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maréchal pétain

  • 2026 célèbre les 120 ans de Léon Degrelle

     

    Une abondance de publications

     

    Nous avons relevé, le 15 juin dernier, l'hommage du SoirMag à Léon Degrelle pour son cent-vingtième anniversaire : une évocation feuilletonesque de l'irrésistible ascension politique de Léon Degrelle dans les années 1930. Plus d'une demi-douzaine d'articles piochés dans les volumes sur La Belgique entre-deux-guerres de Pierre Stéphany ont ainsi célébré Léon Degrelle face à la hiérarchie (3 juin), Degrelle [qui] galvanise la Belgique en crise (10 juin), Rex ou l'irrésistible stratégie du balai (17 juin), Rex [qui] triomphe aux élections (24 juin), Degrelle [...] aux portes du pouvoir (1er juillet), Léon Degrelle [qui] subjugue et... inquiète (8 juillet),...

     

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    Nous avons épinglé la méthode de l'auteur, feu Pierre Stéphany (1925-2020) consistant à recycler ce que d'autres ont écrit, sans avoir l'air de trop se poser de questions sur la réalité de l'information récupérée. Mais finalement, il nous faut convenir que cette manière d'écrire n'est pas si inintéressante car ce sont les ragots facilement identifiables et contestables qui permettent de faire passer la véritable histoire de Léon Degrelle. En effet, ces ragots imbéciles donnent l'indispensable vernis politiquement correct sans lequel les bouquins de Stéphany fussent probablement restés sans éditeur !

     

    Quelques exemples.

     

    La nécessité d'un Léon Degrelle et de Rex

     

    Voleurs Banque Nationale.jpgAprès avoir entonné la nécessaire dénonciation de l'imitation des dictateurs (« On avait déjà vu ça en Italie, en Allemagne. Là avec un Duce, là avec un Führer » ; « Il avait aussi compris, à l'exemple de Hitler, l'importance de la propagande et de la publicité ») et de la mégalomanie de Léon Degrelle (« Drapé dans son hypertrophie du moi » ; « Quelqu'un le surnommale camelot du moi » ; « le Rex appeal [...] faisait oublier son ignorance et son manque de véritables vues politiques »), Stéphany ne peut qu'insister sur la nécessité inéluctable de l'action du chef de Rex et du rexisme : « La Belgique touchait le fond de la crise [...], les mécontents pullulaient – et les hommes politiques en place, les chefs des grands partis, semblaient frappés d'impuissance. Quant aux liens qui unissaient la haute finance à certains hommes politiques, dévoilés à l'occasion de quelques déconfitures plus ou moins scandaleuses nées de la crise, ils achevaient de casser ce qui, dans l'opinion, restait de confiance dans les institutions traditionnelles. Les faillites, les grèves, la misère, les erreurs doctrinales du libéralisme, les égarements d'un socialisme fondé sur les sophismes de la lutte des classes avaient profondément perturbé le climat psychologique du pays. Rex fut le catalyseur de tous les mécontentements de l'époque. » (SoirMag, 10 juin 2026, p. 50).

     

    Le programme de Rex

     

    Message de Rex.jpgComme il est routinier de souligner l'absence de programme politique de Rex. Stéphany va décrire « ce qui tenait lieu de programme au Rex de Degrelle ». Et de détailler les mesures proposées par Léon Degrelle (d'ailleurs toujours bien d'actualité dans la Belgique de 2026 !) : « On y met en accusation les sinécures distribuées par le personnel politique à ses créatures, les nominations politiques, l'administration en proie à la gérontocratie. On y prévoit une Force de la Nation gardienne des frontières et un Noviciat du Citoyen effectué à l'occasion du service militaire, qui sera obligatoire pour les jeunes filles aussi. Comme c'est entre 30 et 50 ans que les besoins sont les plus grands, c'est à cette période de la vie que les traitements seront les plus élevés. [...] Une propagande intensive sera faite en faveur de la fécondité des foyers [...]. La femme mariée recevra aussi bien que le mari le droit d'administrer ses biens propres... » (SoirMag, 17 juin 2026, p. 50).

     

    Et Stéphany de préciser la pertinence de la campagne politique de Rex : « La menace rexiste rameutait autour du gouvernement les trois partis traditionnels. On nota que, dans les débats parlementaires, mettant une sourdine à leurs différends, les orateurs prenaient tous grand soin de condamner les abus politico-financiers. »

     

    Bien plus, selon notre inénarrable ami Saenen (ce blog aux 25 mars, 1er et 5 décembre 2025), le nouveau gouvernement tripartite de Van Zeeland piochera sans vergogne dans le non-programme de Rex : « Les rexistes enragent, accusant le gouvernement d'avoir copié et adopté dans l'urgence toutes les mesures qu'eux-mêmes avaient envisagées ! » (p. 98).

     

     

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    Loin de s'en plaindre, les rexistes verront dans la razzia des principaux éléments de leur programme opérée par un gouvernement aux abois dès sa constitution la preuve du bon sens de leurs mesures. Tout en observant que sans la révolution des âmes qui doit l'accompagner, cette opération ne pourra être que cosmétique et vouée à l'échec (ici, Le Pays réel du 11 juin 1936).

     

     

     

    Faire taire Léon Degrelle

     

    Si Stéphany reprend bien l'antienne du Degrelle, bateleur de foire et raconteur de carabistouilles (« Il était indispensable à Degrelle de faire sans cesse parler de lui »), il ne se prive néanmoins pas d'expliquer en détail les violences inouïes et les incroyables coups fourrés de ses ennemis pour le faire taire : « Plus grave, des tireurs s'étaient embusqués sur les quais, canardant le bateau sur le pont duquel le chef, impavide, énonçait les slogans rituels. Il y eut trois blessés par balle. » ; « Léon Degrelle qui, prétendant parler sur le parvis de Sainte-Gudule, se vit emmené par deux agents en casque blanc, tandis que quelques milliers de ses adeptes se colletaient avec les gendarmes » ; « Le gouvernement s'obstinait à lui interdire de parler sur les ondes de la radio nationale ; il se fit entendre par le truchement de Radio-Trieste et de Radio-Turin »... (SoirMag, 8 juillet 2026, p. 42).

