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  • Un historien espagnol élucubre une nouvelle biographie de Léon Degrelle (1)

     

    120 ans après sa naissance, plus de 30 ans après sa disparition, Léon Degrelle dérange toujours...

     

    Il devrait exister des Oscars pour les historiens les plus sournois ou les plus méchamment calomniateurs. Après tout, il exista bien un Bad Sex in Fiction Award créé par la revue britannique Literary Review qui, en 2009, couronna le porno-roman de Jonathan Littell, dont le personnage principal était prétendument inspiré par Léon Degrelle (ce blog au 28 février 2018 ; Pablo Cuevas, l'auteur dont il sera ici question, parviendra à citer Littell une demi-douzaine de fois dans les quelques pages consacrées à l'exil dont nous parcourrons quelques chafouineries).

     

    LD Cuevas.pngPour notre part, nous décernerions volontiers le Balace d'or récompensant les pires mensonges, contre-sens et diffamations dans le récit de la vie de Léon Degrelle à son nouveau biographe espagnol, Pablo Cuevas (qui n'a rien à voir avec le magnifique champion de tennis uruguayen qui s'illustra sur les cours entre 2004 et 2024, surclassant, par exemple, en 2016 Rafael Nadal en demi-finale et emportant l'ATP 500 de Rio de Janeiro). Les « Balace » seraient ainsi appelés d'après Francis Balace, le degrello-allergique professeur de l'Université de Liège, célèbre pour son « confusionnisme historique » (ce blog au 30 juin 2016 ; cet Hérodote de carnaval espéra-t-il que ses diatribes calomnieuses à l'égard de Léon Degrelle recevraient davantage de crédit scientifique en décrétant que ce dernier « appartient plus au domaine du psychiatre qu'à celui de l'historien » ?, ce blog au 9 juillet 2017, n.1).

     

    Nous avons récemment évoqué l'existence de cette publication espagnole sur Léon Degrelle (dont plus de la moitié de l'existence se fit dans l'Espagne franquiste) qui nous laissait espérer des infos nouvelles, originales et exclusives sur sa vie d'exilé, puisque le sous-titre prétendait expressément s'intéresser à « l'ultime échappée vers l'Espagne de Franco » (ce blog au 2 août 2026).

     

    Ce n'est que cette petite cinquantaine de pages consacrées à l'exil sur les quatre cents du bouquin qui intéressera notre critique car si nous devions en commenter toutes les méchancetés, il nous faudrait y passer le reste de notre existence ! Mais si ces pauvres pages censées raconter les principaux événements de la vie du banni (la précieuse recension de José Luis Jerez Riesco, Degrelle en el exilio 1.945-1.994, offre, quant à elle, plus de 600 pages sur la vie du condamné à mort belge exilé en Espagne !) nous ont amplement laissé sur notre faim, elles nous ont quand même permis de ranger définitivement Cuevas dans la catégorie des super-Balace, coiffant largement au poteau son confrère José Luis Rodríguez Jiménez qui, même enrobées de sensationnalisme, nous a tout de même fourni quelques informations nouvelles et photographies inédites (ce blog, huit articles à partir du 1er septembre 2024).

     

     

    José Antonio Primo de Rivera

     

     

     

    José Antonio PR 22.11.1936p.3.jpg   José Antonio PR 15.07.1938p.6.jpg

    À gauche, Le Pays réel du 22 novembre 1936 annonce la mise à mort du chef de la Phalange espagnole, José Antonio Primo de Rivera ; à droite, deux ans plus tard, le quotidien rexiste fut à même de donner les détails de cet assassinat (Le Pays réel, 15 juillet 1938).

     

     

    L'obsession première de Cuevas est de s'en prendre à la prétention de Léon Degrelle d'avoir entretenu des relations avec José Antonio dès 1934 et d'être détenteur de la Médaille de la Vieille Garde pour avoir appartenu dès alors à la Phalange Extérieure, sa carte d'affiliation portant d'ailleurs le numéro un.

     

    ABC 1969.10.11 p.14.jpgVoilà qui, selon Cuevas, serait hautement suspect car Léon Degrelle déclara dans une interview (Épisode humain de Léon Degrelle : Nous sommes vraiment entrés en politique comme des apôtres) au quotidien ABC du 11 octobre 1969 : «  Alfredo Mahou me faisait parvenir les lettres de José Antonio et portait les miennes au chef de la Phalange espagnole ».

     

    Soupçons immédiats du néo-biographe: « Pourquoi avait-il besoin d'un intermédiaire déjà décédé mais connu de tous et parent de sa grande amie Clara Stauffer Loewe ? L'explication la plus logique : pour justifier qu'il n'y ait aucun autre témoignage ni trace de cette prétendue relation à une époque antérieure à la fondation de Rex et de son adhésion au fascisme. » (p. 319-320).

     

    Nous pensons, quant à nous, que cette question est très mal posée :  plus que oiseuse, elle est hypocritement malintentionnée : pourquoi en effet Léon Degrelle se serait-il inventé inutilement un intermédiaire qui eût pu facilement, lui ou ses contemporains, le contredire, si cette péripétie insolite n'avait pas existé ?

