition du Journal du ministre de la Propagande du Reich fut ainsi publiée par Bourquin en 1949), qui le met en contact avec Jean Jardin (1904-1976), premier conseiller de l'ambassade de France en Suisse, intime de l'ambassadeur, l'écrivain Paul Morand (qui sera le parrain de son fils cadet).

     

     

     

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    Le cheval aux ailes ouvertes, choisi comme emblème par Constant Bourquin pour sa nouvelle maison d'édition, a été dessiné par le peintre suisse Paul Monnier (1907-1982), qui sera l'illustrateur attitré des ouvrages du Cheval ailé.

     

    Pégase, le fabuleux coursier de Zeus sur l'Olympe, après avoir servi Bellérophon dans ses exploits, notamment contre la Chimère et les Amazones, retourna auprès du roi des dieux qui le transforma en constellation stellaire, source de renommée et d'inspiration pour les poètes.

     

    Peut-être l'éditeur suisse le choisit-il, avec sa devise latine Ut fata trahunt Au gré du destin », réminiscence de Virgile), pour illustrer sa volonté de permettre aux victimes de l'adversité de publier leur vérité, malgré l'ostracisme qui les frappait. Mais plus probablement aussi pour marquer le renouveau de sa maison Les Éditions du Siècle, au cheval doté également d'ailes, mais au repos, qui publiait magnifiquement les analyses littéraires les plus pointues et qui vole désormais au secours des proscrits de l'Histoire et de la Littérature.

     

     

    L'entregent efficace de Jean Jardin (il fut le directeur de cabinet de Pierre Laval, administrateur de ses « fonds secrets », ce qui lui permit d'aider nombre d'opposants à Vichy, dont Robert Aron ou Maurice Couve de Murville) ramènera à l'éditeur quantité d'auteurs, tels Alfred Fabre-Luce, Bertrand de Jouvenel (ce blog au 21 février 2025), André Thérive, Georges Bonnet, Henry du Moulin de Labarthète, etc. Toutes personnalités « compromises » avec le régime de Vichy, à l'instar de Paul Morand (dont les Éditions du Milieu du Monde de Constant Bourquin avaient déjà publié deux volumes en 1942), et frappées d'indignité par le prétendu « Conseil national des écrivains » institué par le tout-puissant parti communiste. Mais on retrouvera aussi dans le catalogue de l'éditeur genevois l'ancien président du Parti Ouvrier Belge (et ancien conseiller du roi Léopold III), le socialiste Henri De Man, le philosophe Louis Rougier, l'académicien Edmond Jaloux, l'amiral Henri Bléhaut, le ministre et beau-frère de Franco, Ramón Serrano Suñer, la veuve du Duce, Rachele Mussolini, le chef du gouvernement du maréchal Pétain, Pierre Laval fusillé agonisant, ou le poète Robert Brasillach également supplicié à la veille de ses 36 ans,...

     

    Par contre, si Constant Bourquin n'éprouve probablement aucune répulsion face à la verve furibonde de l'auteur de L'École des cadavres, il semble qu'il ait craint de remplacer son éditeur Robert Denoël, assassiné le 2 décembre 1945. Désargenté, Louis-Ferdinand Céline cherchait un éditeur pour ses ouvrages. Paul Gentizon, un journaliste suisse qui s'efforça en vain de fournir à Céline un asile en Suisse, crut pouvoir confier l'affaire à son compatriote du Cheval ailé, si bien disposé à l'égard des victimes de l'Épuration : « Gentizon est admirable, il essaye de me faire rééditer par les éditions du Cheval Ailé à Genève en français cela m'épaulerait bien. » (Lettre du 17 juillet 1947 de Céline au journaliste suisse Paul Bonny avec qui il se lia d'amitié à Sigmaringen, in Philippe Alméras, Les idées de Céline, p. 269).

     

    Mais l'affaire tourna rapidement court : « Gentizon bien gentil n'est arrivé à rien avec le Cheval Ailé. Monsieur [Constant Bourquin] se gratte... il ne veut pas passer pour partisan... et patata... il rêve au fond d'imprimer Cassou [Jean Cassou, virulent détracteur du Voyage au bout de la nuit, résistant, auteur en 1944 de Trente-trois sonnets composés au secret dans sa prison, mis en musique par Henri Dutilleux et Darius Milhaud] et Triolet [Elsa Triolet, compagne d'Aragon, passe pour avoir aidé à la traduction russe caviardée (!) du Voyage]... Lui aussi il lui faudra des tanks russes dans le cul pour lui redonner du courage ainsi de tout et de tous ! » (Lettre du 10 août 1947, in Louis-Ferdinand Céline, Lettres des années noires, édition présentée et établie par Philippe Alméras, p. 124).

    « J'ai la lettre en main du Cheval ailé à Gentizon, horrifié, ne voulant point même envisager un tirage restreint de Céline (textuel). Non, le bonhomme est un dégueulasse foireux comme les autres, le fait m'est certifié par de bons amis de Genève » (Lettre du 23 septembre 1947, in Bulletin célinien n° 277, juillet-août 2006, p. 12).

     

    C'est l'essayiste Pierre Monnier (1911-2006), auteur de souvenirs sur Céline, Arletty, Jean-Marie Le Pen,... qui, créant les éditions Frédéric Chambriand, tira son ami d'embarras en publiant Casse-pipe en 1949, Mort à crédit et Scandale aux abysses en 1950, avant de passer la main aux éditions Gallimard.

     

    Bert Govaerts attire l'attention sur l'étrangeté de la propriété des droits relatifs à La Campagne de Russie : « Le copyright appartient à l'Agence Littéraire Générale, dont l'adresse est Rue Grotius 9 à Tanger, une ville qui, à ce moment, constitue une zone sous administration internationale ». N'est-ce pas une disposition singulière permettant tous les soupçons, vu les déboires que l'éditeur a subis dans les années 20-30 et que le biographe a découverts dans le PV du Conseil national suisse (voir ci-avant) ? D'autant plus que « [Constant Bourquin] habite maintenant en Espagne, mais, pour des raisons fiscales, opère depuis Tanger. » (p. 47).