     

    L'Église même fut appelée à la rescousse par une coalition catholico-libéralo-socialo-communiste pour faire taire Léon Degrelle à coups de menaces de péché mortel : « Le vendredi 9 avril, deux jours avant le vote, celui que Degrelle appelait le rhinocéros de Malines publiait un communiqué précisant que Rex était bel et bien visé par le document, que l'Église condamnait formellement les méthodes et les principes du mouvement rexiste, que Rex constituait un danger pour le pays et pour l'Église et que les catholiques, loin de se borner à l'abstention, devaient en conscience se prononcer contre le boutefeu. Le coup fut mortel. » (SoirMag, 15 juillet 2026, p. 42).

     

     

     

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    Pour faire taire Léon Degrelle, rien ne manqua, y compris les tentatives d'assassinat. On évoque souvent le mitraillage du bateau que Léon Degrelle loua le 15 septembre 1936 pour tenir, depuis la Meuse dans le centre de Seraing, son meeting interdit  (trois blessés seront hospitalisés).

     

    Mais d'autres attentats menacèrent sa vie, comme celui qui le rata de peu, à l'issue d'un meeting à Hal, le 4 décembre 1936. S'étonnera-t-on de la conclusion de l'enquête de Frédéric Saenen, le Rouletabille qui élucide Léon Degrelle : « Accident ou mise en scène ? Jamais on ne le saura ». C'est que, précise-t-il pour exclure l'attentat, « l'impact aurait été causé par un coup de feu tiré... depuis l'habitacle » (p. 114) ! Sauf que, comme on peut le lire dans Le Pays réel rendant compte de la tentative de meurtre, « La balle, passée juste à hauteur du visage, s'est écrasée sur la vitre de l'auto dans laquelle montait Léon Degrelle à l'issue du meeting » (6 décembre 1936, p. 1). C'est donc lorsque la portière était ouverte pour permettre à l'orateur d'entrer dans la voiture qu'on tira sur lui : « La vitre a été atteinte vers l'intérieur. L'attentat n'a donc pu avoir lieu qu'au moment du départ » (p. 3) !...

     

     

    Et s'il est de bon ton d'avoir toujours les yeux de Chimène pour les communistes (Degrelle est un « démagogue » entretenant une « psychose anticommuniste »), il est édifiant de connaître les fondements de la prétendue démagogie  : « Jouant habilement de la peur des bourgeois au spectacle des atrocités de la guerre d'Espagne, dont des photos montraient les rouges, dans les ruines des églises incendiées, buvant dans les calices après avoir fusillé les curés, les rexistes puisaient également dans l'expérience du Front Populaire en France de quoi entretenir la psychose anticommuniste répandue par le démagogue. » (SoirMag, 8 juillet 2026, p. 43).

     

    Ne quittons pas le SoirMag sans épingler ce poncif de l'historiographie de la Deuxième Guerre mondiale, à savoir le génie anticipatif du général De Gaulle sur la guerre moderne : « De Gaulle sentait monter le danger, mais personne ne l'écoutait... [...] Depuis sa garnison de Metz, le colonel de Gaulle réclamait, dans le désert, une armée de mouvement, une armée mécanique”. C'est justement ce que l'Allemagne était en train de se donner. » (SoirMag, 22 juillet 2026, p. 43).

     

     

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    A gauche, le SoirMag nous présente le conventionnel De Gaulle prophétique ; à droite, la rectification de Rivarol : De Gaulle ressemble plutôt à un parfait faussaire (les deux revues ont été publiées le 22 juillet 2026).

     

     

    Il est piquant de noter que l'hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne, Rivarol, dénonce la supercherie sous la plume sans concession d'Hannibal, justement à la même date ! « Mais le plus inadmissible est la falsification de l'édition de 1944 de Vers l'armée de métier. Rappelant que l'ouvrage a été publié pour la première fois en 1934, De Gaulle rectifie discrètement certains passages afin de se faire passer pour prophète. Quelques mots bien choisis modifient profondément le rôle dévolu à l'aviation, et cette phrase est benoîtement rajoutée : Mais surtout, en frappant elle-même à vue directe et profondément, l'aviation devient par excellence l'arme dont les effets foudroyants se combinent le mieux avec les vertus de rupture et d'exploitation des grandes unités mécaniques”. Le grand art de faussaire est tout simple. » (Rivarol, 22 juillet 2026, p. 12).

     

     

    XLVe Correspondance privée du Cercle des Amis de Léon Degrelle

     

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    C'est sans évoquer le cent-vingtième anniversaire du Commandeur de la Légion Wallonie que le Cercle des Amis de Léon Degrelle publie sa quarante-cinquième Correspondance privée, devenue quelque peu irrégulière depuis les persécutions qui frappent l'association et son président (ce blog au 18 octobre 2024).

     

    En exergue, le bel éditorial du Pays réel du 3 novembre 1940 saluant les premiers pas de la « Révolution nationale » mise en œuvre par le Maréchal Pétain, entreprenant le nécessaire nettoyage des écuries d'Augias de la défunte IIIe République.

     

    Tout comme nous avions utilisé l'intelligence artificielle pour réunir Léon Degrelle et Robert Brasillach (ce blog au 20 mai 2026), le Cercle a artificiellement réuni le Commandeur des Bourguignons et le vieux Maréchal. Pour rendre le cliché plus crédible, il aurait sans doute fallu un Degrelle portant les Feuilles de Chêne à sa croix de Chevalier de la Croix de Fer pour sa visite au chef de l'État français à Sigmaringen en novembre 1944.

