Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

balace

  • Un historien espagnol élucubre une nouvelle biographie de Léon Degrelle (1)

     

    120 ans après sa naissance, plus de 30 ans après sa disparition, Léon Degrelle dérange toujours...

     

    Il devrait exister des Oscars pour les historiens les plus sournois ou les plus méchamment calomniateurs. Après tout, il exista bien un Bad Sex in Fiction Award créé par la revue britannique Literary Review qui, en 2009, couronna le porno-roman de Jonathan Littell, dont le personnage principal était prétendument inspiré par Léon Degrelle (ce blog au 28 février 2018 ; Pablo Cuevas, l'auteur dont il sera ici question, parviendra à citer Littell une demi-douzaine de fois dans les quelques pages consacrées à l'exil dont nous parcourrons quelques chafouineries).

     

    LD Cuevas.pngPour notre part, nous décernerions volontiers le Balace d'or récompensant les pires mensonges, contre-sens et diffamations dans le récit de la vie de Léon Degrelle à son nouveau biographe espagnol, Pablo Cuevas (qui n'a rien à voir avec le magnifique champion de tennis uruguayen qui s'illustra sur les cours entre 2004 et 2024, surclassant, par exemple, en 2016 Rafael Nadal en demi-finale et emportant l'ATP 500 de Rio de Janeiro). Les « Balace » seraient ainsi appelés d'après Francis Balace, le degrello-allergique professeur de l'Université de Liège, célèbre pour son « confusionnisme historique » (ce blog au 30 juin 2016 ; cet Hérodote de carnaval espéra-t-il que ses diatribes calomnieuses à l'égard de Léon Degrelle recevraient davantage de crédit scientifique en décrétant que ce dernier « appartient plus au domaine du psychiatre qu'à celui de l'historien » ?, ce blog au 9 juillet 2017, n.1).

     

    Nous avons récemment évoqué l'existence de cette publication espagnole sur Léon Degrelle (dont plus de la moitié de l'existence se fit dans l'Espagne franquiste) qui nous laissait espérer des infos nouvelles, originales et exclusives sur sa vie d'exilé, puisque le sous-titre prétendait expressément s'intéresser à « l'ultime échappée vers l'Espagne de Franco » (ce blog au 2 août 2026).

     

    Ce n'est que cette petite cinquantaine de pages consacrées à l'exil sur les quatre cents du bouquin qui intéressera notre critique car si nous devions en commenter toutes les méchancetés, il nous faudrait y passer le reste de notre existence ! Mais si ces pauvres pages censées raconter les principaux événements de la vie du banni (la précieuse recension de José Luis Jerez Riesco, Degrelle en el exilio 1.945-1.994, offre, quant à elle, plus de 600 pages sur la vie du condamné à mort belge exilé en Espagne !) nous ont amplement laissé sur notre faim, elles nous ont quand même permis de ranger définitivement Cuevas dans la catégorie des super-Balace, coiffant largement au poteau son confrère José Luis Rodríguez Jiménez qui, même enrobées de sensationnalisme, nous a tout de même fourni quelques informations nouvelles et photographies inédites (ce blog, huit articles à partir du 1er septembre 2024).

     

     

    José Antonio Primo de Rivera

     

     

     

    José Antonio PR 22.11.1936p.3.jpg   José Antonio PR 15.07.1938p.6.jpg

    À gauche, Le Pays réel du 22 novembre 1936 annonce la mise à mort du chef de la Phalange espagnole, José Antonio Primo de Rivera ; à droite, deux ans plus tard, le quotidien rexiste fut à même de donner les détails de cet assassinat (Le Pays réel, 15 juillet 1938).

     

     

    L'obsession première de Cuevas est de s'en prendre à la prétention de Léon Degrelle d'avoir entretenu des relations avec José Antonio dès 1934 et d'être détenteur de la Médaille de la Vieille Garde pour avoir appartenu dès alors à la Phalange Extérieure, sa carte d'affiliation portant d'ailleurs le numéro un.

     

    ABC 1969.10.11 p.14.jpgVoilà qui, selon Cuevas, serait hautement suspect car Léon Degrelle déclara dans une interview (Épisode humain de Léon Degrelle : Nous sommes vraiment entrés en politique comme des apôtres) au quotidien ABC du 11 octobre 1969 : «  Alfredo Mahou me faisait parvenir les lettres de José Antonio et portait les miennes au chef de la Phalange espagnole ».

     

    Soupçons immédiats du néo-biographe: « Pourquoi avait-il besoin d'un intermédiaire déjà décédé mais connu de tous et parent de sa grande amie Clara Stauffer Loewe ? L'explication la plus logique : pour justifier qu'il n'y ait aucun autre témoignage ni trace de cette prétendue relation à une époque antérieure à la fondation de Rex et de son adhésion au fascisme. » (p. 319-320).

     

    Nous pensons, quant à nous, que cette question est très mal posée :  plus que oiseuse, elle est hypocritement malintentionnée : pourquoi en effet Léon Degrelle se serait-il inventé inutilement un intermédiaire qui eût pu facilement, lui ou ses contemporains, le contredire, si cette péripétie insolite n'avait pas existé ?

     

     

    Clara Stauffer Murcia.jpg

    Clara Stauffer, amie intime de Léon Degrelle (ce blog aux 3 janvier 2023 et 20 mai 2025) était responsable de la presse et de la propagande de la Section Féminine de la Phalange Espagnole (ici dans les locaux de la section de Murcie dans les années 1930). À noter qu'à propos de ses relations avec le Commandeur de la Division Wallonien exilé en Espagne, au contraire de ce que laisse entendre Anne Lemay[-Degrelle] (ce blog au 3 janvier 2023), sa biographe Berta Vias Mahou –qui est également la petite-nièce de Clara– affirme « qu'avec [Léon Degrelle] d'ailleurs, je ne pense pas qu'elle ait eu, comme on dit, quelque relation amoureuse que ce soit » (A la sombra de Clara Stauffer, p. 213).

     

     

    Cuevas tapera encore sur le clou dix pages plus loin : « On ne trouve pas non plus la moindre information sur l'une des affirmations qu'il fera à partir des années soixante : qu'il en était venu à correspondre avec José Antonio Primo de Rivera avant même d'avoir fondé Rex. Rien n'est mentionné dans aucun document ou journal de cette époque. » (p. 331). Et plus loin, commentant à sa manière les résultats de la visite de Léon Degrelle sur le front de la Guerre civile en février 1939 : « cette visite permit à Degrelle de forger des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, [...]. Ainsi que, même si on n'en parle pas dans la presse de l'époque [ndlr : comme pour les relations entre José Antonio et Léon, alors !], probablement également Clara Stauffer Loewe, responsable de la Section Féminine ayant une sœur mariée avec l'entrepreneur, également d'origine allemande, Carlos Mahou, un lien qui servira Degrelle dans le futur pour démontrer sa prétendue amitié avec José Antonio Primo de Rivera... en 1969. » (p. 333).

     

    Outre qu'à l'époque, Rex ne s'est jamais déclaré fasciste, pourquoi donc serait-il suspect que Léon Degrelle ait connu José Antonio avant que Rex –maison d'éditions et hebdomadaire littéraire– ne devienne un mouvement politique ? Le Chef de Rex s'était alors déjà engagé en politique au service du Parti catholique belge qu'il voulait régénérer en le débarrassant de ses banksters et autres corrompus (initiative qui ne pouvait que le rendre sympathique à José Antonio ; ce blog au 8 avril 2017).

     

     

    pablo cuevas,balace,jonathan littell,franco,josé luis jerez riesco,josé luis rodrígez jiménez,josé antonio,alfredo mahou,clara stauffer,anne lemay,berta vias mahou,duchesse de valence,carlos mahou olmeda,sancho dávila,josé del castaño,abc,cambio16,historia16,mgr picard,jean denis,romancero,catholicus blogspot,julien leherte-delcour,casimir mahou olmeda,joris van severen,marie-christine degrelle,josé ramon de hervella,jaime de mora y aragón,teodulfo lagunero,jean-robert debbaudt,jeannine camps,antología de textos de leon degrelle,blas piñar,raimundo fernandez cuesta,devoir de travail,norme programmatique de la phalange

    Sans doute fallait-il que les héritiers de José Antonio, à la tête désormais de la Phalange, ne connussent vraiment rien de Léon Degrelle (premier membre de la Phalange Extérieure) pour l'inviter en grande pompe sur les fronts de guerre d'Espagne (Le Pays réel, 4 février 1939) ! Hôte d'honneur de la Phalange, le chef de Rex le fut également de l'État, reçu solennellement, le mardi 7 février 1939, par le Caudillo Francisco Franco qui lui avait déjà adressé un message de sympathie en septembre 1936 (ce blog au 1er septembre 2024).