     

     

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    Un imbroglio éditorial ? La page de couverture de La Campagne de Russie indique comme éditeur Le Cheval ailé (dont l'adresse officielle est à Genève), alors que la page de titre (p. 5) associe l'emblème du Cheval ailé à La Diffusion du Livre (et son adresse à Paris) et que la page suivante (p. 6) précise que tous les droits appartiennent à l'Agence Littéraire Générale S.A., domiciliée à Tanger, au Maroc !

     

    L'imbroglio désoriente surtout les universitaires de Fribourg qui, mélangeant à leur tour toutes les données, font éditer Léon Degrelle à Bruxelles (où il est interdit de publication) pour échapper à la censure suisse : « Contrôler la diffusion des livres du Cheval Ailé s'avère d'autant plus difficile que Bourquin multiplie relais et astuces. Avec son ami Genoud, le Genevois a créé une société de diffusion à Bruxelles, pour pouvoir introduire la production du Cheval Ailé en France par la Belgique, déjouant ainsi les limites posées par les contingentements franco-helvétiques. Il dispose aussi d'une adresse à Paris, la Société française des Éditions du Cheval Ailé. Ce montage lui sert de couverture pour des ouvrages contre lesquels le Ministère public de la Confédération n'aurait certainement pas manqué d'intervenir [...]. Scénario semblable pour le livre de Degrelle, Campagne de Russie, qui paraît à Bruxelles, à la Diffusion du livre, dans la collection Cheval Ailé. » (Alain Clavien et al., « La province n'est plus la province », Les relations culturelles franco-suisses à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale (1935-1950), p. 264).

     

     

    Il faut en effet savoir qu'après bien des vicissitudes mettant aux prises les puissances coloniales européennes, Tanger a fini par être dotée d'un statut international, l'affranchissant de tous droits de douane, par un traité signé le 24 juillet 1925 par la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne, les États-Unis, l'URSS, la Belgique, les Pays-Bas, le Portugal et l'Italie. Jouissant d'une liberté économique totale, Tanger fut ainsi un véritable paradis fiscal pour les sociétés commerciales dont le chiffre d'affaires n'était pas imposé. Et puisque Paul Morand est un ami des éditions du Cheval ailé, citons son avis sur l'organisation de la ville où il louait une résidence : « L'État se fait invisible ; pas de lois tatillonnes, de décrets restrictifs, de trouvailles sadiques, d'inspecteurs des finances, mais d'excellents et modestes règlements administratifs ; capitaux et marchandises circulent comme dans un poumon sain ; pas de mensonges financiers, de taux officiels ; le cours des changes mondiaux inscrit de minute en minute sa vraie cote. » (Écrits de Paris, mars 1952).

     

    Tanger est donc sans aucun doute l'endroit le plus sûr pour y éditer un Léon Degrelle interdit de publication. Mais est-ce bien Constant Bourquin, plus à même de concevoir de luxueuses éditions que de dresser des bilans comptables, qui en eut l'idée ? C'est en fait François Genoud qui, à peine trentenaire, afin de prolonger indéfiniment son congé militaire en tant que Suisse de l'étranger, s'est domicilié « dès l'hiver 1945-1946 » à Tanger où il accueille la Société Anonyme de Bourquin, servant de paravent aux droits d'auteur de Léon Degrelle. C'est également une société fondée par François Genoud, initialement basée à Bruxelles, La Diffusion du Livre, qui est chargée de la distribution de l'ouvrage en France et en Europe. « Genoud ne gagne pas seulement de l'argent dans l'édition, il en fait également dans de multiples combines et trafics. Comme pendant la guerre, il sait jouer sur les restrictions, les interdictions, les différences de cours. En 1947, un gros coup lui rapporte de très grosses sommes qu'il investit dans des affaires décentralisées à Tanger [...] cette zone franche, paradis des trafiquants et refuge de ceux qui ont besoin de prendre un peu l'air après la guerre. » (L'Extrémiste, p. 148).

     

    En fait, l'intérêt de François Genoud pour Tanger, le monde arabe et ses affaires lui vint notamment, comme il l'expliquera à son biographe Pierre Péan, de son amitié nouée à l'université de Lausanne avec le Saoudien Abdallah Nasser (rien à voir avec le président égyptien) qui était une espèce d'étudiant professionnel en quête « d'un diplôme officiel pour sanctionner les quinze années passées en Europe » (L'Extrémiste, p. 149). Essayant de satisfaire son ami, Genoud va tenter d'influencer rien moins que le secrétaire général de l'Université Catholique de Louvain, Léon van der Essen (1883-1963) !

     

    Mais laissons Léon Degrelle nous présenter ce dernier, étroitement lié aux meilleurs souvenirs de sa vie estudiantine : « Les grandes farces de Louvain, bouquin devenu presque officiel puisqu'il fut préfacé par le secrétaire général de l'université, le professeur Léon van der Essen, historien si renommé qu'il deviendrait, lui, mon préfacier, président de la Commission des crimes de guerre en 1945. Un rien de malchance alors, et l'excellent homme, un ami de la vie, se fût trouvé devant le dilemme : démissionner, ou me faire fusiller ! » (Persiste et signe, p. 44).