     

     

    Clara Stauffer Murcia.jpg

    Clara Stauffer, amie intime de Léon Degrelle (ce blog aux 3 janvier 2023 et 20 mai 2025) était responsable de la presse et de la propagande de la Section Féminine de la Phalange Espagnole (ici dans les locaux de la section de Murcie dans les années 1930). À noter qu'à propos de ses relations avec le Commandeur de la Division Wallonien exilé en Espagne, au contraire de ce que laisse entendre Anne Lemay[-Degrelle] (ce blog au 3 janvier 2023), sa biographe Berta Vias Mahou –qui est également la petite-nièce de Clara– affirme « qu'avec [Léon Degrelle] d'ailleurs, je ne pense pas qu'elle ait eu, comme on dit, quelque relation amoureuse que ce soit » (A la sombra de Clara Stauffer, p. 213).

     

     

    Cuevas tapera encore sur le clou dix pages plus loin : « On ne trouve pas non plus la moindre information sur l'une des affirmations qu'il fera à partir des années soixante : qu'il en était venu à correspondre avec José Antonio Primo de Rivera avant même d'avoir fondé Rex. Rien n'est mentionné dans aucun document ou journal de cette époque. » (p. 331). Et plus loin, commentant à sa manière les résultats de la visite de Léon Degrelle sur le front de la Guerre civile en février 1939 : « cette visite permit à Degrelle de forger des amitiés qui dureront toute la vie : Luisa Narváez, future duchesse rouge, [...]. Ainsi que, même si on n'en parle pas dans la presse de l'époque [ndlr : comme pour les relations entre José Antonio et Léon, alors !], probablement également Clara Stauffer Loewe, responsable de la Section Féminine ayant une sœur mariée avec l'entrepreneur, également d'origine allemande, Carlos Mahou, un lien qui servira Degrelle dans le futur pour démontrer sa prétendue amitié avec José Antonio Primo de Rivera... en 1969. » (p. 333).

     

    Outre qu'à l'époque, Rex ne s'est jamais déclaré fasciste, pourquoi donc serait-il suspect que Léon Degrelle ait connu José Antonio avant que Rex –maison d'éditions et hebdomadaire littéraire– ne devienne un mouvement politique ? Le Chef de Rex s'était alors déjà engagé en politique au service du Parti catholique belge qu'il voulait régénérer en le débarrassant de ses banksters et autres corrompus (initiative qui ne pouvait que le rendre sympathique à José Antonio ; ce blog au 8 avril 2017).

     

     

    PR 1939.02.09 LD Franco.jpg

    Sans doute fallait-il que les héritiers de José Antonio, à la tête désormais de la Phalange, ne connussent vraiment rien de Léon Degrelle (premier membre de la Phalange Extérieure) pour l'inviter en grande pompe sur les fronts de guerre d'Espagne ! Hôte d'honneur de la Phalange, le chef de Rex le fut également de l'État, reçu solennellement, le mardi 7 février 1939, par le Caudillo Francisco Franco qui lui avait déjà adressé un message de sympathie en septembre 1936 (ce blog au 1er septembre 2024).

     

     

    Et en quoi serait-il suspect que le célèbre industriel brassicole Mahou ait servi de courrier ? Au moment où Léon Degrelle raconte cette anecdote, Alfredo Mahou serait décédé et ne pourrait donc plus démentir ? Mais la fille du maître-brasseur historique des bières Mahou, Konrad Stauffer (1860-1945), Clara (1904-1984), elle, vivait toujours et devait certainement connaître l'histoire. En a-t-elle démenti le prétendu bobard ?

     

    De même, la sœur de José Antonio, Pilar Primo de Rivera (1907-1991), amie intime de Clara Stauffer, était également toujours de ce monde et eût très bien pu dénoncer la fiction des relations de son frère avec Léon Degrelle si tel avait été le cas. Il n'en a jamais rien été et aucun des proches de José Antonio n'a jamais mis en doute les liens entre les deux apôtres comme ABC le rapporte en 1969, tels Sancho Dávila (1905-1972), cousin de José Antonio, ou José del Castaño (1895-1973), responsable de la Phalange pour l'étranger, qui accueillirent Léon Degrelle à son arrivée à la frontière espagnole, le 2 février 1939...

     

     

    LD Irun 02.02.1939a.jpg

    Le 2 février 1939, Léon Degrelle arrive au poste frontière d'Irún où il est accueilli par une délégation de la Phalange espagnole (voir une autre photo sur ce blog au 19 avril 2019).

     

     

    Mais le plus fort de l'affaire (et fort embêtant pour la crédibilité de notre « biographe »), c'est qu'Alfredo Mahou n'était absolument pas mort au moment de l'interview en 1969 de Léon Degrelle pour le journal ABC ! (On observera que dans sa dernière incrimination, Cuevas évoque « Carlos Mahou [Olmeda] » (1901-1979), cousin d'Alfredo et époux de María Nanette, la sœur de Clara Stauffer ; mais Léon Degrelle précise sans équivoque « Je veux parler d'Alfredo Mahou »).

     

    Et on voudrait nous faire croire que si cet important homme public a été impliqué dans ce qui nous est présenté aujourd'hui comme un grossier mensonge, c'est qu'il était mort et ne pouvait plus réagir ? Rappelons donc que, nommé après la guerre Président honoraire de la Chambre de Commerce de Madrid et conseiller municipal de la capitale (le bourgmestre-alcalde n'étant alors autre que le Comte de Mayalde, ce blog au 23 octobre 2022), Alfredo Mahou de la Fuente, né en 1905, mourut à Madrid le 6 mars 1978, sans avoir jamais dénoncé l'anecdote rapportée par son ami Léon Degrelle dans le plus important quotidien madrilène.