     

     

    Et en quoi serait-il suspect que le célèbre industriel brassicole Mahou ait servi de courrier ? Au moment où Léon Degrelle raconte cette anecdote, Alfredo Mahou serait décédé et ne pourrait donc plus démentir ? Mais la fille du maître-brasseur historique des bières Mahou, Konrad Stauffer (1860-1945), Clara (1904-1984), elle, vivait toujours et devait certainement connaître l'histoire. En a-t-elle démenti le prétendu bobard ?

     

    De même, la sœur de José Antonio, Pilar Primo de Rivera (1907-1991), amie intime de Clara Stauffer, était également toujours de ce monde et eût très bien pu dénoncer la fiction des relations de son frère avec Léon Degrelle si tel avait été le cas. Il n'en a jamais rien été et aucun des proches de José Antonio n'a jamais mis en doute les liens entre les deux apôtres comme ABC le rapporte en 1969, tels Sancho Dávila (1905-1972), cousin de José Antonio, ou José del Castaño (1895-1973), responsable de la Phalange pour l'étranger, qui accueillirent Léon Degrelle à son arrivée à la frontière espagnole, le 2 février 1939...

     

     

    LD Irun 02.02.1939a.jpg

    Le 2 février 1939, Léon Degrelle arrive au poste frontière d'Irún où il est accueilli par une délégation de la Phalange espagnole (voir une autre photo sur ce blog au 19 avril 2019).

     

     

    Mais le plus fort de l'affaire (et fort embêtant pour la crédibilité de notre « biographe »), c'est qu'Alfredo Mahou n'était absolument pas mort au moment de l'interview en 1969 de Léon Degrelle pour le journal ABC ! (On observera que dans sa dernière incrimination, Cuevas évoque « Carlos Mahou [Olmeda] » (1901-1979), cousin d'Alfredo et époux de María Nanette, la sœur de Clara Stauffer ; mais Léon Degrelle précise sans équivoque « Je veux parler d'Alfredo Mahou »).

     

    Et on voudrait nous faire croire que si cet important homme public a été impliqué dans ce qui nous est présenté aujourd'hui comme un grossier mensonge, c'est qu'il était mort et ne pouvait plus réagir ? Rappelons donc que, nommé après la guerre Président honoraire de la Chambre de Commerce de Madrid et conseiller municipal de la capitale (le bourgmestre-alcalde n'étant alors autre que le Comte de Mayalde, ce blog au 23 octobre 2022), Alfredo Mahou de la Fuente, né en 1905, mourut à Madrid le 6 mars 1978, sans avoir jamais dénoncé l'anecdote rapportée par son ami Léon Degrelle dans le plus important quotidien madrilène.

     

     

    Denis Romancero 1938.jpeg

    Un des principaux collaborateurs de Léon Degrelle, Jean Denis (ce blog au 15 juin 2022), ancien secrétaire de Mgr Picard (ce blog aux 5 avril 2017 et 2 mars 2021), rédigea, en 1936, les Bases doctrinales de Rex. Docteur en Philosophie et Lettres, Jean Denis a suivi attentivement la Guerre civile espagnole (il se rendra une première fois en Espagne en décembre 1937, en compagnie de Victor Matthys, et il accompagnera le Chef de Rex lors de sa visite à l'Espagne nationale de février 1939), tout en se passionnant pour la pensée de José Antonio.

     

    Il publia dans la « Collection nationale » des Éditions Rex un Romancero 1938. Le « Romancero » désigne traditionnellement un recueil d'extraits des chansons de geste ibériques. Pendant la guerre civile espagnole, les communistes confisquèrent le genre pour célébrer avantageusement les Républicains crucificateurs de cadavres de nonnes et de curés.

     

    Nonnes Barcelone.jpg

    Juillet 1936 : cercueils profanés des religieuses salésiennes de Barcelone dont les cadavres sont exhibés sur le parvis de l’Église de leur couvent (Photo Catholicus Blogspot).

     

    Aujourd'hui, seules les récupérations des Rafael Alberti ou Pablo Neruda semblent relever de l'art et de la culture, dignes de l'intérêt académique. C'est ainsi qu'un prof catalan de l'Université de Barcelone s'est attaché à l'étude de « La résistance des romanceros » face au « nettoyage de la culture » qu'aurait opéré « L'Espagne de Franco » (Pelai Pagès i Blanc, in Ebre 38, Revista Internacional de la Guerra Civil (1936-1939), n° 8, 2018, pp. 261 sv.). Tout à son admiration des émules étrangers des romanceros marxistes, ce Balace catalan inclut –sans sourciller car, à part son titre, il n'a manifestement rien lu de cette ode poignante au sublime esprit de sacrifice des défenseurs de l'Espagne éternelle– le Romancero 1938 de Jean Denis dans les œuvres étrangères qui absolurent à bon compte les atrocités républicaines au nom de la littérature...

     

    Romancero Ebre Denis.jpg

     

    Mais Jean Denis fut aussi un fin connaisseur de l'idéal national-syndicaliste de la Phalange espagnole et de la pensée de son fondateur José Antonio.

     

    Il prit ainsi violemment la défense du martyr d'Alicante contre les assimilations calomniatrices de La Libre Belgique dans Le Pays réel du 1er décembre 1938, sous le titre Non, la phalange n'est pas le nazisme.

     

    L'année suivante, il publiait un exposé de la doctrine sociale de la Phalange Une révolution dans la guerre chez l'imprimeur d'art Julien Leherte-Delcour, de Renaix, pour le compte de son Centre d'Études Hispaniques. C'est là également que la même année, fut publié José Antonio a dit... présentant le texte de trois importants discours de celui qu'on n'appelait plus que L'Ausente, l'Absent, tant que sa dépouille n'aurait pas été retrouvée et reçu de funérailles : l'offre de souscription accompagnait Romancero 1938 et Le Pays réel y consacra une importante publicité.

    pablo cuevas,balace,jonathan littell,franco,josé luis jerez riesco,josé luis rodrígez jiménez,josé antonio,alfredo mahou,clara stauffer,anne lemay,berta vias mahou,duchesse de valence,carlos mahou olmeda,sancho dávila,josé del castaño,abc,cambio16,historia16,mgr picard,jean denis,romancero,catholicus blogspot,julien leherte-delcour,casimir mahou olmeda,joris van severen,marie-christine degrelle,josé ramon de hervella,jaime de mora y aragón,teodulfo lagunero,jean-robert debbaudt,jeannine camps,antología de textos de leon degrelle,blas piñar,raimundo fernandez cuesta,devoir de travail,norme programmatique de la phalange

    La presse de la Phalange y fut également fort sensible : ici, l'article du quotidien Unidad du 11 février 1939, saluant l'ouvrage  : « Jean Denis, membre éminent de Rex et député du mouvement belge, ami intime de son chef Léon Degrelle qu'il accompagne pour le moment dans son voyage à travers l'Espagne libérée, est un cher camarade qui nous accompagne dans la sainte fraternité de la Phalange. Il nous honore et nous enchante par sa plume qui nous expose de magnifique manière les problèmes de la Belgique rexiste et les liens qui l'unissent à l'Espagne triomphante du communisme. [...] Jean Denis travaille sans relâche, hier avec son Romancero, aujourd'hui avec les pages concises qui prolongent la traduction des discours éloquents de notre Absent, réussissant à nous toucher au fond de l'âme, à partager nos peines et nos joies [...]. En un mot, Jean Denis comprend, sent et aime la Phalange et l'Espagne, à l'espagnole”. » (reproduction du journal Unidad illustrant l'article de José Luis Jerez Riesco, Viaje por la España Nacional de Léon Degrelle, en febrero de 1939, in REX, Revista de la Asociación cultural Amigos de Léon Degrelle, n° 3, 31 mars 1999, p. 4 sv.).

    Denis Souscription JA dit.jpeg

    Denis JA a dit PR 1939.01.08.jpg   Denis JA dit Unidad.jpeg

     

     

    Pour nous apprendre quelque chose de nouveau, plutôt que de cracher toutes ses dents contre Léon Degrelle et disqualifier son biographe d'exil José Luis Jerez Riesco (ce blog, notamment au 3 mai 2021), Pablo Cuevas eût dû sortir de ses obscures et embrouillardantes cuevas (cavernes) et s'interroger sur les relations d'Alfredo Mahou avec Léon Degrelle ainsi qu'avec José Antonio et la Phalange dont les principes économiques et sociaux rejoignaient ses convictions corporatistes (au contraire de son cousin Casimir Mahou Olmeda, beau-frère de la sœur de Clara Stauffer, marxiste résolument engagé dans le parti Izquierda Republicana (« Gauche républicaine ») –dont le fondateur était président de la république de Front populaire durant la Guerre civile–, et qui chercha refuge au Mexique).

     

    Documenter les relations entre Léon Degrelle et José Antonio semble en effet aussi difficile qu'établir celles qu'il eut avec Joris Van Severen (ce blog au 7 mai 2019) dont il ne parla pratiquement jamais non plus avant ses années d'exil (le nom du fondateur du Verdinaso n'est même pas cité dans La Guerre en prison relatant son arrestation le 10 mai 1940 et les avanies subies lors de sa livraison aux autorités françaises : Van Severen fut pourtant gardé dans la même prison de Bruges et mis dans le même autocar vers la France pour y être assassiné à Abbeville le 20 mai 1941 avec vingt autres compagnons d'infortune : ce blog au 30 avril 2017).