     

     

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    Pour son entreprise de débauchage, Genoud va passer par le fils de l'éminent historien devenu entretemps aussi le représentant de la Belgique au fameux procès de Nuremberg ! Georges van der Essen (1919-2003) va évidemment se montrer « outré qu'on ait pu envisager de demander à son père une chose pareille » (L'Extrémiste, p. 149). Mais l'important est qu'il rencontra alors aussi la femme de Genoud, qui allait divorcer et que Georges va s'empresser d'épouser : unique raison de l'intérêt à son égard de Pierre Péan, le biographe de Genoud, à qui il peut confier quelques ragots. « Van der Eesen [sic] se souvient que, revenant un jour d'Espagne, Bourquin lui dit que Degrelle les avait reçus en grand uniforme nazi avec toutes ses décorations, et que Genoud et lui en avaient beaucoup ri... » (L'Extrémiste, p. 147, n. 1).

     

     

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    Léon Degrelle porte uniforme et décorations pour Otto Skorzeny en 1950 ; en 1957, avec son fils Léon-Marie, il a revêtu l'uniforme d'apparat de la Phalange espagnole avec les médailles gagnées au Front de l'Est.

     

     

    Pierre Péan se montre enchanté de ce que « Bourquin et [Genoud] se moquaient du goût immodéré du chef rexiste pour les décorations et les uniformes allemands » (Ibidem). Outre que Léon Degrelle n'était sûrement pas animé d'une passion de collectionneur pour le Militaria germanique, mais éprouvait bien plutôt la plus grande fierté en se permettant d'arborer occasionnellement les distinctions gagnées dans les combats meurtriers du Front de l'Est, le dernier Commandeur de la Légion Wallonie ne portait uniforme et décorations qu'en circonstances exceptionnelles (le mariage de sa fille Anne, par exemple, ce blog au 20 décembre 2022) ou pour faire honneur à quelque visiteur d'importance.

     

    Que François Genoud ait pu s'en moquer, Pierre Péan doit bien convenir de l'improbabilité de pareille indélicatesse : « Genoud est fasciné par le grand séducteur et héros nazi [...] et continuera à le voir et à lui écrire régulièrement jusqu'à sa mort » (L'Extrémiste, p. 147, voir aussi ce blog au 3 janvier 2023). Mais c'est surtout Constant Bourquin que Georges van der Essen accuse de cette goujaterie. Est-ce davantage crédible ou n'est-ce pas plutôt celui-ci qui, ne présentant guère d'intérêt pour l'historien, sinon par sa relation avec ces deux personnages, essaierait de se donner quelque importance avec cette anecdote croustillante ? Nous ne saurons jamais ce qu'il en est avec certitude mais, si elle existe, c'est l'auteur de la grossièreté qui se juge...

     

     

    À propos des éditions de La Campagne de Russie :

    petite histoire d'une occasion ratée...

     

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    Comme en témoigne cette lettre du 22 juin 1978, François Genoud était depuis longtemps devenu un proche de Léon Degrelle qu'il tutoyait et dont il utilisait toujours plaisamment le prénom Juan, qui fut usuel à Constantina où les habitants ne connaissaient que « Don Juan de la Carlina » (ce blog au 3 janvier et 5 août 2023).

     

    Rappelant la tentative de rapt de la bande à Swy Aldouby en 1961 (ce blog au 3 janvier 2023), François Genoud incite à la plus grande prudence son ami traqué par de haineux ignorants se prenant pour des vengeurs bibliques.

     

    Mais le sujet principal de son courrier est le problème des droits liés à La Campagne de Russie que Léon Degrelle a cédés à Roland Laudenbach (1921-1991), fondateur des éditions de La Table ronde qui firent paraître, en 1969, le livre sous le titre Front de l'Est. Écrivain lui-même, journaliste et critique littéraire, le maurrassien Roland Laudenbach était un ami des « Hussards » Roger Nimier, Pierre Boutang, Antoine Blondin, Michel Déon,... dont il publie les ouvrages. Partisan de l'Algérie française, Laudenbach milita pour l'OAS (mais contrairement à ce qu'affirme l'artificiel Wikipedia, ne soutint pas activement la revue Défense de l'Occident de Maurice Bardèche : c'est de la revue Accent grave sous-titrée « revue de l'Occident » qu'il fut membre du comité de patronage !). Par contre, son nom est bien repris parmi les actionnaires de la Société de participations industrielles et commerciales (SOPIC) finançant les Éditions du Cheval ailé (Alain Clavien et al., « La province n'est plus la province », p. 262). Roland Laudenbach partage en tout cas les conceptions éditoriales de Constant Bourquin, c'est-à-dire qu'en les publiant, il souhaite rendre la parole à ceux qui en ont été privés par les maîtres du moment (voir ci-après), comme en témoigne la présentation qu'il fait de sa maison d'édition à son intervieweur François d'Orcival : « Les écrivains libres seront toujours les bienvenus ici, même si leurs opinions politiques sont différentes des nôtres. Par écrivains libres, j'entends ceux qui ne sont ni marxistes, ni gaullistes... » (Europe-Action, septembre 1965).

     

    Après la disparition du Cheval ailé dans le courant de l'année 1950, Léon Degrelle cherchait un éditeur pour ses prochains ouvrages, Hitler au coin du feu devenu Mémoires d'un fasciste, puis Nous, les fascistes et la réédition en trois parties de La Campagne de Russie. Est-ce alors Bourquin ou Genoud qui lui renseigna Roland Laudenbach et La Table ronde ? Toujours est-il qu'un premier contrat sera signé en 1963. L'éditeur passera quelque temps chez Léon Degrelle, proposant pour les Mémoires le titre plus provocateur de Hitler pour 1000 ans (voir aussi ce blog au 30 juin 2024). Il faudra cependant attendre 1969 pour que le projet aboutisse et que La Campagne de Russie, devenu Front de l'Est, soit republié en même temps et en un seul volume. Ces deux publications de La Table ronde ne rencontrèrent cependant pas le succès escompté.

     

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    Première et quatrième page de couverture de La Campagne de Russie telle que publiée en 1969 par La Table ronde. C'est son directeur Roland Laudenbach qui rédigea la note de présentation, toute d'objectivité et de bon sens.

