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  • Léon Degrelle, 31 mars 1994 - 31 mars 2026. Etsi mortuus urit !

     

     

    Le plaidoyer d'un père éternellement aimant,

    d'un poète impénitent, d'un lutteur toujours

    pugnace...

     

     

     

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    Le 27 octobre 1957, Léon Degrelle écrit, pour la première fois depuis douze ans, à sa fille Chantal. Il a reçu son adresse par son fils Léon-Marie qui l'a rejoint le mois précédent, lui a appris le mariage de sa fille aînée et donné des nouvelles de toute la fratrie, notamment d'Anne, fort remontée contre son père...

     

     

    Pour le trente-deuxième anniversaire de la disparition de l'auteur de Les Âmes qui brûlent, nous avons choisi de vous donner accès à un extraordinaire document, la lettre-fleuve de Léon Degrelle à l'aînée de ses enfants, Chantal avec qui il essayait de reprendre contact après plus d'une décennie d'absence (ce blog au 2 septembre 2023).

     

    Ce long courrier, au lyrisme passionné, destiné à renouer avec ses proches dont il était coupé par les manœuvres de sa belle-famille (ce blog au 5 novembre 2022), est un émouvant témoignage de l'amour d'un père injustement privé de ses enfants, en même temps qu'une encore discrète justification de son combat politique. Il nous éclaire aussi sur la précocité de l'inimitié atavique d'Anne qui éclatera avec une étonnante crudité dans ses récents mémoires (ce blog à partir du 23 octobre 2022). Si cette appréciation toute négative d'Anne à son propos est connue de Léon Degrelle, c'est que son fils Léon-Marie l'a rejoint depuis le mois de septembre 1957 et l'a renseigné sur les sentiments de toute la famille : ils sont à la base de ce courrier bien circonstancié à l'adresse de sa fille aînée Chantal (sur les premières impressions de Léon-Marie concernant sa nouvelle vie en Espagne, voir ce blog au 26 février 2016).

     

     

    LD Anne+LM+Chantal+God.jpg

     

    Léon Degrelle (en uniforme de la Wehrmacht et non de la Waffen SS qu'il ne rejoindra qu'en juin 1943) avec toute sa famille : de gauche à droite, Anne (née le 27 juillet 1936, ce blog au 13 mars 2023), Léon-Marie (né le 4 mai 1939) dans les bras de son Papa, Chantal (née le 13 février 1934) entre son Papa et sa Maman, Marie-Paule Lemay, qui enlace, debout sur le muret, Godelieve (née le 14 avril 1938, ce blog au 17 avril 2023) à qui son Papa donne également la main. Il ne manque donc que Marie-Christine, qui viendra au monde le 1er août 1944 : cette photo fut prise dans la propriété familiale de la Drève de Lorraine probablement au moment des funérailles à Bruxelles, le 17 avril 1943, de Paul Colin, le directeur du Nouveau Journal, assassiné trois jours auparavant (ce qui expliquerait les tenues de deuil de la Maman et de ses deux aînées).

     

     

    Un document passionnant, nous éclairant sur la vraie personnalité de Léon Degrelle, empreinte de compassion et de charité, tout autant que de foi et de justice.

     

    [Documentation © Jacques de Schutter]

     

     

    Le 27 Octobre 1957.

     

    Ma belle grande Chantal,

    Mon cher Roland,

     

    Me voici installé dans un jardin, écrivant sur une table d'osier qui tremble. Un grand soleil d'or, sur un immense ciel bleu appuyé sur des montagnes violettes ! Quelques vieux arbres jaunissants, coiffés de grands corbeaux noirs qui essayent de comprendre, par-dessus mon épaule, ce que j'écris bien !

     

    « J'écris à ma fille, vieux grands corbeaux ! à ma fille dont vous voyez la photo près de moi. Regardez-la sagement. Voyez comme elle est jolie, et comme elle regarde la vie d'un œil affectueux et futé. »

     

    Visiblement, les corbeaux admirent. Moi aussi. Car tu es une jolie fille, ma grande Chantalinette (je peux encore t'appeler ainsi ?). D'ailleurs, petite, tu étais déjà si gentille, avec une fougue, une passion qui me ravissaient et m'effrayaient !

     

    Tu avais des yeux profonds, avec des brusques lueurs qui entraient comme des flèches. Il y avait en toi de grands élans, où tu te donnais toute. Je me souviens, en 1944, on avait fait de moi une très belle photo en couleur (c'était les débuts) et je te l'avais offerte. Quelques mois plus tard, vous arriviez vous réfugier en Allemagne. Et que tenais-tu contre toi, après dix jours d'aventures et de campings ? Ma photo dans un bel encadrement de cuir qui t'avait coûté toute ta fortune ! Tu avais laissé tes poupées, tes jouets, tous tes petits biens, tu n'avais pas laissé ton papa...

     

     

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    À l'issue de sa rencontre, le 20 février 1944, avec le Führer qui lui remit la cravate de Chevalier de la Croix de Fer récompensant son action décisive dans la percée de Tcherkassy, le Commandeur Hauptsturmführer Léon Degrelle effectua la traditionnelle séance de pose dans l'atelier de Walter Frenz, le photographe officiel installé au QG de Rastenburg. Il existe cinq portraits différents de cette séance, auxquels s'ajouteront, le 27 août 1944, cinq autres quadrichromies également réalisées par Walter Frenz.

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    Gageons que c'est la photo où il est tout sourire que le nouveau Chevalier de la Croix de Fer offrit à son aînée Chantal.

     

     

     

     

    Te souviens-tu encore de ce temps-là ? De nos adieux ? Avec Annette, Godelieve et Léon-Marie, vous faisiez la chaîne autour de moi, chantant : « Ce n'est qu'un au revoir, papa, ce n'est qu'un au revoir ! » Et vrai, ce ne sera qu'un au revoir, puisque j'ai revu Léon-Marie déjà, et que je vais te revoir et que je reverrai les autres, un jour aussi.

     

    Mais qu'il fut long, ce chemin d'angoisse avant de pouvoir jeter à nouveau –comme aux grimpeurs en montagne– cette corde de tendresse qui ne flottait plus que comme une pointe d'étoile lointaine dans mes souvenirs...

     

    Tu ne sais pas tout ce que j'ai fait pour essayer de vous atteindre ! Dès l'automne de 1945, déjà, je faisais écrire à ta grand'mère d'Eyliac. Tout était prêt, à cette époque-là, déjà, pour vous recevoir ici. Après, dix fois, j'ai relancé, fait relancer ta grand'mère, puis ta maman ; j'ai envoyé du monde, j'ai écrit à l'avocat, j'ai même enregistré 1/2 heure de conversation avec vous ! Mes livres, on les brûlait à l'arrivée. Mes messages, on vous les laissait ignorer. Deux ministres ont offert d'aller vous chercher, tous [probablement ses fidèles amis phalangistes Ramón Serrano Súñer, ministre des Affaires étrangères pendant la guerre, et Raimundo Fernández Cuesta, ancien ministre de la Justice et secrétaire général du Movimiento : ce blog au 1er septembre 2024 ; tous deux participèrent à l'évasion de Léon Degrelle de l'hôpital Mola à San Sebastián, le 21 août 1946 ; tous deux compteront également parmi les témoins officiels du mariage, le 9 octobre 1969, de sa cadette, Marie-Christine, avec le fils d'un haut magistrat espagnol, président de la cour d'appel de La Corogne. Mais Léon Degrelle pourrait également faire allusion à son autre ami phalangiste, José Antonio Girón (1911-1995), jusque-là ministre du Travail, ce blog au 15 mars 2025]. On vous eût accueillis comme des rois (comme Léon-Marie l'a été, partout où je l'ai présenté).

     

    Pourquoi donc a-t-on fabriqué cette séparation atroce ? Parce que j'étais vaincu ? Mais ce serait trop facile que de n'être unis qu'aux beaux jours ! C'est dans la peine, l'épreuve, la persécution que les cœurs doivent s'aimer le plus, être le plus unis...

     

    Le mien, en tout cas, vous est resté uni, à tous, à ta maman aussi, tu peux le lui répéter n'ayant d'autre désir, après toutes ses épreuves que de lui donner un peu de douceur, d'affection et de paix... Maintenant encore, je ne comprends rien à cette histoire atroce. À la fin de la guerre, elle m'envoyait (je l'ai toujours) une lettre débordante de tendresse et de promesses. Sans doute le poids de la prison lui a-t-il écrasé le moral, a-t-il converti sa vie passée en une sorte de cauchemar dont elle a voulu chasser le spectre (et c'est moi, le spectre !) ? Peut-être, avec le temps, cela se calmera-t-il ? Qu'elle sache, en tout cas, que mes sentiments sont restés les mêmes, que je ne conserve de rancœur de rien, et que si certains (ou certaines) m'ont voulu du mal, je ne veux ni le retenir, ni même le savoir.

     

    Mais, Bon Dieu ! pourquoi s'empoisonnent-ils la vie, quand elle est si belle, quand il y a tant de lumière dans les cieux, tant de beauté dans les choses et tant de refuges de tendresse dans les cœurs ! Oui, la vie est belle, magnifiquement belle, toujours, elle peut même l'être dans la douleur supportée avec force et noblesse. Il n'y a –quand on le veut– rien de petit, rien de médiocre. Même un brin d'herbe est beau, même le chant d'un modeste moineau, même une simple goutte d'eau qui tombe d'une source. Il faut tout regarder avec des yeux frais et vainqueurs, avec l'appétit de vivre, avec la volonté de prendre ; et non en vaincu, l’œil vague, les reins rompus.

     

     

    Maman LD décédée.jpg

     

    Emprisonnée (sans jamais avoir été condamnée par quelque tribunal) dans un hospice bruxellois surveillé par la gendarmerie et géré par des religieuses, Marie-Catherine Boever, la Maman de Léon Degrelle, rend l'âme, le 23 octobre 1947. Anéantie par la nouvelle de la condamnation sévère de son mari Édouard Degrelle, le 10 octobre précédent, elle était seulement coupable –comme lui– d'avoir donné le vie à Léon Degrelle ! Sur sa poitrine repose le crucifix que son fils avait réussi à lui faire parvenir, en même temps que ses vers de La Chanson Ardennaise (ce blog aux 20 mars et 15 juin 2020) : ses sœurs pourront lui rendre cette relique sacrale, via la famille de Robert Du Welz, en même temps qu'elles lui enverront une mèche des cheveux de leur Maman et quelques-unes des roses disposées sur le lit mortuaire.