     

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    Encore que le Maréchal Pétain n'accéda malheureusement pas à la demande d'audience du Sturmbannführer wallon envisageant de prendre le commandement d'une nouvelle division SS englobant Wallonien, Langemarck et Charlemagne. Comme il le fit savoir, « Depuis qu'il a dû quitter la France, le Maréchal s'est fixé comme règle de ne recevoir aucune visite. » La sollicitation, toute « apolitique » et personnellement désintéressée de Léon Degrelle, était pourtant empreinte du respect le plus profond :

     

    « Monsieur le Maréchal,

    De passage à Sigmaringen, je regarde avec émotion ces murs derrière lesquels vous, le grand vainqueur solitaire, vous attendez les jours de la résurrection de la France.

    Soldat, je voudrais avoir l'honneur et la joie de vous saluer un instant.

    Loin de la politique, je mène au front un dur combat. J'aurais été heureux de voir, dans son exil, le grand soldat que vous êtes resté pour tous ceux qui croient à l'honneur des armes et à la joie du devoir.

    En 1937, vous aviez eu la bonté, Monsieur le Maréchal, de m'écrire lorsque j'avais publié un livre intitulé : Révolution des Âmes.

     

     

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    Léon Degrelle se trompe en évoquant le courrier du Maréchal le félicitant pour la publication de Révolution des Âmes : ce n'est pas en 1937, mais au milieu de l'année 1938 que l'ouvrage sortit aux Éditions de France. Le Pays réel du 25 juin 1938 documente quelques réactions l'ayant accueilli : le Maréchal Pétain, le Général Mordacq, Robert Brasillach...

     

     

    C'est en me souvenant de la sympathie que vous avez bien voulu me témoigner alors, que je me permets de vous demander un bref instant d'audience.

    Ce n'est pas un journaliste qui vous fait cette demande, Monsieur le Maréchal, ni un homme politique : c'est un soldat du front qui voudrait voir le plus glorieux soldat du front de la Grande Guerre.

    J'espère, Monsieur le Maréchal, que vous voudrez bien, dans votre solitude, faire cette exception. Et je vous prie de croire au profond respect de

    Degrelle,

    Commandeur de la Division Wallonie »

    (Louis Noguères, La dernière étape, Sigmaringen, Fayard, 1956, pp. 195-196).

     

    Léon Degrelle eût également pu rappeler leur toute première rencontre à Bouillon lorsque le Maréchal vint, le 20 décembre 1918, annoncer l'octroi de la Légion d'Honneur à son père et traversa toute la cité en gardant dans la sienne la main du petit Léon (ce blog au 26 mars 2017). Si le quotidien local, L'Avenir du Luxembourg, avait délégué ses journalistes à cette occasion, il eût pu publier un cliché semblable à celui qu'a généré pour nous l'intelligence artificielle (mais également peu crédible puisqu'il associe un Léon de 1918 à un Pétain de... 1944 !).

     

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    Léon Degrelle toujours en butte aux pseudo-historiens

     

    Recensant toute l'actualité degrellienne (dont une belle réédition de Degrelle m'a dit, chez Deterna et disponible au prix de 39€ à la Boutique nationaliste), le Cercle des Amis de Léon Degrelle parcourt aussi Internet, non pour documenter les recherches et mises au point de blogs comme le nôtre, mais pour épingler les ventes de Degrelliana souvent pour des sommes extravagantes, comme cet exemplaire de Mon Combat (affiché à 500€).

     

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    Le Cercle dévoile que ce sont Jean-Robert Debbaudt et le FELD (Fonds Européen Léon Degrelle) qui furent à l'origine de cette édition privée pour les proches de Léon Degrelle à l'occasion du cinquième anniversaire de son décès et non destinée à la vente ou à quelque autre diffusion. Nous ajouterons qu'Armand Gérard rédigea l'Avant-propos et que les superbes aquarelles qui illustrent délicatement l'ouvrage (silhouette de Léon Degrelle avec son chien Dogo contemplant de son exil andalou le mirage de Bouillon, en première couverture ; le château de Bouillon où flotte l'étendard bourguignon, après la page 20 ; des Légionnaires wallons en patrouille sur le Front de l'Est, après la page 218) sont l’œuvre du merveilleux artiste que fut le Hauptscharführer René Henrotay (1921-2010 ; ce blog au 15 juin 2023).

     

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    Par contre, signalant la rare publication en espagnol d'une biographie consacrée à celui qui passa plus de la moitié de son existence dans la patrie de José Antonio, le Cercle s'abstient de tout commentaire sur Léon Degrelle, Du catholicisme politique au nazisme : l'apogée du rexisme, l'alliance avec Hitler et l'ultime échappée vers l'Espagne de Franco. L'auteur, Pablo Cuevas (à ne pas confondre avec le champion uruguayen de tennis), posséderait une maîtrise en « Histoire militaire des guerres contemporaines » et est l'auteur, notamment, d'un livre sur les combats pour la prise du port d'Anvers par les Alliés (dénonçant du coup l'utilisation par l'Allemagne des V1 et V2) et les projets d'invasion de la péninsule ibérique aussi bien par les Alliés que par les Allemands.