    Imagine-t-on écrire encore ainsi de nos jours à propos du témoignage d'un vaincu de la Deuxième Guerre mondiale ? Au lendemain de la disparition du héros de Tcherkassy, la chasse fut ouverte par un chargé de cours d'histoire à l'Université de Liège (que Léon Degrelle n'appelait que Besace, vu la bouffissure de son imposture) qui décréta que « Degrellle mémorialiste appartient plus au domaine du psychiatre qu'à celui de l'historien » (ce blog au 9 juillet 2017). Depuis, c'est la curée. L'officiel et omnipotent CEGESOMA investiguera désormais tapageusement (mais vainement) « sur les agissements des légionnaires sur le front de l’Est, les actes commis contre les juifs, les partisans et des populations locales » (ce blog au 7 juin 2021) et les pseudo-spécialistes d'embrayer : si Léon Degrelle n'évoque pas la Shoah dans La Campagne de Russie, c'est parce que le Front de l'Est était devenu Judenrein, sans doute aussi par l'action des Bourguignons (selon le Prix 2009 du Pire Roman sexuel, ce blog au 19 juillet 2024)... Il n'est pas jusqu'à la revue d'Alain de Benoist, censée nous fournir des Éléments pour la civilisation européenne, qui n'embraie jouissivement sur la logorrhée injurieuse du fallacieux Frédéric Saenen (ce blog au 25 mars 2025) pour traiter grégairement Léon Degrelle de « mythomane », d' « escroc », d' « hitlérolâtre »,... et pour asséner l'indispensable et rituelle condamnation orthodoxe : « Beaucoup moins drôle [sic] que ses affabulations sont ses prises de position négationnistes »... (Éléments n° 214, juin-juillet 2025, p. 49 sv.).

    Ainsi progresse inexorablement la cancel culture...

     

    Aussi, quelque dix ans plus tard, François Genoud avait-il été chargé par Léon Degrelle de republier La Campagne de Russie avec de meilleures perspectives de succès : gros tirage chez Flammarion, accompagné d'une grande offensive publicitaire, suivi un an plus tard d'une édition de poche dans la collection J'ai lu... Mais l'auteur avait perdu de vue que le contrat qui le liait à La Table ronde était toujours d'actualité. Et Roland Laudenbach n'avait aucune intention de le libérer, nourrissant d'autres projets dont nous prenons connaissance par la lettre que lui adresse le banquier suisse en même temps que son courrier à Léon Degrelle : « Nous pensons tous deux –vous et moi– qu'un contrat avec un éditeur n'est pas fait pour étouffer un ouvrage. Or, c'est malheureusement ce qui est en train de se produire. Vous voulez écouler les exemplaires qui vous restent d'une édition vieille de neuf ans, basée sur un contrat vieux de quinze ans, sous le titre de l'édition originale de 1949 et donc en changeant la couverture. C'est équivoque et ne pourrait donner lieu qu'à une relance médiocre. D'autre part, nous ne savons toujours pas si nous aurons une édition de poche.

    Si l'on considère l'intérêt de l’œuvre, il est certain que le changement d'éditeur et un véritable nouveau lancement seraient la première vraie chance de ce très grand ouvrage, immédiatement saisi lors de sa sortie en 1949 et dont votre réédition de 1969 a passé inaperçue.

    Je vous prie donc de reconsidérer votre position et de libérer notre ami Léon dans des conditions que nous pouvons discuter. »

     

    La requête de François Genoud ne fut qu'un grand coup d'épée dans l'eau car non seulement Laudenbach resta sur ses positions, mais il enterra définitivement et inexplicablement tout nouveau projet concernant La Campagne de Russie !

     

     

     

    Mais qu'est-ce qui, en définitive, poussa Constant Bourquin à prendre en sympathie les vaincus de la Deuxième Guerre mondiale et à offrir une tribune à ces réprouvés, au premier rang desquels se trouve, bien sûr, Léon Degrelle avec sa Campagne de Russie devenue rapidement un véritable brûlot polémique ?

     

    Essentiellement le droit à la liberté d'expression, comme il s'en expliqua très clairement et non sans courage en 1947, dans son Almanach du Cheval ailé : « Certains hommes réclament la liberté, et ils commencent par la refuser à autrui. L'un de leurs porte-parole, qui a beaucoup de talent et qui n'est peut-être aujourd'hui qu'un fou repenti, a même inventé cette magnifique formule que la liberté appartient à ceux qui l'ont conquise [la formule exacte d'André Malraux, dans un discours à l'Assemblée nationale, le 29 décembre 1945, est « La liberté existe pour et par ceux qui l’ont conquise », nous soulignons]. [...] Dire que la liberté appartient à ceux qui l'ont conquise, c'est reconnaître cyniquement que l'arbitraire doit être la règle pour les puissants du jour, et qu'il appartient à n'importe quelle faction , du seul fait qu'elle est au pouvoir, d'en user à son gré. » (Retour à une littérature dégagée, pp. 11 et 18). « Je publie donc certains livres parce qu'il m'est agréable, pour autant que cela dépend de moi, de faire en sorte que certains témoignages soient connus, et de donner la parole à des hommes dont on voudrait qu'ils se tussent. [...] Au surplus, à mon goût, il est plus équitable de mettre au bénéfice de la liberté les écrivains qui en sont privés et ceux aussi qui par système ne contestent pas à autrui le droit de s'exprimer. [...] La liberté, dans le monde où nous vivons, est une divinité qu'on se dispute parce qu'elle porte un nom flatteur. Ceux qui se réclament d'elle ne sont malheureusement pas tous ses prêtres les plus dévoués. Je ne conçois pas qu'on puisse se mettre au service d'une plus belle cause. Telle est notre voie. Fussé-je le seul, je serai cet éditeur-là. » (Ibidem, pp. 15 et 22-23).