     

     

    Crois-tu que moi aussi, je n'ai pas eu ma part de peines ? traqué par mes persécuteurs, sali par mes calomniateurs, recevant, coup sur coup, les nouvelles les plus affreuses (maman morte en prison ; papa mort en prison ; ta maman qui se renfermait, comme une huître, dans son éloignement ; vous autres perdus, dont j'ignorais même si vous viviez). Alors quoi ! il me fallait me recroqueviller dans un abîme de mélancolie ou de mauvaise humeur ? abreuver les autres du fiel que je ne pouvais plus avaler ? Mais non ! Quand la vie fait la garce, il faut l'attraper par le peau du dos et lui dire « Toi, ma vieille, si tu te figures que tu vas m'impressionner ! » Je lui ai ricané en pleine figure et j'ai continué ma route en sifflotant, en saluant, –l’œil clair–, les fleurs, les nuages, les étoiles ! La vie est un cadeau de Dieu, merveilleux si nous en découvrons les dons et les secrets. Tiens ! voilà une seconde, m'est dégringolée sur le bras une grosse gousse de châtaigne. Bien, si tu es pessimiste, tu peux t'écrier : « Zut, comme c'est piquant, quelle saloperie ! » Et c'est vrai, ça m'a heurté un bon coup, et ça pique. Mais si tu es optimiste (comme ton père !), tu peux dire aussi : « Chic, quelles merveilleuses châtaignes me tombent tout d'un coup du ciel ! » Et c'est vrai aussi ! Et tu les croques, ravie !

     

    Dieu les envoie. Mais on peut ne pas les voir, ou ne voir que la carapace désagréable qui, souvent, enrobe les bienfaits à découvrir.

     

    Vois notre cas. Vous seriez venus me retrouver, vous auriez vécu dans un pays merveilleux, ta maman aurait retrouvé la paix, la douceur de vivre, sans devoir ni s'éreinter, ni pester, ni lutter, ni souffrir, ni se détraquer le foie et la bile ! Bien, non elle en est restée à se piquer les doigts à l'écorce de la châtaigne !

     

    (Tu vas me dire : « Eh moi alors, chez tes Andalous, comment est-ce que j'aurais découvert mon Roland ? » Ça, c'est vrai ! Surtout qu'il a l'air si chic type ! Alors ça valait que j'attende quelques années de plus pour te revoir ! Je te l'accorde !)

     

    Mais cet optimisme-là, cette foi en la vie, ta chère maman l'aura-t-elle jamais ? Je le voudrais tant pour elle. Mais on est comme on est. Jadis, quand elle avait tout, elle pouvait déjà rester des heures et des heures à regarder par la fenêtre, dans le vide, comme happée par un monde étrange qui ne lui donnait rien et qui la rongeait. Je lui disais : « Mais joue avec tes enfants ! ou lis ! et vis ! » Elle laissait filer le bonheur sans même voir qu'il était . Quand, deux ou trois fois, elle a cru qu'il arrivait, elle s'est trompée et s'est brûlé les doigts. Elle était hantée par des fantasmes, se perdait dans des brumes sans fin et ne se doutait ni de la couleur, ni de la chaleur du soleil qui était près d'elle. Il y aurait un roman hallucinant à écrire sur elle, intelligente, fière, noble, mais inapte au bonheur, les yeux ouverts mais ne voyant pas, une amertume invisible dans les dents, ne remarquant, dans l'éblouissement de la lumière, que son ombre, à chaque pas, triste et sans couleurs.

     

     

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    Marie-Paule Degrelle « avait un tempérament plutôt pessimiste, avec des complexes à la Mauriac. Et puis, la foule qui attirait, étreignait tellement son mari, était la rivale, la dangereuse rivale, qui lui happait son bien propre. Quand on la conduisait à un grand meeting, elle en revenait les dents serrées, avec quelque chose de hagard, d'irrité. Léon Degrelle comprenait ce drame secret. [...] Même ses enfants ne la distrayaient guère. Souvent, elle errait près d'eux comme un fantôme. [...] En 1945, [...] elle courut se faire coincer à la frontière suisse, toujours poussée vers le malheur par un sort inexorable. » (Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit, p. 105).

     

     

    Tu sais, souvent, j'ai de la peine pour elle, comme jadis, déjà, j'en avais tant de fois ! Quand j'étais là, mon optimisme arrivait à balayer ses fantasmes, à la replacer dans la santé de l'esprit, dans une possession saine de la vie. Je la ramenais sur la berge. Mais ces années de l'après-guerre l'ont rejetée au fil de l'eau. Je voudrais tant la ramener sur la douceur des rires... Dis-lui que je le désire, qu'elle ne doit pas avoir peur de moi. Je ne veux que son bonheur, d'ailleurs, avec moi, sans moi, hors de moi. C'est elle qui choisit. Mais si je peux encore lui donner un peu de douceur, je suis encore là, je serai toujours là, après quoi que ce soit.

     

     

    Et les autres ?

     

    Toi, te voilà rayonnante, heureuse d'aimer et d'être aimée ! Tu sais, tu as été vaillante et courageuse, et d'autres se seraient effrayées en ton cas. Mais tu as montré qu'il y avait en toi de l'élan, du don (on ne vaut que dans la mesure où on se donne. J'ai écrit tout un livre là-dessus, dernièrement Les Âmes qui brûlent). Il faut brûler, se consumer dans un don qui ennoblit, qui nous soulève au-dessus de tout ce qu'il y a, en nous, de médiocre. Tu as choisi une route difficile. Mais c'est, souvent, d'en haut des monts les plus abrupts qu'on a les plus beaux paysages.

     

    L'épreuve qui a atteint Roland a pu, aussi, lui donner une vie intérieure, une volonté, un désir de faire mieux autrement, capables de t'accorder des joies supérieures que les autres n'éprouveront pas. J'imagine ce qu'a dû être son drame intérieur et comment, alors, il a dû se dire : « On me fauche ces possibilités-là et ces joies-là, j'en créerai d'autres, plus étonnantes et plus belles ! »

     

    La vie a cela de bon qu'on peut toujours la vaincre, tant que l'esprit ne capitule point. Le corps est un détail (parfois détail merveilleux, grandiose), mais il n'est quand même pas l'essentiel : l'essentiel, c'est notre cerveau, notre cœur, notre âme qui le portent. Eux, peuvent tout.

     

     

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    À vingt-quatre ans, Chantal, l'aînée des enfants de Léon Degrelle, s'était déjà mariée en 1956 avec le Français d'origine suisse, Roland Autenheimer (ce blog au 2 septembre 2023). C'est Léon-Marie qui, en reprenant contact avec son père en 1957, lui décrivit la situation de toute la famille, lui apprenant le mariage de Chantal ainsi que la poliomyélite dont est atteint son mari. Même si Léon-Marie présente sympathiquement Roland, les détails qu'il fournit ne laisse pas d'inquiéter le Papa (et effectivement, le mariage se terminera quelque temps plus tard par une séparation tumultueuse) qui, dans sa réponse à son fils, analyse avec son implacable bon sens les renseignements fournis par Roland sur les origines de sa polio...

     

    « J'attendrai donc Chantal et son mari, pour le plus longtemps possible. À te parler franchement, cette nouvelle du mariage a été pour moi un coup terrible. Toi, tu parles avec ton bon cœur, ta naïveté ; et peut-être as-tu raison ?...

    Mais enfin, ce que tu me dis est bien inquiétant. On peut avoir beaucoup de courage et d'énergie, mais il n'empêche qu'être ainsi paralysé des deux jambes est un grand handicap qui a, tôt ou tard, ses répercussions sur le caractère. [...]

    Je veux bien croire que Roland soit très sympathique et je brûle de le recevoir ici pour le connaître (après !), moi qui n'ai rien pu savoir, apprécier et conseiller à temps. En attendant, ces histoires de résistance me paraissent assez confuses. Suisse, à quoi résistait-il ? Et à cet âge-là ? (car il devait avoir, s'il a 30 ans maintenant, 12 ans au début de la guerre (1939) et 17 à la libération ? Cette fabrication (à 15 ou 16 ans) de conserves de rats crevés me paraît aussi bizarre. Les Allemands possédaient toutes les principales fabriques d'Europe et ne manquèrent de rien. Et puis, ces boîtes, remises dans le marché, eussent donné la polio de nombreuses années plus tard ? (puisqu'il a eu la polio à 25 ans, donc vers 1952). Enfin, je veux croire qu'il y a des explications que j'ignore, mais je suis inquiet. » (Lettre à Léon-Marie, le 17 juillet 1957).

     

    LDàLM 17.07.1957 Roland.jpg

     

     

    Alors, voilà, vous n'aurez pas une vie banale. Tu n'as pas eu peur en te donnant ! En avant ! Je suis content, grande Chantal, que tu aies eu de la force de caractère en bravant les apparences. Et vous, cher Roland, vous avez été fort en dominant une carcasse humaine qui ne peut rien contre celui qui veut ! Pensez à Roosevelt, quel combat de la volonté fut le sien. Je connais dix cas semblables. Plus encore que d'autres, Chantal et vous, aurez des joies intenses à vaincre l'obstacle, à être maîtres de votre destin. En tout cas, pour ce qui me concerne, je vous soutiendrai, je vous aiderai de toutes mes forces. J'aime les destins hors série.

     

     

    Mais j'en reviens à la question : les autres ?

     

    Il paraît qu'Annette n'a guère envie de fraterniser avec son pauvre vieux père ! Dis-lui bien, surtout, que je ne lui en veux pas ! Évidemment, on a dit tant de choses sur moi qu'elle peut, fort bien, me considérer comme un type étrange, voire même pas intéressant du tout ! Au diable, le père impossible !

     

    Tu sais ce que je voudrais : c'est qu'elle tâte tout de même un peu de ce père coriace ! Elle ne se cassera pas les dents dessus ! Qu'elle vienne le voir : « Tiens, il est comme ça ? Il n'est pas si vieux que je ne pensais ! Et au fond, il est, quand même à moitié comestible » !