     

     

    Denis Romancero 1938.jpeg

    Un des principaux collaborateurs de Léon Degrelle, Jean Denis (ce blog au 15 juin 2022), ancien secrétaire de Mgr Picard (ce blog aux 5 avril 2017 et 2 mars 2021), rédigea, en 1936, les Bases doctrinales de Rex. Docteur en Philosophie et Lettres, Jean Denis a suivi attentivement la Guerre civile espagnole (il se rendra une première fois en Espagne en décembre 1937, en compagnie de Victor Matthys, et il accompagnera le Chef de Rex lors de sa visite à l'Espagne nationale de février 1939), tout en se passionnant pour la pensée de José Antonio.

     

    Il publia dans la « Collection nationale » des Éditions Rex un Romancero 1938. Le « Romancero » désigne traditionnellement un recueil d'extraits des chansons de geste ibériques. Pendant la guerre civile espagnole, les communistes confisquèrent le genre pour célébrer avantageusement les Républicains crucificateurs de cadavres de nonnes et de curés.

     

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    Juillet 1936 : cercueils profanés des religieuses salésiennes de Barcelone dont les cadavres sont exhibés sur le parvis de l’Église de leur couvent (Photo Catholicus Blogspot).

     

    Aujourd'hui, seules les récupérations des Rafael Alberti ou Pablo Neruda semblent relever de l'art et de la culture, dignes de l'intérêt académique. C'est ainsi qu'un prof catalan de l'Université de Barcelone s'est attaché à l'étude de « La résistance des romanceros » face au « nettoyage de la culture » qu'aurait opéré « L'Espagne de Franco » (Pelai Pagès i Blanc, in Ebre 38, Revista Internacional de la Guerra Civil (1936-1939), n° 8, 2018, pp. 261 sv.). Tout à son admiration des émules étrangers des romanceros marxistes, ce Balace catalan inclut –sans sourciller car, à part son titre, il n'a manifestement rien lu de cette ode poignante au sublime esprit de sacrifice des défenseurs de l'Espagne éternelle– le Romancero 1938 de Jean Denis dans les œuvres étrangères qui absolurent à bon compte les atrocités républicaines au nom de la littérature...

     

    Romancero Ebre Denis.jpg

     

    Mais Jean Denis fut aussi un fin connaisseur de l'idéal national-syndicaliste de la Phalange espagnole et de la pensée de son fondateur José Antonio.

     

    Il prit ainsi violemment la défense du martyr d'Alicante contre les assimilations calomniatrices de La Libre Belgique dans Le Pays réel du 1er décembre 1938, sous le titre Non, la phalange n'est pas le nazisme.

     

    L'année suivante, il publiait un exposé de la doctrine sociale de la Phalange Une révolution dans la guerre chez l'imprimeur d'art Julien Leherte-Delcour, de Renaix, pour le compte de son Centre d'Études Hispaniques. C'est là également que la même année, fut publié José Antonio a dit... présentant le texte de trois importants discours de celui qu'on n'appelait plus que L'Ausente, l'Absent, tant que sa dépouille n'aurait pas été retrouvée et reçu de funérailles : l'offre de souscription accompagnait Romancero 1938 et Le Pays réel y consacra une importante publicité.

     

    La presse de la Phalange y fut également fort sensible : ici, l'article du quotidien Unidad du 11 février 1939, saluant l'ouvrage  : « Jean Denis, membre éminent de Rex et député du mouvement belge, ami intime de son chef Léon Degrelle qu'il accompagne pour le moment dans son voyage à travers l'Espagne libérée, est un cher camarade qui nous accompagne dans la sainte fraternité de la Phalange. Il nous honore et nous enchante par sa plume qui nous expose de magnifique manière les problèmes de la Belgique rexiste et les liens qui l'unissent à l'Espagne triomphante du communisme. [...] Jean Denis travaille sans relâche, hier avec son Romancero, aujourd'hui avec les pages concises qui prolongent la traduction des discours éloquents de notre Absent, réussissant à nous toucher au fond de l'âme, à partager nos peines et nos joies [...]. En un mot, Jean Denis comprend, sent et aime la Phalange et l'Espagne, à l'espagnole”. » (reproduction du journal Unidad illustrant l'article de José Luis Jerez Riesco, Viaje por la España Nacional de Léon Degrelle, en febrero de 1939, in REX, Revista de la Asociación cultural Amigos de Léon Degrelle, n° 3, 31 mars 1999, p. 4 sv.).

    Denis Souscription JA dit.jpeg

    Denis JA a dit PR 1939.01.08.jpg   Denis JA dit Unidad.jpeg

     

     

    Pour nous apprendre quelque chose de nouveau, plutôt que de cracher toutes ses dents contre Léon Degrelle et disqualifier son biographe d'exil José Luis Jerez Riesco (ce blog, notamment au 3 mai 2021), Pablo Cuevas eût dû sortir de ses obscures et embrouillardantes cuevas (cavernes) et s'interroger sur les relations d'Alfredo Mahou avec Léon Degrelle ainsi qu'avec José Antonio et la Phalange dont les principes économiques et sociaux rejoignaient ses convictions corporatistes (au contraire de son cousin Casimir Mahou Olmeda, beau-frère de la sœur de Clara Stauffer, marxiste résolument engagé dans le parti Izquierda Republicana –dont le fondateur était président de la république de Front populaire durant la Guerre civile–, et qui chercha refuge au Mexique).