     

    Comment l'auteur de pareilles lignes ne serait-il qu'une malhonnête fripouille ? Ajoutons aussi que ne peut que plaider en sa faveur son attachement à la viticulture traditionnelle et à l’œnologie traduisant son amour sincère du vin, expression par excellence de la civilisation européenne et de la culture française : membre de l'Académie suisse du vin et fondateur en 1936 du club « DIVO » (Défense et Illustration des Vins d'Origine, organisation toujours active aujourd'hui), Constant Bourquin fut élu en 1966 membre correspondant pour la Suisse de l'Académie du Vin de France, avant d'y être reçu en tant que membre d'honneur le 13 juin 1972 et d'en obtenir le grand prix pour son « Bréviaire de l'amateur », Connaissance du vin (publié par les populaires éditions Marabout). Il compte aussi parmi les fondateurs à Bordeaux, en 1971, de l'Académie internationale du vin.

     

     

    Bourquin Académie Vin 1971.06.08.png

    Bourquin Connaissance Vin.pngConstant Bourquin (désigné sur la photo) lors du banquet annuel de l'Académie du Vin de France dans le célèbre restaurant parisien Le Taillevent, le 8 juin 1971 : il y reçut le grand prix de l'Académie pour son maître-ouvrage Connaissance du vin, Le bréviaire de l'amateur. L’œnologue suisse ne pouvant devenir « membre titulaire » de l'Académie, l’aréopage le reçut, en 1972, en tant que « membre d'honneur », titre qu'il partagea avec le Prince Louis Napoléon (1914-1997) et le Prince Paul de Metternich (1917-1992).

    Photo et renseignements issus des Archives de l'Académie du Vin de France ; le nom de Constant Bourquin n'apparaît pourtant curieusement pas dans la liste des « Membres anciens » de l'Académie.

     

     

    Homme de conviction, Constant Bourquin étendra naturellement au domaine œnologique sa défense radicale de la liberté d'expression au service de la véridicité –le souci de dire la vérité, de rechercher le vrai– lors du discours qu'il prononça à l'occasion de sa réception en tant que membre d'honneur de l'Académie du Vin de France : « L'unique justification du métier d'écrire, c'est l'expression ponctuelle de la vérité, de ce que l'on croit être la vérité. Comme l'audace ne me fait pas peur, je n'hésite pas à affirmer que, le plus souvent, dans le domaine envisagé ici, ce que je crois, ce que nous croyons être la vérité, eh bien, c'est vraiment la vérité. Celle pour laquelle il faut se battre – à n'importe quel prix ! » (Archives de l'Académie du Vin de France).

     

     

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  • Hélène Cornette, l'amie inconnue de Léon Degrelle

     

    Sous le manteau du Caudillo [5]

     

     

    Bajo el manto.pngDepuis sa publication, nous avons passé pas mal de temps à démonter les carabistouilles présentées comme des faits historiques par le singulier prof d'unif José Luis Rodríguez Jiménez dans son bouquin Bajo el manto del Caudillo Sous le manteau du Caudillo », ce blog à partir du 1er septembre 2024).

     

    Venons-en finalement à la seule information inédite –et encore, pas tout à fait : voir ci-après !– qu'il nous présente, à savoir l'existence d'Hélène Cornette, l'épouse d'un agent secret espagnol sur la tête duquel Léon Degrelle aurait planté d'autres petites cornes.

     

    Mais qui est cette femme dont le nom évocateur ne fut, à notre connaissance, jamais prononcé par qui que ce soit dans l'entourage de Léon Degrelle ?

     

    Hélène Cornette (1908-1999) est une Française qui épousa à Paris, le 13 octobre 1930, Pedro Urraca Rendueles (1904-1989), policier espagnol. Leur fils unique, Jean-Louis, naquit le 27 juillet 1936, très tôt rejeté par son père : « Durant ces mois [de 1939-40], Hélène faisait des allers-retours à Sèvres pour voir sa mère, Jeanne, et son fils Jean-Louis qui vivait quasi en permanence avec sa grand-mère. Son père a toujours voulu éloigner son fils de lui et de sa femme, ou plutôt il n'a jamais voulu de lui. » (p. 25). Le détail du rejet du père est important car il expliquera la présence de l'adolescent chez Léon Degrelle.

     

     

    Gemma Catalan.jpegCe policier doit toute sa (relative) notoriété à son action d'agent secret en France où il parvint à arrêter l'ancien président de la Généralité de Catalogne, Lluis Companys. Celui-ci, lors d'un coup d’État en avril 1934, avait proclamé la république catalane et, après la victoire des nationalistes en 1939, s'était réfugié en France. Livré par Pedro Urraca à la justice espagnole, il fut condamné pour haute trahison et passé par les armes.

     

    Pour en savoir davantage sur ce policier et sa famille et leur rapport avec Léon Degrelle, nous ne nous référerons pas au seul Rodríguez, car ce n'est évidemment pas lui qui a découvert cette relation inédite.

     

    La journaliste catalane Gemma Aguilera a consacré, il y a une douzaine d'années, une biographie à ce policier, Agent 447, L'home que va detenir el president Companys L'Agent 447, l'homme qui a arrêté le président Companys », en catalan en 2011 ; en espagnol en 2013). Dans ce livre, l'apparition de Léon Degrelle relève plutôt de l'anecdote, ce qui la fit sans doute passer inaperçue dans la sphère degrellienne.

     

    L'auteur y dresse ce portrait assez extravagant de Léon Degrelle : « Hélène surprend son mari avec cette proposition : confier Jean-Louis aux mains d'un bon ami à elle afin qu'il le corrige comme il le mérite et qu'il l'oriente vers la carrière militaire. Il s'agit de Léon Degrelle, ex-officier de la Waffen SS condamné à mort pour crimes de guerre et alors protégé par le régime de Franco ; Hélène l'a connu à Madrid en 1946 par des amis communs. Il vit confortablement installé dans un grand domaine, La Carlina, où il s'est fait construire un manoir et quelques résidences annexes qu'il a lui-même conçues. [...] Cet homme, qui mesure 2,03 mètres et est maigre comme un clou, se présente à Jean-Louis comme un héros de guerre, bien qu'il lui ait caché que peu de jours avant la chute de l'Allemagne, il avait déjà abandonné le champ de bataille et s'était enfui loin de la progression du front allié. » (pp. 143-144 de l'édition espagnole).