     

     

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    Dans ses mémoires récemment publiés (ce blog à partir du 23 octobre 2022), Anne, la fille puînée de Léon Degrelle, tout en manifestant une réelle affection pour son père, s'en déclare le « principal inquisiteur » (p. 93), ajoutant à propos de ses oncles et cousins Degrelle « je dois reconnaître que je ne les ai jamais considérés comme ma famille. [...] Ma véritable famille fut toujours la famille Lemay » (p. 162) ! Elle prétendra de même à son Papa que jamais « je n'ai entendu de la bouche de ma grand-mère ou de n'importe lequel de mes oncles [Lemay] la moindre parole négative sur mon père. » (p. 42), tout en publiant cette photo que les Lemay mutilèrent pour l'en faire disparaître (p. 43) !... (voir ce blog au 5 novembre 2022).

     

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    LDàChantal 27.10.1957 kk.jpgLe dira-t-elle ? Ne le dira-t-elle pas ? Moi, je lui propose de faire l'essai. Qu'elle vienne en vacances voir l'illustrissime Boudiquet [voir ci-après]. On ne dira même pas qu'elle est ma fille, si elle préfère l'incognito ! Et elle se rendra compte par elle-même de la monstruosité ou de la gentillesse de ce phénomène paternel qu'on lui a dépeint avec plus ou moins de bonne volonté. Elle peut passer à notre propriété quelques semaines de vacances splendides. Je lui paie, évidemment, le voyage : billet d'avion aller-et-retour si ça lui chante. Boudiquet lui fera les honneurs des lieux (il est déjà fort à son affaire !). Titre du reportage : « Autopsie d'un père inconnu ». Viens voir, Annette ! Crois-tu que soit vraiment un bonhomme à repousser sans examen ni explication ce papa qui t'a tant aimée ? Tu l'as oublié, mais c'était ainsi, cependant. Et tu l'aimais, toi aussi ! Alors, dis, fais un effort, honnêtement, pour voir clair. Quinze jours en quinze ans, crois-tu que ce serait tant ? Tu pourras faire tout ce que tu voudras. Me regarder comme une bête curieuse, ne pas être gentille, m'envoyer bouler aux cinq cent mille diables, mais fais l'effort, essaie de juger, en toute justice. Je ne te demande que cela, Annette chérie, viens, regarde, interroge, et la conclusion, c'est toi seule qui la tirera. Te défileras-tu ? Ou auras-tu de l'estomac ? Tu as du sang dans les veines, quoi ! Balaye les préventions, tu es intelligente, tu dois juger par toi-même. Et puis, Annette chérie, ce n'est pas nécessairement mauvais et méprisable un papa... Viens, ma grande fille, tu verras.

     

    Surtout qu'on n'imagine pas que je veuille enlever qui que ce soit –ni Annette, ni Godelieve que j'invite exactement comme son aînée, ni la ravissante petite Marie-Christine que j'attends avec tant d'impatience. Non ! Venez en vacances. Si Léon-Marie est venu pour de bon, c'est parce qu'il la voulu. Mais soyez sans crainte, je ne le confisquerai pas, comme vous autres, on vous confisquait ! Je l'enverrai en vacances à Paris et à Eyliac vous voir tous et redire, tout spécialement à sa chère maman la tendresse qu'il a pour elle. En vous aimant, je ne veux diminuer en rien l'amour des autres. Ce qui serait doux, c'est qu'Annette, Godelieve et, après, « Cri-cri », viennent, de temps en temps, faire un séjour. Et qui sait, avec le temps, il se pourrait que tout cela redevienne plus naturel dans le cœur d'une maman que la vie a trop meurtrie et que, du passé, rejaillisse des rameaux nouveaux ? Cela peut être votre œuvre, à vous aussi, mes grandes filles chéries ! Votre maman est souvent malheureuse parce qu'elle ne veut pas être heureuse. En me donnant du bonheur peut-être la ramènerez-vous, elle aussi, vers des joies qui ne meurent que lorsque, volontairement, on les tue.

     

     

     

    Léon-Marie prairie.jpgEt Léon-Marie, maintenant !

     

    Eh bien, ça va ! Nous sommes tout deux à l'école : lui, pour apprendre ce que c'est un père. Et moi, pour ré-apprendre ce qu'est un fils ! Ce n'est pas si simple qu'on le pense !

     

    Évidemment, outre la grande joie qu'a Léon-Marie à fraterniser avec moi, il y a eu aussi le désir bien naturel d'une gigantesque « grande vacance » ! Au début, ce fut assez compliqué : il ne voulait –afin d'étudier– ni vivre, durant la semaine, dans une résidence universitaire (vie pourtant fort libre et réservée à des garçons inscrits à une Faculté : « Je ne veux pas de curés ! » expliquait-il). Il ne voulait pas non plus vivre chez des amis (j'en ai des collections, et charmants) du lundi au samedi ; non, il lui fallait un petit appartement où être son maître pendant la semaine. Il a vite vu, lui-même, que ce n'était pas pratique (et il n'y eût rien étudié : le 1er juin, je suis venu l'y surprendre : à 11h du matin, il était encore dans ses plumes !).

     

    Par-dessus le marché, on a déclenché, après son arrivée (et je ne sais à l'instigation de qui) une campagne violente pour exiger une fois de plus mon extradition, bagarre sans importance, comme il y en a eu dix autres, mais qui m'a obligé d'aller vivre à l'écart pendant plusieurs semaines dans une propriété de plusieurs milliers d'hectares, d'un Duc très fameux, grand ami à moi.

     

     

    ABC 16.12.1954.png

     

    Le « Duc très fameux, grand ami à moi » est en fait José Finat Escrivá de Romaní, XVIIe comte de Mayalde (1904-1995, ce blog au 26 décembre 2024 ; son épouse était Casilda de Bustos, duchesse de Pastrana : c'est dans la voiture du couple Mayalde que Léon Degrelle s'enfuit de l'Hôpital Mola de San Sebastián) ; on voit ici le comte de Mayalde, le 15 décembre 1954, lors d'un hommage à la División Azul à l'hôtel de ville au cours duquel il conféra la Médaille de Madrid en argent à huit Légionnaires du Front de l'Est enfin libérés des goulags russes (ABC, 16 décembre 1954, p. 8). La présence de « l'homme politique belge Léon Degrelle » parmi les invités fut révélée par l'agence de presse EFE, provoquant une violente crise diplomatique entre la Belgique et l'Espagne alors que Madrid venait d'envoyer son premier ambassadeur à Bruxelles depuis la guerre).

    La « propriété de plusieurs milliers d'hectares » où Léon Degrelle dut se cacher pendant trois mois en 1957 alors que son fils était à Séville chez son ami José María Cernuda [ce blog au 26 février 2016] est la Finca El Atillo que possèdait l'alcalde de Madrid, à El Espinar, dans la province de Ségovie, à près de 70 km de la capitale (y sont toujours élevés les Toros bravos –taureaux de combat parmi les plus offensifs d'Espagne).

     

    Peuple 04.10.1957 Photos LD.png

     Le Peuple, 4 octobre 1957, première page.

     

    La « campagne violente pour exiger une fois de plus mon extradition » fut la conséquence de la diffusion par l'agence Belga de photos ramenées d'Espagne par Jean-Robert Debbaudt (ce blog au 26 février 2016), de messages et d'enregistrements destinés à sa famille, mais aussi aux fidèles Bourguignons. Voici ce qu'écrivait Le Drapeau rouge à l'époque, établissant on ne peut mieux la duplicité des gouvernements belges successifs et leurs prétendues demandes d'extradition.

    « [...] Comment ces photos sont-elles parvenues à l'agence Belga qui les a diffusées ? [...] Plutôt que d'essayer de répondre à ces questions, il nous a paru plus intéressant de savoir comment ces photos sont arrivées en Belgique et nous avons découvert pas mal de choses. Nous espérons que les polices du royaume, autrement outillées que nous n'auront pas attendu la sortie de ce numéro du Drapeau Rouge pour dénicher ces détails. Mais nous ne sommes pas sûrs du tout que les policiers, qui sont payés pour cela, les connaissent... [...] En juillet dernier, l'ancien SS Jean-Robert Debaudt, un individu qui a fait partie de la Légion Wallonie, partait en vacances en Espagne. [...] Sitôt arrivé, il n'eut rien de plus pressé que de se rendre à Constantina. Le rendez-vous était d'ailleurs arrangé, car Debaudt avait été contacté précédemment [...] par un messager (belge) de Léon Degrelle, [...] le père d'un ancien légionnaire du front de l'Est et en même temps un intime du chef de Rex, à qui la mère dudit légionnaire sert d'ailleurs de gouvernante [Yvonne Ransy-Leroy, ce blog au 12 mai 2025]. C'est Debaudt qui a ramené en Belgique les photos de Degrelle avec qui il a eu des entretiens à Constantina. [...]

     

    Yvonne Leroy.jpg   Yvonne Leroy Tombe Constantina.jpg

    Stèle funéraire d'Yvonne Ransy, née Leroy, au cimetière de Constantina. L'anecdote pittoresque rapportée par Le Drapeau rouge accrédite que la source du quotidien communiste ne peut être qu'un Bourguignon tout émoustillé par sa rencontre avec l'introuvable exilé et pressé d'en établir la réalité par son fâcheux bavardage : « [Léon Degrelle] lit La Libre Belgique mais se plaint de ce que sa gouvernante (c'est elle qui semble avoir pris l'abonnement à son nom) découpe, avant de lui céder le journal, le feuilleton –ce qui oblige le grand homme à lire un exemplaire mutilé... » (Le Drapeau rouge, 7 octobre 1957, p. 2).

     

    Degrelle, qui adore toujours hurler, a spécialement enregistré deux bandes à l'intention du dernier carré de rexistes vivant en Belgique, bandes que Debaudt a introduites à son retour au pays en même temps qu'un appareil enregistreur. [...] Notre ministre des Affaires étrangères, a reçu samedi l'ambassadeur d'Espagne à Bruxelles, le comte de Casa-Miranda, pour le prier de rappeler au gouvernement espagnol son engagement de livrer Degrelle aux autorités belges si celui-ci se trouvait en Espagne”. La démarche de Victor Larock est une bonne chose. Mais l'opinion de notre pays ne comprendrait pas que le ministre socialiste ne pousse pas plus avant sa demande et n'exige pas, très sérieusement, l'extradition immédiate du criminel de guerre. » (Le Drapeau rouge, 7 octobre 1957, pp. 1-2).

     

     

     

    Léon-Marie va venir en avion, après-demain, me retrouver pour quelques jours ; mais entretemps, il vit chez un colonel d'État-major, autre ami très dévoué [le colonel Teodoro Pérez de Eulate y Vida, chef du service des transmissions et de la protection des vols dans le centre de l'Espagne]. Il est là comme un coq en pâte, peut-être même trop bien.