     

    Documenter les relations entre Léon Degrelle et José Antonio semble en effet aussi difficile qu'établir celles qu'il eut avec Joris Van Severen (ce blog au 7 mai 2019) dont il ne parla pratiquement jamais non plus avant ses années d'exil (le nom du fondateur du Verdinaso n'est même pas cité dans La Guerre en prison relatant son arrestation le 10 mai 1940 et les avanies subies lors de sa livraison aux autorités françaises : Van Severen fut pourtant gardé dans la même prison de Bruges et mis dans le même autocar vers la France pour y être assassiné à Abbeville le 20 mai 1941 avec vingt autres compagnons d'infortune : ce blog au 30 avril 2017).

     

    Du moins –et sans doute est-ce le plus important– pouvons-nous déduire une évidente proximité spirituelle entre les mouvements créés par Léon Degrelle et José Antonio des déclarations du chef rexiste à la presse phalangiste : « Aucun mouvement révolutionnaire au monde ne ressemble autant à la Phalange espagnole traditionaliste des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste que Rex. En effet, celui-ci est un mouvement révolutionnaire de la jeunesse. Il présente le même programme que la Phalange, les mêmes idéaux, la même façon d'être ainsi que les mêmes principes fondamentaux. Et même si la nature du combat n'est pas la même, son intensité, son dynamisme quotidien et l'objectif à atteindre sont bien identiques. Nous autres, Belges, en ce moment crucial de l'histoire du monde, nous sommes aux côtés de l'Espagne, comme elle fut à nos côtés au temps de son passé impérial pour défendre la chrétienté. » (Unidad, 8 février 1939, p. 1).

     

    Quelque quarante ans plus tard, Léon Degrelle redisait son opinion sur José Antonio, leurs points communs et leurs différences, dans l'hebdomadaire populaire Cambio16, répétant d'ailleurs les propos tenus à ABC huit ans auparavant sur le rôle d'Alfredo Mahou (qui était encore et toujours bien vivant !) et permettant surtout à la journaliste Jeannine Camps qui l'interrogeait de voir la fameuse carte n° 1 signée par le chef de la Phalange : « Le mouvement rexiste que créa Degrelle avait des points communs avec la Phalange : Ils se ressemblaient en ce qu'ils étaient tous deux des mouvements spirituels. José Antonio était quelqu'un d'une haute spiritualité, un homme inspiré, un poète. Mais alors que nous étions un mouvement de masse, la Phalange ne rassemblait avant la guerre qu'un millier de personnes. Eh oui, nous avions des contacts et je suis le numéro un de la Phalange internationale.Et le fier lion belge sort de sa poche une vieille carte de membre signée par José Antonio en 1934. "Mon lien avec José Antonio était Alfredo Mahou, le producteur de bière, qui était alors phalangiste. Mais à la base, c'était fort différent. José Antonio s'est présenté aux élections en tant qu'indépendant, ce qui n'est pas la droite. Il n'avait pas de contact avec les masses. Moi, je visitais les usines, les villages, les places publiques. Ce fut son principal défaut. » (Cambio16, 14 août 1977).

     

     

     

     

    Cambio16 1977.08.08aa.jpeg

    Première page de l'article que l'hebdomadaire Cambio 16 consacra, le 8 août 1977, à Léon Degrelle en Espagne. Il est illustré par la célèbre photo qui fit scandale, prise à l'occasion du mariage, le 9 octobre 1969, de sa fille Marie-Christine avec l'avocat José Ramon de Hervella : elle montre Léon Degrelle trinquant avec son ami Jaime de Mora y Aragón (1925-1995), le frère de Fabiola, reine des Belges (qu'il connut en 1945 à l'Hôpital General Mola de San Sebastián lorsque cet alors jeune militaire était affecté à la garde de sa chambre) !

    Accompagné de son épouse suédoise Margit (de face entre les deux porteurs de toast), Don Jaime avait déjà assisté, le 21 juillet 1962, au mariage d'Anne Lemay[-Degrelle] et Servando Balaguer Parreño à Constantina où se trouvait La Carlina, la belle propriété de Léon Degrelle (ce blog au 5 août 2023).

    Celui qu'on avait surnommé Fabiolo commença une carrière cinématographique en 1961 sous la direction de Vittorio De Sica (Le Jugement dernier, une satire sociale grinçante), mais préféra toujours les comédies où il aimait se caricaturer en Grand d'Espagne conspirateur (La Folie des Grandeurs, de Gérard Oury en 1971) ou en stoïque maître d'hôtel (Les Charlots font l'Espagne, de Jean Girault en 1972)...

     

    L'article est rédigé par Jeannine Camps, alors fraîche émoulue de l'université Complutense de Madrid, toute pénétrée des principes déontologiques non seulement professionnels, mais aussi spécifiques aux 16 propriétaires-éditeurs du Cambio (« changement ») décidés à accélérer la « transition démocratique » face au franquisme, et qui deviendra une des journalistes vedettes du magazine : y a-t-il quelque raison de douter de son honnêteté lorsqu'elle déclare avoir vu de ses yeux la carte de membre n° 1 de la Phalange Extérieure au nom de Léon Degrelle ?