     

     

     

    Affiche jugement LD Fr+Nl.png   Affiche jugement LD.jpg

     

    Léon Degrelle, « condamné à mort pour crimes de guerre » ? C'est ce qu'il se colporte gratuitement depuis toujours. Rien de plus normal qu'un criminel de guerre soit condamné à mort ! Sauf que Léon Degrelle ne l'a jamais été. Ni criminel de guerre, ni condamné de ce chef, comme le montre le placard affiché le 30 janvier 1945 sur la Grand-Place de Bruxelles : il n'y est aucunement question de quelque crime ou violence à l'égard de civils, de prisonniers ou de blessés, constitutifs de crimes de guerre selon les conventions de Genève.

     

    Léon Degrelle, un homme « qui mesure 2,03 mètres et est maigre comme un clou » ? Même le géant Otto Skorzeny, qui faisait une quinzaine de centimètres de plus que Léon Degrelle, ne mesurait « que » 1,93m (l'avis de recherche lancé par les Alliés en 1945 renseigne une taille de 6 feet 4 inches : ci-dessous à droite). Si Léon Degrelle apparaît beaucoup plus maigre qu'à l'habitude sur la photo prise dans la finca de Majalimar en 1950 en compagnie d'Otto Skorzeny (voir aussi ce blog au 3 décembre 2024), c'est qu'il avait subi, quelque temps auparavant, une grave opération de l'estomac (voir ci-après). D'après le passeport fourni par Alain Delon (ce blog au 19 août 2024), Léon Degrelle mesurait 1,78m.

     

    Sur la protection de Franco, voir ce blog au 31 mars 2021 ; sur l'évasion de Norvège à bord du Heinkel d'Albert Speer, voir ce blog aux 18 juin 2020 et 19 septembre 2024).

     

    LD Skorzeny Carlina.jpg   Wanted Skorzeny 1.jpeg

     

     

     

     

    C'est donc ce bouquin qui permit à Rodríguez d'apprendre que l'épouse du policier qui traqua l'éphémère président de Catalogne, devint une amie du nazi Degrelle. Si le peu scrupuleux historien reconnaît quand même sa dette dans ses Références archivistiques [!], le nom de la journaliste –pourtant bien marquée à gauche aussi– n'apparaît jamais dans l'Index onomastique, ni son livre dans la Bibliographie...

     

    Rodríguez portera évidemment sur ces personnes compromises dans la collaboration franco-allemande et avec le régime franquiste un regard fort négatif, –ce qui n'étonnera personne–, mais qu'il assortira de sa touche personnelle et habituelle : le flou (la mère d'Hélène est peut-être coupable de vol) et la généralisation abusive (le pillage est une habitude chez certains Français et Espagnols) qui font les bons ragots.

     

    Les jeunes gens, Hélène et Pedro, « s'étaient connus trois ans avant [leur mariage] à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, pendant les vacances de leurs parents respectifs » (p. 23). Hélène Cornette était la fille d'un premier mariage de sa mère, Jeanne Compveut (Rodríguez qui, on le sait depuis notre premier article –ce blog au 1er septembre 2024–, est un spécialiste de l'onomastique, nous explique qu' « à cette époque, les Français ne portaient que le nom du père » !), qui s'était remariée avec un veuf dont l'entreprise d'accessoires de mode avait fait faillite. Le détail est important pour la mauvaise réputation de la famille car, suite à cette faillite, les ateliers du mari avaient été transformés en appartements, dont l'un était loué à une artiste-peintre juive. Celle-ci aurait été dénoncée par Jeanne et dévalisée grâce à son gendre Pedro Urraca : « Peu après le début de l'Occupation, et avec la complicité de sa fille et de son gendre, Jeanne Compveut se servit de l'ascendance juive de Sachs et de ses amitiés de gauche pour la dénoncer à la police allemande, pénétrer dans son appartement qu'elle louait rue de l'Université et le réserver à son propre usage, après en avoir retiré le mobilier de l'artiste-peintre et, peut-être, avoir volé une partie des objets de valeur que cette dernière n'avait pas pu emporter. La pratique du pillage des biens des personnes en fuite était une habitude chez une partie des Français et du personnel allemand dans la France occupée. C'était la même chose pendant et après la guerre espagnole. Ceci fut la première, mais non la dernière action de pillage commise par Jeanne Compveut et son gendre sur des personnes craignant pour leur vie. Urraca créa un groupe –ou du moins en fit partie– destiné à spolier les familles juives qui tentaient de fuir la persécution nazie. » (p. 27).

     

     

     

    Gemma Espagnol.jpegL'édition catalane du livre de Gemma Aguilera (ci-avant) affiche le portrait de Pedro Urraca en couverture puisque c'est à lui qu'est consacrée cette biographie. Mais la traduction espagnole produit la photographie d'une foule anonyme : il s'agit de personnes regardant le cortège funèbre d'un anarchiste mort dans l'assaut d'une caserne à Barcelone en 1936 : le président de la Généralité de Catalogne, Lluís Companys, est le civil de droite (avec une pochette blanche). Vengeance posthume ourdie par la biographe de Pedro Urraca ? Sa victime lui vole en tout cas la vedette en couverture de sa propre biographie...