     

     

    Eulate Mariage Marie-Christine 1969.jpg

     

    Le colonel Teodoro Pérez de Eulate (entretemps général de brigade de l'Armée de l'air) en conversation avec Léon Degrelle dont il est un ami proche, le 9 octobre 1969, à l'occasion des noces de sa fille cadette, Marie-Christine, dont il fut –tout comme le comte de Mayalde et les ministres Serrano Súner et Fernandez Cuesta– un des témoins de mariage (Kwik, 18 octobre 1969; il avait déjà été, le 9 janvier 1960, un des témoins au mariage de Godelieve, troisième fille du châtelain de Constantina). Ami proche de Léon Degrelle, il accueillit son fils en 1957 en même temps qu'il facilita l'incorporation de Jean-Louis Urraca, le fils de son amie Hélène Cornette, parmi les conscrits de la base aérienne de Séville (ce blog au 12 mai 2025). Teodoro Pérez de Eulate sera également le président du conseil d'administration de la société immobilière Inmuebles Andaluces, fondée en 1958 par Léon Degrelle pour la construction des maisons qui devaient favoriser le tourisme social de Constantina et qui s'avéreront un gouffre financier précipitant sa faillite en 1963.

     

     

    J'ai toujours pensé qu'il ne fiche rien. Il a beaucoup de bonne volonté mais peu de volonté. Il désire faire bien, le promet, mais se replonge dans sa nonchalance, les pieds en l'air, des disques au côté, une cigarette faisant du cent à l'heure au bout des lèvres. Car c'est cela qui est drôle : il est, à la fois, mou et super-nerveux ! Ses cigarettes, non seulement l'empoisonnent, mais m'empoisonnent ! Il n'est pas très costaud, se plaint (parfois exagérément : au plus petit bobo, il entre en état pré-agonique !), se plaint donc de douleurs dans le dos et à la gorge. Je l'ai fait examiner par un excellent médecin qui lui a interdit formellement de fumer plus de 4 cigarettes par jour. N'empêche que malgré mille promesses, il continue à fumer comme un sapeur. Au moindre accès de nervosité, les cigarettes filent, montent, disparaissent comme dans un exercice de prestidigitation ! Maintenant, je crois qu'il en est encore plus ou moins aux 12 à 15 par jour, et les plus chères qui existent au marché noir ! Son tabac coûte exactement autant qu'une femme à journée du matin au soir ! Quand vous lui écrirez, tannez-le avec cette histoire de cigarettes. C'est son bien, somme toute.

     

     

    LMàChantal s. Boudiquet.jpg

     

    C'est Chantal qui donna son sobriquet « Boudiquet » à Léon-Marie : il signe avec son surnom la carte de vœux pour 1958 qu'il envoie à sa sœur aînée.

     

     

    Mais enfin, c'est un détail ; son état de santé –en général– est bon, dit le médecin. Et il est le plus gentil garçon de la terre, affectueux comme tout, vif d'intelligence, pittoresque dans ses propos. Nous sommes devenus des camarades épatants (même quand je le chahute pour son tabac ou quand il est mauviette, chichiteur –que de mots bizarres !– bref, quand il est encore petite fille !). Mais à côté de cela (et ces contradictions sont normales : à son âge, dans l'être humain, il y a de tout !), il a beaucoup de décision et d'ambition : il fût venu à pied ici s'il l'eût fallu. C'est pour cela que j'espère, tout de même, qu'il réussira son bacho. Il est très regrettable qu'avant de partir en Septembre, il ne se soit pas représenté à son examen de Commerce, surtout s'il n'avait échoué, en Juillet, que pour l'orthographe seulement. Ici, ce diplôme l'eût fort aidé. Mais enfin, je fais l'impossible pour le bien préparer à son bachot avec des professeurs particuliers (une jeune Française, notamment, fort intelligente, de l'Institut français de Séville). Ces trucs-là coûtent les yeux de la tête, beaucoup plus, évidemment, qu'un collège normal. Mais je veux tout faire pour l'épauler. Vraiment (en dehors de la chance, car il y a de la chance ou de la malchance parfois, rarement d'ailleurs), cela ne dépendra que de lui, de sa volonté de bloquer, de laisser parfois les disques de côté, de ne pas être « jouette », toujours à la recherche d'une distraction ou d'un aimable minois.

     

    Léon-Marie scooter.jpgPour le distraire, je lui ai payé le scooter de ses rêves, une « Lambretta », cadeau –à l'avance !– pour son Bac ! Ainsi il peut faire facilement la navette avec la Carlina. S'il réussit, je lui offrirai à l'été un beau voyage, avec crochet pour vous revoir tous, bien entendu.

     

    Il était terriblement emballé d'une Anglaise. A voir la photo, il n'y a pas de quoi, vraiment, se taper le derrière par terre. Mais enfin, c'était le grand amour (il vomit les romantiques !) de notre frétillant Boudiquet, avec lettres et cartes (de lui) à tout bout de champ, allusion à chaque quart d'heure, photo sur la table de nuit, etc. ! Puis il a reçu une lettre qui l'a réfrigéré : il l'avait déjà invitée à la Carlina, et elle se défilait. Bref, maintenant, il n'en parle plus. Mais enfin, ça le chipotait, d'autant plus que les Espagnoles, gaies mais fières, et avec qui on ne flirte pas, n'étaient pas le genre accessible à tout venant qu'il avait rencontré chez les filles aux grands pieds de la mère Albion.

     

    Nous allons maintenant, Léon-Marie et moi, passer une bonne semaine ensemble ; j'essaierai de voir ce qu'il a fichu de bon, de le stimuler (avec diplomatie et affection, soyez tranquilles, car il ne faut pas le brusquer, c'est tout un changement pour lui, et Paris est Paris : tout, après cela, lui paraît de second ordre, villes et gens). Je l'oriente avec un maximum de prudence et d'affection. Il a une nature magnifique et je suis sûr qu'il arrivera à quelque chose d'original et de grand. Vous verrez ça !

     

     

    LDàChantal 27.10.1957 rr.jpg

     

    Moi ? Ça va. Ça ira mieux quand je vous aurai revues toutes, mais ça va. Je prépare quelques nouveaux bouquins. J'ai tant de choses à écrire, de révélations à faire, d'hommes et de faits à expliquer ! Pour tout cela, aussi, je serai ravi de connaître Roland, pour recevoir ses réactions, organiser des confrontations. Déjà avec Léon-Marie, qui a des idées claires et des vues personnelles, nous avons du plaisir sur ma montagne !

     

    Tu verras, toi aussi, grande Chantal chérie, ce qu'il y fait bon ! Si ça vous fatigue l'auto, je vous offre l'avion, c'est comme vous voulez : ce qu'il y a, c'est qu'avec votre auto, nous pourrions plus facilement rayonner : Séville et Cordoue sont des villes épatantes à visiter. N'oubliez pas qu'il y a, à cette époque, deux choses épatantes à contempler : la Semaine Sainte de Séville, spectacle religieux prodigieux et la « Feria », spectacle païen prodigieux aussi, à deux semaines d'intervalle.

     

    Alors, Chantal chérie et cher Roland, envoyez-moi de vos nouvelles de temps à autre. Évangélisez et chapitrez Annette ! Partagez avec elle, avec Godelieve, Marie-Christine, et avec leur maman –mais oui, leur maman– les baisers affectueux que vous envoie

     

          votre

                               Papa

                                                     (c'est moi qui signe comme cela !)

     

     

    Ci-joint, quelques photos de Boudiquet avec son général de Père ! Il m'a vraiment obligé à me mettre en uniforme, pour certaines.

     

    LD+Léon-Marie Carlina.jpg

    LD+Léon-Marie Tour Carlina.jpg  LD+Léon-Marie Jarre 1958.jpg  LD+Léon Marie Leo Belgicus Carlina.jpg

     

     

  • Le cousin rexiste de l'ambassadeur

     

     

    Sous le manteau du Caudillo [4]

     

     Une « anecdote délicieuse » :

    avec Léon Degrelle au bassin de natation...

     

     

     

    Bajo el manto.pngN'éreintons pas le pauvre Rodríguez à tout bout de champ ! Il est quand même possible de trouver des choses divertissantes dans son pensum !

     

    Nous connaissons le goût de José Luis Rodríguez Jiménez pour les ragots de toutes sortes. Il en a tout de même ramassé un dans les archives du Ministère des Affaires étrangères de Madrid qui est une véritable petite pépite pour qui s'intéresse aux détails inédits de la biographie de Léon Degrelle. Pour les autres, l'histoire, assurément marginale, ne relèverait sans doute que de la péripétie anecdotique si elle n'était également révélatrice de l'absurdité obstinée que constituent souvent les tensions diplomatiques.

     

    « Rien de tel que les conversations informelles pour connaître la réalité des intérêts diplomatiques des gouvernements. Au cours d'une visite de l'ambassadeur belge, M. Vermer, au Palais de Santa Cruz [Ministère des Affaires étrangères espagnol] aux fins d'obtenir des informations sur les négociations entre l'Espagne et le Marché Commun ainsi que sur l'état de la question de Gibraltar, la personne qui le reçut a recueilli ce qu'il considéra comme une anecdote délicieuse qu'il transmit par écrit à Castiella [Fernando María Castiella y Maiz, ancien Volontaire de la División Azul, alors ministre des Affaires étrangères].

     

     

    Départ Azul.jpeg

    Il ne fait pas de doute que l' « anecdote délicieuse » de l'attaché d'ambassade Jacques Vermer concernant Léon Degrelle aura bien diverti le ministre des Affaires Étrangères Fernando Castiella, car son parcours n'est pas sans évoquer celui de l'exilé belge : né un an après lui, il entreprit comme lui ses études de droit dans une université des Pères jésuites et s'engagea dans les mouvements d'action sociale catholique dont il anima la presse avec énergie. Il termina sa spécialisation en droit international pour enseigner –à 26 ans !– à l'université de Madrid. Membre actif de la Phalange, il fut parmi les premiers à s'engager à la División Azul comme simple soldat, refusant, tout comme Léon Degrelle, de bénéficier d'un grade d'officier (photo du départ, le 13 juillet 1941 à la Gare du Nord de Madrid –aujourd'hui Principe Pio– du premier contingent de Volontaires espagnols salués par une foule innombrable).