     

     

    Le commentaire sur la Phalange que le Chef de Rex confie à Cambio16 rejoint quelque peu l'avis qu'il aurait donné à son ami communiste le richissime avocat et homme d'affaires Teodulfo Lagunero (ce blog au 31 mars 2021). Ce dernier déclara au quotidien El Mundo, le 6 avril 2006 : « Savez-vous que j'ai également été, par hasard, l'avocat de Léon Degrelle, le fondateur du fascisme [sic] ? Mais oui, j'ai été son ami. [...] Curieusement, il méprisait la Phalange parce qu'il disait qu'il ne s'agissait que d'un groupe de fils à papa (« señoritos ») ridicules. » Ajoutons immédiatement, avant que le cavernicole n'en fasse une preuve supplémentaire de l'absence de toute relation entre José Antonio et Léon Degrelle, que celui-ci évoquait, comme dans Cambio16 quelque trente ans auparavant, les membres de la Phalange, en petit nombre avant la Guerre civile, et non son fondateur. De plus, on peut bien supposer que l'ami communiste aura pris plaisir à en rajouter sur le prétendu « mépris » de Léon Degrelle...

     

     

     

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    En novembre 1983, le mensuel Historia16 consacrait un important article à La naissance de la Phalange de José Antonio Primo de Rivera : Léon Degrelle s'apprête à l'acheter au kiosque à journaux qui se trouvait en bas de son immeuble madrilène, 37 García Morato.

     

    Derrière son sympathique jeune libraire, on peut reconnaître Jean-Robert Debbaudt (1927-2003), qui, adolescent à la fin de la guerre, parvint encore à rejoindre les Volontaires wallons du Front de l'Est. Il fut le courageux éditeur de Lettres à mon Cardinal et Lettre au Pape à propos d'Auschwitz, initiative qu'il paya de lourdes condamnations judiciaires.

     

     

    Mais l'expression la plus explicite de la proximité de pensée entre Léon Degrelle et José Antonio se trouve certainement dans les commentaires que rédigea l'exilé rexiste sur le point XVI des Directives du programme de la Phalange concernant le Devoir de Travail. C'était en 1986 et constituait sa contribution à l'essai d'actualisation du message national-syndicaliste à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de José Antonio. En voici l'introduction.

     

    « J'ai été l'ami de José Antonio.Nous fûmes tous deux animés par la même foi. En 1934, deux ans avant son assassinat, il m'accorda la carte numéro 1 de la Phalange Extérieure.

    Pour la Phalange, comme pour le Rexisme que je dirigeais, la base de toute vie sociale était l'obligation d'honorer le travail que doit respecter tout être humain.

    Certes, ce devoir de travail se heurte aujourd'hui à l'impossibilité matérielle de travailler qui frappe en plein des milliers de jeunes. L'Europe soi-disant démocratique de la fin du XXe siècle traîne derrière elle, comme des boulets enchaînés aux prisonniers, la chaîne tragique de ses tristes maillons de chômeurs.

    Le drame n'est pas seulement économique, il est politique. Le vrai problème n'est pas tant le devoir de travailler, mais le pouvoir de travailler. Pour rendre au travail le considération qui lui est due, il est nécessaire, avant tout, de le rendre accessible. Plus encore qu'à l'époque de José Antonio, une rénovation politique totale est indispensable, pour rétablir l'ordre, la durée, la compétence et la force de l'État, bases indispensables de toute richesse, aussi bien économique que sociale puisque l'un est lié à l'autre.

    Dans un régime où n'importe quelle calamité peut devenir député ou ministre à condition d'avoir accaparé une quantité suffisante de voix et où on ne sait jamais si, trois mois plus tard, le Gouvernement subsistera encore, aucun grand plan n'est possible. L'honneur et la possibilité de travailler ne se concilient que dans la stabilité politique ». (Antología de textos de León Degrelle, pp. 255-259)

     

     

    Antologia textos LD.jpegLa réflexion de Léon Degrelle sur le Devoir de Travail compte plus d'une dizaine de pages manuscrites ; ce texte a été offert à son ami et avocat José Luis Jerez Riesco à l'occasion de l'Épiphanie de 1987, la « Fête des Rois » étant, en Espagne, la grande fête des cavalcades, des réunions familiales et des cadeaux. Le Devoir de Travail a été publié dans l'Antología de textos de León Degrelle, 1969-1994, textes rassemblés par Juan Antonio Llopart, aux Ediciones Nueva República en 2014, avec une introduction de José Luis Jerez Riesco. Notre citation est extraite et traduite de cette publication. Il va sans dire que Cuevas trouve toute l'affaire fort suspecte : « Un mensonge [sur l'amitié entre José Antonio et Léon Degrelle] qui a peut-être fonctionné au point de recevoir cette Médaille de la Vieille Garde avant le mariage de sa fille Anne... ou la commande d'un article dont nous ne connaissons ni le promoteur ni les raisons de sa non-publication » Si nous résumons la pensée caverneuse, le « mensonge » de 1969 (l'article d'ABC) justifie l'obtention de la Médaille en 1959 en vue du mariage d'Anne en 1961 et la rédaction de cet article en 1986 !...