     

    Du moins –et sans doute est-ce le plus important– pouvons-nous déduire une évidente proximité spirituelle entre les mouvements créés par Léon Degrelle et José Antonio des déclarations du chef rexiste à la presse phalangiste : « Aucun mouvement révolutionnaire au monde ne ressemble autant à la Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste que Rex. En effet, celui-ci est un mouvement révolutionnaire de la jeunesse. Il présente le même programme que la Phalange, les mêmes idéaux, la même façon d'être ainsi que les mêmes principes fondamentaux. Et même si la nature du combat n'est pas la même, son intensité, son dynamisme quotidien et l'objectif à atteindre sont bien identiques. Nous autres, Belges, en ce moment crucial de l'histoire du monde, nous sommes aux côtés de l'Espagne, comme elle fut à nos côtés au temps de son passé impérial pour défendre la chrétienté. » (Unidad, 8 février 1939, p. 1).

     

    Quelque quarante ans plus tard, Léon Degrelle redisait son opinion sur José Antonio, leurs points communs et leurs différences, dans l'hebdomadaire populaire Cambio16, répétant d'ailleurs les propos tenus à ABC huit ans auparavant sur le rôle d'Alfredo Mahou (qui était encore et toujours bien vivant !) et permettant surtout à la journaliste Jeannine Camps qui l'interrogeait de voir la fameuse carte n° 1 signée par le chef de la Phalange : « Le mouvement rexiste que créa Degrelle avait des points communs avec la Phalange : Ils se ressemblaient en ce qu'ils étaient tous deux des mouvements spirituels. José Antonio était quelqu'un d'une haute spiritualité, un homme inspiré, un poète. Mais alors que nous étions un mouvement de masse, la Phalange ne rassemblait avant la guerre qu'un millier de personnes. Eh oui, nous avions des contacts et je suis le numéro un de la Phalange internationale.Et le fier lion belge sort de sa poche une vieille carte de membre signée par José Antonio en 1934. "Mon lien avec José Antonio était Alfredo Mahou, le producteur de bière, qui était alors phalangiste. Mais à la base, c'était fort différent. José Antonio s'est présenté aux élections en tant qu'indépendant, ce qui n'est pas la droite. Il n'avait pas de contact avec les masses. Moi, je visitais les usines, les villages, les places publiques. Ce fut son principal défaut. » (Cambio16, 14 août 1977).

     

     

     

     

    Cambio16 1977.08.08aa.jpeg

    Première page de l'article que l'hebdomadaire Cambio 16 consacra, le 8 août 1977, à Léon Degrelle en Espagne. Il est illustré par la célèbre photo qui fit scandale, prise à l'occasion du mariage, le 9 octobre 1969, de sa fille Marie-Christine avec l'avocat José Ramon de Hervella : elle montre Léon Degrelle trinquant avec son ami Jaime de Mora y Aragón (1925-1995), le frère de Fabiola, reine des Belges (qu'il connut en 1945 à l'Hôpital General Mola de San Sebastián lorsque cet alors jeune militaire était affecté à la garde de sa chambre) !

    Accompagné de son épouse suédoise Margit (de face entre les deux porteurs de toast), Don Jaime avait déjà assisté, le 21 juillet 1962, au mariage d'Anne Lemay[-Degrelle] et Servando Balaguer Parreño à Constantina où se trouvait La Carlina, la belle propriété de Léon Degrelle (ce blog au 5 août 2023).

    Celui qu'on avait surnommé Fabiolo commença une carrière cinématographique en 1961 sous la direction de Vittorio De Sica (Le Jugement dernier, une satire sociale grinçante), mais préféra toujours les comédies où il aimait se caricaturer en Grand d'Espagne conspirateur (La Folie des Grandeurs, de Gérard Oury en 1971) ou en stoïque maître d'hôtel (Les Charlots font l'Espagne, de Jean Girault en 1972)...

     

    L'article est rédigé par Jeannine Camps, alors fraîche émoulue de l'université Complutense de Madrid, toute pénétrée des principes déontologiques non seulement professionnels, mais aussi spécifiques aux 16 propriétaires-éditeurs du Cambio (« changement ») décidés à accélérer la « transition démocratique » face au franquisme, et qui deviendra une des journalistes vedettes du magazine : y a-t-il quelque raison de douter de son honnêteté lorsqu'elle déclare avoir vu de ses yeux la carte de membre n° 1 de la Phalange Extérieure au nom de Léon Degrelle ?

     

     

    Le commentaire sur la Phalange que le Chef de Rex confie à Cambio16 rejoint quelque peu l'avis qu'il aurait donné à son ami communiste le richissime avocat et homme d'affaires Teodulfo Lagunero (ce blog au 31 mars 2021). Ce dernier déclara au quotidien El Mundo, le 6 avril 2006 : « Savez-vous que j'ai également été, par hasard, l'avocat de Léon Degrelle, le fondateur du fascisme [sic] ? Mais oui, j'ai été son ami. [...] Curieusement, il méprisait la Phalange parce qu'il disait qu'il ne s'agissait que d'un groupe de fils à papa (« señoritos ») ridicules. » Ajoutons immédiatement, avant que le cavernicole n'en fasse une preuve supplémentaire de l'absence de toute relation entre José Antonio et Léon Degrelle, que celui-ci évoquait, comme dans Cambio16 quelque trente ans auparavant, les membres de la Phalange, en petit nombre avant la Guerre civile, et non son fondateur. De plus, on peut bien supposer que l'ami communiste aura pris plaisir à en rajouter sur le prétendu « mépris » de Léon Degrelle...

     

     

     

    LD Historia16 1983 JA+Debbaudt.jpg

    En novembre 1983, le mensuel Historia16 consacrait un important article à La naissance de la Phalange de José Antonio Primo de Rivera : Léon Degrelle s'apprête à l'acheter au kiosque à journaux qui se trouvait en bas de son immeuble madrilène, 37 García Morato.

     

    Derrière Gabriel, son sympathique jeune libraire, on peut reconnaître Jean-Robert Debbaudt (1927-2003), qui, adolescent à la fin de la guerre, parvint encore à rejoindre les Volontaires wallons du Front de l'Est. Il fut le courageux éditeur de Lettres à mon Cardinal et Lettre au Pape à propos d'Auschwitz, initiative qu'il paya de lourdes condamnations judiciaires.

     

     

    Mais l'expression la plus explicite de la proximité de pensée entre Léon Degrelle et José Antonio se trouve certainement dans les commentaires que rédigea l'exilé rexiste sur le point XVI des Directives du programme de la Phalange concernant le Devoir de Travail. C'était en 1986 et constituait sa contribution à l'essai d'actualisation du message national-syndicaliste à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de José Antonio. En voici l'introduction.

     

    « J'ai été l'ami de José Antonio.Nous fûmes tous deux animés par la même foi. En 1934, deux ans avant son assassinat, il m'accorda la carte numéro 1 de la Phalange Extérieure.

    Pour la Phalange, comme pour le Rexisme que je dirigeais, la base de toute vie sociale était l'obligation d'honorer le travail que doit respecter tout être humain.

    Certes, ce devoir de travail se heurte aujourd'hui à l'impossibilité matérielle de travailler qui frappe en plein des milliers de jeunes. L'Europe soi-disant démocratique de la fin du XXe siècle traîne derrière elle, comme des boulets enchaînés aux prisonniers, la chaîne tragique de ses tristes maillons de chômeurs.

    Le drame n'est pas seulement économique, il est politique. Le vrai problème n'est pas tant le devoir de travailler, mais le pouvoir de travailler. Pour rendre au travail le considération qui lui est due, il est nécessaire, avant tout, de le rendre accessible. Plus encore qu'à l'époque de José Antonio, une rénovation politique totale est indispensable, pour rétablir l'ordre, la durée, la compétence et la force de l'État, bases indispensables de toute richesse, aussi bien économique que sociale puisque l'un est lié à l'autre.