     

    Fernando Castiella participa aux combats féroces sur le front de la Volkhov au sein du fameux Regimiento Pimentel établissant une tête de pont au-delà de la rivière, s'emparant de plusieurs localités et d'importants dépôts d'armes et s'attirant une citation à l'ordre du jour de l'armée.

     

    Rappelé en Espagne en 1942, il dirigea le Service extérieur de la Phalange. Après la guerre, le Royaume-Uni refusa de le recevoir en tant qu'ambassadeur, irrité par la publication de ses études juridiques concernant les droits de l'Espagne sur Gibraltar. Il occupa le Ministère des Affaires étrangères jusqu'en 1969. Il mourut en 1976, à l'âge de 68 ans.

     

    Castiella Arriba 1959.09.05.pngCi-contre, le 5 septembre 1959, le ministre Fernando Castiella (à gauche) fait la une du quotidien franquiste El Alcazar (fondé pendant le siège meurtrier et dévastateur de l'académie militaire de Tolède, de juin à septembre 1936 ; ce blog au 25 octobre 2019) : le ministre français des Finances, Antoine Pinay, reçoit de ses mains les insignes de Chevalier Grand-Croix de l'Ordre d'Isabelle la Catholique, à l'ambassade d'Espagne à Paris.

     

     

     

     

    Avant de se retirer, Vermer avait soulevé la question de Degrelle, insistant sur le fait qu'il le faisait à titre personnel. Il lui demanda si on lui avait conseillé de rester discret et réservé sur ce sujet. Il finit par dire qu'il l'avait rencontré le 1er octobre 1963. Ce jour-là, il s'était rendu à la piscine municipale de Casa de Campo accompagné de son épouse qui voulait savoir si elle pouvait se baigner avec son maillot de bain deux-pièces. Entendant une femme parler en français dans la piscine, elle s'approcha et lui posa la question. Elle –il s'agissait de Jeanne Brevet– transmit cet embarras à l'homme qui était avec elle et qui obtint du responsable qu'il “ferme les yeux sur le deux-pièces. Mais quand ils entamèrent la conversation, ils se rendirent compte que l'un était l'ambassadeur belge et l'autre Léon Degrelle.

    Ce fut un échange d'une demi-heure. Degrelle expliqua à l'ambassadeur qu'il vivait à Madrid sous le pseudonyme de Ramírez ; il lui donna l'adresse de son appartement qui, dit-il, lui avait été procuré par le comte de Mayalde et, après avoir discuté de la politique du gouvernement belge à son sujet, il conclut en l'invitant à visiter sa finca d'Andalousie.

    La conversation avait été facilitée par la circonstance qu'un cousin de Vermer avait été un grand ami de Degrelle et même député rexiste de Namur, encore qu'il avait quitté le mouvement rexiste quand celui-ci prit une attitude pro-allemande. A la fin de l'entrevue, le diplomate espagnol demanda sur le ton de la plaisanterie à M. Vermer si le gouvernement belge souhaitait la livraison de Degrelle. Ce à quoi Vermer aurait répondu : Mon Dieu, mon Dieu ! Je ne vous demande rien. Je n'effectue même pas une démarche. Il s'agit juste d'une curiosité personnelle”. » (pp. 303-304).

     

     

     

    Carlina 1963.jpg

    La somptueuse finca de Léon Degrelle dans la campagne sévillane au début des années soixante, telle qu'elle aurait pu apparaître au diplomate Jacques Vermer s'il avait accepté l'invitation de son propriétaire. Mais l'intérieur n'était dès alors plus complet car Don Juan de la Carlina avait déjà évacué ses collections de livres (une grande partie a été confiée à la bibliothèque municipale de Constantina) ; des souvenirs parmi les plus précieux et quelques œuvres d'art se sont ainsi retrouvés dans son appartement de Madrid (que Vermer ne visita pas non plus).

     

    Impuissant à honorer ses dettes et rembourser ses emprunts, Léon Degrelle avait en effet été acculé à la faillite et La Carlina saisie au profit de son principal créancier, la Caisse d’Épargne San Fernando de Séville. Cette confiscation se révélera pourtant une mauvaise affaire pour l'institution financière et après plus de douze ans d'inoccupation et de pillages, elle essaiera de se débarrasser de ce bien prestigieux, y compris en Belgique (ci-dessous l'annonce publiée par le journal boursier flamand De Financieel-Economische Tijd du 5 mars 1977). Finalement, ce sont les moniales Hiéronymes (de l'ordre de Saint Jérôme) de Constantina qui, plus de trente-cinq ans après la saisie, rachetèrent la propriété abandonnée et presque en ruines. La restauration et la réaffectation des bâtiments, jardins et piscines ont nécessité plusieurs années de travaux avant qu'en 2008, les religieuses puissent intégrer leur nouveau monastère où elles prient toujours pour le repos de l'âme de Léon Degrelle (Monastère Nuestra Señora de los Ángeles)

     

    Carlina Fin.Econ.Tijd 1977.03.05.jpg« Pour seulement 20 millions de francs belges : CHÂTEAU PRÈS DE SÉVILLE. Une occasion vraiment unique : près de Cordoue, de la côte atlantique et de la Costa del Sol. Domaine de 200.000 m² (valeur minimum : 120 francs/m²) entièrement clôturé. Rendement de 104.000 pieds de vigne - 4000 oliviers, belle conciergerie - 12 villas de rapport. Résidence 850 m² construits, tours, 3 appartements, 7 salles de bains, 2 salons, bibliothèque, etc. 6500 m² de terrasses - 20 fontaines - amphithéâtre, 2 piscines - 3 garages, etc. Précieux mobilier antique, revêtements, monuments, statues, etc., le tout en parfait état. Valeur totale/rendement prouvable : min. 55 millions de francs belges - dossier et renseignements via boîte postale 15, 2610 Wilrijk. Tél. 031/28.79.46. » (documentation © Jacques de Schutter).

     

    Il n'arrive décidément jamais rien de banal dans la vie de Léon Degrelle. Alors qu'il prend un peu de détente dans les belles installations de la piscine du parc Casa Campo à Madrid en compagnie de celle qui deviendra son épouse, voilà qu'un autre couple, les entendant parler en français, engage la conversation. Il s'agit d'un responsable de l'ambassade de Belgique en Espagne et de sa femme désireuse de se baigner en bikini ! Le sieur Jacques Vermer est, plus précisément, ministre-conseiller de l'ambassadeur belge d'alors, le vicomte Joseph Berryer.

     

    Pareille rencontre, vu le contexte politique de l'époque où Léon Degrelle est censé empoisonner les relations entre l'Espagne et la Belgique, relève déjà du surréalisme. Il est par ailleurs intéressant de noter la réaction quasi paniquée du diplomate belge à la broma (plaisanterie) de l'Espagnol, qu'il semble prendre au pied de la lettre : Vermer s'empresse de prétendre n'avoir voulu que satisfaire une curiosité personnelle. Comme s'il ne voulait pas enfreindre des instructions officieuses du gouvernement belge au personnel de son ambassade de ne plus faire la moindre vague autour de l'embarrassante question de l'extradition de Léon Degrelle. Sa curiosité personnelle aurait donc consisté à vérifier s'il en était de même du côté espagnol...

     

    Un tel échange « diplomatique » donne cependant raison à l'analyse proposée par Léon Degrelle au mensuel Le Dossier du Mois qui lui était consacré à la même époque (juin-juillet 1963). Le texte manuscrit publié en page 4 exprime le sentiment –constamment éprouvé– du condamné à mort qui devait surtout rester proscrit et ne jamais pouvoir revenir en Belgique : « À plusieurs reprises, je fus sur le point d'être livré. Chaque fois, in extremis, Spaak littéralement, me sauva, se livrant à des diatribes violentes qui exaspérèrent ceux qui, précisément, s'attendaient à être remerciés pour avoir fait savoir qu'ils étaient prêts à me laisser tomber ! [...] Alors, pourquoi des manœuvres si étranges de sabotage qui me sauvèrent chaque fois que mon extradition (à la Laval !) fut virtuellement assurée ?  »

     

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    Mais plus surréaliste encore, ce Vermer se révèle cousin d' « un grand ami de Degrelle, député rexiste de Namur » !

     

     

     

    Vermer La Cité Nouvelle 1940.05.10 .pngC'est le jour même de l'invasion allemande de la Belgique, le 10 mai 1940 (et de l'arrestation de Léon Degrelle au mépris de son immunité parlementaire !) que La Cité Nouvelle relaie l'essentiel de la lettre qu'Adelin Vermer avait envoyée au journal antirexiste Vers l’Avenir pour expliquer son départ de Rex.

     

     

    Il s'agit d'Adelin Vermer (1905-1977), fils de Nestor Vermer, notaire à Bouillon.

     

    Ami d'enfance de Léon Degrelle, il fut son condisciple à l'Institut Saint-Pierre (ce blog au 15 juin 2021) et l'accompagna lors de son tout premier voyage hors de la cité ardennaise pendant les vacances de Pâques 1921 : ils avaient quinze ans et partirent à vélo visiter les ruines de l'abbaye d'Orval dévastée par les révolutionnaires français (sa reconstruction ne commença qu'en 1927). Ils pédalèrent encore jusqu'à Virton (à quelque soixante kilomètres de Bouillon !) où le frère de sa Maman, le notaire Jules Boever, les recueillit et les hébergea, non sans avoir téléphoné aux parents morts d'inquiétude... (voir Léon Degrelle, Mon combat, p. 64).

     

    Dans L'Avenir du Luxembourg du 9 septembre 1927, Léon Degrelle salua l'élection à la présidence de l'association des Anciens de l'Institut Saint-Pierre de Bouillon de « M. Adelin Vermer, étudiant en dernière année de droit » à Louvain : « notre ami Adelin Vermer, jeune tribun qui exalte d'une voix puissante et chaude la vertu première de la jeunesse : l'enthousiasme. »

     

    Adelin suivra également son ami Léon à l'Université Catholique de Louvain : il obtiendra son diplôme d'avocat et deviendra assesseur juridique au Conseil de Prud'hommes de Dinant (aujourd'hui Tribunal du travail). Aux élections triomphales du 24 mai 1936, il sera élu député rexiste de l'arrondissement de Dinant-Philippeville, prenant la place du député libéral, son ancien maître de stage. Il quittera ses fonctions politiques en 1940 et, parallèlement à son métier d'avocat, écrira quelques chroniques pour le quotidien catholique namurois antirexiste Vers l'Avenir. En 1941, il deviendra substitut du procureur du Roi au tribunal de première instance de Neufchâteau, poste qu'il conservera en 1945, avant d'être nommé procureur du Roi en 1949. Ainsi connut-il également les honneurs des ordres nationaux (chevalier, puis officier de l'Ordre de Léopold ; officier de l'Ordre de la Couronne).