     

    En réalité, le mensonge, une fois de plus vient de l'accusateur et non de l'accusé (selon l'adage enfantin tant de fois vérifié, « c'est celui qui dit qui l'est ») : contrairement à ce qu'affirme Cuevas, le promoteur de l'article est bien connu puisqu'il s'agit d'un groupe de phalangistes auquel appartenait l'avocat José Luis Jerez Riesco, chargé de compiler toutes les contributions et qui s'en explique dans son maître ouvrage Léon Degrelle en el exilio, 1945-1994 :

     

    LD Exilio Riesco.jpg« On avait demandé à Léon Degrelle, qui avait l'honneur d'être le titulaire de la carte numéro un de la Phalange Extérieure octroyée par José Antonio Primo de Rivera en 1934, un commentaire sur le seizième point de la Norme Programmatique de la Phalange qui dit : Tous les Espagnols non invalides ont le devoir du travail. L'État national-syndicaliste ne témoignera pas la moindre considération envers ceux qui n'exercent aucune fonction et aspirent à vivre aux dépens de l'effort d'autrui. Le commentaire de la Norme programmatique avec exégèse, critiques, notes, explications des 27 points de la colonne vertébrale de la doctrine phalangiste, effectué par d'éminents camarades nationaux-syndicalistes était un projet passionnant qu'à l'époque j'étais en train de compiler, en tant que contribution doctrinale et actualisation du message national-syndicaliste pour le Lème anniversaire de l'assassinat de José Antonio à Alicante. J'avais déjà recueilli les commentaires sur certains point essentiels de la doctrine, rédigés par mes amis et camarades [suivent les noms d'une vingtaine de contributeurs parmi lesquels Blas Piñar et Raimundo Fernandez Cuesta]. Pour être le plus jeune des rédacteurs qui contribuèrent à ce projet, où je remplissais aussi le rôle de compilateur, je m'étais réservé personnellement le commentaire du point 27 [...]. » (pp. 501 sv.). Il semble bien que l'ensemble du projet n'ait pas abouti, ce qui fait qu'il n'y eut pas que le texte degrellien à rester sur le carreau, mais également les contributions de tous les autres. Encore que le commentaire de Léon Degrelle sur le Devoir de travail fut peut-être le seul à avoir connu quelque diffusion puisqu'il fut publié non seulement dans En el Exilio, mais également dans l'Antología...

     

     

    Riesco.jpeg

    Docteur en Droit, José Luis Jerez Riesco (né en 1949) compta parmi les défenseurs de Léon Degrelle dans le procès que lui intenta Violeta Friedman (ce blog au 5 août 2023). Il préfaça la plupart des livres de Léon Degrelle publiés en espagnol (dont, pour certains, il assura également la traduction). Comptant parmi les plus fidèles amis de Léon Degrelle et fin connaisseur de son œuvre, il est également le président-fondateur de l'association culturelle Amigos de Leon Degrelle qui publia la revue annuelle REX, de 1997 à 2008 (photographie extraite du premier numéro de la revue, daté du 31 mars 1997, troisième anniversaire de la mort de Léon Degrelle).

     

     

    (À suivre)

     

     

  • Il y a 75 ans : le sauvetage de Léon Degrelle

     

    Un anniversaire qui n’est pas oublié en Espagne

     

     

    Aucun organe de la presse subsidiée pour sa soumission au Système n’a bien sûr évoqué l’anniversaire de la naissance du plus grand personnage historique belge c’est-à-dire Léon Degrelle : seules de confidentielles et inconditionnelles publications comme la nôtre ont rappelé cette date importante et rendu l’hommage mérité à cette personnalité hors du commun (voir ce blog au 15 juin 2020).

     

    Nous ne pouvons néanmoins passer sous silence le double article consacré au chef de Rex et dernier Commandeur de la Légion Wallonie publié par le plus ancien des quotidiens espagnols, ABC, catholique conservateur et monarchiste, dont il nous faut croire que le souci du politiquement correct est parfois et heureusement à éclipse.

     

    abc,lettre au pape à propos d’auschwitz,la concha,hôpital mola,san sebastianC’est ainsi qu’il célèbre, dans les pages « Histoire » de son édition en ligne du 7 mai dernier, le 75e anniversaire de l’arrivée mouvementée de Léon Degrelle en Espagne. Des réactions « bien orientées » ont probablement contraint ABC à corriger quelque peu sa présentation de l’« officier nazi » car, une semaine plus tard, il se fendait d’un second article plus aux normes pour rappeler et flétrir les opinions « négationnistes » de Léon Degrelle qui se permit d’envoyer une Lettre au Pape à propos d’Auschwitz (« La lettre insolite que Léon Degrelle écrivit au Pape Jean-Paul II en 1979 niant l’Holocauste nazi »). Nous ne nous étendrons pas sur cet article constituant une entreprise de vulgarisation des thèses développées par le Professeur Faurisson : l’auteur, Israel Viana, cite en effet abondamment le texte, insistant, dans sa conclusion, sur le fait qu’il n’a pas empêché le Pape Jean-Paul II (ni les suivants, Benoît XVI et François) d’effectuer une visite au camp d’Auschwitz. Cela voudrait-il dire que le Pape n’a pas lu la lettre de Léon Degrelle ? Ou qu’il n’a pas voulu (ou pu) en tenir compte ? Nous n’en savons bien sûr rien, et le journaliste d’ABC non plus d’ailleurs, qui n’en souffle mot. Tout au plus pourrons-nous remarquer que cette fameuse lettre ouverte au Pape n’a nullement empêché le Souverain Pontife d’accorder à son correspondant occasionnel sa « Bénédiction apostolique spéciale » quelques années plus tard (voir ce blog au 31 mars 2019)…