    Dans un régime où n'importe quelle calamité peut devenir député ou ministre à condition d'avoir accaparé une quantité suffisante de voix et où on ne sait jamais si, trois mois plus tard, le Gouvernement subsistera encore, aucun grand plan n'est possible. L'honneur et la possibilité de travailler ne se concilient que dans la stabilité politique ». (Antología de textos de León Degrelle, pp. 255-259)

     

     

    Antologia textos LD.jpegLa réflexion de Léon Degrelle sur le Devoir de Travail compte plus d'une dizaine de pages manuscrites ; ce texte a été offert à son ami et avocat José Luis Jerez Riesco à l'occasion de l'Épiphanie de 1987, la « Fête des Rois » étant, en Espagne, la grande fête des cavalcades, des réunions familiales et des cadeaux. Le Devoir de Travail a été publié dans l'Antología de textos de León Degrelle, 1969-1994, textes rassemblés par Juan Antonio Llopart, aux Ediciones Nueva República en 2014, avec une introduction de José Luis Jerez Riesco. Notre citation est extraite et traduite de cette publication. Il va sans dire que Cuevas trouve toute l'affaire fort suspecte : « Un mensonge [sur l'amitié entre José Antonio et Léon Degrelle] qui a peut-être fonctionné au point de recevoir cette Médaille de la Vieille Garde avant le mariage de sa fille Anne... ou la commande d'un article dont nous ne connaissons ni le promoteur ni les raisons de sa non-publication » Si nous résumons la pensée caverneuse, le « mensonge » de 1969 (l'article d'ABC) justifie l'obtention de la Médaille en 1959 en vue du mariage d'Anne en 1961 et la rédaction de cet article en 1986 !...

     

    En réalité, le mensonge, une fois de plus vient de l'accusateur et non de l'accusé (selon l'adage enfantin tant de fois vérifié, « c'est celui qui dit qui l'est ») : contrairement à ce qu'affirme Cuevas, le promoteur de l'article est bien connu puisqu'il s'agit d'un groupe de phalangistes auquel appartenait l'avocat José Luis Jerez Riesco, chargé de compiler toutes les contributions et qui s'en explique dans son maître ouvrage Léon Degrelle en el exilio, 1945-1994 :

     

    LD Exilio Riesco.jpg« On avait demandé à Léon Degrelle, qui avait l'honneur d'être le titulaire de la carte numéro un de la Phalange Extérieure octroyée par José Antonio Primo de Rivera en 1934, un commentaire sur le seizième point de la Norme Programmatique de la Phalange qui dit : Tous les Espagnols non invalides ont le devoir du travail. L'État national-syndicaliste ne témoignera pas la moindre considération envers ceux qui n'exercent aucune fonction et aspirent à vivre aux dépens de l'effort d'autrui. Le commentaire de la Norme programmatique avec exégèse, critiques, notes, explications des 27 points de la colonne vertébrale de la doctrine phalangiste, effectué par d'éminents camarades nationaux-syndicalistes était un projet passionnant qu'à l'époque j'étais en train de compiler, en tant que contribution doctrinale et actualisation du message national-syndicaliste pour le Lème anniversaire de l'assassinat de José Antonio à Alicante. J'avais déjà recueilli les commentaires sur certains point essentiels de la doctrine, rédigés par mes amis et camarades [suivent les noms d'une vingtaine de contributeurs parmi lesquels Blas Piñar et Raimundo Fernandez Cuesta]. Pour être le plus jeune des rédacteurs qui contribuèrent à ce projet, où je remplissais aussi le rôle de compilateur, je m'étais réservé personnellement le commentaire du point 27 [...]. » (pp. 501 sv.).

     

    Il semble bien que l'ensemble du projet n'ait pas abouti, ce qui fait qu'il n'y eut pas que le texte degrellien à rester sur le carreau, mais également les contributions de tous les autres. Encore que le commentaire de Léon Degrelle sur le Devoir de travail fut peut-être le seul à avoir connu quelque diffusion puisqu'il fut publié non seulement dans En el Exilio, mais également dans l'Antología...

     

     

    Riesco.jpeg

    Docteur en Droit, José Luis Jerez Riesco (né en 1949) compta parmi les défenseurs de Léon Degrelle dans le procès que lui intenta Violeta Friedman (ce blog au 5 août 2023). Il préfaça la plupart des livres de Léon Degrelle publiés en espagnol (dont, pour certains, il assura également la traduction). Comptant parmi les plus fidèles amis de Léon Degrelle et fin connaisseur de son œuvre, il est également le président-fondateur de l'association culturelle Amigos de Leon Degrelle qui publia la revue annuelle REX, de 1997 à 2008 (photographie extraite du premier numéro de la revue, daté du 31 mars 1997, troisième anniversaire de la mort de Léon Degrelle).

     

     

    (À suivre)

     

     

  • Cercle des Amis de Léon Degrelle

     

    XLIe Correspondance privée – juin 2024

     

    C'est une photographie parfaitement inconnue de Léon Degrelle qui illustre la couverture de la nouvelle Correspondance du Cercle des Amis de Léon Degrelle, la quarante et unième déjà.

     

    Comment diable le Cercle s'est-il procuré ce document original ? Notre curiosité sera quelque peu satisfaite par un encadré de la page suivante : « La photo de couverture a été prise par Jean Louis Urraca Cornette et se situe vers le milieu des années 50. On y voit Léon Degrelle lire dans la cour de La Carlina. »

     

    Le Cercle eût pu être plus explicite car ce cliché provient d'une récente édition espagnole dont il signale l'existence en dernière page, à la fin de la rubrique consacrée aux publications degrelliennes : Bajo el manto del Caudillo (« Sous le manteau du Caudillo [Franco] ») dont la couverture s'orne également d'une photo d'autant plus originale que c'est la seule –à notre connaissance–, qui montre l'auteur de La Campagne de Russie en maillot de bain !

     

    L'auteur du bouquin est José Luis Rodríguez Jiménez, enseignant l'Histoire contemporaine et l'Histoire du Terrorisme à l'Université Roi Juan Carlos, établissement spécialisé dans la délivrance de diplômes-camelotes à scandale (à la ministre de la Santé, au président du Parti populaire, à la présidente de la région de Madrid,...).

     

    Bajo el manto.pngSans doute le Cercle ne souhaitait-il pas (à juste titre !) faire trop de publicité à ce pur produit du politiquement correct, car s'il précise bien qu'il comporte de nombreuses photos inédites de Léon Degrelle (provenant toutes de la collection d'un certain Jean-Louis Urraca Cornette : quatre du héros de Tcherkassy, trois de La Carlina, une de la tombe du fils unique de Léon Degrelle), le Cercle ne manque pas de nous dire que penser de cet ouvrage destiné à épouvanter ceux qui ignoreraient que des « nazis, des fascistes et des collaborateurs » avaient pu trouver asile dans l'Espagne franquiste : « Internet nous apprend que l'auteur est un professeur d'université, spécialiste de l'extrême-droite et des fascismes ?! Sans doute du même type que ceux que nous subissons en France ou en Belgique, tels les Balace, Colignon, Milza, Winock, Perrineau et autre Targuieff. Tout un programme ! »

     

    Jugement on ne peut plus pertinent et que nous confirmerons en long et en large dans un prochain article que nous consacrerons à ce livre dont le seul intérêt est –rappelons-le– la publication de photos inédites de Léon Degrelle.

     

     

    « Nos devoirs devant le pays en danger »

     

    Le texte de Léon Degrelle choisi par le Cercle pour ouvrir sa 41e Correspondance ne manque pas d'à-propos, publié peu avant les élections françaises, –européennes et législatives–, qui consacrent l'irrésistible émergence du Rassemblement national.

     

    Innombrables sont en effet ceux qui accordent aujourd'hui une confiance éperdue dans le jeune et brillant Jordan Bardella qui a précisément l'âge de Léon Degrelle lorsqu'il lança le mouvement Rex en politique. Mais quand on le voit courir après une respectabilité officielle passant par la dédiabolisation politique, on se demande si, en fait, ce n'est pas seulement l'exercice matériel du pouvoir qu'il poursuit : recentrage affiché sur le « pouvoir d'achat », adoption des postulats laïcistes de la République (inscription de l'avortement dans la Constitution), alignement sur la géopolitique européiste (conflit russo-ukrainien, politique théocratique israélienne,...) et même incertitudes sur la politique d'immigration (remigration, problème des binationaux, délivrance des visas, accueil sélectif des migrants,...), etc.

     

     

     

    Bardella par Chard.png

     

    Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, vu par Chard, la caricaturiste toujours perspicace de Rivarol, l'hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne (3 juillet 2024) : le candidat Premier ministre s'efforce vainement d'atteindre le pouvoir en s'appuyant sur ses reniements et la normalisation de son discours au lieu de se gagner le cœur et la raison de son peuple par la révolution des âmes.

     

     

    Manquent en réalité à Bardella, masquant son inexpérience par de mâles postures (« Ma main ne tremblera pas » répété à tout propos), les fermes convictions et les indispensables ressources morales qui lui permettraient de transmuter sa bien sympathique séduction en une autorité charismatique véritablement degrellienne. Pour cela, il lui faudrait –comme s'y efforça Léon Degrelle tout au long de sa vie de combat pour assurer une régénération permanente de la société– œuvrer sans relâche à l'embrasement spirituel du peuple, à son élévation morale par la révolution des âmes.