     

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    Il va sans dire que tous ces ouvrages sont parfaitement « corrects » au point de vue politique, la nouvelle biographie de Léon Degrelle ne faisant pas exception à la règle (et n'apportant rien à la connaissance des années d'exil : seules une cinquantaine de pages sur plus de quatre cents les résument sans rien fournir d'inédit). Il ne faut d'ailleurs pas lire le bouquin (et ne surtout pas l'acheter) pour s'en rendre compte : le Cercle renseigne également (sans la commenter) l'interview de Cuevas publiée le 9 janvier 2026 dans le quotidien El Mundo, accessible gratuitement en ligne (titre : « Les nombreuses vies de Léon Degrelle, opportuniste, voyou, imposteur et fanatiquement nazi » ; chapeau : « Le collaborateur le plus haï du Reich a vécu 49 ans en Espagne malgré sa jactance sur son action au service d'Hitler. Une biographie met en lumière ce sombre personnage).

     

    Quelques extraits significatifs de cette réécriture moralinesque de l'histoire.

     

    « À lire sa biographie, il y a des moments où Degrelle ressemble à un charmant escroc qui, au lieu de se livrer à de petites arnaques, finit en uniforme des SS à la suite de circonstances tragiques. D'autres fois, il a l'air d'un vrai nazi, d'un fanatique et d'un assassin. La réalité ? Je crois qu'il fut les deux à la fois, dit Pablo Cuevas. »

    « En réalité, Degrelle ne fut jamais journaliste. C'était un propagandiste, en tout cas un propagandiste de lui-même. [...] Et tous ses échecs, il les a vendus comme des succès, raconte son biographe. »

    « Petit à petit, il apprit à se comporter au front et, finalement, lorsque ses troupes aidèrent la Wehrmacht à sauver les meubles lors de la fuite de Stalingrad [sic !], l'ancien charlatan devint un héros du mal et un sinistre personnage. »

    « Il racontait qu'on a essayé de l'enlever à de nombreuses reprises. Quant à moi, j'en doute fort. Une fois, ses amis franquistes l'ont caché, mais ce n'était pas pour le protéger de ses ennemis mais pour qu'il ne commette pas de gaffe à un moment délicat pour le régime face à l'Europe. »

    « L'Espagne avait livré le collaborateur Pierre Laval à la France pour qu'il soit fusillé, mais la France ne fit rien pour la réhabilitation de l'Espagne en Europe. Et elle ne remercia jamais le Gouvernement de Madrid, de sorte que Franco perdit toute envie de livrer ses nazis à l'Europe et préféra attendre le moment où ces cartes auraient plus de valeur. Et c'est ainsi que Degrelle a été sauvé. »

     

    Sur la criminalisation des Volontaires du Front de l'Est, voir ce blog, entre autres, au 30 novembre 2019 ; sur Léon Degrelle journaliste, voir ce blog, par exemple, au 22 janvier 2016 ; sur Léon Degrelle, héros de Tcherkassy (et non de Stalingrad !), voir ce blog, entre autres, au 5 mars 2018; sur les tentatives criminelles contre Léon Degrelle, voir ce blog au 3 janvier 2023 ; sur la tragédie de l'extradition de Pierre Laval, voir ce blog au 16 septembre 2022.

     

     

    Léon Degrelle, héros de bande dessinée

     

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    Il n'y a pas de raisons pour que les calembredaines racontées par tous les nouveaux pseudo-historiens ne soient pas rendues accessibles aux analphabètes que rebute la lecture d'un livre de plus d'une page : la bande dessinée se devait donc de s'y mettre aussi.

     

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    Alors, pour célébrer le 120e anniversaire de Léon Degrelle tout en flétrissant sa mémoire, Patrick Weber, le « chroniqueur royal » de RTL, passé entretemps à la RTBF, a pondu un scénario pour le dessin (assez « ligne claire ») de Baudouin Deville, où toutes les fantasmagories sur les anciens nazis, les néo-nazis, les méchants-par-principe seront apparemment permises.

     

    L'héroïne (on est en 2026, que diable : vive Tintine !) est chargée d' « amadouer Léon Degrelle » pour déjouer « un projet d'action spectaculaire visant la Belgique, alors que le pays s'apprête à accueillir le siège de l'OTAN ». Ceux qui fomentent pareille infamie sont « les réseaux belges liés à Léon Degrelle, figure majeure de la collaboration réfugiée sous la protection du régime franquiste. » D'anciens rexistes donc, qui « entretiennent toujours des contacts actifs avec certains milieux politiques européens »...

     

    Nous ne connaissons évidemment rien de plus de l'histoire, mais on se doute bien qu'après l'évocation biographique que nous avons reprise du site de l'éditeur, les auteurs ne vont pas tresser des lauriers à celui qui « accordait des entretiens à des journalistes, au cours desquels il défendait des thèses révisionnistes, notamment sur l'ampleur de l'Holocauste... »

     

     

     

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    Les auteurs de la nouvelle BD mettant en scène Léon Degrelle en sa Carlina, la magnifique propriété qu'il se fit construire à Constantina (ce blog aux 27 octobre 2018 et 23 octobre 2022), n'ont pas fait preuve de beaucoup de professionnalisme dans leur recherche de documentation (sans doute ne connaissent-ils malheureusement pas notre blog infréquentable).

     

    Leur héroïne est en effet accueillie par les gardes du corps du terrible chef occulte des méchants néo-nazis... à l'entrée de l'actuel cloître des Sœurs Hiéronymites du Couvent Notre-Dame des Anges (ce blog, entre autres, aux 28 mai 2016 et 30 septembre 2025) !

     

    Le bâtiment au toit en pente, à la droite des cyprès, est la chapelle du nouveau monastère, construite en 2007 par l'architecte mexicain Luis Pérez-Tennessa de Block et consacrée le 17 avril 2009 par le Cardinal Carlos Amigo Vallejo (1934-2022), archevêque de Séville. Le dessinateur s'est visiblement inspiré de la page conseillant la visite de l'endroit sur le site de promotion du Tourisme de la province de Séville, reproduisant tous les détails de la photo d'une entrée qui n'existait pas au temps de la Carlina degrellienne.