     

     

    « L'année 1948 commença très mal pour Urraca et sa famille. Lui-même, son épouse et sa belle-mère avaient été jugés par contumace et la Cour d'Appel de Paris avait rendu son jugement le 5 janvier, condamnant Pedro Urraca à mort pour intelligence avec l'ennemi dans la persécution de Français et lui confisquant tous ses biens. Hélène Cornette fut condamnée à cinq ans de prison, une amende de 100.000 francs, la confiscation de ses biens présents et à venir au bénéfice de la nation et l'indignité nationale, ce qui impliquait la perte de la nationalité, pour commission d'actes nuisibles à la défense nationale, en ce compris l'aide à son époux dans la collaboration avec l'ennemi et sa participation au réseau de persécution d'Espagnols et de Français. [La mère d'Hélène,] Jeanne Compveut [...] fut condamnée pour commission d'actes nuisibles à la défense nationale à deux années de prison, une amende de 100.000 francs et l'indignité nationale. Comme elle ne paya pas son amende, ses deux maisons en France [...] furent confisquées. » (p. 234).

     

    Voilà donc de bien peu recommandables personnages qui seraient entrés dans la vie d'un Léon Degrelle qui, pour avoir subi des préjudices semblables (mais sans avoir jamais été soupçonné d'avoir dépouillé qui que ce soit), ne s'en effarouchera certes pas. Selon Rodríguez, ils sont de toute façon à mettre dans le même sac, même si la Belgique ne pouvait représenter pour Hélène Cornette la même chose que pour Léon Degrelle et que les opinions géopolitiques que lui prête Rodríguez relèvent d'une évidente spéculation : « Ils partageaient un passé semblable, avec le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, leurs expériences de vaincus et de condamnés, ainsi que les liens avec la Belgique. Ils partageaient aussi le diagnostic politique sur le danger que représentait l'Union soviétique. » (p. 235).

     

    Mais comment se sont-ils rencontrés ?

     

    Rodríguez va en faire le récit assorti de ses habituelles insinuations malveillantes (notamment quant à l'endroit où Hélène et sa famille auraient caché le produit de leurs brigandages) : « Pendant ces années [d'après-guerre], aussi bien le policier que sa famille conservèrent l'immunité diplomatique et leurs passeports aux fausses identités afin de voyager dans différents pays, y compris peut-être celui où ils avaient déposé une partie de leurs biens d'origine suspecte. Ils se rendraient également à Madrid. Ce sera surtout le cas d'Hélène qui alternait des séjours de plusieurs semaines une ou plusieurs fois par an, parfois seule avec son fils, et d'autres fois avec sa mère pour visiter ou recevoir leurs amis. C'est à cette époque qu'elle connut Pilar Primo de Rivera et Clarita Stauffer et il est fort probable que ce fut cette dernière qui présenta Hélène à Degrelle, entre lesquels se serait développée une histoire d'amour. » (p. 235). Gemma Aguilera n'est guère mieux inspirée en précisant que c'est « Léon Degrelle, ex-officier des Waffen SS condamné à mort pour crimes de guerre et alors protégé par le régime de Franco qu'Hélène connut à Madrid en 1946 grâce à des amis communs. » (p. 143)

     

    Cela nous semble pratiquement impossible car après son évasion de l'Hôpital Mola, le 21 août 1946, Léon Degrelle vécut, grâce au Cuñadisimo Ramón Serrano Suñer (ce blog au 5 août 2023), en sécurité mais strictement enfermé pendant plus d'un an dans une chambre de bonnes, Calle Goya à Madrid, chez un couple de vieux retraités ignorant son identité et ne parlant pas le français. « Le Chef de Rex [...] n'en sortit jamais une fois pendant les mois qu'il y passa. Il ne reçut aucune visite. C'était la claustration totale, car ainsi seulement sa sécurité était assurée. » (Mon Combat, p. 251).

     

     

     

    Nieuwe Standaard 1946.08.27.png   Nieuwe Standaard 1946.08.28.png

    Depuis sa disparition de l'Hôpital Mola de San Sebastián, la presse voit Léon Degrelle n'importe où : qui dans une meule de foin au pays basque (AFP, 23 août 1946), qui sur un bateau argentin (Daily Telegraph, 26 août 1946), qui en Irlande (La Libre Belgique, 6 septembre 1946), en Equateur (Le Monde, 21 septembre 1946), ou au Brésil (AFP, 18 novembre 1946)...

    Reprenant une « information » du Daily Telegraph, le quotidien flamand De Nieuwe Standaard publie une caricature de Léon Degrelle en route vers (ou revenant de) « Beunos Ayres » par le célèbre dessinateur flamand Marc Sleen (auteur de la populaire série Les Aventures de Néron et Cie, publiée dans les quotidiens belges catholiques de gauche Het Volk et La Cité). À gauche, « Le Daily Telegraph communique que, selon un rapport de Madrid, Léon Degrelle se trouve à bord du navire espagnol Monta Ayala de 2.955 tonnes affrété pour Buenos-Aires. Le navire a quitté Bilbao jeudi, jour où fut communiquée la disparition de Degrelle. » (De Nieuwe Standaard, 27 août 1946) ; à droite, l'illustration de Marc Sleen dans De Nieuwe Standaard, le 28 août 1946.

    Les 2 et 10 octobre 1947, La Dernière Heure, reprenant des informations de la presse italienne, révèle que Léon Degrelle serait le chef d'orchestre du Jazzband de l'Hôtel Rivadaria, à San Sebastián (dessin de Marcel Antoine, 1897-1959, chansonnier-dessinateur célèbre avant-guerre pour son personnage de Slache, héros caricatural bruxellois) : le Ministère des Affaires étrangères belge ne manquera pas de diligenter une enquête et son chargé d'affaires à Madrid lui enverra ses conclusions judicieuses : « L'Hôtel Rivadaria n'existe pas. [...] Je suis persuadé que Degrelle ne songerait pas à se produire dans un lieu aussi public qu'un restaurant connu de Saint-Sébastien. »

    DH 1947.10.02 LD chef orchestre.JPG   DH 1947.10.10 LD orchestre Marcel Antoine.JPG

     

     

     

    Ce n'est qu'à la fin de l'année 1947, quand purent s'assouplir ses conditions de vie que Léon Degrelle fit la connaissance de Clara Stauffer, par l'intermédiaire d'amis phalangistes, anciens de la Légion Azul, qui l'aidaient à correspondre avec sa famille de Bruxelles grâce à la valise diplomatique. Très impliquée dans l'aide aux réfugiés allemands pour gagner l'Amérique latine, elle connaît aussi Pierre Daye qui essaie alors de convaincre son ami Léon Degrelle de le rejoindre en Argentine.