     

    C'est ce que rappelle déjà le Chef de Rex dans cet éditorial du 10 mai 1935 (il a 28 ans) : « Si l’État est devenu une sorte d'organisme déliquescent, sans vigueur, sans prestige, c'est que les éléments qui le constituent sont eux-mêmes tombés dans une espèce d'état dégénéré au point de vue moral. Il est facile d'évoquer la conjuration des forces occultes et internationales, de vouer à la rancœur publique une minorité d'aigrefins et de profiteurs dont nous serions tous les innocentes victimes. Victimes, nous le sommes tous, mais victimes innocentes, non. C'est de la décomposition de nos forces morales qu'est faite la virulence du mal. » Et de citer le Roi Léopold III à l'appui judicieux de son propos : « Il ne suffit pas que le pays regroupe ses forces dans l'ordre matériel, mais il faut encore qu'il les rassemble dans l'ordre moral. »

     

     

    Le Général Otto Ernst Remer (1912-1997)

     

    Le Cercle publie la dernière partie de la traduction d'une interview du Général Remer, disponible sur le site Mourning the Ancient (« Pleurer les Anciens »). On y trouve également parmi d'innombrables récits de première main, les témoignages révélateurs laissés par les filles de Himmler, Goering et Rosenberg, le fils de Ribbentrop ou l'épouse de Heydrich...

     

    General Remer.pngDans cet entretien, le Generalmajor Remer dont le rôle fut décisif dans l'échec du putsch des généraux félons, le 20 juillet 1944, donne avec la candeur de l'évidence son sentiment sur la réalité du Reich national-socialiste ainsi que son anéantissement : « Hitler était un dirigeant charitable, humble et aimant. C'est pourquoi le peuple allemand s'est battu pour lui jusqu'à ce que nous n'ayons plus de quoi nous battre, que nos villes soient littéralement en ruines et que nos infrastructures aient disparu. [...] Vivre dans un État national-socialiste était une véritable bénédiction. C'était paisible, les gens étaient heureux et la vie valait vraiment la peine d'être vécue pour l'Allemand moyen. Je n'aurais aucune réserve à l'idée de vivre à nouveau dans une Allemagne nationale-socialiste, mais je n'ai aucune envie de revivre la guerre. [...] La manière dont les Alliés ont mené la guerre était une guerre d'extermination : ils ont bombardé sans discrimination, détruisant les trésors de l'Europe qui constituaient un témoignage inestimable de notre créativité et de notre amour de la culture. [...] Les nations alliées ont gagné la guerre grâce à la manière effrayante avec laquelle elles ont combattu et aux armes terribles qui ont été utilisées, mais cela ne leur donne pas raison. »

     

     

    Degrelliana

     

    Il est toujours encourageant de constater la multiplication des éditions et rééditions des ouvrages de Léon Degrelle en français comme en langues étrangères, établissant l'actualité toujours vivante et salutaire de l'auteur de Révolution des Âmes.

     

    Le Cercle nous apprend aujourd'hui qu'ont récemment vu le jour des parutions en anglais, en grec et en... lituanien !

     

    Messages to the Youth of Europe (16,5 $). Le titre est au pluriel car, en plus de l'Appel aux Jeunes Européens de Léon Degrelle (Avalon, 1992), on a joint un texte du Prince Friedrich Christian von Schaumburg-Lippe, conseiller au Ministère de l'Education du Peuple et de la Propagande de Joseph Goebbels.

     

    Messages to the Youth.png     Ames grec.png

     

    My Adventures in Mexico (13,75 €), première traduction en anglais de Mes Aventures au Mexique (Rex, 1933, ce blog au 1er mai 2016).

     

    Oι ψυχές που καίνε (13 €), traduction grecque de Les Âmes qui brûlent (A la Feuille de Chêne, 1964).

     

    Rusijos kampanija. Valonų savanoriai Rytų fronte (« La campagne de Russie, Les Volontaires wallons au Front de l'Est », 20,10 €). Première traduction en lituanien de La Campagne de Russie (Le Cheval ailé, 1949).

     

    Farces Louvain 2024.pngSignalons aussi (car le degrellien à l'origine de l'initiative, un certain Thomas DP, nous a également contacté) la réédition de Les grandes farces de Louvain (19,99 €), édité à 4500 exemplaires en 1930 par les éditions Rex (et repris dans L'Avant-Garde Trentenaire célébrant l'anniversaire de la revue estudiantine animée par le turbulent et toujours joyeux Léon). Pour répondre à son succès inattendu, l'ouvrage connut une nouvelle publication à grand tirage avec couverture illustrée en 1932.

     

    C'est un livre dont tous les biographes de Léon Degrelle parlent, mais qui ne se trouve que très occasionnellement en bouquinerie, et toujours à des prix prohibitifs. On se réjouira donc que le public puisse enfin satisfaire sa curiosité par cette « reproduction fidèle de l'édition REX de 1932 » (avec une couverture représentant approximativement la façade du Faucon, la faculté de droit de Louvain où étudia le jeune Léon).

     

    cercle des amis de léon degrelle,jean-louis urraca-cornette,la carlina,balace,colignon,milza,winock,perrineau,targuieff,jordan bardella,chard,rivarol,otto ernst remer,friedrich christian von schaumburg-lippe,josé luis rodríguez jiménezChronique de ses années estudiantines, ce livre de Léon Degrelle n'est qu'en apparence anecdotique. On y retrouve certes le récit haut en couleur des farces les plus rocambolesques imaginées par le rédacteur en chef de L'Avant-Garde, comme le procès prétendument intenté par les héritiers d'Alexandre Dumas ou le saccage de l'exposition à la gloire de l'Union soviétique (épisode à l'origine de Tintin au pays des Soviets : ce blog, entre autres, au 29 décembre 2021 ; voir aussi Léon Degrelle, Cristeros, Aux origines de Tintin), mais également la célébration ardente de la joie de vivre, indissociable de la révolution des âmes !

     

    L'historien Léon van der Essen, professeur à l'Université Catholique de Louvain, ne s'y trompera pas, écrivant dans sa préface de la seconde édition : « Ami lecteur, dévorez ce recueil plein de philosophie, de bon sens, de gaîté, de rosseries et tirez-en les enseignements qu'il comporte. Et priez, en terminant, la Providence afin que, longtemps encore, les étudiants de Louvain soient capables d'organiser des farces comme nous en conte Léon Degrelle. Ces farces, elles contribuent à faire l'humanité meilleure ; elles vivifient le sang ; elles rendent impossible, mieux que le pacte Kellogg, la guerre ! »

     

     

    cercle des amis de léon degrelle,jean-louis urraca-cornette,la carlina,balace,colignon,milza,winock,perrineau,targuieff,jordan bardella,chard,rivarol,otto ernst remer,friedrich christian von schaumburg-lippe,josé luis rodríguez jiménez

     

    « Comment fut nettoyée l'exposition des Soviets prouve que, dans le cœur de la jeunesse universitaire d'après-guerre, il y a infiniment plus de générosité, de clairvoyance, de courage, que sous la salopette du tribun communiste qui, le soir, fréquente les salons mondains, que dans la conscience en caoutchouc des grands flibustiers de la finance, qui font des affaires avec les organisateurs de la révolution mondiale, ou que dans la cervelle tuberculeuse de publicistes naïfs et super-humanitaires qui prennent la défense de la Russie rouge. »

    (Léon van der Essen, Secrétaire Général de l'Université ; dessins de Guibert Gérard).

     

     

     

    Cercle des Amis de Léon Degrelle, adhésion (30 ou 37 euros, selon que vous résidiez en France ou non) : www.boutique-nationaliste.com

     

    Adresse : Cercle des Amis de LD, BP 92733, 21027 Dijon Cedex, France.

    lesamisdeleon.degrelle@gmail.com

     

  • Les mémoires « effilochés » d’Anne Degrelle-Lemay

    I. La Carlina

     

    1.Carlina. Vue érienne.jpg

    Vue aérienne de La Carlina.

     

    Nous avons annoncé, il n’y a guère, la parution d’un petit livre en espagnol intitulé Degrelle, l’homme qui changea mon destin, écrit par Anne Degrelle-Lemay, une des filles du fondateur de Rex, dernier Commandeur de la Légion Wallonie (ce blog au 29 juin 2022).

    Ecrite en deux parties s’articulant autour des retrouvailles de la jeune femme surprotégée par la famille de sa maman avec son père forcé à l’exil, cette chronique intitule amèrement ces périodes marquées par une adversité quasi constante « Une vie effilochée » et « Les raccommodages du destin ».

    Dans la mesure où nous recevions pour la toute première fois le témoignage d'un enfant de Léon Degrelle –Anne– ayant longtemps partagé sa vie d’exil à Constantina et Madrid (Chantal a toujours vécu et vit encore en France ; Léon-Marie est malheureusement décédé en 1958 –ce blog au 26 février 2016–, et Marie-Christine en 2006 ; pouvons-nous espérer que Godelieve –84 ans aujourd'hui– ait tenu un journal qui soit un jour rendu public ?), nous nous attendions à un « coup de tonnerre » historique, nous révélant des pans inédits de la biographie du dernier Commandeur de la Légion Wallonie, ayant vécu les cinquante dernières années pleines de rebondissements de sa vie chevaleresque en Espagne.