     

     

     

    LD Troupe scoute 1919.jpg

    La troupe des scouts catholiques « Charles Théodore » en 1919, sous la responsabilité de son fondateur, l'Abbé Jean-Marie Poncelet, directeur de l'Institut Saint-Pierre de Bouillon (ce blog au 15 juin 2021) : Léon Degrelle se trouve debout au milieu du dernier rang, gardien du fanion. Le petit Vermer se trouve au premier rang des scouts debout, le majeur de la main gauche sous le menton (documentation © Jacques de Schutter).

     

    Ci-dessous, Léon Degrelle et ses condisciples de l'Institut Saint-Pierre sont en pique-nique dans les bois de Bouillon vers 1917-1918 (il s'agit d'une activité antérieure à la création de la troupe scoute en 1919 ; certains enfants –dont probablement Léon Degrelle– portent un  calot, mais pas encore d'uniforme) : l'Abbé Poncelet remplirait les gamelles ; Léon Degrelle serait le premier garçon à gauche, surmonté d'une croix, tandis que le petit Adelin Vermer serait l'écolier marqué d'une croix au milieu du groupe.

     

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    C'est évidemment cette coïncidence extraordinaire qui a suscité la confiance de Léon Degrelle qui s'est laissé aller aux confidences les plus potentiellement préjudiciables, révélant non seulement sa nouvelle identité, mais celle de son bienfaiteur, l'alcalde (maire) de Madrid, José Finat y Escrivá de Romani, Comte de Mayalde.

     

     

    Mayalde-Munos 2.jpeg

    Ambassadeur d'Espagne à Berlin, le Comte de Mayalde rendait de fréquentes visites aux Volontaires de la División Azul sur le Front de l'Est. On le voit ici auprès du Commandeur, le Général Agustín Muñoz Grandes (ce blog au 1er septembre 2024), à l'occasion de sa réception de la Croix de Fer de Seconde Classe, le 8 septembre 1941.

     

     

    Celui-ci avait été ambassadeur d'Espagne en Allemagne en 1941-1942 et s'efforça toujours de protéger les Volontaires de la División Azul. En août 1946, il fut de ceux qui permirent à Léon Degrelle de quitter sans encombre l'Hôpital de San Sebastián. En 1963, suite à la faillite des entreprises de Léon Degrelle et de la saisie de La Carlina, sa magnifique propriété de Constantina, le Comte de Mayalde fournit encore à son ami un appartement de cinq petites pièces au troisième étage d'un immeuble social, au numéro 1 du Paseo de los Jesuitas, un quartier populaire de la capitale.

     

     

     

    C'est au troisième étage de cet immeuble situé à l'entrée du Paseo de los Jesuitas qu'emménagea Léon Degrelle après avoir perdu La Carlina. Il emporta néanmoins un peu de la décoration intérieure de sa finca pour embellir cet appartement social.

     

    Paseo de los Jesuitas 1.png

     

    « La lourde porte, bardée d'une impressionnante collection de verrous, tourna sur ses gonds et il m'apparut : Comment allez-vous ? Vous avez fait bon voyage ? Comme si nous nous étions quittés huit jours plus tôt... [...]

    Une chose digne d'être décrite est le cadre dans lequel je l'ai rencontré. Ce petit appartement de cinq pièces n'est, somme toute, je l'ai dit, que l'un de ses refuges d'exil. L'intérieur cependant est caractéristique et fortement marqué par la personnalité de son propriétaire. Rien là-dedans de banal et la rustique beauté des vieux meubles d'époque fait penser d'abord à un vieil intérieur flamand. A côté de son vaste bureau –où, soit dit en passant, trônent les sept Littré [édition Gallimard/Hachette, 1957]– un grand coffre gothique sur lequel on a disposé des poteries romaines et d'antiques pièces de monnaie comme en trouvent encore les lavandières dans le sable des rivières du Sud de l'Europe. Remarquable aussi, un petit coffre roman en cèdre. Au mur, un bois peint, une Pietà flamande du XVe siècle que Degrelle ramena d'un pèlerinage qu'il fit à pied à Saint-Jacques-de-Compostelle. Devant lui, la seule chose qu'il put sauver de la destruction et de la dispersion de ses biens en Belgique, un tabard de Philippe II (le tabard est un vêtement de soie peinte que l'on portait par-dessus la cuirasse), pièce rarissime au demeurant. [...] Derrière lui, au mur, sont accrochés deux étendards aux couleurs passées : sauvés du désastre, ce sont les drapeaux de la Brigade Wallonie dont les plis gardent encore la marque des boues de Tcherkassy et de la poussière du Caucase.

    Et c'est dans ce décor sommairement planté, dans la chaleur accablante de cet après-midi de juillet, toutes fenêtres ouvertes sur la rue silencieuse à cette heure, que commence cette interview. »

    (Philippe Dastier, Le dossier Léon Degrelle, juin-juillet 1963, p. 3).

     

    Wim Dannau (Face à face avec le rexisme, 1971) décrit aussi le Paseo de los Jesuitas, mais d'une manière dramatisée difficilement crédible puisque le locataire l'a quitté depuis plusieurs semaines ! « En montant le petit escalier en colimaçon de pierre froide, au numéro 1 du Paseo de los Jesuidas [sic] à Madrid, au troisième étage à gauche, une porte blindée de barres de fer et de multiples serrures porte une étiquette décolorée : M. Juan Sanchez. Sous ce pseudonyme a vécu ici jusqu'à la mi janvier Léon Degrelle [...]. Devant la porte close, aucune garde particulière, mais quatre 'Guardia Civile' [sic] font les cent pas deux par deux discrètement dans la rue. Le concierge de la rue, moyennant espèces, m'a averti que deux équipes de la Sûreté se relaient dans un bar du coin. Une grosse Seat noire y est d'ailleurs parquée. Il n'est pas question de rester là. Degrelle, ce mois de février 70, est bel et bien parti. Le constat est établi. Terminé. » (p. 11).

     

    Dannau Drapeaux.jpeg

     

    Les seules photographies que nous connaissions de l'intérieur du Paseo de los Jesuitas sont celles publiées par Wim Dannau où il se met lui-même en scène. Ci-avant, les drapeaux du mouvement rexiste accrochés au mur derrière le bureau de Léon Degrelle (Dannau y photographie des documents, mais ne signale pas le visage de Léon Degrelle en sculpture murale) ; ci-après, dans la bibliothèque : le prétendu « ouvrage nazi » que bouquine Dannau est le livre de la Duchesse de Valence, Degrelle m'a dit, publié en 1961.

     

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    La « Pietà flamande du XVe siècle » que Léon Degrelle ramena de son pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle (ce blog au 18 octobre 2024) dont parle Philippe Dastier put accompagner l'auteur de Mon Chemin de Saint-Jacques jusqu'à la fin de sa vie (ici à Malaga, en 1990), toujours à la place d'honneur de son séjour pour magnifier la ferveur de sa foi en la résurrection du Christ, mais aussi, à son image, en la résurrection des Âmes : « La maladie du siècle n'est pas dans le corps. Le corps est malade parce que l'âme est malade. C'est elle qu'il fallait, qu'il faudra coûte que coûte guérir et revivifier. La vraie, la grande révolution à faire est là. Révolution spirituelle. Ou faillite du siècle. Le salut du monde est dans la volonté des âmes qui croient. [...] Seigneur, faites fleurir en nos âmes vaincues l'étincelle de la résurrection ! » (Les Âmes qui brûlent, pp 38, 106).

     

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    À suivre

     

  • In memoriam Léon Degrelle

     

    31 mars 1994 – 31 mars 2021

     

    Près d’un mois après l’annonce du décès, le 31 mars 1994, de León José de Ramirez y Reina, alias Léon Degrelle, sa fille Anne Balaguer Degrelle fit paraître cet hommage empreint d’amour et de dignité dans l’hebdomadaire madrilène La Nación.

     

    C’était le 20 avril, date symbolique s’il en est puisqu’on célébrait ce jour le cent-cinquième anniversaire de la naissance d’Adolf Hitler, celui qui considéra Léon Degrelle comme le fils qu’il aurait aimé avoir, celui aussi dont Léon Degrelle ne cessa de défendre l’honneur et la mémoire tout au long de ses près de cinquante ans d’exil.

     

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    Léon Degrelle et sa fille Anne, dans l’appartement madrilène de la rue García Morato. Seule sa fille Anne pouvait se permettre de fumer en présence de l’illustre exilé, allergique au tabac !

     

     

     

    Léon Degrelle, mon père

     

    Il s’en est allé à 87 ans, sans jamais avoir abandonné le combat. Il ne déposa jamais les armes, se battant comme un lion pour défendre ses idéaux contre la meute des pseudo-« historiens », falsificateurs de l’Histoire, vainqueurs de cette guerre où le meilleur de la jeunesse européenne offrit sa vie.

     

    Dès sa prime jeunesse à l’Université de Louvain, dans les pages du magazine estudiantin qu’il fonda, il entreprit de lutter contre la corruption politique.

    Avant-Garde 1927 12 01.jpg

    Dès sa première année à l’Université Catholique de Louvain (septembre 1927), Léon Degrelle ressuscite le journal estudiantin L’Avant-Garde pour en faire l’organe de la bonne humeur, mais aussi de la propreté morale, de la justice sociale, du rayonnement de la foi catholique parmi les étudiants louvanistes (numéro du 1er décembre 1927 : à noter le dessin de Hergé pour annoncer les conditions de participation au congrès des étudiants).

     

    Son parti « Rex » fut le tremplin qui lui permit de se projeter au-delà des frontières de sa Belgique natale et de se rapprocher des grands courants politiques de l’époque : la Phalange de José Antonio, le Fascisme de Mussolini, le National-Socialisme de Hitler. Comme eux, il voulut mettre un terme aux démocraties vermoulues de la vieille Europe. Il s’efforça d’effacer les privilèges d’une bourgeoisie antisociale. Il offrit son aide à une classe ouvrière opprimée, en la libérant de l’emprise du marxisme dans les usines.

     

    Sa plume, son éloquence lui gagnèrent l’estime et le respect de millions de compatriotes qui votèrent pour Rex en 1936.