     

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    Phénomène à la mode aujourd'hui pour éviter les risques liés aux emprunts bancaires, la mise en place d'un crowdfunding. Pareil « financement participatif » a été choisi afin « de payer à leur juste valeur le travail des auteurs » qui a été estimé à environ 25.000 euros (plus 10.000 euros pour les frais d'impression, sans compter les actions de promotion de l'album). Au moment où nous écrivons ces lignes, la tirelire a déjà collecté plus de 30.000 euros auprès de plusieurs centaines de contributeurs (dont notre petit doigt nous affirme qu'il ne s'agit pas tous d'opposants à Léon Degrelle, loin de là !).

     

    Quant au principal concerné, que penserait-il de ses nouvelles aventures romanesques ? S'offusquerait-il de pareilles affabulations ? Nous pensons bien que non et même qu'il s'en amuserait plutôt !

     

     

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    En 1988 parut en effet un Front de l'Est, dessiné par Werner (Fabrice Van Wauwenbergh), qui se veut d'un réalisme plus proche de Jijé (Jerry Spring) ou Jean Giraud (Blueberry), et scénarisé par notre camarade Serge Algoet (par ailleurs courageux candidat Vlaams Belang à Bruxelles). Ce n'était certes pas une hagiographie de Léon Degrelle et des Volontaires du Front de l'Est (il raconte les aventures de Jean/Jan Dartois, un engagé –imaginaire– du 8 août 1941), mais les auteurs s'efforçaient de « maintenir l'église au milieu du village », comme on dit, renvoyant dos à dos les criminels de guerre des deux camps.

     

    Front Est 2.jpegLeur seul tort (mais eurent-ils le choix, le préfacier étant rédac'chef de l'hebdomadaire BD Spirou ?) fut tout de même de laisser un grossier personnage étaler ses contre-sens historiques et sa vulgarité crasse dans une intro outrageante : « Ce hâbleur dépassé par les événements est devenu, après ses authentiques prouesses de guerre, un bouffon dérisoire dont les interviews brumeuses masquent le combat de milliers de jeunes idéalistes ayant choisi, pour leur part, de combattre à l'Est plutôt que de rester les bras croisés dans un pays vaincu. »

     

     

    Léon Degrelle ne ramassa pas l'insulte imbécile mais s'amusa plutôt à découvrir ces « petits Mickeys », dédicaçant volontiers notre exemplaire avec l'humour dont il ne se départait jamais (la date du dépôt légal indique 1988, mais c'est bien le 3 décembre 1987 que cet album fut signé, proposé auparavant en avant-première au Dernier Carré, l'association de soutien aux Anciens Bourguignons et leur famille)...

     

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  • Le « Père Jambon », chevalier de la Légion d'honneur

     

     

    À propos d'Édouard, le Papa de Léon Degrelle

     

    En consultant nos archives rivaroliennes pour le 75e anniversaire de l'hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne (ce blog au 30 janvier 2026), nous avons retrouvé le tout premier courrier que nous lui avons adressé : c'était en février 2010 ! À cette époque, Rivarol publiait une rubrique « La cuisine de notre Europe » tenue par Franck Nicolle, auteur d'ouvrages consacrés aux cuisines régionales et – surtout !– chef d'un fameux petit restaurant vosgien remarqué et recommandé par tous les guides gastronomiques.

     

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    Nous réagissions à la chronique du 29 janvier 2010 « Un gai luron des Flandres, s'en va en Wallonie », truffée de références degrelliennes, issues notamment du livre sans doute le plus difficile à trouver de Léon Degrelle, Tintin mon copain, comme en témoigne le portrait tintinesque du jeune Léon extrait des dessins de la quatrième page de couverture, ainsi que l’évocation de Christian Simenon (le « frère de », Volontaire du Front de l’Est engagé à la Légion Étrangère et tombé en Indochine) évoqué en fin d'article et qui fait l'objet du trente-cinquième chapitre de l'ouvrage posthume du Commandeur de la Légion Wallonie.

     

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    Nous souhaitions en fait corriger et préciser les quelques détails donnés à propos d'Édouard, le Papa de Léon Degrelle que Rivarol résumera dans le courrier des lecteurs (le fameux « Droit aux lettres »), le 12 mars sous le titre « Précisions sur le père de Léon Degrelle ».

     

    Ainsi Franck Nicolle racontait-il l'origine de la présence d'Édouard Degrelle en Belgique : « son père était brasseur en France avant de s'expatrier en Belgique en 1901, fuyant la répression anticatholique ».

     

    S’il est vrai qu’Édouard Degrelle, né en 1872 à Solre-le-Château (France, ce blog au 24 janvier 2023), fut brasseur, il n’exerça son métier qu’à Bouillon et ce, bien avant 1901. Et si les lois anticléricales françaises obligèrent effectivement les communautés religieuses enseignantes à s’expatrier, elles n'eurent aucun effet sur la vie des Degrelle qui se partagent depuis (presque) toujours entre les deux pays. Même les trois frères jésuites d’Édouard (Henri, Louis et Célestin, ordonnés prêtre respectivement en 1888, 1890 et 1899) n'exercèrent leur sacerdoce qu'en Belgique, Édouard lui-même effectuant ses études (comme d'ailleurs plus tard, son fils Léon) au Collège jésuite Notre-Dame de la Paix de Namur, puis à l’Université Catholique de Louvain où il obtint son diplôme d’ingénieur agronome et brasseur en 1894.

     

     

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    Quand les Degrelle vont de France en Belgique, on ne peut vraiment parler d'expatriation, car la nombreuse famille dont Chantal Degrelle (ce blog au 2 septembre 2023) dressa l'arbre généalogique à partir du Livre de Raison hérité de son Papa (ce blog au 24 janvier 2023) se partagea dans une zone géographique située de part et d'autre de l'actuelle frontière séparant la France de la Belgique (le nom des bourgades où s'établirent les Degrelle est écrit à l'encre rouge ; documentation © Jacques de Schutter). Pour Léon Degrelle, « l'Ardenne est coupée par la frontière belgo-française, ligne arbitraire, souvent modifiée, région pleine de simplicité et de noblesse. » (Mon Combat, s.l., s.d., p. 20).