    Force nous est néanmoins de constater qu’il n’en est quasiment rien et que c’est le récit entier d’Anne Degrelle-Lemay qui nous apparaît effiloché

     

    3.Carlina construction.jpg

    Construction de La Carlina, la villa andalouse de Léon Degrelle.

     

    Ce ne sont évidemment pas des révélations sur les combats rexistes ni sur la guerre au Front de l’Est que nous attendions de la petite fille née en 1936 et qui n’avait que neuf ans quand son père put s’échapper miraculeusement de l’apocalypse de 1945 (le rappel de ces années de la vie de Léon Degrelle ne consiste d’ailleurs qu’en citations –bien lacunaires– de ses livres que tout le monde intéressé a lus).

    Du moins nous attendions-nous à du nouveau sur sa vie d’exil si peu documentée et si riche en péripéties et rebondissements des plus étonnants (voir notamment ce blog au 28 mai 2016) : les quarante-neuf années de l’exil devraient intéresser tout autant les degrelliens –de même que les historiens du fascisme, de l’Europe ou de la Seconde Guerre mondiale– que les trente-neuf ans de la vie publique relativement mieux connue de Léon Degrelle.

    C’est sur la villa de son père à Constantina qu’elle s’épanchera le plus, mais sans donner les détails que nous aurions attendus (par exemple, la vie sociale et familiale à Constantina, l’origine des relations avec les militaires américains, l’originalité de ses conceptions architecturales ou les avancées scientifiques permises par ses fouilles archéologiques : ce blog, notamment, aux 17 octobre 2018 et 31 mars 2021).

     

    4.Carlina début 60.jpg

    La Carlina, telle que la connut Anne à la fin des années 50.

     

    À notre grande surprise malheureusement, –sans que nous puissions nous l’expliquer–, elle ne manque jamais d’exprimer des soupçons sur l’origine (pourtant parfaitement légale) des fonds nécessaires à la construction de La Carlina, ce qu’elle n’eût pourtant pas dû méconnaître si elle n’avait privilégié, sinon les ragots malveillants, du moins les fantasmagories de son imagination trop fertile : il faut, pour son esprit –quoi qu’elle prétende– plus romanesque que cartésien, que cette villa soit l’aboutissement de manœuvres secrètes et mystérieuses au sein du puissant réseau de relations haut placées de son père.

    Anne indiquera néanmoins la véritable raison de la conception et de la réalisation de la merveilleuse villa Carlina : elle était « un véritable palais pour recevoir sa femme et ses enfants » (p. 68). « Je voulais que vous puissiez vivre dans un monde d’art et de beauté, que chaque recoin de cette terrasse soit une surprise pour la vue et pour le cœur », lui a clairement fait savoir son père (p. 79). Mais là aussi, elle ne peut s’empêcher de mettre en doute la sincérité de ces paroles : « Quelques semaines après le départ [de mon frère Léon-Marie], nous avons commencé à recevoir de magnifiques lettres nous racontant les merveilles de Séville, de Constantina, le village de la Sierra sévillane où mon père s’était construit (avec quel argent ?) une authentique demeure préparée –comme lui-même le prétendait– pour recevoir toute sa famille » (p. 62) !

    Ces soupçons qu’elle exprime de manière récurrente révèlent à tout le moins un manque évident de confiance envers un père si célèbre et tant honni, tellement adulé et pourtant persécuté, n’aimant que le beau et le bon et accusé des pires monstruosités, mais se sortant miraculeusement des pires situations : « Nous vivions-là dans un monde irréel, où trop de questions ne trouvaient que difficilement des réponses » (p. 79). « Comment un homme exilé, sans ressources apparentes, a-t-il pu financer cette merveille ? Il avait des amis influents, parmi lesquels deux architectes. […] Les amis financiers sont un autre thème que je ne veux pas aborder pour le moment » (p. 68).

     

    5.Carlina Tour 60.jpg

    « Une tour de quatre niveaux dominait tout l’édifice. Trois des étages correspondaient à une chambre à coucher disposant d’un salon et d’une salle de bain. Quand je revins en Espagne, j’occupai définitivement l’appartement du deuxième étage, et mon père celui du troisième. » (p. 68)

     

    C’est d’autant plus regrettable qu’Anne en rajoute dans la suspicion : « pour que je n’aie pas de soupçons sur l’origine de ce train de vie, il m’emmena en voiture dans le pays basque, plus précisément à Bilbao. […] La raison du voyage était un rendez-vous avec des industriels des hauts-fourneaux de Biscaye, de bons amis à lui. Et surtout, il fallait que je puisse le voir, lui, en tant qu’homme d’affaires leur parlant à tu et à toi, travaillant comme n’importe quel homme pour financer la vie luxueuse qu’il voulait offrir à sa famille. Un politique, un écrivain, soudainement transformé en homme d’affaires ? » (p. 72). « Mon père me parlait d’affaires auxquelles il était partie prenante, non pas en tant qu’associé au capital (il ne disposait d’aucunes liquidités), mais comme personne d’influence dans les milieux du pouvoir de l’époque, accompagnant ces hommes d’affaires heureux d’avoir l’aide de ce magicien de la parole. Il voyageait à Bilbao (je l’ai personnellement accompagné pendant mon premier séjour en Espagne), pénétrant dans le monde de l’industrie métallurgique. » (p. 95)

    L’activité d’ « influenceur » avant la lettre de Léon Degrelle laisse visiblement sceptique sa fille pour qui il ne semble guère normal, voire moral, de tirer quelque avantage de relations éminentes et qui s’imagine devoir découvrir d’obscurs secrets : « Quand il me laissa à la gare d’Irun, mon cœur saignait, mais mon esprit (toujours cartésien) commençait à se poser de nombreuses questions. J’essayais de donner un sens à des faits où je ne voyais rien de clair. Je savais qu’il me faudrait bien plus approfondir ce qu’était la personnalité de cet homme si cultivé, attachant et séducteur » (p. 72). « Je n’ai jamais su clairement comment La Carlina avait été financée. Quand je le lui demandais, il tournait autour du pot et je n’en savais pas plus. C’est-à-dire que je n’ai jamais pu faire la lumière sur cette affaire. Jongleries, ingéniosité, aides miraculeuses… “Et voilà le résultat” concluait-il sans sourciller. » (p. 86)

     

    6.Carlina jardins 60.jpg

    « La propriété s’appelait La Carlina, comportant une terrasse avec deux piscines, des mosaïques romaines achetées chez des antiquaires de Séville (la plus grande partie provenait de la ville d’Italica [ancienne cité romaine fondée par Scipion l’Africain], des colonnes de marbre, des fontaines dans tous les coins, des endroits où s’asseoir pour lire… » (p 68).

     

    De quelques-unes de ces relations –et ce ne sont pas les mêmes !–, elle se félicite pourtant d’avoir pu bénéficier : « Au cours de ces années, 1958 à 1962, je crois que mon père m’a présentée à tout Madrid. Et j’étais enchantée de l’accompagner. […] Les comtes de Mayalde, par exemple, lui vouaient une affection particulière. Ce fut le comte, Don José Finat, qui le sauva de l’hôpital militaire de San Sebastian après son atterrissage forcé […]. C’est à cette époque que j’ai également connu la famille de Serrano Suñer. Mon père m’avait raconté son parcours politique en tant que ministre des Affaires étrangères de son beau-frère Francisco Franco. […] Mais la personne la plus excentrique que j’ai connue alors fut la Duchesse de Valence. Elle occupait un petit palais à Avila, rempli d’antiquités, d’œuvres d’art et d’une collection de plats en céramique des XVIIe et XVIIIe siècles » (p. 89).

     

    7.Carlina bureau.jpg

    « A l’intérieur, il y avait un salon énorme avec une cheminée ainsi que la table de travail de mon père qui me rappelait son bureau de la Drève de Lorraine à Bruxelles et qui communiquait avec une de mes pièces préférées, la bibliothèque. » (p. 68).