    1 Heinkel San Sebastian Svastika-vert.jpg

    C’est à bord du Heinkel-111 d’Albert Speer que Léon Degrelle traversa l’Europe d’Oslo à San Sebastian en une seule étape de près de 7 heures. De haut en bas, on voit l’appareil écrasé sur la plage de la baie : la croix gammée de l’empennage fit naître l’idée qu’Adolf Hitler serait à bord. Les pompes à essence n’indiquent plus la moindre jauge. Rapidement, une foule de curieux s’agglutine sur le rivage et certains « chasseurs de trésors » ne manquent pas d’emporter quelques souvenirs. La carcasse de l’avion sera bientôt découpée et transportée à la base aérienne militaire de Logroño.

     

    Mais reprenons le surprenant premier article du 7 mai dernier sur l’histoire de l’avion de Léon Degrelle s’écrasant sur la plage de San Sebastian, sous le titre « Comment se passa l’atterrissage forcé de Léon Degrelle sur la plage de La Concha, en fuyant les alliés de la 2e Guerre mondiale ». Sous-titre : « L’avion du commandant nazi dut effectuer un amerrissage d’urgence le jour même où l’on annonçait, en 1945, le fin du conflit qui avait ravagé l’Europe ».

     

    En voici quelques extraits que nous ne vous rapportons pas pour le contexte historique plutôt fantaisiste (le ministre Ribbentrop n’a rien à voir avec l’expédition de Léon Degrelle vers l’Espagne) ni la chronologie hésitante concernant les faits d’armes et les distinctions militaires du héros de Tcherkassy : ce texte nous est surtout intéressant en ce qu’il rappelle comment fut rapportée l’arrivée fracassante de Léon Degrelle (38 ans à ce moment, et non 39) sur le sol espagnol par la presse de l’époque (voir aussi ce blog au 20 mai 2016 pour davantage de précision sur le vol et l’équipage du Heinkel-111 de Léon Degrelle).

     

     

    L’édition de Madrid d’ABC du 9 mai 1945 titrait « L’ordre du cessez-le-feu a été donné une minute après minuit ». L’édition de Séville annonçait, quant à elle : « La guerre est finie en Europe ». […]

     

    Pendant ces événements historiques, un groupe d’habitants de San Sebastian qui se promenait tranquillement sur la plage de La Concha, sans rien connaître de la fin de la guerre –ABC ne publierait la nouvelle que le lendemain– entendirent un tonnerre formidable dans le ciel. En levant la tête, ils aperçurent un avion effectuant des manœuvres désespérées pour atteindre le rivage. […]

     

    En même temps que les nouvelles concernant la fin de la guerre, on pouvait lire dans notre quotidien –l’un des rares à avoir rapporté l’événement en ces temps de censure: « Hier, à six heures du matin, un avion de chasse allemand du type Heinkel s’est jeté dans les eaux de la baie de La Concha, la station balnéaire qui est la partie la plus proche du rivage. » Et d’ajouter : « Dès les premiers moments, la rumeur se répandit dans la ville que l’avion transportait Hitler en personne, lequel, d’après de prétendus témoins, n’était pas mort et, malgré qu’il était défiguré, avait été reconnu par les autorités. »

     

    abc,lettre au pape à propos d’auschwitz,la concha,hôpital mola,san sebastianLa nouvelle de la mort de Hitler avait déjà fait le tour du monde une semaine auparavant. ABC la publia le 2 mai 1945, mais pendant cette journée du 8 mai, toute la ville de San Sebastian se prit à croire qu’il était réellement vivant et qu’après sa défaite, il fuyait désespérément. Mais ce n’était pas le cas. Même si l’un des passagers du Heinkel-111 de la Luftwaffe qui s’écrasa dans La Concha n’était pas précisément un inconnu. ABC poursuivait : « L’avion a atteint notre ville par un atterrissage forcé provoqué par la panne d’essence. On en a extrait au moins six personnes portant l’uniforme allemand. L’une d’entre elles est un officier supérieur, avec le grade de colonel, portant sur la poitrine la Croix de Fer. Il s’agit du rexiste connu, chef du parti belge, Léon Degrelle. Ses compagnons sont des soldats de rang inférieur. »

     

    Degrelle (Bouillon, Belgique, 1906) était un officier de la Légion Wallonie, une unité étrangère membre des SS allemands au sein de laquelle il se distingua comme l’un des principaux commandants au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il était le fondateur du rexisme, une branche du fascisme en Belgique qui put jouir d’une grande notoriété en Europe entre 1939 et 1945. Mais lorsque les Allemands virent que les alliés les avaient vaincus et que Hitler était mort, le ministre des Affaires étrangères du Troisième Reich, Joachim von Ribbentrop, convainquit le Belge de s’enfuir. Il se trouvait alors à Oslo, où il était arrivé de Copenhague. C’est dans la capitale norvégienne qu’il s’empara, avec l’aide de cinq officiers, de l’avion de l’architecte et ministre de l’Armement nazi Albert Speer et qu’il entreprit son vol de nuit. Lorsqu’il s’écrasa à San Sebastian après avoir parcouru 2150 kilomètres, il avait 39 ans. […]