     

    S’il combattit dans l’arène politique, il voulut rapidement aussi se battre sur le champ de bataille. En 1941, il créa sa Légion « Wallonie » qui irait combattre coude à coude avec les Espagnols de la División Azul, les Français de la Division Charlemagne, des Italiens, des Suédois, des Danois et même des Britanniques. Ce furent quasiment quatre années où il se couvrit de gloire, s’engageant comme simple soldat et gagnant les plus hautes décorations, parmi lesquelles la cravate de Chevalier de la Croix de Fer avec Feuilles de Chêne. Années d’une guerre acharnée dans une Russie qui se referma sur ces héros comme une gigantesque nasse. Pris au piège sur tous les fronts, de l’Atlantique à l’Oural, ils durent se battre contre les véritables auteurs de crimes contre l’Humanité : les alliés et leurs bombes incendiaires qui anéantirent l’Allemagne et sa population civile.

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    Anne en compagnie de son père, dans la villa de Constantina, au moment de son mariage avec le Phalangiste Servando Balaguer (21 juillet 1962) : son père était apparu dans la gloire de ses décorations portées sur l’uniforme blanc d’apparat de la Phalange espagnole.

     

    Dans son exil, dans cette Espagne qui l’accueillit lorsque son avion s’écrasa sur la plage de San Sébastian en 1945, il consacra les quarante-huit dernières années de sa vie à écrire, à défendre contre la haine, les calomnies, les injures la mémoire de ses camarades tombés au combat, à exprimer dans ses livres historiques ce que fut la « grande aventure » de notre siècle, l’ultime épopée de croisés qui voulurent sauver une Europe qui n’est plus que ce « Marché commun », ayant perdu toute trace des valeurs chrétiennes, spirituelles ou patriotiques.

     

    Pendant cette période de sa vie, je fus sa collaboratrice la plus intime ; avec sa seconde épouse, Jeanne Brevet, nous fûmes les premières lectrices de ses manuscrits et nous nous relayâmes pour les dactylographier. Il publia, contre vents et marées, plus de vingt titres chez des éditeurs qui firent tout pour que soit entendue cette voix différente des sacro-saints « détenteurs de la vérité », les historiens du mensonge.

     

    Un jour viendra où cette voix, unie à celle des « révisionnistes », chaque jour plus nombreux, ouvrira les yeux aux nouvelles générations. Impatiente de l’entendre, cette jeunesse qu’il adorait venait le voir de tous les coins du monde avant de rentrer chez elle, enthousiasmée par son verbe et son idéal.

    Musée Séville Vitrine 6.jpg« L'Espagne qu'il a tant étudiée et admirée ». Passionné d’histoire et d’archéologie, Léon Degrelle mit à profit les travaux nécessaires à sa propriété de la Sierra Norte de Séville pour y réaliser d’importantes fouilles. C’est tout un site néolithique qu’il y mit à jour dans les grottes avoisinantes. Une salle d’exposition du Musée Archéologique de Séville lui est consacrée. Elle a porté jusqu’il y a peu le nom de Grotte de Don Juan (comme l’appelaient les villageois de Constantina). Le Bulletin de la Société de Spéléologie et de Karstologie réservait à ses fouilles, en 2003 encore, une nouvelle et importante étude.

    Bulletin Société espagnole spéléologie, 2003.jpg

     

    Il s’en est allé. Il a laissé sa vie en Espagne, la Patrie de son ami et camarade José Antonio. La grande Nation qu’il a tant étudiée et admirée, où sont nés ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants (comme il s’était réjoui d’apprendre que l’un d’eux, mon fils, s’était porté volontaire à la Légion !). La Nation qui lui offrit un refuge grâce au Caudillo Franco, ce pour quoi nous, sa famille, ne pourrons jamais lui être suffisamment reconnaissants. La Nation qu’il exalta dans son livre Almas ardiendo, ouvrage traduit et préfacé par le Dr Gregorio Marañón.

     

    Merci à l’Espagne !

     

    Anne Degrelle

     

    On remarquera que l’hommage d’Anne Degrelle à son père situe pertinemment le mouvement et les idées de celui-ci parmi ceux de José Antonio Primo de Rivera, Benito Mussolini et Adolf Hitler, mais, surtout, qu’elle invoque la tutelle de trois hommes que son père connut, parmi les plus éminents d’Espagne, parlant immédiatement au cœur et à l’esprit de tous les Espagnols, le fondateur de la Phalange José Antonio, le Caudillo Francisco Franco et le Dr Gregorio Marañon.

     

    Il est bien sûr inutile de présenter José Antonio, héroïque fondateur de la Phalange Espagnole, théoricien de la nation en tant qu’ « unité de destin dans l’universel ».

     

    C’est dès 1933 que Léon Degrelle put nouer des liens directs avec José Antonio qui lui octroya le tout premier carnet de membre d’honneur de la « Phalange extérieure ». Ce qui l’accrédita comme membre de la « Vieille Garde » et récipiendaire de la Médaille créée en 1942 pour honorer les premiers membres de la Phalange, pionniers de la révolution nationale-syndicaliste (voir ce blog au 25 octobre 2019).

    Diploma Vieja Guardia.jpegC’est le 19 janvier 1959 que fut concédée la Médaille de la « Vieille Garde » de la Phalange à Léon Degrelle. Le diplôme d’octroi (qui détaille son patronyme « à l'espagnole », en associant les noms de son père et de sa mère) lui donne le numéro 35.214 et porte ses effets rétroactivement à 1934, année où José Antonio lui signa sa carte de premier membre de la Phalange espagnole de l’extérieur. Sur la photo de 1962 avec sa fille Anne (voir ci-dessus), Léon Degrelle porte la médaille de la Vieille Garde de la Phalange juste sous la Croix de Fer de Première Classe.

     

    Nous avons déjà évoqué les liens entre Léon Degrelle et le Caudillo Francisco Franco (voir ce blog au 25 octobre 2019). Nous rappellerons néanmoins qu'au cours de la nuit du 22 novembre 1975, après avoir veillé pendant deux heures la dépouille du Chef de l’Etat exposée dans le Salon des Colonnes du Palacio de Oriente à Madrid, Léon Degrelle, terrassé par l’émotion, sera victime d’une terrible crise d’angine de poitrine.

     

    Léon Degrelle avait déjà noué des liens personnels avec le Généralissime qu’il avait rencontré le 9 février 1939 dès avant la victoire nationaliste. Sans doute le désormais Chef d’Etat n’oublia-t-il pas ce premier contact ayant révélé une réelle proximité car, après qu’en octobre 1943, il fut obligé, sous la pression des Anglo-américains, de rappeler la División Azul, c’est Léon Degrelle qui accueillit officiellement les Croisés espagnols refusant le retour parmi ses Bourguignons arborant le drapeau à la Croix de Saint-André. Tout comme Charles-Quint devenu roi d’Espagne avait donné aux armées de son nouvel empire l’étendard aux bâtons noueux de Bourgogne.

     

    C’est ainsi que, malgré les difficultés politiques et diplomatiques provoquées par l’arrivée de l’encombrant Degrelle en Espagne, Franco refusa toujours de le livrer au sort funeste (qu’il n’avait d’ailleurs jamais imaginé) de Pierre Laval : il le protégea (lui accordant même, en 1945, un premier viatique de vingt mille pesetas !) et parvint toujours à louvoyer parmi les ukases venus de Belgique, des Nations-Unies ou de son propre gouvernement d’Opus Dei pour sauver son compagnon d’idéal (déterminant à cet égard fut le rappel à l’ordre de Léon Degrelle lui écrivant du fond de sa détresse, en 1946 : « Le sang d’un chrétien compte-t-il donc peu pour vous ? »)…

    Drapeau 1ère Compagnie.jpg

     

    Léon Degrelle saura montrer sa reconnaissance dans de multiples articles de presse et brochures, tels, par exemple, en 1965, le Dossier du mois « Franco » ou, en 1976, Franco, Chef d’Etat

     

    Gregorio Marañón, républicain anticommuniste, avait fui la guerre civile en se réfugiant à Paris, mais revint d’exil en 1943 pour fonder l’Institut de pathologie médicale et diriger l’Institut d’endocrinologie expérimentale ainsi que le Centre de recherches biologiques ; écrivain et penseur, membre de l’Académie Royale Espagnole (8 avril 1934, fauteuil « k »), « il est considéré comme l’un des intellectuels espagnols les plus brillants du XXe siècle », nous affirme Wikipedia, que l’on ne mettra ici pas en doute. Médecin renommé et chercheur éminent, Marañón était aussi historien des sciences et biographe, publiant de nombreux essais et chroniques. Mais le seul ouvrage de langue étrangère qu’il trouva suffisamment important pour qu’il se consacre, en 1954, à sa traduction fut le livre de Léon Degrelle, Les Âmes qui brûlent, Notes de paix, de guerre et d’exil, dédié à ses enfants Chantal, Anne, Godelieve, Léon-Marie et Marie-Christine.

    Marañón Académie 1957 05 25.jpgDiscours de Gregorio Marañón à l’Académie Royale Espagnole à l’occasion de la réception d’un nouveau membre (1957).

    Dans la préface à l’édition espagnole de ce livre de Léon Degrelle –qui lui vaudra l’inimitié et l’ostracisme des milieux « libéraux » de l’Espagne franquiste mais aussi un formidable accueil populaire (ce texte est intitulé L’homme qui pensait autrement dans les œuvres complètes de l’académicien)–, Marañón évoque « Ces pages d’une incomparable beauté et d’un humanisme bouleversant, porteuses d’espoir pour un monde meilleur, ces pages pour lesquelles, mobilisant toutes nos ressources, nous avons voulu polir notre langue castillane la plus pure et la plus noble, de la même façon qu’on polit l’or où va se sertir l’émeraude. »

     

    La figure de Gregorio Marañón est tellement considérable et respectée en Espagne que c’est elle qu’évoque aussi Elena Balaguer Degrelle, une des filles d’Anne Degrelle pour asseoir la légitime considération due à son grand-père qui ne devrait pas souffrir la calomnie. En effet, le sang de la petite-fille de Léon Degrelle n’avait fait qu’un tour en lisant l’article crapuleusement mensonger de l’éditorialiste Gabriel Albiac dans le quotidien libéral El Mundo, censé commenter le décès de son aïeul.