    8.Carlina Cheminée salon.jpg

    Le salon et la cheminée monumentale ; à l’avant-plan, un coin du bureau de Léon Degrelle qu’on voit sur la photo précédente. L’inscription de la cheminée est extraite de Révolution des âmes : « Un petit peu de feu dans quelque coin du monde et tous les miracles de grandeur restent possibles. »

     

    Pour Anne Degrelle-Lemay, il est certain que les activités de son père relèvent d’obscures manigances dont l’issue heureuse ne pouvait dépendre que du réseau secret de ses relations insignes : « Les difficultés financières qu’il subit dans sa vie politique passionnante, il dut les affronter également dans sa vie de bâtisseur de Constantina. Dans ce village magnifique où s’engagea ma vie espagnole, je commençais à connaître beaucoup de facettes de la personnalité de mon père. Et je devins son principal inquisiteur. Mes “interrogatoires” étaient permanents. Je voulais comprendre la façon dont il était arrivé à la situation privilégiée où il se trouvait. Comme je l’ai déjà dit, c’était un incroyable raconteur de carabistouilles aussi bien dans sa vie politique précédente que dans sa vie actuelle. Mes questions délicates, pleines de pièges involontaires, fruits de mon esprit “cartésien”, lui posaient bien des problèmes. Il me répondait avec sincérité ou avec cette fantaisie magnifique qui vous font prendre des vessies pour des lanternes. La foi soulève les montagnes, mais jusqu’à un certain point. Je ne savais pas quoi penser. […] L’ “architecte-bâtisseur” improvisé connaît des problèmes économiques importants. […] La solution ? Faire appel aux amis puissants. C’était une époque de sa vie –et de la mienne– qu’il m’est douloureux de rappeler. Il avait des amis inconditionnels qui l’aidèrent depuis le premier jour où il foula le sol espagnol. » (p. 93).

    Voilà un portrait qui ne manquera certainement pas de faire plaisir aux historiens appointés du CEGESOMA et aux logomacheurs à la Balace et à la De Bruyne, véritables raconteurs de carabistouilles quant à eux (pour le CEGESOMA, voir ce blog aux 18 mars et 11 octobre 2016, 30 novembre 2019, 22 octobre 2020 ou 11 mars 2022 ; pour Balace, aux 30 juin 2016, 23 mars 2017, 6 juillet ou 8 novembre 2019 ; pour De Bruyne, quinze articles, du 23 mars 2017 au 5 mars 2018) ! D’autant qu’elle avait déjà laissé sous-entendre la possible mégalomanie de son père, en donnant alors un exemple précis qui n’en était finalement pas un ! « Mon père nous racontait aussi que tous les matins, avant le petit-déjeuner, ils priaient tous ensemble et puis bavardaient en latin. J’avais vraiment du mal à le croire. Mon père était comme ça. Il nous racontait parfois des choses incroyables. Mais le latin, oui, il le possédait et il entra au collège des jésuites considéré comme un élève doué. » (p. 30 ; l’anecdote est également racontée dans Jean-Michel Charlier, Léon Degrelle : persiste et signe : « Avais-je à peine suivi pendant quelques mois les cours d’humanité gréco-latines, mon père avait prétendu me parler à table en latin et me faire répondre en latin », p. 32). Mais, comme nous le verrons dans la quatrième partie de notre présentation de son livre, Anne Degrelle-Lemay osera aller bien plus loin encore dans la mise en doute des récits de son père...

     

    9.Carlina Anne 60.jpg

    « Quand nous avons quitté le vol Madrid Séville, j’eus le souffle coupé. Pas seulement à cause de la chaleur qui, déjà au mois de mai, cognait fort, mais par le parfum ensorcelant du jasmin et des fleurs d’oranger qui envahissait tout. […] Cette impression si forte d’avoir atteint une terre promise, un endroit que même dans mes plus beaux rêves je n’aurais pu imaginer, devenait réalité : des palmiers, je ne voyais plus que des palmiers… » (p. 67)

     

    Que la propre fille de Léon Degrelle saute ainsi à pieds joints dans leur délire de la mythomanie permettant de caricaturer péjorativement et à bon compte le fabuleux destin de son père, voilà qui devra leur sembler inespéré ! Et pourtant n’est-ce pas tellement regrettable et irresponsable ? Car il n’est rien de secret ou de mystérieux dans les affaires entrepreneuriales de Léon Degrelle. Il suffit d’ailleurs de lire le seul ouvrage consacré à son exil (José Luis Jerez Riesco, Degrelle en el exilio. 1945-1994, Wandervögel) pour se rendre compte que l’exilé essaya de gagner sa vie comme tout le monde en fondant diverses sociétés qui connurent l’existence de toute société commerciale : succès, prospérité, difficultés, faillites, disparition. Avec d’ailleurs parfois, au final, la ruine financière totale de leur propriétaire…

    « Il séjourna dans la province de Séville, au domaine Majalimar, propriété de l’Entreprise Majalca S.A., dont étaient actionnaires les frères Garcia Gascón, originaires de la région de Béjar, dans la province de Salamanque. Le domaine Majalimar (Vallée du Paradis) fut l’endroit où il fut accueilli et caché de 1949 à 1954. C’est là qu’il conçut l’idée d’écrire une œuvre colossale consistant à raconter l’histoire des dernières années à travers de grands portraits : “J’ai connu Hitler”, “J’ai connu Mussolini”, “J’ai connu Franco”, “J’ai connu Churchill”, “J’ai connu Pétain”, “J’ai connu Laval” [ndlr : ce projet devint Le Siècle de Hitler, dont six volumes ont vu le jour jusqu’à présent : ce blog aux 25 janvier 2016 et 26 mai 2022]…

     

    10-horz.jpg

    « Je me souviens particulièrement d’une de ces fontaines mélodieuses où l’on pouvait lire l’inscription en petites mosaïques bleues sur le fond blanc du muret scintillant sous la vasque d’eau : “Angulus ridet”. Aujourd’hui encore, je l’entends me dire en français : “Ce petit coin me sourit”. » (p. 79).

    Cette sentence tirée des Odes d’Horace (« Ce coin me sourit plus que tout autre », Livre II, Ode 4) agrémentait une magnifique fontaine intégrant une authentique mosaïque romaine : à gauche, on voit s’y amuser Anne et sa mère en 1961. Près de quarante ans plus tard (1998), à droite, la fontaine dont la mosaïque a été vandalisée, existait encore à l’état de ruine, avant que les religieuses hiéronymites ne la restaurent avec l’ensemble du domaine (ce blog aux 28 mai 2016 et 17 octobre 2018).

     

    Il vécut là plusieurs années, isolé de presque tout le monde, perdu dans ce désert de la Sierra Morena, à vingt kilomètres du village le plus proche où il pouvait se servir d’un unique téléphone à manivelle pour effectuer ses premières opérations et transactions commerciales lui assurant la subsistance. Par la suite, il participa à la création d’une industrie métallurgique non loin du Guadalquivir. Il effectua aussi d’excellentes opérations sur le coton en Australie. Plus tard, en 1952, il se convertit en entrepreneur pour fournir un toit à une cinquantaine de familles d’une base nord-américaine.

     

    12.Constantina Constructions village.jpg

    « Et l’aventure commença –car ce fut bien une aventure !– avec tous les ingrédients de la réussite comme de formidables échecs qui le conduisirent à la banqueroute : une douzaine de villas, toutes différentes : l’une d’elles était même une tour peinte en rouge grenat qui était la première habitation que l’on voyait en arrivant à Constantina par la route de Lora del Río. Ces villas, que les gens du village appelaient les “maisons des Américains” avaient été construites pour abriter les familles des officiers américains qui travaillaient à la Base de Constantina, à cette époque où Franco commençait à communiquer avec le monde capitaliste et à travailler avec lui. […] C’était une époque très joyeuse pour La Carlina. Nous organisions des fêtes de bienvenue pour ces amis yankees et je remplissais à nouveau mon rôle d’hôtesse, profitant de l’occasion pour améliorer mon anglais et recevoir des cadeaux : robes, parfums, boîtes de produits de Revlon : ces dames riches savaient comment plaire à une fille de vingt-trois ans. » (p. 86). Ces photos ne montrent pas la construction des « maisons américaines », mais celles du  village social sur les pentes du terrain face à La Carlina (voir en fin d’article).

    13.Constantina LD Constructions village.jpg

     

     

    Léon supportait sa vie d’exilé avec la plus grande dignité, grâce aux travaux qu’il parvenait à obtenir. Il ne se souciait pas de l’argent. La seule chose qui l’intéressait était d’avoir quelques œuvres d’art lui rappelant que, de tout temps, la passion pour la beauté a toujours emporté les hommes. […] A cette époque, il acheta à un ami la propriété d’une petite vigne appelée “La Carlina”, non loin du centre de Constantina, située sur une hauteur dominant le village, au nord-est. Il acheta cette vigne pour vingt-huit mille six cents pesetas. […] Le nom de Carlina vient d’une plante à la racine oblongue, aux feuilles pointues et épineuses et aux fleurs jaunâtres, plus connue sous le nom de chondrille ou, en termes de botanique, Angelica Carlina [carline acaule]. Professionnellement, il travaillait comme directeur de la société de promotion urbaine “Immeubles Andalous SA”. Il s’occupait de la construction d’un ensemble de bâtiments dans les environs immédiats du vignoble. Ce village s’organisait des deux côtés d’un axe central conçu pour être l’artère principale. Il s’agissait de constructions modestes respectant le cadre et le milieu de la région, édifiée selon les normes de l’architecture populaire de l’endroit, embellissant le paysage et respectant la nature. Le complexe était dominé par une villa de plus grandes dimensions dans la partie la plus élevée du site, qui comportait une tour circulaire pouvant servir de vigie aux maisons des alentours. […] Une fois la construction achevée, les logements furent loués aux ouvriers et au personnel militaire de l’armée nord-américaine affectés à la base voisine de surveillance aérienne, construite en application des accords de 1953 conclus entre l’Espagne et les Etats-Unis sur le site du Cerro Negrillo. Elle comportait un radar de suivi pour le contrôle de la navigation aérienne du détroit de Gibraltar et de la zone sud de la péninsule ibérique.