     

    Est-ce au même moment qu'une rencontre avec Hélène Cornette eut lieu ? Nous en doutons également car, d'une part, Léon Degrelle envisageant sérieusement de s'installer à Buenos Aires ne développe alors de vie sociale qu'utile et profitable, évitant tout comportement imprudent ou périlleux. D'autre part, depuis mai 1946, Hélène Cornette et toute sa famille (mari, fils, mère) habitent, comme le souligne Gemma Aguilera, un appartement à Bruxelles et, par ailleurs, tout au long de l'année 1947, elle « accompagne son mari dans tous ses voyages en Hollande, au Luxembourg et en Suisse, alors que sa mère et le petit Jean-Louis poursuivent une vie normale dans la capitale. » (p. 128-129).

     

    L'année 1948 est, nous l'avons vu, celle où le couple fut lourdement condamné par la justice française et Pedro Urraca, promu inspecteur de première classe travaille alors au consulat général d'Espagne à Anvers et Bruxelles, chargé de la surveillance du Parti communiste espagnol en exil. Un poste qui le confine dans la sécurité des locaux de l'ambassade.

     

    Quant à Léon Degrelle, 1948 lui fut également une année des plus pénibles : il vit caché à Torremolinos dans un isolement quasi complet et apprend la mort en prison de son père et de son beau-frère Charles Raty. Sa blessure au ventre provoquée par l'explosion d'un obus sur le front du Caucase en 1942 s'infecte à nouveau, provoquant des hémorragies internes qui nécessitent une opération d'urgence. Elle se pratiquera en septembre, suivie d'une longue convalescence où il perdra une trentaine de kilos (une nouvelle opération chirurgicale sera nécessaire en octobre 1950).

     

    Ce n'est qu'au printemps 1949 que, grâce à son ami le ministre du Travail José Antonio Girón, il pourra trouver un logement sûr dans la grande finca sévillane de Majalimar où il demeurera jusqu'en 1954. Il y écrira son grand récit autobiographique Mon Combat (voir ci-avant), le poème Les Îles blanches resté inédit, le roman La Grande Bagarre (ce blog au 26 mai 2016) et Les Âmes qui brûlent, ouvrage, selon son traducteur espagnol, l'éminent académicien Gregorio Marañon, « étincelant comme une flamme, [...] d'une beauté impossible à surpasser », ce blog au 24 janvier 2023). C'est également de Majalimar qu'il se lancera dans ses premières affaires commerciales et industrielles (ce blog au 3 décembre 2024) lui permettant d'acquérir en 1952 un ancien vignoble dans le village de Constantina et d'y construire son vaste domaine de La Carlina où il emménagera définitivement en avril 1954, à la mort du propriétaire de Majalimar, emporté par un cancer de l'estomac.

     

     

     

    Majalimar Entrée Finca.jpg

    Majalimar Pavillon LD 1949a.jpg

    Au-dessus, l'entrée principale de la finca Majalimar (photographie contemporaine) ; au-dessous, le pavillon où résida Léon Degrelle de 1949 à 1954. Ce vaste domaine agricole de 1200 ha appartenait au plus important industriel lainier de la région de Salamanque, Leandro Cascón Pablos (1883-1954), ami proche du ministre du Travail José Antonio Girón. Le pavillon occupé par Léon Degrelle, construit sur un promontoire dominant la finca, était protégé par une vaste clôture de fer forgé. L'entrée, décorée par des azulejos religieux, exprime le fervent catholicisme du propriétaire qui, tout comme Léon Degrelle (ce blog aux 2 septembre 2023 et 18 octobre 2024), effectuait fréquemment des pèlerinages, notamment en Terre Sainte. La faïence placée à droite de la porte de chêne ouvragé sous le portique d'entrée invoque la Vierge (« Ave Maria »). Au-dessus, un azulejo plus grand représentant le Christ qui désigne son cœur marqué par les stigmates de la Passion place l'habitation sous la protection du Sacré-Cœur : « Je bénirai les maisons où l'image de mon cœur sera exposée et adorée. Les personnes qui propagent cette dévotion auront leur nom gravé dans mon cœur et il n'en sera jamais effacé. »

    La tradition de consacrer sa demeure au Sacré-Cœur de Jésus remonte aux visions de Marguerite-Marie Alacoque qui, au XVIIe siècle, se vit chargée de propager le culte du Sacré-Cœur, ainsi qu'à l'institution officielle de sa fête par le pape Pie IX, deux siècles plus tard. Cette dévotion connaîtra un regain de popularité lors du Congrès eucharistique de Lourdes en août 1914 liant son culte à l'établissement de la royauté du Christ dans le monde. Comment le défenseur des Cristeros (ce blog, entre autres, au 7 février 2019), fondateur du mouvement Rex prêchant la révolution des âmes en l'honneur du Christ-Roi, n'y aurait-il pas été sensible ?

    Ci-dessous, à gauche, l'entrée du pavillon de Léon Degrelle (photographie contemporaine) ; à droite, Léon Degrelle amaigri par ses graves opérations de 1948 et 1950.

     

    Majalimar Pavillon LD Entrée1.jpg   Majalimar LD amaigri 1.jpg

     

     

     

    À suivre