     

     

    C’est alors qu’il effectuait un stage de régisseur au château de Leignon qu’il tomba amoureux de Marie-Catherine Boever qu’il épousa le 23 juin 1895.

     

    Un an plus tard, le couple s’installait à Bouillon où Édouard avait racheté l’une des trois brasseries actives dans la cité ardennaise. Il demanda immédiatement la nationalité belge : c'est un arrêté royal du 14 octobre 1899 qui lui accorda la grande naturalisation (publication au Moniteur belge, le 1er novembre 1899).

     

    Pourquoi Bouillon ? « Car la jeune madame Degrelle [originaire de La Roche, à une bonne soixantaine de kilomètres] souhaite ne pas trop s’éloigner de sa famille et plus rien n’attire le jeune brasseur en France ». (Jean-Marie Frérotte, Léon Degrelle, le dernier fasciste, p. 9). Ajoutons que le bourgmestre de la petite ville ardennaise, le notaire François Marquet (1862-1936), était un cousin de la mère de son épouse.

     

    Brasseur à Bouillon, Édouard ne produisit cependant jamais –malgré l'affirmation de Franck Nicolle– de gueuze, dont l’élaboration est réservée à la vallée de la Senne bruxelloise dont l’air est, paraît-il, le seul à bénéficier des indispensables ferments Brettanomyces bruxellensis...

     

     

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    C'est le 17 juin 1896 qu'Édouard Degrelle acquit la Brasserie Rogissart, la plus ancienne des trois que comptait Bouillon. Il en conserva le personnel, dont le vieux maître-brasseur de 75 ans, Jules Willaume, qui signera en tant que témoin le registre de la naissance de Léon Degrelle (ce blog au 15 juin 2023).

     

    L'en-tête de ses factures montre qu'Édouard Degrelle ne brassait pas seulement les bières, mais faisait également commerce d'alcool. Malgré que le Comte de Flandre, le prince Philippe, frère cadet de Léopold II et père du futur Albert Ier, fût décédé depuis le 17 novembre 1905, la brasserie d'Édouard Degrelle continua d'utiliser la qualité de fournisseur breveté de sa maison (le titre de comte de Flandre sera attribué une dernière fois, en 1910, à Charles, frère du futur Léopold III et lui-même futur régent du Royaume, ce blog aux 15 août 2021 et 22 mai 2023).

     

    On sera peut-être surpris de voir cette facture de boissons alcoolisées adressée aux Sœurs Visitandines du couvent des Abys, à Paliseul : elles se fournissaient d'une bière légère, à faible degré d'alcool et riche en nutriments.

     

    Soeur Marie Degrelle.jpgAyant préféré quitter l'Allemagne suite au Kulturkampf de Bismarck entendant soumettre le clergé à l'État, des religieuses de l'Ordre de la Visitation de Sainte Marie ouvrirent, en 1874, un pensionnat au château des Abys près de Paliseul, non loin de Bouillon : Marie, Jeanne et Madeleine, les sœurs aînées de Léon Degrelle y firent leurs classes secondaires. Mais Marie poursuivit ses études à la maison-mère de Coblence, ce qui décida probablement de sa vocation : elle rejoindra le monastère des Abys le 7 décembre 1921 et prononcera ses vœux définitifs le 28 décembre 1925 (ce blog au 15 juin 2021).

     

     

    Sans doute n'est-il pas inutile de rappeler qui fut vraiment Édouard, le Papa de Léon Degrelle. Élu dès 1904 conseiller communal de Bouillon, il fut également conseiller provincial du Luxembourg, puis, en 1921, député permanent, poste qu’il garda jusqu’à la guerre lui permettant d'exercer occasionnellement la fonction de gouverneur de la province de Luxembourg. Il sera également élu député du Parti catholique jusqu’en 1936, année où il siégea désormais en tant que député rexiste.

     

     

    Av.Lux. 1904.06.11 a.png   Av.Lux. 1904.06.11 b.png

    Le 11 juin 1904, le quotidien catholique L'Avenir du Luxembourg –fondé par le père de son épouse, le Dr Jules Boever (1857-1916)– rend naturellement compte des manifestations saluant l'éclatante victoire d'Édouard Degrelle aux élections provinciales du 5 juin 1904.

     

     

    Ajoutons également que suite à ses activités patriotiques au cours de la Grande Guerre, Édouard Degrelle se vit octroyer la Légion d’honneur en 1925 : dès après l’armistice cependant, le 20 décembre 1918, le maréchal Pétain vint en personne à Bouillon lui annoncer cette nouvelle, rencontrant ainsi pour la première fois le petit Léon âgé de douze ans, dont il tint la main dans la sienne durant toute sa triomphale traversée pédestre de Bouillon (ce blog au 30 avril 2016).

     

    C’est dire qu’Édouard Degrelle fut un personnage important de la vie politique de Bouillon.

     

     

     

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    L'Avenir du Luxembourg détaille, dans ses éditions du 21 mars 1925, les motifs qui firent d'Édouard Degrelle un chevalier de la Légion d'honneur. Les services exceptionnels rendus par le « Père Jambon » furent tellement décisifs pour la victoire de Verdun que le maréchal Pétain vint annoncer en personne cet honneur au récipiendaire et, en hommage spectaculaire à la petite bourgade qu'habitait le tranquille héros, confia à Bouillon deux canons pris à l'ennemi. Ces pièces d'artillerie allemandes offertes par le vainqueur de Verdun furent longtemps exposées dans la cour d'honneur de la forteresse de Godefroid de Bouillon (ce blog au 30 avril 2016).