     

    14.Constantina Village tour vigie.jpg

    La Tour rouge grenat, telle qu’elle existe encore aujourd’hui, non loin de La Carlina.

     

    L’idée que Léon Degrelle nourrissait pour cette urbanisation était d’aménager de manière artistique le milieu rural en avant-garde pionnière du tourisme intérieur. Destinée à des vacanciers à la recherche éventuelle d’une alternative aux loisirs de masse sur les plages du littoral, cette initiative voulait revitaliser les villages qui ne pouvaient bénéficier des plans touristiques consacrés aux plages ensoleillées alors qu’ils regorgent de trésors environnementaux, d’endroits bucoliques et de paysages naturels à l’incomparable beauté. C’est ainsi qu’il pensait que les marines nord-américains de la base amphibie de Rota, dans la province de Cadiz, pourraient sans doute être intéressés par ces installations de type bungalow situées sur les contreforts méridionaux de la Sierra Morena, à seulement 80 kilomètres de Séville.

    Les archives de l’administration de Constantina conservent, en tout, treize dossiers présentés par Léon J. Ramirez Reina, représentant l’entreprise “Immeubles Andalous SA”. Ils concernent la construction des villas touristiques des environs du Château blanc et du Château rouge. Trois datent de 1958, huit de 1959, une de 1960 et une encore de 1962, la dernière année de sa domiciliation dans cette ville. » (José Luis Jerez Riesco, Degrelle en el exilio. 1945-1994, pp. 191-195).

     

    15.Constantina Place marché.jpg

    « Constantina est un village important de la campagne sévillane, très riche, avec des fermes dédiées à l’agriculture et à l’élevage appartenant à de grands propriétaires terriens. C’est un beau village andalou, de petites maisons blanches et de rues étroites pour se protéger du soleil, avec des balcons et des patios pleins de fleurs. » (p. 69).

     

    Léon Degrelle, néanmoins, a bien dû se rendre compte de la méfiance de sa fille à son égard. Et sans doute l’ambiguïté de leur relation où l’équivoque le disputait au scepticisme a-t-elle fini par en altérer la qualité, le papa ne pouvant que se lasser face à l’inutilité des explications qu’il devait répéter vainement à sa fille ne voulant entendre que les réponses qu’elle exigeait… « J’étais sa fille. Il m’aimait. Il recherchait mon approbation en tout. Pour lui, j’avais grandi dans un milieu hostile. Même lorsque je lui disais qu’il n’y eut jamais de commentaire haineux à son égard de la part de la famille Lemay, il en voyait le résultat dans ma prédisposition à douter. » (p. 93).

    Anne Degrelle-Lemay n’en démordra d’ailleurs jamais : « Parmi toutes les amitiés influentes [que mon père] noua alors dans le monde de la politique, le destin voulut que son ami, Girón de Velasco, ministre de Franco, l’emmenât en Andalousie et l’épaulât dans de nouveaux projets professionnels… Il ne répondait jamais à mes questions : “Que faisais-tu ?”; “De quoi vivais-tu ?” […] Mais sa vie d’exilé en Espagne fut toujours un mystère pour moi et pour ma famille. » (p. 166).

    Peut-être Léon Degrelle pensa-t-il aussi à sa fille Anne lorsqu’il répondit à la question de Jean-Michel Charlier « D’où tirez-vous vos ressources en Espagne ? » :

    « – […] J’ai fait la démonstration qu’à l’encontre de tant de politiciens rapaces et inutiles, je pouvais, lorsque j’étais éloigné de la politique, être un heureux créateur de richesses. J’ai surtout pu édifier ou rassembler de la beauté. C’est elle qui m’a toujours passionné, par-dessus tout. L’argent, finalement, je m’en fiche. Ce qui m’intéresse, c’est qu’il serve à créer ou à trouver du beau […]. Eh bien ! je voudrais voir ceux qui m’ont si souvent sali, je voudrais les voir face à un exil aussi dur que le mien, sans un sou au départ, souffrant encore de mes blessures, traqué de toutes parts, devant mener une vie impossible, obligé de filer sans cesse d’un refuge à l’autre, je voudrais les voir créer par leur seul effort ce que j’ai créé, dans un pays étranger, à force d’exprimer le jus de mes méninges et de travailler. » (Léon Degrelle : persiste et signe, p. 396)

     

    Nous examinerons dans le prochain chapitre de notre recension comment Anne Degrelle/Anne Lemay présente sa relation aux Degrelle et aux Lemay, les deux familles étant pour elle, quoi qu’elle prétende, à des antipodes parfaitement antagonistes…

     

     

    La ruine du village social

     

    16.Plan primitif village social.jpg

    Plan primitif des maisonnettes du village social imaginé par Léon Degrelle (approuvé par les autorités communales de Constantina). Construit en face de La Carlina, ce village devait répondre non seulement aux impératifs économiques de ses habitants, mais également à leurs besoins sociaux ou esthétiques par l’organisation des logements en escalier, mais décalés de façon à respecter la vie privée et dans un cadre traditionnel offrant de l’espace pour les loisirs (toits-terrasses, jardins, espaces communs…). Des conceptions inspirées à Léon Degrelle par la Weltanschauung nationale-socialiste à la base des cités ouvrières du Reich allemand : « Le plan de construction de milliers de maisons populaires avait lui aussi réclamé une vaste mobilisation. Hitler avait vu beau, intime et grand. [...] La majorité des maisons imaginées par lui furent bâties à un étage, isolées dans un jardinet. Les enfants pourraient y courir, la femme y cueillir quelques salades ou des cerises, l'homme y lire son journal en paix pour se détendre après son labeur. Ces maisons unifamiliales étaient construites, elles aussi, selon le style de chaque région, si différent et si charmant en Allemagne. Lorsqu'il fallait se résoudre à créer des complexes importants, Hitler veillait à ce qu'ils fussent toujours aérés et embellis par de vastes jardins où les enfants pourraient s'ébattre sans danger. Tous ces logements avaient été agencés de telle façon que fussent respectées les normes d'hygiène qui avaient fait presque toujours défaut dans les logis ouvriers. » (Léon Degrelle, Hitler unificateur de l'Allemagne, L'Homme Libre, 2006, p. 77).

     

    17.Carlina. Village pente.jpg

     

    « Les plus graves problèmes apparurent quand il entreprit un projet qui mûrissait dans son esprit créatif depuis quelques années : construire des logements sociaux en escalier épousant la pente d’un terrain de sa propriété. Les plans réalisés par un de ses amis architecte étaient magnifiques. Mais l’ “entrepreneur” amateur ne sut pas s’entourer de professionnels expérimentés.

     

    18.Commande LD Village social.jpg

    Bon de commande signé par Léon José de Ramirez Reina pour les 84 logements sociaux à construire près de La Carlina par l’architecte Alfonso Gómez de la Lastra.

     

    Les problèmes surgirent dès le début. Le principal fut l’eau. On dut forer plusieurs puits avant d’en creuser enfin un au débit suffisant. […] Mais il fallait encore affronter une autre difficulté majeure : la qualité de la terre, du terrain sur lequel ces maisons devaient se construire. Les charges de dynamite pulvérisaient des tonnes de roches. J’assistais à ce boucan infernal en me demandant comment pourrait s’édifier sur ce sol hostile un complexe urbain en soi déjà risqué. Mon père disparaissait des semaines entières à la recherche du financement. […] Une nuit d’orage et de pluies torrentielles, un bruit assourdissant me réveilla, me rappelant les bombardements de l’Allemagne. Toutes les maisons à moitié construites, dont la plupart n’avaient pas encore de toit, s’étaient effondrées. Plus tard, nous avons su la véritable cause de cet effondrement : c’était la mauvaise qualité des matériaux de construction, en particulier du ciment. De quoi désespérer en pensant à la cimenterie de ma famille maternelle, une des plus importantes de Belgique, à Tournai, jolie ville où, dans mes dernières années de baccalauréat, je passais tous mes week-ends dans la maison de mon oncle Michel. Ces belles maisons n’étaient qu’un château de cartes qui s’envolèrent à la première tempête d’automne. » (p. 96).

    « Mon scepticisme concernant le financement de la construction de ces maisons luxueuses n’a fait que croître…  […] Entre-temps, mon père allait et venait, cherchant de l’aide auprès de quelque ami pouvant lui porter secours » (p. 95).

     

    19.Carlina. LD Village pente.jpg

    (La documentation iconographique de cet article provient de la CPDH (Collection Privée de Documentations Historiques) de ©Jacques de Schutter).

     

    À suivre