     

    D’après ce qu’on expliqua par la suite, l’appareil frappa des rochers à une extrémité de la plage, ce qui provoqua son pivotement dans la mer où il s’échoua. D’après le récit d’ABC « Les passagers transportaient à bord beaucoup de beurre, plusieurs thermos ainsi que des comprimés de vitamines. Mais ils n’avaient pas de tabac et, arrivés à terre, ils en réclamaient avec insistance. » […]

     

    Léon Degrelle n’était pas n’importe quel leader. La croix dont parle le rédacteur d’ABC lui avait été attribuée par nul autre que le « Führer » lui-même en février 1944, un peu plus d’un an avant son amerrissage sur la plage de La Concha. En août de cette année, il lui accorda également la Croix de Chevalier avec Feuilles de Chêne, une distinction que n’obtinrent que 883 militaires au cours de toute la guerre. Pendant la cérémonie protocolaire, Hitler en personne lui déclara « Si j’avais un fils, j’aurais aimé qu’il fût comme vous. » De telles paroles constituaient une plus grande reconnaissance encore que la distinction militaire, reflétant l’extrême confiance et la complicité que Degrelle entretenait avec le Führer. C’est ainsi que par la suite, il fut reconnu comme « le fils adoptif de Hitler ».

     

    Les citoyens de San Sebastian qui assistèrent à l’événement demeuraient perplexes. L’avion fut rapidement entouré par les habitants de La Concha, dont la plupart avaient été réveillés par le fracas de l’avion sur la mer et la plage. Certains, en pyjama, s’approchèrent du rivage pour aider les passagers inconnus. Pendant toute la journée, des centaines de personnes se rassemblèrent pour voir le Heinkel-111. C’est ainsi que la rumeur se répandit que Hitler était à l’intérieur. Rumeur renforcée sans aucun doute par l’énorme svastika visible sur la queue de l’appareil. Des enfants arrachèrent même quelques morceaux de l’avion de Degrelle dont la carcasse fut transportée finalement à Logroño.

     

    Degrelle était gravement blessé et fut hospitalisé pendant dix-huit mois à l’Hôpital Mola de San Sebastian, bien que, dans un premier temps, ABC avait précisé qu’il ne souffrait que d’une « fracture de l’omoplate et peut-être aussi d’une cheville ».

     

    Tels furent les premiers moments d’un séjour en Espagne qui, dans le cas du Belge, s’est prolongé jusqu’en 1994, entre Madrid et Malaga. Lui-même a expliqué dans ses mémoires : « En réalité, mes blessures m’ont sauvé car Franco voulait me livrer à l’Allemagne. Je voyais les choses évoluer si mal qu’un jour, je lui écrivis une lettre dans laquelle je lui disais : “Le sang d’un chrétien vaut-il si peu pour vous ?” Franco en fut touché, d’après ce qu’on m’a rapporté. »

     

     

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    « Brusquement, nous vîmes devant nous des falaises toutes droites. Nous avons redressé notre avion presque à la verticale puis l’avons rabattu aussitôt pour recueillir les dernières gouttes d’essence. Dans les premières lueurs de l’aube, nous avons aperçu de grands toits de tuiles rouges. C’était Saint-Sébastien. Ma veine encore, c’était la marée basse ! Vingt mètres de sable ourlaient la digue. Nous avons piqué vers cette étroite plage pour un atterrissage de fortune. […] Juste alors, presque à la fin de la descente, nous avons aperçu à cent mètres devant nous, barrant notre course, un rocher énorme, le rocher qui soutient le palais royal. Nous avons, à la seconde, rentré les roues afin de freiner à fond avec la coque de l’appareil. L’avion a glissé sur le sable parfaitement pendant deux ou trois secondes. Bang ! Explosion d’un moteur ! Le Heinkel, comme pris de folie, se précipitait au ras des flots. Il se bloquait après cent mètres. Nous étions presque noyés, avec de l’eau jusqu’à la mâchoire, juste suffisamment pour pouvoir encore respirer. Mais l’avion n’avait pas coulé !
    Cinq minutes après, des Espagnols, tout nus, nageaient autour de notre coque défoncée. Une barque accostait notre épave. Nous étions sauvés, mais en morceaux ! C’est au vieil hôpital militaire, l’hôpital Général Mola, qu’une ambulance allait m’emmener. J’avais cinq fractures. Je resterai avec le bras et le buste plâtrés pendant des mois, sans parler d’une jambe cassée elle aussi et immobilisée. C’est dire que j’étais absolument intransportable. Toujours ma baraka ! Car sans cette collection de fractures, j’eusse été perdu. L’Espagne étranglée, menacée d’invasion, n’eût pu trouver, pour me sauver aucun faux-fuyant. J’eusse, sans aucun doute, été, comme Pierre Laval, livré aux Alliés. » (Léon Degrelle : persiste et signe. Interviews recueillies pour la télévision française par Jean-Michel Charlier, p. 366-367)