     

    Bouillon Canons Pétain.jpeg

     

     

    Aussi, le plus dérangeant dans l'article du gastronome rivarolien sur le père de Léon Degrelle est certainement la reprise inconsidérée du commérage d’un « résistant ». Il s'agit d'un certain Albert Millard, s'épanchant dans Le Soir du 28 février 2009, à l'occasion de la présentation du film Léon Degrelle ou la Führer de vivre, diffusé le 5 mars suivant en « prime time » par la télévision belge (ce blog, entre autres, au 2 septembre 2023), puis, dans une version sensiblement différente par FR3, deux ans plus tard, le 5 septembre 2011 à minuit (si tard, probablement pour en réduire encore l'impact).

     

    La gazette bruxelloise présentait ce vieux Bouillonnais comme un témoin de la vie de la cité ardennaise d'avant-guerre d'autant plus crédible qu'il aurait été l'innocente victime d'un Léon Degrelle ivre de vengeance après l'assassinat de son frère, alors que lui-même ne serait que bienveillance et réconciliation, Le Soir saluant ainsi son exemplaire « absence de rancœur » : « Albert Millard, qui a pourtant fait partie en 1944 des otages dont la mort fut exigée en vain par Léon Degrelle, préfère l’anecdote à l’anathème. [...] Albert Millard ne connaît pas la haine. Faut regarder vers le futur » (p. 13).

     

    Et pourtant le ragot de ce bonimenteur trop gentil pour être désintéressé vaut son pesant de règlement de comptes, trop complaisamment cité in extenso : « Le père Degrelle, on l'appelait le Père d'Jambon. En échange d’un service, quelqu’un [...] avait fait croire [à Édouard Degrelle] qu’il allait recevoir un jambon via le tram. Et chaque jour, il montait tout là-haut pour aller chercher son jambon qui n’est bien sûr jamais arrivé. On s’amusait beaucoup en le voyant passer » (Le Soir, 28/02/2009, p. 13 ; Rivarol, 29/01/2010, p. 13). Cette fabulation revient à prétendre qu’Édouard Degrelle n’était qu’un cupide imbécile avec les pieds duquel il était facile et amusant de jouer.

     

    P.Jambon Meuse 1994.04.02.jpegLe don d'un jambon en rétribution d'un service rendu par le député est néanmoins avéré –et salué– par d'autres témoins. C'est ainsi qu'à l'occasion de la disparition du plus célèbre Bouillonnais (avec Godefroid, le chef de le première Croisade), le quotidien liégeois La Meuse envoya son reporter quêter quelque information négative dans sa ville natale. Mais c'est à peine si les souvenirs récoltés exprimèrent l'antipathie sollicitée : « Les anciens se rappellent davantage du [sic] père, député. On l'appelait le père Jambon. Pour les services rendus, il demandait toujours un jambon. Pas un mauvais bougre, le père Degrelle. » (La Meuse, 2 avril 1994, p. 10).

     

    De même l'historien régional Arthur Mousty, par ailleurs ancien Chasseur Ardennais et résistant : « [Le père de Léon Degrelle] occupait diverses fonctions au gouvernement provincial. Les requêtes présentées à ce parlementaire influent recevaient généralement un favorable aboutissement. L'offrande discrète d'un gros jambon témoignait de la reconnaissance du solliciteur. C'était connu et admis. Le geste était d'autant mieux apprécié que la famille comptait 8 enfants. » (« Une dernière page sur Léon Degrelle », in Feuillet d'informations du Cercle d'histoire et de folklore « Terres d'Herbeumont à Orchimont » n° 56, Printemps-Été 2004. Précisons que la famille Degrelle comptait en réalité sept enfants, le second (et premier fils), Édouard –7 mars 1901-12 novembre 1902–, ayant été emporté par une méningite à l'âge de vingt mois : ce blog au 15 juin 2020).

     

     

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    Dès son arrivée à Bouillon, Édouard Degrelle s'impliqua dans la vie économique, politique et sociale locale, et plus particulièrement dans la Société nationale des chemins de fer vicinaux, s'efforçant de désenclaver le petit bourg, notamment par l'ouverture, en 1910, d'une ligne la reliant, au sud, à la plus proche ville (française), Sedan. Pour ce faire, il fallut creuser un tunnel de 90 mètres sous le château-fort pour relier Bouillon à Corbion. Édouard Degrelle travailla également à l'ouverture d'une ligne vers l'ouest reliant Corbion à Pussemange (sur la frontière), Gespunsart et Nouzonville (en France), qui fut ouverte en 1925. La menterie sur l'origine du surnom d'Édouard élaborée par le trop prévenant Millard voulait-elle brocarder à la fois son amour du bon jambon et son dévouement pour le développement du tram vicinal ?...

     

     

    Est-ce pour cette habitude bien connue de récompenser d'un jambon les services rendus qu'un autre historien de Bouillon, Jean-Marie Frérotte, soulignait, dans sa biographie de 1987, l'importance des réserves de jambon chez les Degrelle ? « Le jambon ! Chez Degrelle, on dépassait parfois la vingtaine de jambons en réserve. On le consommait très sec et le temps ne faisait que l’améliorer. Un jour, la ficelle d’attache de l’un d’eux ayant rendu l’âme au crochet du plafond, madame Degrelle s’en tira avec une épaule cassée... » (Frérotte, p. 14).

     

    Mais les Degrelle élevaient eux-mêmes leurs animaux de ferme et la préparation des cochonnailles et des fameux jambons donnait lieu à des réjouissances dont la crudité ne serait sans doute plus de mise aujourd'hui !