    Pour donner une idée indépendante de notre opinion sur la personnalité de Gabriel Albiac, né en 1950 dans la communauté autonome de Valence, nous nous référerons encore à ce qu’en dit l’encyclopédie du politiquement correct Wikipedia : « Gabriel Albiac est professeur de philosophie à l'Université Complutense de Madrid depuis 1974. […] Proche des idées communistes dans les années 1970 et 1980, Gabriel Albiac prend ses distances avec l'extrême gauche au début des années 1990 pour se rapprocher du libéralisme. […] Admirateur de la culture juive, il est un fervent défenseur d'Israël. »

    Elena Balaguer.jpgElena Balaguer Degrelle, digne fille d’Anne Degrelle et fière petite-fille de Léon Degrelle.

     Elena avait envoyé immédiatement un droit de réponse au quotidien bien-pensant, qui la publia le 12 avril 1994.

     

    De toute évidence, Elena Balaguer Degrelle a hérité de la sensibilité à fleur de peau et de la réactivité polémique de son grand-père, toujours allergique à la méchanceté et au mensonge.

     

     

    Léon Degrelle, mon grand-père

     

    Monsieur le Directeur,

     

    Il est difficile de résumer une vie aussi longue et intense en quelques lignes.

     

    Léon Degrelle fonda le parti « Rex » (pour Christus Rex et non pour évoquer quelque monarchie) ; il parvint à obtenir vingt et un députés aux élections de 1936, créa de nombreux journaux et dirigea différentes maisons d’éditions.

     

    Il consacra ses années d’exil en Espagne à écrire de nombreuses œuvres, parmi lesquelles Almas ardiendo, œuvre traduite et préfacée par le Dr Gregorio Marañón.

     

    Almas.jpegMais par-dessus tout, ce fut un homme des plus attachants comme père et grand-père.

     

    Je ne parviens pas à comprendre que des gens comme Gabriel Albiac aient attendu sa mort pour, de manière stupide et mensongère, l’appeler « assassin », ne manquant pas de provoquer ainsi de cruelles souffrances à sa famille et à ses amis. Je veux imaginer que ce ne fut que par ignorance.

     

    Léon Degrelle, mon grand-père, n’a jamais été ni accusé ni condamné pour quelque assassinat. Je vous joins une attestation signée par l’ambassadeur belge, déclarant qu’il fut condamné à mort le 27 décembre 1944 pour « crimes contre la sécurité de l’Etat », que la prescription fut atteinte le 5 février 1969 et qu’ « Il ne fut pas concerné par le procès de Nuremberg ».

     

    Il est évident que son seul délit fut de combattre dans le camp des vaincus de la guerre. Et comme on le sait : « Vae Victis ! »

     

    Croyez-vous, Monsieur Albiac, qu’un homme aussi libéral et démocrate que le Dr Marañón –qui consacra une part importante de sa vie à étudier l’Histoire– serait devenu l’ami intime et l’admirateur d’un « assassin » ? Savez-vous qu’une des demandes d’extradition formulées par la Belgique fit que mon grand-père dut se cacher au domicile d’un communiste, ancien combattant, qu’il avait pu sortir de prison et à qui il avait donc sauvé la vie ? Cela pourrait-il vous intéresser de savoir qu’il avait des collaborateurs juifs dans ses journaux et dans son parti, dont l’un fut même élu député rexiste ?

     

    J’ai étudié les sciences et les technologies de l’information et de la communication et je suis une fervente partisane de la liberté d’expression. Mais en lisant des articles comme ceux de M. Albiac, il me vient des doutes quant à avoir choisi la bonne profession.

     

    Elena Balaguer Degrelle

    Elena Pétain-Verdun.jpg

    Elena Balaguer Degrelle n’a pas rejoint la presse du mensonge conformiste, elle fait au contraire honneur aujourd’hui à son diplôme dans le domaine de l’audiovisuel.

     

    La date du 5 février 1969 donnée par Elena comme entrée en vigueur de la prescription ne correspond à aucune réalité. Mais Elena ne fait que citer la lettre de l’ambassadeur de Belgique à Madrid, André Ernemann, en réponse à une demande d’information de Violeta Friedman sur la situation de Léon Degrelle contre qui elle avait porté plainte en 1985. Le cafouillage chronologique de l’ambassadeur n’est guère explicable car la prescription devait intervenir vingt ans après la condamnation de 1944, c’est-à-dire le 27 décembre 1964. C’est paniqué devant la proximité de cette échéance que le gouvernement belge fit adopter, le 3 décembre 1964, la fameuse Lex Degrelliana ajoutant dix ans à la date de prescription, soit désormais le 27 décembre 1974.

     

    Deux autres précisions d’Elena pour illustrer l’ouverture d’esprit de son grand-père qu’un journaliste fanatique tel que Gabriel Albiac ne pouvait soupçonner posent question. Tout d’abord, concernant l’antisémitisme supposé imprégner les idées de Léon Degrelle, Elena évoque la présence de juifs parmi les journalistes et les députés rexistes. Si nous ignorons à qui elle veut précisément faire allusion, il ne semble effectivement guère douteux que de nombreux juifs furent membres, collaborateurs et électeurs de Rex. Mais en se manifestant en faveur du mouvement de régénération nationale, personne n’avait à se déclarer juif ou non-juif. Le seul exemple que nous ayons où cela eut quelque importance fut l’engagement dans la Légion Wallonie, aux côtés de l’Allemagne nationale-socialiste, du juif J. Marber, ce qui peut effectivement paraître paradoxal : il ne fut démobilisé qu’à l’occasion du passage à la Waffen-SS, mais sans que cela n’entame sa détermination d’œuvrer en Belgique pour l’Ordre nouveau (voir ce blog au 20 mars 2020).

     

    LD Hidalgo+Baudouin.jpgPendant toutes ses années d’exil, Léon Degrelle ne cessa jamais de réclamer le droit de revenir en Belgique pour rendre compte de ses actes devant un tribunal impartial. Il écrivit aux journaux, aux députés, au cardinal, au roi… Sans jamais recevoir de réponse. Alidor –le « Jam » du Pays réel– met ici en scène l’exilé, ibériquement « incognito », débarquant d’Espagne dans la Friture préférée de Baudouin. Sans doute va-t-il s’expliquer autour d’un cornet de frites-mayonnaise et cervelas, arrosé d’une chope de bière en ce qui le concerne car le roi triste a déjà son eau minérale...

     

    Concernant l’anticommunisme qui imprégna le parcours politique de Léon Degrelle, Elena veut insister sur le fait que cet engagement fondamental ne l’empêcha pas de reconnaître la qualité des personnes fourvoyées dans l’idéologie marxiste ni de tisser des liens étroits avec elles. Elle ne cite que le seul exemple d’un « communiste, ancien combattant » qui, par reconnaissance pour l’avoir aidé à sortir de prison, cacha Léon Degrelle chez lui pour échapper à l’arrestation. Nous ignorons de qui il peut s’agir précisément, mais probablement est-ce une de ces péripéties hautes en couleur ayant permis à Léon Degrelle d’échapper à la « busca y captura », le mandat d’amener lancé le 30 janvier 1970 par le gouvernement d’Opus Dei soucieux d’intégrer à tout prix le Marché Commun européen. Pour ces froids technocrates, se servir de Léon Degrelle comme monnaie d’échange devait permettre non seulement d’assurer à l’Espagne la sécurité d’importants débouchés économiques, mais aussi de mettre fin à son isolement politique.

     

    Pendant les plus de deux années que dura cette chasse à l’homme (1970-1972), Léon Degrelle connut plus d’une quinzaine de cachettes qui ne furent pas toutes assurées, comme lors des premières années de son exil, par ses puissants amis au pouvoir, mais ont été proposées aussi par de nouveaux partisans et sympathisants, tel sans doute ce « communiste, ancien combattant », le proscrit devant faire flèche de tout bois pour assurer sa sécurité. C’est ainsi qu’il se souvient dans une lettre à son ami Paul Jamin, alias « Jam » et « Alidor », le 3 janvier 1974 : « J’ai passé deux ans de refuge en refuge, toujours traqué. Lopez Bravo volatilisé, l’affaire s’est calmée, mais j’ai vécu longtemps à un millimètre de l’extradition avec des flics abondant sans cesse, des sommations, des interventions d’un fanatisme incroyable de l’ambassade de Belgique. »

     

    Elena eût également pu évoquer d’autres amitiés « particulières » ayant uni son grand-père à des personnalités communistes.

     

    Ainsi du marxiste Enrique Tierno Galván, professeur de droit politique à l’Université de Salamanque, fondateur du Parti Socialiste Populaire qui, peu avant la mort de Franco, constituera avec le Parti communiste espagnol une Junte démocratique d’Espagne. Arrêté et jugé en 1957 pour ses activités subversives antifranquistes, il connut la prison et l’interdiction d’encore écrire. Ce qu’apprenant, Léon Degrelle le considérant comme un intellectuel d’exception, décida de lui envoyer incontinent sa propre machine à écrire !

     

    Ainsi surtout du richissime homme d’affaires communiste Teodulfo Lagunero, qui finança le parti communiste espagnol en exil et organisa le retour clandestin de Santiago Carrillo (affublé de la célèbre perruque fournie par le coiffeur de Picasso), caché dans sa luxueuse Mercedes grise conduite par sa femme.

     

    Capture.JPGTeodulfo Lagunero se réjouit de pouvoir montrer aux réalisateurs du documentaire Léon Degrelle ou la Führer de vivre un exemplaire de l’important livre de mises au point publié par Jean-Michel Charlier, Léon Degrelle : Persiste et signe. Il leur détaille avec fierté sa belle dédicace : « A mon grand et cher ami Teodulfo Lagunero dont je ne peux pas dire qu’il soit mon frère en politique, mais dont j’admire profondément la gentillesse, le cœur et l’intelligence extraordinaire. Avec toute mon affection. Léon Degrelle. Septembre 1992. »

     

    Il témoignera de son amitié pour Léon Degrelle dans le film-documentaire de Philippe Dutilleul La Führer de vivre (2009) : « Il y a beaucoup de personnes de gauche qui m’ont demandé comment c’était possible, cette amitié. Eh bien, j’ai dit : “Pourquoi pas ?” Les idées sont une chose et le fait que j’ai eu l’opportunité ou la chance de rencontrer par hasard ce personnage important en est une autre. Et en le fréquentant, j’ai pu voir que ce n’était pas un fanatique exalté, mais une personne correcte, bien éduquée et très cultivée. Ça m’intéresse beaucoup d’entrer à l’intérieur de sa formation intellectuelle de fasciste. Et c’était une personne très intéressante. »

     

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