     

    « Mais le cochon était le roi, le roi auguste

    Dont chaque grognement était vrai, noble, juste.

    Pendant des mois, on l’avait engraissé de son

    Gluant et des déchets de toute la maison.

    Il sentait bon le chaud, le purin vert des flaques.

    On lui donnait sur le fessard de larges claques,

    En vieil ami, et un peu aussi pour savoir

    Jusqu’où pouvait monter nos calculs, nos espoirs !

    Il agitait son nez tout mouillé de mangeaille,

    Bougonnait, regardait d’un œil chassieux, canaille.

    On l’aimait bien, pour le présent, pour le futur

    Surtout, où ses jambons pendraient, fumés et durs !

    Décembre le voyait conduit, apoplectique,

    À dix pas : les derniers avant l'assaut fatal.

    On s'abattait à cinq ou six sur l'animal.

    Il hurlait. Le sang chaud jaillissait, magnifique,

    Qui revivrait tantôt dans les boudins luisants.

    Le cochon s'agitait. On appelait à l'aide.

    Il fallait s'étendre sur lui, énorme et raide.

    Nous courions, affolés et ravis, entassant

    La paille qui purifierait son poil rebelle.

    Puis on sortait, des flancs mouillés, ouverts, béants,

    Des tripes qui glissaient, des organes fumants,

    De la graisse aux festons pareils à des dentelles.

    Les grandes émotions, demain, pourraient venir :

    Tout était prêt pour, puissamment, les accueillir ! »

    (La Chanson ardennaise, à la Feuille de Chêne, 1951, p. 190).

     

     

     

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    Les rails du tram vicinal venant de Paliseul dominaient Bouillon, avant d'arriver à la gare, rue de la Station, en léger surplomb de la rue du Collège où se trouvait la brasserie Degrelle. On voudrait aujourd'hui nous faire croire qu'Édouard Degrelle aurait gagné son surnom de Père Jambon par sa crédule niaiserie l'obligeant à gravir quotidiennement ces quelques mètres pour un jambon fantôme promis par un solliciteur indélicat. Comme si un débiteur de l'influent député catholique se fût permis pareil affront. Seul un antidegrellien à la rancune retorse a pu –longtemps après que la soi-disant Épuration eut anéanti le vieil homme pour cause de paternité– imaginer cette mauvaise fable sans moralité.

     

     

    On ne peut que constater que le si bienveillant témoin du Soir est bien seul à dévaluer l'aide concrète fournie par le député à ses concitoyens en ridiculisant son surnom. Car « Père Jambon » n'est a priori aucunement péjoratif, sauf à y ajouter un commentaire sournoisement négatif (s'il s'était agi d'éreinter le penchant d'Édouard pour le bon jambon, la rosserie populaire n'avait que l'embarras du choix : « grippe-jambon », « tire-jambon », « jambonnard », « jambonneux », etc.).

     

    Jean-Marie Frérotte déjà cité commence d'ailleurs sa biographie de Léon Degrelle en rappelant cette innocente coutume patronymique (consistant souvent aussi à préciser simplement le prénom par l'article défini : ce blog au 25 décembre 2016) : « C’est une habitude ancestrale, dans le Luxembourg et particulièrement en Ardenne Bouillonnaise, d’attribuer à chacun , parfois de lui infliger, un surnom ou un sobriquet qu’il gardera toute la vie. C’est souvent un reflet de la malice publique, et cela correspond à l’une ou l’autre des particularités du porteur. » (p. 7).

     

    Et Léon Degrelle lui-même avait plaisir à expliquer l'origine du surnom paternel, comme le détailla notre courrier à Rivarol, en réponse à l'article de Franck Nicolle : « Léon Degrelle, au détour d’une conversation, nous confia que son père était parfois appelé affectueusement Père Jambon. Son père, député permanent, était fréquemment sollicité par ses concitoyens pour de multiples services. Un jour qu’un brave homme sans fortune lui demandait comment il pourrait le remercier, il lui répondit: Tu n’as qu’à me donner un jambon à l’occasion. Sans doute l’histoire s’est-elle vite répandue que le député se contentait pour les services qu’il pouvait rendre d’un simple jambon fumé dont Bouillon s’est fait une spécialité, car depuis lors, nombreux furent ceux qui, le sollicitant, venaient chez lui automatiquement avec un jambon. D’où le surnom de Père Jambon ».

     

    Ce souvenir personnel n'est attesté par aucun document ni enregistrement, mais vaudra certainement, pour tout honnête homme raisonnable, cultivé, averti, autant sinon davantage que le racontar dudit Millard (de carabistouilles) !...

     

     

    LD Banquet familial.jpg

    « Rien n'empêche un brasseur d'aimer le vin : la cave dorlotait en permanence six à sept mille bouteilles d'un vin qui adorait vieillir. Chaque année [...], se décidaient les acquisitions de bourgogne. » (Frérotte, p. 14). Papa Degrelle –Père Jambon– sert son vieux bourgogne à la tablée familiale qu'en cette fête mariale du 15 août, ses enfants ont rejointe pour célébrer leur Maman. Autour de la table, nous croyons reconnaître (de g. à dr.) Marie-Paule Lemay, l'épouse de Léon Degrelle qui tient près de lui les deux charmantes petites filles de sa sœur Louise-Marie (dont Ghislaine, qui permit à son jeune cousin Léon-Marie de retrouver son Papa en 1958 : ce blog au 5 novembre 2022) ; ses sœurs Madeleine (ce blog au 20 mars 2020) et Suzanne ; son frère Édouard et Ghislaine Marchand, son épouse ; Charles Raty (ce blog au 13 mars 2023) et sa femme Jeanne, sœur aînée de Léon.

     

    Gageons que figurait au menu le goûteux jambon de Bouillon, délicatement séché dans le fumoir aux senteurs des forêts ardennaises.